Publié le 13 Septembre 2012

Il y avait dans un pays deux frères : l'un était riche et l'autre n'avait pas devant lui le repas d'un soir. Un jour, les hommes sages allèrent trouver le riche et lui demandèrent : "Pourquoi n'aides-tu pas ton frère ? Il n'a rien alors que tu possèdes de grandes richesses."Le temps passa et vint l'Aïd. Le riche dit à sa servante :

 

"Voilà un mouton, un sac de semoule et un pot de beurre. Va les porter à la tombe oubliée."

 

La servante mit la semoule et le beurre sur l'âne, s'installa sur le bât après avoir passé une corde au cou du mouton. Elle se mit en route en se demandant comment elle reconnaîtrait la tombe oubliée.

 

Elle se rendit dans un cimetière, avisa une tombe délabrée, y attacha le mouton, y déposa le sac et le pot et revint à la maison de son maître. Celui-ci lui demanda :

 

"As-tu fait la commission dont je t'avais chargée ?

 

Oui, Sidi." Le temps passa. Les gens du village allèrent voir le pauvre et le questionnèrent :

 

"Ton frère a-t-il été généreux avec toi ?

 

Non", répondit-il. Ils retournèrent auprès du riche et lui reprochèrent son avarice. Il s'étonna :

 

"Mais, je lui ai envoyé des vivres pour l'Aïd. Ce doit être un coup de la servante. Appelle-moi cette fille de chien." Vint la servante :

 

"Où as-tu mis les provisions que je t'avais confiées ?

 

Tu m'as ordonné de les porter à la tombe oubliée. Je les ai déposées sur la tombe la plus désolée du cimetière." Le pauvre avait tout entendu. Il se leva et fit ce serment :

 

"Par Dieu, le pays où j'ai été surnommé la tombe oubliée, je n'y resterai plus. J'y reviendrai quand la fortune m'aura souri." Il se rendit chez lui et dit à sa femme :

 

"Prépare-moi quelque chose pour la route. Demain, je partirai. Si j'arrive à survivre, c'est tant mieux ; si je meurs, tel aura été mon destin.

 

Il se leva tôt le matin et se mit en route. Il marchait depuis longtemps et le soleil commençait à décliner vers le couchant, lorsqu'il aperçut une fumée devant lui.

 

Je vais me rendre dans cette maison là-bas. Si elle est habitée par des ogres, je serai dévoré. Si ce sont des humains qui s'y trouvent, j'aurai à manger et un abri pour la nuit.

 

Lorsqu'il fut près de la demeure, il croisa un corbeau qui lui demanda où il allait. Le pauvre désigna de la main la maison.

 

Malheureux, c'est là habitent quarante ogres. Mais je vais t'indiquer comment te tirer d'affaire. Pour pénétrer à l'intérieur de la maison, tu n'auras qu'à dire : "Porte, ouvre-toi par la grâce de Dieu." Lorsque tu sortiras, tu prononceras l'autre formule : "Porte, ferme-toi par la grâce de Dieu."

 

Le pauvre arriva devant la maison et prononça la formule d'ouverture. La porte s'ouvrit et il pénétra dans une vaste pièce. Il vit quarante plats de couscous, accompagnés d'autant de morceaux de viande et de cruches d'eau. Il mangea une cuillerée dans chaque plat, prit une bouchée de viande de chaque part et but une gorgée de chaque cruche. Il s'essuya la bouche et aperçut un énorme tas de pièces d'or, qui occupait tout un coin de la pièce. Il mit quelques poignées de louis dans son capuchon, redit la formule d'ouverture. La porte s'ouvrit, il sortit, prononça la formule de fermeture et le lourd battant retomba.

 

Il revint chez lui et demanda à sa femme le grand plat en bois. Il y vida les pièces d'or. Ses enfants se mirent à pousser des ris de joie et lui demandèrent d'où venait cette richesse.
"C'est Allah qui nous a pris en pitié."

 

Le pauvre envoya sa fille emprunter le boisseau à son frère. Le riche et sa femme s'interrogèrent : que pouvait bien avoir à mesurer un homme aussi misérable ? Ils collèrent un peu de résine (loubène, pate végétal à mastiquer) au fond du boisseau.

