Publié le 13 Septembre 2012
Le roi des deux Égyptes Khoufouî, à la voix juste, était un souverain bienfaisant. Un jour que pharaon s’ennuyait il dit :
- Je voudrais savoir, si quelqu’un d’entre vous ne pourrait pas m’indiquer un homme capable de m’amuser en me racontant des histoires.
Tout de suite un des fils de Pharaon raconta une histoire de prodige accompli par le roi Zasiri, un des prédécesseurs de Sa Majesté.
Le roi des deux Égyptes Khoufouî dit :
- Qu’on présente à sa Majesté le roi Zasiri, à la voix juste, une offrande de mille pains, cent cruches de bière, un bœuf, deux coupes pleines d’encens, et qu’on fasse donner une galette, une pinte de bière, une ration de viande, une coupe pleine d’encens à mon fils, car j’ai vu la preuve de sa science. Et l’on fit ce que Sa Majesté avait ordonné.
Alors un autre fils du roi Khâfrîya se leva pour parler et il dit : Je vais faire connaître à ta Majesté un prodige qui arriva au temps de ton père, le roi Nabka, à Memphis, à la voix juste, une fois qu’il s’était rendu au temple de Phtah, maître d’Ankhoutaouî.
Un jour que Sa Majesté était allée au temple de Phtah maître d’Ankhoutaouî et que Sa Majesté rendait visite à la maison du scribe, premier lecteur, Oubaouanir avec sa suite, la femme du premier lecteur Oubaouanir vit un vassal de ceux qui étaient derrière le roi : [dès l’heure qu’elle l’aperçut, elle ne sut plus l’endroit du monde où elle était. Elle lui envoya sa servante qui était auprès d’elle, pour lui dire : « Viens, que nous reposions ensemble, une heure durant ; mets tes vêtements de fête ».] Elle lui fit porter une caisse pleine de beaux vêtements, et lui il vint avec la servante à l’endroit où elle était. Or, quand des jours eurent passé sur cela, comme le premier lecteur Oubaou-anir avait un kiosque au Lac d’Oubaou-anir, le vassal dit à la femme d’Oubaou-anir : « Il y a le kiosque au Lac d’Oubaou-anir ; s’il te plaît, nous y prendrons un petit moment ». Lors la femme d’Oubaou-anir envoya dire au majordome qui avait charge du Lac : « Fais préparer le kiosque qui est au Lac ».
Il fit comme elle avait dit et elle y demeura, buvant avec le vassal jusqu’à ce que le soleil se couchât. Et quand le soir fut venu, il descendit dans le Lac pour se baigner et la servante était avec lui, et le majordome sut ce qui se passait entre le vassal et la femme d’Oubaou-anir. Et quand la terre se fut éclairée et qu’un second jour fut, le majordome alla trouver le premier lecteur Oubaou-anir et il lui conta ces choses que ce vassal avait faites dans le kiosque avec sa femme. Quand le premier lecteur Oubaou-anir sut ces choses qui s’étaient passées dans son kiosque, il dit au majordome : « Apporte-moi ma cassette en bois d’ébène incrusté de vermeil qui contient mon grimoire ».
Quand le majordome l’eut apportée, il modela un crocodile de cire, long de sept pouces, il récita sur lui ce qu’il récita de son grimoire, il lui dit : « Quand ce vassal viendra pour se baigner dans mon Lac, alors entraîne-le au fond de l’eau ». Il donna le crocodile au majordome et il lui dit : « Dès que le vassal sera descendu dans le Lac, selon sa coutume de chaque jour, jettes-y le crocodile de cire derrière lui ». Le majordome alla donc et il prit le crocodile de cire avec lui. La femme d’Oubaou-anir envoya au majordome qui avait charge du Lac et elle lui dit : « Fais préparer le kiosque qui est au bord du Lac, car voici, je viens y séjourner ». Le kiosque fut muni de toutes les bonnes choses ; on vint et on se divertit avec le vassal. Quand ce fut le temps du soir, le vassal alla, selon sa coutume de chaque jour, et le majordome jeta le crocodile de cire à l’eau derrière lui ; le crocodile se changea en un crocodile de sept coudées, il saisit le vassal, il l’emporta sous l’eau.
