Publié le 3 Juin 2023
sultan
Publié le 13 Septembre 2012
Il y avait autrefois, au temps où les hommes étaient avisés et sages érudit du nom de Daniel, qui longtemps avait espéré un fils. Mais enfin son rêve se réalisa, il était hélas bien vieux et tout près de la fin.
Avant d'être emporté vers l'au-delà, il fait venir son épouse et « Hélas C'est maintenant qu'il me faut vous quitter toi et l'enfant qui va naître. J'ai peu de biens à lui laisser en héritage, mais puisse-tu avec l'aide d'Allah, lui donner le goût et l'envie de s'instruire et d'acquérir la sagesse... »
Hasib naquit peu après la mort de son père. Respectant la volonté du défunt, sa mère accorda la plus haute importance à son éducation et à son instruction et l'envoya à l'école dès l'âge de cinq ans.
Mais Hasib ne ressemblait en rien à son père; à l'école il était toujours le dernier, et paraissait incapable d'apprendre un métier. Sa mère était désespérée et ne savait plus que faire de lui lorsque quelques bûcherons de ses voisins lui proposèrent de l'emmener avec 't eux couper les arbres de la forêt.
A la grande surprise de tous, ce travail a l'air de plaire à Hasib. Infatigable, il aide à couper le bois et à le transporter, si bien que les bûcherons, fort contents de lui, lui proposent de travailler avec eux.
Un jour, en pleine forêt, ils sont surpris par un orage et vont chercher refuge dans une grotte obscure en attendant que la pluie cesse.
Assis dans un coin, à l'écart des autres, Hasib s'amuse à donner des coups de hache dans les énormes blocs de pierre qui sont à ses pieds. Étonné par les sons creux que cela produit, et pensant que sans doute ces pierres dissimulent quelque ouverture, il entreprend de les déplacer, et là, il ne peut retenir un cri en découvrant juste au-dessous de lui, une sorte de niche d'où s'échappe une délicieuse odeur de miel...
Aussitôt les bûcherons se précipitent, et l'un d'entre eux glisse sa main dans l'ouverture; ses doigts s'enfoncent dans une substance épaisse et poisseuse aucun doute, Hasib vient de découvrir un plein bassin de miel...
Les bûcherons ne perdent pas une minute pour profiter de l'aubaine et en tirer avantage. Ils courent chez eux chercher des jarres, des bassines de cuivre et tout ce qu'ils peuvent trouver, et tandis qu'Hasib garde l'entrée de la grotte, ils vont et viennent, remplissant leurs récipients et vendant le miel jusqu'à la dernière goutte. De simples bûcherons qu'ils étaient, ils deviennent en quelques jours marchands, et c'est seulement alors qu'ils pensent à récompenser Hasib : c'était lui qui avait trouvé le miel. "Il n'y a qu'une chose à faire", dit le plus vieux d'entre eux après avoir longtemps réfléchi. « Il faut se débarrasser de lui. » Et tous les autres 'approuvèrent, car s'ils étaient devenus riches, ils étaient aussi devenus méchants et cupides...
Mettant à exécution leur funeste projet, ils proposent dès le lendemain à Hasib de le faire descendre au bout d'une corde dans le trou, pour en retirer les dernières gouttes de miel, et dès que ses pieds ont touché le fond, ils lâchent la corde, referment l'ouverture à l'aide de blocs de pierre, et s'en retournent à la ville en pleurant et en criant que le pauvre Hasib est mort, dévoré par les loups.
Or, tandis que sa mère sanglote et se lamente de la perte de son fils unique, Hasib, assis au fond du trou, cherche désespérément un moyen de s'échapper; enfin ses yeux rencontrent dans l'obscurité un faible rayon de lumière sur l'une des parois du trou. Comme il se dirige à tâtons vers cette lueur tremblotante, ses doigts rencontrent un pan de la paroi mal ajusté et qui semble céder facilement par une simple pression des mains. En fait Hasib a bientôt les mains en sang tant il est obligé de pousser pour finalement voir s'élargir le mince filet de lumière. Voyant ses efforts récompensés, il s'acharne de plus belle la paroi finit par céder et par lui laisser assez de place pour pouvoir passer... Il se trouve alors dans un étroit passage bien éclairé qui conduit à une immense porte de fer toute noire derrière laquelle brille une autre porte en argent ciselé fermée par une clef d'or... Hasib fait jouer la clef dans la serrure et ouvre la porte : là, devant lui, s'étend un lac d'un vert magnifique, Si étincelant qu'il peut à peine le regarder.
Or ce n'est pas un lac ordinaire. Et ce n'est pas la surface de l'eau qui brille d'un éclat aussi pur, mais une multitude d'émeraudes au milieu desquelles s'élève un trône d'or entouré d'une centaine de tous petits sièges Hasib essaye de les compter, mais à bout de forces, il se laisse bientôt envahir par le sommeil.
Qui sait depuis combien de temps il dort lorsqu'il est réveillé par d'étranges sifflements, comme s'il était entouré de milliers de serpents... Hélas, il ne s'agit pas de milliers de serpents mais plutôt de dizaines de milliers. Ils sont assis sur les petits sièges et se balancent d'un côté et de l'autre, leurs méchants yeux noirs fixés sur lui...
