Publié le 13 Septembre 2012

Sinouhît, l'ami de Pharaon, l'administrateur des domaines du souverain et son lieutenant chez les Bédouins, Sinouhît, l'homme du roi, raconte ainsi son histoire :

"Je suis dit-il, le serviteur dévoué qui suit son maître. Amenemhaît, mon souverain, celui qui est enterré dans la pyramide de Quanofir, m'a confié sa fille, la princesse héritière, et je veille sur elle dans le harem royal. Ma noble maîtresse s'appelle Nofrît; elle est l'épouse préférée du roi Sanou.

En l'an XXX, le troisième mois d'Iakhouît, à l'époque où le dieu Râ entre en son double horizon, le roi Amenemhaît, le père de ma princesse, mourut sur cette terre et son âme s'élança au ciel, s'unissant au disque solaire et s'absorbant en son créateur.

Or, le palais était silencieux en signe de deuil, la double grande porte avait été scellée, les courtisans restaient accroupis, la tête appuyée sur leurs genoux, le peuple se lamentait tout haut.

Sa majesté, le roi défunt, avait envoyé de son vivant une armée nombreuse faire la guerre au pays des Timihou, ces tribus berbères qui occupent le désert de Libye. Son fils aîné, le prince Sanou, commandait cette armée; il avait été chargé de frapper les pays étrangers et de réduire les Berbères à l'esclavage. Vainqueur, il avait déjà pris le chemin du retour, amenant avec lui des prisonniers vivants dont il s'était emparé chez les Berbères et des troupeaux si nombreux qu'il n'en savait pas le chiffre.

Dès la mort du Roi, les amis du Sérail, qui sont les amis du souverain choisis parmi les courtisans et les fonctionnaires, envoyèrent des gens du côté de l'ouest pour informer le fils du Roi des événements survenus au Palais. Les messagers le rejoignirent à la nuit : le prince fit diligence. Comme un faucon royal, il s'envola avec ses serviteurs pour rejoindre le Palais où l'on pleurait son père. Mais l'ordre fut donné aux princes de sang royal de garder le silence, de cacher à l'armée la mort du roi.

Or moi, j'étais là. j'entendis la voix du messager annonçant une si grave nouvelle. Il y allait de ma vie : la moindre indiscrétion me serait attribuée si quelqu'un apprenait quelque chose et je serais condamné pour avoir découvert ce qui doit rester secret et ce que je devais ignorer. Je m'éloignai bien vite, mon cœur se fendit, mes bras retombèrent, la peur s'abattit sur tous mes membres, je me désolai, faisant des tours et des détours pour chercher une place où me cacher; je me coulai entre deux buissons pour m'écarter de la route battue qui suivait le cortège royal. Je m'acheminai vers le sud, mais je ne voulais pas revenir au Palais royal car j'imaginais que la guerre y avait déjà éclaté, il est rare, en effet, qu'un héritier désigné par le Pharaon occupe le trône sans avoir à guerroyer contre ses frères moins favorisés et jaloux qui veulent lui arracher son héritage.

Chassé par la peur, je traversai le canal des deux Vérités au lieu qu'on appelle le Sycomore. J'arrivai à l'île Sanafrouî et j'y passai la journée, blotti dans un champ. A l'aube me voilà reparti et en voyage. Je marchai toute la journée et la nuit encore, et le lendemain de bonne heure j'atteignis Pouteni et je me reposai dans une île.

Alors la soif s'abattit sur moi. Je râlais. Mon gosier se contractait: je défaillis, et je me disais déjà : "C'est le goût de la mort!"Quand mon cœur reprit courage, je rassemblai mes membres pour me relever; j'entendais mugir un troupeau. C'étaient des Bédouins, ils m'aperçurent et un de leurs cheiks qui avait séjourné dans mon pays d'Egypte, me reconnut. il me donna de l'eau et me fit cuire du lait; puis j'allai avec lui dans sa tribu et ils me rendirent le service de me faire passer de pays en pays. Je gagnai ainsi une contrée de la Syrie, et j'y restai un an et demi.

Or, le prince du pays de Syrie, Ammoui, me fit venir auprès de lui et me dit; "Tu te trouves bien chez moi car tu y entends le parler de l'Egypte". Il disait cela parce qu'il savait qui j'étais. Des Egyptiens, réfugiés dans le pays, lui avaient parlé de moi.

Il se mit à m'interroger: "Pour quelle raison es-tu venu ici? Qui t'a poussé à quitter ton pays? Qu'est-il arrivé dans le palais d'Amenemhaît, le souverain des Deux-Egyptes? Révèle-nous ce que nous ignorons".

Comprenant qu'il supposait que j'avais été mêlé à quelque complot contre le roi, je lui répondis avec astuce : "Oui, certes, il est arrivé quelque chose. Quand je revenais de l'expédition au pays des Berbères, j'ai entendu quelque chose qui ne me regardait pas. Mon cœur se déroba, la peur m'a fait fuir dans le désert. Je n'avais pas été blâmé pourtant, personne ne m'avait craché à la figure, on ne m'avait pas donné de vilains noms. Je ne sais pas ce qui m'amena en ce pays, plutôt qu'en un autre, ce doit être la volonté sacrée d'Amon-Râ".

Mais Ammoui poursuivit: "Qu'arrivera-t'il à l'Egypte maintenant qu'elle est privée de son protecteur? Amenemhaît était redouté des nations étrangères à l'égal de la déesse Sokhît qui peut envoyer la peste sur la terre, comme il lui plaît".

Je lui laissai voir ma pensée et je lui dis : "Amon-Râ a eu pitié de nous! Le fils d'Amenemhaît est entré au palais et il est en possession de l'héritage. Certes c'est un maître de sagesse, prudent en ses desseins, bienfaisant en ses décisions, qui sait donner des ordres.

Déjà du vivant de son père il domptait les nations étrangères tandis que son frère restait à l'intérieur de son palais. C'est un vaillant qu'il faut voir entrer dans la mêlée et s'élancer sur les barbares. Il court si vite que le fuyard qui lui a montré son dos ne trouve plus d'asile. Il ne se lasse jamais ; s'il voit de la résistance, il saisit son bouclier, il culbute l'adversaire, il tue du premier coup ; personne n'a jamais pu détourner sa lance, personne ne peut tendre son arc. La cité l'aime et l'appelle le bien-aimé, le très charmant homme et les femmes s'en vont chantant sa louange. Il est roi, c'est Amon-Râ qui nous l'a donné et cette terre se réjouit d'être sienne et de vivre sous son gouvernement. Il veut faire la conquête des pays du midi et il ne craint pas ceux du nord". Souhaite que ton nom lui soit connu comme celui d'un homme de bien car s'il prend fantaisie d'envoyer une expédition ici il saura te traiter comme tu le mérites : il ne cesse jamais de faire le bien et de rendre justice à la contrée qui lui est soumise".