Or, le premier lecteur Oubaou-anir demeura sept jours avec la Majesté du roi de la haute et de la basse Égypte Nabka, à la voix juste, tandis que le vassal était dans l’eau sans respirer. Mais, après que les sept jours furent révolus, quand le roi de la haute et de la basse Égypte Nabka, à la voix juste, alla et qu’il se rendit au temple, le premier lecteur Oubaou-anir se présenta devant lui et il lui dit : « Plaise ta Majesté venir et voir le prodige qui s’est produit au temps de ta Majesté au sujet d’un vassal ». Sa Majesté alla donc avec le premier lecteur Oubaou-anir. Oubaou-anir dit au crocodile : « Apporte le vassal hors de l’eau ! » Le crocodile sortit et apporta le vassal hors de l’eau.
Le premier lecteur Oubaou-anir dit : « Qu’il s’arrête ! » et il le conjura, il le fit s’arrêter devant le roi. Lors la Majesté du roi de la haute et de la basse Égypte Nabka, à la voix juste, dit : « De grâce, ce crocodile est terrifiant ! » Oubaou-anir se baissa, il saisit le crocodile, et ce ne fut plus dans ses mains qu’un crocodile de cire. Le premier lecteur Oubaou-anir raconta à la Majesté du roi de la haute et de la basse Égypte Nabka, à la voix juste, ce que le vassal avait fait dans « sa maison avec sa femme.
Sa Majesté dit au crocodile : « Prends, toi, ce qui est tien ». Le crocodile plongea au fond du lac et l’on n’a plus su ce qu’il advint du vassal et de lui. La Majesté du roi de la haute et de la basse Égypte Nabka, à la voix juste, fit conduire la femme d’Oubaou-anir au côté nord du palais ; on la brûla et on jeta ses cendres au fleuve. Voici, c’est là le prodige qui arriva au temps de ton père, le roi de la haute a et de la basse Égypte Nabka, à la voix juste, et qui est de ceux qu’opéra le premier lecteur Oubaou-anir.
La Majesté du roi Khoufouî, à la voix juste, dit donc : Qu’on présente à la Majesté du roi Nabka, à la voix « juste, une offrande de mille pains, cent cruches de bière, un bœuf, deux godets d’encens, puis qu’on fasse donner une galette, une pinte de bière, un godet d’encens pour le premier lecteur Oubaou-anir, car j’ai vu la preuve de sa science. Et l’on fit ce que Sa Majesté avait ordonné. Lors le fils royal Baîoufrîya se leva pour parler et il dit : Je vais faire connaître à ta Majesté un prodige qui arriva au temps de ton père Sanafrouî, à la voix juste, et qui est de ceux qu’opérait hier le premier lecteur Zazamânkhou.
Un jour que le roi Sanafrouî, à la voix juste, s’ennuyait, Sa Majesté assembla la maison du roi, afin de lui chercher quelque chose qui lui allégeât le cœur. Comme on ne trouvait rien, il dit : « Courez et qu’on m’amène le premier lecteur, Zazamânkhou », et on le lui amena sur l’heure. Sa Majesté lui dit : « Zazamânkhou, mon frère, j’ai assemblé la maison du roi,. afin qu’on cherchât quelque chose qui m’allégeât le cœur, mais je n’ai trouvé rien ». Zazamânkhou lui dit : « Daigne ta Majesté se rendre au Lac de Pharaon, et se faire armer une barque avec toutes les belles filles du harem royal. Le cœur de ta Majesté s’allégera quand tu les verras aller et venir ; puis, quand tu contempleras les beaux fourrés de ton Lac, quand tu regarderas les belles campagnes qui le bordent et ses belles rives, alors le cœur de ta Majesté s’allégera. Quant à moi, voici comment je réglerai la vogue. Fais-moi apporter vingt rames en bois d’ébène, garnies d’or, dont les pales seront de bois d’érable garni de vermeil ; qu’on m’amène aussi vingt femmes de celles qui ont beau corps, beaux seins, belle chevelure, et qui n’aient pas encore eu d’enfant, puis, qu’on apporte vingt résilles et qu’on les donne à ces femmes en guise de vêtement ».