 

Lorsque le pauvre mesura l'or, un Louis resta collé au fond du récipient. Le riche découvrit la pièce et dit :

 

Ce fils de chien possède une grande richesse et je n'en savais rien. Nous verrons cela demain. Le lendemain, il alla trouver son frère et lui déclara : Mon frère, fils de ma mère, la barbe te mange le visage. Pourquoi donnes-tu une telle image de misère ? Viens avec moi, je vais te raser.

 

Celui qui fait du bien ne demande pas conseil. Allons-y.

 

Nous serons mieux dans ce champ, là-bas, au soleil. Lorsqu’ils furent à l'écart le riche dit à son frère :

 

Mets ta tête sur mes genoux. Puis subitement, il ajouta :

 

Si tu ne me révèles pas d'où vient l'or que tu as, je t'égorgerai.

 

Mon frère, fils de ma mère ne fais pas de mes enfants des orphelins ; ne me tue pas et je te raconterai tout. Il lui fit le récit de son aventure et ajouta :

 

Si tu y vas, ne mange qu'un peu de chaque plat ne bois qu'une gorgée de chaque cruche d'eau. Prends dans le tas de louis ce que Dieu t'auras permis et sors en redisant la formule de fermeture.

 

Le riche dit à sa femme :

 

Prépare-moi des vivres pour la route. Je partirai demain.

 

Il suivit les instructions de son frère. Mais une fois dans la demeure des ogres, il vida tout un plat de couscous, dévora un morceau entier de viande et vida un pot d'eau. Il remplit ensuite un grand sac de pièces d'or qu'il traîna péniblement vers la porte. Il prononça la formule d'ouverture. Mais la porte resta fermée. Il eut beau répéter : "Porte, ouvre-toi par la grâce de Dieu", le lourd battant de bois resta sourd à ses supplications. Ce fut bientôt la nuit. Il entendit le mugissement des quarante ogres qui revenaient. Il chercha où se cacher. Il aperçut les peaux des ânes qu'avaient dévorés les ogres, en endossa une, s'accroupit et entassa les autres dépouilles autour de lui. Les ogres entrèrent en grognant et, ne trouvant pas le repas de l'un d'entre eux, se mirent à se quereller. Puis ils se mirent à renifler et à grommeler.
"L'odeur des Humains est dans nos murs. L'odeur des soldats et des armes. L'odeur des Humains est dans nos murs."

 

Ils cherchèrent partout mais en vain. Ils chauffèrent alors les tisonniers et en piquèrent les peaux d'ânes. Ils finirent par toucher le malheureux qui hurla. Les ogres se jetèrent sur lui et le dévorèrent ne laissant que la tête.

 

Le lendemain, en partant, ils suspendirent devant leur porte la tête et le burnous de leur victime.

 

Le second frère, celui qui était pauvre, après avoir vainement attendu le retour du riche, décida d'aller à sa recherche. Arrivé près de la maison des ogres, il découvrit la tête dégoulinante de sang et le burnous de son frère : "J'ai toujours su que tu ne t'en tirerais pas et qu'ils te mangeraient", soupira-t-il.

 

Il décrocha ce qui restait de son malheureux frère et reprit le chemin du retour. Pendant qu'il cheminait, le sang tombait goutte à goutte de la tête. Derrière lui l'alouette recouvrait de poussière la trace sanglante. Lorsqu'il fut près de la maison l'oiseau passa entre ses pieds. Il le chassa : "

 

Va-t-en ! Puisse-t-il ce qui m'est arrivé !

 

C'est ainsi que tu me remercies du bien que je cherche à te faire ? " Et l'alouette reprit le chemin inverse en découvrant toutes les gouttes de sang.

 

Lorsque les ogres revinrent chez eux le soir ils ne trouvèrent plus la tête et le burnous. Ils se transformèrent qui en chevaux, qui en marchands qui en outres d'huiles. Ils leur suffisaient de suivre les traces laissées par le frère pour arriver à sa maison. Il faisait nuit noire lorsqu'ils frappèrent à la porte.

 

Qui va là ? Interrogea le frère.

 

Des invités de Dieu, qui demandent l'hospitalité pour une nuit." Le maître de maison les fit entrer. Il attacha les chevaux dans un coin de la cour, déroula des tapis pour les hommes dans un autre, et entreposa les outres près du réduit où dormait la servante.

