Publié le 13 Septembre 2012

Le roi des deux Égyptes Khoufouî, à la voix juste, était un souverain bienfaisant. Un jour que pharaon s’ennuyait il dit :

- Je voudrais savoir, si quelqu’un d’entre vous ne pourrait pas m’indiquer un homme capable de m’amuser en me racontant des histoires.

Tout de suite un des fils de Pharaon raconta une histoire de prodige accompli par le roi Zasiri, un des prédécesseurs de Sa Majesté.

Le roi des deux Égyptes Khoufouî dit :

- Qu’on présente à sa Majesté le roi Zasiri, à la voix juste, une offrande de mille pains, cent cruches de bière, un bœuf, deux coupes pleines d’encens, et qu’on fasse donner une galette, une pinte de bière, une ration de viande, une coupe pleine d’encens à mon fils, car j’ai vu la preuve de sa science. Et l’on fit ce que Sa Majesté avait ordonné.

Alors un autre fils du roi Khâfrîya se leva pour parler et il dit : Je vais faire connaître à ta Majesté un prodige qui arriva au temps de ton père, le roi Nabka, à Memphis, à la voix juste, une fois qu’il s’était rendu au temple de Phtah, maître d’Ankhoutaouî.

Un jour que Sa Majesté était allée au temple de Phtah maître d’Ankhoutaouî et que Sa Majesté rendait visite à la maison du scribe, premier lecteur, Oubaouanir avec sa suite, la femme du premier lecteur Oubaouanir vit un vassal de ceux qui étaient derrière le roi : [dès l’heure qu’elle l’aperçut, elle ne sut plus l’endroit du monde où elle était. Elle lui envoya sa servante qui était auprès d’elle, pour lui dire : « Viens, que nous reposions ensemble, une heure durant ; mets tes vêtements de fête ».] Elle lui fit porter une caisse pleine de beaux vêtements, et lui il vint avec la servante à l’endroit où elle était. Or, quand des jours eurent passé sur cela, comme le premier lecteur Oubaou-anir avait un kiosque au Lac d’Oubaou-anir, le vassal dit à la femme d’Oubaou-anir : « Il y a le kiosque au Lac d’Oubaou-anir ; s’il te plaît, nous y prendrons un petit moment ». Lors la femme d’Oubaou-anir envoya dire au majordome qui avait charge du Lac : « Fais préparer le kiosque qui est au Lac ».

Il fit comme elle avait dit et elle y demeura, buvant avec le vassal jusqu’à ce que le soleil se couchât. Et quand le soir fut venu, il descendit dans le Lac pour se baigner et la servante était avec lui, et le majordome sut ce qui se passait entre le vassal et la femme d’Oubaou-anir. Et quand la terre se fut éclairée et qu’un second jour fut, le majordome alla trouver le premier lecteur Oubaou-anir et il lui conta ces choses que ce vassal avait faites dans le kiosque avec sa femme. Quand le premier lecteur Oubaou-anir sut ces choses qui s’étaient passées dans son kiosque, il dit au majordome : « Apporte-moi ma cassette en bois d’ébène incrusté de vermeil qui contient mon grimoire ».

Quand le majordome l’eut apportée, il modela un crocodile de cire, long de sept pouces, il récita sur lui ce qu’il récita de son grimoire, il lui dit : « Quand ce vassal viendra pour se baigner dans mon Lac, alors entraîne-le au fond de l’eau ». Il donna le crocodile au majordome et il lui dit : « Dès que le vassal sera descendu dans le Lac, selon sa coutume de chaque jour, jettes-y le crocodile de cire derrière lui ». Le majordome alla donc et il prit le crocodile de cire avec lui. La femme d’Oubaou-anir envoya au majordome qui avait charge du Lac et elle lui dit : « Fais préparer le kiosque qui est au bord du Lac, car voici, je viens y séjourner ». Le kiosque fut muni de toutes les bonnes choses ; on vint et on se divertit avec le vassal. Quand ce fut le temps du soir, le vassal alla, selon sa coutume de chaque jour, et le majordome jeta le crocodile de cire à l’eau derrière lui ; le crocodile se changea en un crocodile de sept coudées, il saisit le vassal, il l’emporta sous l’eau.

Or, le premier lecteur Oubaou-anir demeura sept jours avec la Majesté du roi de la haute et de la basse Égypte Nabka, à la voix juste, tandis que le vassal était dans l’eau sans respirer. Mais, après que les sept jours furent révolus, quand le roi de la haute et de la basse Égypte Nabka, à la voix juste, alla et qu’il se rendit au temple, le premier lecteur Oubaou-anir se présenta devant lui et il lui dit : « Plaise ta Majesté venir et voir le prodige qui s’est produit au temps de ta Majesté au sujet d’un vassal ». Sa Majesté alla donc avec le premier lecteur Oubaou-anir. Oubaou-anir dit au crocodile : « Apporte le vassal hors de l’eau ! » Le crocodile sortit et apporta le vassal hors de l’eau.

Le premier lecteur Oubaou-anir dit : « Qu’il s’arrête ! » et il le conjura, il le fit s’arrêter devant le roi. Lors la Majesté du roi de la haute et de la basse Égypte Nabka, à la voix juste, dit : « De grâce, ce crocodile est terrifiant ! » Oubaou-anir se baissa, il saisit le crocodile, et ce ne fut plus dans ses mains qu’un crocodile de cire. Le premier lecteur Oubaou-anir raconta à la Majesté du roi de la haute et de la basse Égypte Nabka, à la voix juste, ce que le vassal avait fait dans « sa maison avec sa femme.

Sa Majesté dit au crocodile : « Prends, toi, ce qui est tien ». Le crocodile plongea au fond du lac et l’on n’a plus su ce qu’il advint du vassal et de lui. La Majesté du roi de la haute et de la basse Égypte Nabka, à la voix juste, fit conduire la femme d’Oubaou-anir au côté nord du palais ; on la brûla et on jeta ses cendres au fleuve. Voici, c’est là le prodige qui arriva au temps de ton père, le roi de la haute a et de la basse Égypte Nabka, à la voix juste, et qui est de ceux qu’opéra le premier lecteur Oubaou-anir.

La Majesté du roi Khoufouî, à la voix juste, dit donc : Qu’on présente à la Majesté du roi Nabka, à la voix « juste, une offrande de mille pains, cent cruches de bière, un bœuf, deux godets d’encens, puis qu’on fasse donner une galette, une pinte de bière, un godet d’encens pour le premier lecteur Oubaou-anir, car j’ai vu la preuve de sa science. Et l’on fit ce que Sa Majesté avait ordonné. Lors le fils royal Baîoufrîya se leva pour parler et il dit : Je vais faire connaître à ta Majesté un prodige qui arriva au temps de ton père Sanafrouî, à la voix juste, et qui est de ceux qu’opérait hier le premier lecteur Zazamânkhou.

Un jour que le roi Sanafrouî, à la voix juste, s’ennuyait, Sa Majesté assembla la maison du roi, afin de lui chercher quelque chose qui lui allégeât le cœur. Comme on ne trouvait rien, il dit : « Courez et qu’on m’amène le premier lecteur, Zazamânkhou », et on le lui amena sur l’heure. Sa Majesté lui dit : « Zazamânkhou, mon frère, j’ai assemblé la maison du roi,. afin qu’on cherchât quelque chose qui m’allégeât le cœur, mais je n’ai trouvé rien ». Zazamânkhou lui dit : « Daigne ta Majesté se rendre au Lac de Pharaon, et se faire armer une barque avec toutes les belles filles du harem royal. Le cœur de ta Majesté s’allégera quand tu les verras aller et venir ; puis, quand tu contempleras les beaux fourrés de ton Lac, quand tu regarderas les belles campagnes qui le bordent et ses belles rives, alors le cœur de ta Majesté s’allégera. Quant à moi, voici comment je réglerai la vogue. Fais-moi apporter vingt rames en bois d’ébène, garnies d’or, dont les pales seront de bois d’érable garni de vermeil ; qu’on m’amène aussi vingt femmes de celles qui ont beau corps, beaux seins, belle chevelure, et qui n’aient pas encore eu d’enfant, puis, qu’on apporte vingt résilles et qu’on les donne à ces femmes en guise de vêtement ».

On fit ce que Sa Majesté avait ordonné. Les femmes allaient, venaient, et le cœur de Sa Majesté se réjouissait à les voir voguer, quand la rame de l’une d’elles lui heurta la chevelure, et son poisson de malachite neuf tomba à l’eau. Alors elle se tut, elle cessa de ramer, et ses camarades de la même bande se turent et elles ne ramèrent plus, et Sa Majesté dit : « Vous ne ramez plus ? » Elles dirent : « Notre compagne s’est tue et elle ne rame plus ». Sa Majesté dit à celle-ci : « Que ne rames-tu ? » Elle dit : « Mon poisson de malachite neuf est tombé à l’eau ». Sa Majesté dit : « Rame seulement, je te le remplacerai ». Elle dit : « Je veux mon bijou à moi et non un bijou pareil ». Alors, Sa Majesté dit : « Allons, qu’on m’amène le premier lecteur Zazamânkhou ! » On le lui amena sur l’heure et Sa Majesté dit : « Zazamânkhou, mon frère, j’ai fait comme tu as dit, et le cœur de Sa Majesté s’allégeait à voir ramer ces femmes quand, voici, le poisson de malachite neuf de l’une des petites est tombé à l’eau. Alors elle s’est tue, elle a cessé de ramer, et elle a arrêté ses camarades. Je lui ai dit : « Que ne rames-tu ? » Elle m’a dit : « Le poisson de malachite neuf est tombé à l’eau ». Je lui ai dit : « Rame seulement, et je te le remplacerai ».