Au milieu, sur le trône, un serpent à visage de jeune fille le regarde et l'interpelle : «Ne crains rien, Hasib. Ta destinée est liée à la mienne, et je ne te ferai aucun mal. Je suis la reine serpent, et je dois t'enseigner la sagesse car tel est mon destin; tu ne pourras retourner parmi les tiens que lorsque tu seras suffisamment sage et instruit...»
Hasib se demande un instant s'il n'est pas en train de faire un cauchemar, mais quand la reine lui fait apporter des fruits et de quoi se restaurer, il reprend confiance, et lui raconte ce qui lui est arrivé. « Tu ne connais pas encore les hommes », lui dit la reine quand il a terminé. « Désormais il te faudra m'écouter et apprendre jusqu'à ce que le monde commence à te manquer... »
Ainsi deux années s'écoulent, pendant lesquelles Hasib découvre et apprend toute la sagesse du monde, avant qu'enfin il ne se souvienne de sa maison et de sa mère. Alors il confie à la reine son désir de quitter le royaume des serpents pour s'en aller retrouver le monde. « Je savais que tu voudrais repartir un jour », lui dit la reine, « car c'est dans l'ordre des choses. Mais tu dois me promettre, car ma vie en dépend, de ne jamais entrer dans un bain public ni te montrer nu à qui que ce soit. »Hasib accepte, sans toutefois la comprendre, l'étrange requête de la reine, puis celle-ci le reconduit à travers les nombreuses galeries jusqu'à la surface de la terre, après l'avoir comblé de cadeaux. Aussitôt Hasib se hâte d'aller embrasser sa mère qui se met à pleurer de joie en le voyant en vie et en bonne santé, elle qui l'avait cru mort années...
Même les bûcherons, qui sont maintenant devenus de riches marchands, lui font bon accueil et chacun d'eux lui donne une partie de sa fortune; ainsi Hasib devient en peu de temps un homme fort respecté. Aussi quoi de plus naturel qu'Hasib devienne très vite un habitué de la cour du sultan? Tous l'admirent pour l'étendue de ses connaissances, et il n'a que des amis excepté le vizir Schumur qui le jalouse secrètement..Or un jour, le sultan Karazdan contracte la lèpre, et personne pas même Hasîb, malgré son savoir, n'est en mesure de le soigner. Il advient alors dans le même temps que le vizir Schumur invite Hasib dans son hammam personnel... Celui-ci, bien qu'il ait toujours respecté le désir de la reine serpent, se trouve cette fois dans l'impossibilité de refuser l'invitation. Que dire au vizir? Il se rend donc au hammam, mais dès qu'il s'est déshabillé le vizir appelle ses gardes et le fait saisir. "Persistes-tu toujours à dire que tu ne connais aucun remède à la maladie du sultan ?"lui dit-il, et il ajoute « Tu as la peau de l'abdomen e, seuls ceux qui ont été initiés par la reine serpent portent que cette marque ». « Et quel rapport avec la maladie du sultan ? » demande Hasib étonné. « Je constate que tu n'es pas aussi instruit qu'on le dit », explique le vizir, « car il est écrit dans tous les livres qu'on ne peut guérir un lépreux qu'en lui faisant absorber un morceau de chair cuite de la reine serpent... Et comme tu es la seule personne qui sache où se trouve son royaume, tu vas immédiatement nous y conduire sinon le sultan mourra ainsi que toi-même. » Le malheureux Hasib ne peut qu'obéir, et il conduit le vizir et ses gardes jusqu'à la grotte. Très vite il retrouve les galeries et les passages et arrive bientôt à la porte d'argent où l'attend déjà la reine.
« Je sais ce qui t'amène, Hasib », lui dit-elle en l'accueillant, « et je sais aussi que je dois mourir, bien que j'aie tout fait pour empêcher un destin si cruel. Ne crains rien et emmène-moi au palais du sultan. »
A la grande stupéfaction des gardes, Hasib soulève la reine serpent dans ses bras et la conduit jusqu'au palais. Là, le vizir se hâte dans la chambre du sultan pour lui annoncer la bonne nouvelle, laissant la reine un instant seule avec Hasib. «Ecoute», lui dit-elle alors, « ce sont sans doute mes dernières paroles... Le vizir Schumur a fait le projet de te tuer. Quand il m'aura coupée en morceaux, il me mettra à cuire, et te demandera alors de recueillir l'écume dans une petite bouteille. Garde celle-ci précieusement, car peu après il te demandera de remplir une deuxième bouteille identique, prends bien garde de ne pas boire de celle-là ... »
A peine a-t-elle achevé sa phrase que le vizir revient avec un large couteau à la lame tranchante. Et tout se passe exactement comme elle l'a dit. Ainsi, au moment venu, le vizir dit à Hasib « Donne-moi la première bouteille d'écume, et toi prends la seconde. Trinquons ensemble pour devenir les plus sages parmi les sages...» Hasib, suivant les derniers conseils de la pauvre reine serpent, lui tend alors la deuxième bouteille. Mais dès que Schumur avale la première gorgée1 il tombe raide mort, pris à son propre piège...
Quant au sultan Karazdan, il recouvre peu à peu la santé après avoir absorbé la chair de serpent, et une fois complètement rétabli il fait d'Hasib son grand vizir, car qui dans le royaume pourrait montrer plus de sagesse que celui qui a appris de la reine serpent elle-même ?...