Le chef du pays de Syrie me répondit : "Certes l'Egypte est heureuse puisqu'elle connaît la valeur de son prince. Quant à toi, puisque tu es ici, reste avec moi et je te ferai du bien !".

Il me traita mieux que ses propres enfants, il me maria avec sa fille aînée et il voulut que je choisisse pour moi un domaine parmi les meilleurs de ses possessions sur la frontière. C'est une terre excellente, qui s'appelle Aîa. Il y mûrit des figues et des raisins ; le vin y est plus abondant que l'eau, il y a plein de miel et d'huile d'olive et des arbres qui donnent toutes sortes de fruits. L'orge et le froment y poussent en abondance. On y a la farine sans limite et il y a aussi toute espèce de bestiaux. Et je reçus de grands privilèges quand le prince vint m'installer comme le seigneur d'une tribu. J'eus chaque jour une ration de pain et de vin, de la viande bouillie et des volailles rôties et encore du gibier qu'on chassait pour me l'offrir, bien que j'eusse moi-même une meute de chiens de chasse. On faisait pour moi beaucoup de gâteaux et du lait cuit de toutes les manières.

Je passai là de nombreuses années, mes fils devinrent des hommes vaillants, chacun maître de sa tribu. Moi, j'accueillais avec bonté ceux qui passaient sur ma terre et, me souvenant d'avoir été fugitif, je donnais de l'eau à celui qui avait soif, je remettais le voyageur égaré sur la bonne route, j'accueillais et je réconfortais celui qui a été pillé par les voleurs, et mon hospitalité était si connue que les messagers volontiers s'arrêtaient chez moi.

Pendant de longues années je fus chargé de commander les soldats pour défendre le prince de Syrie contre les Bédouins qui s'enhardissaient jusqu'à nous attaquer. Et lorsque je marchais précipitamment contre un pays avec mes soldats, on tremblait au fond des puits dans les pâturages. Je prenais les bestiaux, j'emmenais les vassaux et j'enlevais leurs esclaves, je tuais les hommes d'armes.

Par mon glaive, par mon arc, par mes marches, par mes plans bien conçus, je gagnai le cœur de mon prince et il m'aima quand il connut ma vaillance ; il mit ses enfants sous mes ordres quand il vit la vigueur de mon bras.

Une fois, arriva un Syrien, fort entre les forts. Il vint me défier dans ma tente. C'était un héros que personne n'accompagnait, car il avait vaincu tous les hommes forts du pays.

Il disait qu'il lutterait avec moi ; il se promettait de me dépouiller ; il annonçait bien haut qu'il prendrait mes troupeaux pour les emmener dans son domaine et les distribuer à ceux de sa tribu.

 Le prince délibéra avec moi et je dis : "Je ne connais point cet homme. Je ne suis jamais allé sous sa tente puisque je ne suis pas son allié ; est-ce que j'ai jamais ouvert sa porte ou enfoncé ses clôtures ? Il me poursuit par pure jalousie parce qu'il voit que je suis à ton service. Qu'Amon-Râ nous sauve. Je suis comme vieux taureau au milieu de son troupeau de vaches, lorsque fond sur lui un jeune taureau qui veut les lui prendre. J'étais un mendiant, je suis passé chef. J'étais un nomade qui a pris place parmi les paysans : il est naturel que je leur déplaise. Alors s'il a le cœur à combattre, qu'il dise son intention et qu'Amon-Râ décide entre nous".

Je passai la nuit à bander mon arc, à dégager mes flèches, à donner du jeu à mon poignard, à fourbir mes armes.

A l'aube tout le pays accourut. Le prince de Syrie, qui avait prévu le combat, avait réuni ses tribus et convoqué tous les voisins.

Quand l'homme fort arriva, je me dressai en face de lui : tous les cœurs brûlaient pour moi, hommes et femmes, anxieux à mon sujet, poussaient des cris; on disait : "Y a t'il véritablement un autre champion assez fort pour lutter contre cet homme si fort?"

Et voici qu'il prit son bouclier, sa lance, sa brassée de javelines. Je réussis à écarter de moi ses traits qui tombèrent à terre, je l'obligeai à épuiser ses armes sans résultat, alors il fondit sur moi. A ce moment, je déchargeai mon arc contre lui, mon trait s'enfonça dans son cou, il cria et il s'abattit sur le nez. Je l'achevai avec sa propre hache et, le pied sur son dos, je poussai mon cri de victoire.

Tous les Asiatiques crièrent de joie ; je rendis des actions de grâces à Moutou, le dieu de la guerre que nous adorons à Thèbes tandis que ses gens se lamentaient sur lui. le prince de Syrie me serra dans ses bras. J'emportai tous les biens du vaincu, je pris ses bestiaux et voilà que ce qu'il avait voulu me faire, c'était moi qui le lui faisais. Je pris tout ce qui était dans sa tente. Je pillai son douar (village en Afrique du Nord) et je m'enrichis, mon trésor s'arrondit et mon troupeau s'accrut.

Ainsi donc, le dieu s'est montré gracieux pour celui à qui on reprochait d'avoir fui en terre étrangère, si bien qu'aujourd'hui mon cœur est joyeux. J'ai été un fugitif, un traînard mourant de faim, un pauvre hère sorti tout nu de son pays et maintenant j'ai une bonne réputation à la cour de Syrie, je donne du pain au pauvre, je suis éclatant dans mes habits de fin lin, je possède beaucoup de serfs. Ma maison est belle, mon domaine est vaste.

Pourtant, mon cœur n'est point satisfait. Maintenant que la vieillesse vient, que la faiblesse m'a envahi, que mes deux yeux sont lourds, que mes jambes refusent le service et que le trépas s'approche de moi, je voudrais revoir l'Egypte. O Dieux qui m'avez poussé à fuir, accordez-moi de revoir le pays où je suis né et où je voudrais mourir.

J'envoyai au Pharaon un message pour que sa bonté me soit favorable, et Sa Majesté daigna m'envoyer des présents aussi beaux que ceux qu'on donne aux princes des pays étrangers et m'écrire la lettre que voici :

" L'Horus, le maître des diadèmes du Nord, et du Sud, le roi de la Haute et de la Basse-Egypte, Sanou, fils du Soleil, vivant à toujours et à jamais. Ordre du roi pour le serviteur Sinouhît. Voici, cet ordre du roi t'est apporté pour t'instruire de sa volonté. Tu as parcouru les pays étrangers, sortant de Kadimâ vers la Syrie et tu es passé d'un pays à l'autre, sur le conseil de ton propre cœur. Il s'ensuit que tu ne peux plus parler dans le conseil des notables, que tes paroles, ni tes malédictions ne comptent plus. Et ceci n'est pas dû à une mauvaise volonté de ma part contre toi. Car cette reine, ta maîtresse qui est dans le Palais, elle est florissante encore aujourd'hui, sa tête est exaltée parmi les royautés de la terre et ses enfants vivent dans la partie réservée du palais. Tu jouiras des richesses qu'ils te donneront et tu vivras de leurs largesses.