 

Avant la fin de la nuit, la servante se leva pour se mettre à moudre le grain de la journée. Comme elle n'avait plus d'huile dans sa lampe elle voulut en prendre un peu dans les outres. Mais voilà que chaque fois qu'elle s'approchait d'une outre celle-ci sautillait et s'éloignait. Elle se mit à chanter tout en faisant tourner sa meule :

 

Lala et Sidi se sont endormis

Que Dieu endorme leur voix !

L'outre saute et se déplace. Elle chanta tant et si bien qu'elle réveilla sa maîtresse qui secoua son mari. Celui-ci alla voir la servante :

 

Fille de chien, qu'as-tu à chanter ainsi de si bon matin ? Elle lui raconta ce qu'elle avait vu.

 

Ce sont des Ghouls (des monstres, des ogres), dit-il. Il réveilla son fils aîné alluma un grand feu et y jeta les hommes encore endormis, dans les outres. Il s'apprêtait à y participer les chevaux entravés quand le fils supplia :

 

Père regarde combien cette jument est belle ! Laisse-la-moi ! Le père eut beau lui dire que c'était une ogresse, le jeune homme ne voulut rien entendre. Le père finit par céder.

 

Le temps passa. Les gens du pays décidèrent se rendre au Sahara pour acheter de la laine. Le fils demanda la permission de les accompagner. Le père donna son accord mais lui déconseilla d'y aller monté sur la jument : "Elle te dévorera, car elle est de la race des ogres."

 

Le jeune homme s'obstina dans son désir de parader sur la magnifique bête. Avant le départ, sa mère lui remit un fuseau et une quenouille et lui dit :

 

Mon fils, si la jument veut te manger plante le fuseau et la quenouille en terre et dit : "Monte arbre de ma mère et de mon père." Un arbre s'élèvera très haut dans le ciel et tu seras sauvé.

 

La caravane partit. La jument commença par devancer tout le monde puis s'arrêta. Les compagnons du jeune homme le rejoignirent et, comme la jument se roulait par terre et refusait de se relever, continuèrent leur route. Le jeune homme vit que la jument devenue ogresse allait le dévorer. Il ficha en terre le fuseau et la quenouille et dit :

 

Monte, arbre de ma mère et de mon père. Un arbre monta, monta... Le fils grimpa le long du tronc qui s'élevait très haut. La jument-ogresse s'absentait dans la journée et ne revenait que le soir. Elle passait la nuit à ronger le tronc de l'arbre jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'un doigt pour qu'il se rompe. Et l'arbre retrouvait son aspect initial au matin. Il en alla ainsi pendant des jours et des jours.

 

La caravane était maintenant de retour. Elle passa sous l'arbre. On interrogea le jeune homme :

 

Que t'est-il arrivé ?

 

Ma jument m'a trahi. Elle s'est révélée ogresse. Dites à mon père mon histoire. Si vous oubliez votre bouillon sera de sang et votre couscous de charbon.

 

La caravane repartit et arriva au village. Les hommes du voyage avaient oublié la commission dont les avait chargés le jeune homme.

 

Le soir, on leur servit le souper. Le bouillon devint sang et le couscous charbon. Ils se souvinrent alors et allèrent avertir le père de leur infortuné compagnon. Le père leur dit : "Préparez-vous. Nous partirons demain."

 

Ils prirent un burnous, une botte de paille et se mirent en route.

 

Ils arrivèrent au pied de l'arbre descendirent le jeune homme de son perchoir et attachèrent à sa place le burnous enroulé autour de la paille. Ils revinrent au village.

 

Comme tous les soirs l'ogresse vint ronger le tronc. Vers minuit, le vent se leva et emporta le burnous. Elle se précipita et planta ses dents, si fort qu'elles restèrent fichées en terre.
"Tu m'as trompé fils de chien mais je te poursuivrai, où que tu ailles !"

 

Elle se rendit au village et prit l'apparence d'une jeune femme d'une grande beauté. Elle se dirigea vers un groupe de jeunes gens parmi lesquels se trouvait son ancien maître et déclara :

Hommes ! Vous allez vous battre contre moi. Comme tous refusaient de s'en prendre à une femme, elle ajouta :

 

Celui qui me dominera sera mon époux. Elle défit successivement tous ceux qui se mesuraient à elle. Il ne restait plus que le jeune homme qu'elle avait été sur le point de dévorer :
- Et celui-là ? Pourquoi ne se bat-il pas ?


Celui-là vient juste d'échapper à l'ogresse et il est encore trop faible.

