roi

Publié le 13 Septembre 2012

Il était une fois une princesse, fille de roi. Elle se prénommait Safia. Son père et sa mère l'aimaient tellement qu'ils ne lui auraient rien refusé. Un jour, un magicien arriva au palais en demandant asile : il prétendit être un savant professeur, pourchassé par ses ennemis, et qu'il n'avait aucun endroit où aller pour écrire un livre très important.

 

« Mon cher professeur », dit le Roi, « vous aurez ici une pièce à votre disposition et tout ce que vous pourrez souhaiter pour pouvoir terminer votre ouvre. ».

 

Le magicien vint donc s'installer avec ses sortilèges et ses formules magiques, en se faisant passer pour un savant professeur. Chaque vendredi, qui était le jour de repos dans ce pays éloigné, le magicien présentait ses hommages au Roi et à sa cour, mais il convoitait secrètement le trône royal.

 

Un jour il se déguisa en vieille femme et parcourut les jardins ombragés du palais à la recherche de Safia.

 

« Princesse », dit-il, « permettez-moi d'être votre lingère, car je sais laver le lin et la soie mieux que personne au monde, et je le ferais pour presque rien si je pouvais servir votre Grandeur. ».

 

« Chère femme, » dit la princesse Safia, « Je devine que vous êtes une pauvre créature et votre situation m'afflige. Venez me voir dans mes appartements et je vous donnerai du linge à laver. ».

 

C'est ainsi que le magicien déguisé suivit la princesse à l'intérieur du palais, et avant même qu'elle ait pu s'apercevoir de quoi que ce soit, il l'avait enfermée dans un sac à linge et s'enfuit aussi vite qu'il le put. Il amena la Princesse dans son appartement. Il murmura un sort qui la rendit aussi petite qu'une poupée et il la cacha dans un placard.

 

Le vendredi suivant, il se présenta à la Cour comme d'habitude et trouva le palais tout entier en proie au tumulte. « La Princesse Safia a disparu, et Sa Majesté a presque perdu la tête. Tous les jeteurs de sorts ont essayé de découvrir à l'aide de leurs pouvoirs magiques où elle pouvait être mais aucun n'a trouvé quoi que ce soit », dit le Grand Vizir.

 

Le méchant magicien sourit car il savait que son sortilège était si puissant que personne dans tout le pays ne pourrait le contrer tant qu'il serait en vie.

 

Le jour suivant, alors que la Reine était en train de pleurer, le magicien entra, déguisé en lingère. Il la fourra dans un sac à linge et l'emporta dans son appartement. Il la transforma en poupée pas plus grosse que son pouce.

 

« Ha-Ha ! », ricana le magicien, « maintenant je vais capturer le Roi et c'est moi qui dirigerai le pays. ».

 

Donc, le jour suivant, il attendit que le Roi parte se reposer, épuisé et tourmenté par la disparition de la Reine, et, déguisé de la même façon, il captura le Roi. Il le transforma lui aussi en poupée pas plus grosse que la Reine et l'enferma dans le placard.

 

C'est alors que, toute la famille royale ayant disparu, les courtisans commencèrent à pleurer et à gémir ; ils se rendirent en grand nombre à l'appartement du magicien pour lui demander conseil.

 

« Vous êtes un homme de science », dit le Grand Vizir, « vous devez connaître beaucoup de choses. Pourriez-vous nous dire ce que nous devons faire ? ».

 

« Jusqu'à ce que le Roi, la Reine et la Princesse réapparaissent, laissez-moi vous diriger », dit le magicien, et le peuple approuva. C'est ainsi que durant une longue période le méchant magicien gouverna le pays et amassa une grosse fortune car les habitants lui apportaient tout l'or du pays. Sans arrêt il envoyait des troupes qui parcouraient le pays dans tous les sens à la recherche du Roi, de sa femme et de sa fille. Mais bien sûr personne ne trouvait rien.

 

Cependant, un jour, une souris arriva jusque dans le placard où était cachée la Princesse Safia. Quelle ne fut pas sa surprise d'entendre celle-ci lui dire, « Souris, souris, creuse un trou dans ce placard pour que je puisse m'échapper, car le méchant magicien qui m'a jeté ce sort ne me laissera jamais sortir, et je mourrai ».

 

« Qui êtes-vous ? » demanda la souris.

 

« Mon père est le Roi et il vous récompensera généreusement. Vous aurez du fromage à volonté pour le restant de vos jours », dit la Princesse.

 

« Qu'Allah ait pitié ! » dit la souris. « Sa Majesté le Roi a disparu, la Reine aussi et le magicien est maintenant sur le trône ».

 

« Oh non », gémit la Princesse, « que leur est-il arrivé ? Le méchant magicien les aurait-il aussi capturés ? ».

 

« Attendez ici », dit la souris, « je vais jeter un coup d'œil dans les autres parties du placard ». Et bien entendu, elle découvrit le Roi et la Reine transformés en poupées minuscules sur l'étagère du haut. Mais ils étaient tout raides, comme s'ils avaient été taillés dans le bois, car le magicien avait utilisé pour eux un sort différent.

 

La souris retourna raconter sa triste découverte à la Princesse.

 

« Hélas, hélas », pleura la Princesse, « que puis-je faire alors, même si je m'échappe, que m'arrivera-t-il ? ».

