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Publié le 13 Septembre 2012

C'est une longue aventure qui attend une jeune fille. Elle traverse de nombreuses épreuves, y compris quand elle est devenue femme. Nous vous laissons découvrir cette histoire pleine de rebondissements étranges, où l'on trouvera des bêtes fauves cruelles, un frère qui se laisse malheureusement influencer par sa femme, un fils exemplaire... et une mise en abîme du conte lui-même qui devient magique....

Il était une fois un homme qui aimait passionnément la chasse. Dès le point du jour il s'en allait dans la forêt à la poursuite du gibier et ne rentrait qu'à la tombée de la nuit. Il prit un jour un perdreau vivant, qu'il ramena à la maison et confia à sa femme en lui disant :

Prends bien soin de cet oiseau et surtout veille à ce qu'il ne s'envole pas. Au printemps, je m'en servirai d'appât pour attirer les perdrix.

L'homme et la femme n'avaient qu'une fille. Comme elle s'ennuyait d'être toujours seule à la maison, elle demanda à sa mère de lui donner le perdreau pour jouer avec lui. La mère d'abord refusa, puis devant les pleurs et les prières de sa fille, finit céder, mais avec force recommandations :
Attache-lui à la patte une longue ficelle, ferme toutes les issues pour que le perdreau ne puisse pas s'échapper, car, si tu le perds, ton père nous chassera de la maison toutes les deux.

La petite fille promit de veiller très soigneusement sur le perdreau. Chaque matin elle le sortait de sa cage, s'enfermait avec lui dans une pièce et jouait jusqu'à ce qu'elle fut fatiguée. Un soir qu'elle venait pendant toute la journée de le taire courir, danser, voleter au bout de sa ficelle, une soif ardente s'empara d'elle. Elle ouvrit la porte pour aller boire et frrr !... le perdreau s'engouffra dans l'issue qu'on lui avait ménagée et s'envola d'un trait, emportant la ficelle avec lui.

Le soir, quand le chasseur rentra, sa femme lui servit à dîner, et il s'apprêtait à aller dormir quand il s'avisa que le perdreau n'était plus à la place où il le trouvait ordinairement :
Vous avez changé l'oiseau de place ? demanda-t-il ?

Sa femme resta figée de peur.
Eh bien, dit-il, qu'est-ce que tu as fais du perdreau ? Je ne le vois pas.

Elle du lui avouer la vérité.
Quoi ? s'écria le chasseur, furieux, je t'avais bien recommandé…
Ta fille avait soif, elle n'a ouvert la porte qu'un tout petit instant…
Elle a ouvert la porte, mais c'est toi qui lui as donné le perdreau. Puisque c'est ainsi, vous allez partir les deux à sa recherche toutes les deux et vous ne rentrerez que quand vous l'aurez retrouvé.

La femme eut beau pleurer, prier, le mari ne voulut rien entendre.
Vous allez sortir tout de suite !
Dehors il fait nuit. Où irons-nous ? Nous ne connaissons pas le pays, ta fille ni moi. Demain dès le point du jour…
Non cria le chasseur, maintenant !

La femme réveilla sa fille ; elle enferma vite quelques maigres provisions dans un nouet et elles partirent dans la nuit. Elles marchèrent longtemps dans la forêt. Elles suivaient les chemins tracés, de peur le tomber sur des bêtes sauvages, mais elles ne virent de perdreau nulle part à cette heure de la nuit. À la fin elles entrèrent dans un maquis épais, où elles rencontrèrent une hase affairée.

Que faites-vous à cette heure dans la forêt ? S’étonna la hase.
Nous cherchons un perdreau que nous avons perdu, dit la mère.
Malheureuses ! Vous êtes ici dans la demeure des fauves. Ils sont tous à chasser dans la forêt. C'est aujourd'hui mon tour de garder leur repère. Mais c'est bientôt l'aube, ils vont rentrer et s'ils vous trouvent ici, ils vous mangeront.
Fuyons ! cria la fille.

II est trop tard, dit la hase. Où iriez-vous ? Les animaux sont déjà sur le chemin du retour et vous allez sûrement les rencontrer.
Quoi faire alors ? demanda la mère.
Vous voyez cet arbre ? dit la hase. Il est haut et touffu. Vous allez monter et vous cacher dans le feuillage le plus haut que vous pourrez. Vous y resterez tout le jour. A la nuit tombée les animaux vont sortir. Vous descendrez et vous fuirez d'ici.

La mère et la fille montèrent jusqu'au faîte de l'arbre. Elles s’y installèrent le plus commodément qu'elles purent, la fille au-dessus de sa mère. Bientôt des rugissements, des cris, des sifflements, des bruits de branches cassées annoncèrent le retour des fauves. À mesure qu'ils arrivaient, ils allaient s'installer chacun dans son coin pour le reste de la journée. Le lion rentra le dernier.
Hum ! dit-il, cela sent la chair fraîche.
Pendant que vous étiez absents, dit la hase, je me suis préparé un léger repas, je viens juste de finir.

Les fauves s'endormirent. Au haut de l'arbre, la femme était morte de peur. La petite fille n'arrêtait pas de pleurer, tant qu'à la fin une larme tomba sur la moustache du lion.
Enfants, rugit-il, il y a quelqu'un dans l'arbre. Je viens de recevoir une goutte sur la lèvre.
C'est la pluie, dit la hase.
Fourmi, dit le lion, monte voir dans l'arbre.

La fourmi monta. Au haut de l'arbre elle rencontra la jambe de la femme et la mordit. La mère l'écrasa, de peur que la fourmi n'aille piquer sa fille et ne lui arrache un cri de douleur.

La petite continuait de pleurer et de nouveau une larme tomba, cette fois sur le front du tigre, qui cria :
Enfants, cet arbre est habité. Une goutte vient de me tomber sur le front.
C'est le temps qui est couvert, dit la hase, il tombe quelques gouttes de pluie.
Chacal dit le lion, sors voir quel temps il fait.

Le chacal revint bientôt.
Alors ? demanda le lion.
Il fait un temps superbe, dit le chacal et la lune éclaire comme en plein jour.
Serpent, ordonna le lion, monte dans l'arbre.

Le serpent ondula le long du tronc, puis, de branche en branche, arrivai jusqu'au faîte. Il buta sur la jambe de la femme et la piqua. Un hurlement s'éleva aussitôt, puis le corps de la mère vint s'affaler lourdement par terre. Les fauves se précipitèrent, le déchiquetèrent en un rien de temps et se partagèrent les morceaux pour les dévorer. Dans le ventre de la femme ils trouvèrent un bébé, que la hase aussitôt revendiqua pour sa part :
Je n'ai plus de dents, dit-elle, je ne pourrais mâcher que la chair tendre du bébé.

Le lion le lui laissa et elle l'étendit dans un coin, sur un lit d'herbes, avec ce qui restait des os de la mère.
Je le mangerai cette nuit, dit-elle, quand vous serez partis. Le soir venu, les fauves commencèrent à se lever de leur sommeil et, les uns après les autres, à sortir de nouveau à la recherche de gibier dans la forêt. Avant de partir, il leur fallait établir le tour de garde de ce jour-là.
Aujourd'hui, dit la hase, je suis fatiguée, je veux bien vous garder la maison aujourd'hui encore : de toute façon, j'ai de quoi manger pour toute la journée.

Les animaux se dispersèrent. Quand le dernier eut disparu, la hase rassembla ce qui restait des os de la mère, en retira la moelle qu'elle mit dans des tubes de roseau. Puis elle se tourna vers la fille :
Descends, malheureuse, lui dit-elle

La fille descendit, les yeux exorbités par l'épouvante et tout rouge d'insomnies. La hase lui tendit le bébé.
Voici ton frère, lui dit-elle. Emporte-le, prends bien soin de lui, élève le jusqu'à ce qu'il devienne grand et puisse te venir en aide.
Comment le nourrirai-je ? demanda la fille.
Prends ces tubes. Dedans il y a la moelle de ta mère. Chaque fois que ton frère pleurera, trempe ton doigt dans la moelle et donne-le-lui à sucer. Quand il n'y aura plus de moelle, tu trouveras bien du lait. Et maintenant va, sauve-toi et ne reviens plus jamais dans ces parages.

La petite fille prit le bébé, les roseaux et, aussi vite que ses jambes pouvaient courir, s'enfuit. Quand son frère pleurait, elle trempait son doigt dans la moelle et le lui faisait téter. Elle se demanda quel nom elle allait lui donner et, se rappelant que l'antre des fauves où elle l'avait recueilli était au milieu d'un dense maquis d'aubépines, elle l'appela Aubépin.

Elle erra longtemps de pays en pays, puis un jour arriva dans un village où les habitants, touchés par son malheur, lui offrirent l'hospitalité. Ils lui accordèrent une petite chaumière avec un jardin qu'elle pouvait cultiver pour vivre. Elle était tout heureuse d'avoir enfin trouvé un foyer et de quoi subsister. Puis les années passèrent et elle devint une belle jeune fille. Beaucoup de jeunes gens vinrent la demander en mariage, mais elle ne vouait pas quitter Aubépin avant qu'il fut en âge de ne plus avoir besoin d'elle.

Un jour, qu'elle piochait dans son jardin, elle heurta de sa binette un objet dur qui faillit la lui casser. Elle creusa tout autour et, au bout d'un instant, déterra un petit pot, empli à ras bord de pièces d'or et d'argent. Elle en fut tout heureuse et le rapporta à la maison.

Le soir après qu’ils eurent dîner :
Mon frère, dit-elle, si on te donnait cent pièces d'or, qu'en ferais-tu ?
J'achèterais des billes, des toupies ; je me ferais des fusils de bambou…

Las ! pensa la fille, mon frère est encore bien jeune.

Elle attendit un an ou deux puis un jour posa à son frère la même question :
J'achèterais un beau cheval, dit Aubépin, et tout le jour je caracolerais.
Mon frère grandit, se dit la jeune fille.

