Publié le 13 Septembre 2012

Il y a bien longtemps, dit-on, le Dragon s'occupait spécialement du feu des fourneaux de la Reine Mère au Palais céleste. Quand on avait besoin de flammes pour de la cuisine, le Dragon soufflait sur les feux de toutes ses forces; et après, pour simplement entretenir le feu, il fermait d'un coup l'âtre à moitié. Chaque jour il devait accomplir ce travail simple et monotone.

Avec le temps, trouvant cela ennuyeux, il se mit à souffler sur le feu, et à fermer l'âtre avec moins d'intérêt et d'assiduité, si bien que parfois le feu s'éteignait ou que les plats n'étaient pas assez cuits. La Reine Mère s'en prit plusieurs fois à tort au cuisinier.

Un jour, la Reine Mère voulut manger de la viande de mouton rôtie. Comme les flammes n'étaient pas assez fortes, la viande, pas assez rôtie, avait une odeur désagréable. Son estomac étant fragile, la Reine Mère vomit longtemps. Très fâchée, elle jeta le morceau de viande, dont elle n'avait mangé qu'une bouchée, dans le fourneau si violemment que des étincelles jaillirent dans tous les sens.

Puis elle prit le tisonnier et abattit sur la tête du Dragon une série de coups, tout en criant:

- Le plus grand paresseux du monde! Tu ne peux même pas accomplir correctement cette petite tâche, que pourrais-tu faire d'autre? Il va falloir t'arracher ta peau de cinq couleurs et étirer tes muscles paresseux!

Sous la douleur causée par les coups, le Dragon fit le dos rond; longtemps après, il répliqua:

- Reine Mère, Reine Mère, je sais qu'un grand morceau de bois peut être utilisé comme poutre, mais on n'a jamais entendu dire qu'on pouvait s'en servir comme d'une canne! Moi qui ai de si grands talents, pourquoi m'occuper seulement au feu des fourneaux, au lieu d'accomplir quelqu'autre grande mission?

Bien qu'elle fronçât comme toujours les sourcils et poussât quelques "hum" avec son nez, la Reine Mère réfléchit un peu et trouva que les paroles du Dragon n'étaient pas dépourvues de bon sens, elle se contint et dit alors au Dragon:

- Bon, bon, puisque tu ne veux pas t'occuper de mes fourneaux, descends alors dans le monde, les champs y sont accidentés, et il s'y produit souvent des cataclysmes. Il faut faire quelque chose. Va t'en occuper. Cependant tu dois savoir qu'il n'y a là-bas que deux grandes affaires: L'eau et le sol, qui regardent la vie de tous les êtres du bas monde. Ne travaille pas négligemment!

- Je le sais, je le sais, acquiesça le Dragon avec des signes de tête. Soyez tranquille.

Enchanté de quitter si vite les fourneaux et d'aller accomplir une grande mission, il s'envola vers le monde.

Là-bas, il vit les cimes ondulées des montagnes, et à plusieurs endroits, de la fumée et de la poussière, il entendit de vagues bruits de tremblement de terre. Il allongea le nez, incommodé par ces grondements désagréables et ces odeurs de fumée et de poussière. Mais à l'idée du tisonnier cruel de la Reine Mère, il se contraignit à replacer avec sa queue les morceaux de terre et de roches écroulés, et à combler les fentes du sol.

Au bout d'une seule journée, il était fatigué et à bout de souffle. Il maugréa dans son coeur:

"Peuh! Reine Mère, que vos deux yeux s'aveuglent! Quelle grande mission? Vous me changez seulement de fourneau. Avec mes talents, ne puis-je pas m'occuper d'autre chose que de ce feu de fourneau, de ces fumées et de cette poussière, de ces morceaux de terre et de roches?"

Irrité de la méchanceté de la Reine Mère, il s'endormit, cela dura on ne sait combien de temps.

Un jour, un grand accident arriva: Une grande partie du mont Taishan, qui soutient le coin nord-est du ciel s'écroula, le ciel en fut tout agité et la terre bouleversée, même le Palais céleste de la Reine Mère trembla, si fort qu'elle tomba de son lit de jade. Elle frotta un peu ses yeux ensommeillés, et sans avoir besoin de rien demander, elle devina à peu près ce qui s'était passé. Elle envoya immédiatement l'immortel Erlang chercher le Dragon sur la terre. A sa vue, elle gronda en pointant le bout de son nez:

- Quelle bêtise, quelle bêtise! Comment, as-tu autant dormi? Tu as bel et bien remué le ciel et la terre!

