sultan

Publié le 13 Septembre 2012

Le Sultan Abd-el-Moumème qui régnait sur Fez était un prince cruel et sanguinaire hait de tous. Il avait comme confiant un nain affreux qui s’appelait Arbo.


Arbo était encore plus méchant que son maître. Un jour l’affreux nain rôdait dans le souk en quête de quelque vilain tour à faire arriva devant l’échoppe de Ghomari, qu’il haïssait parce qu’il était beau et que lui-même était laid ; la fiancée Djeunara travaillait sur un tapis le visage dévoilé, Arbo en l’apercevant fut frappé de saisissement : il ne soupçonnait pas qu’une telle perfection pût appartenir à une créature humaine.


Les jours suivants, Djeunara trouvait souvent le nain sur son passage. Un jour il l’aborda et lui dit qu’il était riche et disposé à la demander en mariage.


La jeune fille prit peur et le repoussa, dès lors la soif de la vengeance habita la poitrine d’Arbo.


Il alla voir le Sultan et lui décrit en détail la beauté de la jeune fille. Le Sultan le chargea de la ramener au palais afin d’en faire une de ses épouses. Avec l’aide des serviteurs il enleva la jeune fille.


Ghomari devint fou de douleur. L’image de Djeunara le hantait, il se mit à tisser jour et nuit un tapis à l’effigie de sa bien-aimée. Il l’avait représentée debout, le visage dévoilé, les yeux chargés de haine, avec un poignard levé comme si elle allait l’enfoncer dans la poitrine d’un être détesté. L’œuvre de Ghomari était une merveille. L’ayant montrée à des parents proches, d’autres personnes voulurent l’admirer, les gens se glissaient dans l’échoppe aux volets clos et béaient de ravissement devant l’image.


Arbo, l’infâme nain, ne tarda pas à être au courant et il prévint le Sultan qui envoya ses mokhasnis. Ghomari fut jeté en prison et le tapis ramené au Sultan.


A sa vue, le Sultan éprouva un curieux sentiment, mélange de colère et d’admiration. Il le fit accrocher dans la chambre où il dormait.


Un jour il le fit voir à Djeunara. La malheureuse passait des heures à pleurer dans le harem et à se lamenter sur son triste sort ; lorsqu’elle se trouva en présence de la tapisserie elle dit :


« Ghomari »


« Oui c’est lui le traite qui a tissé ce tapis, il sera exécuté avant que le soleil se couche ».


Le soir même il fut égorgé.


A partir de ce moment Djeunara cessa de pleurer, elle fut constamment de bonne humeur, elle plaisantait…


Le Sultan et Arbo en furent tout surpris…


Un jour Djeunara expliqua à Arbo son désir de posséder un bracelet d’une valeur inestimable qui se trouve chez le rabbi Yakoub au bout du mellah ; « il coute très chère et je n’ose les demander au maître », as-tu les moyens de me l’acheter ? ».


« Tes désirs sont des ordres » dit l’affreux nain, mais son idée était plus de voler le bracelet que de l’acheter.


Arbo partit, Djeunara se faufila dans les appartements du Sultan, ce dernier reposait sur un divan au pied de la tapisserie ; son oreille toujours inquiète perçut un léger bruit, il venait de voir Djeunara qui tenait dans sa main droite un poignard et l’élevait en l’air exactement comme le faisait la Djeunara de la tapisserie.


Il se mit à crier de toutes ses forces. Les gardes, serviteurs… accoururent.


Djeunara s’était reculée jusqu’au mur, appuyée à la tapisserie, le hasard avait voulu que la jeune fille se trouvât exactement devant son effigie et en épousait parfaitement sa représentation.


Le Sultan criait : « tuez-là, tuez-là ».


Les personnes présentent regardèrent vers la tapisserie sans voir la jeune fille. Ils le prirent pour un fou.


Un à un ils sortirent de la pièce ; lorsque le dernier eût quitté la pièce, la lourde porte peinte de couleurs vives fut refermée, la barre de fer tirée. Un fou n’est-il pas déjà un mort ?


Le successeur du Sultan Sidi Ahmed, fut prévenu de l’état d’Abd-el-Moumème.


Le Sultan enfermé s’approcha doucement de la tapisserie, peut-être avait-il eut une hallucination !... Il étendit la main pour la toucher… Un mouvement vif, le poignard était tombé et s’était enfoncé jusqu’à la garde entre ses deux épaules.