Plusieurs mois après, elle demanda de nouveau :
Mon frère, si l'on te donnait cent pièces d'or...
J'achèterais une belle maison avec un beau jardin. Puis je me marierais et ma femme et toi travailleriez dans le jardin.
Dieu merci, s'écria-t-elle, maintenant, mon frère, tu es un homme !

Elle alla dans un coin de la maison et revint bientôt avec un petit pot, dont elle souleva le couvercle : les pièces parurent, blanches et jaunes, toutes luisantes au soleil ; il y en avait beaucoup plus de cent. Aubépin n'en croyait pas ses yeux. Sa sœur lui apprit comment elle avait trouvé le petit pot. Puis il se mit en quête d'une maison plus spacieuse et plus belle que la pauvre chaumière où ils habitaient tous les deux. Peu de temps après, il choisit une fiancée dans les environs et donna une fête splendide pour son mariage.

Ils vécurent tous les trois heureux dans leur nouvelle et grande maison. Mais la nouvelle mariée, voyant que sa belle-sœur était beaucoup plus belle qu'elle, et que, du reste, Aubépin continuait d'aimer tendrement sa sœur, en tomba follement jalouse. Elle chercha dès lors un moyen de la séparer de son frère, et si possible de la bannir à jamais.

Un jour qu'elles étaient allées couper du bois dans la forêt, la femme d'Aubépin trouva sept œufs de serpent, qui n'étaient pas encore éclos, et les ramena à la maison. Elle en fit une omelette, en prépara une autre de sept œufs de poule et invita sa belle-sœur à venir manger avec elle. Elle lui servit l'omelette aux œufs de serpent, mangea elle-même de l'autre et attendit. Au bout de quelque temps les œufs éclorent dans le ventre de la jeune fille. Les serpents grandirent et bientôt commencèrent à y mener un beau charivari. La jeune mariée n'attendait que cela.

Au comble de la joie, elle alla trouver son mari :
Ta sœur va avoir un enfant, lui dit-elle.
Impossible ! dit Aubépin.
Si tu ne me crois pas, dit la jeune femme, tu peux t'en assurer toi-même.
Comment cela ?
En mettant la tête sur les genoux de ta sœur et en écoutant.

Le lendemain, en rentrant de la forêt où il était allé chasser, Aubépin prétexta une grande fatigue. Il s'allongea pour se reposer et demanda à sa sœur de s'asseoir près de lui, pour qu'il pût mettre la tête sur ses genoux. La jeune fille, confiante, s'approcha. Aussitôt aux oreilles d'Aubépin parvinrent les bruits de la sarabande que les serpents menaient dans le ventre de sa sœur.

Il en resta stupéfait et, au bout d'un instant, alla trouver sa femme
Je ne l'aurais jamais cru, dit-il.

Sa femme fit mine d'être très attristée : - Que deviendrons-nous quand les villageois s'en apercevront ? Tu ne pourras plus sortir sur la place.
Quoi faire ? demanda Aubépin.
Il faut se débarrasser d'elle.
Jamais ! s'écria-t-il. C'est elle qui m'a sauvé des bêtes féroces, elle qui m'a élevé, soigné, nourri jusqu'à ce que je devienne un homme. Sans elle je ne t'aurais jamais épousée.
Alors c'est nous qui devons partir.
Où irions-nous ?
Il y a pourtant un moyen très simple, dit-elle perfidement.
Lequel ?
Tu vas partir avec elle dans la forêt et l'y abandonner. Quelqu'un, c'est sûr, la recueillera.

Le lendemain, Aubépin réveilla sa femme et sa sœur de bonne heure et leur dit qu'ils allaient couper du bois dans la forêt, pour leur provision d'hiver, pendant toute la journée. Il prit les haches, les cordes, les cognées, un maillet, une calebasse et, suivi de sa chienne, qu'il tenait en laisse, se dirigea vers les bois. Dès qu'ils furent arrivés, il s'installa dans un endroit avec sa femme, en indiqua un autre à sa sœur un peu plus loin :
Tu vas couper dans ce fourré, lui dit-il. Dès que nous aurons fini de l'autre côté, je t'appellerai et nous remonterons au village. La jeune fille resta tout le jour à débiter du bois dans son coin. Au loin elle entendait les jappements de la chienne d'Aubépin et les coups de sa cognée contre les troncs d'arbres. Le soleil bientôt se coucha, mais Aubépin frappait toujours. « Mon frère et sa femme veulent faire en un jour la provision pour tout l'hiver », pensa la jeune fille. Puis la nuit commença à tomber et elle se mit à appeler : « Aubépin ! Aubépin ! », Mais le fourré était trop dense et Aubépin n'entendait pas.

Elle était en train d'appeler quand, de l'autre côté du fourré lui parvint un bruit de sabots sur le sol et un cavalier parut, monté sur un cheval noir :
Qui que tu sois, dit-il. Je te conjure, laisse-moi passer. Il se fait tard et mes enfants m'attendent.
Je suis une créature comme toi, dit la jeune fille.
En ce cas, dit le cavalier, que fais-tu seule à cette heure dans la forêt ? Dans un instant les animaux des bois vont sortir et ils te mangeront.
Mon frère et sa femme coupent du bois tout près d'ici. Tu as dû les rencontrer sur ton chemin.
Tout près d'ici, sur mon chemin, je n'ai rien rencontré... qu'une chienne qui jappe à rendre l'âme.
C'est celle de mon frère. Ces coups que tu entends sont ceux de sa hache. Va, cavalier, passe ton chemin et me laisse. Mon frère bientôt viendra me prendre et nous rentrerons au village.

Le cavalier s'éloigna. Peu de temps après en parut un autre, qui posa les mêmes questions à la jeune fille. Elle lui fit les mêmes réponses. La nuit maintenant était noire et il était temps de rentrer.

Quand le troisième passa, la sœur d'Aubépin sursauta : elle percevait à peine la silhouette dans l'obscurité.

Qui que tu sois, dit-il, dis-moi qui tu es.
Une créature comme toi.
Et. Que fais-tu si tard au milieu des bois ?
Tu le vois bien, je coupe du bois.
Seule ?
Je ne suis pas seule : mon frère et sa femme sont ici près de moi, qui coupent du bois eux aussi, pour notre provision d'hiver. Ne les entends-tu pas ?
Malheureuse ! Il n'y a personne près de toi, qu'une chienne qui jappe, attachée à un tronc d'arbre. Je suis le dernier homme qui passe aujourd'hui sur ce chemin.

La jeune fille cette fois eu peur. Elle appela encore une fois « Aubépin ! Aubépin ! » Mais seul l'écho de sa voix lui revient, mêlé aux aboiements affolés de la chienne et aux chocs sourds de la cognée d'Aubépin sur les souches.

Elle pria le cavalier de la suivre dans la clairière où son frère devait se trouver. Ils y allèrent, mais, à l'endroit où elle l'avait laissé, il n'y avait personne…que la chienne, qui tirait frénétiquement sur sa laisse, et, pendus aux branches d'un arbre, le maillet et la calebasse que le vent entrechoquait, et... elle comprit. Aubépin et sa femme l'avaient abandonnée dans les bois. Tout cela était un stratagème, qu'ils avaient imaginé pour se débarrasser d'elle. Ils avaient attaché la chienne au tronc de l'arbre exprès, exprès ils avaient pendu le maillet et la calebasse au vent de la forêt : ce qu'elle prenait pour des bruits de cognée était le choc des deux, quand la bise les agitait.
Je suis perdue, dit-elle
Si tu veux, dit le cavalier, tu passeras cette nuit dans ma maison. Demain, quand il fera jour, tu iras où bon te semblera.

La jeune fille pensa que, dans son malheur, c'était encore une chance pour elle que le cavalier voulût bien la recueillir pour la nuit, et elle monta en croupe derrière lui. Quand ils arrivèrent, elle descendit et l'homme vit que la femme qu'il venait de sauver des bois était d'une beauté merveilleuse. Il lui fit raconter son histoire. Elle redit tout, depuis le jour lointain où, jouant avec un perdreau, elle l'avait laissé s'envoler :
Les œufs de serpent, dit-elle, ont éclos dans mon ventre. Mon frère me croit enceinte et, pour cela, il m'a menée me perdre dans les bois. C'est là que vous m'avez trouvée.

Le cavalier était à la fois touché et intrigué. Comme il était peu probable que la femme voulût retourner en son pays, après ce qui venait de lui arriver, il aurait voulut l'épouser, mais il fallait d'abord la débarrasser des serpents qui vivaient dans son ventre et il ne savait comment s'y prendre. Aussi alla-t-il consulter le sage du village.

Eh bien, dit le vieillard, voilà comment tu vas procéder. Tu iras au marché acheter une grande quantité de viande et tu la saleras abondamment. Donne-la à manger à cette femme, jusqu'à ce qu'elle en soit rassasiée. Elle aura soif. Refuse-lui toute eau pendant trois jours. Le quatrième prends-la, pends-la par les pieds à la plus haute poutre du toit. Par terre, juste au-dessous d'elle, pose un grand plat de bois, empli d'eau. Puis tiens un couteau d'une main et une badine de l'autre. À l'aide de la badine agite l'eau, de façon qu'on l'entende glouglouter, puis tiens ton couteau ouvert et attends.

L'homme fit comme le sage avait dit. Il acheta la viande, la sala, la grilla, puis la donna à la jeune fille, qui en mangea jusqu'à n'en pouvoir plus. Une soif intense s'empara d'elle, mais elle demanda en vain à boire pendant trois jours. Le quatrième le cavalier la pendit par les pieds, emplit d'eau un plat de bois, qu'il plaça juste au-dessous d'elle, puis à l'aide d'une badine se mit à donner de petits coups dans l'eau. Le bruit cristallin et frais se répandait dans toute la pièce. Les serpents, altérés, commencèrent à mener un grand vacarme ; ils cherchaient tous à se précipiter vers le bas, pour boire. À mesure qu'ils apparaissaient, un bref coup de couteau les tailladait ; les morceaux palpitants tombaient dans le plat avec un bruit flasque. Quand le dernier fut sorti, le cavalier détacha la jeune fille, qui n'en pouvait plus.