La tête rentrée de peur, le Dragon expliqua en grimaçant un sourire:

- Reine Mère, je vous prie d'apaiser votre colère, puisque dans votre sagesse vous savez reconnaître les grands talents, vous devriez également très bien savoir les évaluer et les utiliser. Par exemple moi, avec mes grands talents, au lieu de la terre, il me convient d'administrer les eaux. Si vous m'envoyez m'occuper de la mer immense et surveiller les inondations, peut-être pourrais-je vite réussir dans ces tâches.

Ne sachant trop que penser, la Reine Mère hésita un instant, puis elle dit:

- Eh bien, eh bien, va alors administrer les eaux!

Le Dragon arriva en volant à l'immense mer tumultueuse. Il fut très content de trouver enfin un endroit où il pourrait faire preuve de ses capacités.

Comme une flèche, il se tournait et se retournait avec enthousiasme sur les vagues pour les apaiser. Ah! Quelle mission grandiose! Pourtant son ardeur ne dura pas et au bout d'une quinzaine de jours, il commença à s'ennuyer. Il pensait:

"La mer n'est qu'un grand fourneau, et les vagues, les flammes. Ce que je fais, c'est toujours de souffler sur le feu et de fermer l'âtre. Pourquoi n'ai-je pas d'autre grande mission à accomplir?"

Plus il réfléchissait, plus il était dégoûté. D'un coup, il plongea au fond de la mer. Il y vit de belles choses multicolores, tous les poissons vinrent se mettre à son service. Il pouvait se nourrir à son aise.

Plus tard, il se nomma Roi Dragon des eaux et ordonna aux poissons de construire pour lui un Palais magnifique. Depuis lors, il y habita, toujours ivre, sans se soucier ni de la faim, ni du froid, et sans distinguer non plus les nuits des jours.

Pendant ce temps sur la terre, des inondations se produisaient chaque année, l'eau de mer montait sans cesse, inondant les plaines, les montagnes, et pour finir parvint à la Porte sud du Palais céleste. La Reine Mère, qui était en train d'admirer le paysage, fut frappée par de hautes vagues, et ses précieuses chaussures brodées de fleurs furent mouillées. Ne pouvant retenir sa colère, elle murmura:

- Pendard! Il a laissé les vagues agitées monter jusqu'à la Porte sud du Palais!

L'immortel Erlang fut envoyé dans le monde. Peu de temps après, il rentra et rapporta:

- Reine Mère, catastrophe! L'eau de la mer s'est mélangée avec le ciel! Et ce Dragon des eaux est allongé dans son Palais jouant avec ses beautés.

La Reine Mère fut tellement indignée qu'elle en oublia de faire minutieusement ses chignons en forme de nuages. Elle ordonna immédiatement à l'armée céleste d'aller arrêter le Dragon des eaux. Ligoté comme un ballot, celui-ci fut apporté chez la Reine Mère; à peine eut-il présenté ses excuses que la Reine Mère le réprimanda d'un signe de la main:

- Hum, hum! Tais-toi! Tais-toi! Je vais te mettre d'abord dans le fourneau trois jours et trois nuits, puis dans la glacière trois jours et trois nuits, pour t'éclaircir un peu les idées...

Six jours plus tard, les écailles du Dragon étaient brûlées par les flammes et son menton s'allongea à cause du froid. Il supplia en tremblant:

- Reine Mère, excusez-moi, je vous prie de me faire grâce, je veux racheter mon crime par des services méritoires.

- Eh bien, je te fais grâce de la vie, dit la Reine Mère. Mais cette fois, je vais te mettre entre le ciel et la terre, pour que tu t'occupes des nuages et des pluies; plus concrètement, tu administreras spécialement les beaux jours et la tombée des pluies.

Quand les beaux jours auront duré assez longtemps, tu devras faire tomber la pluie, et après une longue pluie, tu devras donner à nouveau les beaux jours. C'est une tâche importante et minutieuse, mais si tu t'y montres encore paresseux, la loi céleste ne te pardonnera plus!

- Je sais, je sais, répéta le Dragon.

Comme elle ne faisait pas grande confiance au Dragon, la Reine Mère envoya cette fois le dieu du Tonnerre, au caractère irascible, le surveiller. Quand il y avait des nuages noirs, le dieu du Tonnerre battait le tambour avec des bâtons pour presser le Dragon de faire tomber la pluie, et lorsque la pluie tombait depuis longtemps, il battait le tambour pour lui rappeler d'arrêter la pluie.