On fit ce que Sa Majesté avait ordonné. Les femmes allaient, venaient, et le cœur de Sa Majesté se réjouissait à les voir voguer, quand la rame de l’une d’elles lui heurta la chevelure, et son poisson de malachite neuf tomba à l’eau. Alors elle se tut, elle cessa de ramer, et ses camarades de la même bande se turent et elles ne ramèrent plus, et Sa Majesté dit : « Vous ne ramez plus ? » Elles dirent : « Notre compagne s’est tue et elle ne rame plus ». Sa Majesté dit à celle-ci : « Que ne rames-tu ? » Elle dit : « Mon poisson de malachite neuf est tombé à l’eau ». Sa Majesté dit : « Rame seulement, je te le remplacerai ». Elle dit : « Je veux mon bijou à moi et non un bijou pareil ». Alors, Sa Majesté dit : « Allons, qu’on m’amène le premier lecteur Zazamânkhou ! » On le lui amena sur l’heure et Sa Majesté dit : « Zazamânkhou, mon frère, j’ai fait comme tu as dit, et le cœur de Sa Majesté s’allégeait à voir ramer ces femmes quand, voici, le poisson de malachite neuf de l’une des petites est tombé à l’eau. Alors elle s’est tue, elle a cessé de ramer, et elle a arrêté ses camarades. Je lui ai dit : « Que ne rames-tu ? » Elle m’a dit : « Le poisson de malachite neuf est tombé à l’eau ». Je lui ai dit : « Rame seulement, et je te le remplacerai ».
Elle a dit : « Je veux mon bijou à moi et non un bijou pareil ». Lors, le premier lecteur Zazamânkhou récita ce qu’il récita de son grimoire. Il enleva tout un pan d’eau et il le mit sur l’autre ; il trouva le poisson posé sur un rehaut de terre, il le prit, il le donna à sa maîtresse. Or, l’eau était profonde de douze coudées en son milieu, et, maintenant qu’elle était empilée, elle atteignait vingt-quatre coudées : il récita ce qu’il récita de son grimoire, et se remit l’eau du Lac en son état. Sa Majesté passa donc un heureux jour avec toute la maison du roi, et il récompensa le premier lecteur Zazamânkhou avec toute sorte de bonnes choses. Voici, c’est là le prodige qui arriva au temps de ton père, le roi Sanofrouî, à la voix juste, et qui est de ceux qu’opéra le premier lecteur, Zazamânkhou, le magicien.
La Majesté du roi Khoufouî, à la voix juste, dit donc : Qu’on présente à la Majesté du roi Sanafrouî, à la voix juste, une offrande de mille pains, cent cruches de bière, un bœuf, deux godets d’encens, puis qu’on fasse donner une galette, une pinte de bière, un godet d’encens, pour le premier lecteur Zazamânkhou, le magicien, car j’ai vu la preuve de sa science. Et l’on fit ce que Sa Majesté avait ordonné.
Lors, le fils du roi, Dadoufhorou, se leva pour parler et il dit : Jusqu’à présent ta Majesté a entendu le récit de prodiges que les gens d’autrefois seuls ont connus mais dont on ne peut garantir la vérité. Je puis faire voir à ta Majesté un sorcier qui est de ton temps et que ta Majesté ne connaît pas. Sa Majesté dit : Qu’est-ce là, Dadoufhorou ? Le fils du roi, Dadoufhorou, dit : Il y a un vassal qui s’appelle Didi, et qui demeure à Didousanafrouî.
