Publié le 13 Septembre 2012

Le texte de cette légende a été retrouvé sur un papyrus datant d'environ 1250 avant J-C (XIXe dynastie). Il met en scène Isis, fille de Râ, sœur et épouse d'Osiris. Déesse magicienne, elle sait aussi être habile et cruelle. Même Râ, le soleil, se laisse prendre à ses pièges.

Paroles du dieu qui vint à l'existence de lui-même, qui créa le ciel, la terre et l'eau, le souffle de la vie et le feu, les divinités et les hommes, le bétail, les serpents, les oiseaux et les poissons; le roi des hommes et des dieux réunis, dont les limites vont au-delà des années, et possédant beaucoup de noms, inconnus de celui-ci ou inconnus de celui-là.

Isis était une femme intelligente; son cœur était plus habile que celui de millions d'hommes; elle avait plus de discernement qu'un million de dieux; elle était plus judicieuse qu'un million d'esprits. Elle n'ignorait rien de ce qui était dans le ciel et sur la terre, à l'égal de Rê, qui avait créé ce qui est sur la terre. Mais elle souhaitait, en son cœur, connaître le nom de ce dieu auguste.

Râ, chaque jour, entrait à la tête de son équipage et s'asseyait sur le trône des Deux Horizons. Le grand âge du dieu rendait sa bouche molle; aussi laissait-il tomber sa salive sur le sol, ou bien il la crachait en la jetant à terre. Isis [un jour] la pétrit en ses mains avec la terre sur laquelle elle se trouvait; elle lui donna la forme d'un serpent sacré, et le modela tel un trait [prêt à s'élancer]. Mais, devant elle, il ne bougea pas; aussi put-elle le placer à la croisée des chemins que le dieu auguste avait coutume de suivre, selon son désir, sur le Double Pays.

Le dieu fit son apparition hors des portes [de son palais], tandis que les divinités du palais étaient en sa suite, afin de se promener, comme chaque jour. Alors le serpent sacré le mordit, et le feu de la vie sortit de lui, puis l'animal se cacha dans les roseaux. Le dieu ouvrit la bouche et la voix de Sa Majesté atteignit le ciel. Son Ennéade dit : " Qu'est-ce donc? Qu'est-ce donc? "; ses dieux dirent : " Quoi donc? Quoi donc? " Il ne pouvait leur répondre, ses lèvres tremblaient, ses membres étaient secoués, car le poison avait pris possession de son corps, de même que le grand Nil charrie tout derrière lui.

Le grand dieu affermit alors son cœur et il appela ceux qui étaient en sa suite : " Venez à moi, vous qui êtes venus à l'existence hors de mon corps, dieux qui êtes issus de moi, afin que le vous fasse connaître ce qui m'est arrivé. Une chose douloureuse m'a mordu. Mon cœur ne la connaît pas, mes yeux ne l'ont pas vue, ma main ne l'a pas faite. je ne reconnais en elle aucun des éléments de ma création. Mais je n'ai jamais ressenti une souffrance comme celle-là; il n'y a rien de plus pénible que cela. je suis un Souverain, fils de Souverain, une semence divine venue à l'existence comme dieu. Je suis le Grand, fils du Grand, celui dont le nom fut pensé par son père. J'ai beaucoup de noms et beaucoup de formes. Ma forme est aussi en chaque dieu. Je suis celui que l'on appelle Atoum et Horus le Loué. Mon père et ma mère m'ont dit mon nom, et je l'ai caché en mon corps [hors de portée] de mes enfants, de peur qu'un pouvoir soit donné à un magicien contre moi. Or je sortais pour voir ce que j'avais créé, je me promenais sur le Double Pays que j'avais fait, lorsqu'une chose me mordit que je ne connais point. Ce n'est pas le feu, ce n'est pas l'eau, mais mon cœur brûle, mon corps tremble et mes membres ont froid. Que mes enfants, les dieux, me soient amenés, avec des paroles bénéfiques - [les dieux] qui savent les formules magiques et dont la connaissance atteint le ciel."

Alors les enfants du dieu vinrent à lui, chacun d'eux se lamentant. Isis s'en vint avec son pouvoir et ses incantations magiques, possédant le souffle de la vie, avec ses incantations magiques pour repousser la maladie, avec ses paroles capables de rendre la vie à une gorge qui étouffe. Elle dit : " Qu'est-ce donc? Qu'est-ce donc? ô mon divin père! L'un de tes enfants aurait-il levé la tête à ton encontre? Alors je le ferai tomber grâce à mon pouvoir magique parfait, et je ferai qu'il soit chassé de la vue de tes rayons."

Le dieu auguste ouvrit la bouche : " En vérité, je marchais sur le chemin, je me promenais dans le Double Pays, mon cœur souhaitant de revoir ce que J'avais créé, lorsque je fus mordu par un serpent que je n'aperçus même point. Ce n'est pas le feu, ce n'est pas l'eau, mais je suis plus froid que l'eau et plus chaud que le feu; tout mon corps transpire, et je tremble; mon regard n'est pas ferme, je ne vois plus; et le ciel fait que l'eau inonde mon visage comme au temps de l'été."

Isis répondit : "Dis-moi ton nom, mon divin père! Car un homme revit lorsqu'il est appelé par son nom.

- Je suis celui qui a fait le ciel et la terre, qui a lié les montagnes, qui a créé ce qui existe sur eux. je suis celui qui a fait l'eau, de telle sorte que la vache [nommée] Mehet-Ouret put venir à l'existence J'ai fait le taureau pour la vache, de telle sorte que la jouissance sexuelle vint aussi à l'existence. je suis celui qui a fait l'empyrée et les mystères des deux horizons, j'ai placé là les ba des dieux. je suis celui qui fait venir la lumière lorsqu'il ouvre les yeux, et amène l'obscurité lorsqu'il les ferme. L'eau du Nil coule selon son ordre, celui dont les dieux ignorent le nom. Je suis celui qui a fait venir à l'existence les heures et les jours, je suis celui qui a établi la répartition des fêtes de l'année, et qui a créé le fleuve. Je suis celui qui a fait le feu de la vie, afin de donner existence aux œuvres des temples. je suis Khepri au matin, Râ au zénith, Atoum dans le soir ".

Mais cela n'arrêta pas le poison dans sa course, et le grand dieu ne se remettait point.

Isis dit alors à Râ : "Ton nom n'est pas parmi ceux que tu m as dits. Dis-le-moi donc, et le poison sortira, car un homme revit lorsque son nom est prononcé."

Le poison brûlait de [toute] sa brûlure, il était plus fort que la cuisson du feu. Alors Râ dit : "Prête-moi tes oreilles, ma fille Isis, de telle sorte que mon nom passe de mon corps dans ton corps. Le plus divin des dieux l'a caché, pour que ma place soit vaste dans le navire des millions d'années. Lorsqu'il sera sorti de mon cœur, dis-le à ton fils Horus, en le liant par un serment divin, en ayant placé Dieu devant son regard." Et le grand dieu divulgua son nom auprès d'Isis, la Grande Magicienne.

 

"Écoule-toi, poison du scorpion. Sors de Rê et de l'Œil d'Horus! Sors du dieu, ô brûlant, selon mon incantation! je suis celle qui agit et je suis celle qui chasse. Va-t'en dedans la terre, puissant poison! Vois, le grand dieu a divulgué son nom. Rê vit, le poison est mort !" Selon les mots d'Isis, la grande magicienne, la maîtresse des dieux, qui connaît Rê par son nom.