On dit que depuis lors, le tonnerre gronde habituellement quand il pleut. Et le Dragon s'est habitué à rassembler les nuages et à faire tomber les pluies sous la surveillance et la menace des bâtons du dieu du Tonnerre.



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Rédigé par orange8454

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Publié le 13 Septembre 2012

Le cerf craint le loup, le loup craint le tigre, et le tigre craint le grand ours, le plus féroce des animaux. Le crâne revouvert de longs poils semblables à une tignasse, marchant debout sur ses pattes de derrière, il est extraordinairement fort et s'attaque même à l'homme.

Au sud de l'Etat de Chu vivait un chasseur qui, sur sa flûte de bambou, arrivait à imiter toutes sortes de cris d'animaux. Muni d'un arc et d'un petit pot de grès au fond duquel couvaient quelques braises, il se rendait dans la montagne et imitait l'appel du cerf. Croyant retrouver un de leurs frères, des cerfs arrivaient et le chasseur les tuait avec des flèches enflammées.

Un jour, en l'entendant imiter le cri du cerf, un loup accourut. Le chasseur pris de frayeur lança un rugissement de tigre. Le loup s'enfuit, mais un tigre parut. Terrifié, l'homme imita le grognement du grand ours. Le tigre s'en fut, mais croyant rencontrer un de ses semblables, un ours énorme se présenta. Ne trouvant qu'un homme, il se jeta sur lui, le mit en pièces et le mangea.

Aujourd'hui encore, ceux qui se servent d'artifices au lieu de compter sur leurs propres forces finissent toujours par s'attirer un destin semblable à celui du chasseur.

 


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Rédigé par orange8454

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Publié le 13 Septembre 2012

Le Roi Dragon s'occupe principalement des pluies. Quand il fait tomber la pluie, il y a de l'eau sur la terre; s'il ne le faisait pas, les êtres vivants en souffriraient beaucoup.

On dit que dans l'Antiquité le Roi Dragon Luyibashida était très despotique. Il interdisait souvent à la Déesse des Pluies de travailler, si bien que les sources, puits et cavernes de la terre n'avaient pas d'eau, les champs se fendillaient de sécheresse, et les êtres vivants mouraient de soif.

Les êtres humains haïssaient tellement ce Dragon que le ciel en fut informé. Les immortels célestes discutèrent ensemble pour sauver l'Humanité. Un immortel nommé Qiangladuji dit:

- Laissez-moi arranger cette affaire, je connais un moyen pour sauver l'Humanité.

Déguisé en serviteur, Qiangladuji arriva chez Luyibashida. Il y travailla laborieusement et le Roi Dragon l'apprécia beaucoup. Un jour, trouvant que le moment était venu, il dit:

- Votre majesté le Roi Dragon, votre famille est la plus riche au monde. Il n'y a pas d'autre famille aussi riche et aussi prospère que la vôtre. Vous avez tout et ne manquez de rien Votre réputation est telle que les montagnes baissent la tête devant vous. Pourtant, il y a encore une chose que votre famille ne possède pas.

- Laquelle? dit le Dragon en levant haut sa tête orgueilleuse. Je possède tout!

- Vous savez déjà, chuchota Qiangladuji mystérieusement, que le Phoenix est la créature la plus noble au monde et ses oeufs la chose la plus précieuse. Ce qui vous manque, c'est un oeuf de Phoenix.

Le Roi Dragon changea vite d'attitude et dit avec des signes de tête:
- Eh bien, où peut-on trouver cet objet précieux? Pourrais-tu m'en trouver un?

- Ce n'est pas difficile, si vous le désirez, dit Qiangladuji, je peux certainement vous en trouver un.

Sortant alors du Palais royal, il monta au ciel et vit trois oeufs brillants dans le nid d'un Phoenix sur l'arbre divin. Juste à ce moment, le Phoenix qui couvait les oeufs était sorti chercher de la nourriture, alors il vola en cachette un oeuf, et repartit le donner au Dragon. En possession de l'oeuf multicolore de Phoenix, celui-ci rayonnait de joie.

Alors, Qiangladuji lui dit:

- Mon roi respecté, vous êtes vraiment maintenant le plus riche du monde, vous possédez tout et rien ne vous manque plus. J'ai fait ce que je devais faire, je vais rentrer.

De retour au ciel, Qiangladuji discuta encore un instant avec les immortels Zhongbuya et Qingliennijiang, puis il attendit le retour du Phoenix pour discuter comment punir le Roi Dragon.

