jeune

Publié le 13 Septembre 2012

L’approche

La tradition veut que les parents du garçon désignent une dame âgée et respectable pour se présenter à la famille de la fille. Trois visites seront programmées, elles auront toutes lieu avec la mère de la fille.

Lors de la première visite, la dame signifie que les parents du garçon souhaitent tisser des liens d’amitié. En général, la mère de la fille accepte.

Vient la seconde visite. L’intermédiaire annonce que la famille du garçon voudrait fréquenter plus régulièrement celle de la fille. Si la mère est d’accord, cela signifie qu’elle a conscience d’une future demande en mariage.

Quand arrive le moment de la troisième visite, la dame se présente avec un plateau contenant des feuilles de bétel, des noix d’arec et des accessoires pour former la chique de bétel. Au Cambodge, offrir du bétel annonce les liens matrimoniaux.

La demande

Afin de poursuivre les démarches, la famille du garçon choisit, non plus une, mais trois dames âgées respectables. Elles se rendront de nouveau trois fois chez la jeune fille pour y rencontrer sa mère.

À leur arrivée, les trois dames offrent un plateau de chiques de bétel. Elles peuvent à présent se permettre de poser des questions sur la jeune fille.

Après avoir informé les parents du garçon sur la situation de la jeune fille, les trois intermédiaires rendent une seconde visite à la mère de la fille. Si celle-ci est libre de tout engagement, les dames demanderont, au nom des parents du jeune homme, la main de la fille. La mère ne répond jamais de suite car elle doit d’abord convoquer un conseil de famille.

La troisième visite aura lieu quand la mère de la jeune aura pris sa décision. À ce moment, le père entre en jeu et exige que la demande officielle soit faite par trois hommes respectables.

L’acceptation

Trois hommes mariés et ayant une bonne situation sont désignés par la famille du garçon. Leur rencontre avec les parents de la fille officialise la demande en mariage. Les parents profiteront de ce rendez-vous pour poser des questions sur le jeune homme. Les trois intermédiaires devront obligatoirement répondre.

Les fiançailles

Le garçon et ses parents se rendent chez la jeune fille. Ils apportent des cadeaux comme des vêtements, des bijoux et de la nourriture. Après plusieurs semaines de patience, les futurs mariés se rencontrent enfin. Les fiançailles seront considérées comme officielles lorsque le nouveau couple aura échangé une bague ou un bijou. Pour fêter cette étape, les parents chiquent le bétel ensemble et la famille de la fiancée offre un repas.

La veille du mariage

La cérémonie de mariage se déroule chez la jeune fille mais ce sont les parents du jeune homme qui paieront l’entièreté de la fête.

La veille du mariage, le futur marié, les hommes de sa famille et les voisins de la jeune fille construisent une sorte d’annexe devant la maison pour accueillir les invités. À côté, une cuisine est aménagée. Lorsque cet aménagement est terminé, les premières notes de musique traditionnelle commencent à retentir.

Le jour du mariage

Vous l’aurez compris en lisant le principe de la demande en mariage, la cérémonie de mariage cambodgienne est composée de plusieurs rituels. Tous se déroulent le même jour. Mais pour être plus précis, nous avons séparé chaque rituel en un paragraphe.


L’accueil


À 6h00 du matin, le cortège nuptial part de la maison du jeune homme. On y retrouve, le futur marié, les garçons d’honneur, les parents, les membres de la famille et les musiciens.

Lors de l’arrivée chez la jeune fille, un couple marié représentant le garçon demande à rencontrer le couple marié représentant la jeune fille. La tradition veut que ces deux couples servent de modèle. Pendant cette rencontre, les futurs mariés ne font rien par peur de déclencher le mauvais sort.

Quelques temps après, le fiancé, accompagné des garçons d’honneur, part dans une pièce aménagée la veille. Tous s’installent sur un tapis placé au centre de la pièce. Les hommes sont rejoints par la fiancée et les demoiselles d’honneur. Lorsque les parents entrent dans la pièce, le nouveau couple s’incline et pose ses mains sur un cousin en guise de salut et de respect.

Lors de cette cérémonie d’accueil, les cadeaux sont déposés devant les mariés. On y retrouve des vêtements, des objets décoratifs, mais aussi des pièces d’or et des diamants.