 

« Princesse », dit la souris, « Je vais vous aider. Je vais aller voir une Femme d'une grande sagesse qui vit dans un arbre creux. Ce soir je reviendrai vous raconter ce qu'elle a dit. ».

 

La Princesse se cacha à nouveau dans le placard et la souris disparut.

 

A l'intérieur d'un grand arbre qui avait vu passer beaucoup d'hivers vivait la vieille Femme de grande sagesse. La souris arriva et lui demanda : « Mère, dites-moi ce que je dois faire pour aider la fille du Roi qui a été transformée en poupée par le magicien. Elle espère s'échapper par un petit trou que j'aurais creusé dans la porte. J'ai découvert que le Roi et la Reine sont dans le même placard, métamorphosés en poupées de bois pas plus grosses que votre pouce. ».

 

« Dites à la fille du Roi qu'elle doit venir ici quand la lune sera haute et que je l'aiderai », dit la Femme de grande sagesse.

 

La nuit tombée, la souris retourna dans le placard et creusa le bois pour permettre à Safia de sortir par le trou. La Princesse était si petite qu'il lui fut facile de courir hors du palais sans se faire remarquer par les gardes. Quand la lune se leva et que le jardin fut inondé de lumière, la minuscule Princesse se glissa dans l'arbre creux que lui avait montré la souris.

 

« Entrez, fille du Roi », dit la femme de grande sagesse. « J'ai trouvé la réponse à vos questions dans mes livres de magie. » La souris faisait le guet à côté pour s'assurer que personne n'arrivait, et Safia s'assit sur un petit tabouret tandis que la vieille femme lisait son grand livre de magie.

 

« Vous devez marcher jusqu'à la croisée des chemins et dans un champ des environs vous verrez un cheval de couleur orange, déjà sellé pour un voyage. Sautez sur son dos, après lui avoir fait manger une graine d'herbe magique ».

 

« Où vais-je trouver la graine d'herbe magique ? », demanda la Princesse.

 

« Je vais vous la donner », dit la femme de grande sagesse, en cherchant dans un tiroir.

 

« Que dois-je faire une fois sur le cheval ? » demanda Safia.

 

« Fille du Roi, vous devez lui murmurer à l'oreille, Emmène-moi, cheval orange, là où pousse le poirier sacré pour que je puisse rapporter une poire de sa branche la plus haute », dit la vieille femme en reposant son livre sur l'étagère.

 

« Et ensuite je retrouverai ma taille normale ? » demanda la Princesse.

 

« Quand le méchant magicien sera mort et pas avant vous retrouverez votre taille normale », dit la Femme de grande sagesse. « Vous devez remonter sur le cheval orange et chevaucher jusqu'à ce vous atteigniez le puits de l'Ogre Vert. Murmurez à l'oreille droite du cheval et vous y parviendrez avant même de le savoir. Jetez la poire au plus profond du puits car l'âme du méchant magicien est cachée dans cette poire et si elle tombe dans l'antre de l'ogre celui-ci la dévorera. Ainsi le magicien mourra. ».

 

« Qu'arrivera-t-il ensuite ? », Voulut savoir la Princesse.

 

« Ensuite, toutes les créatures transformées par le magicien retrouveront leur forme originelle et tout sera comme avant. » Et la femme de grande sagesse lui mit une graine d'herbe dans la main.

 

La minuscule Princesse remercia donc la Femme de grande sagesse, dit au revoir à la souris et courut au clair de lune jusqu'à la croisée des chemins.

 

Elle vit, comme le lui avait dit la vieille femme, un cheval de couleur orange, avec une belle crinière et une queue dorées, qui attendait dans le champ, harnaché et sellé.

 

« Cheval orange ! Cheval orange ! » L’appela Safia à voix basse. « Voici la graine d'herbe magique. Emmène-moi jusqu'au poirier sacré, pour que je puisse attraper la poire la plus haute ».

 

Le cheval de couleur orange baissa la tête pour avaler la graine. Puis il baissa la tête à nouveau pour permettre à Safia de grimper sur son dos en se cramponnant à la crinière dorée. Elle s'installa sur la selle du mieux qu'elle put. Le cheval hennit deux fois, puis, agitant la tête, se mit à galoper plus vite que le vent.

 

En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, Safia se retrouva au milieu d'un beau verger rempli de cerisiers, de pruniers et d'arbres couverts de baies mais il n'y avait là qu'un seul poirier.

 

« Le voici », dit le cheval, et debout sur la selle Safia tendit le bras vers les branches. Elle attrapa une poire sur la plus haute branche et la déposa délicatement dans la besace.

 

« Emmène-moi jusqu'au Puits de l'Ogre vert », murmura-t-elle à l'oreille droite du cheval. Le cheval orange fit un signe de la tête et s'élança tel le vent ; ses sabots allaient si vite qu'ils semblaient ne pas toucher terre. Derrière trois palmiers, il y avait un puits. Au clair de lune, Safia vit, qu'à l'intérieur du puits, il y avait la tête d'un ogre, aussi grosse qu'un potiron avec des yeux énormes et tous ronds et une grande bouche. Elle se dépêcha de prendre la poire contenant l'âme du magicien et la jeta directement dans la bouche de l'Ogre vert. Immédiatement l'Ogre dévora la poire et Safia se mit à grandir. Elle avait désormais retrouvé sa taille normale - le méchant magicien était mort.

 

Le cheval la ramena à la croisée des chemins et alors qu'elle s'apprêtait à le remercier il disparut dans un grand bruit de tonnerre.