Au matin, Sidi Ahmed entra dans le palais, il ouvrit avec précautions la lourde porte de la chambre.


Le Sultan gisait mort sur le divan, baignant dans son sang, et, près de lui, une femme riait, riait…



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Rédigé par orange8454

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Publié le 13 Septembre 2012

Les jeunes princes ne connaissaient rien à la vie, n'avaient jamais bravaient les dangers de ce vaste monde. Ces hommes qui n'avaient pas été forgés par l'expérience et les épreuves, pourraient-ils un jour le succéder sur le trône ? Telles étaient les pensées de ce sultan.


Les jeunes princes eurent un jour vent de ce qui le tracassait. Voulant lui faire plaisir, le plus âgé des garçons décida de partir en voyage. La nouvelle, comme on le pense, emplit de joie le sultan. Le prince sella le plus beau, le plus vigoureux cheval de l'écurie royale et partit à l'aventure. Son voyage dura deux longs mois au bout desquels il revint au palais. Le sultan, fort heureux, accueillit son fils à bras ouverts. Il attendait, avec impatience, le récit de ses pérégrinations :


« Jusqu'où t'a mené ton voyage, mon fils ? » lui demanda-t-il. Le prince nomma les lieux qu'il avait traversés. Le sultan se rembrunit ; c'est avec beaucoup d'amertume qu'il dit au jeune prince :


« Lorsque j'étais enfant, je pouvais atteindre cet endroit le temps d'un soupir. »


Les jours reprirent leur course, les épaules du sultan s'affaissaient sous le poids de moroses pensées. Ses sujets se désolaient de ne rien pouvoir faire pour le soulager.


Le deuxième prince décida alors de partir, se promettant d'aller plus loin que son aîné. Son absence dura quatre mois. Quand il revint et qu'il indiqua au sultan les lieux qu'il avait visités, il s'avéra que lui non plus n'était pas allé bien loin :


« Le temps de bien me mette en selle, j'arrivais à cet endroit » lui dit le sultan. Les autres princes tentèrent, par la suite, de faire mieux mais en vain.
Le tour du cadet arriva. Avant d'entreprendre son voyage, il alla rendre visite au sage à qui il fit part de son projet et à qui il demanda de l'aide. Le sage lui conseilla d'aller voir la sultane :


« Câline-la, embrasse-la et demande-lui de t'indiquer l'endroit où se trouve le cheval que ton père montait jadis. »


Le cadet suivit le conseil du sage. Il alla chez sa mère, la câlina tant et si bien qu'il finit par lui soutirer le renseignement qu'il désirait. Il retourna ensuite chez le sage, demander de nouvelles instructions.


Le sage lui donna différentes herbes, lui demanda de les faire bouillir et d'en enduire régulièrement le cheval. Il ne lui fallut pas moins de quatre mois pour apprivoiser la bête. Le prince se sentant prêt, alla avertir le sultan de son prochain départ. Il lui demanda de donner l'ordre de faire sortir tous les chevaux des différentes écuries royales. Il expliqua qu'il voulait en choisir un. Les chevaux furent amenés et le prince choisit le vieux cheval qui appartenait à son père. Il le reconnut facilement car il avait pris la précaution de lui mettre un clou sous un de ses sabots. Le sultan le fit remarquer que le cheval était vieux et qu'il boitait.


« Je le prendrai quand même, fut la réponse du prince.


Maintenant j'ai confiance en l'avenir ; je sais que tu iras loin, puisque ton choix s'est porté sur mon cheval, dit le sultan et il ajouta :


Prends ma boîte de tabac à priser. Elle est en argent sertie de pierres précieuses. Ton cheval t'emmènera chez une femme que j'ai connu jadis : remets-lui la boîte, mais auparavant donne-lui de mes nouvelles, dis-lui que je vais bien car dès que tu lui remettras la boite, elle mourra. »


Le jeune prince acquiesça et enfourcha le cheval. Ce dernier lui dit :


« Veux-tu que j'aille au pas ou au galop ?


Va au pas, que je puisse à mon retour conter au sultan ce que j'aurai vu en chemin », fut la réponse du prince.