Pendant plusieurs jours encore il s'occupa de la soigner, car le long séjour des serpents dans son ventre l'avait vidée de toute force. Au bout de quelques jours, voyant qu'elle était remise, il lui demanda :
Maintenant que te voilà rétablie, que veux-tu faire ? Veux-tu retourner dans ton pays ou préfères-tu rester ici ?
Dans mon pays ? dit-elle. Je n'en ai plus : mon frère et sa femme m'ont abandonnée dans la forêt.
Dans ce cas, dit le cavalier, veux-tu m'épouser ?

La jeune fille, heureuse d'avoir été tout à la fois sauvée des bêtes et débarrassée des serpents qui vivaient dans son ventre, y consentit. Elle épousa le cavalier et ils vécurent heureux plusieurs mois. Puis elle mit au monde un garçon, qui lui ressemblait à s'y méprendre.

Quel nom lui donnerons-nous ? lui demanda son mari.
J'ai appelé mon frère Aubépin parce qu'il est né parmi les aubépines. Celui-ci, nous allons l'appeler « l'Argenté », parce qu'il naît dans la richesse

Les années passaient et, quoiqu'elle n'entendît plus parler d'Aubépin et de sa femme, par moments un violent désir de les revoir la prenait, son frère surtout, parce qu'elle avait passé toute sa vie avec lui et qu'elle n'était pas sûre qu'avec son épouse il fût entièrement heureux. Son enfant, entre-temps, avait grandi. Il sortait maintenant tous les jours sur la place pour jouer avec les camarades de son âge. Il était vigoureux et beau et il ne manquait de rien.

Un jour, pourtant, sa mère le vit revenir à la maison tout en larmes.
Pourquoi pleures-tu ? lui demanda-t-elle.
Les enfants se moquent de moi, dit-il. Ils parlent tous de leurs oncles maternels ; ils disent qu'ils vont leur rendre visite, et moi, tu ne m'y as jamais emmené. Le cœur de la jeune femme frissonna, car c'était ce qu'elle-même désirait depuis longtemps.
Ce soir, dit-elle, quand ton père rentrera, demande-lui de te laisser aller avec moi chez tes oncles. S'il refuse, insiste et pleure jusqu'à ce qu'il te l'accorde. Dès qu'ils furent assis à dîner, le soir :
Père, dit l'enfant, je voudrais aller chez mes oncles maternels.
Tes oncles maternels ? S’étonna le père, mais... tu n'en as jamais eu : j'ai rencontré ta mère dans les bois.

L'Argenté se mit à geindre :
Tous les enfants vont rendre visite à leurs oncles. Moi aussi, je veux y aller avec ma mère.
Très bien ! dit le père. Vous voulez y aller ? Eh bien, allez-y, mais je vous avertis : vous irez seuls ; moi, je ne viendrai pas chez tes oncles, parce que je sais que tes oncles, ce sont les bêtes des bois.

Néanmoins, le lendemain, la mère fit mettre à son fils ses plus beaux habits de fête, puis elle lui jeta des haillons par-dessus. L'Argenté allait protester.
Sois tranquille, lui dit-elle, dès que nous serons arrivés, je t'enlèverai ton manteau sale et tu paraîtras dans tes beaux habits devant ton oncle.

L'Argenté se calma d'autant plus vite qu'il vit sa mère se couvrir elle aussi de laides guenilles les robes magnifiques qu'elle avait d'abord revêtues. Le père les vit prendre le chemin de la forêt par où sa femme était jadis arrivée, et bientôt ils disparurent. Ils marchèrent longtemps. De temps en temps ils demandaient à d'autres voyageurs leur chemin. Vers le soir ils arrivèrent enfin dans un pays que la mère reconnaissait. Ils s'arrêtèrent.

Nous allons bientôt être chez tes oncles, dit la jeune femme à son fils. Alors écoute-moi bien. Il y a bien longtemps que je n'ai pas vu mon frère : je ne sais seulement pas s'il va me reconnaître. Quant à toi, il ne te connaît même pas. Alors, voilà ce que nous allons faire : nous allons nous présenter chez lui comme des mendiants. Si ton oncle me reconnaît et qu'il nous accueille, nous allons enlever ces vieilles loques et paraître avec nos beaux habits...
Et s'il t'a oubliée ?
C'est ici que tu dois faire attention. Je lui demanderai de nous laisser passer la nuit dans sa maison, comme des mendiants. Dès que nous serons installés, tu me demanderas de te dire un conte. Je ferai semblant de refuser. Insiste jusqu'à ce que j'accepte.

Elle tira de son ballot une vieille sébile de bois, coupa dans un arbre un gros bâton noueux et ils entrèrent au village. Ils allèrent ainsi de porte en porte. La jeune femme tournait aisément dans les venelles, comme si elle les avait quittées de la veille. Elle retrouvait presque toutes les femmes, à peine un peu vieillies, qui venaient lui porter du couscous, de la galette, de l'huile, mais sous ses vieilles guenilles de mendiante, aucune d'elles ne la reconnaissait. Quand elle arriva devant la demeure d'Aubépin, son cœur se mit à battre. L'aspect extérieur n'avait pas changé... c'était bien la grande maison qu'ils avaient achetée, avec l'argent qu'elle avait trouvé dans le jardin. De l'intérieur lui parvenaient des voix d'enfants qui jouaient.

Elle rassembla son courage :
Pour l'amour de Dieu ! cria-t-elle, aussi fort qu'elle put, pour couvrir la voix des enfants.
Attends un peu ! dit une femme de l'intérieur.

La mère reconnut la voix de sa belle-sœur. Peu après une petite fille sortit, avec une pleine assiettée de couscous.
Dieu vous le rende ! dit la mère.

La petite fille allait partir. - Vous habitez une grande maison, dit la mère. Demande à tes parents si nous pouvons passer la nuit mon fils et moi. Nous ne savons pas où aller
Va ton chemin, mendiante, dit la voix de la belle-sœur. Nous t'avons donné à manger, mais nous avons pas de place pour toi dans la maison.
Rien qu'une nuit, dit la mère... pour l'amour die Dieu ! Il fait sombre, mon fils est tout jeune, il a froid et nous ne connaissons personne. Faites-nous une toute petite place, même dans le hall, s'il vous plaît. Demain, avant même que vous soyez réveillés, nous serons partis.

La voix d'Aubépin enfin s'éleva :
Laisse la mendiante et son fils passer la nuit dans la maison. Ils ne nous gêneront pas.

On les fit entrer. La mère jeta un regard rapide sur Aubépin : il n'avait pas beaucoup changé. Lui-même la regarda à peine : elle dissimulait son visage le plus possible, afin de ne pas être tout de suite reconnue.

Ils mangèrent le couscous que la petite fille venait de leur apporter, puis :
Mère, dit l'Argenté, raconte-moi une histoire.
Une histoire ! cria la jeune femme, apparemment très irritée. Il ne nous manque plus que cela ! Les histoires, nous sommes dedans jusqu'au cou tous les deux... et tu veux encore que je te raconte celle des autres ?
Mais aujourd'hui, pleura l'Argenté, nous avons bien mangé, bien bu ; nous allons dormir dans une belle maison. Je veux une histoire.
Tu n'as pas honte de parler ainsi devant ces bonnes gens, qui ont bien voulu nous héberger cette nuit !

Les enfants d'Aubépin vinrent dans le hall en criant :
S'il te plaît, vieille mère, raconte-nous une histoire avant de dormir.
Mais peut-être que vos parents sont fatigués ?
Si tu connais des contes, dit Aubépin, dis les aux enfants, cela va leur faire plaisir.
J'en connais un, qui est un peu long, dit la mère.
Nous avons tout le temps, fit Aubépin.
Mettez-vous devant moi, dit aux enfants la mendiante, qui tournait le dos à la pièce où se tenaient leurs parents.

Et elle commença :
« Machaho ! »
« Tellem chaho ! »

Les enfants étaient agglutinés autour d'elle. Aubépin et sa femme, restés dans la pièce, faisaient semblant de ne pas écouter, mais ils entendaient tout. La mère s'adressait à son fils, parce que c'est lui qui avait demandé un conte :

« Argenté, Argenté, mon enfant,
Il était une fois un chasseur qui aimait passionnément la chasse et, un jour, rapporta un perdreau, qu'il confia à sa femme en lui recommandant de ne pas le laisser s'envoler. Mais leur fille, en jouant avec l'oiseau, le laissa s'échapper et le père les chassa toutes les deux de la maison. »

« Argenté, Argenté, mon enfant,
dans la forêt les animaux sauvages dépecèrent la femme, et la petite fille partit par les chemins, avec le bébé qu'on avait trouvé dans le ventre de sa mère. Quand son frère fut grand il se maria. »

Tout en contant, la mère jetait de temps à autre un coup d'œil dans la pièce et, à mesure qu'elle parlait, elle voyait son frère et sa belle-sœur s'enfoncer peu à peu dans la terre : jusqu'aux chevilles, aux mollets, aux genoux, aux cuisses. Ils étaient maintenant engloutis jusqu'à la taille.

« Argenté, Argenté, mon enfant
mais sa belle sœur, jalouse d'elle, lui donna à manger des œufs de serpent qui bientôt éclosent dans ventre et son frère la crut enceinte. »

La jeune femme regarda : la terre avait aspiré une partie du ventre.

