aicha

Publié le 13 Septembre 2012

Qui ne connaît pas à Marrakech, la place Djem-el-Fna. Sa vie grouillante, ses échoppes, ses vendeurs en tout genre… et bien sûr ses conteurs.

 

En effet, accroupi à terre, un vieillard crasseux,  récite l’histoire de la boule d’or de la Koutoubia.

 

La Koutoubia est une tour carrée de sept étages qui mesure soixante-sept mètres cinquante de haut et douze mètres cinquante de côté. Trois minarets semblables existent de par le monde : ce sont, avec la Koutoubia, la Giralda de Séville et la tour Hassan de Rabat. Des trois minarets, c’est celui de Marrakech qui a conservé le plus fidèlement son aspect primitif.

 

El-Géber, l’architecte de la Giralda, avait été amené comme captif à Marrakech par le sultan Abou-Yousouf, connu dans l’histoire sous le nom de Yakob-el-Mansour.

 

Il avait apporté avec lui les plans de la mosquée sévillane et de sa tour imposante ; ceux-ci liu furent volés par un favori du Sultan qui s’adjugea l’idée et proposa à El-Mansour de lui construire une moquée digne de lui. Le souverain accepta avec enthousiasme, mais voici qu’El-Géber parvint à s’échapper de sa geôle, il dénonça l’imposteur. Le souverain, qui était juste, confondit son favori, rendit les plans à l’architecte et le chargea de bâtir l’édifice.

 

L’inauguration donna lieu à de grandes réjouissances. El-Geber fut définitivement libéré et, afin d’ajouter à l’éclat de la solennité, le favori voleur fut pendu tout en haut de la tour ; on prétend même que la potence que l’on voit à l’étage supérieur du minaret est celle qui servit à cette exécution. Chacun est libre de le croire ou de supposer plutôt que ce n’est qu’une hampe pour accrocher les étendards aux jours de fête.

 

Le minaret de la Koutoubia – la mosquée s’appelle ainsi parce qu’elle était entourée de boutiques de libraires, les kétébiin, qui l’enserraient de toutes parts – avait pour couronnement trois boules de cuivre doré percées d’une tige et dont le volume allait décroissant de bas en haut.

 

Ce sont ces boules brillantes dont le vieux conteur de la place Djéma-el-Fna débitait la légende devant un auditoire subjugué. Et voici à peu près ce qu’il disait :

 

 

A l’époque où Yakoub-el-Mansour, le puissant sultan , faisait édifier la Koutoubia et où cet édifice était presque terminé, il n’y avait plus qu’à placer sur le faîtage  les trois boules de cuivre, une jolie femme pleurait dans le harem du souverain. Cette jolie femme était la sultane Aïcha. Aïcha était belle au-delà de toute expression humaine. S’il avait été donné à un homme de contempler son visage dévoilé, il serait devenu fou d’admiration à la vue de tant de perfection. SA peau avait la blancheur du lait, ses yeux, la douceur caressante de ceux des gazelles, l’arc de ses deux sourcils était dessiné d’un même trait pur, les roses de ses joues faisaient honte à celle que l’on cultivait dans les jardins du sultan.

 

Cette beauté ravit El-Mansour ; il avait aimé Aïcha jusqu’aux limites de la passion humaine. Il lui avait fait don de tout ce qui peut plaire à une femme, la parer et l’orner ; de lourds bracelets d’or encerclaient ses poignets et ses chevilles ; des bagues d’or scintillaient à ses doigts ; ses colliers en boules d’or descendaient en dix rangs sur sa poitrine ; d’or étaient les ceintures qui marquaient sa taille flexible ; d’or, les ornements qui rehaussaient sa chevelure d’ébène. Les pierres les plus rares, celles qui brillent comme des morceaux de feu durci, celles qui ont le doux éclat des lunes d’été, celles qui clignotent comme des étoiles, étaient enchâssées dans ses bijoux.

 

Aïcha était heureuse. Elle ne se réjouissait pas tant de la beauté de ces présents que de la pensée que chacun d’eux était un gage de l’amour de son maître et seigneur. Et puis, car le cœur des hommes est aussi changeant que le vent qui soulève les sables du désert, une autre femme enchaîna sa tendresse. Il se prit à aimer Djama, à la face de suie, aux yeux vairons, à la démarche bancale.