Il leur fallut quinze jours pour arriver chez la femme dont avait parlé le sultan. Elle leur accorda l'hospitalité. Cette femme était un génie. Elle avait été la première épouse du sultan. Un pacte avait été conclu entre eux : si le sultan remettait à sa première femme sa boîte de tabac à priser, elle mourrait sur-le-champ. Si, au contraire, c'était elle qui remettait un chapelet, elle mourrait. Le prince et son cheval restèrent trois jours chez la femme. Elle voulait tout savoir sur son ancien époux. Le prince lui donna des nouvelles. Quand ils eurent fini, qu'ils n'eurent plus rien à se dire, il la quitta. La boîte de tabac à priser fut remise à l'hôtesse.


Sur le chemin du retour, le prince trouva une plume d'oiseau. Elle lui dit :


« Si tu me prends, tu ne le regretteras pas. Si tu me laisses, tu le regretteras. »


Le prince demanda au cheval de son père Merzoug ce qu'il fallait faire.


« Je suggère qu'on la prenne », fut la réponse du cheval. Ils prirent donc la plume.


La nuit venue, ils s'installèrent pour dormir. La plume enchantée se mit à émettre des sons mélodieux. Des soldats du royaume qu'ils traversaient, bavardaient non loin de là. Ils furent fascinés par ces sons harmonieux. Ils s'empressèrent d'aller en parler à leur sultan. Celui-ci leur intima l'ordre d'aller chercher le prince et son étrange instrument de musique. Ce qui fut fait sur-le-champ.


Le sultan s'appropria la plume magique. Elle faisait entendre une musique étrange qui égaya le palais royal.


Trois jours après, la plume se tut, laissant le sultan consterné. On demanda à la plume la raison de son brusque silence. Elle répondit qu'elle ne produirait à nouveau de la musique qui si on allait chercher l'oiseau auquel elle appartenait.


Le sultan fit appeler le jeune prince et lui intima l'ordre de retrouver l'oiseau. Le sultan ne voulut rien entendre. Le prince alla conter se mésaventure à son cheval et lui expliqua que s'ils ne voulaient pas que le courroux du sultan s'abatte sur eux, il fallait fuir.


Le cheval répondit : « Prince ! Ton père et moi ne nous sommes jamais devant le danger, nous avons toujours fait face. » Il réfléchit un moment puis dit :


« Demande au sultan de te faire une cage en or sertie de pierres précieuses. A l'intérieur on devra y mettre deux bols : l'un en argent et l'autre en or. Dans le premier, on mettra de l'eau de rose, dans le second, des grains de sésame. C'est seulement à cette condition que nous pourrons capturer l'oiseau. Le sultan te demandera certainement dans quels fonds il lui faudra puiser pour la fabrication de cette cage onéreuse. Dis-lui que c'est au vizir d'en assurer les frais. »


Le prince retourna chez le sultan et lui fit part de la proposition. Elle ne parut pas tout d'abord l'enchanter mais quand il sut qu'il n'aurait pas à débourser un sou, il accepta.


Jamais cage ne fut plus belle ni plus richement parée. Les pierres précieuses étincelaient de mille feux ; le prince l'attacha à un arbre que seul Hsan Baba Merzoug connaissait. Un oiseau s'approcha et se mit à voler autour de la cage. On eut dit qu'il était fasciné par tant de magnificence ; il finit par y entrer, la porte se referma derrière lui. La plume retrouva son entrain et pendant trois jours enchanta le sultan et ses sujets par une musique que nul ne pouvait reproduire.


Les trois jours passés, la plume se tut à nouveau. On la supplia de chanter, elle refusa. On lui demanda la cause de ce refus et elle répondit :


« Mon oiseau m'a ordonné de me taire. Sa maîtresse lui manque et il ne me laissera chanter à nouveau que si on la retrouve. »


La maîtresse de l'oiseau était la fille du sultan des génies ; craignant de s'attirer des ennuis, le sultan jugea bon de charger le prince de cette mission. Le vizir avait, en effet, dit :


« Celui qui a été capable de retrouver l'oiseau doit pouvoir réussir à retrouver la princesse et la ramener. »


Le prince alla se plaindre à son ami, le cheval. Celui-ci, toujours plein de ressources, lui dit :