« Argenté, Argenté, mon enfant,
ils allèrent dans les bois avec elle et l'y abandonnèrent au milieu des fauves, avec une chienne qui jappait, un maillet et une calebasse qui s'entrechoquaient, et la nuit. »

« Argenté, Argenté, mon enfant,
elle allait être dévorée si un cavalier qui passait ne l'avait recueillie et emmenée dans sa maison. Il réussit à faire sortir les serpents qu'elle portait dans son ventre et il l'épousa. »

La mère regarda à la dérobée derrière elle : d'Aubépin et de sa femme il ne restait que les têtes, qui émergeaient au-dessus du sol comme des courges rondes

« Argenté, Argenté, mon enfant,
ils eurent un garçon qui grandit et, un jour, revint de la place en pleurant, parce que ses camarades allaient rendre visite à leurs oncles maternels, et lui n'en avait même jamais entendu parler. »

A cet instant la mère vit que les deux têtes avaient disparu : à la place il y avait des touffes de cheveux, les uns longs, les autres à côté plus courts. Elle sentit son cœur tressaillir. Elle se leva, agrippa la tête d'Aubepin par les cheveux et, de toutes ses forces, tira. Le corps d'abord résista, mais la jeune femme, tremblant de tous ses membres, ne lâcha pas prise. Bientôt la masse commença à céder. Le haut du crâne d'Aubépin, puis la tête, les épaules, le buste, la taille, les jambes, les genoux, les pieds enfin furent déterrés.

Quand Aubépin, livide et tout endolori, se dressa enfin devant elle, elle se précipita pour l'embrasser, puis elle alla chercher un maillet et, frappant à toute volée sur ce qui restait du corps de sa belle-sœur, l'enfonça à tout jamais dans la terre.

Par la suite elle fit venir son mari. Aubepin se remaria et ils vécurent très heureux dans leur pays.

Machaho !


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Rédigé par orange8454

Publié dans #aubepin, #femme, #fille, #frere, #mere

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Publié le 13 Septembre 2012

Il y avait dans un pays deux frères : l'un était riche et l'autre n'avait pas devant lui le repas d'un soir. Un jour, les hommes sages allèrent trouver le riche et lui demandèrent : "Pourquoi n'aides-tu pas ton frère ? Il n'a rien alors que tu possèdes de grandes richesses."Le temps passa et vint l'Aïd. Le riche dit à sa servante :

 

"Voilà un mouton, un sac de semoule et un pot de beurre. Va les porter à la tombe oubliée."

 

La servante mit la semoule et le beurre sur l'âne, s'installa sur le bât après avoir passé une corde au cou du mouton. Elle se mit en route en se demandant comment elle reconnaîtrait la tombe oubliée.

 

Elle se rendit dans un cimetière, avisa une tombe délabrée, y attacha le mouton, y déposa le sac et le pot et revint à la maison de son maître. Celui-ci lui demanda :

 

"As-tu fait la commission dont je t'avais chargée ?

 

Oui, Sidi." Le temps passa. Les gens du village allèrent voir le pauvre et le questionnèrent :

 

"Ton frère a-t-il été généreux avec toi ?

 

Non", répondit-il. Ils retournèrent auprès du riche et lui reprochèrent son avarice. Il s'étonna :

 

"Mais, je lui ai envoyé des vivres pour l'Aïd. Ce doit être un coup de la servante. Appelle-moi cette fille de chien." Vint la servante :

 

"Où as-tu mis les provisions que je t'avais confiées ?

 

Tu m'as ordonné de les porter à la tombe oubliée. Je les ai déposées sur la tombe la plus désolée du cimetière." Le pauvre avait tout entendu. Il se leva et fit ce serment :

 

"Par Dieu, le pays où j'ai été surnommé la tombe oubliée, je n'y resterai plus. J'y reviendrai quand la fortune m'aura souri." Il se rendit chez lui et dit à sa femme :

 

"Prépare-moi quelque chose pour la route. Demain, je partirai. Si j'arrive à survivre, c'est tant mieux ; si je meurs, tel aura été mon destin.

 

Il se leva tôt le matin et se mit en route. Il marchait depuis longtemps et le soleil commençait à décliner vers le couchant, lorsqu'il aperçut une fumée devant lui.

 

Je vais me rendre dans cette maison là-bas. Si elle est habitée par des ogres, je serai dévoré. Si ce sont des humains qui s'y trouvent, j'aurai à manger et un abri pour la nuit.

 

Lorsqu'il fut près de la demeure, il croisa un corbeau qui lui demanda où il allait. Le pauvre désigna de la main la maison.

 

Malheureux, c'est là habitent quarante ogres. Mais je vais t'indiquer comment te tirer d'affaire. Pour pénétrer à l'intérieur de la maison, tu n'auras qu'à dire : "Porte, ouvre-toi par la grâce de Dieu." Lorsque tu sortiras, tu prononceras l'autre formule : "Porte, ferme-toi par la grâce de Dieu."

 

Le pauvre arriva devant la maison et prononça la formule d'ouverture. La porte s'ouvrit et il pénétra dans une vaste pièce. Il vit quarante plats de couscous, accompagnés d'autant de morceaux de viande et de cruches d'eau. Il mangea une cuillerée dans chaque plat, prit une bouchée de viande de chaque part et but une gorgée de chaque cruche. Il s'essuya la bouche et aperçut un énorme tas de pièces d'or, qui occupait tout un coin de la pièce. Il mit quelques poignées de louis dans son capuchon, redit la formule d'ouverture. La porte s'ouvrit, il sortit, prononça la formule de fermeture et le lourd battant retomba.

 

Il revint chez lui et demanda à sa femme le grand plat en bois. Il y vida les pièces d'or. Ses enfants se mirent à pousser des ris de joie et lui demandèrent d'où venait cette richesse.
"C'est Allah qui nous a pris en pitié."

 

Le pauvre envoya sa fille emprunter le boisseau à son frère. Le riche et sa femme s'interrogèrent : que pouvait bien avoir à mesurer un homme aussi misérable ? Ils collèrent un peu de résine (loubène, pate végétal à mastiquer) au fond du boisseau.

 

Lorsque le pauvre mesura l'or, un Louis resta collé au fond du récipient. Le riche découvrit la pièce et dit :

 

Ce fils de chien possède une grande richesse et je n'en savais rien. Nous verrons cela demain. Le lendemain, il alla trouver son frère et lui déclara : Mon frère, fils de ma mère, la barbe te mange le visage. Pourquoi donnes-tu une telle image de misère ? Viens avec moi, je vais te raser.

 

Celui qui fait du bien ne demande pas conseil. Allons-y.

 

Nous serons mieux dans ce champ, là-bas, au soleil. Lorsqu’ils furent à l'écart le riche dit à son frère :

 

Mets ta tête sur mes genoux. Puis subitement, il ajouta :

 

Si tu ne me révèles pas d'où vient l'or que tu as, je t'égorgerai.

 

Mon frère, fils de ma mère ne fais pas de mes enfants des orphelins ; ne me tue pas et je te raconterai tout. Il lui fit le récit de son aventure et ajouta :

 

Si tu y vas, ne mange qu'un peu de chaque plat ne bois qu'une gorgée de chaque cruche d'eau. Prends dans le tas de louis ce que Dieu t'auras permis et sors en redisant la formule de fermeture.

 

Le riche dit à sa femme :

 

Prépare-moi des vivres pour la route. Je partirai demain.

 

Il suivit les instructions de son frère. Mais une fois dans la demeure des ogres, il vida tout un plat de couscous, dévora un morceau entier de viande et vida un pot d'eau. Il remplit ensuite un grand sac de pièces d'or qu'il traîna péniblement vers la porte. Il prononça la formule d'ouverture. Mais la porte resta fermée. Il eut beau répéter : "Porte, ouvre-toi par la grâce de Dieu", le lourd battant de bois resta sourd à ses supplications. Ce fut bientôt la nuit. Il entendit le mugissement des quarante ogres qui revenaient. Il chercha où se cacher. Il aperçut les peaux des ânes qu'avaient dévorés les ogres, en endossa une, s'accroupit et entassa les autres dépouilles autour de lui. Les ogres entrèrent en grognant et, ne trouvant pas le repas de l'un d'entre eux, se mirent à se quereller. Puis ils se mirent à renifler et à grommeler.
"L'odeur des Humains est dans nos murs. L'odeur des soldats et des armes. L'odeur des Humains est dans nos murs."

 

Ils cherchèrent partout mais en vain. Ils chauffèrent alors les tisonniers et en piquèrent les peaux d'ânes. Ils finirent par toucher le malheureux qui hurla. Les ogres se jetèrent sur lui et le dévorèrent ne laissant que la tête.

 

Le lendemain, en partant, ils suspendirent devant leur porte la tête et le burnous de leur victime.

 

Le second frère, celui qui était pauvre, après avoir vainement attendu le retour du riche, décida d'aller à sa recherche. Arrivé près de la maison des ogres, il découvrit la tête dégoulinante de sang et le burnous de son frère : "J'ai toujours su que tu ne t'en tirerais pas et qu'ils te mangeraient", soupira-t-il.

 

Il décrocha ce qui restait de son malheureux frère et reprit le chemin du retour. Pendant qu'il cheminait, le sang tombait goutte à goutte de la tête. Derrière lui l'alouette recouvrait de poussière la trace sanglante. Lorsqu'il fut près de la maison l'oiseau passa entre ses pieds. Il le chassa : "

 

Va-t-en ! Puisse-t-il ce qui m'est arrivé !

 

C'est ainsi que tu me remercies du bien que je cherche à te faire ? " Et l'alouette reprit le chemin inverse en découvrant toutes les gouttes de sang.

 

Lorsque les ogres revinrent chez eux le soir ils ne trouvèrent plus la tête et le burnous. Ils se transformèrent qui en chevaux, qui en marchands qui en outres d'huiles. Ils leur suffisaient de suivre les traces laissées par le frère pour arriver à sa maison. Il faisait nuit noire lorsqu'ils frappèrent à la porte.

 

Qui va là ? Interrogea le frère.

 

Des invités de Dieu, qui demandent l'hospitalité pour une nuit." Le maître de maison les fit entrer. Il attacha les chevaux dans un coin de la cour, déroula des tapis pour les hommes dans un autre, et entreposa les outres près du réduit où dormait la servante.

 

Avant la fin de la nuit, la servante se leva pour se mettre à moudre le grain de la journée. Comme elle n'avait plus d'huile dans sa lampe elle voulut en prendre un peu dans les outres. Mais voilà que chaque fois qu'elle s'approchait d'une outre celle-ci sautillait et s'éloignait. Elle se mit à chanter tout en faisant tourner sa meule :

 

Lala et Sidi se sont endormis

Que Dieu endorme leur voix !