C’est un vassal de cent dix ans, qui mange encore ses cinq cents miches de pain avec une cuisse de bœuf entière, et qui boit jusqu’à ce jour ses cent cruches de bière. Il sait remettre en place une tête coupée ; il sait se faire suivre d’un lion sans laisse, il connaît le nombre des écrins à livres de la crypte de Thot. Or voici, la Majesté du roi Khoufouî, à la voix juste, avait employé beaucoup de temps à chercher ces écrins à livres de la crypte de Thot, afin de s’en faire une copie pour sa pyramide. Sa Majesté dit donc : Toi-même, Dadoufhorou, mon fils, amène-le-moi.
On arma des barques pour le fils du roi, Dadoufhorou, et il fit voile vers Didousanafrouî. Quand les vaisseaux eurent abordé à la berge, il débarqua et il se plaça sur une chaise de bois d’ébène dont les brancards étaient en bois de napéca garni d’or ; puis, quand il fut arrivé à Didousanafrouî, la chaise fut posée à terre, il se leva pour saluer le magicien, et il le trouva étendu sur un lit bas au seuil de sa maison, un esclave à la tête qui le grattait, un autre qui lui chatouillait les pieds. Le fils royal Dadoufhorou lui dit : Ta condition est celle de qui vit à l’abri de l’âge. La vieillesse c’est d’ordinaire l’arrivée au port, c’est la mise en bandelettes, c’est le retour à la terre ; mais rester ainsi étendu bien avant dans le jour, sans infirmités du corps, sans décrépitude de la sagesse ni du bon conseil, c’est vraiment d’un bienheureux ! Je suis accouru en hâte pour t’inviter, par message de mon père Khoufouî, à la voix juste ; tu mangeras du meilleur que donne le roi, et des provisions qu’ont ceux qui sont parmi ses serviteurs, et grâce à lui tu parviendras en une bonne condition de vie à tes pères qui sont dans la tombe.
Ce Didi lui dit : En paix, en paix, Dadoufhorou, fils royal chéri de son père ! Que te loue ton père Khoufouî, à la voix juste, et qu’il t’assure ta place en avant des vieillards ! puisse ton double avoir gain de cause contre les ennemis, et ton âme connaître les chemins ardus qui mènent à la porte de Hobs-bagaî, car celui qui est de bon conseil, c’est toi, fils du roi !. Le fils du roi, Dadoufhorou, lui tendit les deux mains ; il le fit lever, et comme il se rendait avec lui au port, il lui tenait la main.
Didi lui dit : Qu’on me donne un caïque pour m’apporter mes enfants et mes livres ; on lui donna deux bateaux avec leur équipage, et Didi lui-même navigua dans la barque où était le fils du roi, Dadoufhorou. Or, quand il fut arrivé à la cour, dès que le fils du roi, Dadoufhorou, fut entré pour faire son rapport à la Majesté du roi des deux Égyptes Khoufouî, à la voix juste, le fils du roi, Dadoufhorou, dit : Sire, mon maître, j’ai amené Didi. Sa Majesté dit : Vite, amène-le-moi, et quand Sa Majesté se fut rendue à la salle d’audience de Pharaon, on lui présenta Didi.
Sa Majesté dit : Qu’est cela, Didi, que je ne t’aie jamais encore vu ? Didi lui dit : Qui est appelé il vient ; le souverain, m’appelle, me voici, je suis venu. Sa Majesté dit : Est-ce vrai ce qu’on dit, que tu sais remettre en place une tête coupée ? Didi lui dit : Oui, je le sais, sire, mon maître. Sa Majesté dit : Qu’on m’amène un prisonnier de ceux qui sont en prison, et dont la condamnation est prononcée. Didi lui dit : Non, non, pas d’homme, sire, mon maître : qu’on n’ordonne pas de faire rien de tel au bétail noble.