 

Elle courut jusqu'au palais puis dans la pièce où sa mère et son père étaient emprisonnés. Elle découvrit que le Roi et la Reine, ayant repris leur taille normale, étaient très intrigués de se retrouver dans un placard. Elle leur expliqua rapidement toute l'histoire.

 

« Appelez le Capitaine de la Garde ! », ordonna le Roi. « Arrêtez le magicien et qu'il soit décapité »

 

Mais quand les soldats arrivèrent dans la chambre royale pour arrêter le faux roi, ils s'aperçurent qu'il était mort au moment-même où l'Ogre Vert avait mangé la poire, comme l'avait prédit la Femme de grande sagesse.

 

Il y eut de grandes réjouissances au palais et Safia décida d'aller remercier la Femme de grande sagesse qui vivait dans l'arbre creux. Mais de l'arbre il n'y avait plus trace - il avait disparu, c'était comme s'il n'avait jamais existé. Safia n'en croyait pas ses yeux, elle regardait partout lorsqu'un beau et grand jeune homme, richement vêtu, s'approcha d'elle.

 

« Soyez bénie, chère Princesse », dit-il, « car c'était moi la souris, victime d'un enchantement, qui a creusé le trou qui vous a permis de vous évader et d'aller chercher la poire qui contenait l'âme du magicien ».

 

« Ainsi donc c'était vrai, ce n'était pas un rêve ! » s'écria Safia. « Je venais trouver la Femme de grande sagesse et elle a disparu ».

 

« Elle vit dans un arbre enchanté », expliqua le jeune homme, « et comme elle veut désormais séjourner ailleurs, l'arbre a été déraciné et déplacé sans qu'il en reste aucune trace ».

 

« Venez avec moi voir mon père afin qu'il puisse vous remercier, » dit Safia.
Le jeune homme l'accompagna donc et en s'agenouillant devant le Roi il expliqua qu'il était un prince qui avait été transformé en souris par le magicien.

 

« Vous resterez ici et épouserez ma fille », promit le Roi, « et vous dirigerez le royaume après moi, puisque ne n'ai pas de fils ».

 

Et c'est ainsi que les choses se passèrent, les fêtes du mariage durèrent sept jours et sept nuits, et Safia et son époux vécurent heureux durant de longues années.

 


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Rédigé par orange8454

Publié dans #grand, #magicien, #princesse, #roi, #safia

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Publié le 13 Septembre 2012

Il était une fois une vieille femme qui avait un fils nommé Sarkis. Celui-ci voulait se marier mais il n’avait pas d’argent. Il va à l’étranger pour travailler et gagner de l’argent pour se loger et pouvoir se marier. Il laisse sa mère à la maison.

Un jour qu’il allait au marché, il voit un homme qui portait un coffre sur l’épaule et qui criait :

- " Coffre à vendre, un coffre ! celui qui l’achètera ne le regrettera pas, le vendeur non plus ! "

Sarkis achète le coffre, il l’expédie à sa mère, avec un mot : " Garde ce coffre, quand je reviendrai me marier ce sera ma corbeille de mariage. " La vieille femme reçoit le coffre, le met dans un coin, puis va à l’église.

A son retour, quelle surprise ! La maison est balayée, le poêle est allumé, le repas en train de cuire, la table mise, les hors-d’œuvre servis. Elle est stupéfaite.

- " Mon Dieu, dit-elle, qui a fait toutes ces choses ? "

Ce miracle se renouvelle plusieurs fois. Alors la vieille femme se cache derrière une porte. Elle voit le coffre s’ouvrir, une merveilleuse fille en sortir, balayer la pièce, allumer le poêle, préparer le repas, apporter le pain, mettre la table, disposer les plats, puis retourner dans le coffre et s’apprêter à rabattre le couvercle. Aussitôt, la mère se précipite, l’attrape par le bras et lui dit :

- " Qui es-tu, ma fille ? "

- " Ne pose pas de questions, mémé, dit la fille, ton fils m’a expédiée ici, nous allons vivre ensemble toutes les deux, quand ton fils reviendra, on verra ce qui se passera. "

Elles vivent ensemble pendant quelque temps. Un jour, la fille dit :

- «  Mémé, y’en a marre de vivre dans la fumée et la suie de cette masure. Va à la ville commander de la pierre et du bois, et tout ce qu’il faut pour construire une maison. Appelle un charpentier et un maçon, embauche des ouvriers, fais-nous construire une belle maison pour quand ton fils reviendra. Moi je paie, toi tu surveilles les travaux ! »

Peu après, la vieille femme fait construire dans la ville un joli manoir tel qu’il n’y en avait nulle part de semblable. Non loin de là vivait un gentilhomme extrêmement riche.

- " Mon Dieu, dit le gentilhomme, comment cette pauvre vieille a-t-elle pu faire construire un tel manoir, d’où son fils a-t-il pu lui envoyer tant d’argent ? "

Un jour, il entre chez la vieille et que voit-il ? Une merveilleuse jeune fille, à en perdre le boire et le manger. Il tombe amoureux de cette beauté. Il envoie des messagers pour demander sa main. La fille refuse. Le gentilhomme rudoie la vieille femme, il l’oblige à écrire une lettre à son fils :

- " Fils, quel malheur que cette fille du coffre, c’est une dévergondée, elle reçoit des hommes tous les jours. Je me fiche de sa beauté. Je préférerais qu’elle soit borgne mais honnête. ! "

Quand le fils reçoit cette lettre, il s’élance chez sa mère, il arrive à l’aube, il entre dans la chambre de la fille, il la bat comme plâtre, il l’emmène et la jette dans un torrent.