La pauvre Aïcha se sentit abandonnée.

Sa vieille nourrice lui vint dire :

- Maîtresse, les mauvais génies ont détourné vers l’indigne Djama les pensées du Seigneur ; il nourrit en son cœur le dessein de te répudier pour épouser cette fille de la nuit. Cette lune même verra se consommer ta disgrâce et son triomphe.

- Hélas ! sanglota la pauvre sultane, je suis résignée à mon triste sort ; lorsque mon maître bien-aimé le commandera, lorsque, par trois fois, ainsi que l’exige Le Livre, il m’aura répudiée, je retournerai confuse dans la maison de mon père.

- Ya Aïcha, continua la vieille, il ne suffit pas à cette mauvaise, à cette indigne, à cette fille de pourceaux de prendre ta place dans la demeure du Seigneur ; elle exige encore que le maître lui donne les merveilleux bijoux dont il t’avait fait présent et dont elle veut parer sa laideur.

A ces mots, la résignation d’Aïcha fit place à la colère ; elle fut révoltée à l’idée que ces souvenirs de jours de bonheur seraient remis à une autre et elle calcula comment, tandis qu’il en était temps encore, elle pourrait les soustraire à cette profanation.

Elle s’aperçut très vite combien il serait difficile d’empêcher le Sultan de réaliser ses projets. Aidée par sa nourrice, elle chercha en quelle cachette secrète elle pourrait les céler. Aucune ne lui parut suffisamment sûre. Les confier à quelqu’un ? Mais qui donc se chargerait d’un dépôt aussi compromettant ?

- Ma¨tresse, dit enfin la nourrice, il y a près de la nouvelle mosquée un homme plein de sagesse et qui certainement trouvera le moyen de te servir.

- L’âge te fait radoter, pauvre mère, dit tristement la sultane, en quel homme sur terre puis-je avoir confiance ? Il n’est pas un habitant de Marrakech qui ne sache que le fait de garder un pareil secret peut lui coûter la tête ; il s’empressa d’aller raconter à mon seigneur ce que je lui aurai révélé et ma vie ne tiendra plus qu’à un fil.

- Ya Aïcha, répliqua la nourrice, je sais ce que je dis, celui dont je te parle se nomme BouchaIb, on l’appelle El-Meskine, car c’est un pauvre et, pourtant, il manie tous les jours autant d’or qu’en compte pendant sa vie le marchand le plus favorisé des souks.

- Comment est-il si pauvre maniant tant d’or ? s’étonna la princesse.

- Je dois te dire, maîtresse, qu’il est fondeur d’or. On lui apporte ces métaux précieux afin qu’il les transforme dans es creusets et il ne lui reste que peu de chose de ces trésors après les doigts ; il n’affaire qu’aux gens opulents et chacun sait que plus un homme est fortuné moins il est généreux.

- Et pourquoi affirmes-tu que ce Bouchaïb me gardera le secret et que, étant pauvre, il n’ira pas le vendre pour quelques piécettes ?

- Parce qu’il est mon neveu, ya Aïcha, le fils de ma sœur, et qu’il ne voudra rien faire qui me puisse contrister. Je réponds de sa discrétion sur ma tête.

- Fais-le donc venir, mère, et je me confierai à lui.

- Il sera ici demain soir, dit la nourrice.

- Pourquoi pas ce soir même ?

- Ya Aïcha, gémit la vieille femme, toute jeune que tu es, c’est toi qui perds la raison et ta douleur t’égare ; crois-tu que je veuille introduire Bouchaïb secrètement dans la maison de ton maître, de telle sorte que les espions que le Sultan vénéré entretient autour de tes appartements aillent l’informer que tu reçois des visites clandestines ? Ce serait vouer à la mort toi-même et mon neveu, les deux seul s êtres que j’aime au monde.

- Ainsi que feras-tu ?

- J’irai, demain matin, porter ostensiblement chez Bouchaïb un de tes bracelets à réparer et le soir il rapportera son travail fait.

- Tu as raison, mère, c’est ainsi qu’il faut réagir ; mais penses-tu que ton neveu consentira à se charger d’un si dangereux dépôt ?