 

Il a peut-être la baraka et pourra me vaincre. On essaya de la dissuader, mais elle insista et le jeune homme dut l'affronter. Dès qu'il la toucha, elle tomba et il l'épousa.

 

Le jeune couple s'installa dans la maison familiale. Le père possédait maintenant des troupeaux. Chaque nuit, l'ogresse se levait, choisissait la plus belle bête et la dévorait. Le cheptel diminuait au lieu d'augmenter. Le père s'inquiétait. Le berger lui dit :

 

Maître, je compte les bêtes en les faisant entrer dans la cour ; et je les comptes en les emmenant au pâturage. Sois là demain matin et tu pourras constater que le troupeau diminue la nuit, dans ta cour.

 

Le père constata qu'au matin un mouton manquait. Il se cacha au milieu du troupeau pour voir ce qui se passait. Au milieu de la nuit sa bru vint dans la cour choisit un beau bélier et le dévora. Il en fut ainsi pendant trois nuits. La troisième fois le père saisit la jeune femme par ses cheveux :

 

Que fais-tu ici et à cette heure, fille de chienne ?

 

Sidi je suis venue prendre un peu de laine pour ma quenouille.

 

Le père emmena toute sa famille et quitta le pays. Il demanda aux autres habitants de partir aussi. Ne restèrent que le fils et l'ogresse. Elle obligeait son mari à mener le troupeau près de l'oued et le menaçait :

 

Si une bête du troupeau ou quelque autre animal que ce soit met le museau dans l'eau, ton sang en une gorgée et ta chair en une bouchée.

 

Le jeune homme passait ses journées à surveiller toutes les bêtes et à les empêcher de boire. Un jour de canicule, le serpent demanda à boire. Cela lui fut refusé. Vint ensuite le mouton puis la chèvre, le chien... Tous les animaux firent la même demande et tous reçurent la même réponse.

Enfin une jument lui dit :

 

"Laisse-moi boire et je te sauverai."

 

Il la laissa boire. Elle ajouta :

 

"Monte sur mon dos et ne crains rien."

 

Tous les autres animaux purent se désaltérer. L'ogresse se mit à la poursuite du jeune homme. Elle était sur le point de le rejoindre lorsque la jument lui donna une ruade qui l'envoya rouler loin. Elle se releva et se remit à courir. La jument lui décocha une seconde ruade, si bien ajustée qu'elle la tua net. Les habitants du village revinrent chez eux. Le fils se remettait lentement de la grande peur de l'ogresse.

 

Un jour, il voulut revoir l'endroit où elle reposait. Il avait oublié qu'elle lui avait dit avant d'expirer : "Tu ne m'échapperas pas. Je te briserai un bras ou t'éborgnerai."

 

Il mit le pied sur un de ses os qui vola en l'air et lui creva un œil.




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Rédigé par orange8454

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Publié le 13 Septembre 2012

C'est l'histoire d'un lion qui s'en vint trouver un chacal et lui dit : "Je voudrais que vous me procuriez de quoi manger : voilà huit jours que je reste sur ma faim ".

"Il y a ici, répondit le chacal, un mulet qui broute dans un pâturage : mais il faut que nous lui trouvions un motif ".

"Entendu, dit le lion, quoi que vous décidiez, je vous soutiendrai".


« Venez, reprit le chacal, rendons-nous ensemble chez lui. Dès que j'arriverai, je lui dirai que le roi nous a prescrit de produire chacun son arbre généalogique, à savoir ses racines, bref l'identité de son père. Voilà, continua-t-il, le langage que je lui tiendrai, c'est ça le meilleur prétexte. Le mulet, c'est connu, n'a pas d'origine avouable : ses parents sont la jument et le baudet, sauf votre respect. Alors, conclut le chacal, quand nous nous présenterons à vous, il faut que vous m'interrogiez en premier »

Ils arrivèrent donc auprès du mulet. Le chacal l'appela et lui dit :

« Venez voir ce que dit le lion ».

« Moi, dit le lion, je ne suis que l'envoyé du roi. Ne me prêtez aucune mauvaise intention »

« Je vous en prie messire », dit le mulet.

« Je viens, dit le lion, vous poser une question : il faudrait que vous me fassiez connaître vos origines »

« En ce qui me concerne, oncle lion, dit le chacal, je suis chacal, descendant de chacals, et ceci jusqu'au chacal que Noé a pris avec lui dans l'arche. »

« Et vous ? » demanda-t-il au mulet.