Paroles à prononcer sur une figure d'Atoum, Horus le Loué, une figure d'Isis et une image d'Horus, peintes sur la main du malade et qui doivent être léchées par cet homme. Cela peut être fait aussi sur une bande de lin très fin que l'on placera sur la gorge du malade. Ceci est un procédé pour agir contre le poison du scorpion. Ou bien encore, on pourra agir [de même] avec de la bière et du vin qui sera bus par l'homme qu'un scorpion a mordu. C'est cela qui détruit le poison. Vraiment efficace, un million de fois.


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Rédigé par orange8454

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Publié le 13 Septembre 2012

L'histoire commence lorsqu'un paysan, Khoun-Inpou, et son âne arrivent sur les terres du noble Rensi, fils de Mérou.

Nemtynakht, le responsable des terres du noble, était célèbre pour ses méfaits et piège Khoun-Inpou en étalant un vêtement en travers de la route qui longeait la ferme, obligeant Khoun-Inpou et son âne à piétiner les cultures. L'âne commence alors à manger du grain, et Nemtynakht en profite pour se saisir de celui-ci, et bat Khoun-Inpou, certain que Rensi croirait sur parole son responsable, plutôt que les allégations de tromperie et de vol proférées par Khoun-Inpou.

Khoun-Inpou se met en quête de Rensi et le trouve près de la rivière de la ville. Il lui présente ses doléances. Rensi et ses juges écoutent sa plainte, et lui répondent que des témoins du soi-disant crime de Nemtynakht étaient nécessaires pour que celle-ci aboutisse. Khoun-Inpou ne peut en trouver aucun, mais le discours magnifique de cet éloquent paysan incite Rensi à continuer à s'intéresser à son affaire. Rensi présente cette plainte au pharaon et lui parle des talents rhétoriques de Khoun-Inpou. Le roi est impressionné, mais ordonne que le paysan n'obtienne pas justice jusqu'à ce que ses réclamations soient mises par écrit.

Pendant neuf jours, Khoun-Inpou loue l'intendant Rensi et lui réclame justice. Puis, ayant l'impression qu'il était ignoré, Khoun-Inpou l'insulte et en est puni par une bastonnade.

Après un dernier discours, le paysan découragé part, mais Rensi l'envoie chercher en lui ordonnant de revenir. Au lieu d'être puni pour son insolence, le paysan se voit réhabilité.

Le pharaon Aménemhat après avoir lu le dernier discours de Khoun-Inpou, est impressionné et ordonne que l'âne soit rendu à Khoun-Inpou et que ce dernier reçoive tous les biens de Nemtynakht en dédommagement, y compris son travail, rendant ainsi Nemtynakht aussi pauvre que Khoun-Inpou l'avait été.



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Rédigé par orange8454

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Publié le 13 Septembre 2012

Le roi des deux Égyptes Khoufouî, à la voix juste, était un souverain bienfaisant. Un jour que pharaon s’ennuyait il dit :

- Je voudrais savoir, si quelqu’un d’entre vous ne pourrait pas m’indiquer un homme capable de m’amuser en me racontant des histoires.

Tout de suite un des fils de Pharaon raconta une histoire de prodige accompli par le roi Zasiri, un des prédécesseurs de Sa Majesté.

Le roi des deux Égyptes Khoufouî dit :

- Qu’on présente à sa Majesté le roi Zasiri, à la voix juste, une offrande de mille pains, cent cruches de bière, un bœuf, deux coupes pleines d’encens, et qu’on fasse donner une galette, une pinte de bière, une ration de viande, une coupe pleine d’encens à mon fils, car j’ai vu la preuve de sa science. Et l’on fit ce que Sa Majesté avait ordonné.

Alors un autre fils du roi Khâfrîya se leva pour parler et il dit : Je vais faire connaître à ta Majesté un prodige qui arriva au temps de ton père, le roi Nabka, à Memphis, à la voix juste, une fois qu’il s’était rendu au temple de Phtah, maître d’Ankhoutaouî.

Un jour que Sa Majesté était allée au temple de Phtah maître d’Ankhoutaouî et que Sa Majesté rendait visite à la maison du scribe, premier lecteur, Oubaouanir avec sa suite, la femme du premier lecteur Oubaouanir vit un vassal de ceux qui étaient derrière le roi : [dès l’heure qu’elle l’aperçut, elle ne sut plus l’endroit du monde où elle était. Elle lui envoya sa servante qui était auprès d’elle, pour lui dire : « Viens, que nous reposions ensemble, une heure durant ; mets tes vêtements de fête ».] Elle lui fit porter une caisse pleine de beaux vêtements, et lui il vint avec la servante à l’endroit où elle était. Or, quand des jours eurent passé sur cela, comme le premier lecteur Oubaou-anir avait un kiosque au Lac d’Oubaou-anir, le vassal dit à la femme d’Oubaou-anir : « Il y a le kiosque au Lac d’Oubaou-anir ; s’il te plaît, nous y prendrons un petit moment ». Lors la femme d’Oubaou-anir envoya dire au majordome qui avait charge du Lac : « Fais préparer le kiosque qui est au Lac ».

Il fit comme elle avait dit et elle y demeura, buvant avec le vassal jusqu’à ce que le soleil se couchât. Et quand le soir fut venu, il descendit dans le Lac pour se baigner et la servante était avec lui, et le majordome sut ce qui se passait entre le vassal et la femme d’Oubaou-anir. Et quand la terre se fut éclairée et qu’un second jour fut, le majordome alla trouver le premier lecteur Oubaou-anir et il lui conta ces choses que ce vassal avait faites dans le kiosque avec sa femme. Quand le premier lecteur Oubaou-anir sut ces choses qui s’étaient passées dans son kiosque, il dit au majordome : « Apporte-moi ma cassette en bois d’ébène incrusté de vermeil qui contient mon grimoire ».

Quand le majordome l’eut apportée, il modela un crocodile de cire, long de sept pouces, il récita sur lui ce qu’il récita de son grimoire, il lui dit : « Quand ce vassal viendra pour se baigner dans mon Lac, alors entraîne-le au fond de l’eau ». Il donna le crocodile au majordome et il lui dit : « Dès que le vassal sera descendu dans le Lac, selon sa coutume de chaque jour, jettes-y le crocodile de cire derrière lui ». Le majordome alla donc et il prit le crocodile de cire avec lui. La femme d’Oubaou-anir envoya au majordome qui avait charge du Lac et elle lui dit : « Fais préparer le kiosque qui est au bord du Lac, car voici, je viens y séjourner ». Le kiosque fut muni de toutes les bonnes choses ; on vint et on se divertit avec le vassal. Quand ce fut le temps du soir, le vassal alla, selon sa coutume de chaque jour, et le majordome jeta le crocodile de cire à l’eau derrière lui ; le crocodile se changea en un crocodile de sept coudées, il saisit le vassal, il l’emporta sous l’eau.

