Publié le 13 Septembre 2012

Il était une fois une femme mariée à un homme cruel. Dès qu'un bébé voyait le jour il l'égorgeait au grand désespoir de sa femme. Un jour, il partit pour un long voyage. Durant son absence son épouse mit au monde un garçon. Elle l'éleva deux années durant avec amour.
Quand elle apprit le retour de son mari, elle confia son fils à la voisine en lui faisant promettre de garder le secret. Cette dernière accepta avec joie.

L'enfant grandissait et avait coutume de jouer devant chez lui. Dès qu'il voyait l'homme apparaître, il lui disait : « Que le salut soit sur toi, ô mon père ». Intrigué, l'homme regardait, puis passait son chemin. Il en fut ainsi tous les jours. À la fin, excédé par cet état de fait, l'homme en fit part à sa femme. Il la chargea de dire à la voisine que si le garçon persistait à lui souhaiter la bienvenue et à l'appeler « père », il le tuerait.

Malgré la mise en garde de sa mère adoptive, l'enfant récidiva. L'homme entra dans une violente colère.
Craignant alors que son mari ne mette la menace à exécution, la vraie mère prit son fils sur son dos et abandonna son domicile. Elle marcha longtemps...

La nuit la surprit au bord de la mer. Elle avisa au loin une belle maison, s'en approcha et y pénétra. Un vrai château : elle trouva là un vieil ogre qui agonisait ; il avait dévoré tous les habitants... Un instant après il rendit l'âme ; la mère le traîna jusqu'au bord de l'eau et le poussa dans les flots.

Elle prit alors possession des lieux, et vécut heureuse avec son fils. Les années passèrent...

Le garçon s'était métamorphosé en un beau jeune homme. Sans cesse, il demandait des nouvelles de son père ; sa mère lui répondait évasivement. Elle ne voulait pas qu'il sache la vérité. Néanmoins il insista tant et si bien que sa mère finit par satisfaire sa curiosité. Elle sortit de la maison et lui déclara :

« Vois-tu ces champs qui s'étendent à perte de vue, ces gens qui y travaillent, ces bêtes qui y paissent ? Eh bien, toute cette contrée appartient à ton père : bêtes et gens ».

Emerveillé par cette nouvelle, le jeune homme interpelle les paysans occupés à ramasser du blé :
« Holà, braves gens qui travaillez chez mon père !... »

Les paysans levèrent la tête mais ne répondirent point. Le soir, quand ils virent leur maître, ils lui apprirent qu'un jeune homme les avait appelés. Qui était-il ? Le maître se dit qu'il s'agissait certainement de son fils disparu avec sa mère quelques années plus tôt. Il dit aux paysans :
« Demain, s'il renouvelle son appel, répondez-lui. »

Le lendemain, quand le jeune homme les appela, ils levèrent la tête et répondirent en chœur :
« Nous t'écoutons !
Dites ceci à mon père : ma mère a abandonné avec moi le domicile conjugal, Dieu a veillé sur nous, elle m'a construit un château au bord de l'eau. »

Le soir donc, les paysans transmirent le message à leur maître. Ce dernier ne douta plus qu'il s'agissait en effet de son fils. Comment faire pour se débarrasser de ce garçon dont il ne voulait pas entendre parler ?

Après mûre réflexion, il se tourna vers les paysans et leur dit :

« Demain, quand mon fils vous appellera, vous lui répondrez ceci :

puisque ta mère a abandonné son domicile, et qu'elle t'a construit un château au bord de l'eau, puisque Dieu a veillé sur vous, il te faudra pour le château des portes en bois d'ébène que tu iras chercher dans la montagne lointaine. Fais-le et prouve-moi que tu es un homme ! »

Le lendemain, quand l'homme apprit que son père le soumettait à une dure épreuve, il eut beaucoup de chagrin, il se confia à sa mère qui lui dit :

« Mon cher fils, ton père es un monstre, il veut se débarrasser de toi. Tu sais bien que le bois d'ébène est difficile à acquérir, la montagne recèle beaucoup de dangers.

Qu'à cela ne tienne ! Par Dieu, je prouverai à mon père que je suis un homme, je m'en vais. »

Il sella son cheval et prit le départ pour la montagne. Deux jours plus tard, il revint à la maison triomphant. Il monta les portes et fenêtres en bois d'ébène. Au matin suivant, il sortit et annonça aux paysans qu'il avait réussi dans son entreprise ; il les chargea d'avertir son père. Ce dernier, en apprenant la nouvelle, fut très étonné. « Mon fils est brave » se dit-il.
Il déclara aux paysans :

« Demain, vous direz ceci à mon fils : puisque ta mère a abandonné le domicile conjugal et que Dieu a veillé sur vous, puisqu'elle t'a construit un château au bord de l'eau et que tu l'as doté des portes et fenêtres en bois d'ébène, il te faudra les peindre avec du lait de lionne. »

Le lendemain, quand le jeune homme apprit par les paysans que son père le soumettait à une seconde épreuve, il se mit à pleurer. Sa mère essaya de le consoler :
« Je te l'avais bien dit, ton père veut ta mort, il use de stratagèmes pour se débarrasser de toi.
Où pourrais-je trouver du lait de lionne ?

Il te sera difficile d'en avoir mon fils : les fauves te dévoreront. »

Après réflexion, le jeune homme alla trouver le vieux sage. Il lui raconta son histoire et lui demanda conseil. « C'est une difficile entreprise pour toi jeune homme. Il te sera difficile d'atteindre ton but. Néanmoins voilà ce que tu devras faire : achète une vache, égorge-la, puis coupe-la en morceaux de viande au pied d'un arbre. Cache-toi dans un coin et attends. »
Le jeune homme suivit à la lettre les conseils du vieux sage. Tapi dans un coin il attendait... Peu après, les fauves, attirés par l'odeur de la chair fraîche, s'approchèrent de l'arbre et se régalèrent. La lionne, repue, se détacha du groupe et dit à haute voix :
« Je jure par Dieu que je donnerai à l'auteur de cet acte généreux tout ce qu'il demandera, même si c'est du lait ».

A ces mots, le jeune homme sortit de sa cachette, il s'avança vers la lionne en disant :
« Justement c'est ce qui m'amène.

Hum ! Si je n'avais pas prêté serment, je t'aurais dévoré ».