Quand tu seras revenu en Egypte et que tu verras la résidence où tu vivais, prosterne-toi face contre terre devant la Sublime Porte et joins-toi aux Amis royaux comme autrefois. Car aujourd'hui voici que tu vieillis et que tu songes au jour de l'ensevelissement, au passage à la Béatitude éternelle. Bientôt tu passeras tes nuits parmi les huiles destinées à embaumer ton corps et au milieu des bandelettes sacrées. On fera ton convoi le jour de l'enterrement, on t'emportera dans une gaine doré, ta tête peinte en bleu, un baldaquin au-dessus de toi ; des bœufs tireront ton corbillard, des chanteurs te précéderont et des baladins danseront pour toi les formules des offrandes, on tuera pour toi des victimes auprès de ta stèle funéraire et ta pyramide sera bâtie en pierre blanche dans le cercle des princes royaux.

Il ne faut pas que tu meures sur la terre étrangère, ni que des Asiatiques te conduisent au tombeau enseveli dans une peau de mouton. Quand tu seras revenu ici, tu oublieras les malheurs que tu as subis. "

Quand cet ordre m'arriva, je me tenais au milieu de ma tribu. Dès qu'il me fut lu, je me prosternai à terre comme devant le Pharaon, à plat ventre, je me traînai dans la poussière et je flairai la terre ; je répandis cette poussière sur mes cheveux, je fis le tour de mon campement, tout réjoui et disant : "Comment se fait-il que pareille indulgence me soit accordée, à moi que mon cœur a conduit aux pays étrangers et barbares? Certes, combien c'est chose belle cette compassion qui me délivre de la mort. Car le Seigneur va permettre que j'achève mon existence à la cour". Et voici la lettre que j'écrivis pour répondre à cet ordre :

"Le serviteur du harem, Sinouhît, dit : Que la paix soit par-dessus toute chose. Cette fuite de ton serviteur dans son inconscience, Très haut, tu la connais. Maître des Deux-Egyptes, ami de Râ, favori de Montou le seigneur de Thèbes, puissent Amon, le seigneur de Karnak, Râ, Horus, Hâthor, Toumou et les neuf dieux qui l'accompagnent, puisse la royale Ureus qui ceint ta tête, puisse Nouît, puissent tous les dieux de l'Egypte et des îles de la Très-Verte, donner la vie et la force à tes narines. Qu'ils te prodiguent leurs largesses, qu'ils te donnent le temps sans limites, l'éternité sans mesures ; que tu inspires la crainte dans tous les pays de plaine et de montagne, que tu domptes et possèdes tout ce que le disque du soleil éclaire dans sa course. C'est la prière que le serviteur fait pour son maître qui le délivre du tombeau. Cette fuite de ton serviteur n'était pas dans mes intentions, je ne l'avais pas préméditée, je ne sais ce qui m'arracha du lieu où j'étais. Ce fut comme un rêve, je n'avais rien à redouter, nul ne me poursuivait, nul ne m'injuriait, et pourtant mes membres tressaillirent, mes jambes s'élancèrent, mon cœur me guida, le dieu qui voulait ma fuite me tira.

Puisque tu ordonnes, moi, ton serviteur, j'abandonnerai les fonctions que j'ai eues en ce pays-ci. Que ta Majesté fasse comme il lui plaît, car c'est toi qui donnes la vie et c'est la volonté des dieux que tu vives éternellement. "

Quand on vint me chercher, moi, le serviteur, je célébrai une fête dans mon domaine pour remettre en cérémonie mes biens à mes enfants. Mon fils aîné devint le chef de la tribu, il devint le maître de tous mes biens, mes serfs, tous mes bateaux, toutes mes plantations, tous mes dattiers.

Et alors je m'acheminai vers le sud et quand j'arrivai non loin du delta au poste frontière, le général égyptien qui commande la garde de la frontière envoya un message au palais pour m'annoncer. Sa Majesté dépêcha un directeur de la maison du roi et des navires chargés de cadeaux envoyés par le Roi aux Bédouins qui m'avaient escorté jusque-là. Je leur dis alors adieu, appelant chacun par son nom. Puis-je montai dans un bateau qui démarra et mit toutes ses voiles. Et chaque jour à bord on prépara pour moi de la bière fraîche jusqu'à mon arrivée devant la ville royale de Taîtou, la très ancienne ville royale.

Quand la terre s'éclaira, le matin suivant, on vint m'appeler. Dix hommes vinrent me chercher et m'escorter jusqu'au palais. Les enfants royaux qui attendaient dans le corps de garde vinrent à ma rencontre. Les Amis du Roi me conduisirent au logis du Pharaon et jusqu'à la grande salle à colonnes. Je trouvai Sa Majesté sur la grande estrade sous la porte dorée et je me jetai à terre sur le ventre et je perdis connaissance devant lui.

Sa Majesté divine daigna m'adresser des paroles aimables, mais je fus soudain enveloppé de ténèbres, mon âme défaillit, mes membres se dérobèrent, mon cœur ne fut plus dans ma poitrine et je connus la différence qu'il y a entre la vie et la mort.

Sa Majesté dit à l'un de ses Amis : "Relève-le, et qu'il me parle !".

Sa Majesté poursuivit : "Te voilà donc qui reviens, après que tu as couru les pays étrangers, après que tu as pris fuite. Te voilà vieux, tu as de la chance de pouvoir désormais être enseveli ; ce n'est pas une petite affaire que d'échapper à un enterrement chez les barbares. Tâche de répondre quand on t'interpelle".

J'eus peur, peur d'un châtiment et je répondis effaré : "Que m'a dit mon maître? Je ne suis pas fautif, ce fut la main d'Amon-Râ. La peur qui me tient en ce moment est pareille à celle qui m'a poussé à cette fuite fatale. Me voici devant toi : tu es la vie, que ta Majesté agisse à son plaisir !".

On fit défiler les enfants royaux et Sa Majesté dit à la Reine :

"Voilà Sinouhît qui revient, avec des manières de rustre, semblable à un Asiatique, il est devenu tout pareil à un Bédouin !"

Elle poussa un très grand éclat de rire et les enfants royaux s'esclaffèrent tous à la fois. Toutefois, ils eurent pitié de moi et dirent à Sa Majesté : "Non, en vérité, Souverain, mon maître, il n'est pas pareil à un Bédouin!"

Sa Majesté dit : "En vérité, il l'est, il a l'air d'un Bédouin, tout à fait".