Or, le premier lecteur Oubaou-anir demeura sept jours avec la Majesté du roi de la haute et de la basse Égypte Nabka, à la voix juste, tandis que le vassal était dans l’eau sans respirer. Mais, après que les sept jours furent révolus, quand le roi de la haute et de la basse Égypte Nabka, à la voix juste, alla et qu’il se rendit au temple, le premier lecteur Oubaou-anir se présenta devant lui et il lui dit : « Plaise ta Majesté venir et voir le prodige qui s’est produit au temps de ta Majesté au sujet d’un vassal ». Sa Majesté alla donc avec le premier lecteur Oubaou-anir. Oubaou-anir dit au crocodile : « Apporte le vassal hors de l’eau ! » Le crocodile sortit et apporta le vassal hors de l’eau.

Le premier lecteur Oubaou-anir dit : « Qu’il s’arrête ! » et il le conjura, il le fit s’arrêter devant le roi. Lors la Majesté du roi de la haute et de la basse Égypte Nabka, à la voix juste, dit : « De grâce, ce crocodile est terrifiant ! » Oubaou-anir se baissa, il saisit le crocodile, et ce ne fut plus dans ses mains qu’un crocodile de cire. Le premier lecteur Oubaou-anir raconta à la Majesté du roi de la haute et de la basse Égypte Nabka, à la voix juste, ce que le vassal avait fait dans « sa maison avec sa femme.

Sa Majesté dit au crocodile : « Prends, toi, ce qui est tien ». Le crocodile plongea au fond du lac et l’on n’a plus su ce qu’il advint du vassal et de lui. La Majesté du roi de la haute et de la basse Égypte Nabka, à la voix juste, fit conduire la femme d’Oubaou-anir au côté nord du palais ; on la brûla et on jeta ses cendres au fleuve. Voici, c’est là le prodige qui arriva au temps de ton père, le roi de la haute a et de la basse Égypte Nabka, à la voix juste, et qui est de ceux qu’opéra le premier lecteur Oubaou-anir.

La Majesté du roi Khoufouî, à la voix juste, dit donc : Qu’on présente à la Majesté du roi Nabka, à la voix « juste, une offrande de mille pains, cent cruches de bière, un bœuf, deux godets d’encens, puis qu’on fasse donner une galette, une pinte de bière, un godet d’encens pour le premier lecteur Oubaou-anir, car j’ai vu la preuve de sa science. Et l’on fit ce que Sa Majesté avait ordonné. Lors le fils royal Baîoufrîya se leva pour parler et il dit : Je vais faire connaître à ta Majesté un prodige qui arriva au temps de ton père Sanafrouî, à la voix juste, et qui est de ceux qu’opérait hier le premier lecteur Zazamânkhou.

Un jour que le roi Sanafrouî, à la voix juste, s’ennuyait, Sa Majesté assembla la maison du roi, afin de lui chercher quelque chose qui lui allégeât le cœur. Comme on ne trouvait rien, il dit : « Courez et qu’on m’amène le premier lecteur, Zazamânkhou », et on le lui amena sur l’heure. Sa Majesté lui dit : « Zazamânkhou, mon frère, j’ai assemblé la maison du roi,. afin qu’on cherchât quelque chose qui m’allégeât le cœur, mais je n’ai trouvé rien ». Zazamânkhou lui dit : « Daigne ta Majesté se rendre au Lac de Pharaon, et se faire armer une barque avec toutes les belles filles du harem royal. Le cœur de ta Majesté s’allégera quand tu les verras aller et venir ; puis, quand tu contempleras les beaux fourrés de ton Lac, quand tu regarderas les belles campagnes qui le bordent et ses belles rives, alors le cœur de ta Majesté s’allégera. Quant à moi, voici comment je réglerai la vogue. Fais-moi apporter vingt rames en bois d’ébène, garnies d’or, dont les pales seront de bois d’érable garni de vermeil ; qu’on m’amène aussi vingt femmes de celles qui ont beau corps, beaux seins, belle chevelure, et qui n’aient pas encore eu d’enfant, puis, qu’on apporte vingt résilles et qu’on les donne à ces femmes en guise de vêtement ».

On fit ce que Sa Majesté avait ordonné. Les femmes allaient, venaient, et le cœur de Sa Majesté se réjouissait à les voir voguer, quand la rame de l’une d’elles lui heurta la chevelure, et son poisson de malachite neuf tomba à l’eau. Alors elle se tut, elle cessa de ramer, et ses camarades de la même bande se turent et elles ne ramèrent plus, et Sa Majesté dit : « Vous ne ramez plus ? » Elles dirent : « Notre compagne s’est tue et elle ne rame plus ». Sa Majesté dit à celle-ci : « Que ne rames-tu ? » Elle dit : « Mon poisson de malachite neuf est tombé à l’eau ». Sa Majesté dit : « Rame seulement, je te le remplacerai ». Elle dit : « Je veux mon bijou à moi et non un bijou pareil ». Alors, Sa Majesté dit : « Allons, qu’on m’amène le premier lecteur Zazamânkhou ! » On le lui amena sur l’heure et Sa Majesté dit : « Zazamânkhou, mon frère, j’ai fait comme tu as dit, et le cœur de Sa Majesté s’allégeait à voir ramer ces femmes quand, voici, le poisson de malachite neuf de l’une des petites est tombé à l’eau. Alors elle s’est tue, elle a cessé de ramer, et elle a arrêté ses camarades. Je lui ai dit : « Que ne rames-tu ? » Elle m’a dit : « Le poisson de malachite neuf est tombé à l’eau ». Je lui ai dit : « Rame seulement, et je te le remplacerai ».

Elle a dit : « Je veux mon bijou à moi et non un bijou pareil ». Lors, le premier lecteur Zazamânkhou récita ce qu’il récita de son grimoire. Il enleva tout un pan d’eau et il le mit sur l’autre ; il trouva le poisson posé sur un rehaut de terre, il le prit, il le donna à sa maîtresse. Or, l’eau était profonde de douze coudées en son milieu, et, maintenant qu’elle était empilée, elle atteignait vingt-quatre coudées : il récita ce qu’il récita de son grimoire, et se remit l’eau du Lac en son état. Sa Majesté passa donc un heureux jour avec toute la maison du roi, et il récompensa le premier lecteur Zazamânkhou avec toute sorte de bonnes choses. Voici, c’est là le prodige qui arriva au temps de ton père, le roi Sanofrouî, à la voix juste, et qui est de ceux qu’opéra le premier lecteur, Zazamânkhou, le magicien.

La Majesté du roi Khoufouî, à la voix juste, dit donc : Qu’on présente à la Majesté du roi Sanafrouî, à la voix juste, une offrande de mille pains, cent cruches de bière, un bœuf, deux godets d’encens, puis qu’on fasse donner une galette, une pinte de bière, un godet d’encens, pour le premier lecteur Zazamânkhou, le magicien, car j’ai vu la preuve de sa science. Et l’on fit ce que Sa Majesté avait ordonné.

Lors, le fils du roi, Dadoufhorou, se leva pour parler et il dit : Jusqu’à présent ta Majesté a entendu le récit de prodiges que les gens d’autrefois seuls ont connus mais dont on ne peut garantir la vérité. Je puis faire voir à ta Majesté un sorcier qui est de ton temps et que ta Majesté ne connaît pas. Sa Majesté dit : Qu’est-ce là, Dadoufhorou ? Le fils du roi, Dadoufhorou, dit : Il y a un vassal qui s’appelle Didi, et qui demeure à Didousanafrouî.