En rentrant à son nid, le Phoenix s'aperçut qu'un oeuf avait disparu, et il se mit à le chercher partout, en volant 90 000 lis à l'est, 90 000 lis à l'ouest, mais sans parvenir à retrouver son oeuf. Fou de colère, il allait et venait dans tous les sens du ciel, en monologuant:

- Mon nid est sur l'arbre divin, dont les branches soutiennent les neuf cieux, aucun animal au monde ne peut y être monté, personne ne peut avoir volé mon oeuf! Qui me l'a volé ?

C'est alors que Qiangladuji s'approcha et demanda:

- Noble Phoenix, pourquoi voles-tu ainsi dans tous les sens ? Qu'est-ce que tu cherches ?

- J'ai perdu un oeuf, dit le Phoenix, sais-tu qui me l'a volé ?

- Eh bien, je sais qui a volé ton oeuf, dit Qiangladuji avec des signes de tête. Mais je ne peux te le rapporter. Si tu veux, tu peux venir au Palais céleste discuter un peu avec nous.

Le Phoenix se hâta de le suivre au Palais céleste. Les immortels qui y attendaient demandèrent à la vue du Phoenix:

- Oh, Phoenix, tu as des ailes qui peuvent couvrir le ciel et des pattes à griffe comme l'éclair, peux-tu aller chercher le Roi Dragon Luyibashida dans l'eau ? Oserais-tu le faire ?

- Rien de plus facile, répondit le Phoenix. Mais pourquoi dois-je le tirer de l'eau ? Je ne veux que savoir qui a volé mon oeuf.

- Tire le Roi Dragon Luyibashida de l'eau, dirent les immortels, c'est lui qui a volé ton oeuf.

Quand il entendit cela, les pattes du Phoenix tremblèrent de colère: Il voulut tout de suite aller régler son compte au Dragon. Mais les immortels l'arrêtèrent en disant :

- Si tu tires tout son corps de l'eau, les hommes mourront. Il suffit que tu traînes sa tête ici, et nous aurons alors le moyen de lui faire rendre ton oeuf.

En agitant ses ailes, le Phoenix vola au 81e étage du ciel, puis il replia ses ailes et se laissa tomber droit dans la mer.

D'un coup, la mer se fendit et apparurent le Palais et le Roi Dragon au fond de la mer. C'est alors que le Phoenix saisit le Dragon par le cou avec ses griffes et tira sa tête de l'eau, tout en lui demandant en colère:

- Quelle est la longueur de ton corps ?

Troublé par cette brusque attaque, le Dragon répondit vite:

- Mon corps est très long, tu n'en as sorti qu'à peine une moitié.

A ces mots, le Phoenix continua de monter, jusque devant les immortels. Et tout en tenant solidement le cou du Dragon, il cria:

- Tu es très malhonnête, pourquoi as-tu volé mon oeuf ? Si tu me rends mon oeuf, je te ferai grâce. Sinon tu verras !

Le cou serré par le Phoenix, le Dragon ne pouvait parler et il présenta des excuses avec des signes de tête. Les immortels dirent en le montrant du doigt:

- Luyibashida, alors que tu es le Roi Dragon, tu interdis à la Déesse des Pluies de faire pleuvoir, si bien que les champs se fendent, les plantes meurent, les êtres humains et les animaux ne peuvent vivre. Tu ne fais pas ce que tu dois faire, mais tu voles en cachette l'oeuf du Phoenix, si bien que le ciel et tous les êtres vivants te haïssent! Maintenant, nous te demandons si tu vas rendre son oeuf au Phoenix ?

- Je vais le rendre, je vais le rendre! acquiesça le Dragon de la tête.

- Feras-tu tomber les pluies ?

- Je le ferai, je le ferai!

- Alors, à ton retour, envoie ton serviteur rendre son oeuf au Phoenix, envoie la Déesse faire vite tomber la pluie pour que toutes les sources, tous les puits et toutes les cavernes aient de l'eau, que les cultures poussent, que l'Humanité ait de quoi manger et que tous les êtres vivent bien. Vas-tu le faire ?

- Oui, oui!

- Si tu le fais, l'Humanité te respectera, te priera et t'offrira chaque année des offrandes et des sacrifices.

Puis ils dirent au Phoenix de replacer doucement le Dragon dans la mer. Mais Qiangladuji s'approcha du Phoenix et lui chuchota:

- Saisis-le de toutes tes forces et fais-le tomber brutalement.