Alors, les enfants royaux saisirent leurs instruments de musique et, défilant devant le roi, chantèrent un hymne à sa louange, disant :

"Tes deux mains soient pour le bien, ô Roi, toi sur qui reposent le diadème du Sud et le diadème du Nord, et l'ureus est à ton front. Tu as écarté tes sujets du mal; car Tâ t'est favorable, ô maître des Deux Pays".

Et ils ajoutèrent des paroles en ma faveur :

"Accorde-nous cette faveur insigne que nous te demandons, pour ce cheik Sinouhît, le Bédouin qui est né sur la terre des canaux, dans le delta. S'il a fui, c'est par la crainte que tu lui as inspirée ; car celui qui voit ta face devient blême et l'œil qui te contemple a peur".

La colère de Sa Majesté fut apaisée par ce chat. Et Sa Majesté daigna dire aux enfants royaux : "Qu'il ne craigne plus! Allez avec lui au Logis Royal et désignez-lui la place qu'il occupera. Qu'on le mette parmi les gens du Cercle royal. Qu'il soit, comme par le passé, un Sage parmi les sages qui m'entourent".

Lorsque je sortis du Logis Royal, les enfants royaux me donnèrent la main et nous nous rendîmes à la double grande porte pour que j'y reçoive ma donation. On m'assigna la maison d'un Fils Royal, avec ses richesses, avec sa salle de bain, ses décorations célestes, son ameublement venu du palais, les étoffes de la garde-robe royale et des parfums de choix.Trois ou quatre fois par jour on m'apportait du Palais des friandises, de la viande, de la bière et du pain.

Me sentant tout rajeuni, je me rasai, je peignai mes cheveux que j'avais laissé pousser selon la coutume des Egyptiens quand ils sont à l'étranger ; je me débarrassai de la crasse étrangère et des vêtements étrangers ; puis je m'habillai de fin lin, je me parfumai d'essences de choix, je me couchai dans un lit. Il n'y avait plus qu'à oublier les pays des sables et d'huile d'olive.

Et ensuite il fallut penser à ma future demeure, le tombeau où je devais habiter pour l'éternité. On fit pour moi une pyramide en pierre au milieu des pyramides funéraires. Le chef des carriers de Sa Majesté choisit le terrain, le chef des peintre dessina la décoration, le chef des sculpteurs la sculpta, le chef des travaux de la nécropole parcourut toute la terre d'Egypte pour fournir le sarcophage, les tables d'offrandes, les coffrets, les statues du double en pierre et en métal, et toute sorte de mobilier. Enfin on désigna les prêtres du Double, ceux qui devaient tenir le tombeau en ordre et faire toutes les cérémonies nécessaires.

Pour moi, j'ajoutai encore au mobilier et fis mes arrangements dans l'intérieur de la pyramide, et puis je donnai des terres aux environs de la ville pour constituer un domaine funéraire dont les revenus seraient consacrés à l'entretien de mon tombeau et à la nourriture de mon double pour qu'il vive heureux dans l'éternité.

Tout fut achevé magnifiquement. Sa Majesté elle-même se chargea de faire faire ma statue. Elle fut lamée d'or et on la revêtit d'une jupe de vermeil, comme il convient à un ami de Pharaon. Je fus dans la faveur du Roi jusqu'au jour de mon trépas.

Cette histoire nous l’avons contée comme elle fut écrite dans le livre de Sinouhît et déposée dans son tombeau.



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Rédigé par orange8454

Publié dans #majeste, #moi, #pays, #roi, #terre

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Publié le 13 Septembre 2012

ll y avait, une fois, dit-on, un roi d'Égypte, pour lequel n'avait pas été mis au monde d'enfant mâle… Alors, il supplia les dieux, autour de lui, de lui donner un fils. Ceux-ci ordonnèrent de faire en sorte que l'on mît au monde pour lui. Cette nuit-là, tandis qu'il couchait avec son épouse, elle devint enceinte. Lorsqu'elle eut accompli le nombre de mois nécessaires pour la naissance, elle accoucha d'un garçon. Alors les sept Hathor s'en vinrent pour lui annoncer quel serait son destin ; elles dirent : " Sa mort viendra d'un crocodile, ou d'un serpent, ou encore d'un chien ". Les gens qui étaient aux côtés de l'enfant écoutèrent ces paroles et les rapportèrent à Sa Majesté - puisse-t-il être vivant, prospère et en bonne santé !

- Alors le cœur de Sa Majesté devint triste, au-delà de toute expression. Sa Majesté - puisse-t-il être vivant, prospère et en bonne santé ! - fit construire pour l'enfant une maison en pierre, dans le désert ; elle fut pourvue d'une domesticité et de toutes les belles et bonnes choses appartenant au palais royal - puisse-t-il être vivant, prospère et en bonne santé !... Mais l'enfant ne devait pas sortir de la maison.

Lorsqu'il eut grandi, il monta, un jour, sur la terrasse et aperçut un chien qui suivait un homme, marchant sur le chemin. Il dit au serviteur qui se tenait près de lui : " Qu'est-ce donc qui marche derrière cet homme qui s'avance sur le chemin ?

" Il lui répondit : " C'est un chien ". L'enfant lui dit alors :

" Fais en sorte que l'on m'amène un chien semblable ".

Le serviteur alla rapporter cela à Sa Majesté - puisse-t-il être vivant, prospère et en bonne santé ! - et Sa Majesté dit :

" Qu'on lui apporte un jeune chien, qui saute, plein de vie, afin que son cœur ne soit plus chagrin ". Et le chien fut apporté au jeune prince.

Après que des jours furent écoulés, et que le corps de l'enfant se fut développé, il dépêcha un messager à son père afin de lui dire : " Qu'arrivera-t-il, si je demeure ainsi ? Vois, je suis assigné à mon destin. Permets donc que j'aie le loisir d'agir ainsi que mon cœur le souhaite. Et Dieu fera de ce qui est de sa volonté ".

Alors, on équipa pour lui un char, muni de toutes sortes d'armes de combat ; on plaça un serviteur à sa suite, comme compagnon,et on le fit passer sur la rive est du fleuve. On lui dit : " Poursuis maintenant ton chemin à ta guise ". Son chien était avec lui. Il voyagea vers le Nord, dans le désert, suivant son désir ; il se nourrissait de tout le meilleur gibier du désert.

Un jour, il arriva auprès du prince du Naharina. Or ce prince n'avait pas eu d'enfant, à l'exception d'une fille ; pour celle-ci, on avait construit une maison, dont la fenêtre était éloignée du sol de soixante-dix coudées. Le prince du Naharina avait fait en sorte que soient amenés tous les fils de tous les chefs du pays de Syrie, et il leur avait dit : " Quiconque, parmi vous, atteindra, en sautant la fenêtre de ma fille, celui-là l'épousera ".