Il rentre. Un doute le saisit :

- " Mon Dieu, j’ai jeté cette fille à l’eau sans même l’avoir interrogée, je vais aller voir ce qu’elle est devenue, est-elle morte ou vivante ? "

Il retourne là-bas, il ne voit ni fille ni rien. Le cœur brûlant, il va de ville en ville ; aucune nouvelle de la fille.

Après que Sarkis eût jeté la fille dans le torrent, un médecin qui passait avait entendu des gémissements, il avait vu la fille blessée, incapable de se relever ; il avait été pris de pitié, il l’avait emmenée chez lui, il l’avait soignée, il l’avait guérie. Un jour, le médecin dit :

- « Jeune fille, je t’ai guérie. Ne veux-tu pas m’épouser ? »

- « Si je n’épouse pas celui qui m’a guérie, qui épouserais-je ? Allez, loue un phaéton, montons dedans, promenons-nous dans la ville puis rentrons à la maison ; je serai à toi et tu seras à moi. »

Le médecin et la fille montent dans le phaéton, ils font le tour de la ville. La fille dit :

- « J’ai envie de gâteau. Va en chercher un peu, nous le mangerons ensemble. »

Le temps d’aller chercher le gâteau, la fille avait disparu. Le médecin la cherche partout, il ne la trouve nulle part. Le cœur brisé, il va de ville en ville, de pays en pays, aucune nouvelle de la fille.

Celle-ci s’était sauvée. Elle prend un petit chemin, suit une allée, rencontre un cavalier très élégant. Dès qu’il la voit, il en est fou, il descend de cheval, attrape la fille et dit :

- « Ne veux-tu pas me prendre pour époux ? »

- « Pourquoi pas ? dit-elle. Où pourrais-je trouver un homme meilleur que toi ? »

- « Eh bien, si tu es chrétienne, je vais faire venir un curé ; si tu es turque, j’appelle un mollah, qu’il nous unisse. »

La fille dit :

- « Ni curé, ni mollah, notre coutume est la suivante : nous échangeons nos habits, je m’assois, tu tournes sept fois autour de moi, puis tu t’assois, je tourne sept fois autour de toi, notre dot sera partagée, je serai à toi et tu seras à moi. »

Ils échangent leurs habits, la fille s’assoit, le cavalier tourne autour d’elle ; puis le cavalier s’assoit, la fille tourne autour de lui… soudain, quelle fille, elle s’élance comme un moustique sur le cheval, et hue ! elle se sauve dans la forêt. La cœur brisé, le cavalier va à sa recherche, de ville en ville, de pays en pays, mais nul ne lui donne de ses nouvelles.

La fille conduit son cheval jusqu’à la ville du roi, elle descend chez une vieille femme, celle-ci n’avait pas de progéniture, elle devient son enfant. Elles vivent ensemble pendant un certain temps. Le roi de cette ville meurt. La coutume voulait qu’on lance un pigeon augural, l’homme sur la tête duquel il se posait devenait roi. On lâche le pigeon, il se pose sur le toit de la vieille, les hommes entrent, ils voient un élégant jeune homme assis dans la maison ; dès qu’il le font sortir, le pigeon se pose sur sa tête, ils l’emmènent et le consacrent roi.

La première chose que fit le nouveau roi fut de faire édifier une fontaine monumentale avec sept robinets, et son portrait suspendu à la voûte. Un garde est chargé de la surveillance, avec ordre d’arrêter et de mettre en prison tous ceux qui, en voyant le portrait, poussent un grand soupir : ah !

Un jour vient Sarkis, le fils de la vieille femme. Un autre jour, le médecin, et un autre, le cavalier, puis un autre jour le gentilhomme. Chacun, en buvant l’eau, pousse un grand soupir :ah !

Tous sont jetés en prison. Le roi appelle ses vizirs, les notables, il réunit le Conseil.

Il fait venir le fils de la vieille femme et le médecin, pour qu’ils racontent ce qui leur est arrivé.

Le cavalier s’avance :

- « Longue vie au roi, dit-il, j’ai rencontré dans la forêt une jeune fille, non pas une fille mais une sylphide, une créature de feu. A sa vue, j’ai perdu la tête, je suis descendu de cheval, je l’ai saluée, elle m’a salué. Je lui ai dit : Jeune fille ne veux tu pas m’épouser ?, elle a dit : Mais si, pourquoi pas ?. Elle m’a trompé, elle a mis mes habits et m’a fait mettre les siens, j’ai tourné sept fois autour d’elle, elle devait aussi tourner autour de moi, mais tout-à-coup elle s’est envolée sur mon cheval, comme un moustique, elle a disparu de ma vue. J’ai eu de la peine de l’avoir perdue, et dix fois plus de peine d’avoir perdu mon cheval et d’être transformé en femme, moi qui suis un homme, qui porte la barbe et la moustache, moi, porter une robe ! Depuis ce jour, mon cœur brûle, et quand j’ai vu le portrait de cette fille à la fontaine, j’ai poussé un profond soupir :ah ! »

Le gentilhomme vient et dit :