C’est un vassal de cent dix ans, qui mange encore ses cinq cents miches de pain avec une cuisse de bœuf entière, et qui boit jusqu’à ce jour ses cent cruches de bière. Il sait remettre en place une tête coupée ; il sait se faire suivre d’un lion sans laisse, il connaît le nombre des écrins à livres de la crypte de Thot. Or voici, la Majesté du roi Khoufouî, à la voix juste, avait employé beaucoup de temps à chercher ces écrins à livres de la crypte de Thot, afin de s’en faire une copie pour sa pyramide. Sa Majesté dit donc : Toi-même, Dadoufhorou, mon fils, amène-le-moi.

On arma des barques pour le fils du roi, Dadoufhorou, et il fit voile vers Didousanafrouî. Quand les vaisseaux eurent abordé à la berge, il débarqua et il se plaça sur une chaise de bois d’ébène dont les brancards étaient en bois de napéca garni d’or ; puis, quand il fut arrivé à Didousanafrouî, la chaise fut posée à terre, il se leva pour saluer le magicien, et il le trouva étendu sur un lit bas au seuil de sa maison, un esclave à la tête qui le grattait, un autre qui lui chatouillait les pieds. Le fils royal Dadoufhorou lui dit : Ta condition est celle de qui vit à l’abri de l’âge. La vieillesse c’est d’ordinaire l’arrivée au port, c’est la  mise en bandelettes, c’est le retour à la terre ; mais rester ainsi étendu bien avant dans le jour, sans infirmités du corps, sans décrépitude de la sagesse ni du bon conseil, c’est vraiment d’un bienheureux ! Je suis accouru en hâte pour t’inviter, par message de mon père Khoufouî, à la voix juste ; tu mangeras du meilleur que donne le roi, et des provisions qu’ont ceux qui sont parmi ses serviteurs, et grâce à lui tu parviendras en une bonne condition de vie à tes pères qui sont dans la tombe.

Ce Didi lui dit : En paix, en paix, Dadoufhorou, fils royal chéri de son père ! Que te loue ton père Khoufouî, à la voix juste, et qu’il t’assure ta place en avant des vieillards ! puisse ton double avoir gain de cause contre les ennemis, et ton âme connaître les chemins ardus qui mènent à la porte de Hobs-bagaî, car celui qui est de bon conseil, c’est toi, fils du roi !. Le fils du roi, Dadoufhorou, lui tendit les deux mains ; il le fit lever, et comme il se rendait avec lui au port, il lui tenait la main.

Didi lui dit : Qu’on me donne un caïque pour m’apporter mes enfants et mes livres ; on lui donna deux bateaux avec leur équipage, et Didi lui-même navigua dans la barque où était le fils du roi, Dadoufhorou. Or, quand il fut arrivé à la cour, dès que le fils du roi, Dadoufhorou, fut entré pour faire son rapport à la Majesté du roi des deux Égyptes Khoufouî, à la voix juste, le fils du roi, Dadoufhorou, dit : Sire, mon maître, j’ai amené Didi. Sa Majesté dit : Vite, amène-le-moi, et quand Sa Majesté se fut rendue à la salle d’audience de Pharaon, on lui présenta Didi.

Sa Majesté dit : Qu’est cela, Didi, que je ne t’aie jamais encore vu ? Didi lui dit : Qui est appelé il vient ; le souverain, m’appelle, me voici, je suis venu. Sa Majesté dit : Est-ce vrai ce qu’on dit, que tu sais remettre en place une tête coupée ? Didi lui dit : Oui, je le sais, sire, mon maître. Sa Majesté dit : Qu’on m’amène un prisonnier de ceux qui sont en prison, et dont la condamnation est prononcée. Didi lui dit : Non, non, pas d’homme, sire, mon maître : qu’on n’ordonne pas de faire rien de tel au bétail noble.

On lui apporta une oie à qui l’on trancha la tête, et l’oie fut mise à main droite de la salle et la tête de l’oie à main gauche de la salle : Didi récita ce qu’il récita de son grimoire, l’oie se dressa, sautilla, la tête fit de même, et quand l’une eut rejoint l’autre, l’oie se mit à glousser. Il se fit apporter un pélican (?) ; autant lui en advint.

Sa Majesté lui fit amener un taureau dont on abattit la tête à terre, et Didi récita ce qu’il récita de son grimoire ; le taureau se mit debout derrière lui mais son licou resta à terre. Le roi Khoufouî, à la voix juste, dit : Qu’est-ce qu’on dit, que tu connais les nombres des écrins à livres de la crypte de Thot ? Didi lui dit : Pardon, si je n’en sais le nombre, sire, mon maître, mais je connais l’endroit où ils sont. Sa Majesté dit : Cet endroit, où est-il ? Ce Didi lui dit : Il y a un bloc de grès dans ce qu’on appelle la Chambre des rôles à Onou, et les écrins à livres de la crypte de Thot sont dans le bloc.

Le roi dit : Apporte-moi les écrins qui sont dans ce bloc. Didi lui dit : Sire, mon maître, voici, ce n’est point moi qui te les apporterai. Sa Majesté dit : Qui donc me les apportera ? Didi lui dit : L’aîné des trois enfants qui sont dans le sein de Roudîtdidît, il te les apportera.

Sa Majesté dit : Parbleu ! celle-là dont tu parles, qui est-elle, la Rouditdidît ? Didi lui dit : C’est la femme d’un prêtre de Râ, seigneur de Sakhîbou. Elle est enceinte de trois enfants de Râ, seigneur de Sakhîbou, et le dieu lui a dit qu’ils rempliraient cette fonction bienfaisante en cette Terre-Entière, et que l’aîné d’entre eux serait grand pontife à Onou. Sa Majesté, son cœur en fut troublé, mais Didi lui dit : Qu’est-ce que ces pensées, sire, mon maître ? Est-ce que c’est à cause de ces trois enfants ? Je te dis : Ton fils, son fils, et un de celle-ci. Sa Majesté dit : Quand enfantera-t-elle, cette Roudîtdidît ? Il dit : Elle enfantera, le 15 du mois de Tybi. Sa Majesté dit : Si les bas-fonds du canal des Deux-Poissons ne coupaient le chemin, j’irais moi-même, afin de voir le temple de Râ, maître de Sakhîbou. Didi lui dit : Alors, je ferai qu’il y ait quatre coudées d’eau sur les bas-fonds du canal des Deux-Poissons.

Quand Sa Majesté se fut rendue en son logis, Sa Majesté dit : Qu’on mette Didi en charge de la maison du fils royal Dadoufhorou, pour y demeurer avec lui, et qu’on lui donne un traitement de mille pains, cent cruches de bière, un bœuf, et cent bottes d’échalote. Et l’on fit tout ce que Sa Majesté avait ordonné.

Or, un de ces jours-là, il arriva que Roudîtdidît souffrit les douleurs de l’enfantement. La Majesté de Râ, seigneur de Sakhîbou, dit à Isis, à Nephthys, à Maskhonouît, à Hiqaît, à Khnoumou : Hop ! courez délivrer la Roudîtdidît de ces trois enfants qui sont dans son sein et qui rempliront cette fonction bienfaisante en cette Terre-Entière, vous bâtissant vos temples, fournissant vos autels d’offrandes, approvisionnant vos tables à libations, augmentant vos biens de mainmorte. Lors ces dieux allèrent : les déesses se changèrent en musiciennes, et Khnoumou fut avec elles comme homme de peine. Elles arrivèrent à la maison de Râousir, et elles le trouvèrent qui se tenait là ; déployant le linge ; Elles passèrent devant lui avec leurs crotales et avec leurs sistres, mais il leur dit : Mesdames, voyez, il y a ici une femme qui souffre les douleurs de l’enfantement.