La coupe des cheveux
Ce rituel marque la présence divine lors de la cérémonie. En effet, un musicien et une musicienne représentent un couple d’anges. Ils ont pour mission de couper une mèche de cheveux à chacun des fiancés afin de les purifier des impuretés accumulées avant l’union. Ensuite, les parents et les membres de la famille mimeront également ce geste.


Éloigner les mauvais esprits


Les fiancés entrent dans la pièce voisine. On y retrouve un buffet très bien garni, des bougies et de l’encens. Tout est mis en place afin de rendre hommage aux ancêtres.

Les futurs époux s’assoient côte à côte sur un tapis et sont rejoints par sept couples mariés.
Ceux-ci servent de barrière et empêchent les mauvais esprits de s’approcher du nouveau couple. Lorsque tout le monde est installé, un représentant bouddhiste récite une prière et fait passer des bougies à chacun.


La cérémonie religieuse


Au Cambodge, le mariage est une institution civile mais les habitants accordent beaucoup plus d’importance à la cérémonie religieuse. D’ailleurs des bonzes sont invités et récitent généralement des prières en aspergeant le couple d’eau bénite parfumée. C’est un signe de bonheur et de longévité pour le couple.

Après la bénédiction, les fiancés restent installés sur le tapis. Ils placent leurs mains sur un oreiller doré et s’inclinent. À ce moment, le représentant bouddhiste, les parents, les couples modèles et quelques autres invités prodiguent des conseils et bénissent le couple.

À la fin des recommandations, le représentant bouddhiste lie les mains des jeunes gens avec un fil de coton rouge. Cela signifie que le couple est marié et lié à tout jamais, pour le meilleur et pour le pire.


Le jet de fleurs


La cérémonie est à présent terminée. Les mariés sortent de la pièce sous une pluie de fleurs. La mariée entraîne symboliquement son époux vers la chambre nuptiale.

Le couple est maintenant uni. L’inscription au registre de l’Etat civil peut s’effectuer plus tard.

 

La réception


Le stress de lacérémonie étant passé, place à la détente. Un grand repas est offert et servi aux invités dans l’annexe construite la veille. Les jeunes mariés, accompagnés de leurs demoiselles et garçons d’honneur, accueillent et servent les invités.

Lorsque le couple a mangé, il passe de table en table pour remercier les invités. Ces derniers en profitent pour donner une petite somme d’argent aux époux afin de les aider dans leur nouvelle vie.

 

source

 

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Rédigé par orange8454

Publié dans #couple, #fille, #garcon, #jeune, #parents

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Publié le 13 Septembre 2012

Il y a très longtemps, au fond de l'Océan Indien, existait un royaume où vivait un vieux Roi dont le fils unique était la plus grande fierté.

Un jour, le fils se promenait dans les profondeurs, balayant l'eau de sa queue aux écailles argentées et jouant avec les sirènes. Naheya était l'une d'entre elles, elle avait de longs cheveux blonds et des yeux couleur de jade. Ils étaient promis l'un à l'autre depuis leur enfance et devaient se marier aux grandes marées de l'équinoxe. Le son des conques retentit alors, pour leur signifier qu'il était temps de rentrer au palais.

A peine arrivés, Naheya s'aperçut qu'elle avait perdu son diadème de perles. Il était tard, alors le jeune prince se mit à la recherche du diadème, seul. Il parcourut les champs d'algues, suivit un courant tiède qui l'amena vers une petite plage dorée. C'était la première fois qu'il s'approchait aussi près de la terre, pensant que peut-être le courant avait pu emporter et déposer la couronne sur le sable. Il entendit alors un chant mélodieux, d'une voix claire comme le cristal. Charmé, les histoires de sa grand-mère sur la musique des cascades et le murmure des ruisseaux lui revinrent en mémoire.

Il s'approcha encore et découvrit une jeune fille dansant sur le sable. Il n'avait jamais vu d'aussi joli spectacle. En l'observant, il s'aperçut qu'elle portait le diadème de Naheya sur ses cheveux de jais. Il la contempla quelques instants, puis elle partit. Le jeune prince resta longtemps dans le lagon, perdu dans une profonde rêverie.

Le soleil avait presque disparu, et bientôt le ciel s'emplit d'étoiles. Il rentra au palais mais ne put trouver le sommeil.