- « A côté de chez moi, dans la maison d’une vieille dame, j’ai vu une fille qui m’a tapé dans l’œil, mais j’ai eu beau faire, malgré l’étalage de toutes mes richesses, elle n’a pas voulu de moi, il n’y a eu rien à faire. Alors, par dépit, j’ai fait écrire à la vieille une lettre à son fils lui disant que la fille était une dévergondée. Le fils est venu, il l’a battue et l’a jetée dans la torrent. Depuis ce jour, le feu de la fille me brûle le cœur, c’est pourquoi lorsque j’ai vu son portrait j’ai poussé un soupir :ah !. »

Le roi dit :

- « Vizirs et vous tous, vous avez entendu ? »

- « Longue vie au roi ! nous avons entendu ! »

- « Appelez le bourreau. »

Le bourreau entre :

- « Emmène ce gentilhomme, dit le roi, coupe-lui la tête et montre-là au peuple. »

Puis entre le médecin, qui raconte son histoire :

- « Docteur, dit le roi, dis-moi le total de toutes tes dépenses pour cette fille, je multiplie cette somme par deux et te renvoie à tes affaires. »

Le roi dit ensuite au cavalier :

- « Dis-moi le prix de tes habits et de ton cheval, je double le total et te renvoie à tes affaires. »

Le roi se tourne vers les vizirs et vers l’assemblée :

- « Messieurs, dit-il, ne serait-il pas juste que nous fassions venir cette fille et que nous écoutions ce qu’elle a à nous dire ? "

- « Longue vie au roi, ce serait juste ! "

Le roi se lève et dit : " Eh bien, cette fille, c’est moi ! »

Elle découvre sa poitrine : " Voyez ! suis-je un garçon ou une fille ?

L’assemblée est frappée de stupeur. Le roi appelle Sarkis et dit :

- « Ta mère t’a trompé. Tu es venu sans faire d’enquête, sans interroger qui que ce soit, tu m’as battue, tu m’sa jetée à demi-morte dans le torrent, ensuite tu as eu du remords, mais à quoi bon, ce qui est fait est fait. Ecoute maintenant mon conseil : »

Ne fais rien avant d’être sûr que ce qu’on te dit est vrai.

Elle se tourne vers les vizirs et dit :

- « Sarkis est mon mari et je suis sa femme. Si vous voulez que Sarkis soit votre roi, je resterai dans votre ville. Si vous ne voulez pas, nous retournerons chez nous . »

Tout le monde se lève et s’écrie :

- « Sarkis notre roi et toi notre reine, gouvernez notre pays ! »


Trois pommes sont tombées du ciel…

 

 

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Rédigé par orange8454

Publié dans #dit , #fille, #roi, #vieille, # »

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Publié le 13 Septembre 2012

Le roi des deux Égyptes Khoufouî, à la voix juste, était un souverain bienfaisant. Un jour que pharaon s’ennuyait il dit :

- Je voudrais savoir, si quelqu’un d’entre vous ne pourrait pas m’indiquer un homme capable de m’amuser en me racontant des histoires.

Tout de suite un des fils de Pharaon raconta une histoire de prodige accompli par le roi Zasiri, un des prédécesseurs de Sa Majesté.

Le roi des deux Égyptes Khoufouî dit :

- Qu’on présente à sa Majesté le roi Zasiri, à la voix juste, une offrande de mille pains, cent cruches de bière, un bœuf, deux coupes pleines d’encens, et qu’on fasse donner une galette, une pinte de bière, une ration de viande, une coupe pleine d’encens à mon fils, car j’ai vu la preuve de sa science. Et l’on fit ce que Sa Majesté avait ordonné.

Alors un autre fils du roi Khâfrîya se leva pour parler et il dit : Je vais faire connaître à ta Majesté un prodige qui arriva au temps de ton père, le roi Nabka, à Memphis, à la voix juste, une fois qu’il s’était rendu au temple de Phtah, maître d’Ankhoutaouî.

Un jour que Sa Majesté était allée au temple de Phtah maître d’Ankhoutaouî et que Sa Majesté rendait visite à la maison du scribe, premier lecteur, Oubaouanir avec sa suite, la femme du premier lecteur Oubaouanir vit un vassal de ceux qui étaient derrière le roi : [dès l’heure qu’elle l’aperçut, elle ne sut plus l’endroit du monde où elle était. Elle lui envoya sa servante qui était auprès d’elle, pour lui dire : « Viens, que nous reposions ensemble, une heure durant ; mets tes vêtements de fête ».] Elle lui fit porter une caisse pleine de beaux vêtements, et lui il vint avec la servante à l’endroit où elle était. Or, quand des jours eurent passé sur cela, comme le premier lecteur Oubaou-anir avait un kiosque au Lac d’Oubaou-anir, le vassal dit à la femme d’Oubaou-anir : « Il y a le kiosque au Lac d’Oubaou-anir ; s’il te plaît, nous y prendrons un petit moment ». Lors la femme d’Oubaou-anir envoya dire au majordome qui avait charge du Lac : « Fais préparer le kiosque qui est au Lac ».

Il fit comme elle avait dit et elle y demeura, buvant avec le vassal jusqu’à ce que le soleil se couchât. Et quand le soir fut venu, il descendit dans le Lac pour se baigner et la servante était avec lui, et le majordome sut ce qui se passait entre le vassal et la femme d’Oubaou-anir. Et quand la terre se fut éclairée et qu’un second jour fut, le majordome alla trouver le premier lecteur Oubaou-anir et il lui conta ces choses que ce vassal avait faites dans le kiosque avec sa femme. Quand le premier lecteur Oubaou-anir sut ces choses qui s’étaient passées dans son kiosque, il dit au majordome : « Apporte-moi ma cassette en bois d’ébène incrusté de vermeil qui contient mon grimoire ».