L'outre saute et se déplace. Elle chanta tant et si bien qu'elle réveilla sa maîtresse qui secoua son mari. Celui-ci alla voir la servante :

 

Fille de chien, qu'as-tu à chanter ainsi de si bon matin ? Elle lui raconta ce qu'elle avait vu.

 

Ce sont des Ghouls (des monstres, des ogres), dit-il. Il réveilla son fils aîné alluma un grand feu et y jeta les hommes encore endormis, dans les outres. Il s'apprêtait à y participer les chevaux entravés quand le fils supplia :

 

Père regarde combien cette jument est belle ! Laisse-la-moi ! Le père eut beau lui dire que c'était une ogresse, le jeune homme ne voulut rien entendre. Le père finit par céder.

 

Le temps passa. Les gens du pays décidèrent se rendre au Sahara pour acheter de la laine. Le fils demanda la permission de les accompagner. Le père donna son accord mais lui déconseilla d'y aller monté sur la jument : "Elle te dévorera, car elle est de la race des ogres."

 

Le jeune homme s'obstina dans son désir de parader sur la magnifique bête. Avant le départ, sa mère lui remit un fuseau et une quenouille et lui dit :

 

Mon fils, si la jument veut te manger plante le fuseau et la quenouille en terre et dit : "Monte arbre de ma mère et de mon père." Un arbre s'élèvera très haut dans le ciel et tu seras sauvé.

 

La caravane partit. La jument commença par devancer tout le monde puis s'arrêta. Les compagnons du jeune homme le rejoignirent et, comme la jument se roulait par terre et refusait de se relever, continuèrent leur route. Le jeune homme vit que la jument devenue ogresse allait le dévorer. Il ficha en terre le fuseau et la quenouille et dit :

 

Monte, arbre de ma mère et de mon père. Un arbre monta, monta... Le fils grimpa le long du tronc qui s'élevait très haut. La jument-ogresse s'absentait dans la journée et ne revenait que le soir. Elle passait la nuit à ronger le tronc de l'arbre jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'un doigt pour qu'il se rompe. Et l'arbre retrouvait son aspect initial au matin. Il en alla ainsi pendant des jours et des jours.

 

La caravane était maintenant de retour. Elle passa sous l'arbre. On interrogea le jeune homme :

 

Que t'est-il arrivé ?

 

Ma jument m'a trahi. Elle s'est révélée ogresse. Dites à mon père mon histoire. Si vous oubliez votre bouillon sera de sang et votre couscous de charbon.

 

La caravane repartit et arriva au village. Les hommes du voyage avaient oublié la commission dont les avait chargés le jeune homme.

 

Le soir, on leur servit le souper. Le bouillon devint sang et le couscous charbon. Ils se souvinrent alors et allèrent avertir le père de leur infortuné compagnon. Le père leur dit : "Préparez-vous. Nous partirons demain."

 

Ils prirent un burnous, une botte de paille et se mirent en route.

 

Ils arrivèrent au pied de l'arbre descendirent le jeune homme de son perchoir et attachèrent à sa place le burnous enroulé autour de la paille. Ils revinrent au village.

 

Comme tous les soirs l'ogresse vint ronger le tronc. Vers minuit, le vent se leva et emporta le burnous. Elle se précipita et planta ses dents, si fort qu'elles restèrent fichées en terre.
"Tu m'as trompé fils de chien mais je te poursuivrai, où que tu ailles !"

 

Elle se rendit au village et prit l'apparence d'une jeune femme d'une grande beauté. Elle se dirigea vers un groupe de jeunes gens parmi lesquels se trouvait son ancien maître et déclara :

Hommes ! Vous allez vous battre contre moi. Comme tous refusaient de s'en prendre à une femme, elle ajouta :

 

Celui qui me dominera sera mon époux. Elle défit successivement tous ceux qui se mesuraient à elle. Il ne restait plus que le jeune homme qu'elle avait été sur le point de dévorer :
- Et celui-là ? Pourquoi ne se bat-il pas ?


Celui-là vient juste d'échapper à l'ogresse et il est encore trop faible.

 

Il a peut-être la baraka et pourra me vaincre. On essaya de la dissuader, mais elle insista et le jeune homme dut l'affronter. Dès qu'il la toucha, elle tomba et il l'épousa.

 

Le jeune couple s'installa dans la maison familiale. Le père possédait maintenant des troupeaux. Chaque nuit, l'ogresse se levait, choisissait la plus belle bête et la dévorait. Le cheptel diminuait au lieu d'augmenter. Le père s'inquiétait. Le berger lui dit :

 

Maître, je compte les bêtes en les faisant entrer dans la cour ; et je les comptes en les emmenant au pâturage. Sois là demain matin et tu pourras constater que le troupeau diminue la nuit, dans ta cour.

 

Le père constata qu'au matin un mouton manquait. Il se cacha au milieu du troupeau pour voir ce qui se passait. Au milieu de la nuit sa bru vint dans la cour choisit un beau bélier et le dévora. Il en fut ainsi pendant trois nuits. La troisième fois le père saisit la jeune femme par ses cheveux :

 

Que fais-tu ici et à cette heure, fille de chienne ?

 

Sidi je suis venue prendre un peu de laine pour ma quenouille.

 

Le père emmena toute sa famille et quitta le pays. Il demanda aux autres habitants de partir aussi. Ne restèrent que le fils et l'ogresse. Elle obligeait son mari à mener le troupeau près de l'oued et le menaçait :

 

Si une bête du troupeau ou quelque autre animal que ce soit met le museau dans l'eau, ton sang en une gorgée et ta chair en une bouchée.

 

Le jeune homme passait ses journées à surveiller toutes les bêtes et à les empêcher de boire. Un jour de canicule, le serpent demanda à boire. Cela lui fut refusé. Vint ensuite le mouton puis la chèvre, le chien... Tous les animaux firent la même demande et tous reçurent la même réponse.

Enfin une jument lui dit :

 

"Laisse-moi boire et je te sauverai."

 

Il la laissa boire. Elle ajouta :

 

"Monte sur mon dos et ne crains rien."

 

Tous les autres animaux purent se désaltérer. L'ogresse se mit à la poursuite du jeune homme. Elle était sur le point de le rejoindre lorsque la jument lui donna une ruade qui l'envoya rouler loin. Elle se releva et se remit à courir. La jument lui décocha une seconde ruade, si bien ajustée qu'elle la tua net. Les habitants du village revinrent chez eux. Le fils se remettait lentement de la grande peur de l'ogresse.

 

Un jour, il voulut revoir l'endroit où elle reposait. Il avait oublié qu'elle lui avait dit avant d'expirer : "Tu ne m'échapperas pas. Je te briserai un bras ou t'éborgnerai."

 

Il mit le pied sur un de ses os qui vola en l'air et lui creva un œil.




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Rédigé par orange8454

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Publié le 13 Septembre 2012

Dans les montagnes de Kabylie vivaient un vieux et une vieille. Ils avaient deux fils. L'un était rusé, l'autre simplet. Et oui c'est parfois comme ça dans une famille.

Un jour le vieux père dit à ses fils :

Mes fils, nous sommes vieux et fatigués. Voilà venu le moment de nous venir en aide. Demain vous irez au champ pour retourner la terre à notre place.

Le lendemain matin, le vieux leur remet deux pioches (parce que là-bas la terre est dure à travailler) et la mère une sacoche contenant des olives et un morceau de pain pour le repas.

Le chemin est long jusqu'au champ et il fait si beau. Alors, ils jouent tout le long du chemin à cache-cache et ils grimpent aux arbres pour dénicher des nids..., jouer ça donne faim. Ils s'installent donc pour manger les olives et le pain avant de repartir. Arrivés au champ, il fait trop chaud pour travailler. Alors les deux frères s'installent sous un olivier et font une grande sieste. Hum !

Quand ils se réveillent, la journée est presque finie :

Ah quoi bon travailler ?

Alors, ils ramassent quelques branches de bois mort pour le feu et rentrent à la maison.

Une fois arrivés, leur vieux père demande :

Alors mes fils vous avez bien travaillé ?

Les deux frères hochent la tête pour dire, oui !

Et le père ajoute :

Demain vous sèmerez des fèves et des petits pois. Le lendemain matin le père leur remet un sac contenant des fèves et des petits pois bien tendres et la vielle mère une sacoche avec les olives et le pain pour le repas.

Les deux frères repartent. Il fait si beau, tellement beau, qu'ils jouent tout le long du chemin et qu'ils grimpent encore aux arbres pour dénicher des nids Puis, comme ils ont faim, ils s'installent pour manger. Ils mangent les olives et le morceau de pain et comme ils ont encore faim, ils prennent une poignée des fèves et de petits pois. lls sont si tendres et si croquants, qu'ils en mangent une deuxième puis une troisième et bientôt, il ne reste plus rien dans le sac.

Alors ils repartent. Arrivés au champ, il fait trop chaud pour travailler... Les deux frères s'installent donc à l'ombre de l'olivier et font une grande sieste hum !

Quand ils se réveillent, la journée est presque finie et ils n'ont plus rien à semer. Alors, ils ramassent quelques branches de bois mort et rentrent à la maison.

Là, le vieux père leur demande :

Alors mes fils, vous avez semé ? Les deux frères se contentent de hocher la tête.

Et le père ajoute :

Demain, vous irez arroser.

Et le temps a fait ce qu'il avait à faire, il a passé. Chaque jour, ils allaient au champ et revenaient sans avoir travaillé. L'hiver est venu, le vieux père les envoyait de temps à autre pour surveiller si tout poussait.

Et puis, l'abeille s'est mise à bourdonner et l'oiseau à chanter. Le printemps était là. Les paysans alentour, remontaient de leurs champs des paniers remplis de fèves et de petits pois qu'ils allaient vendre au marché. Le vieux père a dit à ses fils :

Demain vous irez faire la récolte. Le lendemain, ils sont repartis avec un âne chargé de deux grands paniers. En chemin, ils n'ont pas joué, ils n'avaient pas trop envie.