Le Phoenix agit selon le conseil de Qiangladuji, il lâcha le Dragon si énergiquement que les eaux de la mer jaillirent en de hautes colonnes, qui devinrent des milliers et des milliers de gouttes et volèrent aux alentours. En tombant sur la terre, les grandes gouttes devinrent de grands fleuves et rivières, les petites devinrent des sources, puits et cavernes.

Depuis lors, le peuple Pumi respecte le Roi Dragon selon les directives des Immortels et fait des offrandes chaque année aux fleuves, rivières, lacs, sources, puits et cavernes, pour prier le Roi Dragon de donner une bonne vie à la population Pumi. Après avoir été puni par le Phoenix, le Dragon n'a plus osé commettre de méfaits.

 

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Rédigé par orange8454

Publié dans #dragon, #oeuf, #phoenix, #qiangladuji, #roi

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Publié le 13 Septembre 2012

Le fleuve du Dragon Noir ne porte son nom actuel que depuis que Vieux-Li-sans-queue s'y est installé. A l'origine, ce n'était pas un Dragon Noir qui y vivait, mais un Dragon blanc féroce, qui s'attaquait aux gens et provoquait souvent des inondations.

Vieux-Li-Sans Queue était originaire du destrict de Yie au Shandong. Dès le matin du jour de sa naissance, le ciel se couvrit de nuages et il souffla un grand vent bizarre, qui fut suivi d'une averse. La pluie tombait si dru que la vue en était obstruée. C'est par un temps si détestable que Vieux-Li-Sans Queue était venu au monde.

Sa mère allaitait son nouveau né, mais à chaque fois, elle s'évanouissait de douleur. Son père, qui avait déjà beaucoup de mal à subvenir aux besoins de la famille, se faisait encore plus de souci maintenant qu'il avait trois bouches à nourrir.

Aussi, dès qu'il vit ce monstre tout noir à son retour des champs, il lui flanqua un coup de bêche sur la queue, d'où le nom de Vieux-Li-Sans Queue. Dans sa douleur, le malheureux sauta en l'air, traversa le toit dans un roulement de tonnerre, se précipita vers le nord-est dans une traînée de feu et descendit dans le fleuve du Dragon Noir.

Etant originaire du Shandong, Vieux-Li-Sans Queue avait beaucoup de sympathie pour les gens de son pays natal. On dit que pour naviguer sur le fleuve du Dragon Noir, il faut d'abord demander:
- "Y a-t-il quelqu'un du Shandong?" et il suffit de répondre "oui!" même s'il n'y en a pas en réalité, le bateau est à l'abri de tout accident.

C'est pour cela que depuis de nombreuses années, aucun navire n'a coulé dans le fleuve du Dragon Noir, car c'est là que vit Vieux-Li-Sans Queue. Comme il est très bon avec les gens du Shandong, il jouit d'une très bonne réputation parmi eux.

Vieux-Li-Sans Queue revient toujours dans son pays natal le 13e jour de la 5e lune de chaque année, jour anniversaire de la mort de sa mère, pour se prosterner devant la sépulture de celle-ci. Le jour où il rentre, il pleut toujours. Les habitants du Shandong ont l'habitude de dire:
- Même après trois ans de sécheresse, on n'oublie pas le 13e jour de la 5e lune. Ce jour-là, même s'il fait beau, on se garde de faire sécher les vêtements, car c'est le jour où Vieux-Li-Sans Queue revient ajouter de la terre sur la tombe de sa mère. Souvent, à cette occasion, Vieux-Li-Sans Queue n'oublie pas d'offrir aux villageois des spécialités du fleuve du Dragon Noir, aussi compte-t-on beaucoup sur ce jour où le vent et la pluie leur apportent quelque chose de très particulier.

Ce n'est cependant pas sans difficulté que Vieux-Li-Sans Queue s'était installé dans le fleuve du Dragon Noir.

A l'époque, sur les deux rives du fleuve du Dragon Noir s'étendaient de vastes friches presque inhabitées à cause des inondations continuelles. Là, vivait un vieux défricheur. Un jour, il vit venir un jeune homme très noir qui lui demanda de l'héberger pour la nuit. Le lendemain le gars lui dit:

- Vieux père, je suis sans feu ni lieu, j'ai envie de me réfugier chez vous, êtes-vous d'accord?

- Pourquoi pas? répondit le vieux, fais comme tu veux, il y a suffisamment de quoi manger pour toi. Travaille un peu quand tu en auras envie, et repose-toi quand ça ne te dira rien.