Publié le 13 Septembre 2012
... Le sultan et sa femme, qui avaient peur de mourir sans laisser d'enfant mâle, priaient jours et nuits, faisaient des aumônes, consultaient les plus illustres médecins, visitaient tous les marabouts du pays, mais en vain. Après bien des années, la sultane mit au monde un garçon. La veille de sa naissance, alors que la sultane faisait sa sieste, un vieillard à barbe blanche lui apparut en rêve et lui dit :
« Tu auras un fils, il aura toutes les qualités attendues chez un prince. Il sera beau, intelligent, courageux, téméraire, mais lorsqu'il atteindra l'âge adulte il tombera si gravement malade que sa vie sera en danger et qu'il ne il sera guéri que si vous consentiriez un gros sacrifice. » Et il disparut laissant la pauvre femme ébranlée.
« Comment faire ? » se lamentait-elle, elle dont la joie provoquée par la naissance du prince commençait à s'émousser. « Comment faire pour aider mon fils ? » Les années passèrent. Le garçon grandissait en beauté, courage et témérité, comme l'avait prédit le vieillard.
Lorsqu'il fut en âge de prendre femme, son père demanda et obtint pour lui la main de la fille du sultan voisin. Le mariage devant être célébré à la fin de l'été après les moissons, tout le pays s'activait en vue des noces qui devaient être inoubliables, car le jeune prince était aimé et estimé de tous autant pour sa bonté et sa générosité que pour sa bravoure et son intelligence. La sultane voyant son fils en bonne santé oublia le rêve et avec lui ses craintes jusqu'au jour ou le prince qui revenait à travers champs vit une jeune fille qui avançait en titubant une cruche sur la tête.
Elle fit encore quelques pas puis s'écroula. La cruche en tombant se cassa en plusieurs morceaux et l'eau se répandit sur le sol. Le prince se précipita et quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'il découvrit une éblouissante jeune fille aux longs cheveux d'un noir d'ébène éparpillés autour d'elle. Toute la beauté et toute la grâce étaient gravées sur ses traits et sa silhouette mais ses vêtements quoique propres étaient ceux d'une miséreuse. Le prince, émerveillé, la contempla longtemps puis se secoua comme s'il sortait d'un rêve. Il l'aida à se relever. En voyant sa cruche cassée elle éclata en sanglots.
« Oh, ma cruche, ma belle cruche que mon père m'a ramenée du souk. Que vais-je lui dire pour me justifier ? »
N'ayez crainte, lui dit le prince, des cruches semblables, il y en a plein le souk.
Hélas, mon bon seigneur, hélas nous sommes pauvres et mon père, pour m'acheter cette cruche, s'est privée durant une semaine d'un remède qu'il prend lorsqu'il fabrique le charbon. Mon père, seigneur, est charbonnier, et c'est lui qui alimente tout le palais en charbon.
N'ayez crainte vous dis-je, demain à l'aube une cruche aussi belle vous attendra devant chez vous.
Rassurée, elle partit. Le prince resta longtemps debout à l'endroit ou elle était tombée puis il partit à son tour. Il envoya sur le champ un domestique au souk, avec ordre d'acheter une cruche et de la déposer devant la maison du charbonnier.
Toute la journée, le prince fut obsédé par la vision de la jeune fille, et le soir il ne put fermer l'œil tant cette vision était vivace dans son esprit. Cet état de chose dura plusieurs jours, au point que le jeune homme en perdit le goût du sommeil et ne se restaurait que rarement. Sa situation était sans issue, car il ne voulait pas se marier avec la fille du sultan mais avec la fille du charbonnier. Au bout de quelques temps, le prince tomba gravement malade, ne trouvant aucune solution à son problème. Ses parents affolés firent venir tous les médecins du pays, mais aucun ne put déceler la nature de cette mystérieuse maladie. Il dépérissait à vue d'œil sous le regard impuissant de ceux-ci.
« De quoi souffres-tu mon cher petit ? » lui demandaient-ils. « Le mal dont j’atteins, nul ne peut le guérir à moins d'un sacrifice que je suis incapable de vous demander » répondit-il.
Ils eurent beau le questionner, il ne leur révéla absolument rien. La fille du charbonnier eut vent de cette maladie, car les serviteurs, étant très bavards, racontaient à qui voulait les entendre que le prince était possédé. Moyennant une pièce d'argent, elle pria une servante chargée de l'entretien de la chambre où il reposait de lui permettre de lui rendre visite au moment où il serait seul. Aussitôt qu'il la vit, il se sentit mieux et lui fit part de ses sentiments.
« Oubliez-moi sire, oubliez-moi, je ne suis pas digne d'être votre femme car je suis de condition très modeste. Je suis moi-même très perturbée depuis que je vous ai vu mais hélas je me fais une raison.