Au matin, ses compagnes de jeux le rejoignirent, mais se plaignirent de son air distrait, il faillit même faire tomber Naheya. Elle lui demanda si il avait pu retrouver son diadème, mais il prétendit que non, assurant qu'il demanderait aux habitants de l'océan de le rechercher. Dès qu'il le put, il remonta à la surface et fila vers le lagon. Hélas, il ne revit pas la jeune fille, ni les jours suivants. Déçu, il perdit le sommeil et l'appétit.

Inquiet, le Roi et la Reine appelèrent le génie des eaux pour trouver un remède. Mais son diagnostic fut sans appel, il était impuissant et toutes les potions n'y feraient rien : le prince était amoureux. Le Roi assura son fils de toute son aide, mais le jeune prince la déclina, pensant que sa mélancolie passerait. Puis il eut une idée … déposer un autre bijou sur la plage.

Par un heureux hasard, la jeune fille découvrit le collier, elle se mit alors à danser et à chanter, pour le plus grand plaisir du prince. Il recommença ce manège plusieurs jours de suite. Intriguée, la jeune fille se cacha alors derrière un rocher afin de découvrir d'où provenaient tous ces cadeaux. Elle aperçut alors un jeune homme sortir à demi de l'eau, déposer un bijou sur le sable, et disparaître en plongeant.

Le lendemain, décidée à lui parler, elle se cacha à nouveau et courut jusqu'à lui dès qu'elle le vit. Surpris, le jeune prince lui sourit. Ils apprirent à se connaître, et les jours suivants il lui raconta la vie au fond de l'océan, et elle, la vie des hommes sur terre.

Le prince avait retrouvé sa joie de vivre, mais il ne venait plus jouer avec Naheya, et celle-ci se morfondait alors de chagrin. Elle se sentait bien triste, ne s'expliquant pas sa froideur. Un jour elle décida de le suivre jusqu'à la petite plage. Et lorsqu'elle le vit parler avec la jeune fille en la tenant par la main, elle crut mourir. Puis la colère s'empara de son coeur, et elle décida alors de tout faire pour les séparer. De retour au palais, elle demanda une audience au Roi, et l'informa que son fils recontrait chaque jour une jeune fille sur le rivage de l'île Bourbon. Il lui promit de parler au prince.

Le Roi rappela à son fils qu'il était interdit de fréquenter les humains, et qu'il devait immédiatement cesser de voir la jeune fille. Devant le refus du prince, il lui dit alors qu'il ne restait qu'une solution : que la jeune fille accepte de partager sa vie sous la mer, sinon ils devraient rompre et le prince devrait épouser Naheya comme prévu afin de perpétuer la dynastie. Le prince accepta.

Dès le lendemain, il demanda donc à Mirose de venir partager sa vie au fond des océans. Elle le désirait vivement, mais se demandait comment faire puisqu'elle ne pouvait pas respirer sous l'eau. Le prince promit de faire appel au génie des eaux afin qu'il prépare un philtre magique qui transformerait Mirose en sirène. Mirose savait qu'elle ne pourrait alors jamais plus retourner sur la terre.

Avant d'annoncer le mariage du Prince avec Mirose, le Roi lui demanda d'aller prévenir Naheya en personne. Très en colère, elle jura de tout faire pour empêcher ce mariage.

Le lendemain, Mirose entra dans l'eau et but le philtre. En quelques minutes, ses pieds se transformèrent en une longue queue de poisson dorée. Heureux, le Prince et Mirose descendirent au palais. Le Roi accueillit Mirose avec bienveillance.

Le coeur empli de désespoir et de rage, Naheya décida d'aller trouver le vieux et laid génie des eaux. Celui lui promit de préparer un philtre qui devrait séparer les jeunes amoureux, en échange de la promesse que Naheya l'épouserait. Elle accepta, sachant que le coeur du prince ne lui appartenait de toute façon plus.

Tous les habitants de l'océan étaient là pour les noces, de la raie géante au ver de mer. Lorsque les jeunes époux trempèrent leurs lèvres dans la coupe nuptiale qu'on leur apporta, la mer noircit comme l'encre et un grand vent se souleva. Lorsque le calme fut revenu, les mariés avaient disparu … On n'apercevait plus que l'ombre de deux grands oiseaux blancs, s'envolant vers le ciel … une longue plume avait remplacé leur queue de poisson.