Elle a dit : « Je veux mon bijou à moi et non un bijou pareil ». Lors, le premier lecteur Zazamânkhou récita ce qu’il récita de son grimoire. Il enleva tout un pan d’eau et il le mit sur l’autre ; il trouva le poisson posé sur un rehaut de terre, il le prit, il le donna à sa maîtresse. Or, l’eau était profonde de douze coudées en son milieu, et, maintenant qu’elle était empilée, elle atteignait vingt-quatre coudées : il récita ce qu’il récita de son grimoire, et se remit l’eau du Lac en son état. Sa Majesté passa donc un heureux jour avec toute la maison du roi, et il récompensa le premier lecteur Zazamânkhou avec toute sorte de bonnes choses. Voici, c’est là le prodige qui arriva au temps de ton père, le roi Sanofrouî, à la voix juste, et qui est de ceux qu’opéra le premier lecteur, Zazamânkhou, le magicien.

La Majesté du roi Khoufouî, à la voix juste, dit donc : Qu’on présente à la Majesté du roi Sanafrouî, à la voix juste, une offrande de mille pains, cent cruches de bière, un bœuf, deux godets d’encens, puis qu’on fasse donner une galette, une pinte de bière, un godet d’encens, pour le premier lecteur Zazamânkhou, le magicien, car j’ai vu la preuve de sa science. Et l’on fit ce que Sa Majesté avait ordonné.

Lors, le fils du roi, Dadoufhorou, se leva pour parler et il dit : Jusqu’à présent ta Majesté a entendu le récit de prodiges que les gens d’autrefois seuls ont connus mais dont on ne peut garantir la vérité. Je puis faire voir à ta Majesté un sorcier qui est de ton temps et que ta Majesté ne connaît pas. Sa Majesté dit : Qu’est-ce là, Dadoufhorou ? Le fils du roi, Dadoufhorou, dit : Il y a un vassal qui s’appelle Didi, et qui demeure à Didousanafrouî.

C’est un vassal de cent dix ans, qui mange encore ses cinq cents miches de pain avec une cuisse de bœuf entière, et qui boit jusqu’à ce jour ses cent cruches de bière. Il sait remettre en place une tête coupée ; il sait se faire suivre d’un lion sans laisse, il connaît le nombre des écrins à livres de la crypte de Thot. Or voici, la Majesté du roi Khoufouî, à la voix juste, avait employé beaucoup de temps à chercher ces écrins à livres de la crypte de Thot, afin de s’en faire une copie pour sa pyramide. Sa Majesté dit donc : Toi-même, Dadoufhorou, mon fils, amène-le-moi.

On arma des barques pour le fils du roi, Dadoufhorou, et il fit voile vers Didousanafrouî. Quand les vaisseaux eurent abordé à la berge, il débarqua et il se plaça sur une chaise de bois d’ébène dont les brancards étaient en bois de napéca garni d’or ; puis, quand il fut arrivé à Didousanafrouî, la chaise fut posée à terre, il se leva pour saluer le magicien, et il le trouva étendu sur un lit bas au seuil de sa maison, un esclave à la tête qui le grattait, un autre qui lui chatouillait les pieds. Le fils royal Dadoufhorou lui dit : Ta condition est celle de qui vit à l’abri de l’âge. La vieillesse c’est d’ordinaire l’arrivée au port, c’est la  mise en bandelettes, c’est le retour à la terre ; mais rester ainsi étendu bien avant dans le jour, sans infirmités du corps, sans décrépitude de la sagesse ni du bon conseil, c’est vraiment d’un bienheureux ! Je suis accouru en hâte pour t’inviter, par message de mon père Khoufouî, à la voix juste ; tu mangeras du meilleur que donne le roi, et des provisions qu’ont ceux qui sont parmi ses serviteurs, et grâce à lui tu parviendras en une bonne condition de vie à tes pères qui sont dans la tombe.

Ce Didi lui dit : En paix, en paix, Dadoufhorou, fils royal chéri de son père ! Que te loue ton père Khoufouî, à la voix juste, et qu’il t’assure ta place en avant des vieillards ! puisse ton double avoir gain de cause contre les ennemis, et ton âme connaître les chemins ardus qui mènent à la porte de Hobs-bagaî, car celui qui est de bon conseil, c’est toi, fils du roi !. Le fils du roi, Dadoufhorou, lui tendit les deux mains ; il le fit lever, et comme il se rendait avec lui au port, il lui tenait la main.

Didi lui dit : Qu’on me donne un caïque pour m’apporter mes enfants et mes livres ; on lui donna deux bateaux avec leur équipage, et Didi lui-même navigua dans la barque où était le fils du roi, Dadoufhorou. Or, quand il fut arrivé à la cour, dès que le fils du roi, Dadoufhorou, fut entré pour faire son rapport à la Majesté du roi des deux Égyptes Khoufouî, à la voix juste, le fils du roi, Dadoufhorou, dit : Sire, mon maître, j’ai amené Didi. Sa Majesté dit : Vite, amène-le-moi, et quand Sa Majesté se fut rendue à la salle d’audience de Pharaon, on lui présenta Didi.

Sa Majesté dit : Qu’est cela, Didi, que je ne t’aie jamais encore vu ? Didi lui dit : Qui est appelé il vient ; le souverain, m’appelle, me voici, je suis venu. Sa Majesté dit : Est-ce vrai ce qu’on dit, que tu sais remettre en place une tête coupée ? Didi lui dit : Oui, je le sais, sire, mon maître. Sa Majesté dit : Qu’on m’amène un prisonnier de ceux qui sont en prison, et dont la condamnation est prononcée. Didi lui dit : Non, non, pas d’homme, sire, mon maître : qu’on n’ordonne pas de faire rien de tel au bétail noble.

On lui apporta une oie à qui l’on trancha la tête, et l’oie fut mise à main droite de la salle et la tête de l’oie à main gauche de la salle : Didi récita ce qu’il récita de son grimoire, l’oie se dressa, sautilla, la tête fit de même, et quand l’une eut rejoint l’autre, l’oie se mit à glousser. Il se fit apporter un pélican (?) ; autant lui en advint.

Sa Majesté lui fit amener un taureau dont on abattit la tête à terre, et Didi récita ce qu’il récita de son grimoire ; le taureau se mit debout derrière lui mais son licou resta à terre. Le roi Khoufouî, à la voix juste, dit : Qu’est-ce qu’on dit, que tu connais les nombres des écrins à livres de la crypte de Thot ? Didi lui dit : Pardon, si je n’en sais le nombre, sire, mon maître, mais je connais l’endroit où ils sont. Sa Majesté dit : Cet endroit, où est-il ? Ce Didi lui dit : Il y a un bloc de grès dans ce qu’on appelle la Chambre des rôles à Onou, et les écrins à livres de la crypte de Thot sont dans le bloc.

Le roi dit : Apporte-moi les écrins qui sont dans ce bloc. Didi lui dit : Sire, mon maître, voici, ce n’est point moi qui te les apporterai. Sa Majesté dit : Qui donc me les apportera ? Didi lui dit : L’aîné des trois enfants qui sont dans le sein de Roudîtdidît, il te les apportera.

Sa Majesté dit : Parbleu ! celle-là dont tu parles, qui est-elle, la Rouditdidît ? Didi lui dit : C’est la femme d’un prêtre de Râ, seigneur de Sakhîbou. Elle est enceinte de trois enfants de Râ, seigneur de Sakhîbou, et le dieu lui a dit qu’ils rempliraient cette fonction bienfaisante en cette Terre-Entière, et que l’aîné d’entre eux serait grand pontife à Onou. Sa Majesté, son cœur en fut troublé, mais Didi lui dit : Qu’est-ce que ces pensées, sire, mon maître ? Est-ce que c’est à cause de ces trois enfants ? Je te dis : Ton fils, son fils, et un de celle-ci. Sa Majesté dit : Quand enfantera-t-elle, cette Roudîtdidît ? Il dit : Elle enfantera, le 15 du mois de Tybi. Sa Majesté dit : Si les bas-fonds du canal des Deux-Poissons ne coupaient le chemin, j’irais moi-même, afin de voir le temple de Râ, maître de Sakhîbou. Didi lui dit : Alors, je ferai qu’il y ait quatre coudées d’eau sur les bas-fonds du canal des Deux-Poissons.

Quand Sa Majesté se fut rendue en son logis, Sa Majesté dit : Qu’on mette Didi en charge de la maison du fils royal Dadoufhorou, pour y demeurer avec lui, et qu’on lui donne un traitement de mille pains, cent cruches de bière, un bœuf, et cent bottes d’échalote. Et l’on fit tout ce que Sa Majesté avait ordonné.

Or, un de ces jours-là, il arriva que Roudîtdidît souffrit les douleurs de l’enfantement. La Majesté de Râ, seigneur de Sakhîbou, dit à Isis, à Nephthys, à Maskhonouît, à Hiqaît, à Khnoumou : Hop ! courez délivrer la Roudîtdidît de ces trois enfants qui sont dans son sein et qui rempliront cette fonction bienfaisante en cette Terre-Entière, vous bâtissant vos temples, fournissant vos autels d’offrandes, approvisionnant vos tables à libations, augmentant vos biens de mainmorte. Lors ces dieux allèrent : les déesses se changèrent en musiciennes, et Khnoumou fut avec elles comme homme de peine. Elles arrivèrent à la maison de Râousir, et elles le trouvèrent qui se tenait là ; déployant le linge ; Elles passèrent devant lui avec leurs crotales et avec leurs sistres, mais il leur dit : Mesdames, voyez, il y a ici une femme qui souffre les douleurs de l’enfantement.