Elle se tourna, présenta ses mamelles au jeune homme. Il remplit alors une outre de lait et s'en retourna chez lui content. Sa mère fut heureuse de le revoir.

Le lendemain, dès que le soleil se leva, il sortit et annonça la nouvelle aux paysans. Ces derniers en avisèrent leur maître dès leur retour des champs.

A l'annonce de la nouvelle, le père resta muet de surprise. Néanmoins, il ne désarma pas ; il avait à proposer à son fils une épreuve plus ardue. Il déclara donc à ses ouvriers :
« Demain vous direz ceci à mon fils : Puisque ta mère a abandonné son domicile, et qu'elle t'a construit un château au bord de l'eau, puisque Dieu a veillé sur vous et que tu as doté le château des portes et fenêtres en bois d'ébène, puisque tu les as peintes avec du lait de lionne, il te faudra maintenant ramener chez toi la fille de l'empereur des ogres. »

Le lendemain, quand le message lui fut transmis, le jeune homme devint anxieux. Sa mère le dissuada d'entreprendre un long voyage pour satisfaire la volonté d'un père cruel. Sourd aux supplications de sa mère, le jeune homme sella son cheval et s'éloigna de chez lui au triple galop. Il voyagea trois jours durant... Il arriva enfin dans un pays étranger et se renseigna auprès des habitants. L'un d'eux lui dit :

« Je sais où habite la fille de l'Empereur des Ogres mais je te déconseille d'y aller.
Pourquoi donc ?

La fille en question habite au septième étage d'un palais, elle est sous la garde de quatre-vingt-dix-neuf ogres. Ce sont ses frères et quiconque s'approche du palais met sa vie en danger.
Qu'à cela ne tienne, j'irai la retrouver ! »

Il acheta alors une vache, l'égorgea, puis la coupa en quatre-vingt-dix-neuf morceaux qu'il mit dans un sac, et il prit la direction du château. Il arriva à la nuit tombante. Il descendit de cheval et déposa les morceaux de viande devant la porte. Les ogres, attirés par l'odeur de la chair fraîche, sortirent du château et se régalèrent. Repus, ils déclarèrent tous en chœur :
« Nous jurons par Dieu d'épargner la personne qui nous a permis de bien manger. En outre nous lui promettons tout ce qu'elle nous demandera même si c'est notre sœur. »

À ces mots, le jeune homme sortit de sa cachette et leur dit :

« Justement, c'est pour cela que je suis venu.

Hum, si nous n'avions pas prêté serment, nous t'aurions dévoré. Notre sœur nous est aussi chère que la prunelle de nos yeux. Prends-la mais avant de partir, prends ceci. »

Ils découpèrent chacun à leur tour un morceau de leur peau et ils mirent tout cela dans un sac qu'ils tendirent au jeune homme en lui disant :
« Aussitôt que tu te sentiras en danger, tu jetteras les morceaux de peau dans le feu. »

Le jeune homme acquiesça, aida la jeune fille à monter en selle et disparut dans la nuit...

Après avoir longtemps galopé en compagnie de la fille de l'Empereur des Ogres, il arriva en vue de son château. Sa mère angoissée, l'attendait au seuil de la maison. Dès qu'elle le vit, elle se jeta dans ses bras en sanglotant. Le lendemain au lever du jour, le jeune homme annonça aux paysans qu'il avait réussis dans son entreprise et les pria d'aviser son père.

Quand ce dernier apprit la nouvelle, il entra dans une violente colère ; puisque son fils avait échappé à tous les dangers, il le tuerait lui-même : il chargea les paysans d'annoncer à son fils qu'il lui déclarait la guerre. Quand le jeune homme apprit la nouvelle, il fut consterné. À la joie de la veille, succéda la tristesse : la mère et son fils pleurèrent à chaudes larmes.

Le père regroupa tous les hommes valides des trois tribus de la région et leur distribua des armes. Ils encerclèrent le château et se préparèrent à l'attaque.

Stoïques, la mère et son fils s'en remirent à Dieu. La fille de l'Empereur des Ogres apparut alors, tenant entre ses mains le sac que lui avaient remis ses frères. Elle le jeta dans le feu et, un moment après, les ogres apparurent dans un nuage de fumée et de poussière. À la vue des ogres, les soldats prirent peur ; Le père du jeune homme était parmi eux, et pensa : « Mon fils est un homme véritable ! »

« Mère, dit le jeune homme, mon père t'a fait du mal, il faudrait qu'il soit châtié. Comment le reconnaître ?

C'est celui qui porte un burnous blanc et une calotte rouge » répondit la mère. Le jeune homme donna aux ogres l'ordre d'exterminer tous les soldats et de n'épargner que son père. Ce qui fut fait sur le champ.
Peu après, il invita son père à rentrer au château et demanda à sa mère de chauffer une grande bassine d'eau. Il lui présenta un beau costume en lui disant :

« Je veux que tu prennes un bain dans cette eau de jouvence, mais avant cela tu prononceras ces paroles : « O Dieu tout puissant, débarrasse-moi de mes rides et cheveux blancs et redonne-moi l'ardeur de mes vingt ans. »

Lorsque l'eau devint bouillante, le père plongea dans la bassine tout en prononçant la formule magique. Le miracle ne se produisit pas. Le père mourut, brûlé vif, à la satisfaction du jeune homme et de sa mère qui furent ainsi vengés...

Voilà, mon histoire a suivi le lit de l'oued

Je l'ai racontée à des fils de seigneurs

A moi, que Dieu pardonne

quant aux chacals, qu'il leur en cuise.


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Rédigé par orange8454

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Publié le 13 Septembre 2012

Dans sa longue quête d'une retraite, la Reine Tin Hinan s'était établi à In Salah. A cette époque, Ben Azzi Salah, un noble voyageur venant du Touat se fit offenser par elle :

C'est contraire aux lois de l'hospitalité lui dit-il, comment oses-tu refuser de l'eau à un voyageur en plein désert ?

Mes chameaux risquent de ne pas pouvoir se désaltérer lui répondit-elle d'une manière méprisante !

Ben Azzi pris de colère leva son bâton et le planta dans le sol. Miraculeusement l'eau se mit à couler devant la reine abasourdie par le prodige.

C'est, dit la légende, autour de cette source que la ville fut construite. (Ain sallah, la source de Sallah)

Remarque : toutes les légendes font venir l'ancêtre d'ailleurs. Il n'est jamais originaire du lieu dont il est question.