Elles dirent : Permets-nous de la voir, car, voici, nous sommes habiles aux accouchements. Il leur dit : Venez donc, et elles entrèrent devant Roudîtdidît, puis elles fermèrent la chambre sur elle et sur elles-mêmes. Alors, Isis se mit devant elle, Nephthys derrière elle, Niqaît facilita l’accouchement. Isis dit : Ô enfant, ne fais pas le fort en son ventre, en ton nom d’Ousirraf, celui dont la bouche est forte ! Alors cet enfant lui sortit sur les mains, un enfant d’une coudée de long, aux os vigoureux, aux membres cou-leur d’or, à la coiffure de lapis-lazuli vrai. Les déesses le lavèrent, elles lui coupèrent le cordon ombilical, elles le posèrent sur un lit de briques, puis Maskhonouît s’approcha de lui et elle lui dit : C’est un roi qui exercera la royauté en ce Pays Entier. Khnoumou lui mit la santé dans les membres.

Ensuite Isis se plaça devant Roudîtdidît, Nephthys derrière elle, Hiqaît facilita l’accouchement. Isis dit : Enfant, ne voyage pas plus longtemps dans son ventre, en ton nom de Sâhourîya, celui qui est Râ voyageant au ciel. Alors cet enfant lui sortit sur les mains, un enfant d’une coudée de long, aux os vigoureux, aux membres couleur d’or, à la coiffure de lapis-lazuli vrai. Les déesses le lavèrent, elles lui coupèrent le cordon, elles le portèrent sur un berceau de briques, puis Maskhonouît s’approcha de lui et elle dit : C’est un roi qui exercera la royauté en ce Pays Entier. Khnoumou lui mit la santé dans les membres. Ensuite, Isis se plaça devant Roudîtdidît, Nephthys se plaça derrière elle, Hiqaît facilita l’accouchement. Isis dit : Enfant, ne reste pas plus longtemps dans les ténèbres de son ventre, en ton nom de Kakaouî, le ténébreux. Alors cet enfant lui sortit sur les mains, un enfant d’une coudée de long, aux os vigoureux, aux membres d’or, à la coiffure de lapis-lazuli vrai. Les déesses le lavèrent, elles lui coupèrent le cordon, elles le posèrent sur un lit de briques, puis Maskhonouît s’approcha de lui et elle dit : C’est un roi qui exercera la royauté en ce Pays Entier. Khnoumou lui mit la santé dans les membres.

Quand ces dieux sortirent, après avoir délivré la Roudîtdidît de ses trois enfants, ils dirent : Réjouis-toi, Râousir, car, voici, trois enfants te sont nés. Il leur dit : Mesdames, que ferai-je pour vous ? Ah, donnez ce grain que voici à votre homme de peine, pour que vous l’emportiez en paiement aux silos ! Et Khnoumou chargea ce grain, puis ils repartirent pour l’endroit d’où ils étaient venus. Mais Isis dit à ces dieux : A quoi songeons-nous d’être venus à Râousir sans accomplir, pour ces enfants, un prodige par c lequel nous puissions faire savoir l’événement à leur père qui nous a envoyés.

Alors elles fabriquèrent trois diadèmes de maître souverain, et elles les placèrent dans le grain ; elles précipitèrent du haut du ciel l’orage et la pluie, elles revinrent à la maison, puis elles dirent : Déposez ce grain dans une chambre scellée, jusqu’à ce que nous revenions baller au nord. Et l’on déposa ce grain dans une chambre scellée. Roudîtdidît se purifia d’une purification de quatorze jours, puis elle dit à sa servante : La maison est-elle en bon ordre ? La servante lui dit : Elle est garnie de toutes les bonnes choses ; pourtant, les pots pour la bouza, on ne les a pas apportés.

Alors Roudîtdidît lui dit : Pourquoi n’a-t-on pas apporté les pots ? La servante dit : Il serait bon de brasser sans retard, si le grain de ces chanteuses n’était pas dans une chambre scellée de leur cachet. Alors Roudîtdidît lui dit : Descends, apporte-nous-en ; Râousir leur en donnera d’autre en place, lorsqu’elles reviendront. La servante alla et elle ouvrit la chambre ; elle entendit des voix, du chant, de la musique, des danses, du zaggarit, tout ce qu’on fait à un roi, dans la chambre.

Elle revint, elle rapporta tout ce qu’elle avait entendu à Roudîtdidît. Celle-ci parcourut la chambre et elle ne trouva point la place d’où le bruit venait. Elle appliqua sa tempe contre la huche et elle trouva que le bruit était à l’intérieur : elle mit donc la huche dans un coffre en bois, elle apposa un autre sceau, elle l’entoura de cuir, elle plaça le tout dans la chambre où étaient ses vases et elle ferma celle-ci de son sceau. Quand Râousir arriva de retour du jardin, Roudîtdidît lui répéta ces choses et il en fut content extrêmement, et ils s’assirent et ils passèrent un jour de bonheur.

Or, beaucoup de jours après cela, voici que Roudîtdidît se disputa avec la servante et qu’elle la fit fouetter. La servante dit aux gens qui étaient dans la maison : Est-ce ainsi qu’elle me traite, elle qui a enfanté trois rois ? J’irai et je le dirai à La Majesté du roi Khoufouî, à la voix juste. Elle alla donc et elle trouva son frère aîné de mère, qui liait le lin qu’on avait teillé sur l’aire. Il lui dit : Où vas-tu, ma petite damoiselle ? et elle lui raconta ces choses. Son frère lui dit : C’est bien faire ce qu’il y avait à faire que venir à moi ; je vais t’apprendre à te révolter. Voici qu’il prit une botte de lin contre elle et il lui administra une correction. La servante courut se puiser un peu d’eau, et le crocodile l’enleva. Quand son frère courut vers Roudîtdidît pour lui dire cela, il trouva Roudîtdidît assise, la tête aux genoux, le cœur triste plus que toute chose.

II lui dit : Madame, pourquoi ce cœur ? Elle dit : C’est à cause de cette petite qui était dans la maison ; voici qu’elle est partie disant : « J’irai et je dénoncerai ». II se prosterna la face contre terre, il lui dit : Ma dame, quand elle vint me conter ce qui est arrivé et qu’elle se plaignit à moi ; voici que je lui donnai de mauvais coups ; alors elle alla se puiser un peu d’eau, et le crocodile l’emporta...

La fin du roman pouvait contenir, entre autres épisodes, le voyage à Sakhîbou auquel Chéops fait allusion vers la fin de son entretien avec Didi. Le roi échouait dans ses entreprises contre les enfants divins ; ses successeurs, Chéphren et Mykérinos, n’étaient pas plus heureux que lui, et l’intrigue se dénouait par l’avènement d’Ousirkaf. Peut-être ces dernières pages renfermaient-elles des allusions à quelques-unes des traditions que les écrivains grecs avaient recueillies.

Chéops et Chéphren se vengeaient de l’inimitié que Ré leur témoignait en fermant son temple à Sakhîbou et dans d’autres villes : ils justifiaient ainsi une des histoires qui leur avaient valu leur renom d’impiété. De toute façon, le Papyrus Westcar est le premier qui nous arrive en rédaction originale des romans dont se composait le cycle de Chéops et des rois constructeurs de pyramides.