Quand le majordome l’eut apportée, il modela un crocodile de cire, long de sept pouces, il récita sur lui ce qu’il récita de son grimoire, il lui dit : « Quand ce vassal viendra pour se baigner dans mon Lac, alors entraîne-le au fond de l’eau ». Il donna le crocodile au majordome et il lui dit : « Dès que le vassal sera descendu dans le Lac, selon sa coutume de chaque jour, jettes-y le crocodile de cire derrière lui ». Le majordome alla donc et il prit le crocodile de cire avec lui. La femme d’Oubaou-anir envoya au majordome qui avait charge du Lac et elle lui dit : « Fais préparer le kiosque qui est au bord du Lac, car voici, je viens y séjourner ». Le kiosque fut muni de toutes les bonnes choses ; on vint et on se divertit avec le vassal. Quand ce fut le temps du soir, le vassal alla, selon sa coutume de chaque jour, et le majordome jeta le crocodile de cire à l’eau derrière lui ; le crocodile se changea en un crocodile de sept coudées, il saisit le vassal, il l’emporta sous l’eau.

Or, le premier lecteur Oubaou-anir demeura sept jours avec la Majesté du roi de la haute et de la basse Égypte Nabka, à la voix juste, tandis que le vassal était dans l’eau sans respirer. Mais, après que les sept jours furent révolus, quand le roi de la haute et de la basse Égypte Nabka, à la voix juste, alla et qu’il se rendit au temple, le premier lecteur Oubaou-anir se présenta devant lui et il lui dit : « Plaise ta Majesté venir et voir le prodige qui s’est produit au temps de ta Majesté au sujet d’un vassal ». Sa Majesté alla donc avec le premier lecteur Oubaou-anir. Oubaou-anir dit au crocodile : « Apporte le vassal hors de l’eau ! » Le crocodile sortit et apporta le vassal hors de l’eau.

Le premier lecteur Oubaou-anir dit : « Qu’il s’arrête ! » et il le conjura, il le fit s’arrêter devant le roi. Lors la Majesté du roi de la haute et de la basse Égypte Nabka, à la voix juste, dit : « De grâce, ce crocodile est terrifiant ! » Oubaou-anir se baissa, il saisit le crocodile, et ce ne fut plus dans ses mains qu’un crocodile de cire. Le premier lecteur Oubaou-anir raconta à la Majesté du roi de la haute et de la basse Égypte Nabka, à la voix juste, ce que le vassal avait fait dans « sa maison avec sa femme.

Sa Majesté dit au crocodile : « Prends, toi, ce qui est tien ». Le crocodile plongea au fond du lac et l’on n’a plus su ce qu’il advint du vassal et de lui. La Majesté du roi de la haute et de la basse Égypte Nabka, à la voix juste, fit conduire la femme d’Oubaou-anir au côté nord du palais ; on la brûla et on jeta ses cendres au fleuve. Voici, c’est là le prodige qui arriva au temps de ton père, le roi de la haute a et de la basse Égypte Nabka, à la voix juste, et qui est de ceux qu’opéra le premier lecteur Oubaou-anir.

La Majesté du roi Khoufouî, à la voix juste, dit donc : Qu’on présente à la Majesté du roi Nabka, à la voix « juste, une offrande de mille pains, cent cruches de bière, un bœuf, deux godets d’encens, puis qu’on fasse donner une galette, une pinte de bière, un godet d’encens pour le premier lecteur Oubaou-anir, car j’ai vu la preuve de sa science. Et l’on fit ce que Sa Majesté avait ordonné. Lors le fils royal Baîoufrîya se leva pour parler et il dit : Je vais faire connaître à ta Majesté un prodige qui arriva au temps de ton père Sanafrouî, à la voix juste, et qui est de ceux qu’opérait hier le premier lecteur Zazamânkhou.

Un jour que le roi Sanafrouî, à la voix juste, s’ennuyait, Sa Majesté assembla la maison du roi, afin de lui chercher quelque chose qui lui allégeât le cœur. Comme on ne trouvait rien, il dit : « Courez et qu’on m’amène le premier lecteur, Zazamânkhou », et on le lui amena sur l’heure. Sa Majesté lui dit : « Zazamânkhou, mon frère, j’ai assemblé la maison du roi,. afin qu’on cherchât quelque chose qui m’allégeât le cœur, mais je n’ai trouvé rien ». Zazamânkhou lui dit : « Daigne ta Majesté se rendre au Lac de Pharaon, et se faire armer une barque avec toutes les belles filles du harem royal. Le cœur de ta Majesté s’allégera quand tu les verras aller et venir ; puis, quand tu contempleras les beaux fourrés de ton Lac, quand tu regarderas les belles campagnes qui le bordent et ses belles rives, alors le cœur de ta Majesté s’allégera. Quant à moi, voici comment je réglerai la vogue. Fais-moi apporter vingt rames en bois d’ébène, garnies d’or, dont les pales seront de bois d’érable garni de vermeil ; qu’on m’amène aussi vingt femmes de celles qui ont beau corps, beaux seins, belle chevelure, et qui n’aient pas encore eu d’enfant, puis, qu’on apporte vingt résilles et qu’on les donne à ces femmes en guise de vêtement ».