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Rédigé par orange8454

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Publié le 13 Septembre 2012

Il advint une année de famine pour les bêtes sauvage habitant le maquis. Tout ce qui avait petites oreilles dressées et pattes trottinant mourait de faim, tous ceux qui disent ; nous voulons dormir.

S’étant donné le mot, ils rassemblèrent sur une croupe buissonneuse, se mettant à l'abri de bouquet de cactus, pour n'être pas vus de ceux qui possèdent les énormes molaires, les défenses et les griffes. Il y avait là chacal et Hérisson, chacun de son côté. Ils surveillaient, se souvenant des méchancetés qu'ils s'étaient faits.

Tous ceux qui faisaient cercle étaient bien maigres, sauf Hérisson, chasseur de vermine, qui n'avait pas souffert ; il avait pris du ventre.
Chacal se sentait des démangeaisons au menton, il avait envie de manger Hérisson. Sa bouche s'humectait et laissait déborder sa salive. Il se disait :
Ô Morceau de poitrine,

le manque de force me prive de toi.

Les autres bêtes ne savaient que dire. Ils se demandaient d'ou leur viendraient les vivres. Tout à coup, le chat, fils de lion, parla ; il leur rappela le repas que le lion leur avait offert quand il avait eu la fièvre :

Quelle galopade ce jour-là ! Nous nous sommes mis en route tout tremblants ; nous craignons que le roi des animaux ne nous dévore ; c'est lui qui nous a fait manger. Il y avait de tout et du meilleur. Que de lait nous avons bu ! Que de viandes nous avons mangées ! Combien d'œufs avaient été cuits !

Et encore, Chacal, ave ses petits yeux malins, en rajoutait :
Malgré les pièges que je lui avais tendus les mangeailles qui avaient été servies. Avec des cris, ils dirent ce que chacun préférait.

Le chat venta le lait :

Jamais ne reviendra un jour pareil ; j'ai lapé tant de lait que ma bedaine en était toute gonflée.

Chacal, mangeur d'agneaux, dit :

Tu t'y connais, muet mangeur de rats ? Y a-t-il meilleur qu'un morceau de plat de côtes ? Même pour un malade, il en faut très peu.

Le serpent dit :

Plaisanteries que tout cela. Pour moi, rien ne vaut les œufs. Ce jour-là, Dieu m'a comblé ; j'en ai gobé un tas énorme. Si cela ne dépendait que de, je ne dépenserais pas mon argent pour des broutilles et ne chercherais que les œufs qu'on n'a pas besoin de mâcher.

Ils faisaient de plus de vacarmes en raison de l'appétit et la gourmandise qui les possédaient. Hérisson, qui avait l'estomac bien garni, avait la tête cassées de tous ces discours et n'y trouvait aucun sens : autant semer dans la rocaille. De sa petite voix, il dit :
Laissez-moi tranquille, imbéciles qui cherchez l'impossible. On dit : Les At-Ghorbri, quand ils rêvent de figues, ils en parlent. Dans la disette où nous sommes, une figue tombée avant maturité, nous ne trouvons pas à nous la mettre sous la dent et vous demandez des denrées hors de prix ; de la viande, des œufs, du lait. La viande est appréciée ; la bonne viande nous l'aimons tous mais elle vient de la montagne infertile. Pauvres de nous, sur qui règne la faim, puissions-nous parvenir à avoir des œufs et du lait ; eux aussi nourrissent la viande ; l'œuf, c'est la chair qui le produit et il engendre la viande emplumée. Le lait vient de la viande et fait grossir nos enfants. Pour la santé, manger un œuf, qui boit du lait mange de la viande.

Chacal, tout ce qui disait Hérisson sur la viande, il n'essayait pas de le comprendre ; il n'entendait. Il ne détournait pas ses yeux de la bedaine d'Inisi.

Celui-ci s'en rendait compte. Il voyait chacal se gratter le menton, se demandait par où il allait le prendre. Il lui dit :

Ta barbe te démange. Ben Yakoub ; puisses-tu faire bientôt un bon repas de viande ; pour toi elle ne manque pas donc d'abord un fruit, pour t'ouvrir l'appétit, supprimer tes tiraillements d'estomac.

Il prit une figue de barbarie, avec toutes ses épines et dit à Chacal :

Ouvre la bouche et ferme les yeux.

Chacal brûlait d'impatience ; il ouvrit la bouche, en fermant les yeux. Hérisson, sans barguigner lâcha la figue qui alla se coincer dans le fond du gosier. Chacal, la gorge pleine d'épines ne pouvait plus respirer : la figue était si bien bloquée dans son gosier qu'il ne pouvait ni parler ni crier.

Toutes les bêtes présentes défaillaient de rire. Le crapaud avait un ventre si gonflé qu'il risque d'en éclater. La cigale crissait à en perdre le souffle. Hérisson, déclara :
De ce peu d'épines d'une figue de Barbarie, tu ne peux venir à bout ; que serait-ce de moi ? Au revoir ; fasse Dieu que ne tu ne puisses ni l'avaler ni la rejeter.

Il battit le sol de ses petites pattes et, en trottinant, il s'en alla.



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Rédigé par orange8454

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Publié le 13 Septembre 2012

Ce conte met en scène la terrible ogresse Tériel. Ce personnage monstrueux figure dans un grand nombre de contes kabyles. Ici elle vient tisser bénévolement des couvertures chez une pauvre veuve, mais, on se doute, la suite est funeste... Maléfices, épreuves et résolution des maléfices se succèdent.

Autrefois, dans une vieille maison en pierre, vivait une pauvre veuve, mère de sept enfants. La malheureuse se retrouva sans aucune ressource financière, lorsque son époux décéda d'une longue et terrible maladie. Elle dut affronter seule les difficultés de l'existence. Pour nourrir ses enfants, elle acceptait tous les travaux qu'on lui proposait et s'acquittait de ses tâches correctement afin de récolter quelque argent... Ses fils se chargeaient de l'aider à l'extérieur, tandis que ses filles s'occupaient du foyer. La vie était bien pénible pour cette famille nombreuse.

Quand l'hiver approchait, la veuve avait peur que ses enfants ne meurent de froid. Alors, à l'aide de bouts de laine recueillis ici et là, elle se mettait à tisser, tard dans la nuit, une large couverture de laine.