Maspero


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Rédigé par orange8454

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Publié le 13 Septembre 2012

Au temps du roi Zeser, de la troisième dynastie, la vice-roi de Nubie était un homme de noble naissance nommé Meter. Il résidait à Eléphantine et il était chargé d'administrer toutes les propriétés appartenant au dieu Khnoum. le dieu Khnoum était un dieu très puissant et très riche, le maître des sources du Nil, dont les prêtres seuls connaissaient le lieu. Ils disaient que le Nil sort d'un gouffre, creusé par les eaux tourbillonnantes entre deux immenses rochers pointus : Crophi et Morphi. Il y a là un abîme si profond que la sonde attachée à un câble long de plusieurs milliers de brasses n'en touche pas le fond.

Dans la dix-huitième année de son règne, le pharaon Zeser fit venir au vice-roi Meter une missive qui contenait ceci :

"Cette lettre est destinée à t'informer des calamités qui sont tombées sur moi depuis que je suis assis sur le trône de la Terre-Entière, et qui pèsent aussi sur tous mes amis et sur tous mes sujets. Mon cœur douloureux est grandement affligé, parce que depuis sept saisons les eaux du Nil n'ont pas monté à la hauteur accoutumée ; depuis sept ans, nous n'avons vu ni les eaux vertes ni les eaux rouges. La terre est restée sèche et stérile : une boue noire cuite au soleil, une croûte fendillée d'où ne sort aucune herbe verte ; les arbres sont couverts de poudre, leurs feuilles sont enduites d'une épaisse poussière collante. La récolte n'a donné que quelques pauvres grains, les jardins sont desséchés : ni herbes ni légumes. Tout ce qui sert à l'homme pour sa nourriture a disparu de la surface de la terre.

Le paysan affamé va voler chez son voisin. Tous les pauvres gens voudraient s'en aller ailleurs chercher leur vie, mais, comme ils sont épuisés, ils n'ont même plus la force de marcher. Les petits enfants gémissent et meurent ; mes jeunes gens trébuchent de faiblesse ; le cœur des vieux est brisé de douleur, leurs jambes flageolent, ils gisent à demi évanouis sur le sol, pressant de leurs mains leur estomac vide.

Les fonctionnaires sont impuissants et ne savent quel conseil donner. Quand on ouvre les greniers publics qui devraient contenir des réserves, on n'y trouve rien que des courants d'air !Tout est en ruine sur la Terre-Entière.

Je me remémore le temps du bonheur, le temps où j'étais bien conseillé. Alors, chaque année, le dieu envoyait ses eaux fécondantes ; je voyais les hommes et les enfants patauger dans la boue liquide, les bœufs s'abreuver, les insectes pulluler, les oiseaux picorer et boire et le poisson Fabreka, qui gît le ventre en l'air, engraisser les ventres affamés. Ah ! c'était le temps des dieux, de Thot, le dieu-ibis qui se pose sur les eaux, le temps du grand prêtre Imoithis, le fils de Ptah ; alors tout était prospère et mes sujets nageaient dans l'abondance et aussi mes amis qui vivent auprès de moi dans la Grande Maison.

Je te prie de m'envoyer des renseignements. Où est la source du Nil ? Quel dieu en est le maître ? Que sais tu sur ce dieu ? Car c'est de lui que notre vie dépend, c'est lui qui entasse le grain dans les greniers. S'il ne nous bénit plus, nous périrons tous.

Je désire aller consulter la grande prêtre de Thot à Hermopolis : sa bénédiction fortifie tous les hommes et les soutient dans leur désespoir. Je souhaite de pénétrer dans la bibliothèque de temple de Memphis "La Maison de Vie", je veux saisir de mes mains les rouleaux de papyrus couverts d'écriture afin de les déchiffrer. Je veux lire les livres sacrés, les méditer et découvrir la signification de toutes ces choses mystérieuses."

Lorsque le vice-roi Meter eut lu attentivement la royale missive, il s'empressa de se mettre en route pour rejoindre le Pharaon. Dès qu'il fut près de lui, il commença d'instruire le roi. Il répondit dans la mesure où il le pouvait aux questions posées par Sa Majesté, lui donna des informations sur la crue du Ni et il lui répéta tout ce que les hommes savants ont écrit sur ce sujet. et il prit les livres, et il lui lut les passages importants, et il l'aida à déchiffrer les passages difficiles, et il lui expliqua les passages obscurs. Car les ancêtres de Pharaon n'avaient consulté ces livres qu'à la hâte et, depuis le temps lointain où Râ avait régné en personne sur l'Egypte, jamais ces choses n'avaient été exposées ni expliquées à aucun des rois, car jamais encore le Nil n'avait connu la secheresse.

Le vice-roi Meter dit au Pharaon : "Il est une ville sur le fleuve d'où le Nil semble tirer son existence. C'est une très ancienne ville qui remonte à la naissance du monde : Abou. On l'appelle la cité du commencement, et c'est par là que se trouve, loin, loin, vers le sud, le pays qui est la terre créée avant toute autre. Il y a une longue suite de marches, un escalier ; c'est là que le Seigneur Râ s'est reposé quand il eut fait les premiers hommes. C'est par là que sont les deux cavernes d'où jaillissent les deux rivières qui sont les sources du Nil. De cet endroit provient toute chose bonne pour l'Egypte. La grande inondation qui noie la Terre-Entière vient de là : l'eau monte à une hauteur de vingt-huit coudées tandis qu'à Hermopolis les eaux dépassent rarement sept coudées.

Voila comment cela se passe : le dieu Nil se lève, rajeuni par un long repos dans les cavernes où il a retrouvé ses forces. Il piétine le sol de ses sandales, il tire les verrous, ouvre toutes grandes les deux portes par lesquelles l'eau s'échappe : elle coule, et bientôt la nappe verte couvre les champs et les jardins de la Terre-Entière et alors les hommes se réjouissent à l'idée des futures récoltes.

Le dieu Nil vit sous le nom de Shou il tient le compte de tout ce que produit l'Egypte afin de vérifier si chacun a la part qui lui revient. Il garde la corde pour mesurer les champs et le registre des propriétaires. il habite une maison de bois, tournée vers le sud-est, la porte est faîte de roseaux et le toit de branches d'arbres.

Alentour sont les montagnes de roches et de pierres où les carriers s'en vont avec leurs outils chercher les pierres avec lesquelles les maçons construisent les temples des dieux, les palais des animaux sacrés, les statues et les pyramides des morts : c'est la pierre d'Abou qui ne se détruit jamais.

Dans le sanctuaire, les hommes pieux offrent aux dieux des sacrifices de toutes sortes et les dons parfumés qui embaument l'air sont présentés à la face de Khnoum et à Osiris et à Isis, et à Horus et à Nephtys. Dans les chambres secrètes et scellées s'entassent les trésors, les pierres précieuses : l'or et l'argent, le cuivre et le fer, la lapis-lazuli, l'émeraude, le cristal, le rubis et l'albâtre, et les graines de plantes qui produisent l'encens, et tout ce que les hommes reconnaissants offrent chaque automne au dieu qui les a comblés."