« Moi, monseigneur répondit le mulet,

je n'ai pas de tête. Il faut que j'aille demander à ma mère quelle est mon origine ».

« Entendu », dit le lion.

Or notre mulet était de solide carrure. Il s'arrêta auprès d'un forgeron, et quand il lui eut mis une ferrure neuve, il revint en se mettant à boiter d'un pied.

Les deux autres lui demandèrent :

« Qu'est-ce qui arrivé pour que vous boitiez ? »

« C'est, dit-il, une lettre que ma mère m'a fourrée dans le sabot. J'avais peur que si je la mettais dans la bouche elle se mouille ; alors je l'ai mise dans le sabot ».

Quand il fut près d'eux, il leur dit : « Désignez l'un de vous pour qu'il vienne la lire » Le lion dit au chacal :

« Allez la lire ».

« Monseigneur, prétexta le chacal, je n'y vois pas clair du tout ».

Le lion s'avança pour la lire. Alors, le visant bien entre les deux yeux, le mulet lui décocha une ruade qui lui fit voler le crâne en éclat.



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Rédigé par orange8454

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Publié le 13 Septembre 2012

L'on raconte qu'aux temps anciens il était un pauvre vieux qui s'entêtait à vivre et à attendre la mort tout seul dans sa masure. Il habitait en dehors du village. Et jamais il n'entrait ni ne sortait, car il était paralyse. On lui avait traine son lit prés de la porte, et cette porte, il en tirait la targette a l'aide d'un fil. Or ce vieux avait une petite fille, a peine au sortir de d'enfance, qui lui apportait tous les jours son déjeuner et son diner. Aicha venait de l'autre bout du village, envoyée par ses parents qui ne pouvaient eux-mêmes prendre soin du vieillard.

La fillette, portant une galette et un plat de couscous, chantonnait à peine arrivée :

Ouvre moi la porte, o mon père Inoubba, o mon père Inoubba ! Et le grand-père répondait :

Fais sonner tes petits bracelets, o Aicha ma fille !

La fillette heurtait l'un contre l'autre ses bracelets et il tirait la targette. Aicha entrait, balayait la masure, serait le lit. Puis elle servait au vieillard son repas, lui versait a boire. Apres s'être longuement attardée prés de lui, elle s'en retournait, le laissant calme et sur le point de s'endormir. La petite fille racontait chaque jour à ses parents comment elle avait veille sur son grand-père et ce qu'elle lui avait dit pour le distraire. L'aïeul aimait beaucoup a la voir venir.

Mais un jour, l'Ogre aperçut l'enfant. Il la suivit en cachette jusqu’à la masure et l'entendit chantonner :

Ouvre moi la porte, o mon père Inoubba, o mon père Inoubba ! Il entendit le vieillard répondre

Fais sonner tes petits bracelets, o Aicha ma fille !

L'Ogre se dit ; "J'ai compris. Demain je reviendrai, je répéterai les mots de la petite fille, il m'ouvrira et je le mangerai !"

Le lendemain, peu avant que n'arrive la fillette, L'Ogre se présenta devant la masure et dit de sa grosse voix"

Ouvre moi la porte, o mon père Inoubba, o mon père Inoubba !

Sauve-toi, maudit ! lui répondit le vieux. Crois-tu que je ne te reconnaisse pas ?

L'Ogre revint à plusieurs reprises mais le vieillard, chaque fois, devinait qui il était. L'Ogre s'en alla finalement trouver le sorcier.

Voici, lui dit-il, il y a un vieil impotent qui habite hors du village. Il ne veut pas m'ouvrir parce que ma grosse voix me trahit. Indique-moi le moyen d'avoir une voix aussi fine, aussi claire que celle de sa petite fille.

Le sorcier répondit :

Va, enduis-toi la gorge de miel et allonge-toi par terre au soleil, la bouche grande ouverte. Des fourmis y entreront et racleront ta gorge. Mais ce n'est pas en un jour que ta voix s'éclaircira et s'affinera !

L'Ogre fit ce que lui recommandait le sorcier ; il achetait du miel, s'en remplit la gorge et alla s'étendre au soleil, la bouche ouverte. Une armée de fourmis entra dans sa gorge.

Au bout de deux jours, l'Ogre se rendit a la masure et chanta

Ouvre moi la porte, o mon père Inoubba, o mon père Inoubba !