Par une nuit plus fraîche que de coutume, le vent soufflait à grandes rafales alors que la pauvre femme s'usait les yeux à tisser jusqu'à une heure avancée de la nuit. Ses enfants dormaient profondément, les uns accrochés aux autres, comme s'ils avaient peur de se séparer.

Brusquement, la fragile porte d'entrée claqua. Apparut alors une énorme silhouette, si effrayante que la veuve recula jusqu'au mur. Horrible et repoussante, Tériel l'ogresse se tint sur le pas de la porte, fixant de son regard perçant la pauvre femme toute tremblante. Le monstre avança vers le métier à tisser et rassura la femme terrorisée : « Ne crains rien ! Laisse-moi t'aider ! » Stupéfaite et effarée, la veuve ne put prononcer un seul mot.

Avec un acharnement démentiel, l'ogresse se mit à tisser. La peur au ventre, la veuve pensa qu'une fois la couverture achevée le monstre la dévorerait, elle et ses malheureux enfants. Mais le monstre n'en fit rien. Au contraire, dès qu'il eut fini de tisser une couverture, il en entama une autre et ceci jusqu'à l'aube. A ce moment-là, le monstre s'arrêta et sortit en lançant à la femme : « Voilà tes enfants à l'abri du grand froid ! Rassure-toi, l'hiver prochain, je reviendrai te tisser d'autres couvertures ! »

Il en fut ainsi durant sept ans. Au début de chaque saison hivernale, l'ogresse faisait irruption chez la veuve et lui tissait sept couvertures de laine.

Au bout de la septième année, alors que l'aîné des enfants avait atteint dix-sept ans, Tériel réapparut un soir d'hiver, comme de coutume. Elle annonça à la veuve : « Voilà sept ans que je t'aide à protéger ta progéniture des morsures du froid. Aujourd'hui je suis revenue te demander de m'offrir ton fils aîné afin de t'acquitter de ta dette. Pour me témoigner ta gratitude, tu me le donneras, il me sera très utile. »

La veuve saisit enfin la fausse générosité qui avait motivé l'ogresse durant toutes ces longues années. Elle se souvint, qu'enfant, sa grand-mère lui contait d'innombrables histoires sur cet horrible monstre qui habitait on ne sait où, qui guettait des proies en difficulté et dévorait ses victimes toutes crues. Elle lui disait toujours que Tériel ne se montrait que pour annoncer un malheur. La pauvre femme réfléchit un peu et pensa que, si elle refusait à l'ogresse ce qu'elle exigeait d'elle, celle-ci se fâcherait et serait capable d'avaler toute la famille. Elle se résolut alors à sacrifier son fils aîné, qui était pourtant son préféré. Elle alla le voir et lui dit à voix basse : « Mon fils, toi la première perle de mon collier de vie, tu dois accompagner l'ogresse chez elle ! Je pense qu'elle projette de te dévorer, mais il existe un moyen pour la contrarier et la faire tomber dans l'interdit, expliqua la mère. Dès qu'elle s'apprêtera à t'emmener avec elle, empresse-toi de lui téter le sein, tu deviendras ainsi son fils et même une ogresse ne peut dévorer son enfant » Il suivit les recommandations de la veuve. Surprise et dépassé par l'événement, l'ogresse se mit en colère. Et s'adressa à lui : « Petit misérable ! Tu m'as eue ! Mais je te prendrai malgré tout avec moi. »

L'ogresse plongea le jeune homme dans son sac, le mis sur son dos et quitta la veuve bouleversée et déchirée par le départ de son fils aîné.

Le monstre marcha durant de longs jours sans s'arrêter. Le jeune homme, prisonnier au fond du sac, ne vit aucune lumière et ignora tout du voyage. Il arrivait à peine à respirer. De temps à autre, le monstre lui glissait un morceau de galette. Il avait soif, mais il résista du mieux qu'il le put.

Au terme d'un mois de voyage, Tériel l'ogresse, arriva enfin chez elle, dans un pays souterrain et obscur, où l'on n'entendait que les cris des hiboux, des chacals,

des ogres et autres animaux de mauvais augure. Des cris effrayants qui retentissaient comme des tonnerres stridents. L'ogresse poussa la porte de son infâme antre et jeta sur le sol le sac qui contenait le jeune homme. Celui-ci roula par terre, ouvrant les yeux sur le lieu sinistre où habitait le monstre. L'ogresse saisit violemment le jeune homme et l'enferma dans une cage.

Tous les matins, le monstre allait chasser et ne rentrait qu'à la tombée de la nuit, traînant derrière lui de multiples victimes parmi lesquelles se trouvaient quelquefois de petits enfants. Dès son arrivée, elle faisait du feu pour se réchauffer puis engloutissait d'énormes quantités de viande, sans même les cuire. A la fin de ses copieux et funestes repas, elle lançait vers la cage quelques restes pour nourrir le jeune homme encore prisonnier, tout en l'insultant et maudissant le jour où il était devenu son fils. « Ah ! Si seulement tu n'avais pas bu de mon lait ! J'aurais fait de toi un agréable dessert ! Aimait-elle à répéter. »

Des jours et des mois passèrent et le jeune homme survécut grâce à son endurance et à sa ruse. L'ogresse faillit le dévorer à plusieurs reprises, mais il sut à chaque fois lui rappeler que nulle mère, pas même une ogresse, ne pouvait dévorer son fils. Celle-ci se voyait alors contrainte d'y renoncer. Le jeune homme savait éviter les colères de la monstrueuse créature.

Un jour que l'ogresse était sortie, comme à son habitude pour chasser, une magnifique perdrix apparut dans la cours du taudis et se mit à picorer quelques petits grains de-ci de-là. Le jeune homme vit le bel oiseau et songea : « Si seulement cette perdrix pouvait deviner mon malheur et me venir en aide ! » Il crut rêver, mais non, la perdrix lui répondit d'une petite voix mélodieuse : « Comment pourrais-je t'aider, brave jeune homme ? » Abasourdi et émerveillé, le jeune homme demanda : « Comment se peut-il qu'une perdrix sache parler ?

Ne te fie pas à mon apparence ! répondit le gentil oiseau. En réalité, je suis la princesse Clair-de-Lune. Mon père règne sur le Pays des Sept Rivières. C'est ma marâtre qui m'a transformée en perdrix, car mon père a eu le malheur de faire l'éloge de ma beauté devant elle. Pour se débarrasser de moi, elle m'a condamnée à l'apparence que tu vois là.