Rendez-moi au moins visite, la pria le prince, en l'absence de mes parents ; j'en donnerai moi-même l'ordre à la servante. » Elle le lui promit et partit. Un jour, alors que la sultane somnolait près de la couche de son fils, le vieillard réapparut et lui dit : « Votre fils peut guérir à condition que vous acceptiez de lui donner la fille du charbonnier pour épouse. En bon fils, il ne veut pas vous faire de la peine mais votre peine sera beaucoup plus grande si vous refusez et qu'il mourra ». La sultane se réveilla en sursaut en psalmodiant le nom de Dieu et maudissant Satan. « La fille du charbonnier ? Mais qui est donc cette fille qui a rendu mon fils si malade ? Mérite-elle au moins un pareil sacrifice ? Dès demain j'irai la voir ».
Le lendemain, très tôt et sans rien dire à personne, elle se déguisa et partit vers la maison du charbonnier qui se trouvait à l'entrée de la forêt. En voyant la maison si vétuste, elle frissonna, se cacha derrière un arbre et attendit. Un moment après, une jeune fille belle comme le jour apparut sur le seuil. « Ah ! Je comprends pourquoi mon fils est si malade, dit-elle. Mais une telle alliance est impossible. Il faut qu'elle et ses parents quittent le pays ; alors l'envoûtement quittera le corps de mon fils. ». Toujours déguisée, elle se présenta à eux et leur dit :
« La sultane, ma maîtresse m'envoie vous dire que son fils est tombé en léthargie depuis qu'il a vu votre fille. Vous comprenez aisément qu'il lui est impossible de vous demander sa main, alors elle vous demande de quitter le pays à moins que... à moins que votre fille ne tisse une étoffe de soie si légère et si belle qu'elle n'aura pas son pareil dans tout le royaume. Mais si l'étoffe n'est pas prête dans deux jours alors vous vous en irez ».Elle partit laissant la jeune fille et ses parents désemparés. Peu après, la jeune fille reçut la visite de la servante qui lui dit que son maître désirait la voir. Elle la suivit et raconta au prince tout ce qui venait d'arriver.
« Va, lui dit le prince, va dans la forêt et raconte tout au grand mûrier.
Mais comment un arbre pourra-t-il m'aider ? lui dit-elle.
Va, répond le prince et fais-moi confiance. »
Arrivée devant le mûrier, elle se mit à pleurer à chaudes larmes. « Mon Dieu, mon Dieu comment vais-je m'en sortir ? Comment vais-je faire pour éviter l'exil à mes parents ? ». Alors le mûrier eût pitié d'elle ; il secoua très fort ses branches afin de réveiller tous les vers à soie qui s'y trouvaient et leur tint ces propos : « Je veux que vous vous mettiez tous à l'ouvrage et que vous tissiez très vite la plus belle étoffe qu'il m'ait été donné de voir, sinon je dessécherai toutes mes feuilles et vous n'aurez plus rien à manger ». Les vers à soie, apeurés, commencèrent à tisser, à tisser la plus belle et la plus arachnéenne étoffe qui pût exister. Ils travaillèrent tant et si bien qu'au bout de deux jours, la toile fût finie. Lorsque la sultane, toujours déguisée, la vit, elle blêmit et dit : « Tout ceci est fort bien mais ma maîtresse désire cette fois que vous récupériez le collier de perles qu'elle portait et qui s'est cassé l'an dernier près du bassin derrière le palais ».
Cette fois-ci, la jeune fille dit au prince qu'il lui était impossible de surmonter cette nouvelle épreuve.
« La solution se trouve au seuil de ta maison, répondit-il ; va, que Dieu t'assiste et te vienne en aide. »
L'esprit ailleurs, elle marcha, marcha jusqu'à la maison de ses parents. Alors, du pied et sans le vouloir, elle foula une fourmilière. Sentant alors quelques fourmis sur sa jambe, elle s'agenouilla pour réparer les dégâts. Tout en s'excusant, elle leur fit part des raisons de son chagrin. La reine des fourmis ordonna alors à ses ouvrières de restituer les perles qui se trouvaient au fond de la fourmilière. Les perles retrouvées, la sultane n'ayant plus aucune excuse accepta que son fils épouse l'humble fille. Les noces prévues pour la fille du sultan furent célébrées en grandes pompes en l'honneur de la fille du charbonnier.
Et le prince, guéri et heureux, vécut très longtemps avec celle qui lui était destinée depuis sa naissance.
Publié le 13 Septembre 2012
C'est l'histoire de la fille du sultan et n'est sultan que Dieu le tout puissant.
Son père ne voulait pas la marier. Il voulait la garder auprès de lui. C'est ainsi qu'il pensa à un stratagème pour ne point accorder sa main. Le jour où un prétendant se présenta à lui, il lui dit : « Si tu veux que je te donne ma fille, il faut que tu m'apportes la pomme de Alia, la fille de Mansour, qui vit au- delà des sept bhours ». Le prétendant alla voir le debbar afin qu'il lui trouve une solution. Après un moment de réflexion, ce dernier lui dit :
« Ecoute-moi… Je te promets et je te le jure… Tu rapporteras la pomme de Alia la fille de Mansour, mais à condition que tu me donnes quelque chose à toi en échange ».
« Mais je te donnerai tout ce que tu voudras, trouve-moi seulement la solution » répondit le pauvre homme d'une voix implorante.
« Alors donne-moi une de tes oreilles et je te dirai ce qu'il faudra que tu fasses ».
