Les amis du hodja ne savaient qu’inventer pour l’obliger à leur offrir un bon dîner. Enfin ils font un
pari.
- Tu passeras la nuit dehors sans te chauffer par aucun moyen, disent-ils. Si tu es capable de résister, nous
t’offrirons un excellent repas. Mais si tu recules et si tu rentres à la maison, c’est toi qui devras nous inviter.
Marché conclu. Aussitôt le jour tombé notre homme s’installe dehors. Il fait bien un peu frisquet en cette nuit de
printemps mais l’appât des choses délicieuses qui l’attendent le fait tenir jusqu’au matin. Dès que l’aube commence à poindre il rentre à la maison, tout grelottant mais fier de
lui.
- J’ai gagné, dit-il, et l’eau lui vient déjà à la bouche. Mais les copains accourent.
- Eh ! Hodja ! tua s perdu ton pari, disent-ils.
- Comment cela, j’ai perdu ? Je suis resté jusqu’au matin.
- Certes, mais tu n’as pas tenu parole. Tu t’es chauffé. Le ciel était couvert d’étoiles qui te réchauffaient de
tous leurs rayons.
- Les étoiles ?
- Bien sûr, les étoiles. Nous viendrons ce soir à la nuit, ne nous fais pas attendre. Commence de bonne heure à
faire rôtir l’agneau.
Il n’y a pas d’échappatoire. Notre hodja se résigne. Au soir les voisins arrivent et l’on s’assied en causant un
peu. Mais chacun pense, à l’agneau qui doit être entrain de rôtir. A la fin, comme rien n’arrive les visiteurs ;, que la faim tenaille, le font sentir discrètement.
- Etes-vous donc si pressés ? Attendez quelques minutes que l’agneau rôtisse, dit le maître de
maison.
Mais la conversation languit. Les ventres affamés obscurcissent l’esprit des causeurs. Enfin la révolte
éclate :
- Quand ce dîner va-t-il arriver ? La semaine des quatre jeudis ?
- Calmez-vous, compères, dit le hodja. L’agneau rôtit
- Il rôtit. Nous voudrions bien en être sûrs et le voir de nos yeux. Les paroles ne suffisent plus.
- Eh ! s’il vous plait, passez donc à la cuisine.
LA foule fait irruption dans la cuisine. L’agneau est à la broche. Mais sous l’agneau brûle une simple
chandelle.
- Eh : hodja ! qu’est-ce que cela ?
- Cela, mais c’est l’agneau.
- Et c’est avec cette chandelle que tu le fais rôtir ? C’est une plaisanterie !
Alors le hodja éclate :
- Dans un pays où l’on se chauffe aux étoiles, une chandelle suffit bien à cuire un rôti à point.