« Demande au sultan de faire construire un bateau. Que ce bateau soit fait avec de l'or et des pierres précieuses. Le sol devra être recouvert de beaux tapis. Le sultan devra en outre choisir les dix plus belles femmes du royaume qui devront t'accompagner dans ton voyage. Les marins aussi devront être choisis parmi les plus beaux. Tout ceci, tu devras le spécifier au sultan, ne pourra être fait qu'avec l'argent du vizir. »


Nous ne pouvons vous décrire le bateau qui fut mis à leur disposition. Il fait encore plus beau que l'on pourrait imaginer. Ceux qui l'avaient construit avaient su allier la richesse au bon goût. Avant de partir au bord de ce magnifique bateau, Hsan Baba Merzoug fit acheter de l'éther.


Après un voyage qui dura plusieurs jours, ils arrivèrent au château du sultan des génies. Ce palais se trouvait en plein mer. De la fenêtre de ses appartements la princesse vit arriver le navire ; elle fut éblouie par tant de richesses. Elle invita les occupants du navire à venir chez elle ; ils ne se firent guère prier. Ils passèrent en sa présence une agréable soirée. On joua de la musique, on dansa. La nuit tombée, la jeune princesse fut invitée à visiter le bateau ; elle accepta avec plaisir. Le prince la fit boire puis l'endormit avec l'éther.


A son réveil, elle constata que le bateau était en pleine mer. Elle comprit alors qu'on s'était moqué d'elle. Elle enleva une jolie bague qu'elle portait au doigt et la jeta par-dessus bord.
Le voyage prit fin. La princesse fut conduite au palais royal. La plume se remit à émettre ces sons qui fascinaient tous ceux qui les entendaient.


Mais au bout de trois jours, elle se tut à nouveau. La princesse voulait qu'on retrouve la bague qu'elle avait, leur dit-elle, perdue en mer. Le sultan fit à nouveau appel au jeune prince et bien sûr, ce dernier alla demander conseil à Hsan Baba Merzoug. Le cheval trouva encore une solution à ce problème qui aurait paru insoluble au commun des mortels :


« Demande au sultan de mettre à ta disposition un quintal de haricots secs, un quintal de lentilles, un quintal de petits pois, un quintal de toutes les graines qui peuvent exister. Tu les jetteras en pleine mer. Le vizir payera les frais de cette opération. »


Le prince ne comprenait pas le but que poursuivait le cheval mais il lui faisait confiance. Ne l'avait-il pas tiré d'embarras à plusieurs reprises déjà ? il alla en mer et suivit les recommandations de son cheval. Le sultan des mers apparaît et dit :


« Vous nous avez offert un bon festin. Que peut-on faire pour vous en remercier ?


Nous avons perdu il y a quelques jours une bague et nous aimerions la retrouver mais nous ne savons comment », dit le jeune prince.


Un vieux poisson (aussi vieux que le conteur de cette histoire) dit :


« Il y a environ une semaine quelque chose de froid a pénétré dans mes bronches. Il est possible que ce soit ce que vous cherchez. »


Un petit poisson entra dans ses bronches et ressortit avec la bague. A partir de ce jour, la plume ne cessa plus de chanter de la manière la plus ensorceleuse qu'il soit.


Mais un autre problème surgit qui opposa le sultan, le vizir et le jeune prince. Tous voulaient prendre la princesse pour épouse. Le sultan dit qu'étant donné son rang, la princesse lui revenait de droit. Le vizir fit remarquer que sans son argent on n’aurait pas pu faire venir la princesse. Quant au jeune prince, il invoqua le fait que sans lui il n'y aurait eu ni plume, ni oiseau, ni princesse.


La princesse leur fit une étrange proposition :


« Je ne prendrai pour époux que celui qui ressortira vivant d'une bassine dans laquelle on aura fait bouillir du plomb. »


Le jeune prince, malheureux alla voir son cheval. Il lui raconta la proposition de la jeune fille. Hsan Baba Merzoug lui demanda de ne pas s'inquiéter. Il se mit à galoper comme un fou et transpira abondamment. Puis il donna l'ordre au jeune prince de s'enduire le corps de sa sueur. Pendant ce temps on a fait bouillir le plomb comme l'avait demandé la princesse. Le jeune prince plongea dans la bassine et en ressortit vivant. Du vizir et du sultan, il ne resta que les os !