Elles dirent : Permets-nous de la voir, car, voici, nous sommes habiles aux accouchements. Il leur dit : Venez donc, et elles entrèrent devant Roudîtdidît, puis elles fermèrent la chambre sur elle et sur elles-mêmes. Alors, Isis se mit devant elle, Nephthys derrière elle, Niqaît facilita l’accouchement. Isis dit : Ô enfant, ne fais pas le fort en son ventre, en ton nom d’Ousirraf, celui dont la bouche est forte ! Alors cet enfant lui sortit sur les mains, un enfant d’une coudée de long, aux os vigoureux, aux membres cou-leur d’or, à la coiffure de lapis-lazuli vrai. Les déesses le lavèrent, elles lui coupèrent le cordon ombilical, elles le posèrent sur un lit de briques, puis Maskhonouît s’approcha de lui et elle lui dit : C’est un roi qui exercera la royauté en ce Pays Entier. Khnoumou lui mit la santé dans les membres.

Ensuite Isis se plaça devant Roudîtdidît, Nephthys derrière elle, Hiqaît facilita l’accouchement. Isis dit : Enfant, ne voyage pas plus longtemps dans son ventre, en ton nom de Sâhourîya, celui qui est Râ voyageant au ciel. Alors cet enfant lui sortit sur les mains, un enfant d’une coudée de long, aux os vigoureux, aux membres couleur d’or, à la coiffure de lapis-lazuli vrai. Les déesses le lavèrent, elles lui coupèrent le cordon, elles le portèrent sur un berceau de briques, puis Maskhonouît s’approcha de lui et elle dit : C’est un roi qui exercera la royauté en ce Pays Entier. Khnoumou lui mit la santé dans les membres. Ensuite, Isis se plaça devant Roudîtdidît, Nephthys se plaça derrière elle, Hiqaît facilita l’accouchement. Isis dit : Enfant, ne reste pas plus longtemps dans les ténèbres de son ventre, en ton nom de Kakaouî, le ténébreux. Alors cet enfant lui sortit sur les mains, un enfant d’une coudée de long, aux os vigoureux, aux membres d’or, à la coiffure de lapis-lazuli vrai. Les déesses le lavèrent, elles lui coupèrent le cordon, elles le posèrent sur un lit de briques, puis Maskhonouît s’approcha de lui et elle dit : C’est un roi qui exercera la royauté en ce Pays Entier. Khnoumou lui mit la santé dans les membres.

Quand ces dieux sortirent, après avoir délivré la Roudîtdidît de ses trois enfants, ils dirent : Réjouis-toi, Râousir, car, voici, trois enfants te sont nés. Il leur dit : Mesdames, que ferai-je pour vous ? Ah, donnez ce grain que voici à votre homme de peine, pour que vous l’emportiez en paiement aux silos ! Et Khnoumou chargea ce grain, puis ils repartirent pour l’endroit d’où ils étaient venus. Mais Isis dit à ces dieux : A quoi songeons-nous d’être venus à Râousir sans accomplir, pour ces enfants, un prodige par c lequel nous puissions faire savoir l’événement à leur père qui nous a envoyés.

Alors elles fabriquèrent trois diadèmes de maître souverain, et elles les placèrent dans le grain ; elles précipitèrent du haut du ciel l’orage et la pluie, elles revinrent à la maison, puis elles dirent : Déposez ce grain dans une chambre scellée, jusqu’à ce que nous revenions baller au nord. Et l’on déposa ce grain dans une chambre scellée. Roudîtdidît se purifia d’une purification de quatorze jours, puis elle dit à sa servante : La maison est-elle en bon ordre ? La servante lui dit : Elle est garnie de toutes les bonnes choses ; pourtant, les pots pour la bouza, on ne les a pas apportés.

Alors Roudîtdidît lui dit : Pourquoi n’a-t-on pas apporté les pots ? La servante dit : Il serait bon de brasser sans retard, si le grain de ces chanteuses n’était pas dans une chambre scellée de leur cachet. Alors Roudîtdidît lui dit : Descends, apporte-nous-en ; Râousir leur en donnera d’autre en place, lorsqu’elles reviendront. La servante alla et elle ouvrit la chambre ; elle entendit des voix, du chant, de la musique, des danses, du zaggarit, tout ce qu’on fait à un roi, dans la chambre.

Elle revint, elle rapporta tout ce qu’elle avait entendu à Roudîtdidît. Celle-ci parcourut la chambre et elle ne trouva point la place d’où le bruit venait. Elle appliqua sa tempe contre la huche et elle trouva que le bruit était à l’intérieur : elle mit donc la huche dans un coffre en bois, elle apposa un autre sceau, elle l’entoura de cuir, elle plaça le tout dans la chambre où étaient ses vases et elle ferma celle-ci de son sceau. Quand Râousir arriva de retour du jardin, Roudîtdidît lui répéta ces choses et il en fut content extrêmement, et ils s’assirent et ils passèrent un jour de bonheur.

Or, beaucoup de jours après cela, voici que Roudîtdidît se disputa avec la servante et qu’elle la fit fouetter. La servante dit aux gens qui étaient dans la maison : Est-ce ainsi qu’elle me traite, elle qui a enfanté trois rois ? J’irai et je le dirai à La Majesté du roi Khoufouî, à la voix juste. Elle alla donc et elle trouva son frère aîné de mère, qui liait le lin qu’on avait teillé sur l’aire. Il lui dit : Où vas-tu, ma petite damoiselle ? et elle lui raconta ces choses. Son frère lui dit : C’est bien faire ce qu’il y avait à faire que venir à moi ; je vais t’apprendre à te révolter. Voici qu’il prit une botte de lin contre elle et il lui administra une correction. La servante courut se puiser un peu d’eau, et le crocodile l’enleva. Quand son frère courut vers Roudîtdidît pour lui dire cela, il trouva Roudîtdidît assise, la tête aux genoux, le cœur triste plus que toute chose.

II lui dit : Madame, pourquoi ce cœur ? Elle dit : C’est à cause de cette petite qui était dans la maison ; voici qu’elle est partie disant : « J’irai et je dénoncerai ». II se prosterna la face contre terre, il lui dit : Ma dame, quand elle vint me conter ce qui est arrivé et qu’elle se plaignit à moi ; voici que je lui donnai de mauvais coups ; alors elle alla se puiser un peu d’eau, et le crocodile l’emporta...

La fin du roman pouvait contenir, entre autres épisodes, le voyage à Sakhîbou auquel Chéops fait allusion vers la fin de son entretien avec Didi. Le roi échouait dans ses entreprises contre les enfants divins ; ses successeurs, Chéphren et Mykérinos, n’étaient pas plus heureux que lui, et l’intrigue se dénouait par l’avènement d’Ousirkaf. Peut-être ces dernières pages renfermaient-elles des allusions à quelques-unes des traditions que les écrivains grecs avaient recueillies.

Chéops et Chéphren se vengeaient de l’inimitié que Ré leur témoignait en fermant son temple à Sakhîbou et dans d’autres villes : ils justifiaient ainsi une des histoires qui leur avaient valu leur renom d’impiété. De toute façon, le Papyrus Westcar est le premier qui nous arrive en rédaction originale des romans dont se composait le cycle de Chéops et des rois constructeurs de pyramides.

Maspero


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Rédigé par orange8454

Publié dans #didi, #majeste, #qu’on, #roi, #voix

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Publié le 13 Septembre 2012

Au temps du roi Zeser, de la troisième dynastie, la vice-roi de Nubie était un homme de noble naissance nommé Meter. Il résidait à Eléphantine et il était chargé d'administrer toutes les propriétés appartenant au dieu Khnoum. le dieu Khnoum était un dieu très puissant et très riche, le maître des sources du Nil, dont les prêtres seuls connaissaient le lieu. Ils disaient que le Nil sort d'un gouffre, creusé par les eaux tourbillonnantes entre deux immenses rochers pointus : Crophi et Morphi. Il y a là un abîme si profond que la sonde attachée à un câble long de plusieurs milliers de brasses n'en touche pas le fond.

Dans la dix-huitième année de son règne, le pharaon Zeser fit venir au vice-roi Meter une missive qui contenait ceci :

"Cette lettre est destinée à t'informer des calamités qui sont tombées sur moi depuis que je suis assis sur le trône de la Terre-Entière, et qui pèsent aussi sur tous mes amis et sur tous mes sujets. Mon cœur douloureux est grandement affligé, parce que depuis sept saisons les eaux du Nil n'ont pas monté à la hauteur accoutumée ; depuis sept ans, nous n'avons vu ni les eaux vertes ni les eaux rouges. La terre est restée sèche et stérile : une boue noire cuite au soleil, une croûte fendillée d'où ne sort aucune herbe verte ; les arbres sont couverts de poudre, leurs feuilles sont enduites d'une épaisse poussière collante. La récolte n'a donné que quelques pauvres grains, les jardins sont desséchés : ni herbes ni légumes. Tout ce qui sert à l'homme pour sa nourriture a disparu de la surface de la terre.

Le paysan affamé va voler chez son voisin. Tous les pauvres gens voudraient s'en aller ailleurs chercher leur vie, mais, comme ils sont épuisés, ils n'ont même plus la force de marcher. Les petits enfants gémissent et meurent ; mes jeunes gens trébuchent de faiblesse ; le cœur des vieux est brisé de douleur, leurs jambes flageolent, ils gisent à demi évanouis sur le sol, pressant de leurs mains leur estomac vide.

Les fonctionnaires sont impuissants et ne savent quel conseil donner. Quand on ouvre les greniers publics qui devraient contenir des réserves, on n'y trouve rien que des courants d'air !Tout est en ruine sur la Terre-Entière.

Je me remémore le temps du bonheur, le temps où j'étais bien conseillé. Alors, chaque année, le dieu envoyait ses eaux fécondantes ; je voyais les hommes et les enfants patauger dans la boue liquide, les bœufs s'abreuver, les insectes pulluler, les oiseaux picorer et boire et le poisson Fabreka, qui gît le ventre en l'air, engraisser les ventres affamés. Ah ! c'était le temps des dieux, de Thot, le dieu-ibis qui se pose sur les eaux, le temps du grand prêtre Imoithis, le fils de Ptah ; alors tout était prospère et mes sujets nageaient dans l'abondance et aussi mes amis qui vivent auprès de moi dans la Grande Maison.