C'est ainsi que naquirent les premiers paille-en-queue. Deux par deux, ils survolent sans cesse l'océan, s'efforçant d'apercevoir le reflet de leur royaume sous les eaux …

 

mer (279)

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Rédigé par orange8454

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Publié le 13 Septembre 2012

Les aventures du chardon par Andersen
Tiré des CONTES MERVEILLEUX Tome I

Devant un riche château seigneurial s'étendait un beau jardin, bien tenu, planté d'arbres et de fleurs rares. Les personnes qui venaient rendre visite au propriétaire exprimaient leur admiration pour ces arbustes apportés des pays lointains pour ces parterres disposés avec tant d'art ; et l'on voyait aisément que ces compliments n'étaient pas de leur part de simples formules de politesse. Les gens d'alentour, habitants des bourgs et des villages voisins venaient le dimanche demander la permission de se promener dans les magnifiques allées. Quand les écoliers se conduisaient bien, on les menait là pour les récompenser de leur sagesse. Tout contre le jardin, mais en dehors, au pied de la haie de clôture, on trouvait un grand et vigoureux chardon ; de sa racine vivace poussait des branches de tous côtés, il formait à lui seul comme un buisson. Personne n'y faisait pourtant la moindre attention, hormis le vieil âne qui traînait la petite voiture de la laitière. Souvent la laitière l'attachait non loin de là, et la bête tendait tant qu'elle pouvait son long cou vers le chardon, en disant : " Que tu es donc beau !… Tu es à croquer ! " Mais le licou était trop court, et l'âne en était pour ses tendres coups d'œil et pour ses compliments. Un jour une nombreuse société est réunie au château. Ce sont toutes personnes de qualité, la plupart arrivant de la capitale. Il y a parmi elles beaucoup de jolies jeunes filles. L'une d'elles, la plus jolie de toutes, vient de loin. Originaire d'Écosse, elle est d'une haute naissance et possède de vastes domaines, de grandes richesses. C'est un riche parti : " Quel bonheur de l'avoir pour fiancée ! " disent les jeunes gens, et leurs mères disent de même. Cette jeunesse s'ébat sur les pelouses, joue au ballon et à divers jeux. Puis on se promène au milieu des parterres, et, comme c'est l'usage dans le Nord, chacune des jeunes filles cueille une fleur et l'attache à la boutonnière d'un des jeunes messieurs. L'étrangère met longtemps à choisir sa fleur ; aucune ne paraît être à son goût. Voilà que ses regards tombent sur la haie, derrière laquelle s'élève le buisson de chardons avec ses grosses fleurs rouges et bleues. Elle sourit et prie le fils de la maison d'aller lui en cueillir une : " C'est la fleur de mon pays, dit-elle, elle figure dans les armes d'Écosse ; donnez-la-moi, je vous prie. " Le jeune homme s'empresse d'aller cueillir la plus belle, ce qu'il ne fit pas sans se piquer fortement aux épines. La jeune Écossaise lui met à la boutonnière cette fleur vulgaire, et il s'en trouve singulièrement flatté. Tous les autres jeunes gens auraient volontiers échangé leurs fleurs rares contre celle offerte par la main de l'étrangère. Si le fils de la maison se rengorgeait, qu'était-ce donc du chardon ? Il ne se sentait plus d'aise ; il éprouvait une satisfaction, un bien-être, comme lorsque après une bonne rosée, les rayons du soleil venaient le réchauffer. " Je suis donc quelque chose de bien plus relevé que je n'en ai l'air, pensait-il en lui-même. Je m'en étais toujours douté. À bien dire, je devrais être en dedans de la haie et non pas au dehors. Mais, en ce monde, on ne se trouve pas toujours placé à sa vraie place. Voici du moins une de mes filles qui a franchi la haie et qui même se pavane à la boutonnière d'un beau cavalier. " Il raconta cet événement à toutes les pousses qui se développèrent sur son tronc fertile, à tous les boutons qui surgirent sur ses branches. Peu de jours s'étaient écoulés lorsqu'il apprit, non par les paroles des passants, non par les gazouillements des oiseaux, mais par ces mille échos qui lorsqu'on laisse les fenêtres ouvertes, répandent partout ce qui se dit dans l'intérieur des appartements, il apprit, disons-nous, que le jeune homme qui avait été décoré de la fleur de chardon par la belle Écossaise avait aussi obtenu son cœur et sa main. " C'est moi qui les ai unis, c'est moi qui ai fait ce mariage ! " s'écria le chardon, et plus que jamais, il raconta le mémorable événement à toutes les fleurs nouvelles dont