Mais c'est incroyable ! S’étonna le jeune homme.

Oh, oui ! Voilà sept ans que j'arpente les forêts, je traverse contrée après contrée, goûtant à la vie libre et douce des perdrix. » Les yeux ébahis, le jeune homme écouta le récit surprenant de l'oiseau puis demanda : « Si tout ce que tu dis est vrai, peux-tu m'aider à enlever les grilles qui m'emprisonnent ? » Sans hésiter, la perdrix répondit : « Je le peux sûrement. Tiens ce bâton ! Ce soir, quand l'ogresse se jettera sur son repas avec son empressement coutumier, elle ne te verra pas le glisser dans le feu. Enfonce alors le bâton enflammé dans la tête du monstre, car c'est là que réside son âme. Il sera tué sur le coup. Quant à tes grilles, je n'ai pas la force de les ouvrir, hélas !

C'est déjà bien généreux de ta part de m'avoir donné cette idée. Le reste, je m'en charge ! » Interrompit le jeune homme, stimulé à l'idée de pouvoir enfin se libérer du joug infernal du monstre.

Vint la nuit. L'ogresse rentra, tenant dans ses bras poilus la carcasse d'un âne et le cadavre d'un tigre. Fidèle à son habitude, elle alluma le feu pour se réchauffer et s'installa pour dévorer goulûment sa prise. Le jeune homme profita de l'inattention du monstre pour enflammer le bâton que lui avait donné la perdrix et brusquement, de sa cage, il le lança en direction de la tête de l'ogresse qui mourut sur le coup.
Cependant, le jeune homme ne put s'échapper, car les clés étaient accrochées au cou de Tériel, et le cadavre de l'horrible monstre était tombé hors de sa portée. Il ne lui restait alors qu'un seul espoir : celui de voir la perdrix réapparaître et l'aider à sortir.

Il attendit le charmant oiseau un jour, puis deux, puis trois, mais il ne réapparut qu'au bout d'une semaine. Le jeune homme, épuisé par la faim et la soif, commençait à désespérer quand, enfin, l'oiseau surgit dans la cour. Dès qu'il le vit, le jeune homme reprit courage et le supplia : « Généreuse perdrix, pourrais-tu me rendre un immense service : j'ai besoin d'ouvrir cette cage et les clés sont pendues au cou de l'ogresse. Veux-tu essayer de les décrocher pour moi ?

Bien sûr ! répondit l'oiseau, qui s'exécuta sur le champ. » Le jeune homme put enfin se libérer. Il se jeta sur la nourriture et l'eau, sautillant de joie en respirant l'air agréable de la liberté. Puis, il prit la perdrix entre ses mains et la remercia chaleureusement : « Je te dois la vie, noble petit oiseau ! Le ciel t'a envoyé à moi et tu as eu pitié de ma misérable condition. Je ne saurais jamais te montrer toute ma gratitude.

Ce n'est rien voyons ! remarqua l'oiseau, tu aurais agi de la sorte si tu avais été à ma place » Le jeune homme observa l'oiseau et se sentit soudain très proche de lui, comme s'il l'avait toujours connu, comme s'il avait grandi avec lui. Il lui demanda : « Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour toi ?

Hélas ! Tu ne peux rien pour moi, répondit l'oiseau d'une voix morne et languissante. Quatre-vingt-dix-neuf nobles princes et vaillants chevaliers ont essayé de briser le maléfice qui m'accable mais tous ont péri. Je me suis résignée à accepter mon sort et j'ai appris à me contenter de ma vie de perdrix. » Compatissant et. Très ému par ces révélations, le jeune homme eut grande envie de tenter l'impossible pour lui venir en aide, quitte, pour cela, à risquer sa vie. Jusqu'à présent, il n'avait douté ni du courage qui pouvait l'animer, ni du goût de l'aventure qui, pour la première fois, faisait battre son cœur.

Transporté par une vive émotion, il annonça à la perdrix : « Quoi qu'il puisse m'advenir, je veux tenter de briser ton maléfice ! » Naturellement, l'oiseau fut touché par le sentiment spontané et noble du jeune homme. Devant son enthousiasme, il ne put s'empêcher de lui expliquer ce à quoi il devait s'attendre. « Mon pays est parcouru par sept fleuves et dans chaque fleuve dort une gigantesque pieuvre. En m'infligeant ce sortilège, ma belle-mère a exigé de chacun de mes prétendants qu'il lui ramène les têtes des sept pieuvres qu'il aurait sectionnées de son propre sabre. Sache, mon tendre ami, ajouta la perdrix, que jusqu'à présent personne n'a été en mesure de réaliser le vœu de ma méchante belle-mère, car les pieuvres sont colossales et leur ruse est invincible !

Peu importe ! s'exclama le jeune homme, j'essayerai tout de même !

Et bien, encouragea l'oiseau, mon cœur est tout à toi et mon bonheur serait de te voir vaincre tous les obstacles. J'attendrais dans cette forêt et j'espérerai ton retour, priant le Ciel de guider tes pas et de te venir en aide dans ta généreuse mission ! »
L'oiseau s'envola et le jeune homme se mit à cheminer en direction de l'horizon. Il marcha ainsi durant des jours. Il apprit notamment à pêcher, chasser ; escalader des montagnes et affronter des eaux déferlantes. Après trois mois d'efforts, il atteignit une vieille maisonnette toute en bois qui semblait déserte et triste. Le jeune homme décida d'aller voir de près l'humble logis, espérant. Pouvoir s'y reposer de son long et éprouvant périple.

Il frappa donc trois coups à la porte. Il entendit une petite voix frêle, presque agonisante, demander : « Ô toi, le passant pressé ! Que veux-tu d'un vieillard que les affres de la vie ont épuisé ? » D'un ton poli et obligeant, le jeune expliqua : « Que la paix soit sur toi, vieil homme ! Peux-tu m'offrir l'asile juste pour un soir ? Je viens de loin et je suis fatigué. Je souhaiterais me reposer une nuit dans la chaleur de ton foyer. » De sa petite voix, le vieillard répondit : « Soit ! Pousse la porte et entre ! » Doucement, le jeune homme ouvrit la porte et découvrit un vieil homme tout ridé, étendu sur une couche sale et pitoyable. Visiblement, l'homme âgé n'était même pas capable d'allumer le feu de sa cheminée. Il grelottait de froid et avait l'air affaibli par la soif et la faim. Autour de lui, l'ameublement rudimentaire était poussiéreux et nauséabond. Le jeune homme eut pitié de lui. Il ressortit pour ramasser quelques branches afin de faire du feu. Puis il s'occupa de nettoyer le lit du vieillard. Il lava délicatement le pauvre homme et pansa ses blessures. Il se mit ensuite à préparer une soupe avec quelques légumes et herbes trouvées dans la prairie qui entourait la maisonnette. Il aida le vieillard à se nourrir et se servit également.