Le prétendant accepta et donna son oreille au debbar qui lui dit :
« Va trouver sept beaux morceaux de viande et ensuite va voir l'aigle qui niche à tel endroit. Dis-lui de t'emmener au delà des sept mers et qu'en échange tu le nourriras durant tout le voyage, dis-lui bien que c'est pour rapporter la pomme de Alia la fille de Mansour, il acceptera. » Le prétendant courut vers l'aigle avec les sept morceaux de viande. Le marché fut conclu, l'aigle l'emmena et il revint très vite avec la pomme de Alia, la fille de Mansour qui vit au - delà des sept bhours. Il accourut chez le sultan, heureux, lorsque celui-ci lui dit :
"Ecoute mon fils. Il y a un autre prétendant à qui j'ai demandé l'impossible… Mais il faut quand même attendre… On ne sait jamais. " Au deuxième prétendant, il fut demandé de rapporter une stère de bois sur le dos du lion. Comme le premier, il alla demander au debbar de l'aider à réaliser cet exploit. Et comme le premier, le debbar lui demanda une oreille en échange de ses conseils. Il la lui donna et l'autre lui dit :
"Choisis le plus beau des moutons. Egorge-le, dépèce-le, et place-le devant la tanière du lion. Fais ceci durant sept jours et ensuite tu verras". Ce deuxième prétendant suivit à la lettre les paroles du debbar. Le septième jour, il entendit le berrah crier :
" Ô hommes ! Le roi de la forêt vous dit que celui qui l'honore chaque matin de ce festin si somptueux se fasse connaître ! Tous ses désirs seront exaucés." Le prétendant alla se présenter au lion et lui dit :
" Ô Roi de la forêt. Je veux épouser la fille sultan et celui-ci me demande l'impossible."
"Que veut-il ? Dis-le moi", lui répondit le lion.
"Pardonne-moi" Ô lion, mais il voudrait que je rapporte une stère de bois sur ton dos".
"Hem ! dit le lion. J'ai promis que j'exaucerai les
désirs de celui qui m'a bien si bien nourri pendant sept jours. Je n'ai qu'une parole, alors allons-y !".
Et il alla avec lui jusqu'au sultan, un stère de bois sur son dos… Mais le sultan lui apprit qu'il y avait un autre prétendant à qui il avait demandé l'impossible et qu'il fallait attendre. A ce
troisième, il fut demandé de rapporter le lait de la lionne dans une outre faite avec la peau de son lionceau. Comme le premier et le deuxième prétendant, il courut vers le debbar et lui dit
:
Ô ! Debbar, aide-moi, je te donnerai une oreille et même deux."
"Une seule suffira, lui répondit-il. Pendant sept jours, tu offriras un festin à la lionne qui est à tel endroit … Elle vient de mettre bas… Au septième jour, elle acceptera de te donner du lait, elle en aura plus qu'assez pour ses petits. Lorsqu'elle sera repue et qu'elle s'endormira profondément, tu iras lui dérober un des siens. Emmène-le chez toi, égorge-le, et travaille sa peau pour en faire une outre. Tu y mettras le lait." Ce troisième prétendant fit exactement ce que lui conseilla le debbar et sept jours plus tard il accourut chez le sultan tenant l'outre pleine de lait. Le sultan discutait avec un quatrième prétendant… Pendant ce temps, le debbar montait sur son âne, à l'envers, se promenant en ville et chantant :
"Han ! Han ! Han ! Han ! Je fais partie de la famille du sultan !" Le sultan ayant écho de ces dires, ordonna qu'on ramena ce fou jusqu'à lui, sur-le-champ, afin qu'il mette fin à sa vie. On le lui ramena… Tous les prétendants étaient là... Alors, le sultan s'adressant au debbar, lui dit :
"Toi qui prétends faire partie de ma famille, sais-tu que tu vas mourir aujourd'hui. Regarde ces hommes ! Ils ont tous accompli l'impossible et je n'ai accordé la main de ma fille à aucun d'eux. Et toi !… Toi qui ne t'es même pas présenté à moi, tu prétends faire partie de ma famille ! As-tu quelque chose à dire avant de mourir ?" C'est alors que le debbar lui répondit :
" Ô sultan ! Si ce n'était moi, jamais celui-là n'aurait rapporté la pomme d’Alia, la fille de Mansour qui vit au-delà des sept bhours. Et celui-ci, c'est moi qui lui ai expliqué ce qu'il fallait faire pour rapporter un stère de bois sur le dos roi de la forêt. Et cet autre-là, c'est encore moi qui lui ai montré ce qu'il fallait faire pour apporter le lait de la lionne dans une outre faite avec la peau de son lionceau !"
Les autres s'écrièrent :
" C'est faux… Ce n'est pas vrai… C'est un menteur et un vantard… Il faut le punir sur-le-champ ! »
« J'ai la preuve de ce que je viens de dire, dit le debbar. Ô mon sultan ! Si vous le voulez bien, vérifiez s'il ne manque rien à ces hommes. »
Le sultan s'empressa de le faire et découvrit qu'effectivement il manquait une oreille à chacun d'eux. Le debbar sortit les trois oreilles d'une petite boite expliquant qu'il en avait demandé une à chacun, en échange de ses conseils avisés pour accomplir chacun des exploits. Et il ajouta : - "Ne suis-je pas le plus méritant ? J'ai prouvé que je pouvais accomplir tous les exploits possibles sans même risquer ma vie. Je pourrais donc m'occuper de votre fille, exaucer tous ses désirs, et les vôtres aussi, toute votre vie durant. N'est-ce-pas suffisant pour que vous m'accordiez sa main ? Ô mon sultan !" Le sultan accepta et maria enfin sa fille en se disant qu'il ne trouverait jamais un homme aussi rusé et aussi intelligent que celui-ci.