Arrivés de bonne heure au champ le Simplet a dit à son frère :

Qu'est ce qu'on va faire, nous n'avons rien à récolter ?

Le simplet lui a répondu :

Regarde cette plume que j'ai dans ma main. Je vais la lancer en l'air. Là où elle tombera, nous ferons notre récolte. Il a lancé la plumé qui s'est envolée dans les airs, ils l'ont suivie avec leur âne. Ils ont traversé un ruisseau et voilà que la plume se pose dans un champ extraordinaire !

Il y a là toutes sortes de fleurs et de plantes gigantesques... et dans un coin du champ, des fèves et des petits pois gros comme ça.

Ils attachent leur âne à un arbre et se mettent à remplir les paniers, Seulement, ce qu'ils ne savent pas c'est que ce champ appartient à Tseriel L'ogresse. Et elle se tient là cachée derrière un arbre en se disant :

Patience mes petits, patience…

En attendant, elle a mangé l'âne et lorsque les deux paniers étaient remplis à ras bord, elle a surgi devant les deux garçons :

Alors mes fils, que faites-vous dans mon champ ?

Ils ont tout de suite reconnu Tseriel et ils ont baissé la tête et se sont mis à trembler. Tseriel a ajouté :

Il se fait tard, vous ne pouvez pas rentrer chez vous à cette heure. Vous mangerez et dormirez chez moi ce soir !

Et Tseriel les a fait rentrer dans sa maison. Là, elle a demandé au simplet :

Qu'est-ce que tu manges, du couscous de blé ou du couscous de cendre ?

Le simplet n'a pas réfléchi et a dit :

Du couscous de blé !

Eh bien, tu auras du couscous de cendre ! Et puis elle a demandé au rusé

Et toi mon fils, qu'est-ce que tu veux manger ?

Le rusé a répondu :

Du couscous de cendre vieille mère !

Après ce repas, ils se sont couchés. Le simplet s'est aussitôt endormi. Le rusé lui ne dormait pas. Il savait bien que personne n'était jamais ressorti vivant de chez l'ogresse et il se demandait quoi faire.

Il a eu une idée. Il est allé trouver Tseriel et lui a dit :

Vieille mère, parfois la nuit je me réveille et je fais du bruit. Je ne voudrais pas te déranger, toi qui nous a si bien accueillis. Aussi dis-moi comment le sommeil fait-il pour entrer en toi.

L'ogresse lui a répondu :

C'est facile mon fils ! Lorsque tu entendras dans mon ventre tous les animaux que j'ai mangés alors tu peux être sûr que je dors.

Le rusé s'est recouché, mais il ne dormait que d'un œil. C'est alors qu'il a entendu son âne braire dans le ventre de Tseriel et puis une vache meugler, un mouton bêler et 3 poules caqueter.

Il a réveillé le Simplet qui dormait à poings fermés et il a ouvert la porte de la maison. Puis il lui a dit :

Fais bien attention la porte, mon frère. Le simplet a donc pris la porte sur son dos.

Et ils étaient là dehors à courir, le rusé devant et le simplet qui soufflait derrière. Voilà que le rusé aperçoit un buisson d'épines. Il dit alors à son frère :

Fais bien attention aux épines ! Et le simplet, qu'est-ce qu'il a fait ? Il pose la porte et a pris les épines sur son dos. Et puis ils ont continué de courir. Plus loin, le rusé voit une pierre il dit à son frère :

Mon frère, fais bien attention à la pierre. Et le simplet qu'est- ce qu'il fait ?

Il pose les épines et prend la pierre sur son dos. Encore plus loin le rusé aperçoit un olivier qui barre le chemin. Il dit à son frère :

Fais bien attention la pierre. Et le simplet, qu'est-ce qu'il fait ? Il pose la pierre, arrache l'olivier et le porte sur son dos. Et voilà que devant le rusé, se trouve une rivière profonde et infranchissable. Il s'arrête et dit son frère :

Que faire, nous ne pouvons plus avancer ?

Il se retourne et voit l'olivier sur le dos de son, frère. Il lui dit :

Quelle bonne idée tu as eu mon frère !

Le Simplet dépose l'olivier au bord de l'eau. Ils grimpent sur le tronc et emportés par le courant ils s'éloignent...

Bientôt, ils aperçoivent leur village, partout des cris et de la lumière. C'est que tout le village est à leur recherche. Lorsqu'on les reconnaît, personne n'en, croit ses yeux.

Alors le rusé dit :

Père, mère, nous avons menti

Et la vielle mère lui répond :

Je sais mon fils mais que m'importe les fèves et les petits pois, puisque vous nous êtes rendus...



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Rédigé par orange8454

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Publié le 13 Septembre 2012

Il y avait une fois deux frères ; ils étaient enfants du même père et de la même mère. L'aîné s'appelait Anoup (ou Anubis) ; il avait une femme et il possédait une maison. Quant au frère cadet, Baîti, il menait une vie de cadet : c'était lui qui tissait les étoffes ; lui qui marchait derrière les bestiaux qu'il menait paître aux champs ; il filait sa quenouille ; c'était lui qui labourait, qui bêchait, qui sarclait et qui moissonnait, qui battait le grain. C'était un bon ouvrier qui n'avait pas son pareil sur la terre entière.

Et tous les jours il revenait des champs, marchant derrière ses vaches, chargé d'un lourd fardeau d'herbes coupée, comme on fait au retour des champs pour la nourriture des bêtes pendant la nuit. Il déposait ce faix devant son frère, qui était assis avec sa femme, puis il allait dans son étable, avec las vaches, boire, manger et dormir. Et quand la terre s'éclairait et qu'un autre jour était venu, il faisait cuire les pains et les déposait devant son aîné. Et celui-ci lui donnait sa part de pain pour aller aux champs. Il emmenait alors les vaches au pâturage, les poussant devant lui. Et tandis qu'il allait derrière les vaches, elles lui disaient "Elle est bonne, l'herbe en tel endroit." Il écoutait ce qu'elles disaient, il les menait au bon herbage qu'elles souhaitaient. Et alors les vaches qui étaient avec lui devenaient belles, et bien grasses, et elles avaient de petits veaux.

Et une fois, à la saison du labourage, son frère aîné lui dit : "Prépare notre attelage pour nous mettre à labourer. Toi, va-t'en aux champs porter les semences et nous nous mettrons à labourer demain matin."

Ainsi parla-t-il et le cadet fit toutes les choses que son grand frère lui avait recommandées. Lorsque la terre s'éclaira et qu'un autre jour fut, ils allèrent aux champs avec leur attelage pour labourer et ils n'abandonnèrent pas leur tâche de toute la journée, et le travail rendit leur cœur joyeux.

Et après bien des jours ainsi employés, ils étaient encore aux champs en train de manier la houe ; le grand frère appela son frère cadet en lui disant : "Cours au village et apporte-nous les semences !"

Le cadet retourna à la maison ; il y trouva la femme de son frère en train de se faire coiffer ; on refaisait les innombrables petites nattes serrées, qu'il fallait plusieurs heures pour arranger sur sa tête, et qu'elle gardait ensuite pendant longtemps.

Le cadet lui dit : "Debout ! Donne moi les semences, que je les rapporte aux champs en courant, car mon frère aîné m'a dit en m'envoyant : point de paresse ! "

Sans se déranger, la femme lui dit : "Va, ouvre la huche de terre battue et emporte ce qu'il te plaire, mais je ne veux pas interrompre ma coiffure pour te servir." Le garçon pénétra dans l'étable, choisit une énorme jarre (car son intention était de prendre beaucoup de grains), la remplit de blé et d'orge et sortit, ployant sous le faix. Elle lui dit : "Ton épaule est bien chargée. Quelle quantité as-tu prise ?" Il répondit : "Orge : trois mesure ; froment : deux mesures. Total : cinq. Voilà ce que supporte mon épaule." Elle reprit : "Tu as bien du courage, chaque jour je constate que tu deviens de plus en plus fort." Elle le regardait en l'admirant. Soudain, elle se leva et lui dit : "Tu es plus fort que ton frère aîné. J’aurais dû t'épouser !"

Le garçon, enragé comme un guépard du midi parce qu'elle avait l'air de critiquer son mari, se fâcha contre elle, l'accusa de tenir de vilains propos et elle eut peur, et la voilà qui se mit à chercher un moyen de se débarrasser de lui.

Il rechargea son fardeau et s'en alla aux champs. Quand il eut rejoint son grand frère, ils se remirent au travail.

Sur le moment du soir, tandis que l'aîné retournait à la maison, le frère cadet raccompagnait les bestiaux à l'étable et rapportait les outils. Comme la femme avait peur à cause des propos qu'elle avait tenus, elle prit de la graisse, un chiffon et imita sur sa propre peau les meurtrissures qu'on porte après avoir été roué de coups par un malfaiteur. En arrivant à la maison, selon son habitude de chaque jour, le mari trouva sa femme gisante et dolente ; elle ne lui versa point de l'eau sur les mains selon son habitude de chaque jour ; elle ne fit pas la lumière devant lui, mais la maison était sombre et elle gisait, toute souillée.

Son mari lui dit : "Qu'est-il donc arrivé ?" et voilà qu'elle lui dit : "C'est ton frère cadet. Lorsqu'il est venu prendre les semences pour toi, me trouvant assise toute seule, il s'est mis à dire du mal de toi, et à dire que j'aurais dû l'épouser, lui ! Et moi je ne l'écoutai point. Je lui dis : "Ton grand frère n'est-il pas pour toi comme un père ?" Il eut peur, il me roua de coups pour que je ne te fasse point de rapport. Si tu permets qu'il vive, je me tuerai ; car si, en revenant le soir, il apprend que je me suis plainte de ses vilaines paroles, qu'est ce qu'il fera ?"