ses branches se couvraient. " Certainement, se dit-il encore, on va me transplanter dans le jardin, je l'ai bien mérité. Peut-être même serai-je mis précieusement dans un pot où mes racines seront bien serrées dans du bon fumier. Il paraît que c'est là le plus grand honneur que les plantes puissent recevoir. Le lendemain, il était tellement persuadé que les marques de distinction allaient pleuvoir sur lui, qu'à la moindre de ses fleurs, il promettait que bientôt on les mettrait tous dans un pot de faïence, et que pour elle, elle ornerait peut-être la boutonnière d'un élégant, ce qui était la plus rare fortune qu'une fleur de chardon pût rêver. Ces hautes espérances ne se réalisèrent nullement ; point de pot de faïence ni de terre cuite ; aucune boutonnière ne se fleurit plus aux dépens du buisson. Les fleurs continuèrent de respirer l'air et la lumière, de boire les rayons du soleil le jour, et la rosée la nuit ; elles s'épanouirent et ne reçurent que la visite des abeilles et des frelons qui leur dérobaient leur suc. " Voleurs, brigands ! s'écriait le chardon indigné, que ne puis-je vous transpercer de mes dards ! Comment osez-vous ravir leur parfum à ces fleurs qui sont destinées à orner la boutonnière des galants ! " Quoi qu'il pût dire, il n'y avait pas de changement dans sa situation. Les fleurs finissaient par laisser pencher leurs petites têtes. Elles pâlissaient, se fanaient ; mais il en poussait toujours de nouvelles : à chacune qui naissait, le père disait avec une inaltérable confiance : " Tu viens comme marée en carême, impossible d'éclore plus à propos. J'attends à chaque minute le moment où nous passerons de l'autre côté de la haie. " Quelques marguerites innocentes, un long et maigre plantin qui poussaient dans le voisinage, entendaient ces discours, et y croyaient naïvement. Ils en conçurent une profonde admiration pour le chardon, qui, en retour, les considérait avec le plus complet mépris. Le vieil âne, quelque peu sceptique par nature, n'était pas aussi sûr de ce que proclamait avec tant d'assurance le chardon. Toutefois, pour parer à toute éventualité, il fit de nouveaux efforts pour attraper ce cher chardon avant qu'il fût transporté en des lieux inaccessibles. En vain il tira sur son licou ; celui-ci était trop court et il ne put le rompre. À force de songer au glorieux chardon qui figure dans les armes d'Écosse, notre chardon se persuada que c'était un de ses ancêtres ; qu'il descendait de cette illustre famille et était issu de quelque rejeton venu d'Écosse en des temps reculés. C'étaient là des pensées élevées, mais les grandes idées allaient bien au grand chardon qu'il était, et qui formait un buisson à lui tout seul. Sa voisine, l'ortie, l'approuvait fort… " Très souvent, dit-elle, on est de haute naissance sans le savoir ; cela se voit tous les jours. Tenez, moi-même, je suis sûre de n'être pas une plante vulgaire. N'est-ce pas moi qui fournis la plus fine mousseline, celle dont s'habillent les reines ? " L'été se passe, et ensuite l'automne. Les feuilles des arbres tombent. Les fleurs prennent des teintes plus foncées et ont moins de parfum. Le garçon jardinier, en recueillant les tiges séchées, chante à tue-tête : Amont, aval ! En haut, en bas ! C'est là tout le cours de la vie ! Les jeunes sapins du bois recommencent à penser à Noël, à ce beau jour où on les décore de rubans, de bonbons et de petites bougies. Ils aspirent à ce brillant destin, quoiqu'il doive leur en coûter la vie. " Comment, je suis encore ici ! dit le chardon, et voilà huit jours que les noces ont été célébrées ! C'est moi pourtant qui ai fait ce mariage, et personne n'a l'air de penser à moi, pas plus que si je n'existais point. On me laisse pour reverdir. Je suis trop fier pour faire un pas vers ces ingrats, et d'ailleurs, le voudrais-je, je ne puis bouger. Je n'ai rien de mieux à faire qu'à patienter encore. " Quelques semaines se passèrent. Le chardon restait là, avec son unique et dernière fleur ; elle était grosse et pleine, on eût presque dit une fleur d'artichaut ; elle avait poussé près de la racine, c'était une fleur robuste. Le vent froid souffla sur elle ; ses vives couleurs disparurent ; elle devint comme un soleil argenté. Un jour le jeune couple, maintenant mari et femme, vint se promener dans le jardin. Ils arrivèrent près de la haie, et la belle Écossaise regarda par delà dans les champs : " Tiens ! dit-elle, voilà encore le grand chardon, mais il n'a plus de fleurs !