Je te prie de m'envoyer des renseignements. Où est la source du Nil ? Quel dieu en est le maître ? Que sais tu sur ce dieu ? Car c'est de lui que notre vie dépend, c'est lui qui entasse le grain dans les greniers. S'il ne nous bénit plus, nous périrons tous.

Je désire aller consulter la grande prêtre de Thot à Hermopolis : sa bénédiction fortifie tous les hommes et les soutient dans leur désespoir. Je souhaite de pénétrer dans la bibliothèque de temple de Memphis "La Maison de Vie", je veux saisir de mes mains les rouleaux de papyrus couverts d'écriture afin de les déchiffrer. Je veux lire les livres sacrés, les méditer et découvrir la signification de toutes ces choses mystérieuses."

Lorsque le vice-roi Meter eut lu attentivement la royale missive, il s'empressa de se mettre en route pour rejoindre le Pharaon. Dès qu'il fut près de lui, il commença d'instruire le roi. Il répondit dans la mesure où il le pouvait aux questions posées par Sa Majesté, lui donna des informations sur la crue du Ni et il lui répéta tout ce que les hommes savants ont écrit sur ce sujet. et il prit les livres, et il lui lut les passages importants, et il l'aida à déchiffrer les passages difficiles, et il lui expliqua les passages obscurs. Car les ancêtres de Pharaon n'avaient consulté ces livres qu'à la hâte et, depuis le temps lointain où Râ avait régné en personne sur l'Egypte, jamais ces choses n'avaient été exposées ni expliquées à aucun des rois, car jamais encore le Nil n'avait connu la secheresse.

Le vice-roi Meter dit au Pharaon : "Il est une ville sur le fleuve d'où le Nil semble tirer son existence. C'est une très ancienne ville qui remonte à la naissance du monde : Abou. On l'appelle la cité du commencement, et c'est par là que se trouve, loin, loin, vers le sud, le pays qui est la terre créée avant toute autre. Il y a une longue suite de marches, un escalier ; c'est là que le Seigneur Râ s'est reposé quand il eut fait les premiers hommes. C'est par là que sont les deux cavernes d'où jaillissent les deux rivières qui sont les sources du Nil. De cet endroit provient toute chose bonne pour l'Egypte. La grande inondation qui noie la Terre-Entière vient de là : l'eau monte à une hauteur de vingt-huit coudées tandis qu'à Hermopolis les eaux dépassent rarement sept coudées.

Voila comment cela se passe : le dieu Nil se lève, rajeuni par un long repos dans les cavernes où il a retrouvé ses forces. Il piétine le sol de ses sandales, il tire les verrous, ouvre toutes grandes les deux portes par lesquelles l'eau s'échappe : elle coule, et bientôt la nappe verte couvre les champs et les jardins de la Terre-Entière et alors les hommes se réjouissent à l'idée des futures récoltes.

Le dieu Nil vit sous le nom de Shou il tient le compte de tout ce que produit l'Egypte afin de vérifier si chacun a la part qui lui revient. Il garde la corde pour mesurer les champs et le registre des propriétaires. il habite une maison de bois, tournée vers le sud-est, la porte est faîte de roseaux et le toit de branches d'arbres.

Alentour sont les montagnes de roches et de pierres où les carriers s'en vont avec leurs outils chercher les pierres avec lesquelles les maçons construisent les temples des dieux, les palais des animaux sacrés, les statues et les pyramides des morts : c'est la pierre d'Abou qui ne se détruit jamais.

Dans le sanctuaire, les hommes pieux offrent aux dieux des sacrifices de toutes sortes et les dons parfumés qui embaument l'air sont présentés à la face de Khnoum et à Osiris et à Isis, et à Horus et à Nephtys. Dans les chambres secrètes et scellées s'entassent les trésors, les pierres précieuses : l'or et l'argent, le cuivre et le fer, la lapis-lazuli, l'émeraude, le cristal, le rubis et l'albâtre, et les graines de plantes qui produisent l'encens, et tout ce que les hommes reconnaissants offrent chaque automne au dieu qui les a comblés."

Ainsi le vice-roi enseignait à Pharaon les choses essentielles sur la vie de son royaume. Alors Pharaon voulut aller lui-même en pèlerinage au temple de Khnoum.

Là après avoir prié, il s'endormit et crut, dans son rêve, voir le dieu et s'entretenir avec lui.
"J'ai pénétré dans le temple : les gardiens des livres ont dénoué le cordon qui les attache et ils les ont déroulés, et ils me les ont montrés.

J'ai été purifié par l'aspersion des eaux bénites et j'ai aperçu le dieu Khnoum, debout, en face de moi, et j'ai essayé de l'apitoyer en lui faisant de grands présents : je l'ai prié, et je l'ai supplié.

Il a daigné entrouvrir les paupières et son cœur ù s'est penché vers moi, et du haut de sa grandeur majestueuse, il a laissé tomber ces paroles : "Je suis Khnoum, le dieu créateur. Mes deux mains ont ramassé de la terre, et ont façonné le corps de l'homme tel qu'il est, tel que tu es. Je t'ai fait des membres solides, et je t'ai donné ton cœur.

Mais l'homme est un ingrat. Elles gisent encore dans les carrières, dans les profondeurs de la terre, depuis des éternités, les pierres qui auraient dû être taillées pour me construire un temple. Rien n'a été fait pour réparer les demeures sacrées des dieux. Tu peux les voir : tombées en poussière et en ruines.

Il faut croire que les hommes et les rois ignorent que moi, le créateur, le tout-puissant, je suis le maître qui donne la santé. C'est moi le plus grand, le père de tous les dieux, le maître de la Terre-Entière. Les deux moitiés du ciel sont ma demeure ; c'est moi qui verse l'eau du Nil pour que le fleuve s'écoule, qu'il inonde les champs cultivés et que cette eau les fertilise, qu'elle donne la vie à tout ce qui respire partout où elle va et jusqu'où elle va.

Je ferai monter les eaux du Nil pour toi, et il n'y aura pas d'année stérile. Elles s'écouleront et couvriront les champs à la joie générale. Les plantes, les herbes foisonneront, l'épi fléchira sous le poids du grain, les arbres plieront sous la charge des fruits, le figuier, le grenadier, l'abricotier ; la pomme du lotus éclatera et on fera avec ses graines, pour toi, Pharaon, le si délectable pain de Lys.

La déesse des récoltes présidera et partout la récolte sera cent mille fois plus abondante parce que chaque année, les eaux monteront de plus en plus haut et iront de plus en plus loin.

Ton peuple sera comblée, chacun recevra bien au-delà de sn propre désir. La disette disparaîtra et on ne déplorera plus le vide des greniers. Toute l'Egypte sera en terres cultivées ; les régions seront jaunes à cause des blés mûrs et ces blés seront de bon grain. La fertilité de la Terre-Entière dépassera les souhaits du fellah et sera plus grande qu'on ne l'a jamais vue."

A la parole prometteuse de récolte abondante, le roi s'éveillera et dans son cœur le courage et l'espérance remplacèrent le découragement et le désespoir d'auparavant.

Pharaon quitta le sanctuaire du dieu et, tout de suite, publia une ordonnance : il faisait au temple une donation magnifique, des terres, des champs, des trésors. Ils établissaient des lois qui obligeaient chaque fellah à servir une redevance aux prêtres. Les pêcheurs et les chasseurs devaient leur porter du poisson et du gibier. Chaque jour, un veau sur dix devait être apporté au temple pour y être offert en sacrifice. Les autorités devaient laisser passer en franchise les dons destinés à Abou : or, ivoire, ébène, pierres précieuses, épices, bois rares. Et le roi ordonna que cet édit fût copié avec soin sur une stèle déposée dans le sanctuaire au pied d'une image de Khnoum.

Et à tout manant qui passait par là, Pharaon ordonna de saluer le dieu, de se prosterner et de s'abstenir de cracher, sous peine d'être bien rossé à coups de corde pour apprendre la politesse et le respect qu'on doit au dieu Khnoum, au Nil bienfaisant et nourricier.

Et depuis cette entente entre Khnoum et le Pharaon, pas une fois le Nil n'a cessé d'envoyer au printemps le flot des eaux vertes, puis le flot des eaux rouges ; trois mois durant, la terre s'imbibe d'humidité féconde, les prés rient, les rives fleurissent, les hommes sont dans la joie, car en prévision de la bonne récolte tout ventre se réjouit, toute dent broie sur la terre d'Egypte, don du Nil ; Nil, que les hommes révèrent et adorent comme le Seigneur des bonnes nourritures.

Marguerite Divin


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Rédigé par orange8454

Publié dans #dieu, #eau, #homme, #nil, #terre

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Publié le 13 Septembre 2012

Il y avait, une fois, dit-on, un roi d'Égypte, pour lequel n'avait pas été mis au monde d'enfant mâle… Alors, il supplia les dieux, autour de lui, de lui donner un fils. Ceux-ci ordonnèrent de faire en sorte que l'on mît au monde pour lui. Cette nuit-là, tandis qu'il couchait avec son épouse, elle devint enceinte. Lorsqu'elle eut accompli le nombre de mois nécessaires pour la naissance, elle accoucha d'un garçon. Alors les sept Hathor s'en vinrent pour lui annoncer quel serait son destin ; elles dirent : " Sa mort viendra d'un crocodile, ou d'un serpent, ou encore d'un chien ". Les gens qui étaient aux côtés de l'enfant écoutèrent ces paroles et les rapportèrent à Sa Majesté - puisse-t-il être vivant, prospère et en bonne santé ! - Alors le cœur de Sa Majesté devint triste, au-delà de toute expression. Sa Majesté - puisse-t-il être vivant, prospère et en bonne santé ! - fit construire pour l'enfant une maison en pierre, dans le désert ; elle fut pourvue d'une domesticité et de toutes les belles et bonnes choses appartenant au palais royal - puisse-t-il être vivant, prospère et en bonne santé !... Mais l'enfant ne devait pas sortir de la maison.