Le prince emmena la princesse chez lui. Le sultan son père célébra avec beaucoup de faste le mariage de son fils. Il était fier de lui et ne se lassait pas de l'entendre conter ses aventures. Quelques jours après les noces, le jeune prince remit à son père le chapelet.



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Rédigé par orange8454

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Publié le 13 Septembre 2012

La cité de Chella qui fut fondée par des marchands de Carthage se trouve en haut de la ville de Rabat.


Jadis, au temps où Chella était une ville prospère et florissante, vint un homme qui s’appelait Mohammed-ben-Daoud. Nul se savait qui il était, il était arrivé vêtu de loques sales et trouées et vivait dans une modeste maison.

Mais un jour, il acheta une mule, il acquit des esclaves, se pavanait dans des djellabas de soie brodée d’or.


Il commença à faire des envieux, les gens interrogèrent ses esclaves sans grand résultat. Tout ce qu’ils pouvaient dire c’est qu’il s’enfermait une grande partie de la journée dans une chambre retirée de sa maison d’où sortait des bruits bizarres, comme le soufflet d’une forge, d’un marteau…


Son voisin qui s’appelait Cham-ed-Dohah était d’une nature curieuse. Un jour en plein après-midi, pendant que les esclaves dormaient, il se hissa sur la terrasse de Mohammed. Afin de l’épier.


En se faufilant il arriva à la petite chambre. Prévoyant il avait amené avec lui un instrument afin de pouvoir percer un trou dans la cloison. Il y appliqua son œil, il vit sur un fourneau un récipient bouillonnant qui dégageait une épaisse fumée. Mohammed actionnait du pied un soufflet et jetait de temps en temps dans le récipient une matière grisâtre avec d’autres articles tout en regardant souvent un sablier.


Il versa son contenu dans un moule de fer ; au bout d’un instant, une fois démoulé à grands coups de marteau, il le retourna et Cham vit un morceau de métal jaune brillant et reconnut que c’était un lingot d’or. Etait-il un sorcier ou un alchimiste ?


Il échafauda dans sa tête un plan.


Le lendemain, il se présenta chez Mohammed qui lui offrit l’hospitalité.


Cham lui expliqua que l’ange Gabriel lui était apparu en rêve et lui avait demandé de construire une tombe tapissée d’or pour un pauvre marabout vénérable décédé et pour se faire qu’il devait se faire aider par son voisin qui avait le pouvoir de fabriquer de l’or.


Impassible, Mohammed répondit : « je ne te donnerai rien, ni mon or, ni le secret de le fabriquer, si l’ange Gabriel a quelque chose à me dire, il n’a qu’à venir me trouver lui-même et nous en discuterons ».


Cham quitta la maison de Mohammed très en colère. Il chercha pendant plusieurs jours comment se venger. Il raconta toute l’histoire à son épouse qui lui conseilla d’aller trouver le Sultan et de lui révéler ce qu’il savait.


Une fois informé, le Sultan envoya chez Mohammed des mokhasnis qui le ramenèrent au palais enchaîné.


« Tu connais le secret de la fabrication de l’or, tu vas me le révéler sur le champ ou sinon je te ferai jeter en prison ».


« Seigneur, le secret je ne le connais pas ».


Il l’enferma dans un profond cachot, le temps passait lentement. Un jour on enferma avec lui un pauvre diable.


« J’ai été jeté en prison car je ne voulais pas donner au Sultan ma pauvre maison qu’il convoitait afin d’agrandir les jardins du palais, et toi lui demanda-t-il ».


« Moi j’ai été enfermé car je fabriquais de l’or et il a fait mon malheur ».


« Mais si tu fabriques de l’or tu peux acheter ton geôlier ».


« C’est peut-être vrai, mais je n’ai pas les ingrédients nécessaires ».


« Ecoute, lui dit le pauvre diable, je connais un peu notre gardien, en lui expliquant qu’en te rendant tes outils tu fabriqueras de l’or et que tu lui en donneras un peu, il peut se laisser convaincre ».


« Mes instruments se trouvent dans une chambre que t’indiqueront mes esclaves ; voici la liste de ce qui m’est indispensable ».


Mohammed lista se qu’il lui fallait sur un morceau arraché à sa chemise à l’aide d’un bout de charbon de bois.