Après que de nombreux jours se furent écoulés, tandis que ceux-ci se livraient à leur exercice quotidien, le jeune prince vint à passer devant eux. Ils le conduisirent jusqu'à leur maison, le lavèrent, donnèrent de la nourriture à son attelage et l'oignirent, bandèrent ses pieds et donnèrent des aliments à son compagnon. Puis ils lui dirent en manière de conversation : " D'où viens-tu, bel adolescent ? " Il répondit : " Je suis le fils d'un officier du pays d'Égypte. Ma mère étant morte, mon père prit une autre femme, qui devint ma belle-mère. Celle-ci, peu à peu, me haït, et je partis pour la fuir ". Alors ils le prirent dans leurs bras et le baisèrent sur tout le corps.

Après d'autres jours nombreux, il dit aux jeunes gens : " Mais que faites-vous donc ? " Ils répondirent :

" Cela fait trois mois que chaque jour nous sommes ici, passant notre temps à sauter ; car celui qui atteindra la fenêtre de la fille du prince du Naharina, celle-ci lui sera donnée comme épouse ". Il leur dit : " Ah ! si mes pieds n'étaient pas douloureux, j'irais moi aussi pour sauter avec vous ". Ils s'en allèrent alors pour sauter, selon leur habitude de chaque jour, tandis que le jeune prince se tenait debout, éloigné et les regardant. Alors le visage de la fille du prince de Naharina se tourna vers lui.

Après quelque temps, le jeune prince s'en vint afin de sauter avec les enfants princiers. Il sauta donc et il atteignit la fenêtre de la fille du prince de Naharina. Elle le baisa et l'embrassa sur tout son corps. Alors, on alla informer son père en lui disant :

" L'un des jeunes gens a atteint la fenêtre de ta fille ". Le prince questionna ainsi : " De quel chef est-il le fils ? " On lui répondit : " C'est le fils d'un officier qui est venu du pays d'Égypte,
fuyant devant sa belle-mère ". Le prince de Naharina fut alors extrêmement furieux, et dit : " Vais-je donner ma fille à ce fuyard égyptien ? Faites en sorte qu'il s'en retourne ".
On alla dire à celui-ci : " Repas donc vers le lieu d'où tu es venu ". Mais la jeune fille le saisit alors et elle fit un serment au nom de Dieu, disant : " Aussi vrai que dure Rê-Horalkhry, si on enlève loin de moi ce jeune homme, je ne mangerai plus, je ne boirai plus et je mourrai dans l'heure ". Le messager partit pour rapporter à son père toutes les paroles qu'elle avait prononcées. Celui-ci envoya des gens pour tuer l'adolescent à l'endroit où il se tenait. Mais la jeune fille dit : " Aussi vrai que dure Rê, si on le tue, quand se couchera la lumière divine, je mourrai. Je ne passerai pas une heure, pas une heure de plus que lui ". On alla de nouveau rapporter ces propos à son père. Alors celui-ci fit en sorte que l'on amenât l'adolescent en sa présence en même temps que sa fille…

La dignité du jeune homme fut sensible au prince ; celui-ci le prit dans ses bras, le baisa sur tout son corps et lui dit : " Parle-moi de ta condition, car, vois tu es désormais pour moi comme un fils ". L'adolescent lui répondit :

" Je suis le fils d'un officier du pays d'Égypte. Ma mère étant morte, mon père prit une autre femme, qui devint ma belle-mère. Celle-ci peu à peu me haït et je partis pour la fuir ". Alors le prince lui donna sa fille ; il lui donna une maison et des terres cultivables, en même temps que des troupeaux et toutes sortes de belles et bonnes choses.

Quelque temps après cela, le jeune homme dit à son épouse :

" Je suis promis à trois destins : le crocodile, le serpent, le chien ". Elle lui dit aussitôt : " Fais donc tuer le chien qui te suit ".

Mais il répondit : " Ce serait une folie. Je ne permettrai pas que l'on tue mon chien, que j'ai élevé depuis qu'il était petit ". 

Alors, elle devint vigilante pour son époux, extrêmement. Elle ne lui permettait pas de sortir seule et de s'éloigner.

Or, le jour où l'adolescent s'en était venu du pays d'Égypte, dans son errance, le crocodile que lui avait assigné le destin … l'avait suivi ; il se trouva juste avant lui, dans la ville où résidait le jeune homme … et se tint dans l'Eau. Or il y avait dans cette Eau un Esprit divin et puissant ; il ne permettait pas au crocodile d'aller au-dehors, et le crocodile ne permettait pas que l'Esprit divin et puissant sorte pour se promener. Quand à l'aube brillait la lumière divine, les deux adversaires se dressaient pour combattre, et cela chaque jour, depuis une durée de trois mois.

Quelque temps encore après cela, un jour, le jeune homme s'assit pour passer, dans sa maison, une heureuse journée. Après que fut venue la douce brise de la nuit, il s'allongea sur son lit et le sommeil s'empara de son corps. Son épouse emplit un bol avec du vin, un autre avec de la bière. Un serpent sortit alors de son trou dans l'intention de mordre le jeune homme ; son épouse était assise à son côté, mais elle ne dormait point.

Les bols attirèrent le serpent, qui but et devint ivre ; puis il s'allongea, ventre en l'air. Alors l'épouse le fit mettre en pièces au moyen de sa hache. On réveilla son mari… Elle lui dit :

" Vois, ton dieu a placé un de tes destins dans ta main ; il veillera encore sur toi… " Il fit désormais des offrandes à Rê, l'adorant et exaltant sa gloire, pendant le cours de chaque jour.

De nombreux jours encore après cela, le jeune homme sortit pour se promener, se divertissant dans son domaine. Son épouse ne sortit pas avec lui, mais son chien l'accompagnait. Celui-ci, alors, se mit à parler et dit : " Je suis ton destin ". Alors l'homme courut devant lui, il atteignit l'eau et s'y jeta… Le crocodile le saisit et l'emporta jusqu'à l'endroit où se tenait habituellement l'Esprit divin et puissant ;
mais celui-ci n'était pas là. Le crocodile dit alors au jeune homme : " Je suis ton destin, qui t'ai suivi jusqu'ici. Durant les trois mois écoulés jusqu'à ce jour, j'ai combattu avec l'Esprit divin et puissant.

Or, vois, je suis prêt à te libérer. Mais si cet Esprit vient pour combattre, tu me prêteras assistance et tu le tueras… ". Lorsque la terre s'éclaira, un second jour étant venu, l'Esprit divin et puissant s'en revint… (Là s'arrête le manuscrit.)

Source : Textes sacrés et textes profanes de l'Ancienne Égypte II ,Mythes, contes et poésie de Claire Lalouette, 



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Rédigé par orange8454

Publié dans #chien, #homme, #jeune, #jour, #prince

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Publié le 13 Septembre 2012

L'original de ce conte paraît remonter au tout début de la XIIe dynastie et est connu par un manuscrit du Moyen Empire conservé au Musée égyptien de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg - Léningrad. On ignore comment il est arrivé en Russie. Il s'agit de la copie d'un manuscrit de quelques années plus ancien, œuvre du scribe Aménô, fils d'Amény qui, s'il n'en est pas l'auteur, pourrait être le premier à l'avoir fixé par écrit. Aucune autre copie ne nous est parvenue.