Ainsi le vice-roi enseignait à Pharaon les choses essentielles sur la vie de son royaume. Alors Pharaon voulut aller lui-même en pèlerinage au temple de Khnoum.

Là après avoir prié, il s'endormit et crut, dans son rêve, voir le dieu et s'entretenir avec lui.
"J'ai pénétré dans le temple : les gardiens des livres ont dénoué le cordon qui les attache et ils les ont déroulés, et ils me les ont montrés.

J'ai été purifié par l'aspersion des eaux bénites et j'ai aperçu le dieu Khnoum, debout, en face de moi, et j'ai essayé de l'apitoyer en lui faisant de grands présents : je l'ai prié, et je l'ai supplié.

Il a daigné entrouvrir les paupières et son cœur ù s'est penché vers moi, et du haut de sa grandeur majestueuse, il a laissé tomber ces paroles : "Je suis Khnoum, le dieu créateur. Mes deux mains ont ramassé de la terre, et ont façonné le corps de l'homme tel qu'il est, tel que tu es. Je t'ai fait des membres solides, et je t'ai donné ton cœur.

Mais l'homme est un ingrat. Elles gisent encore dans les carrières, dans les profondeurs de la terre, depuis des éternités, les pierres qui auraient dû être taillées pour me construire un temple. Rien n'a été fait pour réparer les demeures sacrées des dieux. Tu peux les voir : tombées en poussière et en ruines.

Il faut croire que les hommes et les rois ignorent que moi, le créateur, le tout-puissant, je suis le maître qui donne la santé. C'est moi le plus grand, le père de tous les dieux, le maître de la Terre-Entière. Les deux moitiés du ciel sont ma demeure ; c'est moi qui verse l'eau du Nil pour que le fleuve s'écoule, qu'il inonde les champs cultivés et que cette eau les fertilise, qu'elle donne la vie à tout ce qui respire partout où elle va et jusqu'où elle va.

Je ferai monter les eaux du Nil pour toi, et il n'y aura pas d'année stérile. Elles s'écouleront et couvriront les champs à la joie générale. Les plantes, les herbes foisonneront, l'épi fléchira sous le poids du grain, les arbres plieront sous la charge des fruits, le figuier, le grenadier, l'abricotier ; la pomme du lotus éclatera et on fera avec ses graines, pour toi, Pharaon, le si délectable pain de Lys.

La déesse des récoltes présidera et partout la récolte sera cent mille fois plus abondante parce que chaque année, les eaux monteront de plus en plus haut et iront de plus en plus loin.

Ton peuple sera comblée, chacun recevra bien au-delà de sn propre désir. La disette disparaîtra et on ne déplorera plus le vide des greniers. Toute l'Egypte sera en terres cultivées ; les régions seront jaunes à cause des blés mûrs et ces blés seront de bon grain. La fertilité de la Terre-Entière dépassera les souhaits du fellah et sera plus grande qu'on ne l'a jamais vue."

A la parole prometteuse de récolte abondante, le roi s'éveillera et dans son cœur le courage et l'espérance remplacèrent le découragement et le désespoir d'auparavant.

Pharaon quitta le sanctuaire du dieu et, tout de suite, publia une ordonnance : il faisait au temple une donation magnifique, des terres, des champs, des trésors. Ils établissaient des lois qui obligeaient chaque fellah à servir une redevance aux prêtres. Les pêcheurs et les chasseurs devaient leur porter du poisson et du gibier. Chaque jour, un veau sur dix devait être apporté au temple pour y être offert en sacrifice. Les autorités devaient laisser passer en franchise les dons destinés à Abou : or, ivoire, ébène, pierres précieuses, épices, bois rares. Et le roi ordonna que cet édit fût copié avec soin sur une stèle déposée dans le sanctuaire au pied d'une image de Khnoum.

Et à tout manant qui passait par là, Pharaon ordonna de saluer le dieu, de se prosterner et de s'abstenir de cracher, sous peine d'être bien rossé à coups de corde pour apprendre la politesse et le respect qu'on doit au dieu Khnoum, au Nil bienfaisant et nourricier.

Et depuis cette entente entre Khnoum et le Pharaon, pas une fois le Nil n'a cessé d'envoyer au printemps le flot des eaux vertes, puis le flot des eaux rouges ; trois mois durant, la terre s'imbibe d'humidité féconde, les prés rient, les rives fleurissent, les hommes sont dans la joie, car en prévision de la bonne récolte tout ventre se réjouit, toute dent broie sur la terre d'Egypte, don du Nil ; Nil, que les hommes révèrent et adorent comme le Seigneur des bonnes nourritures.

Marguerite Divin


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Rédigé par orange8454

Publié dans #dieu, #eau, #homme, #nil, #terre

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Publié le 13 Septembre 2012

Il y avait, une fois, dit-on, un roi d'Égypte, pour lequel n'avait pas été mis au monde d'enfant mâle… Alors, il supplia les dieux, autour de lui, de lui donner un fils. Ceux-ci ordonnèrent de faire en sorte que l'on mît au monde pour lui. Cette nuit-là, tandis qu'il couchait avec son épouse, elle devint enceinte. Lorsqu'elle eut accompli le nombre de mois nécessaires pour la naissance, elle accoucha d'un garçon. Alors les sept Hathor s'en vinrent pour lui annoncer quel serait son destin ; elles dirent : " Sa mort viendra d'un crocodile, ou d'un serpent, ou encore d'un chien ". Les gens qui étaient aux côtés de l'enfant écoutèrent ces paroles et les rapportèrent à Sa Majesté - puisse-t-il être vivant, prospère et en bonne santé ! - Alors le cœur de Sa Majesté devint triste, au-delà de toute expression. Sa Majesté - puisse-t-il être vivant, prospère et en bonne santé ! - fit construire pour l'enfant une maison en pierre, dans le désert ; elle fut pourvue d'une domesticité et de toutes les belles et bonnes choses appartenant au palais royal - puisse-t-il être vivant, prospère et en bonne santé !... Mais l'enfant ne devait pas sortir de la maison.

Lorsqu'il eut grandi, il monta, un jour, sur la terrasse et aperçut un chien qui suivait un homme, marchant sur le chemin. Il dit au serviteur qui se tenait près de lui : " Qu'est-ce donc qui marche derrière cet homme qui s'avance sur le chemin ? " Il lui répondit : " C'est un chien ". L'enfant lui dit alors : " Fais en sorte que l'on m'amène un chien semblable ". Le serviteur alla rapporter cela à Sa Majesté - puisse-t-il être vivant, prospère et en bonne santé ! - et Sa Majesté dit : " Qu'on lui apporte un jeune chien, qui saute, plein de vie, afin que son cœur ne soit plus chagrin ". Et le chien fut apporté au jeune prince.

Après que des jours furent écoulés, et que le corps de l'enfant se fut développé, il dépêcha un messager à son père afin de lui dire : " Qu'arrivera-t-il, si je demeure ainsi ? Vois, je suis assigné à mon destin. Permets donc que j'aie le loisir d'agir ainsi que mon cœur le souhaite. Et Dieu fera de ce qui est de sa volonté ". Alors, on équipa pour lui un char, muni de toutes sortes d'armes de combat ; on plaça un serviteur à sa suite, comme compagnon, et on le fit passer sur la rive est du fleuve. On lui dit : " Poursuis maintenant ton chemin à ta guise ". Son chien était avec lui. Il voyagea vers le Nord, dans le désert, suivant son désir ; il se nourrissait de tout le meilleur gibier du désert.