Le grand frère se monta comme un guépard du midi, il affila son couteau et le prit bien en main. Il se tint derrière la porte de son étable pour tuer son frère cadet, lorsque celui-ci ferait rentrer ses bêtes dans l'étable. Et quand, le soleil couché, le frère cadet arriva selon son habitude de chaque jour, son fardeau d'herbes sur le dos, poussant les vaches devant lui, la vache de tête, dès son entrée, dit à son gardien : "Voici ton grand frère qui te guette, derrière la porte, avec son couteau, pour te tuer. Sauve-toi ! " Il entendit ce qu'elle disait et la seconde, entrant à son tour, répéta la même chose : "Attention ! Ton frère est derrière la porte, qui attend pour te tuer avec son couteau !" Il se baissa et ragarda par-dessous la porte de l'étable ; il aperçut les pieds de son frère aîné qui se tenait derrière, son couteau à la main. Il posa là son fardeau d'herbes et se mit à courir de toutes ses jambes, et son frère partit à sa poursuite, le couteau à la main.

Le frère cadet invoqua Râ-Horus, le soleil, disant : "Mon bon maître, c'est toi qui fait la différence entre le juste et l'injuste !" Et Râ-Horus entendit sa plainte, et il fit apparaître une eau immense entre lui et son grand frère, une eau pleine de crocodiles ; l'un se trouvait d'un côté, l'autre de l'autre. Le grand frère par deux fois lança sa main pour le frapper, mais il ne put l'atteindre. De l'autre rive, le cadet le héla et lui dit : "Reste là jusqu'à ce que la terre s'éclaire. Quand le disque solaire s'élèvera, je plaiderai avec toi devant lui afin de rétablir la vérité, mais je ne serai plus avec toi, jamais, je ne serai plus dans les lieux où tu seras, j'irai au val de l'Acacia, sur les côtes du Liban ! "

Quand la terre s'éclaira et qu'un second jour fut, Râ-Horus s'étant levé, chacun d'eut aperçut l'autre. Le garçon adresse la parole à son grand frère, lui disant : "Pourquoi viens-tu derrière moi pour me tuer en traître, sans avoir entendu ce que ma bouche avait à dire ? Je suis ton frère et tu es comme mon père, n'est-il pas vrai ? Or, quand tu m'as envoyé chercher les semences, ta femme m'a dit : "Tu es plus fort que ton frère aîné." Je n'ai pas répondu et cela a été perverti pour toi en autre chose" Et il jura par Râ-Horus, disant : "Dire que tu es capable de te cacher, ton poignard à la main, pour me tuer en traître. Quelle trahison ! Quelle infamie !" Il prit une serpe à couper les roseaux, s'en donna un grand coup qui le blessa, puis s'affaissa et s'évanouit. Le grand frère maudit son propre cœur, et il resta là à pleurer ; il s'élança, mais il ne put passer sur la rive où était son frère cadet, à cause des crocodiles.

Alors le frère cadet le héla et lui dit : "Ainsi tandis qu'on m'accusait d'avoir dit une mauvaise parole, tu n'as pensé à aucune des choses que j'ai faites pour toi ! Ah ! Va t'en à la maison, soigne toi-même tes bêtes, car je ne demeurerais plus à l'endroit où tu es, j'irai au Val de l'Acacia. Et voici ce qui arrivera. J'arracherai mon cœur par magie et je le placerai sur le sommet de la fleur de l'acacia. Et lorsqu'on coupera l'acacia et que mon cœur sera tombé à terre, tu viendras le chercher. Quand il te faudra passer sept années à le chercher, ne te rebute pas ; mais une fois que tu l’auras trouvé, mets-le dans un vase d'eau fraîche et je vivrai de nouveau pour rendre le mal qu'on m'aura fait. Or si la bière contenue dans la cruche qu'on met dans ta main jette de l'écume, ou si le vin se trouble lorsqu'on te donnera une cruche de vin, tu sauras qu'il m'arrive quelque chose. Ne tarde pas à te mettre en route tout de suite après, parce que j'aurai besoin de toi."

Et il s'en alla au Val de l'Acacia.

Et son grand frère s'en retourna à la maison, la main sur la tête, le front souillé de poussière en signe de deuil. Arrivé à la maison, il tua sa femme, la jeta aux chiens et demeura en deuil de son frère cadet.

Longtemps, beaucoup de jours après, le frère cadet vécut au Val de l'Acacia. Devenu " un corps sans âme ", il passait la journée à chasser les bêtes du désert et la nuit il dormait sous l'acacia au sommet de la fleur duquel était placé son cœur. Et il construisit de sa main, dans le Val de l'Acacia, une ferme bien aménagée pour avoir un toit sous sa tête et une maison où habiter.

Un jour, comme il sortait de sa maison, il rencontra l'Ennéade, les neuf dieux qui s'en allaient régler les affaires de l'Egypte. Les neuf dieux parlèrent tous ensemble pour dire : "Oh, Baîti, n'es tu pas seul ici pour avoir quitté ton pays à cause de la femme d'Anoup, ton grand frère ? Voici : il a tué sa femme et tu es vengé."Leur cœur souffrit pour lui en le voyant vivre solitaire, et Râ-Horus dit à Khnoum, le modeleur de corps d'enfants : "Oh ! Fabrique une femme à Baîti, afin qu'il ne reste pas seul."

Khnoum lui modela, pour demeurer avec lui, une compagne, la plus belle de toutes les femmes sur la terre-Entière. Les sept hâthors vinrent la voir et prédirent d'une seule bouche : "Elle mourra par le glaive." Baîti l'aimait, l'aimait beaucoup. Elle restait dans sa maison, tandis que, tout le jour, il chassait les bêtes du désert pour les déposer à ses pieds. Il lui dit : "Ne vas pas dehors, de peur que le Nil ne te saisisse, tu n'échapperais pas, car tu n'es qu'une femme. Quant à moi, mon cœur est posé au sommet de la fleur de l'acacia et si un autre le trouve, il me faudra me battre avec lui." Et il lui confia donc tout ce qui concernait son cœur.

Et après beaucoup de jours encore, Baîti étant allé à la chasse selon son habitude de chaque jour, comme la femme était sortie pour se promener sous l'acacia qui ombrageait sa maison, voici : elle aperçut le Nil envoyer ses vagues vers elle ; elle se mit à courir et se réfugia dans sa maison. Le fleuve cria : "Que je m'empare d'elle !" et l'acacia livra une tresse de ses cheveux.

Cette tresse, le Nil l'emporta jusqu'en Egypte ; il la déposa au lavoir des blanchisseurs du Pharaon et l'on gronda les blanchisseurs, disant : "Il y a une odeur de pommade dans le linge de Pharaon." Et de jour en jour on les réprimanda de plus belle, et ils ne savaient plus ce qu'ils faisaient, jusqu'à ce qu'enfin le chef des blanchisseurs de Pharaon vînt au lavoir, car son cœur était dégoûté des reproches qu'on lui faisait chaque jour. Il s'arrêta, il se tint devant le lavoir juste en face de la boucle de cheveux qui flottait dans l'eau. Il fit descendre quelqu'un et on la lui apporta. Trouvant qu'elle sentait bon, il la porta au Pharaon. On alla chercher les scribes sorciers du Pharaons et ils dirent au maître :"Cette boucle de cheveux appartient à une fille de Haacht qui est d'essence divine. Puisque c'est un hommage qui te vient d'une terre étrangère, envoie des messagers vers toutes les terres étrangères pour chercher cette créature, et envoie beaucoup d'hommes avec le messager qui ira au Val de l'Acacia pour la ramener." Et Sa Majesté déclara : "c'est parfais, parfais.", et on fit partir les messagers.

Et après beaucoup de jours encore, les hommes qui étaient allées vers la Terre-Etrangère vinrent faire leur rapport à Sa Majesté ; seuls ne revinrent pas ceux qui étaient allés au Val de l'Acacia : Baîti les avaient tués ; il n'en avait épargné qu'un pour venir faire son rapport à Sa Majesté. Sa Majesté fit alors partir beaucoup d'hommes et d'archers, et même des gens avec des chers de guerre pour ramener la créature, et il y avait même une femme pour lui tenir compagnie et l'aider à se parer. Ils la ramenèrent en Egypte et on se réjouit de la voir dans la Terre-Entière. Sa Majesté l'aima beaucoup, beaucoup, et elle devint sa grande Favorite. On la fit parler de son mari et elle dit à Sa Majesté : "Qu'on coupe l'acacia et mon mari sera détruit !" On envoya des hommes et des archers avec leurs outils pour abattre l'acacia ; ils coupèrent la fleur sur laquelle était le cœur de Baîti, et il tomba mort en cette heure malencontreuse.

Quand le second jour éclaira la terre après que l'acacia eut été coupé, Anoup, le grand frère de Baîti, entra dans sa maison et s'assit après avoir lavé ses mains ; on lui servit une cruche de bière et voilà que la bière jeta de l'écume ; on lui en donna une autre de vin et voilà que le vin se troubla et devint lie. Il saisit ses sandales, son bêton, ses vêtements et ses armes et se mit en marche vers le Val de l'Acacia. Il entra dans la maison de son frère cadet et il trouva son frère étendu mort sur le cadre de son lit. Il s'en alla aussitôt pour chercher le cœur de son frère sous l'acacia à l'abri duquel le frère couchait le soir ; il chercha, il chercha trois années, se consumant à chercher sans rien trouver. Il entamait la quatrième année lorsque, obéissant au désir de son cœur de retourner en Egypte, il se dit : "Je partirai demain." Et quand un nouveau jour éclaira la terre, il alla sous l'acacia et passa la journée à chercher encore. Au soir, au moment de rentrer, comme il cherchait encore du regard autour de lui, il trouva une graine qu'il emporta. Et voici, c'était le cœur de son frère cadet. Il apporta une tasse d'eau fraîche, y jeta la graine et s'assit selon son habitude de chaque jour. Et lorsque la nuit vint, le cœur ayant absorbé l'eau, Baîti tressaillit de tous ses membres et se mit à regarder fixement son grand frère. Anoup saisit la tasse d'eau fraiche où était le cœur de son frère cadet ; celui ci but; et son cœur fut remis en place et Baîti redevint comme autrefois.