Mais le vieillard le reconnut encore.

Eloigne-toi, maudit ! lui cria-t-il. Je sais qui tu es.

L'Ogre s'en retourna chez lui.

Il mangea encore et encore du miel. Il s'entendit de longues heures au soleil. Il laissa des légions de fourmis aller et venir dans sa gorge. Le quatrième jour, sa voix fut aussi fine, aussi claire que celle de la fillette. L'Ogre se rendit alors chez le vieillard et chantonna devant sa masure :

Ouvre moi la porte, o mon père Inoubba, o mon père Inoubba !

Fais sonner tes petits bracelets, o Aicha ma fille ! répond l'aïeul.

L'Ogre s'était muni d'une chaine ; il la fit tinter. La porte s'ouvrit. L'Ogre entra et dévora le pauvre vieux. Et puis il revêtit ses habits, prit sa place et attendit la petite fille pour la dévorer aussi.

Elle vint, mais elle remarqua, des qu'elle fut devant la masure, que du sang coulait sous la porte. Elle se dit : "Qu'est-il arrive a mon grand-père ?"

Elle verrouilla la porte de l'extérieur et chantonna

Ouvre moi la porte, o mon père Inoubba, o mon père Inoubba !

L'Ogre répondit de sa voix fine et claire :

Fais sonner tes petits bracelets, o Aicha ma fille !

La fillette qui ne reconnut pas dans cette voix celle de son grand-père, posa sur le chemin la galette et le plat de couscous qu'elle tenait, et courut au village alerter ses parents.
L'Ogre a mangé mon grand-père, leur annonça-t-elle en pleurant. J'ai ferme sur lui la porte. Et maintenant qu'allons-nous faire ?

Le père fit crier la nouvelle sur la place publique. Alors, chaque famille offrit un fagot et des hommes accoururent de tous cotes pour porter ces fagots jusqu'a la masure et y mettre le feu. L'ogre essaya vainement de fuire. Il pesa de toute sa force sur la porte qui résista. C'est ainsi qu'il brula.

L'année suivante, à l’ endroit même ou l'Ogre fut brule, un chêne s'élança. On l'appela le "Chêne de l'Ogre". Depuis, on le montre aux passants.

Mon conte est comme un ruisseau, je l'ai conté à des Seigneurs.


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Rédigé par orange8454

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Publié le 13 Septembre 2012

En 1490, dans une somptueuse demeure de la ville de Tanger vivait une très belle jeune fille qui s’appelait Zoraima. Son père Moulay Mohamed lui apprit que Boabdil, roi de grenade la demandait en mariage.


Malheureuse, elle alla voir une vieille femme qui avait le don de lire dans le livre du destin.

- Peux-tu me dire Aïcha si mon départ apportera dans ma vie bonheur ou infortune ?

- O toi, ma maîtresse, toi la fille de mon bienfaiteur, je puis lire quelle sera ta destinée, mais il m’est interdit de te révéler ce que le miséricorde cache à ses créatures.

Elle cueillit une rose, la plus rouge et la plus odorante du parterre, et la tendit à la princesse.

- Prends cette fleur, et conserve-la avec soin. Tant que le malheur ne t’atteindra pas, cette rose restera fleurie, mais le jour où le Destin te sera contraire, alors elle se fanera.

Zoraima se mit en route pour Grenade avec une escorte et sa précieuse rose, dans un coffret de santal.

Lorsqu’elle vit son futur époux Boabdil son cœur cessa de battre à la vue de ce frêle jeune homme au teint pâle, aux grands yeux de velours, dont les gestes harmonieux étaient aussi gracieux que ceux d’une femme.

Les jours se succédaient, le bonheur de la princesse était manifeste ; dans son coffret de bois de santal, la rose de Tanger s’épanouissait.

Un jour la ville fut attaquée par les chrétiens envahisseurs, les canons tonnaient, le peuple mourait, mais la rose de Tanger donnait son plus merveilleux parfum.

Entre les rois catholiques et le Sultan Boabdil un traité fut signé ; il remettait son royaume entre les mains des conquérants afin que le sang de ses sujets ne fût pas répandu plus encore.


Lorsque la ville apprît la signature du traité, elle se crût trahi.

Les gens criaient – A mort Boabdil – A mort le traître !

Boabdil n’emmenant avec lui sa femme et quelques serviteurs fidèles, quitta le palais par un passage secret, mais il tomba au milieu de guerriers chrétiens.