- Mais si, en voilà encore une, ou du moins son spectre, dit le jeune homme en montrant le calice desséché et blanchi.

- Tiens, elle est fort jolie comme cela ! reprit la jeune dame. Il nous la faut prendre, pour qu'on la reproduise sur le cadre de notre portrait à tous deux. "

Le jeune homme dut franchir de nouveau la haie et cueillir la fleur fanée. Elle le piqua de la bonne façon : ne l'avait-il pas appelée un spectre ? Mais il ne lui en voulut pas : sa jeune femme était contente. Elle rapporta la fleur dans le salon. Il s'y trouvait un tableau représentant les jeunes époux : le mari était peint une fleur de chardon à sa boutonnière. On parla beaucoup de cette fleur et de l'autre, la dernière, qui brillait comme de l'argent et qu'on devait ciseler sur le cadre. L'air emporta au loin tout ce qu'on dit. " Ce que c'est que la vie, dit le chardon : ma fille aînée a trouvé place à une boutonnière, et mon dernier rejeton a été mis sur un cadre doré. Et moi, où me mettra-t-on ? " L'âne était attaché non loin : il louchait vers le chardon : " Si tu veux être bien, tout à fait bien, à l'abri de la froidure, viens dans mon estomac, mon bijou. Approche ; je ne puis arriver jusqu'à toi, ce maudit licou n'est pas assez long. " Le chardon ne répondit pas à ces avances grossières. Il devint de plus en plus songeur, et, à force de tourner et retourner ses pensées, il aboutit, vers Noël, à cette conclusion qui était bien au-dessus de sa basse condition : " Pourvu que mes enfants se trouvent bien là où ils sont, se dit-il ; moi, leur père, je me résignerai à rester en dehors de la haie, à cette place où je suis né.

- Ce que vous pensez là vous fait honneur, dit le dernier rayon de soleil. Aussi vous en serez récompensé.

- Me mettra-t-on dans un pot ou sur un cadre ? demanda le chardon.

- On vous mettra dans un conte ", eut le temps de répondre le rayon avant de s'éclipser.