Le visage blême et flétri du vieil homme reprit vie et son regard terne s'éveilla. Il remercia chaleureusement son invité et lui fit une surprenante confidence : « On m'appelle Amghar Azemni. Je suis né il y a si longtemps que je ne saurais te dire quand exactement. Je suis condamné à vivre vieux éternellement. Hélas, il y a quelques jours, un serpent m'a mordu et son venin m'a immobilisé sur mon lit. Le poison ne me fera pas mourir, mais il infecte mon corps. » Le jeune homme se proposa d'aspirer le poison de la blessure. Le vieil homme lui désigna la cheville que le serpent avait mordue. Une fois le poison totalement aspiré, l'homme se sentit soulagé et remercia le Seigneur de lui avoir envoyé un invité si généreux et si délicat. « Mon garçon, je ne sais comment te remercier. Tu m'as été d'un grand secours. Que les portes du Ciel te soient toujours ouvertes ! Et que tes désirs se réalisent ! » Le jeune homme questionna son hôte : « On dit de toi que tu sais tout sur tout. Arrives-tu à deviner ce qui me fait voyager depuis des semaines, ô sage homme ? Oh ! Je sais déjà que l'amour fait battre ton cœur et qu'il t'a jeté sur les chemins imprévisibles de l'aventure ! » Le jeune homme livra alors à son ami toute son histoire. Il n'omit aucun détail. Son auditeur resta silencieux ; il hochait de temps à autre la tête. Quand il eut fini son récit, le jeune homme demanda au vieux sage : « J'ai besoin de savoir où se situe le Pays aux Sept Fleuves pour tuer les sept pieuvres qui les habitent. Si je parviens à ramener les têtes tranchées des pieuvres le maléfice se brisera et la perdrix redeviendra princesse comme avant.

Mon brave garçon, tout seul tu ne peux te mesurer aux sept pieuvres géantes. Mais, comme tu possèdes un cœur généreux et intrépide, je vais t'aider à réaliser ton vœu. Dans le coffre que tu trouveras sous mon lit, il y a un sabre qui date de mille ans. D'innombrables et vaillants héros me l'ont emprunté pour vaincre de redoutables ennemis. Ce sabre, expliqua le sage, a le pouvoir de trancher les têtes de tous les monstres possibles et imaginables vivant sur la terre ou sous la mer. Je veux bien te le prêter à condition que tu me le rapportes, lorsque tu te seras acquitté de ta mission héroïque !

Sans faute ! s'exclama le jeune homme, fou de joie à l'idée de pouvoir se battre et libérer sa bien-aimée, qui hantait déjà toutes ses pensées. » Il prit le sabre magique, complimenta son bienfaiteur et s'en alla, fièrement, défier son destin.

Le cœur empli d'ambition et d'enthousiasme, Ie jeune homme traversa plusieurs provinces et forêts. Il emprunta des chemins inconnus et rencontra de bien étranges et curieux personnages. Il apprivoisa les uns et se méfia des autres. Il suivit les indications du vieux sage et supporta fort bien le voyage qui dura, d'ailleurs, des semaines entières.

Quand enfin se dessina à l'horizon la frontière du pays recherché, le jeune homme découvrit une montagne si haute qu'elle se perdait dans le ciel. A ses pieds, prenaient naissance les sept fleuves maudits où sommeillaient les sept monstrueuses pieuvres. Il sentit son cœur battre fortement. Il rassembla son courage et s'attaqua promptement à sa tâche. Il suivit le premier fleuve jusqu'à sa source, puis provoqua la pieuvre en lui jetant le corps d'un bœuf comme appât. Celle-ci sortit des eaux, se prépara à avaler le jeune homme. Brutalement, celui-ci trancha sa tête, grâce au sabre magique. Il fit de même avec les six autres pieuvres. D'un pas alerte et fier de son exploit, le jeune homme n'hésita pas à se rendre au palais pour demander audience à la reine, traînant derrière lui les énormes têtes des pieuvres.
Extrêmement contrariée par l'arrivée triomphale du jeune homme, la méchante reine refusa d'admettre sa victoire. Elle le reçut. Alors froidement ; sèchement, elle décréta qu'il s'agissait d'un démon. Elle ordonna aux gardes de le brûler vif pour conjurer le mauvais sort. Le jeune homme se défendit. Il s'adressa au roi, enfermé dans un mutisme troublant. Il lui dit : « Ô noble roi ! Je ne suis qu'un humble voyageur. Je souhaite m'acquitter d'une grande dette envers ta fille, la princesse Clair-de-Lune. Elle m'a sauvé de la mort et je sais qu'elle a besoin de toi. Ta femme l'a injustement condamnée à prendre l'apparence d'une perdrix, et tu ne peux deviner ce que j'ai dû endurer pour parvenir jusqu'ici. Je t'en prie sire ! Fais quelque chose pour ta fille, cet être si fragile et si généreux, qui n'est autre que ta chair et ton sang ! » Le roi eut les larmes aux yeux. Il se leva et ordonna à son épouse de rompre le mauvais sort qui affligeait la vie de sa fille, puis de quitter le palais immédiatement. D'une voix amère et déchirée, il s'emporta : « Vieille sorcière ! Tu as réussi à me séparer de ma fille et à me la faire oublier. Qu'a-t-elle donc fait pour mériter ta sentence ? Ne t'avait-elle pas aimée comme elle aimait sa propre mère si seulement le destin ne nous avait pas privés d'elle si tôt ? Va ! Hors de ce royaume ! Que le Seigneur te maudisse jusqu'à la fin de tes jours ! »

Le monarque remercia le jeune homme pour sa bravoure et sa courtoisie. Il le pria de lui raconter ce qu'il avait vu et entendu à propos de la princesse. Le jeune homme s'exécuta et lui demanda de le suivre dans la forêt de l'ogresse, où la perdrix l'attendait impatiemment. Le souverain fit préparer une impressionnante escorte ; il prit des vivres et des coffres emplis de louis d'or, puis s'empressa de rejoindre sa fille. Le vide qu'avait laissé la princesse dans le cœur des deux hommes leur fit oublier la lenteur et la difficulté du voyage. Ils se promirent tous deux de ne s'arrêter qu'une fois qu'une fois à destination.