L'île où une vague de la "Très Verte" a jeté le naufragé est appelée " l'Ile du Kâ ". Elle est située sur la côte occidentale de la Mer Rouge.

Ce conte trouve probablement son origine dans des récits de marins : leur navigation n'allait pas toujours sans accident car la côte était escarpée, hérissée de récifs et d'îlots. Ceux qui en revenaient ne devaient pas manquer d'ajouter à la réalité de leurs aventures quelques détails merveilleux susceptibles d'étonner leurs auditeurs. Ainsi dut naître Le Conte du Naufragé. Il se relie à d'autres contes fabuleux du monde oriental comme le récit du naufrage et de l'arrivée d'Ulysse chez les Phéaciens dans l'Odyssée ou les aventures de Sindbad le marin contées par Les Mille et une Nuits.

"En ce temps-là, un capitaine fit naufrage et perdit son bateau, corps et biens. Un matelot le recueillit et le ramena jusqu'à Eléphantine. Mais, tout le long du voyage, le pauvre naufragé se désola parce qu'il avait très peur que les juges d'Egypte ne l'accusent d'avoir perdu son navire par sa faute. Alors, pour le rassurer et le réconforter, le matelot se mit à lui raconter une aventure qui lui était arrivée. Il dit : "Que ton cœur soit content, mon capitaine, car nous voilà arrivés au pays. Les matelots ont pris le maillet et enfoncé le pieu à terre, puis ils ont passé l'amarre ; ils ont poussé des cris de joie, ils ont remercié et adoré le dieu protecteur du bateau et chacun, dans sa satisfaction d'être arrivé à bon port sain et sauf, a embrassé son camarade tandis que la foule nous écriait : "Soyez les bienvenus!" C'est une belle expédition. Il ne manque pas un homme, nous avons atteint les extrémités du pays d'Ouaouait (qui est la Nubie, plus loin que la seconde cataracte), nous avons passé devant Saumouît (qui est une île de Philae, près de la première cataracte) et maintenant nous voilà dans notre pays arrivés paisiblement.

 

Ecoute-moi, mon prince, je n'exagère jamais. Tu vas te laver, verser de l'eau sur tes doigts ; puis tu comparaîtras devant le Roi. Il faudra lui parler à cœur ouvert, répondre quand tu seras invité à parler, répondre sans perdre contenance et surveiller tes paroles, car si la bouche de l'homme est faite pour défendre, elle peut aussi le perdre et quelquefois, pour avoir eu la langue trop longue, un homme s'en va au supplice, le visage couvert su voile qu'on jette sur la figure des criminels après les avoir condamnés. Tâche de suivre les mouvements de ton cœur et de trouver des paroles qui apaisent la colère du Roi, afin qu'il te laisse partir, justifié et acquitté de tout blâme. Mais pour te donner du courage, je vais te raconter une aventure semblable qui m'est arrivée. C'est à l'époque où je suis allé aux mines qui appartiennent au Souverain. Je partis en mer sur un navire comme on n'en voit plus, bien plus grand que les navires d'à présent. Il avait au moins cent cinquante coudées de long sur quarante coudées de large ; toi qui connais les bateaux, tu te représentes son importance. Il y avait bien cinquante hommes d'équipage, tous des matelots d'élite, des hommes du pays d'Egypte qui avaient vu le ciel, qui avaient vu la terre et qui avaient le cœur plus hardi que celui du lion.

 

Ils croyaient que le vent ne s'élèverait pas, que nous échapperions au désastre, mais le vent éclata juste quand nous étions au large, et avant que nous ayons atteint la terre, la brise fraîchit et elle souleva une vague haute comme une maison. J'arrachai une planche et je m'y cramponnai. Quant au navire, il disparut et de tout l'équipage il ne resta pas un homme. Moi seul, grâce à ma planche qui flotta, et poussé par un courant, j'abordai à une île. Trois jours, je restai seul sans autre compagnon que mon cœur. La nuit je me couchais dans le creux d'un arbre, tapi dans l'ombre ; le jour, je marchais à la recherche de quelque chose à me mettre dans la bouche. Je trouvais des figues et du raisin, des poireaux magnifiques, des baies et des graines, des melons à volonté, des poissons, des oiseaux, il y avait de tout. Alors je me rassasiais, dédaignant le superflu et rejetant à terre les provisions inutiles dont mes mains s'étaient chargées. je fabriquai un allume-feu, j’allumai un feu et je fis un sacrifice aux dieux. Et soudain voici que j'entendis un bruit formidable, une voix tonnante, et je pensai : "C’est une vague de la mer!" Les arbres craquèrent, la terre trembla, je dévoilai ma face et j'aperçus un serpent qui s'avançait vers moi, long, long, au moins de trente coudées, et une queue de deux coudées au moins ; son corps était incrusté d'or, ses deux sourcils étaient de véritable lapis, et il était plus beau encore de profil que de face.

 

Il ouvrit sa bouche toute grande contre moi ; moi je restai aplati sur le ventre devant lui. Il me dit : "Qui t'a amené, qui t'a amené ici, misérable gueux, qui t'a amené? Si tu tardes à me dire qui t'a amené dans cette île, je te ferai connaître, en te réduisant en cendres, ce que c'est que de devenir invisible". "Tu me parles et je ne comprends pas ce que tu me dis, je suis devant toi comme un imbécile, sans connaissance", murmurais-je, éperdu. Alors il me prit dans sa bouche et il me transporta dans un antre où il me déposa sans me faire de mal. Je fus tout surpris de me retrouver sain et sauf, avec tous mes membres au complet, rien ne m'avait été enlevé. Après donc qu'il eut ouvert la bouche pour se débarrasser de moi et tandis que je restais sur le ventre, prosterné devant lui, voici qu'il me dit : "Qui t'a amené, qui t'a amené ici, misérable gueux, en cette île de la mer, dont les deux rives sont baignées par les flots ?" Et moi, comme un esclave devant son maître, les mains pendantes comme un suppliant, je lui racontai mon naufrage. "Est-ce ma faute, ô Seigneur, si le vent et les flots m'ont poussé jusqu'ici ?" Alors le serpent se radoucit et me dit : "N'aie pas peur, misérable gueux. Si Amon-Râ t'a fait aborder dans mon île, c'est qu'il permet que tu vives. Ecoute ma prédiction : tu passeras quatre mois dans mon royaume, puis un navire viendra du pays d'Egypte avec des matelots que tu connais ; alors tu retourneras avec eux dans ton pays et c'est dans ta ville que tu mourras.