Le soir venu, le geôlier amena le four, le soufflet, les vases, le moule, les matières demandées… Durant toute la nuit Mohammed travailla et au matin il y avait un tas de lingots dans la cellule. Il demanda à Cham de négocier leurs libérations auprès du geôlier.


Les heures passèrent sans le retour de Cham ; soudain le geôlier réapparut accompagné des mokhasnis, ils se saisirent de Mohammed et il se retrouva de nouveau en face du Sultan.


Dans la pièce il reconnut Cham qui avait troqué ses vieux vêtements par de somptueux habits.


Le Sultan d’excellente humeur lui expliqua qu’il lui avait envoyé son grand vizir déguisé en meskine afin de connaître son secret.


Il lui dit : « … Tu resteras désormais enfermé dans ta prison ; je veux que tu éprouves les effets de ma bonté : dans ta prison on te laissera ce qu’il te faut pour fabriquer de l’or ; tu en fabriqueras tant que tu voudrais et jusqu’à ce que ton cœur soit rassasié… J’oubliais seulement de te dire qu’on ne te donnera rien à manger, mais l’or n’est-il pas le plus précieux des biens terrestres ? »


Tous se mirent à rire.


Dans sa cellule Mohammed pensa : « l’or a fait mon malheur, je ne veux pas être seul à en pâtir ».


Il déchira sa chemise en petits chiffons et inscrivit sur chaque morceau la recette de la transformation des métaux en or, puis il les envoya dehors par la seule ouverture de son cachot.


Le lendemain toute la ville savait comment changer le métal en or. Dans toutes les maisons les fours ronflaient, les lingots s’empilaient et tout le monde était riche.


Dans Chella il n’y avait plus de mendiants, ni de pauvres gens, les champs n’étaient plus cultivés, les bateaux pourrissaient dans le port… Les habitants se promenaient habillés comme des princes.


Bientôt les prix commencèrent à augmenter, ceux fut la disette, il n’y avait plus de pauvres. La fille du Sultan ayant voulu se procurer un bol de blé, offrit son propre poids en or, sans pouvoir obtenir le grain convoité. On en vint à essayer de se nourrir de rubis et de diamants pilés. Les habitants de la ville commencèrent à périr.


Un jour un vieillard porteur d’eau nommé Habib et qui venait de Fez croisa le chemin du Sultan ; il lui expliqua qu’il avait travaillé pour ses aïeuls.


Le Sultan lui proposa de l’aider, mais Habib lui expliqua qu’il n’avait pas besoin de ses bienfaits car il était très riche.


Il emmena le Sultan à Chella ; dans une grotte obscure il lui montra toutes ses richesses amassées.


« A qui son ces richesses » lui demanda le Sultan.


« A moi, lorsque je venais porter de l’eau aux habitants ils me rétribuaient avec des plats et objets en or ».


Le Sultan réfléchit un instant, puis tirant son sabre, il lui coupa la tête.


« Ces biens ne sauraient appartenir qu’à moi » dit le Sultan.


A la nuit tombée, il sortit de la grotte emportant dans une sacoche toutes les richesses qu’il put.


Il pensait à toutes les choses qu’il pourrait faire avec tout cet or ; mais au moment de traverser une rivière, son pied glissa ; sa sacoche lourdement chargée l’entraîna au fond et ce ne fut que longtemps après que son cadavre fut repêché.


Ainsi l’or de Chella fit-il le malheur de tous ceux qui l’avaient possédé.


Moralité : l’or fait le malheur des humains qui le convoitent.



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Rédigé par orange8454

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Publié le 13 Septembre 2012

Moi, je connais l’histoire de Selham, le charmeur de serpent et du sultan Yadi.


Le sultan Yadi, qu’il soit béni ! s’ennuyait dans son palais, il avait fait venir Mohammed, le jongleur, mais il s’en lassa. Il fit venir Driss le conteur, mais il s’en lassa. Il fit venir Yousouf, le joueur de raïta, mais il s’en lassa.


Un matin pourtant, Selham, le charmeur de serpent fut assez hardi pour demander à être admis auprès du maître afin de l’amuser. Mais il s’en lassa aussi et voulut le faire trancher la tête.


- Seigneur, laisse-moi encore une chance demanda Selham.


- Je veux bien, répliqua le sultan, à une condition c’est que tu viennes demain au palais en cavalier et en piéton à la fois.