Publié le 13 Septembre 2012
Qui ne connaît pas à Marrakech, la place Djem-el-Fna. Sa vie grouillante, ses échoppes, ses vendeurs en tout genre… et bien sûr ses conteurs.
En effet, accroupi à terre, un vieillard crasseux, récite l’histoire de la boule d’or de la Koutoubia.
La Koutoubia est une tour carrée de sept étages qui mesure soixante-sept mètres cinquante de haut et douze mètres cinquante de côté. Trois minarets semblables existent de par le monde : ce sont, avec la Koutoubia, la Giralda de Séville et la tour Hassan de Rabat. Des trois minarets, c’est celui de Marrakech qui a conservé le plus fidèlement son aspect primitif.
El-Géber, l’architecte de la Giralda, avait été amené comme captif à Marrakech par le sultan Abou-Yousouf, connu dans l’histoire sous le nom de Yakob-el-Mansour.
Il avait apporté avec lui les plans de la mosquée sévillane et de sa tour imposante ; ceux-ci liu furent volés par un favori du Sultan qui s’adjugea l’idée et proposa à El-Mansour de lui construire une moquée digne de lui. Le souverain accepta avec enthousiasme, mais voici qu’El-Géber parvint à s’échapper de sa geôle, il dénonça l’imposteur. Le souverain, qui était juste, confondit son favori, rendit les plans à l’architecte et le chargea de bâtir l’édifice.
L’inauguration donna lieu à de grandes réjouissances. El-Geber fut définitivement libéré et, afin d’ajouter à l’éclat de la solennité, le favori voleur fut pendu tout en haut de la tour ; on prétend même que la potence que l’on voit à l’étage supérieur du minaret est celle qui servit à cette exécution. Chacun est libre de le croire ou de supposer plutôt que ce n’est qu’une hampe pour accrocher les étendards aux jours de fête.
Le minaret de la Koutoubia – la mosquée s’appelle ainsi parce qu’elle était entourée de boutiques de libraires, les kétébiin, qui l’enserraient de toutes parts – avait pour couronnement trois boules de cuivre doré percées d’une tige et dont le volume allait décroissant de bas en haut.
Ce sont ces boules brillantes dont le vieux conteur de la place Djéma-el-Fna débitait la légende devant un auditoire subjugué. Et voici à peu près ce qu’il disait :
A l’époque où Yakoub-el-Mansour, le puissant sultan , faisait édifier la Koutoubia et où cet édifice était presque terminé, il n’y avait plus qu’à placer sur le faîtage les trois boules de cuivre, une jolie femme pleurait dans le harem du souverain. Cette jolie femme était la sultane Aïcha. Aïcha était belle au-delà de toute expression humaine. S’il avait été donné à un homme de contempler son visage dévoilé, il serait devenu fou d’admiration à la vue de tant de perfection. SA peau avait la blancheur du lait, ses yeux, la douceur caressante de ceux des gazelles, l’arc de ses deux sourcils était dessiné d’un même trait pur, les roses de ses joues faisaient honte à celle que l’on cultivait dans les jardins du sultan.
Cette beauté ravit El-Mansour ; il avait aimé Aïcha jusqu’aux limites de la passion humaine. Il lui avait fait don de tout ce qui peut plaire à une femme, la parer et l’orner ; de lourds bracelets d’or encerclaient ses poignets et ses chevilles ; des bagues d’or scintillaient à ses doigts ; ses colliers en boules d’or descendaient en dix rangs sur sa poitrine ; d’or étaient les ceintures qui marquaient sa taille flexible ; d’or, les ornements qui rehaussaient sa chevelure d’ébène. Les pierres les plus rares, celles qui brillent comme des morceaux de feu durci, celles qui ont le doux éclat des lunes d’été, celles qui clignotent comme des étoiles, étaient enchâssées dans ses bijoux.
Aïcha était heureuse. Elle ne se réjouissait pas tant de la beauté de ces présents que de la pensée que chacun d’eux était un gage de l’amour de son maître et seigneur. Et puis, car le cœur des hommes est aussi changeant que le vent qui soulève les sables du désert, une autre femme enchaîna sa tendresse. Il se prit à aimer Djama, à la face de suie, aux yeux vairons, à la démarche bancale.
La pauvre Aïcha se sentit abandonnée.
Sa vieille nourrice lui vint dire :
- Maîtresse, les mauvais génies ont détourné vers l’indigne Djama les pensées du Seigneur ; il nourrit en son cœur le dessein de te répudier pour épouser cette fille de la nuit. Cette lune même verra se consommer ta disgrâce et son triomphe.
- Hélas ! sanglota la pauvre sultane, je suis résignée à mon triste sort ; lorsque mon maître bien-aimé le commandera, lorsque, par trois fois, ainsi que l’exige Le Livre, il m’aura répudiée, je retournerai confuse dans la maison de mon père.