On fit ce que Sa Majesté avait ordonné. Les femmes allaient, venaient, et le cœur de Sa Majesté se réjouissait à les voir voguer, quand la rame de l’une d’elles lui heurta la chevelure, et son poisson de malachite neuf tomba à l’eau. Alors elle se tut, elle cessa de ramer, et ses camarades de la même bande se turent et elles ne ramèrent plus, et Sa Majesté dit : « Vous ne ramez plus ? » Elles dirent : « Notre compagne s’est tue et elle ne rame plus ». Sa Majesté dit à celle-ci : « Que ne rames-tu ? » Elle dit : « Mon poisson de malachite neuf est tombé à l’eau ». Sa Majesté dit : « Rame seulement, je te le remplacerai ». Elle dit : « Je veux mon bijou à moi et non un bijou pareil ». Alors, Sa Majesté dit : « Allons, qu’on m’amène le premier lecteur Zazamânkhou ! » On le lui amena sur l’heure et Sa Majesté dit : « Zazamânkhou, mon frère, j’ai fait comme tu as dit, et le cœur de Sa Majesté s’allégeait à voir ramer ces femmes quand, voici, le poisson de malachite neuf de l’une des petites est tombé à l’eau. Alors elle s’est tue, elle a cessé de ramer, et elle a arrêté ses camarades. Je lui ai dit : « Que ne rames-tu ? » Elle m’a dit : « Le poisson de malachite neuf est tombé à l’eau ». Je lui ai dit : « Rame seulement, et je te le remplacerai ».

Elle a dit : « Je veux mon bijou à moi et non un bijou pareil ». Lors, le premier lecteur Zazamânkhou récita ce qu’il récita de son grimoire. Il enleva tout un pan d’eau et il le mit sur l’autre ; il trouva le poisson posé sur un rehaut de terre, il le prit, il le donna à sa maîtresse. Or, l’eau était profonde de douze coudées en son milieu, et, maintenant qu’elle était empilée, elle atteignait vingt-quatre coudées : il récita ce qu’il récita de son grimoire, et se remit l’eau du Lac en son état. Sa Majesté passa donc un heureux jour avec toute la maison du roi, et il récompensa le premier lecteur Zazamânkhou avec toute sorte de bonnes choses. Voici, c’est là le prodige qui arriva au temps de ton père, le roi Sanofrouî, à la voix juste, et qui est de ceux qu’opéra le premier lecteur, Zazamânkhou, le magicien.

La Majesté du roi Khoufouî, à la voix juste, dit donc : Qu’on présente à la Majesté du roi Sanafrouî, à la voix juste, une offrande de mille pains, cent cruches de bière, un bœuf, deux godets d’encens, puis qu’on fasse donner une galette, une pinte de bière, un godet d’encens, pour le premier lecteur Zazamânkhou, le magicien, car j’ai vu la preuve de sa science. Et l’on fit ce que Sa Majesté avait ordonné.

Lors, le fils du roi, Dadoufhorou, se leva pour parler et il dit : Jusqu’à présent ta Majesté a entendu le récit de prodiges que les gens d’autrefois seuls ont connus mais dont on ne peut garantir la vérité. Je puis faire voir à ta Majesté un sorcier qui est de ton temps et que ta Majesté ne connaît pas. Sa Majesté dit : Qu’est-ce là, Dadoufhorou ? Le fils du roi, Dadoufhorou, dit : Il y a un vassal qui s’appelle Didi, et qui demeure à Didousanafrouî.

C’est un vassal de cent dix ans, qui mange encore ses cinq cents miches de pain avec une cuisse de bœuf entière, et qui boit jusqu’à ce jour ses cent cruches de bière. Il sait remettre en place une tête coupée ; il sait se faire suivre d’un lion sans laisse, il connaît le nombre des écrins à livres de la crypte de Thot. Or voici, la Majesté du roi Khoufouî, à la voix juste, avait employé beaucoup de temps à chercher ces écrins à livres de la crypte de Thot, afin de s’en faire une copie pour sa pyramide. Sa Majesté dit donc : Toi-même, Dadoufhorou, mon fils, amène-le-moi.

On arma des barques pour le fils du roi, Dadoufhorou, et il fit voile vers Didousanafrouî. Quand les vaisseaux eurent abordé à la berge, il débarqua et il se plaça sur une chaise de bois d’ébène dont les brancards étaient en bois de napéca garni d’or ; puis, quand il fut arrivé à Didousanafrouî, la chaise fut posée à terre, il se leva pour saluer le magicien, et il le trouva étendu sur un lit bas au seuil de sa maison, un esclave à la tête qui le grattait, un autre qui lui chatouillait les pieds. Le fils royal Dadoufhorou lui dit : Ta condition est celle de qui vit à l’abri de l’âge. La vieillesse c’est d’ordinaire l’arrivée au port, c’est la  mise en bandelettes, c’est le retour à la terre ; mais rester ainsi étendu bien avant dans le jour, sans infirmités du corps, sans décrépitude de la sagesse ni du bon conseil, c’est vraiment d’un bienheureux ! Je suis accouru en hâte pour t’inviter, par message de mon père Khoufouî, à la voix juste ; tu mangeras du meilleur que donne le roi, et des provisions qu’ont ceux qui sont parmi ses serviteurs, et grâce à lui tu parviendras en une bonne condition de vie à tes pères qui sont dans la tombe.