Le lendemain, le sultan qui s’était placé sur la terrasse pour guetter la venue du charmeur, fut tout stupéfait. Selham était monté sur un tout petit âne, cet âne était si petit que les pieds de l’homme touchaient terre, de sorte que Selham était tout à la fois cavalier et piéton.


- Tu as résolu, le problème que je te posais, mais ce n’est pas fini. Si tu veux éviter le bourreau, il faut que tu répondes à trois questions et voici la première : combien y-a-t-il d’étoiles au ciel !


- Seigneur, répondit Selham, il y a autant d’étoiles au ciel que de poils sur mon âne sans ceux de sa queue ; compte-les.


- C’est bien, répondit le sultan, et maintenant : dans quel endroit sommes-nous de la terre ?


- Au milieu… mesure.


Le maître daigna sourire.


- Voici la troisième question : combien y-a-t-il de poils dans ma barbe ?


- Autant que dans la queue de mon âne, coupe ta barbe, je couperai la queue de mon âne et on fera le calcul.


Le sultan s’avoua vaincu. Il accorda la vie sauve à Selham et il lui fit cadeau d’une bourse pleine d’or.



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Rédigé par orange8454

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Publié le 13 Septembre 2012

Il y a bien longtemps dans la ville de Meknès, dans un petit café se tiennent régulièrement des conteurs renommés ; ils narrent sans se lasser eux-mêmes, de bonnes histoires qui attirent l’attention des autres consommateurs. L’histoire commence ainsi…


Le sultan Abib, qu’il soit béni !, avait une fille qui ne voulait pas se marier. Elle préférait rester dans la maison de son père. Il s’était présenté plus de cent jeunes gens des meilleures familles qui désiraient obtenir la main de la princesse et toujours elle disait non.


- Il est impossible que tu restes éternellement dans ma maison, je n’ai ni frère, tu es ma fille unique ; que deviendras-tu après mois ? ton entêtement me cause bien de l’inquiétude, dit le sultan.


- O père, je ne refuse pas de me marier, mais je ne veux pour mari qu’un homme dont l’esprit soit subtil.


- Comment reconnaîtras-tu la subtilité d’esprit de ton prétendant ? demanda-t-il


- A ceci : ouvre un concours, je dirai un mensonge énorme et celui qui en trouvera un équivalent aura ma main.


Il en fut ainsi. Le sultan fit annoncer dans toutes les villes de la Chaouïa, du Souss… jusqu’au Soudan, qu’il donnerait sa fille à celui qui dirait un mensonge plus énorme que celui même qu’elle composerait.


Le mensonge est celui-ci :


- J’ai fait construire une marmite si grande qu’il a fallu trois cent soixante clous pour en assembler les éléments. Chaque clou a été rivé par un forgeron et chaque forgeron n’entendait pas le martellement de l’autre forgeron tant était grande ma gigantesque marmite ».


De tous les coins de l’Empire fortuné arrivèrent des prétendants. Ils comparaissaient devant le sultan aux côtés de qui se tenait, voilée, la princesse, sa fille.


Chacun débitait un mensonge, mais ce n’était qu’un tout petit mensonge.


Des semaines passèrent. Les prétendants se retiraient confus, la princesse triomphait. Par contre, le sultan se désolait, lui qui savait bien que chaque concurrent évincé était un ennemi pour lui et pour l’Empire fortuné.


Enfin un jour arriva un jeune Chleuh, c’était un pauvre diable qui a fait  le voyage monté sur une malheureuse bourrique, c’était un meskine pour tout dire. Il n’y avait cependant pas moyen de l’évincer, car les conditions du concours étaient formelles et chacun avait le droit de s’y présenter.


Après s’être incliné devant le sultan et sa fille il dit :


- J’ai fait pousser un chou, il a trois cent soixante feuilles et chaque feuille peut abriter trois cent soixante cavaliers ; aucun cavalier ne peut voir son voisin tant il est éloigné de lui.


- Et dans quoi espères-tu faire cuire ton chou ? demanda la princesse.


- Dans ton chaudron, réplique le Chleuh.


- Vraiment, tu as fait un plus beau mensonge que le mien, voici ma main.


Le meskine épousa la princesse, ils furent heureux et ils eurent beaucoup d’enfants.

 

 

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Rédigé par orange8454

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