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Rédigé par orange8454

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Publié le 13 Septembre 2012

Un jour, un meunier et sa femme étaient allés à la noce. Leur fille, restée seule au moulin, alla chercher sa cousine pour venir coucher avec elle. Pendant qu'elles disaient leurs prières, la cousine aperçut deux hommes sous le lit. « Tiens ! » pensa-t-elle, « ma cousine vient me chercher pour coucher avec elle, et il y a quelqu'un sous son lit. » Puis elle dit tout haut : « Ma cousine, je vais aller mettre ma chemise, que j'ai oubliée chez nous. - Je peux bien vous en prêter une des miennes. - Merci, ma cousine ; je n'aime pas à mettre les chemises des autres. - Revenez donc bientôt. - Oui, ma cousine. »
La fille du meunier l'attendit longtemps. Enfin, ne la voyant pas revenir, elle se décida ˆ se coucher. Tout à coup les deux voleurs sortirent de dessous le lit en criant : « La bourse ou la vie ! - Nous n'avons point d'argent », dit la jeune fille, « mais nous avons du grain : prenez-en autant que vous voudrez. » Ils montèrent au grenier. Comme il n'y avait pas de cordes aux sacs, la jeune fille leur dit d'aller au jardin chercher de l'osier pour les lier, et, quand ils furent sortis, elle ferma la porte.
Les voleurs avaient une main de gloire, mais la jeune fille ayant eu soin de pousser le verrou, ils ne purent rentrer. « Ouvrez-nous », lui crièrent-ils. - Passez-moi d'abord votre main de gloire par la chatière. « L'un des voleurs la passa, et, tandis qu'il avait la main sous la porte, la jeune fille la lui coupa d'un coup de hache. Aussitôt les deux compagnons prirent la fuite.
Au point du jour, on entendit le violon : c'était les gens de la noce qui revenaient. Le meunier et sa femme étant rentrés au logis, la jeune fille ne leur dit rien de ce qui lui était arrivé.
Quelque temps après, le voleur dont la main avait été coupée se présenta pour demander la jeune fille en mariage. Il s'était fait faire une main de bois, qu'il avait soin de tenir toujours gantée ; il se disait le fils de M. Bertrand, qui était un homme considéré dans le pays : aussi les parents de la jeune fille furent-ils très flattés de sa demande.
Le voleur dit un jour à la jeune fille : « Venez donc voir mon beau château au coin du petit bois. - J'irai ce soir », répondit-elle, mais elle resta à la maison. Quand le voleur revint, il lui dit : « Vous n'êtes pas venue au château ; vous m'avez manqué de parole. - Que voulez-vous ? » répondit-elle, « je n'ai pu y aller ; j'irai demain... Mais pourquoi portez-vous toujours un gant ? - C'est que je me suis fait mal à la main », dit le voleur.
Le lendemain, la jeune fille monta en voiture avec un cocher et un laquais. Au coin du petit bois, elle vit une maison d'apparence misérable. « Voilà », dit-elle, Ç une triste maison. Restez ici, mon cocher, mon laquais ; je vais voir ce que c'est. « Elle alla donc seule vers la maison et aperçut en y entrant sa cousine, que le voleur égorgeait. « Pour Dieu ! pour Dieu ! » criait-elle, Ç laissez-moi la vie ! jamais je ne dirai à ma cousine qui vous êtes. - Non, non ! qu'elle vienne, et elle en verra bien d'autres ! « La fille du meunier, qui était entrée sans être remarquée, se hâta de sortir en emportant le bras de sa cousine que le voleur venait de couper. Il y avait sous la table une trentaine de gens ivres, mais personne ne la vit.
Mon cocher, mon laquais », dit la jeune fille, « fuyons d'ici ; c'est un repaire de voleurs. » De retour au moulin, elle raconta ce qu'elle avait vu. Comme le prétendu devait venir le soir même, on appela les gendarmes, on les habilla en bourgeois et on les fit passer pour des amis de la maison.
En arrivant, le voleur dit ˆ la jeune fille : « Vous m'avez encore manqué de parole ; vous n'êtes pas venue voir mon château. - C'est que j'ai eu autre chose à faire », répondit-elle. Vers la fin du repas, le voleur lui dit : « Entre la poire et la pomme, il est d'usage que chacun conte son histoire : mademoiselle, contez-nous donc quelque chose. - Je ne sais rien », dit-elle, « contez vous-même. - Mademoiselle, à vous l'honneur de commencer. - Eh bien ! je vais vous raconter un rêve que j'ai fait. Tous songes sont mensonges ; mon bon ami, vous ne vous en fâcherez pas. - Non, mademoiselle. »
« Je rêvais donc que vous m'aviez invitée à venir voir votre château. J'étais partie en voiture avec mon cocher et mon laquais. Au coin du petit bois, je vis une maison d'apparence misérable. Je dis alors à mon cocher et ˆ mon laquais de m'attendre, et j'entrai seule dans la maison. J'aperçus mon bon ami qui tuait ma cousine. Tous songes sont mensonges ; mon bon ami, ne vous en fâchez pas. - Non, mademoiselle. - " Pour Dieu ! pour Dieu ! " « criait-elle, " laissez-moi la vie! jamais je ne dirai à ma cousine qui vous êtes. - Non, non, qu'elle vienne, et elle en verra bien d'autres !" Je ramassai le bras de ma cousine que mon bon ami venait de couper, et je m'enfuis. Messieurs, voici le bras de ma cousine. »
Les gendarmes saisirent le voleur, et on le mit à mort, ainsi que toute sa bande.