Lorsqu'il eut grandi, il monta, un jour, sur la terrasse et aperçut un chien qui suivait un homme, marchant sur le chemin. Il dit au serviteur qui se tenait près de lui : " Qu'est-ce donc qui marche derrière cet homme qui s'avance sur le chemin ? " Il lui répondit : " C'est un chien ". L'enfant lui dit alors : " Fais en sorte que l'on m'amène un chien semblable ". Le serviteur alla rapporter cela à Sa Majesté - puisse-t-il être vivant, prospère et en bonne santé ! - et Sa Majesté dit : " Qu'on lui apporte un jeune chien, qui saute, plein de vie, afin que son cœur ne soit plus chagrin ". Et le chien fut apporté au jeune prince.

Après que des jours furent écoulés, et que le corps de l'enfant se fut développé, il dépêcha un messager à son père afin de lui dire : " Qu'arrivera-t-il, si je demeure ainsi ? Vois, je suis assigné à mon destin. Permets donc que j'aie le loisir d'agir ainsi que mon cœur le souhaite. Et Dieu fera de ce qui est de sa volonté ". Alors, on équipa pour lui un char, muni de toutes sortes d'armes de combat ; on plaça un serviteur à sa suite, comme compagnon, et on le fit passer sur la rive est du fleuve. On lui dit : " Poursuis maintenant ton chemin à ta guise ". Son chien était avec lui. Il voyagea vers le Nord, dans le désert, suivant son désir ; il se nourrissait de tout le meilleur gibier du désert.

Un jour, il arriva auprès du prince du Naharina. Or ce prince n'avait pas eu d'enfant, à l'exception d'une fille ; pour celle-ci, on avait construit une maison, dont la fenêtre était éloignée du sol de soixante-dix coudées. Le prince du Naharina avait fait en sorte que soient amenés tous les fils de tous les chefs du pays de Syrie, et il leur avait dit : " Quiconque, parmi vous, atteindra, en sautant la fenêtre de ma fille, celui-là l'épousera ".

Après que de nombreux jours se furent écoulés, tandis que ceux-ci se livraient à leur exercice quotidien, le jeune prince vint à passer devant eux. Ils le conduisirent jusqu'à leur maison, le lavèrent, donnèrent de la nourriture à son attelage et l'oignirent, bandèrent ses pieds et donnèrent des aliments à son compagnon. Puis ils lui dirent en manière de conversation : " D'où viens-tu, bel adolescent ? " Il répondit : " Je suis le fils d'un officier du pays d'Égypte. Ma mère étant morte, mon père prit une autre femme, qui devint ma belle-mère. Celle-ci, peu à peu, me haït, et je partis pour la fuir ". Alors ils le prirent dans leurs bras et le baisèrent sur tout le corps.

Après d'autres jours nombreux, il dit aux jeunes gens : " Mais que faites-vous donc ? " Ils répondirent : " Cela fait trois mois que chaque jour nous sommes ici, passant notre temps à sauter ; car celui qui atteindra la fenêtre de la fille du prince du Naharina, celle-ci lui sera donnée comme épouse ". Il leur dit : " Ah ! si mes pieds n'étaient pas douloureux, j'irais moi aussi pour sauter avec vous ". Ils s'en allèrent alors pour sauter, selon leur habitude de chaque jour, tandis que le jeune prince se tenait debout, éloigné et les regardant. Alors le visage de la fille du prince de Naharina se tourna vers lui.

Après quelque temps, le jeune prince s'en vint afin de sauter avec les enfants princiers. Il sauta donc et il atteignit la fenêtre de la fille du prince de Naharina. Elle le baisa et l'embrassa sur tout son corps. Alors, on alla informer son père en lui disant : " L'un des jeunes gens a atteint la fenêtre de ta fille ". Le prince questionna ainsi : " De quel chef est-il le fils ? " On lui répondit : " C'est le fils d'un officier qui est venu du pays d'Égypte, fuyant devant sa belle-mère ". Le prince de Naharina fut alors extrêmement furieux, et dit : " Vais-je donner ma fille à ce fuyard égyptien ? Faites en sorte qu'il s'en retourne ". On alla dire à celui-ci : " Repas donc vers le lieu d'où tu es venu ". Mais la jeune fille le saisit alors et elle fit un serment au nom de Dieu, disant : " Aussi vrai que dure Rê-Horalkhry, si on enlève loin de moi ce jeune homme, je ne mangerai plus, je ne boirai plus et je mourrai dans l'heure ". Le messager partit pour rapporter à son père toutes les paroles qu'elle avait prononcées. Celui-ci envoya des gens pour tuer l'adolescent à l'endroit où il se tenait. Mais la jeune fille dit : " Aussi vrai que dure Rê, si on le tue, quand se couchera la lumière divine, je mourrai. Je ne passerai pas une heure, pas une heure de plus que lui ". On alla de nouveau rapporter ces propos à son père. Alors celui-ci fit en sorte que l'on amenât l'adolescent en sa présence en même temps que sa fille… La dignité du jeune homme fut sensible au prince ; celui-ci le prit dans ses bras, le baisa sur tout son corps et lui dit : " Parle-moi de ta condition, car, vois tu es désormais pour moi comme un fils ". L'adolescent lui répondit : " Je suis le fils d'un officier du pays d'Égypte. Ma mère étant morte, mon père prit une autre femme, qui devint ma belle-mère. Celle-ci peu à peu me haït et je partis pour la fuir ". Alors le prince lui donna sa fille ; il lui donna une maison et des terres cultivables, en même temps que des troupeaux et toutes sortes de belles et bonnes choses.

Quelque temps après cela, le jeune homme dit à son épouse : " Je suis promis à trois destins : le crocodile, le serpent, le chien ". Elle lui dit aussitôt : " Fais donc tuer le chien qui te suit ". Mais il répondit : " Ce serait une folie. Je ne permettrai pas que l'on tue mon chien, que j'ai élevé depuis qu'il était petit ". Alors, elle devint vigilante pour son époux, extrêmement. Elle ne lui permettait pas de sortir seule et de s'éloigner.

Or, le jour où l'adolescent s'en était venu du pays d'Égypte, dans son errance, le crocodile que lui avait assigné le destin … l'avait suivi ; il se trouva juste avant lui, dans la ville où résidait le jeune homme … et se tint dans l'Eau. Or il y avait dans cette Eau un Esprit divin et puissant ; il ne permettait pas au crocodile d'aller au-dehors, et le crocodile ne permettait pas que l'Esprit divin et puissant sorte pour se promener. Quand à l'aube brillait la lumière divine, les deux adversaires se dressaient pour combattre, et cela chaque jour, depuis une durée de trois mois.

Quelque temps encore après cela, un jour, le jeune homme s'assit pour passer, dans sa maison, une heureuse journée. Après que fut venue la douce brise de la nuit, il s'allongea sur son lit et le sommeil s'empara de son corps. Son épouse emplit un bol avec du vin, un autre avec de la bière. Un serpent sortit alors de son trou dans l'intention de mordre le jeune homme ; son épouse était assise à son côté, mais elle ne dormait point. Les bols attirèrent le serpent, qui but et devint ivre ; puis il s'allongea, ventre en l'air. Alors l'épouse le fit mettre en pièces au moyen de sa hache. On réveilla son mari… Elle lui dit : " Vois, ton dieu a placé un de tes destins dans ta main ; il veillera encore sur toi… " Il fit désormais des offrandes à Rê, l'adorant et exaltant sa gloire, pendant le cours de chaque jour.

De nombreux jours encore après cela, le jeune homme sortit pour se promener, se divertissant dans son domaine. Son épouse ne sortit pas avec lui, mais son chien l'accompagnait. Celui-ci, alors, se mit à parler et dit : " Je suis ton destin ". Alors l'homme courut devant lui, il atteignit l'eau et s'y jeta… Le crocodile le saisit et l'emporta jusqu'à l'endroit où se tenait habituellement l'Esprit divin et puissant ; mais celui-ci n'était pas là. Le crocodile dit alors au jeune homme : " Je suis ton destin, qui t'ai suivi jusqu'ici. Durant les trois mois écoulés jusqu'à ce jour, j'ai combattu avec l'Esprit divin et puissant. Or, vois, je suis prêt à te libérer. Mais si cet Esprit vient pour combattre, tu me prêteras assistance et tu le tueras… ". Lorsque la terre s'éclaira, un second jour étant venu, l'Esprit divin et puissant s'en revint…

(Là s'arrête le manuscrit.) (Textes sacrés et textes profanes de l'Ancienne Égypte II ,Mythes, contes et poésie, Traductions et commentaires de Claire Lalouette, préface de Pierre Grimal, Connaissance de l'Orient, Gallimard, P. 181-185)


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Rédigé par orange8454

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Publié le 13 Septembre 2012

Près du Palais ou chaque matin le Pharaon Sesostris recevait les plaintes de ses sujets et rendait la justice, vivait un pauvre tisserand, du nom de Khounare. Il travaillait tout le jour à l'ombre de son figuier, avec entrain et sérieux.

 

Mais l'étoffe de chanvre qu'il tissait était rude et sa faim si grande qu'il acceptait de vendre ce tissu aux paysans pour une "bouchée de pain ". Pour autant il ne se plaignait jamais de son sort : bien au contraire il louait les dieux de lui obtenir régulièrement de la besogne et de lui préserver jeunesse et santé pour vivre pleinement la condition assignée par le destin.

 

Or, en plein hiver, il remarqua pour la première fois que son figuier portait des fruits. Il en compta dix, disséminés dans la ramure : aussitôt il remercia le dieu Ré de ce cadeau inattendu et se remit a sa tâche quotidienne sans se troubler ni se divertir d'un pareil événement.