Ils furent emmenés jusqu’aux rois chrétiens qui les exila.

La rose de Tanger doucement s’épanouissait.

Il n’avait rien emporté de ses trésors, personne ne lui venait en aide et sa maison si pauvre qu’il ne possédait pas ni d’esclave pour le servir.

L’humiliation et le chagrin eurent raison de Boabdil. Un jour il se présenta devant Zoraima et il lui dit :

- Je ne puis plus vivre ici, je m’en vais vers les régions du soleil levant.

- Je t’accompagne dusses-tu aller au bout du monde.

- Non Zoraima, tu ne viendras pas avec moi. Tu retourneras dans la maison de ton père où tu vivras entourée de richesse et de respect.

- Pourquoi, mon seigneur ?

- Parce que je ne t’aime plus.

Après son départ, et avoir prononcé par trois fois la formule de répudiation, Zoraima se retira en pleure et selon son habitude ouvrit le coffret en bois de santal. La belle rose rouge n’était plus qu’une petite boule jaunâtre qui tombait en poussière.

La rose de Tanger venait seulement de se faner.




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Rédigé par orange8454

Publié dans #boabdil, #jour, #rose, #tanger, #zoraima

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Publié le 13 Septembre 2012

La cité de Chella qui fut fondée par des marchands de Carthage se trouve en haut de la ville de Rabat.


Jadis, au temps où Chella était une ville prospère et florissante, vint un homme qui s’appelait Mohammed-ben-Daoud. Nul se savait qui il était, il était arrivé vêtu de loques sales et trouées et vivait dans une modeste maison.

Mais un jour, il acheta une mule, il acquit des esclaves, se pavanait dans des djellabas de soie brodée d’or.


Il commença à faire des envieux, les gens interrogèrent ses esclaves sans grand résultat. Tout ce qu’ils pouvaient dire c’est qu’il s’enfermait une grande partie de la journée dans une chambre retirée de sa maison d’où sortait des bruits bizarres, comme le soufflet d’une forge, d’un marteau…


Son voisin qui s’appelait Cham-ed-Dohah était d’une nature curieuse. Un jour en plein après-midi, pendant que les esclaves dormaient, il se hissa sur la terrasse de Mohammed. Afin de l’épier.


En se faufilant il arriva à la petite chambre. Prévoyant il avait amené avec lui un instrument afin de pouvoir percer un trou dans la cloison. Il y appliqua son œil, il vit sur un fourneau un récipient bouillonnant qui dégageait une épaisse fumée. Mohammed actionnait du pied un soufflet et jetait de temps en temps dans le récipient une matière grisâtre avec d’autres articles tout en regardant souvent un sablier.


Il versa son contenu dans un moule de fer ; au bout d’un instant, une fois démoulé à grands coups de marteau, il le retourna et Cham vit un morceau de métal jaune brillant et reconnut que c’était un lingot d’or. Etait-il un sorcier ou un alchimiste ?


Il échafauda dans sa tête un plan.


Le lendemain, il se présenta chez Mohammed qui lui offrit l’hospitalité.


Cham lui expliqua que l’ange Gabriel lui était apparu en rêve et lui avait demandé de construire une tombe tapissée d’or pour un pauvre marabout vénérable décédé et pour se faire qu’il devait se faire aider par son voisin qui avait le pouvoir de fabriquer de l’or.


Impassible, Mohammed répondit : « je ne te donnerai rien, ni mon or, ni le secret de le fabriquer, si l’ange Gabriel a quelque chose à me dire, il n’a qu’à venir me trouver lui-même et nous en discuterons ».


Cham quitta la maison de Mohammed très en colère. Il chercha pendant plusieurs jours comment se venger. Il raconta toute l’histoire à son épouse qui lui conseilla d’aller trouver le Sultan et de lui révéler ce qu’il savait.


Une fois informé, le Sultan envoya chez Mohammed des mokhasnis qui le ramenèrent au palais enchaîné.


« Tu connais le secret de la fabrication de l’or, tu vas me le révéler sur le champ ou sinon je te ferai jeter en prison ».


« Seigneur, le secret je ne le connais pas ».


Il l’enferma dans un profond cachot, le temps passait lentement. Un jour on enferma avec lui un pauvre diable.


« J’ai été jeté en prison car je ne voulais pas donner au Sultan ma pauvre maison qu’il convoitait afin d’agrandir les jardins du palais, et toi lui demanda-t-il ».