- Ya Aïcha, continua la vieille, il ne suffit pas à cette mauvaise, à cette indigne, à cette fille de pourceaux de prendre ta place dans la demeure du Seigneur ; elle exige encore que le maître lui donne les merveilleux bijoux dont il t’avait fait présent et dont elle veut parer sa laideur.
A ces mots, la résignation d’Aïcha fit place à la colère ; elle fut révoltée à l’idée que ces souvenirs de jours de bonheur seraient remis à une autre et elle calcula comment, tandis qu’il en était temps encore, elle pourrait les soustraire à cette profanation.
Elle s’aperçut très vite combien il serait difficile d’empêcher le Sultan de réaliser ses projets. Aidée par sa nourrice, elle chercha en quelle cachette secrète elle pourrait les céler. Aucune ne lui parut suffisamment sûre. Les confier à quelqu’un ? Mais qui donc se chargerait d’un dépôt aussi compromettant ?
- Ma¨tresse, dit enfin la nourrice, il y a près de la nouvelle mosquée un homme plein de sagesse et qui certainement trouvera le moyen de te servir.
- L’âge te fait radoter, pauvre mère, dit tristement la sultane, en quel homme sur terre puis-je avoir confiance ? Il n’est pas un habitant de Marrakech qui ne sache que le fait de garder un pareil secret peut lui coûter la tête ; il s’empressa d’aller raconter à mon seigneur ce que je lui aurai révélé et ma vie ne tiendra plus qu’à un fil.
- Ya Aïcha, répliqua la nourrice, je sais ce que je dis, celui dont je te parle se nomme BouchaIb, on l’appelle El-Meskine, car c’est un pauvre et, pourtant, il manie tous les jours autant d’or qu’en compte pendant sa vie le marchand le plus favorisé des souks.
- Comment est-il si pauvre maniant tant d’or ? s’étonna la princesse.
- Je dois te dire, maîtresse, qu’il est fondeur d’or. On lui apporte ces métaux précieux afin qu’il les transforme dans es creusets et il ne lui reste que peu de chose de ces trésors après les doigts ; il n’affaire qu’aux gens opulents et chacun sait que plus un homme est fortuné moins il est généreux.
- Et pourquoi affirmes-tu que ce Bouchaïb me gardera le secret et que, étant pauvre, il n’ira pas le vendre pour quelques piécettes ?
- Parce qu’il est mon neveu, ya Aïcha, le fils de ma sœur, et qu’il ne voudra rien faire qui me puisse contrister. Je réponds de sa discrétion sur ma tête.
- Fais-le donc venir, mère, et je me confierai à lui.
- Il sera ici demain soir, dit la nourrice.
- Pourquoi pas ce soir même ?
- Ya Aïcha, gémit la vieille femme, toute jeune que tu es, c’est toi qui perds la raison et ta douleur t’égare ; crois-tu que je veuille introduire Bouchaïb secrètement dans la maison de ton maître, de telle sorte que les espions que le Sultan vénéré entretient autour de tes appartements aillent l’informer que tu reçois des visites clandestines ? Ce serait vouer à la mort toi-même et mon neveu, les deux seul s êtres que j’aime au monde.
- Ainsi que feras-tu ?
- J’irai, demain matin, porter ostensiblement chez Bouchaïb un de tes bracelets à réparer et le soir il rapportera son travail fait.
- Tu as raison, mère, c’est ainsi qu’il faut réagir ; mais penses-tu que ton neveu consentira à se charger d’un si dangereux dépôt ?
- Je sais qu’il est ingénieux et qu’il y a plus de ressource dans la dernière phalange du petit doigt de son pied gauche qu’il n’y en a dans toutes les cervelles des vizirs de ton seigneur réunis.
- Une question encore, mère, qu’est-ce qui le déterminera à me servir ?
- Son affection pour moi et puis…
- Quoi donc ?
- Je t’ai dit que c’est un pauvre, or, il meurt d’amour pour Rhana, la fille d’un tisserand du souk, et, faute de pouvoir donner une dot à son père, il ne peut l’épouser. Des années s’écouleront avant qu’il amasse par son travail de quoi obtenir celle qu’il aime et peut-être, alors, serait-elle mariée à un autre. Serait-il le plus obtus des hommes et le moins brave que l’amour lui donnerait courage et ingéniosité.
Aïcha batti des mains.
- Sois certains, ô mère, qu’il recevra un salaire plus que suffisant pour payer la dot de Rhana. J’ai confiance maintenant, car rien n’est impossible à l’amour.
Le jour suivant fut un jour de désolation pour l’infortunée Aïcha. Elle savait que l’on pressait les préparatifs de la fête qui devait marquer l’achèvement de la Koutoubia ; elle ne vit son mari qu’un instant, mais, à son regard, elle reconnut que sa résolution était prise et qu’il n’attendait qu’une occasion pour la répudier par trois fois et pour épouser l’affreuse Djama.
Vers le soir, parut la nourrice accompagnant un garçon et bien tourné mais dont la djellaba n’était qu’une loque qui criait sa misère. C’était Bouchaïb, le fondeur d’or.
Celui que l’on appelait El-Meskine, le pauvre, se prosterna devant la sultane sur le seuil de son appartement.