 

L'un des jours suivants, Tehouti, fils d’Asari, paysan du domaine de Pharaon, habituellement un peu plus attentif au courage et au talent de Khounare que la plupart des autres clients du tisserand, s'arrêta près du figuier ; comme à chaque fois qu'il venait commander une toile, il s'interrogea sur l'efficacité de la dernière crue du Nil pour la récolte annuelle des céréales.

 

Pendant cette conversation, le tisserand remarqua vite l'air plus soucieux que d'ordinaire de son client ; il s'enquit alors de la cause d'un visage aussi sombre ; l'autre se confia aussitôt, comme soulage de pouvoir partager sa détresse : son unique fille, Baîti, était son seul soutien pour cultiver son champ et tenir sa maison, depuis le décès déjà lointain de son épouse, et voilà qu'elle se mourait d'une mauvaise fièvre, après avoir pris froid dans un vent plus glacial que de coutume.

 

Sans connaître la jeune femme, Khounare sentit de la compassion pour elle et son père. Il chercha rapidement ce qu'il pourrait trouver pour leur apporter son aide ; machinalement, il tourna la tête vers le feuillage de son figuier et vit que l'une des dix figues découvertes la semaine précédente semblait mure à point.

 

Immédiatement, il se lève, la cueille et la tend au paysan : " Offre-la à ta fille, afin qu'elle goute quelques derniers plaisirs avant de mourir. Et si elle vit encore par la grâce de Thot dont la magie divine permet les guérisons, reviens demain en chercher une autre qui devrait à son tour être parvenue à maturité".

 

Heureux et reconnaissant du cadeau, le fellah s'en fut sans tarder. De retour chez lui, il déchira précautionneusement de menus lambeaux du fruit précieux pour les glisser au fur et à mesure entre les lèvres desséchées de sa fille, inconsciente, qui n'avait plus mangé depuis quatre jours et régurgitait l'eau pure dont Tehouti avait tenté de la désaltérer; sans se décourager, il poussa entre les dents qui claquaient mécaniquement chaque morceau de chair violette et parfumée, avec l'espoir qu'il fondrait pour régénérer le corps exsangue de la mourante. A la deuxième bouchée, les violents frissons qui tordaient la malheureuse cessèrent soudain.

 

Le fellah continua l'opération, puis resta debout, immobile, à veiller sa chère fille en invoquant le secours d’Horus, roi des vivants ; il suppliait aussi le père de ce dernier, Osiris, souverain des morts, d'attendre encore avant d'attirer Baîti dans son royaume. Ces prières parurent exaucées puisque la malade, après une légère déglutition, poussa un profond soupir et tomba dans le sommeil.

 

Le lendemain des l'aube, Tehouti courut auprès de Khounare, qui se réjouit du mieux-être procuré par la première figue.

 

De jour en jour et de figue en figue , l'état de la jeune fille ne cessa de s'améliorer : sa respiration fut régulière et paisible , libérée du râle rauque de l'agonie, le deuxième jour; le troisième, elle murmura " mon père " en ouvrant les yeux avec un sourire ; elle retrouva des couleurs généralisées le quatrième ; le cinquième, elle put tendre la main vers celle de son père en balbutiant merci ; elle mastiqua le fruit avec gourmandise le sixième jour et le septième, elle attend le fellah assise sur sa couche, toute rose et les yeux vifs : elle lui ouvre les bras, puis glisse elle-même derrière ses dents la septième figue, plus charnue et plus parfumée que les précédentes, avant de déclarer la bouche pleine qu'elle se sent revivre, prête a se lever.

 

Oui, mais voilà, depuis le quatrième jour, devant l'amélioration de la sante de sa fille, le paysan n'avait pu taire sa joie ni sa reconnaissance pour le tisserand : il en avait parle à ses voisins les plus proches, qui à leur tour avaient transmis les bonnes nouvelles dès qu'elles leur parvenaient.

 

Hélas, le bonheur ne préserve pas des méchants ni des envieux ! Le chef des pourvoyeurs de Pharaon, Marouitensi, eut vent de cette convalescence et de la possession par un vulgaire tisserand de dix figues prodiguant leur pulpe juteuse et sucrée en plein hiver : " Comment ? Ce gueux n'a même pas propose ces fruits au Pharaon, selon la bienséance ? Il les a gardé pour une souillon, une fille de basse classe ! Quel sacrilège ! La dégustation exceptionnelle revenait de plein droit à Sesostris et à son entourage.»

 

Khounare fut donc arrêté et jeté dans une geôle souterraine, tandis que les trois magnifiques figues restant sur l'arbre étaient cueillies et portées a Pharaon au nom de l'intendant Marouitensi, qui, en remerciement de son cadeau original et apprécié, reçut une bourse bien remplie.

 

Pourtant, tous n'oublièrent pas le tisserand : Tehouti et ses voisins constatant son absence anormale et la disparition des trois dernières figues, interrogèrent en vain les soldats de garde ; alors ils se réunirent et bâtirent un projet pour sauver Khounare. Ils décidèrent de s'asseoir à terre devant l'entrée du palais; l'intendant constata avec fureur qu'on ne livrait plus ni fruits ni légumes pour son maitre. Les paysans se laissèrent trainer par les soldats dans la poussière de l’esplanade, mais ne reprirent pas le chemin de leur champ ou jardin. Bientôt, sur l'ordre de Marouitensi gonflé de rage, les manifestants solidaires furent à leur tour enfermés dans des cachots, sauf Tehouti qu'un pressentiment avait poussé à se plaquer contre le mur extérieur du palais, à l'écart de ses compagnons, dissimulé par l'obscurité de la nuit tombante.

 

Le matin suivant, anonyme parmi les sujets venus réclamer justice au Pharaon, Tehouti pénètre dans le palais et, des que son tour survient, se prosterne devant le trône, raconte brièvement son histoire avant de présenter sa requête : que les fellahs et Khounare recouvrent leur liberté.

 

Quelques instants plus tard, devant tous les amis du tisserand, Pharaon lui rend justice, puis lui demande de quitter son figuier et ses clients paysans pour consacrer son art au tissage des parures royales.

 

Humblement, Khounare remercie Sesostris de cet honneur mais avoue qu'il préfère rester auprès de son figuier qui lui a procuré la joie d'offrir du bonheur à d'autres; il désire aussi continuer d'être à la disposition de ceux qui se sont mobilisés pour le délivrer.

 

Alors la Reine se penche à  l'oreille de son époux: elle suggère un compromis, aussitôt approuvé par Pharaon et accepté par le tisserand. On bâtirait une enceinte autour du figuier miraculeux et dans cet enclos sacré, un oratoire dédié à Ré ; Khounare en serait le gardien, abrité avec son métier à tisser dans une confortable maison de briques crues, avec terrasse ; en échange, l'artisan devrait se rendre la première moitié de chaque mois au palais ou lui serait réservée une grande salle, pour y réaliser les commandes de la Cour, généreusement rémunérées, et former des apprentis après avoir sélectionné les plus doués des adolescents pauvres de la région.

 

Ainsi fut fait.

 

Entre temps, Tehouti le fidele fut nomme chef des pourvoyeurs à la place du brutal et peu scrupuleux Marouitensi.

 

Or, quand on publia l'avis de recrutement pour l'apprentissage, Baîti voulut se présenter. Les yeux rehaussent d'un trait de khol noir, les formes juvéniles valorisées par un fourreau de lin blanc à larges bretelles et l'âme confortée par l'amulette en forme de scarabée dont le bleu brillait sur sa gorge, elle chemina vers le palais... et Khounare. La, les deux jeunes gens, inconnus l'un pour l'autre, mais déjà liés par la générosité de l'un et la maladie de l'autre, succombèrent à un coup de foudre amoureux réciproque.

 

Après leur union bénie par les prêtres de la Cour sous la bienveillante protection de Sesostris, les deux nouveaux époux se retirent et se recueillent main dans la main sous le figuier. Machinalement, ils lèvent la tête et remarquent que, de nouveau, l'arbre porte des fruits: ils en comptent vingt...

 




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Rédigé par orange8454

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Publié le 13 Septembre 2012

Il y avait une fois deux frères ; ils étaient enfants du même père et de la même mère. L'aîné s'appelait Anoup (ou Anubis) ; il avait une femme et il possédait une maison. Quant au frère cadet, Baîti, il menait une vie de cadet : c'était lui qui tissait les étoffes ; lui qui marchait derrière les bestiaux qu'il menait paître aux champs ; il filait sa quenouille ; c'était lui qui labourait, qui bêchait, qui sarclait et qui moissonnait, qui battait le grain. C'était un bon ouvrier qui n'avait pas son pareil sur la terre entière.

Et tous les jours il revenait des champs, marchant derrière ses vaches, chargé d'un lourd fardeau d'herbes coupée, comme on fait au retour des champs pour la nourriture des bêtes pendant la nuit. Il déposait ce faix devant son frère, qui était assis avec sa femme, puis il allait dans son étable, avec las vaches, boire, manger et dormir. Et quand la terre s'éclairait et qu'un autre jour était venu, il faisait cuire les pains et les déposait devant son aîné. Et celui-ci lui donnait sa part de pain pour aller aux champs. Il emmenait alors les vaches au pâturage, les poussant devant lui. Et tandis qu'il allait derrière les vaches, elles lui disaient "Elle est bonne, l'herbe en tel endroit." Il écoutait ce qu'elles disaient, il les menait au bon herbage qu'elles souhaitaient. Et alors les vaches qui étaient avec lui devenaient belles, et bien grasses, et elles avaient de petits veaux.

Et une fois, à la saison du labourage, son frère aîné lui dit : "Prépare notre attelage pour nous mettre à labourer. Toi, va-t'en aux champs porter les semences et nous nous mettrons à labourer demain matin."