Ce fut un bonheur immense de les voir au chevet d'une jeune fille rayonnante de beauté et de grâce, qui dormait sereinement sous un olivier. La princesse se réveilla, se jeta dans les bras de son père puis embrassa son héros, le remerciant. De tout son cœur : « Je te serai éternellement reconnaissante », lui murmura-t-elle. Charmé par l'éclat de sa beauté, le jeune homme osa s'adresser au roi : « Je sais que mon rang ne me permet pas de prétendre à une alliance avec toi, ô noble roi ! Mais je serais infiniment heureux et honoré de te demander la main de la princesse. » Le souverain regarda le jeune homme tendrement et lui répondit : « Mon brave garçon ! Ce qui fait la noblesse d'un homme, c'est d'abord sa vertu ! Je crois que tu m'as apporté la preuve de ta hardiesse et de ta pureté. Ma fille sera en sécurité avec toi. Alors, je t'offre sa main avec une immense joie. »

La princesse Clair-de-Lune adressa à son bien-aimé un sourire consentant et complice, puis prit le chemin du retour, impatiente de retrouver les lieux magiques de son enfance.

De retour au palais, le roi annonça allègrement les épousailles de sa fille avec l'héroïque jeune homme.

Quelques jours plus tard, on célébra fastueusement les noces des jeunes amoureux et celles de cent autres jeunes gens issus de familles pauvres du royaume. Le roi souhaita ardemment que le Ciel bénisse le mariage de sa fille, et il fit preuve pour cela d'une grande générosité envers ses sujets Une ambiance de réjouissante de liesse régna au palais durant des jours et des jours. On en profita pour savourer avec délectation le goût de la paix et du bonheur.

Quelques mois s'écoulèrent. Le jeune homme appréciait pleinement la vie princière et son épouse, la princesse Clair-de-Lune, prit soin de son couple. Elle lui offrit toutes les conditions d'une vie épanouie et heureuse.

Un jour, elle surprit le sabre magique que son époux avait rangé dans son coffre. Elle le contempla et apprécia la finesse de sa décoration. Dès que son mari la rejoignit, elle l'interrogea : « D'où te vient ce magnifique sabre ? » Voilà que le jeune homme se rappela la promesse faite au vieux sage, le propriétaire du sabre magique. Il répondit à sa femme : « Heureusement que tu m'as parlé de lui, sinon je l'aurais complètement oublié. Ce sabre est la clé de notre salut, ma chérie. Il faut que je le rende à celui qui me l'a prêté. »

Dès le lendemain, le prince sella son cheval, prit quelques provisions et se dirigea vers la maisonnette du vieux sage. Quand celui-ci le vit arriver, il le prit dans ses bras et lui confia : « J'étais sûr que tu reviendrais, mon enfant ! Tu es un homme de qualité, ce sabre t'appartient, je te l'offre. Quelque chose, cependant, attriste mon cœur.

Qu'y a-t-il donc, père ?

II y a dans ce bas monde une mère qui pleure ton absence depuis des années. Elle te croit mort et s'en veut de n'avoir pu te sauver. Je l'entends se plaindre à tous les saints à l'approche de chaque hiver. N'est-il pas temps d'aller la consoler ? » Le jeune homme se souvint tout à coup du regard déchiré que lui avait lancé sa mère la nuit où l'ogresse l'avait arraché à elle. Il regretta profondément de l'avoir oubliée. Le vieux sage le consola : « Ce n'est rien mon brave garçon ! L'oubli est de nature humaine, va la rejoindre ! Elle sera certainement heureuse de te revoir. »

Le jeune homme retrouva le chemin de son pays natal et offrit à sa malheureuse mère le plus beau cadeau que l'on puisse offrir à une mère au premier jour du printemps. En effet, quand elle vit s'avancer vers elle un jeune homme élégant et distingué, elle lut dans son regard ces liens sacrés qui finissent. Toujours par réunir une mère et son enfant. Les retrouvailles furent empreintes d'une émouvante ferveur.

Le jeune homme raconta à sa mère. Tout ce qui lui était arrivé et la pria de l'accompagner au royaume de son épouse. La femme, d'une voix mélancolique, lui dit : « Le propre d'une mère est d'élever ses enfants pour les voir partir un jour. C'est la vie. Retourne à ton foyer et prend soin de ton épouse. Reviens me voir dès que je te manquerai, et fais-moi le bonheur d'amener un jour ta descendance. Je suis déjà comblée de te savoir vivant et heureux. Il est vrai que l'on dit toujours que se sont. Les épreuves qui cisèlent et forgent l'esprit d'un homme et toi, mon garçon, tu as su affronter ton destin dignement. Je suis très fière de toi. »

Le jeune homme demeura encore quelques jours auprès de sa mère, de ses frères et sœurs et savoura avec délices les doux moments partagés avec sa famille. Puis il s'en retourna auprès de sa dulcinée à qui il fit le récit de son odyssée.

La princesse Clair-de-Lune et son époux vécurent heureux. Ils firent la joie de leurs parents quand ils leur annoncèrent la naissance de leur premier enfant, qu'ils prénommèrent bourgeon-de-Printemps.


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Rédigé par orange8454

Publié dans #homme, #jeune, #jour, #ogresse, #perdrix

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Publié le 13 Septembre 2012

C'est l'histoire de la fille du sultan et n'est sultan que Dieu le tout puissant.

Son père ne voulait pas la marier. Il voulait la garder auprès de lui. C'est ainsi qu'il pensa à un stratagème pour ne point accorder sa main. Le jour où un prétendant se présenta à lui, il lui dit : « Si tu veux que je te donne ma fille, il faut que tu m'apportes la pomme de Alia, la fille de Mansour, qui vit au- delà des sept bhours ». Le prétendant alla voir le debbar afin qu'il lui trouve une solution. Après un moment de réflexion, ce dernier lui dit :

« Ecoute-moi… Je te promets et je te le jure… Tu rapporteras la pomme de Alia la fille de Mansour, mais à condition que tu me donnes quelque chose à toi en échange ».