- Je sais qu’il est ingénieux et qu’il y a plus de ressource dans la dernière phalange du petit doigt de son pied gauche qu’il n’y en a dans toutes les cervelles des vizirs de ton seigneur réunis.

- Une question encore, mère, qu’est-ce qui le déterminera à me servir ?

- Son affection pour moi et puis…

- Quoi donc ?

- Je t’ai dit que c’est un pauvre, or, il meurt d’amour pour Rhana, la fille d’un tisserand du souk, et, faute de pouvoir donner une dot à son père, il ne peut l’épouser. Des années s’écouleront avant qu’il amasse par son travail de quoi obtenir celle qu’il aime et peut-être, alors, serait-elle mariée à un autre. Serait-il le plus obtus des hommes et le moins brave que l’amour lui donnerait courage et ingéniosité.

Aïcha batti des mains.

- Sois certains, ô mère, qu’il recevra un salaire plus que suffisant pour payer la dot de Rhana. J’ai confiance maintenant, car rien n’est impossible à l’amour.

Le jour suivant fut un jour de désolation pour l’infortunée Aïcha. Elle savait que l’on pressait les préparatifs de la fête qui devait marquer l’achèvement de la Koutoubia ; elle ne vit son mari qu’un instant, mais, à son regard, elle reconnut que sa résolution était prise et qu’il n’attendait qu’une occasion pour la répudier par trois fois et pour épouser l’affreuse Djama.

Vers le soir, parut la nourrice accompagnant un garçon et bien tourné mais dont la djellaba n’était qu’une loque qui criait sa misère. C’était Bouchaïb, le fondeur d’or.

Celui que l’on appelait El-Meskine, le pauvre, se prosterna devant la sultane sur le seuil de son appartement.

- Je te rapporte, dit-il bien haut, ô maîtresse, le travail que tu as daigné me confier ; j’espère qu’il sera selon ton cœur.

Il tira de sa manche un bracelet qu’il tendit à Aïcha, celle-ci le prit, feignit de le considérer attentivement et s’écria :

- Tu as merveilleusement accompli cet ouvrage. J’ai hier brisé un collier, je veux que tu le répares.Viens.

Ces paroles ayant été prononcées afin de détourner les soupçons des espions qui devaient être aux écoutes, Aïcha attira Bouchaïb dans sa chambre de telle façon qu’on ne pût entendre ce qu’ils disaient. La nourrice demeura sur le seuil pour éviter toute surprise.

En quelques mots, la sultane dit à Bouchaïb ce qu’elle avait à lui dire et elle conclut :

- Je voudrais que tu caches mes bijoux dans un endroit si inaccessible que jamais on ne puisse les retrouver. Pour prix du service que je te demande, je te donnerai un tel salaire qu’il te sera loisible, sur l’heure, de payer la dot de celle que tu aimes.

Une expression de ravissement passa sur les traits mélancoliques du pauvre fondeur, puis il s’abîma pendant quelques instants dans ses réflexions. Enfin, il parla :

- Maîtresse, il y a quatre éléments auxquels un trésor peut être confié, à savoir : la terre, l’eau, l’air et le feu. La première idée qui vienne à tout esprit est d’enfouir tes richesses dans le sein de la terre.

- Oui, en effet, dit Aïcha, tu as raison.

- C’est une idée insensée. Le Sultan Yakoub, sur lui la bénédiction ! possède assez d’esclaves, assez de soldats, assez de captifs pour faire retourner le sol entier de l’empire fortune du Magreb et le trésor sera retrouvé.

- Je n’y avais pas songé.

- Il y a l’eau. On peut jeter le trésor dans un de ces oueds qui, en plein été, ne s’assèchent pas ou dans un lac, même dans la mer.

- Ce serait préférable.

- Ce serait folie. Le Sultan Yakoub-el-Mansour, qu’Allah le conduise par la main ! peut ordonner à des plongeurs d’explorer les ouds, les lacs ou la mer. Ils retrouveront le trésor.

- Mais alors ?

- Il reste le feu et l’air, si tu m’en crois, c’est à eux que nous confierons tes richesses.

- Comment cela ?