C'est ainsi quele jeune homme s'établit là. Les premiers jours, il aida le vieux à couper du bois et à faire le ménage, puis il prépara les repas pour le vieux qui s'occupait des champs. Ils vécurent ainsi en bon termes pendant assez longtemps.

Un jour, à midi, le vieux revint des champs, harassé de fatigue.

- Eh bien, combien de terre avez-vous défriché? demanda le gars.

- Pas beaucoup, répondit le vieux, car il y a trop de racines d'arbres dans le sol.

- J'ai une idée, reprit le gars, j'en ai assez de rester toujours à la maison, que diriez-vous de rester faire la cuisine tandis que j'irais aux champs à votre place?

- Soit!

L'après-midi, ils firent comme convenu. Après le déjeuner, le vieux fit une longue sieste, qui dura jusqu'à la fin de l'après-midi. Désireux de savoir comment le jeune homme travaillait, il se rendit alors sur le lieu du travail.

Il n'était pas encore arrivé qu'il entendit le vent souffler et vit des arbres s'abattre sur le sol. De la poussière et des pierres dansaient dans le ciel. Le vieux fut surpris de voir que c'était un Dragon Noir qui travaillait là. Il déracinait les gros arbres de sa queue à moitié amputée, aussi facilement que s'ils avaient été des pousses de sorgho. Les arbres abattus s'entassaient jusqu'au ciel.

A cette vue, le vieux n'osa plus avancer, de peur d'être atteint par les pierres qui volaient en tout sens. Il retourna alors à la maison.

Le soir, après le retour du jeune homme, ils s'assirent pour dîner ensemble.

- Comment as-tu travaillé? demanda le vieux?

- Assez bien. Ces derniers jours, je commençais à m'ennuyer, à force de rester toujours à la maison, c'est pourquoi j'en ai mis un sacré coup!

- Mais ce que tu as fait est très fort!

- Comment! Vous m'avez vu?

- Oui, je suis allé te voir, mais je n'ai pas osé m'approcher, de crainte d'être tué par les volées de pierres et de morceaux de terre.

- Vieux père, dit le gars en riant, puisque vous m'avez vu, je ne peux plus rien vous cacher. Je vois que vous êtes très bon, je voudrais qu'on soit dorénavant amis intimes.

- Je veux bien.

- Vieux père, à vrai dire, j'ai envie de m'installer ici.

- Fais comme tu veux, je n'y vois pas d'inconvénient.

- Non, vieux père, vous n'avez pas compris, je veux dire m'installer dans le fleuve.

- Vas-y alors, personne ne t'en empêche.

- Cela ne va pas, dit le jeune homme en secouant la tête, il y a déjà quelqu'un dans le fleuve, et si je veux m'y installer, il faut que je me batte avec lui.

- Et bien vas-y.

- Mais il est plus fort que moi!

- Comment faire alors?

- Aidez-moi, vieux père!

- Mais comment pourrais-je t'aider, alors que je ne sais même pas nager?

- Vous n'avez pas à descendre dans le fleuve. Mon adversaire a une maison. Il peut rentrer manger chaud chez lui quand il a faim. Mais moi, je ne peux que boire de l'eau du fleuve pour tromper ma faim. Comment pourrais-je le vaincre? Voilà ce que vous allez faire pour m'aider: Le jour de notre combat, vous préparerez du pain et des pierres que vous entasserez au bord du fleuve. Quand vous verrez de la mousse noire et une main noire sortir de l'eau, vous jetterez des pains; et lorsque vous verrez de la mousse blanche et une main blanche, vous lancerez des pierres. Comme ça, vous me rendrez un grand service.

A ces mots, le vieillard dit:

- Pas difficile, compte sur moi.

Ceci dit, le gars lui précisa le nombre de pains et de pierres qu'il fallait préparer, l'endroit où les déposer et la distance à garder entre les tas de pains et de pierres. Dès lors, le vieux se mit à faire des préparatifs et le gars sortit tous les jours s'entraîner.

Le jour du combat arrivé, le gars descendit dans le fleuve. Ce jeune homme était en réalité Vieux-Li-Sans Queue. Aussitôt les eaux du fleuve se mirent à s'agiter. Les vagues se succédaient les unes aux autres, se brisaient contre les berges en faisant trembler les deux rives. Le vieillard observa attentivement le déferlement des eaux.

Peu après, de la mousse noire et une main noire sortirent de l'eau, et le vieillard jeta des pains. Un moment après, de la mousse blanche et une main blanche montèrent du fond du fleuve, aussitôt il lança des pierres. Le combat dura du matin jusqu'au soir et finalement Vieux-Li-Sans Queue vainquit le Dragon blanc.