« Mais je te donnerai tout ce que tu voudras, trouve-moi seulement la solution » répondit le pauvre homme d'une voix implorante.

« Alors donne-moi une de tes oreilles et je te dirai ce qu'il faudra que tu fasses ».

Le prétendant accepta et donna son oreille au debbar qui lui dit :

« Va trouver sept beaux morceaux de viande et ensuite va voir l'aigle qui niche à tel endroit. Dis-lui de t'emmener au delà des sept mers et qu'en échange tu le nourriras durant tout le voyage, dis-lui bien que c'est pour rapporter la pomme de Alia la fille de Mansour, il acceptera. » Le prétendant courut vers l'aigle avec les sept morceaux de viande. Le marché fut conclu, l'aigle l'emmena et il revint très vite avec la pomme de Alia, la fille de Mansour qui vit au - delà des sept bhours. Il accourut chez le sultan, heureux, lorsque celui-ci lui dit :

"Ecoute mon fils. Il y a un autre prétendant à qui j'ai demandé l'impossible… Mais il faut quand même attendre… On ne sait jamais. " Au deuxième prétendant, il fut demandé de rapporter une stère de bois sur le dos du lion. Comme le premier, il alla demander au debbar de l'aider à réaliser cet exploit. Et comme le premier, le debbar lui demanda une oreille en échange de ses conseils. Il la lui donna et l'autre lui dit :

"Choisis le plus beau des moutons. Egorge-le, dépèce-le, et place-le devant la tanière du lion. Fais ceci durant sept jours et ensuite tu verras". Ce deuxième prétendant suivit à la lettre les paroles du debbar. Le septième jour, il entendit le berrah crier :

" Ô hommes ! Le roi de la forêt vous dit que celui qui l'honore chaque matin de ce festin si somptueux se fasse connaître ! Tous ses désirs seront exaucés." Le prétendant alla se présenter au lion et lui dit :

" Ô Roi de la forêt. Je veux épouser la fille sultan et celui-ci me demande l'impossible."

"Que veut-il ? Dis-le moi", lui répondit le lion.

"Pardonne-moi" Ô lion, mais il voudrait que je rapporte une stère de bois sur ton dos".
- "Hem ! dit le lion. J'ai promis que j'exaucerai les désirs de celui qui m'a bien si bien nourri pendant sept jours. Je n'ai qu'une parole, alors allons-y !".


Et il alla avec lui jusqu'au sultan, un stère de bois sur son dos… Mais le sultan lui apprit qu'il y avait un autre prétendant à qui il avait demandé l'impossible et qu'il fallait attendre. A ce troisième, il fut demandé de rapporter le lait de la lionne dans une outre faite avec la peau de son lionceau. Comme le premier et le deuxième prétendant, il courut vers le debbar et lui dit :

Ô ! Debbar, aide-moi, je te donnerai une oreille et même deux."

"Une seule suffira, lui répondit-il. Pendant sept jours, tu offriras un festin à la lionne qui est à tel endroit … Elle vient de mettre bas… Au septième jour, elle acceptera de te donner du lait, elle en aura plus qu'assez pour ses petits. Lorsqu'elle sera repue et qu'elle s'endormira profondément, tu iras lui dérober un des siens. Emmène-le chez toi, égorge-le, et travaille sa peau pour en faire une outre. Tu y mettras le lait." Ce troisième prétendant fit exactement ce que lui conseilla le debbar et sept jours plus tard il accourut chez le sultan tenant l'outre pleine de lait. Le sultan discutait avec un quatrième prétendant… Pendant ce temps, le debbar montait sur son âne, à l'envers, se promenant en ville et chantant :

"Han ! Han ! Han ! Han ! Je fais partie de la famille du sultan !" Le sultan ayant écho de ces dires, ordonna qu'on ramena ce fou jusqu'à lui, sur-le-champ, afin qu'il mette fin à sa vie. On le lui ramena… Tous les prétendants étaient là... Alors, le sultan s'adressant au debbar, lui dit :

"Toi qui prétends faire partie de ma famille, sais-tu que tu vas mourir aujourd'hui. Regarde ces hommes ! Ils ont tous accompli l'impossible et je n'ai accordé la main de ma fille à aucun d'eux. Et toi !… Toi qui ne t'es même pas présenté à moi, tu prétends faire partie de ma famille ! As-tu quelque chose à dire avant de mourir ?" C'est alors que le debbar lui répondit :

" Ô sultan ! Si ce n'était moi, jamais celui-là n'aurait rapporté la pomme d’Alia, la fille de Mansour qui vit au-delà des sept bhours. Et celui-ci, c'est moi qui lui ai expliqué ce qu'il fallait faire pour rapporter un stère de bois sur le dos roi de la forêt. Et cet autre-là, c'est encore moi qui lui ai montré ce qu'il fallait faire pour apporter le lait de la lionne dans une outre faite avec la peau de son lionceau !"

Les autres s'écrièrent :

" C'est faux… Ce n'est pas vrai… C'est un menteur et un vantard… Il faut le punir sur-le-champ ! »

« J'ai la preuve de ce que je viens de dire, dit le debbar. Ô mon sultan ! Si vous le voulez bien, vérifiez s'il ne manque rien à ces hommes. »

Le sultan s'empressa de le faire et découvrit qu'effectivement il manquait une oreille à chacun d'eux. Le debbar sortit les trois oreilles d'une petite boite expliquant qu'il en avait demandé une à chacun, en échange de ses conseils avisés pour accomplir chacun des exploits. Et il ajouta : - "Ne suis-je pas le plus méritant ? J'ai prouvé que je pouvais accomplir tous les exploits possibles sans même risquer ma vie. Je pourrais donc m'occuper de votre fille, exaucer tous ses désirs, et les vôtres aussi, toute votre vie durant. N'est-ce-pas suffisant pour que vous m'accordiez sa main ? Ô mon sultan !" Le sultan accepta et maria enfin sa fille en se disant qu'il ne trouverait jamais un homme aussi rusé et aussi intelligent que celui-ci.



 

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Rédigé par orange8454

Publié dans #debbar, #fille, #pretendant, #sept, #sultan

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