Un jour, il arriva auprès du prince du Naharina. Or ce prince n'avait pas eu d'enfant, à l'exception d'une fille ; pour celle-ci, on avait construit une maison, dont la fenêtre était éloignée du sol de soixante-dix coudées. Le prince du Naharina avait fait en sorte que soient amenés tous les fils de tous les chefs du pays de Syrie, et il leur avait dit : " Quiconque, parmi vous, atteindra, en sautant la fenêtre de ma fille, celui-là l'épousera ".

Après que de nombreux jours se furent écoulés, tandis que ceux-ci se livraient à leur exercice quotidien, le jeune prince vint à passer devant eux. Ils le conduisirent jusqu'à leur maison, le lavèrent, donnèrent de la nourriture à son attelage et l'oignirent, bandèrent ses pieds et donnèrent des aliments à son compagnon. Puis ils lui dirent en manière de conversation : " D'où viens-tu, bel adolescent ? " Il répondit : " Je suis le fils d'un officier du pays d'Égypte. Ma mère étant morte, mon père prit une autre femme, qui devint ma belle-mère. Celle-ci, peu à peu, me haït, et je partis pour la fuir ". Alors ils le prirent dans leurs bras et le baisèrent sur tout le corps.

Après d'autres jours nombreux, il dit aux jeunes gens : " Mais que faites-vous donc ? " Ils répondirent : " Cela fait trois mois que chaque jour nous sommes ici, passant notre temps à sauter ; car celui qui atteindra la fenêtre de la fille du prince du Naharina, celle-ci lui sera donnée comme épouse ". Il leur dit : " Ah ! si mes pieds n'étaient pas douloureux, j'irais moi aussi pour sauter avec vous ". Ils s'en allèrent alors pour sauter, selon leur habitude de chaque jour, tandis que le jeune prince se tenait debout, éloigné et les regardant. Alors le visage de la fille du prince de Naharina se tourna vers lui.

Après quelque temps, le jeune prince s'en vint afin de sauter avec les enfants princiers. Il sauta donc et il atteignit la fenêtre de la fille du prince de Naharina. Elle le baisa et l'embrassa sur tout son corps. Alors, on alla informer son père en lui disant : " L'un des jeunes gens a atteint la fenêtre de ta fille ". Le prince questionna ainsi : " De quel chef est-il le fils ? " On lui répondit : " C'est le fils d'un officier qui est venu du pays d'Égypte, fuyant devant sa belle-mère ". Le prince de Naharina fut alors extrêmement furieux, et dit : " Vais-je donner ma fille à ce fuyard égyptien ? Faites en sorte qu'il s'en retourne ". On alla dire à celui-ci : " Repas donc vers le lieu d'où tu es venu ". Mais la jeune fille le saisit alors et elle fit un serment au nom de Dieu, disant : " Aussi vrai que dure Rê-Horalkhry, si on enlève loin de moi ce jeune homme, je ne mangerai plus, je ne boirai plus et je mourrai dans l'heure ". Le messager partit pour rapporter à son père toutes les paroles qu'elle avait prononcées. Celui-ci envoya des gens pour tuer l'adolescent à l'endroit où il se tenait. Mais la jeune fille dit : " Aussi vrai que dure Rê, si on le tue, quand se couchera la lumière divine, je mourrai. Je ne passerai pas une heure, pas une heure de plus que lui ". On alla de nouveau rapporter ces propos à son père. Alors celui-ci fit en sorte que l'on amenât l'adolescent en sa présence en même temps que sa fille… La dignité du jeune homme fut sensible au prince ; celui-ci le prit dans ses bras, le baisa sur tout son corps et lui dit : " Parle-moi de ta condition, car, vois tu es désormais pour moi comme un fils ". L'adolescent lui répondit : " Je suis le fils d'un officier du pays d'Égypte. Ma mère étant morte, mon père prit une autre femme, qui devint ma belle-mère. Celle-ci peu à peu me haït et je partis pour la fuir ". Alors le prince lui donna sa fille ; il lui donna une maison et des terres cultivables, en même temps que des troupeaux et toutes sortes de belles et bonnes choses.

Quelque temps après cela, le jeune homme dit à son épouse : " Je suis promis à trois destins : le crocodile, le serpent, le chien ". Elle lui dit aussitôt : " Fais donc tuer le chien qui te suit ". Mais il répondit : " Ce serait une folie. Je ne permettrai pas que l'on tue mon chien, que j'ai élevé depuis qu'il était petit ". Alors, elle devint vigilante pour son époux, extrêmement. Elle ne lui permettait pas de sortir seule et de s'éloigner.

Or, le jour où l'adolescent s'en était venu du pays d'Égypte, dans son errance, le crocodile que lui avait assigné le destin … l'avait suivi ; il se trouva juste avant lui, dans la ville où résidait le jeune homme … et se tint dans l'Eau. Or il y avait dans cette Eau un Esprit divin et puissant ; il ne permettait pas au crocodile d'aller au-dehors, et le crocodile ne permettait pas que l'Esprit divin et puissant sorte pour se promener. Quand à l'aube brillait la lumière divine, les deux adversaires se dressaient pour combattre, et cela chaque jour, depuis une durée de trois mois.

Quelque temps encore après cela, un jour, le jeune homme s'assit pour passer, dans sa maison, une heureuse journée. Après que fut venue la douce brise de la nuit, il s'allongea sur son lit et le sommeil s'empara de son corps. Son épouse emplit un bol avec du vin, un autre avec de la bière. Un serpent sortit alors de son trou dans l'intention de mordre le jeune homme ; son épouse était assise à son côté, mais elle ne dormait point. Les bols attirèrent le serpent, qui but et devint ivre ; puis il s'allongea, ventre en l'air. Alors l'épouse le fit mettre en pièces au moyen de sa hache. On réveilla son mari… Elle lui dit : " Vois, ton dieu a placé un de tes destins dans ta main ; il veillera encore sur toi… " Il fit désormais des offrandes à Rê, l'adorant et exaltant sa gloire, pendant le cours de chaque jour.

De nombreux jours encore après cela, le jeune homme sortit pour se promener, se divertissant dans son domaine. Son épouse ne sortit pas avec lui, mais son chien l'accompagnait. Celui-ci, alors, se mit à parler et dit : " Je suis ton destin ". Alors l'homme courut devant lui, il atteignit l'eau et s'y jeta… Le crocodile le saisit et l'emporta jusqu'à l'endroit où se tenait habituellement l'Esprit divin et puissant ; mais celui-ci n'était pas là. Le crocodile dit alors au jeune homme : " Je suis ton destin, qui t'ai suivi jusqu'ici. Durant les trois mois écoulés jusqu'à ce jour, j'ai combattu avec l'Esprit divin et puissant. Or, vois, je suis prêt à te libérer. Mais si cet Esprit vient pour combattre, tu me prêteras assistance et tu le tueras… ". Lorsque la terre s'éclaira, un second jour étant venu, l'Esprit divin et puissant s'en revint…

(Là s'arrête le manuscrit.) (Textes sacrés et textes profanes de l'Ancienne Égypte II ,Mythes, contes et poésie, Traductions et commentaires de Claire Lalouette, préface de Pierre Grimal, Connaissance de l'Orient, Gallimard, P. 181-185)


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Rédigé par orange8454

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