Chacun d'eux embrassa l'autre et ils parlèrent ensemble comme deux compagnons, puis Baîti dit à son frère aîné : "Voici, je vais devenir un grand taureau, un taureau sacré Apis : poil noir, tache blanche en triangle sur le front, un vautour aux ailes déployées sur le dos, l'image d'un scarabée sur la langue et tous les poils de la queue doubles. Toi, tu t'assiéras sur mon dos, quand le soleil se lèvera, et lorsque nous serons au lieu où est ma femme, je prendrai ma revanche. Toi, conduis moi à l'endroit sacré et on te fera bonne chère, on te chargera d'argent et d'or pour m'avoir amené au Pharaon, car je serai un grand miracle et on se réjouira dans la Terre-Entière, et puis tu t'en iras chez toi."

Et quand le jour suivant éclaira la terre, Baîti se changea en la forme d'un taureau, comme il l'avait dit. A l'aube, Anoup son grand frère, s'assit sur son dos, et il arriva à l'endroit désigné. On fit connaître le taureau à Sa Majesté, elle l'examina, elle reconnut tous les signes ; elle eut de la joie, beaucoup, beaucoup, elle lui fit une grande fête, disant : "C'est un miracle qui se produit !" et on se réjouit à cause de lui dans la Terre-Entière. Le grand frère fut chargé d'or et d'argent et alla s'établir dans son village. Quant au taureau, il fut installé avec beaucoup de serviteurs et beaucoup de biens, car le Pharaon l'aimait beaucoup, beaucoup.

Et bien des jours après cela, le taureau en se promenant entra au harem et s'arrêta devant la favorite, et se mit à lui parler, disant : "Vois, moi, je vis tout de même." Elle dit : "Toi, qui es tu donc ?" "Moi, dit-il, je suis Baîti. Tu savais bien, quand tu as dit à Pharaon de faire abattre l'acacia, que c'était me mettre à mal et m'empêcher de vivre, mais moi, je vis tout de même, je suis taureau." Il sortit du harem et la favorite du Pharaon eut peur de ce que lui avait dit son mari.

Sa Majesté, étant venue passer un jour heureux avec elle, l'admit à sa table et fut bon pour elle et plein d'attentions polies. Elle dit à sa Majesté : "Jure moi par Amon Râ et dis : Ce que tu demanderas, je te l'accorderai." Il consentit et elle parla ainsi : "qu'il me soit donné de manger le foie de ce taureau." On s'affligea beaucoup de ce qu'elle disait, et la cour de Pharaon en fut malade, parce que le taureau était sacré. Mais quand le jour suivant éclaira la terre, on proclama une grande fête d'offrandes et de sacrifice e, l'honneur du taureau et l'on envoya l'un des bouchers en chef de sa Majesté pour égorger le taureau.

Or, après que le boucher l'eut égorgé, tandis qu'il pesait sur les épaules des gens qui l'emportaient, il laissa tomber deux gouttes de sang près du double perron de sa Majesté. L’une tomba d'un côté de la grande porte de Pharaon, l'autre en face, et il en sortit deux grands perséas, chacun de toute beauté, ces beaux arbres à fruit merveilleux, dont le proverbe dit : "Une bouchée de perséa réconforte le cœur."

Vite, on alla dire à sa Majesté : "Il y a un grand prodige pour sa Majesté : deux grand perséas ont poussé auprès de la grande porte du palais royal." Et on se réjouit à cause d'eux dans la terre-Entière et on leur fit des offrandes comme à des arbres sacrés.

Et beaucoup de jours après, Sa Majesté se para du diadème de lapis-lazuli, suspendit à son cou des guirlandes de toutes sortes de fleurs et monta sur son char vermeil pour sortir du palais et voir les perséas merveilleux.

La favorite sortit sur son char à deux chevaux, à la suite du Pharaon. Sa majesté s'assit sous l'un des perséas et la favorite sous l'autre, en face. Quand elle fut assise, le perséa parla à sa femme : "Ah, perfide ! Je suis Baîti et je vis, maltraité par toi. Tu savais bien que faire couper l'acacia par Pharaon, c'était me mettre à mal ; tu savais bien que faire égorger le taureau, c'était me tuer."

Et après beaucoup de jours encore, comme la favorite était assise à la table de Sa Majesté, et que Sa Majesté était bien disposé envers elle, elle dit à Sa Majesté : "Prête moi serment par Amon-Râ, disant : Ce que tu demanderas, je te le donnerai. Parle !" Il accorda ce qu'elle voulait. Elle dit : "Fais abattre ces deux perséas et qu'on m'en fabrique de beaux coffres ! " Ce fut entendu et Sa Majesté envoya des charpentiers habiles qui coupèrent les perséas de Pharaon tandis que la favorite se tenait là, à regarder faire. Et voilà que tout à coup, un copeau s'envola et entra dans la bouche de la favorite. Les charpentiers fabriquèrent les coffres et on fit tout ce qu'elle voulut.

Et beaucoup de jours après, elle mit au monde un enfant mâle et on alla dire à Sa Majesté : "Il t'est né un fils !" On l'apporta, on lui donna des nourrices et des remueuses, et des berceuses. On se réjouit dans la Terre-Entière. Vous devinez que ce fils n'était autre que Baîti.

On fit un jour de fête en son honneur. Sa Majesté l'aima beaucoup, beaucoup, sur l'heure, et on le salua fils royal, prince de Kaoushou, et plus tard Sa Majesté le fit prince héritier de la Terre-Entière.

Et après beaucoup d'années, Sa majesté s'envola vers le ciel. Le nouveau Pharaon dit : "Qu'on m'amène les grands officiers de Sa majesté, que je leur fasse connaître mon histoire." On lui amena son ancienne femme, il la jugea devant eux et les conseillers de la cour approuvèrent son jugement ; on lui amena son grand frère et il le fils prince héritier de la terre-Entière. Baîti fut vingt ans roi d'Egypte, puis il quitta la vie et son grand frère occupa sa place le jour de ses funérailles.



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Rédigé par orange8454

Publié dans #beaucoup, #frere, #grand, #majeste, #terre

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Publié le 13 Septembre 2012

Il y a fort longtemps vivaient en Chine deux frères.

Wang-l'aîné était le plus fort et brimait sans cesse son cadet. A la mort de leur père, les choses ne s'arrangèrent pas et la vie devint intenable pour Wang-cadet. Wang-l'aîné accapara tout l'héritage du père : la belle maison, le buffle, et tout le bien. Wang-cadet n'eut rien du tout et la misère s'installa bientôt dans sa maison.

Un jour, il ne lui resta même plus un seul grain de riz. Il ne pourrait pas manger, alors, il se résolut à aller chez son frère dut aller chez son frère aîné.

Arrivé sur place, il le salua et dit en ces termes :


-Frère aîné, prête-moi un peu de riz.



Mais son frère, qui était très avare, refusa tout net de l'aider et le cadet

reparti.

Ne sachant que faire, Wang-cadet s'en alla pêcher au bord de la mer Jaune. La chance n'était pas avec lui car il ne parvint même pas à attraper un seul poisson.


Il rentrait chez lui les mains vides, la tête basse, le cœur lourd quand soudain, il aperçut une meule au milieu de la route.


" Ça pourra toujours servir!", pensa-t-il en ramassant la meule, et il la rapporta à la maison.


Dès qu'elle l'aperçut, sa femme lui demanda :


-As-tu fait bonne pêche ? Rapportes-tu beaucoup de poisson ?


-Non, femme ! Il n'y a pas de poisson. Je t'ai apporté une meule.


-Ah, Wang-cadet, tu sais bien que nous n'avons rien à moudre: il ne reste pas un seul grain à la maison.


Wang-cadet posa la meule par terre et, de dépit, lui donna un coup de pied. La meule se mit à tourner, à tourner et à moudre. Et il en sortait du sel, des quantités de sel. Elle tournait de plus en plus vite et il en sortait de plus en plus de sel. Wang-cadet et sa femme étaient tout contents de cette aubaine mais la meule tournait, tournait et le tas de sel grandissait, grandissait.

Wang-cadet commençait à avoir peur et se demandait comment il pourrait bien arrêter la meule. Il pensait, réfléchissait, calculait, il ne trouvait aucun moyen.


Soudain, il eut enfin l'idée de la retourner, et elle s'arrêta.


A partir de ce jour, chaque fois qu'il manquait quelque chose dans la maison, Wang-cadet poussait la meule du pied et obtenait du sel qu'il échangeait avec ses voisins contre ce qui lui était nécessaire. Ils vécurent ainsi à l'abri du besoin, lui et sa femme.


Mais le frère aîné apprit bien vite comment son cadet avait trouvé le bonheur et il fut assailli par l'envie. Il vint voir son frère et dit :


-Frère-cadet, prête-moi donc ta meule.


Le frère cadet aurait préféré garder sa trouvaille pour lui, mais il avait un profond respect pour son frère aîné et il n'osa pas refuser.

Wang-l'aîné était tellement pressé d'emporter la meule que Wang-cadet n'eut pas le temps de lui expliquer comment il fallait faire pour l'arrêter. Lorsqu'il voulut lui parler, ce dernier était déjà loin, emportant l'objet de sa convoitise


Il était très heureux, le frère aîné. Il rapporta la meule chez lui et la poussa du pied. La meule se mit à tourner et à moudre du sel. Elle moulut sans relâche, de plus en plus vite. Le tas de sel grandissait, grandissait sans cesse. Il atteignit bien vite le toit de la maison. Les murs craquèrent. La maison allait s'écrouler.


Wang-l'aîné prit peur. Il ne savait pas comment arrêter la meule. Il eut l'idée de la faire rouler hors de la maison, qui était sur une colline. La meule dévala la pente, roula jusque dans la mer et disparut dans les flots.

Depuis ce temps-là, elle continue à tourner au fond de la mer et à moudre du sel. Personne n'est allé la retourner.


Et voilà pourquoi l'eau de la mer est salée.



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Rédigé par orange8454

Publié dans #aine, #cadet, #frere, #meule, #wang

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