On lui apporta une oie à qui l’on trancha la tête, et l’oie fut mise à main droite de la salle et la tête de l’oie à main gauche de la salle : Didi récita ce qu’il récita de son grimoire, l’oie se dressa, sautilla, la tête fit de même, et quand l’une eut rejoint l’autre, l’oie se mit à glousser. Il se fit apporter un pélican (?) ; autant lui en advint.
Sa Majesté lui fit amener un taureau dont on abattit la tête à terre, et Didi récita ce qu’il récita de son grimoire ; le taureau se mit debout derrière lui mais son licou resta à terre. Le roi Khoufouî, à la voix juste, dit : Qu’est-ce qu’on dit, que tu connais les nombres des écrins à livres de la crypte de Thot ? Didi lui dit : Pardon, si je n’en sais le nombre, sire, mon maître, mais je connais l’endroit où ils sont. Sa Majesté dit : Cet endroit, où est-il ? Ce Didi lui dit : Il y a un bloc de grès dans ce qu’on appelle la Chambre des rôles à Onou, et les écrins à livres de la crypte de Thot sont dans le bloc.
Le roi dit : Apporte-moi les écrins qui sont dans ce bloc. Didi lui dit : Sire, mon maître, voici, ce n’est point moi qui te les apporterai. Sa Majesté dit : Qui donc me les apportera ? Didi lui dit : L’aîné des trois enfants qui sont dans le sein de Roudîtdidît, il te les apportera.
Sa Majesté dit : Parbleu ! celle-là dont tu parles, qui est-elle, la Rouditdidît ? Didi lui dit : C’est la femme d’un prêtre de Râ, seigneur de Sakhîbou. Elle est enceinte de trois enfants de Râ, seigneur de Sakhîbou, et le dieu lui a dit qu’ils rempliraient cette fonction bienfaisante en cette Terre-Entière, et que l’aîné d’entre eux serait grand pontife à Onou. Sa Majesté, son cœur en fut troublé, mais Didi lui dit : Qu’est-ce que ces pensées, sire, mon maître ? Est-ce que c’est à cause de ces trois enfants ? Je te dis : Ton fils, son fils, et un de celle-ci. Sa Majesté dit : Quand enfantera-t-elle, cette Roudîtdidît ? Il dit : Elle enfantera, le 15 du mois de Tybi. Sa Majesté dit : Si les bas-fonds du canal des Deux-Poissons ne coupaient le chemin, j’irais moi-même, afin de voir le temple de Râ, maître de Sakhîbou. Didi lui dit : Alors, je ferai qu’il y ait quatre coudées d’eau sur les bas-fonds du canal des Deux-Poissons.
Quand Sa Majesté se fut rendue en son logis, Sa Majesté dit : Qu’on mette Didi en charge de la maison du fils royal Dadoufhorou, pour y demeurer avec lui, et qu’on lui donne un traitement de mille pains, cent cruches de bière, un bœuf, et cent bottes d’échalote. Et l’on fit tout ce que Sa Majesté avait ordonné.
Or, un de ces jours-là, il arriva que Roudîtdidît souffrit les douleurs de l’enfantement. La Majesté de Râ, seigneur de Sakhîbou, dit à Isis, à Nephthys, à Maskhonouît, à Hiqaît, à Khnoumou : Hop ! courez délivrer la Roudîtdidît de ces trois enfants qui sont dans son sein et qui rempliront cette fonction bienfaisante en cette Terre-Entière, vous bâtissant vos temples, fournissant vos autels d’offrandes, approvisionnant vos tables à libations, augmentant vos biens de mainmorte. Lors ces dieux allèrent : les déesses se changèrent en musiciennes, et Khnoumou fut avec elles comme homme de peine. Elles arrivèrent à la maison de Râousir, et elles le trouvèrent qui se tenait là ; déployant le linge ; Elles passèrent devant lui avec leurs crotales et avec leurs sistres, mais il leur dit : Mesdames, voyez, il y a ici une femme qui souffre les douleurs de l’enfantement.