 

Si tu es brave, si ton cœur est fort, je te le prompts, tu reverras ta maison, tu embrasseras ta femme et tes enfants et, ce qui vaut mieux que tout, tu vivras au milieu de tes frères". Alors, moi, je m'allongeai sur mon ventre, je touchai le sol devant lui et, prosterné, je m'écriai : "Tu es bon et tu es puissant, ô mon Seigneur! J'irai trouver Pharaon et je lui ferai connaître ta grandeur, et je te ferai porter de chez nous des présents : du fard, du parfum d'acclamation (une des sept huiles qu'on offre aux dieux pendant le sacrifice et c'est la meilleure des sept), de la pommade, de la casse, de l'encens des temples avec lequel on est sûr de gagner la faveur de tout dieu. Je conterai ensuite ce qui m'est arrivé et ce que j'ai vu, et on t'adorera dans ma ville en présence des hommes les plus sages de la Terre-Entière. J'égorgerai pour toi des taureaux pour les faire rôtir devant le feu, j'étranglerai pour toi des oiseaux. Je te ferai amener des navires chargés de toutes les richesses de l'Egypte, comme on fait pour un dieu, pour un ami des hommes dans un pays lointain que les hommes ne connaissent point". Il rit de moi, à cause de ce que je disais, et à cause de ses pensées. Il me dit : "Ne vois-tu pas ici beaucoup de myrrhe? Il y a aussi ici beaucoup d'encens. Car je suis, moi, le souverain du pays de Pount et je ne manque pas de myrrhe. Seul, le parfum d'acclamation, la meilleure des sept huiles qu'on offre aux Dieux que tu offres de m'envoyer, n'abonde pas dans cette île. Mais sais-tu ce qui arrivera? C'est qu'aussitôt que tu seras éloigné d'ici, cette île, tu ne la reverras plus jamais, car elle sera recouverte par les flots".

 

Et voici, continua le matelot, je vécus quatre mois dans cette île sous la protection du serpent. C'était une île enchantée, remplie de tous les trésors imaginables. il y avait là septante-cinq serpents qui étaient les frères et les enfants du grand serpent. Il y avait là aussi une jeune fille. Comme je m'étonnais de sa présence, le grand serpent me raconta qu'un jour une étoile était tombée sur l'île, toute enflammée, et qu'ils avaient vu sortir des flammes cette belle jeune fille qui était devenue leur compagne. Et moi, je rassasiais mon cœur de toutes ces histoires merveilleuses qu'il me contait. Le temps passa, les quatre mois s'écoulèrent et le navire parut, comme l'avait prédit le serpent. Tout joyeux je courus au bord de l'eau, je me penchai sur un arbre élevé et je reconnus ceux qui étaient à bord, c'étaient des marins de mon pays. J'allai bien vite communiquer cette nouvelle au Serpent mon ami, mais je m'aperçus qu'il était déjà renseigné, car il me dit : "Bonne chance, bonne chance, misérable gueux. Va vers ta demeure, va voir tes enfants et je te souhaite pour toi que ton nom soit honorablement connu dans ta ville. Voilà mes souhaits pour toi". Alors je m'allongeai sur le ventre, les mains pendantes devant lui, et lui, il me donna des cadeaux : de la myrrhe, des parfums dignes des dieux, de la pommade, de la casse, du poivre, des fards, de la poudre d'antimoine, des cyprès, une quantité d'encens, des queues d'hippopotames, des dents d'éléphants, des lévriers, des grands singes à la tête de chiens aussi grands que des hommes, des girafes, et toutes sortes de richesses excellentes.

 

Je chargeai le tout sur le navire, puis je m'étendis sur le ventre et, prosterné, j'adorai le Serpent. Il me dit : "Voici : dans deux mois tu arriveras dans ton pays, tu presseras tes enfants dans tes bras, et plus tard tu iras te rajeunir dans ton tombeau". Et alors je descendis sur le rivage à l'endroit où était amarré le navire et j'appelai les hommes qui étaient à bord. Du rivage, je rendis des actions de grâces au maître de cette île et les hommes de l'équipage m'imitèrent. Nous revînmes au nord, à la résidence du Souverain. Le deuxième mois nous arrivions au palais, comme le Serpent l'avait prédit. J'entrai dans le palais et, admis en présence du souverain, je lui racontai ce que j'avais vu et je lui offris les cadeaux que je rapportais de l'île du Serpent. Il en fut très content et il me complimenta en présence des sages qui l'entouraient. Puis il fit de moi un de ses serviteurs et me donna de beaux esclaves en échange des présents que je lui avais offerts. Or, vois, mon capitaine, ajouta le matelot tourné vers son hôte, je t'ai ramené sur la terre d'Egypte. Profite de mon exemple : va trouver Pharaon et conte lui ton histoire". Mais le capitaine naufragé répondit : "Ne fais pas le malin, mon ami. Tu prodigues en vain les consolations à un homme perdu. Qui donne de l'eau à une oie la veille du jour où on doit l'égorger?" Car il songeait avec tristesse qu'il n'avait pas rencontré le serpent magicien ni rapporté les trésors d'une île enchantée pour apaiser le cœur irrité de son Souverain. "

 


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Rédigé par orange8454

Publié dans #homme, #ile, #moi, #pays, #serpent

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Publié le 13 Septembre 2012

Il était une fois au pays des pharaons, dans le temple dédié à Osiris, un vieux prêtre, qui chaque jour apportait les offrandes courbé en deux plein de crainte et de respect ; un jour qu'il se prosternait face à l'autel il entendit une voix lui dire;

- Homme pourquoi m'apportes-tu des présents que je ne pourrais pas manger, portes-les donc à ceux qui ont faim!

 

Il était effrayé et ne voulait pas croire que c'était bien la DIVINITE qui lui parlait ! alors il n’osa pas transgresser le rituel et n'entendit pas la voix ; chaque jour pourtant elle lui demandait la même chose, alors il apporta sur le seuil du temple les offrandes et les offrit à ceux qui étaient là !

Le pharaon apprenant la nouvelle fut courroucée et lui demanda pourquoi il avait cessé de pratiquer le culte?

 

Il lui raconta les faits en tremblant, alors le pharaon fut ému dans son cœur et ne doutant pas que la divinité l'avait ordonné, combla de présents le pauvre prêtre qui s'en alla dans sa maison rempli d'allégresse car il avait à la fois contenté sa divinité, les pauvres, et son pharaon ; il avait entendu les paroles et osa changer le rituel sacré!

 

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Rédigé par orange8454

Publié dans #divinite, #entendu, #fut, #jour, #pharaon

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Publié le 13 Septembre 2012

Il y avait autrefois en Egypte, dans la ville de Memphis, un prince du nom de Satni, un des nombreux fils du Pharaon Ousinarès. Satni était un scribe très savant, fort instruit en toutes choses et extrêmement habile de ses doigts, quand il tenait la palette et le calame des écrivains.