Depuis que Vieux-Li-Sans Queue s'est installé dans le fleuve, les eaux sont devenues noires d'où son nom: Fleuve du Dragon Noir...

...Vieux-Li-Sans Queue est très bon! Lors de "l'incident du 18 septembre", (Le 18 septembre 1931, l'armée japonaise du Guandong attaqua la ville de Shenyang et commença à occuper les trois provinces du Nord-Est de la Chine.) il a même participé à la résistance contre les japonais. A ce moment-là, deux régiments de volontaires sur des bateaux étaient talonnés par les navires des agresseurs japonais. Tout à coup, surgit un petit canot conduit par un vieillard à la barbe noire.

- N'ayez pas peur, suivez-moi!

Ce disant, il sauta sur le bateau des combattants et ordonna:

- Démarrez!

En disant cela, il fit un signe de la main et un épais brouillard s'abattit sur le fleuve. Du coup, on ne voyait plus rien sur l'eau. Mais le bateau des volontaires sur lequel était le vieillard avançait à la vitesse d'une flèche.

C'est ainsi que les deux régiments de volontaires réussirent à s'échapper aux Japonais. Lorsque le brouillard se fut dissipé, le vieux à la barbe noire n'était plus là, on ne voyait plus sur le bord du bateau que deux gros caractères: "Vieux Li".


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Rédigé par orange8454

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Publié le 13 Septembre 2012

Su Dongpo venait d'être nommé magistrat à Hangzhou. Depuis que cette nouvelle s'était répandue, chaque jour, les gens s'attroupaient devant la porte du Yamen dans l'espoir de voir l'affiche rouge où serait inscrite la date de son arrivée, et d'entendre les trois coups de canon qui salueraient Su Dongpo au moment où il monterait sur l'estrade du tribunal...

Mais, ils avaient attendu en vain plusieurs jours de suite.

Un jour, deux homme se querellèrent puis se précipitèrent vers le Yamen, ils frappèrent avec force le tambour placé devant la porte, criant qu'ils voulaient porter plainte en justice, un huissier les apostropha:

 

- Le Seigneur n'est pas encore arrivé, revenez dans deux jours!

Fous de colère, les deux hommes persistaient à vouloir forcer l'entrée du Yamen, en repoussant le gardien.

A ce moment-là, un homme barbu au visage basané, une coiffure de tissu sur la tête, portant une robe de taoïste, assis à califourchon sur un âne, apparut devant le mur-écran du Yamen. Il criait:

 

- Laissez-moi passer, je suis en retard.

Le petit âne traversait la foule, avançant tout droit vers la cour du Yamen, l'huissier n'eut pas le temps de le rattraper par la queue, et l'homme sur sa monture entra dans la cour.

L'homme attacha l'âne sur un pilier de la galerie, monta dans la salle et, en quelques pas, alla se placer au milieu sur le fauteuil recouvert d'une peau de tigre.

A cette vue, un garde du Yamen, le considérant comme un fou, courut vers lui en vociférant:

 

- Ne sais-tu pas que c'est la place du Seigneur juge, on te tuera si tu oses t'asseoir sur ce siège.

 

L'homme éclata de rire en l'écoutant parler ainsi.

 

- Y aurait-il quelqu'un de si méchant!

- Bien sûr, répondit le gardien, cette place est réservée à celui qui est digne d'avoir un sceau en or.

- Un sceau en or, mais j'en ai un, et l'homme sortit de sa poche un sceau en or éblouissant et le mit sur la table.

Frappé de stupeur, le garde resta bouche bée, puis il finit par réaliser qu'il avait devant lui Su Dongpo, le nouveau magistrat de Hangzhou.

Su Dongpo n'avait plus le temps de suivre le cérémonial prescrit ni de faire tirer les trois coups de canon; dès qu'il fut entré dans la cour de justice, il se mit à tenir audience. Il demanda à l'huissier de laisser entrer les deux hommes qui se querellaient.

Quand ils comparurent, Su Dongpo frappa la table avec son maillet de bois, il les interrogea:
- Quels sont vos noms, qui est le plaignant?

Ils s'agenouillèrent sous l'estrade, et cognèrent leur tête contre terre.

- C'est moi le plaignant, dit l'un, je m'appelle Li Xiaoyi.

- Je m'appelle Hong Amao, dit l'autre.

- Li Xiaoyi, demanda le juge, pour quelle raison portes-tu plainte contre Hong Amao.