Elles dirent : Permets-nous de la voir, car, voici, nous sommes habiles aux accouchements. Il leur dit : Venez donc, et elles entrèrent devant Roudîtdidît, puis elles fermèrent la chambre sur elle et sur elles-mêmes. Alors, Isis se mit devant elle, Nephthys derrière elle, Niqaît facilita l’accouchement. Isis dit : Ô enfant, ne fais pas le fort en son ventre, en ton nom d’Ousirraf, celui dont la bouche est forte ! Alors cet enfant lui sortit sur les mains, un enfant d’une coudée de long, aux os vigoureux, aux membres cou-leur d’or, à la coiffure de lapis-lazuli vrai. Les déesses le lavèrent, elles lui coupèrent le cordon ombilical, elles le posèrent sur un lit de briques, puis Maskhonouît s’approcha de lui et elle lui dit : C’est un roi qui exercera la royauté en ce Pays Entier. Khnoumou lui mit la santé dans les membres.
Ensuite Isis se plaça devant Roudîtdidît, Nephthys derrière elle, Hiqaît facilita l’accouchement. Isis dit : Enfant, ne voyage pas plus longtemps dans son ventre, en ton nom de Sâhourîya, celui qui est Râ voyageant au ciel. Alors cet enfant lui sortit sur les mains, un enfant d’une coudée de long, aux os vigoureux, aux membres couleur d’or, à la coiffure de lapis-lazuli vrai. Les déesses le lavèrent, elles lui coupèrent le cordon, elles le portèrent sur un berceau de briques, puis Maskhonouît s’approcha de lui et elle dit : C’est un roi qui exercera la royauté en ce Pays Entier. Khnoumou lui mit la santé dans les membres. Ensuite, Isis se plaça devant Roudîtdidît, Nephthys se plaça derrière elle, Hiqaît facilita l’accouchement. Isis dit : Enfant, ne reste pas plus longtemps dans les ténèbres de son ventre, en ton nom de Kakaouî, le ténébreux. Alors cet enfant lui sortit sur les mains, un enfant d’une coudée de long, aux os vigoureux, aux membres d’or, à la coiffure de lapis-lazuli vrai. Les déesses le lavèrent, elles lui coupèrent le cordon, elles le posèrent sur un lit de briques, puis Maskhonouît s’approcha de lui et elle dit : C’est un roi qui exercera la royauté en ce Pays Entier. Khnoumou lui mit la santé dans les membres.
Quand ces dieux sortirent, après avoir délivré la Roudîtdidît de ses trois enfants, ils dirent : Réjouis-toi, Râousir, car, voici, trois enfants te sont nés. Il leur dit : Mesdames, que ferai-je pour vous ? Ah, donnez ce grain que voici à votre homme de peine, pour que vous l’emportiez en paiement aux silos ! Et Khnoumou chargea ce grain, puis ils repartirent pour l’endroit d’où ils étaient venus. Mais Isis dit à ces dieux : A quoi songeons-nous d’être venus à Râousir sans accomplir, pour ces enfants, un prodige par c lequel nous puissions faire savoir l’événement à leur père qui nous a envoyés.
Alors elles fabriquèrent trois diadèmes de maître souverain, et elles les placèrent dans le grain ; elles précipitèrent du haut du ciel l’orage et la pluie, elles revinrent à la maison, puis elles dirent : Déposez ce grain dans une chambre scellée, jusqu’à ce que nous revenions baller au nord. Et l’on déposa ce grain dans une chambre scellée. Roudîtdidît se purifia d’une purification de quatorze jours, puis elle dit à sa servante : La maison est-elle en bon ordre ? La servante lui dit : Elle est garnie de toutes les bonnes choses ; pourtant, les pots pour la bouza, on ne les a pas apportés.