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Rédigé par orange8454

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Publié le 13 Septembre 2012

I1 était une fois un homme et sa femme, qui avaient deux fils et qui étaient bien pauvres. Le père étant mort, sa femme et ses enfants ne purent lui faire dire une messe, faute d'argent. Depuis ce moment, on entendit chaque soir des coups frappés dans divers endroits de la maison : c'était le père qui revenait et demandait des prières.

Un jour que le plus jeune des deux fils priait sur la tombe de son père, il vit un petit oiseau voltiger près de lui ; il voulut l'attraper, l'oiseau s'envola à quelque distance. Le jeune homme se mit à sa poursuite, et il se laissa entrainer si loin, qu'à la fin de la journée il se trouva au milieu d'un grand bois. La nuit vint ; le jeune homme monta sur un chêne pour y dormir en sûreté, et il y était à peine qu'il vit trois hommes s'approcher de l'arbre : l'un portait du pain, l'autre de la viande et du vin, le troisième du feu. Ils ramassèrent du bois, l'allumèrent et firent un grand brasier pour y faire cuire leur viande. Or, ces hommes étaient des voleurs.

Ils vinrent à parler d'un château qu'ils voulaient aller piller ; une seule chose les embarrassait, c'était un petit chien qui gardait la porte du château et aboyait ˆ tout venant. Il s'agissait de savoir qui tuerait ce chien ; aucun d'eux ne voulait s'en charger. Comme ils se disputaient, ils levèrent les yeux et aperçurent le jeune homme sur son arbre. Ils lui crièrent de descendre. C'est toi, lui dirent-ils, qui tuera le petit chien ; si tu ne veux pas, nous te tuerons toi-même. - Je ferai ce qu'il vous plaira, répondit le jeune homme.
En effet, il tua le petit chien et s'introduisit dans le château par un trou qu'il fit dans le mur. Les voleurs lui passèrent une hache afin qu'il brisât la porte ; mais il les engagea ˆ entrer par le trou qu'il venait de faire. Un des voleurs s'y étant glissé, le jeune homme lui abattit la tête d'un coup de sa hache et tira le corps en dedans. « A votre tour », dit-il au second ; dépêchons. Et il lui coupa aussi la tête. Le troisième eut le même sort.

Cela fait, le jeune homme entra dans une chambre, où il trouva une belle princesse qui dormait. Il passa dans une autre chambre, où était aussi une princesse endormie, plus belle encore que la première. Parvenu dans une dernière chambre, il vit une troisième princesse, également endormie, qui était encore plus belle que les deux autres. Le jeune homme prit une des pantoufles de cette princesse et sortit du château. De retour à la maison, il fit dire une messe pour son père. 


Cependant, la plus belle des trois princesses aurait bien voulu savoir qui avait pénétré dans le château et enlevé sa pantoufle. Elle fit bâtir une hôtellerie sur la porte de laquelle était écrit : Ici l'on boit et mange pour rien, moyennant qu'on raconte son histoire. Un jour, le jeune homme s'y trouva avec sa mère et son frère. Survint la princesse, qui demanda d'abord à l'aîné de raconter son histoire. L'aîné dit : « Je suis charbonnier ; tous les jours de ma vie je vais au bois pour faire du charbon : voilà toute mon histoire. - Et vous », dit-elle au plus jeune, « qu'avez-vous à raconter ? ».

Le jeune homme commença ainsi : « Un jour, des voleurs voulurent entrer dans un château ; ce château était gardé par un petit chien, qui aboyait à tout venant. Ils m'ordonnèrent de tuer ce petit chien, ce que je fis.

La mère du jeune homme lui disait de se taire, mais la princesse l'obligea à poursuivre.
« Quand les voleurs », continua-t-il, voulurent ensuite pénétrer dans le château, je les tuai l'un après l'autre. J'entrai dans une chambre, où je trouvai une belle princesse qui dormait ; puis dans une seconde, où était aussi une princesse endormie, plus belle encore que la première ; enfin, dans une dernière chambre, où je vis une troisième princesse, également endormie, encore plus belle que les deux autres. Je pris la pantoufle de cette princesse, et je sortis du château. Cette pantoufle, la voici.

A ces mots, la princesse, toute joyeuse, montra l'autre pantoufle. Quelque temps après, elle épousa le jeune homme.

E. Cosquin, Contes populaires de Lorraine, 1886

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Rédigé par orange8454

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