Satni et son épouse Mahî désespéraient cependant car ils n’avaient pas d’enfants. Mais un jour qu’il était allé visiter le temple de Ptah, Satni épuisé s’endormi, et entendis une voix dans son sommeil. « Satni, un fils te sera bientôt donné. Tu l’appelleras Sénorisis et nombreux seront les miracles qu’il accomplira sur la Terre d’Egypte. »

Et bientôt, Mahî mit au monde un petit garçon, et son père décida de lui donner le prénom qu’il avait entendu dans ses songes. C’était un beau petit garçon fort et doué. Lorsqu’il fut en âge, on le mit à l’école, et même si son précepteur était un des plus savants scribes de la Terre Entière [nom donné à l’Egypte antique], Sénosiris fut bientôt plus savant que lui. Oui, Sénosiris était vraiment un petit garçon très doué.

Un jour que Satni et son fils se tenaient tous les deux à leur balcon, ils entendirent qu’on chantait les lamentations funèbres. Regardant par le balcon, Satni vit passer une longue procession emportant vers sa tombe la dépouille d’un riche marchand avec tous les honneurs funèbres.

Regardant une seconde fois, Satni vit emporter le corps d’un pauvre fellah simplement roulé dans une natte, sans personne pour marcher derrière ni chanter les chants funéraires. Le scribe s’écria « Par la vie d’Osiris, le Seigneur de l’Amentît, tout puissant dans l’autre monde, puissé-je être reçu chez les morts comme ce marchand que l’on escorte à grand fracas, et non comme ce fellah qu’on enterre sans pompe et sans honneur ! »

Mais Sénosiris, son petit enfant, le regarda d’un air malicieux et lui dit « Et moi je te souhaite au contraire d’arriver devant Osiris comme ce fellah, et non comme ce marchand. » Et comme Satni s’étonnais de ces propos, Sénosiris ajouta « Si cela te plait, je te montrerais, chacun en sa place, le pauvre qu’on ne pleure pas et le riche qui s’en va, escorté de lamentations. »

Satni demanda « Et comment pourras-tu faire cela, mon fils ? » Alors Sénosiris, le petit enfant, se mit à réciter des formules inconnues de Satni. Il prit son père par la main et le conduisit vers un endroit que celui-ci ne connaissait pas, dans la montagne de Memphis. Ils franchirent une porte et passèrent dans de nombreuses salles, toutes pleines d’hommes de toutes conditions. Personne ne tenta de les arrêter.

Dans la quatrième salle, par exemple, des gens courraient et s’agitaient tandis que des ânes leurs mangeaient sur le dos. D’autres tendaient les bras vers des paniers de nourriture suspendu aux dessus d’eux, mais on creusait sous leurs pieds pour les empêcher d’y atteindre.
Dans la cinquième salle, Satni vit des morts vénérables qui se trouvaient en bonne place, et ceux qui, accusés des pires crimes, se tenaient, suppliants, à la porte. La porte elle-même semblait être plantée sur l’œil droit d’un homme, et on accédait dans la salle en lui marchand sur le visage. Cet homme était sûrement un ennemi des dieux.

Et lorsqu’ils atteignirent la sixième salle, Satni vit les dieux qui constituent le Tribunal des Morts, qui juge chaque défunt à son arrivée dans l’Amentît, qui est le royaume des morts.
Osiris, le dieu grand, assis sur son trône d’or fin, couronné du diadème des Deux Egyptes. A sa droite siégeait Anubis, le dieu à tête de chacal, et à sa gauche Thot, le dieu à tête d’ibis. Et autour d’eux, les quarante-deux juges tenaient séance.

Devant eux, la balance : on pesait les bonnes et les mauvaises actions de chaque défunt. Ceux dont le mal s’était trouvé plus pesant que le bien, on les livrait à Amaît, la Mangeuse, qui leur dévorait le cœur. Mais ceux dont les vertus avaient pesé plus lourds, ceux-là Thot et Anubis les menaient aux dieux du Conseil, et leurs âmes allaient au ciel pour vivre éternellement dans la joie.

Alors Satni, tout émerveiller de voir ce qu’aucun homme vivant avant lui n’avait vu, remarqua un personnage de belle allure, revêtu des plus belles étoffes, et placé honorablement près d’Osiris. Et Sénosiris lui dit « Mon père, ne vois tu pas cet homme assis près du trône d’Osisis, à qui on fait honneur ? C’est lui, le pauvre fellah que tu as vu emporté seul tout à l’heure. C’est lui ! On a pesé ses mérites et ses méfaits, et ses mérites se sont trouvés peser plus lourd, et Thot, en faisant son compte, s’est aperçu que son bonheur n’avait pas été suffisant pendant la durée de sa vie. Alors le tribunal, pour le dédommager, a décidé de lui accorder le trousseau funéraire du riche marchand que tu as vu emporter avant lui, afin qu’il prenne enfin place parmi les bienheureux.

Quant au riche, lui aussi a été amené jusqu’au tribunal des dieux, mais ses méfaits se sont trouvés peser tellement plus lourd que ses mérites, qu’on a décidé que son compte lui serait réglé à lui aussi. C’est lui, cet homme que tu as vu tout à l’heure, dont la bouche pousse de grands cris parce que la porte de la cinquième salle est plantée dans son œil. Je savais tout cela, et c’est pourquoi je t’ai souhaité qu’il t’arrive comme au pauvre fellah, plutôt que comme au riche marchant. »

Et Satni lui dit « Sénosiris, mon fils, nombreuses sont les merveilles que j’ai vu dans l’Amentît ! Mais puis-je savoir, à présent, qui sont ces gens que nous avons vu dans les précédentes salles ? »

« Ces gens sont des maudits, punis par les dieux. Ceux qui ont passé leur vie à vivre du travail des autres, ceux-là doivent maintenant travailler sans cesse, et tout ce qu’ils gagnent leur est mangé par les ânes qu’ils ont sur leur dos, et les autres, qui doivent sans cesse se hisser vers leur nourriture alors qu’on creuse sous eux, ce sont ceux qui ont montré trop d’avidité à s’emparer de ce qui était à autrui.

Mais les âmes des justes sont montées dans le Palais d’Osiris et seront désormais heureux pour l’éternité, car celui qui a fait le bien sur la terre, on lui fait le bien dans l’Amentît, mais celui qui a fait le mal, on lui fait le mal. »

Et alors que Sénosiris guidait son père sur le chemin du retour, Satni murmura une prière pour s’excuser de ses paroles passées, et se dit en lui-même « Sénosiris est mon fils, et cela suffit pour faire de moi un bienheureux. »

Sénosiris fit bien d’autres miracles encore par la suite, mais ceci est une autre histoire.

 


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Rédigé par orange8454

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