« Moi j’ai été enfermé car je fabriquais de l’or et il a fait mon malheur ».


« Mais si tu fabriques de l’or tu peux acheter ton geôlier ».


« C’est peut-être vrai, mais je n’ai pas les ingrédients nécessaires ».


« Ecoute, lui dit le pauvre diable, je connais un peu notre gardien, en lui expliquant qu’en te rendant tes outils tu fabriqueras de l’or et que tu lui en donneras un peu, il peut se laisser convaincre ».


« Mes instruments se trouvent dans une chambre que t’indiqueront mes esclaves ; voici la liste de ce qui m’est indispensable ».


Mohammed lista se qu’il lui fallait sur un morceau arraché à sa chemise à l’aide d’un bout de charbon de bois.


Le soir venu, le geôlier amena le four, le soufflet, les vases, le moule, les matières demandées… Durant toute la nuit Mohammed travailla et au matin il y avait un tas de lingots dans la cellule. Il demanda à Cham de négocier leurs libérations auprès du geôlier.


Les heures passèrent sans le retour de Cham ; soudain le geôlier réapparut accompagné des mokhasnis, ils se saisirent de Mohammed et il se retrouva de nouveau en face du Sultan.


Dans la pièce il reconnut Cham qui avait troqué ses vieux vêtements par de somptueux habits.


Le Sultan d’excellente humeur lui expliqua qu’il lui avait envoyé son grand vizir déguisé en meskine afin de connaître son secret.


Il lui dit : « … Tu resteras désormais enfermé dans ta prison ; je veux que tu éprouves les effets de ma bonté : dans ta prison on te laissera ce qu’il te faut pour fabriquer de l’or ; tu en fabriqueras tant que tu voudrais et jusqu’à ce que ton cœur soit rassasié… J’oubliais seulement de te dire qu’on ne te donnera rien à manger, mais l’or n’est-il pas le plus précieux des biens terrestres ? »


Tous se mirent à rire.


Dans sa cellule Mohammed pensa : « l’or a fait mon malheur, je ne veux pas être seul à en pâtir ».


Il déchira sa chemise en petits chiffons et inscrivit sur chaque morceau la recette de la transformation des métaux en or, puis il les envoya dehors par la seule ouverture de son cachot.


Le lendemain toute la ville savait comment changer le métal en or. Dans toutes les maisons les fours ronflaient, les lingots s’empilaient et tout le monde était riche.


Dans Chella il n’y avait plus de mendiants, ni de pauvres gens, les champs n’étaient plus cultivés, les bateaux pourrissaient dans le port… Les habitants se promenaient habillés comme des princes.


Bientôt les prix commencèrent à augmenter, ceux fut la disette, il n’y avait plus de pauvres. La fille du Sultan ayant voulu se procurer un bol de blé, offrit son propre poids en or, sans pouvoir obtenir le grain convoité. On en vint à essayer de se nourrir de rubis et de diamants pilés. Les habitants de la ville commencèrent à périr.


Un jour un vieillard porteur d’eau nommé Habib et qui venait de Fez croisa le chemin du Sultan ; il lui expliqua qu’il avait travaillé pour ses aïeuls.


Le Sultan lui proposa de l’aider, mais Habib lui expliqua qu’il n’avait pas besoin de ses bienfaits car il était très riche.


Il emmena le Sultan à Chella ; dans une grotte obscure il lui montra toutes ses richesses amassées.


« A qui son ces richesses » lui demanda le Sultan.


« A moi, lorsque je venais porter de l’eau aux habitants ils me rétribuaient avec des plats et objets en or ».


Le Sultan réfléchit un instant, puis tirant son sabre, il lui coupa la tête.


« Ces biens ne sauraient appartenir qu’à moi » dit le Sultan.


A la nuit tombée, il sortit de la grotte emportant dans une sacoche toutes les richesses qu’il put.


Il pensait à toutes les choses qu’il pourrait faire avec tout cet or ; mais au moment de traverser une rivière, son pied glissa ; sa sacoche lourdement chargée l’entraîna au fond et ce ne fut que longtemps après que son cadavre fut repêché.


Ainsi l’or de Chella fit-il le malheur de tous ceux qui l’avaient possédé.


Moralité : l’or fait le malheur des humains qui le convoitent.



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Rédigé par orange8454

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