Ainsi parla-t-il et le cadet fit toutes les choses que son grand frère lui avait recommandées. Lorsque la terre s'éclaira et qu'un autre jour fut, ils allèrent aux champs avec leur attelage pour labourer et ils n'abandonnèrent pas leur tâche de toute la journée, et le travail rendit leur cœur joyeux.

Et après bien des jours ainsi employés, ils étaient encore aux champs en train de manier la houe ; le grand frère appela son frère cadet en lui disant : "Cours au village et apporte-nous les semences !"

Le cadet retourna à la maison ; il y trouva la femme de son frère en train de se faire coiffer ; on refaisait les innombrables petites nattes serrées, qu'il fallait plusieurs heures pour arranger sur sa tête, et qu'elle gardait ensuite pendant longtemps.

Le cadet lui dit : "Debout ! Donne moi les semences, que je les rapporte aux champs en courant, car mon frère aîné m'a dit en m'envoyant : point de paresse ! "

Sans se déranger, la femme lui dit : "Va, ouvre la huche de terre battue et emporte ce qu'il te plaire, mais je ne veux pas interrompre ma coiffure pour te servir." Le garçon pénétra dans l'étable, choisit une énorme jarre (car son intention était de prendre beaucoup de grains), la remplit de blé et d'orge et sortit, ployant sous le faix. Elle lui dit : "Ton épaule est bien chargée. Quelle quantité as-tu prise ?" Il répondit : "Orge : trois mesure ; froment : deux mesures. Total : cinq. Voilà ce que supporte mon épaule." Elle reprit : "Tu as bien du courage, chaque jour je constate que tu deviens de plus en plus fort." Elle le regardait en l'admirant. Soudain, elle se leva et lui dit : "Tu es plus fort que ton frère aîné. J’aurais dû t'épouser !"

Le garçon, enragé comme un guépard du midi parce qu'elle avait l'air de critiquer son mari, se fâcha contre elle, l'accusa de tenir de vilains propos et elle eut peur, et la voilà qui se mit à chercher un moyen de se débarrasser de lui.

Il rechargea son fardeau et s'en alla aux champs. Quand il eut rejoint son grand frère, ils se remirent au travail.

Sur le moment du soir, tandis que l'aîné retournait à la maison, le frère cadet raccompagnait les bestiaux à l'étable et rapportait les outils. Comme la femme avait peur à cause des propos qu'elle avait tenus, elle prit de la graisse, un chiffon et imita sur sa propre peau les meurtrissures qu'on porte après avoir été roué de coups par un malfaiteur. En arrivant à la maison, selon son habitude de chaque jour, le mari trouva sa femme gisante et dolente ; elle ne lui versa point de l'eau sur les mains selon son habitude de chaque jour ; elle ne fit pas la lumière devant lui, mais la maison était sombre et elle gisait, toute souillée.

Son mari lui dit : "Qu'est-il donc arrivé ?" et voilà qu'elle lui dit : "C'est ton frère cadet. Lorsqu'il est venu prendre les semences pour toi, me trouvant assise toute seule, il s'est mis à dire du mal de toi, et à dire que j'aurais dû l'épouser, lui ! Et moi je ne l'écoutai point. Je lui dis : "Ton grand frère n'est-il pas pour toi comme un père ?" Il eut peur, il me roua de coups pour que je ne te fasse point de rapport. Si tu permets qu'il vive, je me tuerai ; car si, en revenant le soir, il apprend que je me suis plainte de ses vilaines paroles, qu'est ce qu'il fera ?"

Le grand frère se monta comme un guépard du midi, il affila son couteau et le prit bien en main. Il se tint derrière la porte de son étable pour tuer son frère cadet, lorsque celui-ci ferait rentrer ses bêtes dans l'étable. Et quand, le soleil couché, le frère cadet arriva selon son habitude de chaque jour, son fardeau d'herbes sur le dos, poussant les vaches devant lui, la vache de tête, dès son entrée, dit à son gardien : "Voici ton grand frère qui te guette, derrière la porte, avec son couteau, pour te tuer. Sauve-toi ! " Il entendit ce qu'elle disait et la seconde, entrant à son tour, répéta la même chose : "Attention ! Ton frère est derrière la porte, qui attend pour te tuer avec son couteau !" Il se baissa et ragarda par-dessous la porte de l'étable ; il aperçut les pieds de son frère aîné qui se tenait derrière, son couteau à la main. Il posa là son fardeau d'herbes et se mit à courir de toutes ses jambes, et son frère partit à sa poursuite, le couteau à la main.

Le frère cadet invoqua Râ-Horus, le soleil, disant : "Mon bon maître, c'est toi qui fait la différence entre le juste et l'injuste !" Et Râ-Horus entendit sa plainte, et il fit apparaître une eau immense entre lui et son grand frère, une eau pleine de crocodiles ; l'un se trouvait d'un côté, l'autre de l'autre. Le grand frère par deux fois lança sa main pour le frapper, mais il ne put l'atteindre. De l'autre rive, le cadet le héla et lui dit : "Reste là jusqu'à ce que la terre s'éclaire. Quand le disque solaire s'élèvera, je plaiderai avec toi devant lui afin de rétablir la vérité, mais je ne serai plus avec toi, jamais, je ne serai plus dans les lieux où tu seras, j'irai au val de l'Acacia, sur les côtes du Liban ! "

Quand la terre s'éclaira et qu'un second jour fut, Râ-Horus s'étant levé, chacun d'eut aperçut l'autre. Le garçon adresse la parole à son grand frère, lui disant : "Pourquoi viens-tu derrière moi pour me tuer en traître, sans avoir entendu ce que ma bouche avait à dire ? Je suis ton frère et tu es comme mon père, n'est-il pas vrai ? Or, quand tu m'as envoyé chercher les semences, ta femme m'a dit : "Tu es plus fort que ton frère aîné." Je n'ai pas répondu et cela a été perverti pour toi en autre chose" Et il jura par Râ-Horus, disant : "Dire que tu es capable de te cacher, ton poignard à la main, pour me tuer en traître. Quelle trahison ! Quelle infamie !" Il prit une serpe à couper les roseaux, s'en donna un grand coup qui le blessa, puis s'affaissa et s'évanouit. Le grand frère maudit son propre cœur, et il resta là à pleurer ; il s'élança, mais il ne put passer sur la rive où était son frère cadet, à cause des crocodiles.

Alors le frère cadet le héla et lui dit : "Ainsi tandis qu'on m'accusait d'avoir dit une mauvaise parole, tu n'as pensé à aucune des choses que j'ai faites pour toi ! Ah ! Va t'en à la maison, soigne toi-même tes bêtes, car je ne demeurerais plus à l'endroit où tu es, j'irai au Val de l'Acacia. Et voici ce qui arrivera. J'arracherai mon cœur par magie et je le placerai sur le sommet de la fleur de l'acacia. Et lorsqu'on coupera l'acacia et que mon cœur sera tombé à terre, tu viendras le chercher. Quand il te faudra passer sept années à le chercher, ne te rebute pas ; mais une fois que tu l’auras trouvé, mets-le dans un vase d'eau fraîche et je vivrai de nouveau pour rendre le mal qu'on m'aura fait. Or si la bière contenue dans la cruche qu'on met dans ta main jette de l'écume, ou si le vin se trouble lorsqu'on te donnera une cruche de vin, tu sauras qu'il m'arrive quelque chose. Ne tarde pas à te mettre en route tout de suite après, parce que j'aurai besoin de toi."

Et il s'en alla au Val de l'Acacia.

Et son grand frère s'en retourna à la maison, la main sur la tête, le front souillé de poussière en signe de deuil. Arrivé à la maison, il tua sa femme, la jeta aux chiens et demeura en deuil de son frère cadet.

Longtemps, beaucoup de jours après, le frère cadet vécut au Val de l'Acacia. Devenu " un corps sans âme ", il passait la journée à chasser les bêtes du désert et la nuit il dormait sous l'acacia au sommet de la fleur duquel était placé son cœur. Et il construisit de sa main, dans le Val de l'Acacia, une ferme bien aménagée pour avoir un toit sous sa tête et une maison où habiter.

Un jour, comme il sortait de sa maison, il rencontra l'Ennéade, les neuf dieux qui s'en allaient régler les affaires de l'Egypte. Les neuf dieux parlèrent tous ensemble pour dire : "Oh, Baîti, n'es tu pas seul ici pour avoir quitté ton pays à cause de la femme d'Anoup, ton grand frère ? Voici : il a tué sa femme et tu es vengé."Leur cœur souffrit pour lui en le voyant vivre solitaire, et Râ-Horus dit à Khnoum, le modeleur de corps d'enfants : "Oh ! Fabrique une femme à Baîti, afin qu'il ne reste pas seul."

Khnoum lui modela, pour demeurer avec lui, une compagne, la plus belle de toutes les femmes sur la terre-Entière. Les sept hâthors vinrent la voir et prédirent d'une seule bouche : "Elle mourra par le glaive." Baîti l'aimait, l'aimait beaucoup. Elle restait dans sa maison, tandis que, tout le jour, il chassait les bêtes du désert pour les déposer à ses pieds. Il lui dit : "Ne vas pas dehors, de peur que le Nil ne te saisisse, tu n'échapperais pas, car tu n'es qu'une femme. Quant à moi, mon cœur est posé au sommet de la fleur de l'acacia et si un autre le trouve, il me faudra me battre avec lui." Et il lui confia donc tout ce qui concernait son cœur.

Et après beaucoup de jours encore, Baîti étant allé à la chasse selon son habitude de chaque jour, comme la femme était sortie pour se promener sous l'acacia qui ombrageait sa maison, voici : elle aperçut le Nil envoyer ses vagues vers elle ; elle se mit à courir et se réfugia dans sa maison. Le fleuve cria : "Que je m'empare d'elle !" et l'acacia livra une tresse de ses cheveux.