- Par le feu, je fondrai tes bracelets, tes bagues, tes colliers, tes ceintures, tes diadèmes, j’en ferai une boule et, dans cette boule, j’enfermerai les gemmes et les pierres précieuses qui sont enchâssées dans tes bijoux. Cette boule, je la confierai à l’air.

- A l’air ?

- Oui. Trois boules de différentes grosseurs viennent d’être plantées sur le nouveau minaret que le Sultan, sur lui la miséricorde ! a fait édifier. Je façonnerai l’or de tes joyaux de façon a en faire une boule semblable à la plus petite de celles qui se dressent fièrement vers le ciel ; durant la cuit, je la substituerai à sa cœur de cuivre et personne, jamais, ne soupçonnera que l’air cache les biens de la sultane.

Cette proposition plut à Aïcha. Elle remit à Bouchaïb une cassette qui contenait tous les présents que lui avait offerts son seigneur et maître, et, en outre, elle lui donna un prodigieux salaire qui mit la joie dans son cœur. Lui, façonna les joyaux comme il avait dit et, secrètement, il substitua la boule d’or, farcie de pierre précieuses, à la boule de cuivre creuse, la plus petite des trois qui somment la Koutoubia.

Après les fêtes de l’inauguration de la mosquée, Yakoub-el-Mansour , ayant montré sa générosité à l’architecte El-Géber en le ;libérant et en faisant sa fortune, ayant montré sa justice à son favori en le faisant pendre, montra sa versatilité en épousant Djama, la alide, et en répudiant par trois fois la belle Aïcha.

Il voulut, que le rétributeur l’absolve de cette iniquité ! la dépouiller des cadeaux qu’il lui avait faits. Il ne put les trouver. On fouilla le palais, les maisons de la ville, celles des riches et celles des pauvres, on plongea dans les oueds, les lacs, la mer même. Ce fut en vain.

Pendant ces recherches, la triste Aïcha avait regagné la maison de son père. Bouchaïb, heureux, avait épousé Rhana, celle qu’il aimait.

Nous ne dirons pas ce qu’il advint de l’un et de l’autre, car il ne leur arriva que ce qui, de toute éternité, était écrit. Dans la demeure de son enfance la sultane goûta le repos de l’âme que le miséricordieux accorde à ceux qui ont le cœur pur et, sur son trône, le Sultan éprouva les ennuis d’un homme marié avec une calamiteuse. Et voilà pour eux.

Le trésor de l’infortunée sultane est, depuis des siècles, resté dans l’air à l’endroit le plus en vue de Marrakech, la cité rouge.

Des ouvriers, qui ont réparé le toit de la haute tour, affirment que la troisième boule ne rend pas le même son creux que les deux autres. Disent-ils vrai ou connaissent-ils la légende d’Aïcha, l’épouse malheureuse de Yakoub-el-Mansour ? Seul le sait celui a qui rien n’est dissimulé.

 

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Rédigé par orange8454

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Publié le 13 Septembre 2012

Enniya portait, enfilé autour de son petit bras, l’écheveau des ficelles   auxquelles pendaient les amulettes.

Enniya était marchande d’amulettes, ces petits sachets porte-bonheur de papiers multicolores que l’on porte en pendentifs et qui contiennent des médecines variées : poudre, racine, pierre, résine ou gomme, destinées à tout prévenir, tout guérir.

Depuis des jours, Enniya proposait ses amulettes aux touristes qui débarquaient par charters entiers dans la grande ville du sud.

«- Amulettes Madame ! Porte-bonheur Monsieur ! Garanti l’argent, l’amour ! ». Mais aucun touriste ne lui achetait ses médaillons de papier. Enniya n’était pour eux qu’un petit tas de guenilles sales aux grands yeux noirs mangés de fièvre, mais si cocasse avec ses petits pendentifs aux couleurs vives pendus à son bras et qui ferait une si belle photo souvenir.

La fillette n’avait pas mangé depuis plusieurs jours. Elle avait bu, régulièrement, un peu d’eau à la fontaine carrelée de faïence bleue et n’osait pas rentrer chez son père avant d’avoir vendu sa marchandise, par crainte d’être battue.