- Je te rapporte, dit-il bien haut, ô maîtresse, le travail que tu as daigné me confier ; j’espère qu’il sera selon ton cœur.
Il tira de sa manche un bracelet qu’il tendit à Aïcha, celle-ci le prit, feignit de le considérer attentivement et s’écria :
- Tu as merveilleusement accompli cet ouvrage. J’ai hier brisé un collier, je veux que tu le répares.Viens.
Ces paroles ayant été prononcées afin de détourner les soupçons des espions qui devaient être aux écoutes, Aïcha attira Bouchaïb dans sa chambre de telle façon qu’on ne pût entendre ce qu’ils disaient. La nourrice demeura sur le seuil pour éviter toute surprise.
En quelques mots, la sultane dit à Bouchaïb ce qu’elle avait à lui dire et elle conclut :
- Je voudrais que tu caches mes bijoux dans un endroit si inaccessible que jamais on ne puisse les retrouver. Pour prix du service que je te demande, je te donnerai un tel salaire qu’il te sera loisible, sur l’heure, de payer la dot de celle que tu aimes.
Une expression de ravissement passa sur les traits mélancoliques du pauvre fondeur, puis il s’abîma pendant quelques instants dans ses réflexions. Enfin, il parla :
- Maîtresse, il y a quatre éléments auxquels un trésor peut être confié, à savoir : la terre, l’eau, l’air et le feu. La première idée qui vienne à tout esprit est d’enfouir tes richesses dans le sein de la terre.
- Oui, en effet, dit Aïcha, tu as raison.
- C’est une idée insensée. Le Sultan Yakoub, sur lui la bénédiction ! possède assez d’esclaves, assez de soldats, assez de captifs pour faire retourner le sol entier de l’empire fortune du Magreb et le trésor sera retrouvé.
- Je n’y avais pas songé.
- Il y a l’eau. On peut jeter le trésor dans un de ces oueds qui, en plein été, ne s’assèchent pas ou dans un lac, même dans la mer.
- Ce serait préférable.
- Ce serait folie. Le Sultan Yakoub-el-Mansour, qu’Allah le conduise par la main ! peut ordonner à des plongeurs d’explorer les ouds, les lacs ou la mer. Ils retrouveront le trésor.
- Mais alors ?
- Il reste le feu et l’air, si tu m’en crois, c’est à eux que nous confierons tes richesses.
- Comment cela ?
- Par le feu, je fondrai tes bracelets, tes bagues, tes colliers, tes ceintures, tes diadèmes, j’en ferai une boule et, dans cette boule, j’enfermerai les gemmes et les pierres précieuses qui sont enchâssées dans tes bijoux. Cette boule, je la confierai à l’air.
- A l’air ?
- Oui. Trois boules de différentes grosseurs viennent d’être plantées sur le nouveau minaret que le Sultan, sur lui la miséricorde ! a fait édifier. Je façonnerai l’or de tes joyaux de façon a en faire une boule semblable à la plus petite de celles qui se dressent fièrement vers le ciel ; durant la cuit, je la substituerai à sa cœur de cuivre et personne, jamais, ne soupçonnera que l’air cache les biens de la sultane.
Cette proposition plut à Aïcha. Elle remit à Bouchaïb une cassette qui contenait tous les présents que lui avait offerts son seigneur et maître, et, en outre, elle lui donna un prodigieux salaire qui mit la joie dans son cœur. Lui, façonna les joyaux comme il avait dit et, secrètement, il substitua la boule d’or, farcie de pierre précieuses, à la boule de cuivre creuse, la plus petite des trois qui somment la Koutoubia.
Après les fêtes de l’inauguration de la mosquée, Yakoub-el-Mansour , ayant montré sa générosité à l’architecte El-Géber en le ;libérant et en faisant sa fortune, ayant montré sa justice à son favori en le faisant pendre, montra sa versatilité en épousant Djama, la alide, et en répudiant par trois fois la belle Aïcha.
Il voulut, que le rétributeur l’absolve de cette iniquité ! la dépouiller des cadeaux qu’il lui avait faits. Il ne put les trouver. On fouilla le palais, les maisons de la ville, celles des riches et celles des pauvres, on plongea dans les oueds, les lacs, la mer même. Ce fut en vain.
Pendant ces recherches, la triste Aïcha avait regagné la maison de son père. Bouchaïb, heureux, avait épousé Rhana, celle qu’il aimait.
Nous ne dirons pas ce qu’il advint de l’un et de l’autre, car il ne leur arriva que ce qui, de toute éternité, était écrit. Dans la demeure de son enfance la sultane goûta le repos de l’âme que le miséricordieux accorde à ceux qui ont le cœur pur et, sur son trône, le Sultan éprouva les ennuis d’un homme marié avec une calamiteuse. Et voilà pour eux.
Le trésor de l’infortunée sultane est, depuis des siècles, resté dans l’air à l’endroit le plus en vue de Marrakech, la cité rouge.
Des ouvriers, qui ont réparé le toit de la haute tour, affirment que la troisième boule ne rend pas le même son creux que les deux autres. Disent-ils vrai ou
connaissent-ils la légende d’Aïcha, l’épouse malheureuse de Yakoub-el-Mansour ? Seul le sait celui a qui rien n’est dissimulé.
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