Cette tresse, le Nil l'emporta jusqu'en Egypte ; il la déposa au lavoir des blanchisseurs du Pharaon et l'on gronda les blanchisseurs, disant : "Il y a une odeur de pommade dans le linge de Pharaon." Et de jour en jour on les réprimanda de plus belle, et ils ne savaient plus ce qu'ils faisaient, jusqu'à ce qu'enfin le chef des blanchisseurs de Pharaon vînt au lavoir, car son cœur était dégoûté des reproches qu'on lui faisait chaque jour. Il s'arrêta, il se tint devant le lavoir juste en face de la boucle de cheveux qui flottait dans l'eau. Il fit descendre quelqu'un et on la lui apporta. Trouvant qu'elle sentait bon, il la porta au Pharaon. On alla chercher les scribes sorciers du Pharaons et ils dirent au maître :"Cette boucle de cheveux appartient à une fille de Haacht qui est d'essence divine. Puisque c'est un hommage qui te vient d'une terre étrangère, envoie des messagers vers toutes les terres étrangères pour chercher cette créature, et envoie beaucoup d'hommes avec le messager qui ira au Val de l'Acacia pour la ramener." Et Sa Majesté déclara : "c'est parfais, parfais.", et on fit partir les messagers.

Et après beaucoup de jours encore, les hommes qui étaient allées vers la Terre-Etrangère vinrent faire leur rapport à Sa Majesté ; seuls ne revinrent pas ceux qui étaient allés au Val de l'Acacia : Baîti les avaient tués ; il n'en avait épargné qu'un pour venir faire son rapport à Sa Majesté. Sa Majesté fit alors partir beaucoup d'hommes et d'archers, et même des gens avec des chers de guerre pour ramener la créature, et il y avait même une femme pour lui tenir compagnie et l'aider à se parer. Ils la ramenèrent en Egypte et on se réjouit de la voir dans la Terre-Entière. Sa Majesté l'aima beaucoup, beaucoup, et elle devint sa grande Favorite. On la fit parler de son mari et elle dit à Sa Majesté : "Qu'on coupe l'acacia et mon mari sera détruit !" On envoya des hommes et des archers avec leurs outils pour abattre l'acacia ; ils coupèrent la fleur sur laquelle était le cœur de Baîti, et il tomba mort en cette heure malencontreuse.

Quand le second jour éclaira la terre après que l'acacia eut été coupé, Anoup, le grand frère de Baîti, entra dans sa maison et s'assit après avoir lavé ses mains ; on lui servit une cruche de bière et voilà que la bière jeta de l'écume ; on lui en donna une autre de vin et voilà que le vin se troubla et devint lie. Il saisit ses sandales, son bêton, ses vêtements et ses armes et se mit en marche vers le Val de l'Acacia. Il entra dans la maison de son frère cadet et il trouva son frère étendu mort sur le cadre de son lit. Il s'en alla aussitôt pour chercher le cœur de son frère sous l'acacia à l'abri duquel le frère couchait le soir ; il chercha, il chercha trois années, se consumant à chercher sans rien trouver. Il entamait la quatrième année lorsque, obéissant au désir de son cœur de retourner en Egypte, il se dit : "Je partirai demain." Et quand un nouveau jour éclaira la terre, il alla sous l'acacia et passa la journée à chercher encore. Au soir, au moment de rentrer, comme il cherchait encore du regard autour de lui, il trouva une graine qu'il emporta. Et voici, c'était le cœur de son frère cadet. Il apporta une tasse d'eau fraîche, y jeta la graine et s'assit selon son habitude de chaque jour. Et lorsque la nuit vint, le cœur ayant absorbé l'eau, Baîti tressaillit de tous ses membres et se mit à regarder fixement son grand frère. Anoup saisit la tasse d'eau fraiche où était le cœur de son frère cadet ; celui ci but; et son cœur fut remis en place et Baîti redevint comme autrefois.

Chacun d'eux embrassa l'autre et ils parlèrent ensemble comme deux compagnons, puis Baîti dit à son frère aîné : "Voici, je vais devenir un grand taureau, un taureau sacré Apis : poil noir, tache blanche en triangle sur le front, un vautour aux ailes déployées sur le dos, l'image d'un scarabée sur la langue et tous les poils de la queue doubles. Toi, tu t'assiéras sur mon dos, quand le soleil se lèvera, et lorsque nous serons au lieu où est ma femme, je prendrai ma revanche. Toi, conduis moi à l'endroit sacré et on te fera bonne chère, on te chargera d'argent et d'or pour m'avoir amené au Pharaon, car je serai un grand miracle et on se réjouira dans la Terre-Entière, et puis tu t'en iras chez toi."

Et quand le jour suivant éclaira la terre, Baîti se changea en la forme d'un taureau, comme il l'avait dit. A l'aube, Anoup son grand frère, s'assit sur son dos, et il arriva à l'endroit désigné. On fit connaître le taureau à Sa Majesté, elle l'examina, elle reconnut tous les signes ; elle eut de la joie, beaucoup, beaucoup, elle lui fit une grande fête, disant : "C'est un miracle qui se produit !" et on se réjouit à cause de lui dans la Terre-Entière. Le grand frère fut chargé d'or et d'argent et alla s'établir dans son village. Quant au taureau, il fut installé avec beaucoup de serviteurs et beaucoup de biens, car le Pharaon l'aimait beaucoup, beaucoup.

Et bien des jours après cela, le taureau en se promenant entra au harem et s'arrêta devant la favorite, et se mit à lui parler, disant : "Vois, moi, je vis tout de même." Elle dit : "Toi, qui es tu donc ?" "Moi, dit-il, je suis Baîti. Tu savais bien, quand tu as dit à Pharaon de faire abattre l'acacia, que c'était me mettre à mal et m'empêcher de vivre, mais moi, je vis tout de même, je suis taureau." Il sortit du harem et la favorite du Pharaon eut peur de ce que lui avait dit son mari.

Sa Majesté, étant venue passer un jour heureux avec elle, l'admit à sa table et fut bon pour elle et plein d'attentions polies. Elle dit à sa Majesté : "Jure moi par Amon Râ et dis : Ce que tu demanderas, je te l'accorderai." Il consentit et elle parla ainsi : "qu'il me soit donné de manger le foie de ce taureau." On s'affligea beaucoup de ce qu'elle disait, et la cour de Pharaon en fut malade, parce que le taureau était sacré. Mais quand le jour suivant éclaira la terre, on proclama une grande fête d'offrandes et de sacrifice e, l'honneur du taureau et l'on envoya l'un des bouchers en chef de sa Majesté pour égorger le taureau.

Or, après que le boucher l'eut égorgé, tandis qu'il pesait sur les épaules des gens qui l'emportaient, il laissa tomber deux gouttes de sang près du double perron de sa Majesté. L’une tomba d'un côté de la grande porte de Pharaon, l'autre en face, et il en sortit deux grands perséas, chacun de toute beauté, ces beaux arbres à fruit merveilleux, dont le proverbe dit : "Une bouchée de perséa réconforte le cœur."

Vite, on alla dire à sa Majesté : "Il y a un grand prodige pour sa Majesté : deux grand perséas ont poussé auprès de la grande porte du palais royal." Et on se réjouit à cause d'eux dans la terre-Entière et on leur fit des offrandes comme à des arbres sacrés.

Et beaucoup de jours après, Sa Majesté se para du diadème de lapis-lazuli, suspendit à son cou des guirlandes de toutes sortes de fleurs et monta sur son char vermeil pour sortir du palais et voir les perséas merveilleux.

La favorite sortit sur son char à deux chevaux, à la suite du Pharaon. Sa majesté s'assit sous l'un des perséas et la favorite sous l'autre, en face. Quand elle fut assise, le perséa parla à sa femme : "Ah, perfide ! Je suis Baîti et je vis, maltraité par toi. Tu savais bien que faire couper l'acacia par Pharaon, c'était me mettre à mal ; tu savais bien que faire égorger le taureau, c'était me tuer."

Et après beaucoup de jours encore, comme la favorite était assise à la table de Sa Majesté, et que Sa Majesté était bien disposé envers elle, elle dit à Sa Majesté : "Prête moi serment par Amon-Râ, disant : Ce que tu demanderas, je te le donnerai. Parle !" Il accorda ce qu'elle voulait. Elle dit : "Fais abattre ces deux perséas et qu'on m'en fabrique de beaux coffres ! " Ce fut entendu et Sa Majesté envoya des charpentiers habiles qui coupèrent les perséas de Pharaon tandis que la favorite se tenait là, à regarder faire. Et voilà que tout à coup, un copeau s'envola et entra dans la bouche de la favorite. Les charpentiers fabriquèrent les coffres et on fit tout ce qu'elle voulut.

Et beaucoup de jours après, elle mit au monde un enfant mâle et on alla dire à Sa Majesté : "Il t'est né un fils !" On l'apporta, on lui donna des nourrices et des remueuses, et des berceuses. On se réjouit dans la Terre-Entière. Vous devinez que ce fils n'était autre que Baîti.

On fit un jour de fête en son honneur. Sa Majesté l'aima beaucoup, beaucoup, sur l'heure, et on le salua fils royal, prince de Kaoushou, et plus tard Sa Majesté le fit prince héritier de la Terre-Entière.

Et après beaucoup d'années, Sa majesté s'envola vers le ciel. Le nouveau Pharaon dit : "Qu'on m'amène les grands officiers de Sa majesté, que je leur fasse connaître mon histoire." On lui amena son ancienne femme, il la jugea devant eux et les conseillers de la cour approuvèrent son jugement ; on lui amena son grand frère et il le fils prince héritier de la terre-Entière. Baîti fut vingt ans roi d'Egypte, puis il quitta la vie et son grand frère occupa sa place le jour de ses funérailles.



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Rédigé par orange8454

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