- Je suis un homme de peine, dit Li Xiaoyi, j'avais fait de petites économies, dix taëls d'argent; il y a deux mois, je les ai prêtés à Hong Amao. Nous étions de bons voisins, j'étais d'accord pour ne pas exiger d'intérêts, à condition qu'il me les rende dès que j'en aurais besoin. Maintenant, j'ai trouvé une jeune fille qui me convient, j'ai besoin de l'argent pour me marier, et non seulement il ne veut pas me rendre mon argent, mais il m'a frappé.

 

Su Dongpo se tourna vers Hong Amao et lui demanda:

 

- Pourquoi ne lui rembourses-tu pas ta dette, et le bats-tu par-dessus le marché?

Hong Amao s'empressa de se cogner la tête contre terre et murmura:

 

- Mon Seigneur, je suis un petit marchand, j'ai acheté des éventails à l'approche de l'été, j'étais loin de penser qu'il ferait encore frais après la fête de la mi-Mai; on porte encore des robes doublées, qui donc voudrait acheter mes éventails! En outre, ces jours-ci, il a plu et, les éventails ont moisi. Je suis vraiment incapable de lui rembourser l'argent. Comme il m'a insulté, et m'a saisi par ma veste, cela m'a mis en rage, et je lui ai donné un coup de poing sur la tête; je ne l'ai pas fait exprès.

En entendant cela, Su Dongpo fronça les sourcils et dit:

 

- Li Xiaoyi a besoin de l'argent pour se marier, Hong Amao doit lui payer sa dette.

A l'entendre, Hong Amao se lamenta:

 

- Ah! mon Seigneur, je suis vraiment à court d'argent.

Su Dongpo tout en caressant sa barbe reprit:

 

- Hong Amao a subi une perte d'argent, il est dans l'embarras. Li Xiaoyi doit chercher un autre moyen pour résoudre le problème de l'argent pour son mariage.

En entendant cela, Li Xiaoyi se plaignit aussi:

 

- Mon grand Seigneur, ce n'est pas facile pour moi d'économiser dix taëls d'argent!

Su Dongpo éclata de rire et dit:

 

- Soyez patients. Hong Amao rentre maintenant chez toi et rapporte-moi vingt éventails moisis; la cause est entendue.

Fou de joie, Hong Amao s'empressa de s'agenouiller et de se cogner la tête contre terre pour saluer le juge. Puis il se leva et courut à la maison; il en ramena vingt éventails qu'il donna à Su Dongpo.

 

Su Dongpo étala les éventails un à un sur le bureau, écrasa de l'encre, puis y trempa le pinceau et se mit à tracer, en utilisant les taches de moisi les plus grandes, des paysages en miniature évoquant des sites de montagnes, et avec les taches moins grandes, des fleurs de Mei en compagnie du sapin et du bambou, ce qu'on appelle "les trois amis de l'hiver".

Su Dongpo eut vite terminé; il donna alors dix éventails à Li Xiaoyi en lui recommandant:
- Tu peux compter régler les frais de ton mariage avec ces dix éventails; tu les emporteras dans la rue et tu crieras:

 

"éventails peints par Su Dongpo, un taël d'argent chacun", tu les vendras sur le champ.

Su Dongpo donna les dix autres à Hong Amao en lui disant:

 

- Tu iras les vendre dans la rue, et tu en tireras dix taëls d'argent comme capital, tu entreprendras alors un autre genre de commerce.

Tous les deux le saluèrent bien bas et sans grande confiance, ils prirent chacun leurs éventails. Mais, à peine eurent-ils crié deux fois à l'improviste leur marchandise à vendre que les vingt éventails furent enlevés rapidement. Tout heureux, ils rentrèrent chacun chez eux avec leur argent.

Depuis lors l'histoire du litige jugé par Su Dongpo s'est répandue parmi la population.

Autrefois, on ne confectionnait que deux sortes d'éventails à Hangzhou, des noirs et des blancs; après que Su Dongpo eut exécuté des dessins sur les éventails, les artisans l'imitèrent.

Les uns dessinaient des fleurs, des oiseaux, des personnages et des paysages, les autres calligraphiaient des poésies. Tout cela embellissait les éventails.

Ces éventails dessinés ont un double usage, ils permettent de s'éventer, mais aussi d'admirer la peinture, aussi sont-ils bien accueillis par les clients. C'est pourquoi, l'usage s'en est conservé de la Dynastie des Song du Nord jusqu'à aujourd'hui.



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Rédigé par orange8454

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