Depuis la mort de sa grand-mère, la vieille Aïcha, personne ne s’occupait plus de la fillette. Aïcha avait été sa seule amie et cette amie manquait beaucoup à la petite fille qui l’appelait doucement et lui demandait de   venir la chercher pour lui raconter, comme naguère, ses histoires préférées. En ce temps-là, Aïcha la prenait sur ses genoux et la berçait doucement en modulant ses vieilles mélopées, ou lui contait les histoires des jnouns facétieux, de Joha le naïf ou d’Aïcha kandicha qui est le diable.

Mais la vieille Aïcha n’était plus là pour prendre soin de la petite Enniya qui était seule dans la chaleur caniculaire de l’été.

Elle rasait les murs à la recherche d’un peu d’ombre, mais la chaleur sourdait des murs eux-mêmes.

Enniya trouva un recoin ombreux contre le mur d’un grand hôtel ocre, à l’architecture de kasbah, entouré de palmiers. Elle s’assit à même le sol, s’adossa au mur et ferma les yeux. Toute force l’avait quittée.

Son paquet d’amulettes posé à son côté dans le sable brûlant, la petite marchande joua à les assortir par couleurs. Elle savait ce que chacune contenait de bonheur et était si lasse que la tentation d’en utiliser une, rien qu’une, fut la plus forte.

L’enfant passa sa tête brune dans la ficelle et l’amulette bleu clair se balança sur sa poitrine. C’était celle qui rafraîchit et étanche la soif.

Aussitôt, le mur de l’hôtel devint transparent et Enniya se trouva au bord de la piscine à l’eau bleutée, enchâssée dans un écrin de bougainvillées mauves. Des touristes, ceux-là mêmes qui la photographiaient chaque jour, y nageaient en riant. La fillette s’assit timidement sur le bord et plongea dans l’eau transparente ses pauvres pieds crevassés par le sol brûlant. Elle s’enhardit à arroser ses jambes bronzées, ses bras, son visage et ses épaules.

L’enfant se sentit peu à peu revivre et, comme l’effet de la première amulette allait cesser, vite elle en prit une seconde et la suspendit à son cou, puis une autre et une autre encore, et toutes ses amulettes bleues jusqu’à la dernière. Enniya se sentait bien, n’avait plus mal à ses petits pieds et appréciait la fraîcheur du lieu. Mais la faim la tenaillait.

Alors elle choisit l’amulette couleur de corail, celle qui calme la faim, et noua la ficelle sur sa nuque frêle.

Instantanément, une des tables dressées au bord de la piscine se couvrit des mets les plus riches, les plus variés : plantureux couscous fumants dans leurs plats de céramique bleue ou verte, tajines au parfum de cannelle dans leurs terres vernissées, poulets safranés sur leurs lits de citrons confits, rondes kesras piquetées d’anis, cornes de gazelles enfarinées de sucre fin, pâtisseries ruisselantes de miel, côtoyant le soleil des oranges, la transparence d’ambre clair des dattes, le pourpre des figues noires éclatées, l’incarnat des tranches de pastèques rehaussé de leurs noirs pépins, le rubis des grenades juteuses.

Enniya n’avait jamais vu autant de nourriture, humé de si appétissants fumets. Elle dévorait et riait en même temps.

Elle enfila toutes ses amulettes corallines afin que dure le festin. Et le festin dura le temps du sortilège.

Mais peu à peu le mur de l’hôtel redevint opaque, la petite fille se retrouva assise dans la poussière blonde, adossée à un mur ocre. Dans le sable, il ne restait plus qu’une amulette, celle de couleur verte qui permet de rejoindre ceux que l’on aime où qu’ils se trouvent si on le désire très fort.

Doucement, Enniya ajouta l’ultime collier à ses pendentifs en appelant sa grand-mère.

Et la vieille Aïcha lui apparut, qui lui tendait les bras.

Riant de toutes ses belles dents, si blanches dans son visage brun, la fillette courut vers Aïcha. Aïcha prit dans sa grande main, si douce, la menotte de la petite Enniya et, lui racontant les belles histoires d’autrefois, elle l’emporta à jamais sur les chemins du rêve, ces chemins où nul ne connaît plus jamais la soif ni la faim.

Tu me crois si tu veux.




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Rédigé par orange8454

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