Alors Roudîtdidît lui dit : Pourquoi n’a-t-on pas apporté les pots ? La servante dit : Il serait bon de brasser sans retard, si le grain de ces chanteuses n’était pas dans une chambre scellée de leur cachet. Alors Roudîtdidît lui dit : Descends, apporte-nous-en ; Râousir leur en donnera d’autre en place, lorsqu’elles reviendront. La servante alla et elle ouvrit la chambre ; elle entendit des voix, du chant, de la musique, des danses, du zaggarit, tout ce qu’on fait à un roi, dans la chambre.
Elle revint, elle rapporta tout ce qu’elle avait entendu à Roudîtdidît. Celle-ci parcourut la chambre et elle ne trouva point la place d’où le bruit venait. Elle appliqua sa tempe contre la huche et elle trouva que le bruit était à l’intérieur : elle mit donc la huche dans un coffre en bois, elle apposa un autre sceau, elle l’entoura de cuir, elle plaça le tout dans la chambre où étaient ses vases et elle ferma celle-ci de son sceau. Quand Râousir arriva de retour du jardin, Roudîtdidît lui répéta ces choses et il en fut content extrêmement, et ils s’assirent et ils passèrent un jour de bonheur.
Or, beaucoup de jours après cela, voici que Roudîtdidît se disputa avec la servante et qu’elle la fit fouetter. La servante dit aux gens qui étaient dans la maison : Est-ce ainsi qu’elle me traite, elle qui a enfanté trois rois ? J’irai et je le dirai à La Majesté du roi Khoufouî, à la voix juste. Elle alla donc et elle trouva son frère aîné de mère, qui liait le lin qu’on avait teillé sur l’aire. Il lui dit : Où vas-tu, ma petite damoiselle ? et elle lui raconta ces choses. Son frère lui dit : C’est bien faire ce qu’il y avait à faire que venir à moi ; je vais t’apprendre à te révolter. Voici qu’il prit une botte de lin contre elle et il lui administra une correction. La servante courut se puiser un peu d’eau, et le crocodile l’enleva. Quand son frère courut vers Roudîtdidît pour lui dire cela, il trouva Roudîtdidît assise, la tête aux genoux, le cœur triste plus que toute chose.
II lui dit : Madame, pourquoi ce cœur ? Elle dit : C’est à cause de cette petite qui était dans la maison ; voici qu’elle est partie disant : « J’irai et je dénoncerai ». II se prosterna la face contre terre, il lui dit : Ma dame, quand elle vint me conter ce qui est arrivé et qu’elle se plaignit à moi ; voici que je lui donnai de mauvais coups ; alors elle alla se puiser un peu d’eau, et le crocodile l’emporta...
La fin du roman pouvait contenir, entre autres épisodes, le voyage à Sakhîbou auquel Chéops fait allusion vers la fin de son entretien avec Didi. Le roi échouait dans ses entreprises contre les enfants divins ; ses successeurs, Chéphren et Mykérinos, n’étaient pas plus heureux que lui, et l’intrigue se dénouait par l’avènement d’Ousirkaf. Peut-être ces dernières pages renfermaient-elles des allusions à quelques-unes des traditions que les écrivains grecs avaient recueillies.
Chéops et Chéphren se vengeaient de l’inimitié que Ré leur témoignait en fermant son temple à Sakhîbou et dans d’autres villes : ils justifiaient ainsi une des histoires qui leur avaient valu leur renom d’impiété. De toute façon, le Papyrus Westcar est le premier qui nous arrive en rédaction originale des romans dont se composait le cycle de Chéops et des rois constructeurs de pyramides.
Maspero
/image%2F0650892%2F20250129%2Fob_756ff6_ezgif-36d06c8720607.gif)