Ce Didi lui dit : En paix, en paix, Dadoufhorou, fils royal chéri de son père ! Que te loue ton père Khoufouî, à la voix juste, et qu’il t’assure ta place en avant des vieillards ! puisse ton double avoir gain de cause contre les ennemis, et ton âme connaître les chemins ardus qui mènent à la porte de Hobs-bagaî, car celui qui est de bon conseil, c’est toi, fils du roi !. Le fils du roi, Dadoufhorou, lui tendit les deux mains ; il le fit lever, et comme il se rendait avec lui au port, il lui tenait la main.

Didi lui dit : Qu’on me donne un caïque pour m’apporter mes enfants et mes livres ; on lui donna deux bateaux avec leur équipage, et Didi lui-même navigua dans la barque où était le fils du roi, Dadoufhorou. Or, quand il fut arrivé à la cour, dès que le fils du roi, Dadoufhorou, fut entré pour faire son rapport à la Majesté du roi des deux Égyptes Khoufouî, à la voix juste, le fils du roi, Dadoufhorou, dit : Sire, mon maître, j’ai amené Didi. Sa Majesté dit : Vite, amène-le-moi, et quand Sa Majesté se fut rendue à la salle d’audience de Pharaon, on lui présenta Didi.

Sa Majesté dit : Qu’est cela, Didi, que je ne t’aie jamais encore vu ? Didi lui dit : Qui est appelé il vient ; le souverain, m’appelle, me voici, je suis venu. Sa Majesté dit : Est-ce vrai ce qu’on dit, que tu sais remettre en place une tête coupée ? Didi lui dit : Oui, je le sais, sire, mon maître. Sa Majesté dit : Qu’on m’amène un prisonnier de ceux qui sont en prison, et dont la condamnation est prononcée. Didi lui dit : Non, non, pas d’homme, sire, mon maître : qu’on n’ordonne pas de faire rien de tel au bétail noble.

On lui apporta une oie à qui l’on trancha la tête, et l’oie fut mise à main droite de la salle et la tête de l’oie à main gauche de la salle : Didi récita ce qu’il récita de son grimoire, l’oie se dressa, sautilla, la tête fit de même, et quand l’une eut rejoint l’autre, l’oie se mit à glousser. Il se fit apporter un pélican (?) ; autant lui en advint.

Sa Majesté lui fit amener un taureau dont on abattit la tête à terre, et Didi récita ce qu’il récita de son grimoire ; le taureau se mit debout derrière lui mais son licou resta à terre. Le roi Khoufouî, à la voix juste, dit : Qu’est-ce qu’on dit, que tu connais les nombres des écrins à livres de la crypte de Thot ? Didi lui dit : Pardon, si je n’en sais le nombre, sire, mon maître, mais je connais l’endroit où ils sont. Sa Majesté dit : Cet endroit, où est-il ? Ce Didi lui dit : Il y a un bloc de grès dans ce qu’on appelle la Chambre des rôles à Onou, et les écrins à livres de la crypte de Thot sont dans le bloc.

Le roi dit : Apporte-moi les écrins qui sont dans ce bloc. Didi lui dit : Sire, mon maître, voici, ce n’est point moi qui te les apporterai. Sa Majesté dit : Qui donc me les apportera ? Didi lui dit : L’aîné des trois enfants qui sont dans le sein de Roudîtdidît, il te les apportera.

Sa Majesté dit : Parbleu ! celle-là dont tu parles, qui est-elle, la Rouditdidît ? Didi lui dit : C’est la femme d’un prêtre de Râ, seigneur de Sakhîbou. Elle est enceinte de trois enfants de Râ, seigneur de Sakhîbou, et le dieu lui a dit qu’ils rempliraient cette fonction bienfaisante en cette Terre-Entière, et que l’aîné d’entre eux serait grand pontife à Onou. Sa Majesté, son cœur en fut troublé, mais Didi lui dit : Qu’est-ce que ces pensées, sire, mon maître ? Est-ce que c’est à cause de ces trois enfants ? Je te dis : Ton fils, son fils, et un de celle-ci. Sa Majesté dit : Quand enfantera-t-elle, cette Roudîtdidît ? Il dit : Elle enfantera, le 15 du mois de Tybi. Sa Majesté dit : Si les bas-fonds du canal des Deux-Poissons ne coupaient le chemin, j’irais moi-même, afin de voir le temple de Râ, maître de Sakhîbou. Didi lui dit : Alors, je ferai qu’il y ait quatre coudées d’eau sur les bas-fonds du canal des Deux-Poissons.

Quand Sa Majesté se fut rendue en son logis, Sa Majesté dit : Qu’on mette Didi en charge de la maison du fils royal Dadoufhorou, pour y demeurer avec lui, et qu’on lui donne un traitement de mille pains, cent cruches de bière, un bœuf, et cent bottes d’échalote. Et l’on fit tout ce que Sa Majesté avait ordonné.

Or, un de ces jours-là, il arriva que Roudîtdidît souffrit les douleurs de l’enfantement. La Majesté de Râ, seigneur de Sakhîbou, dit à Isis, à Nephthys, à Maskhonouît, à Hiqaît, à Khnoumou : Hop ! courez délivrer la Roudîtdidît de ces trois enfants qui sont dans son sein et qui rempliront cette fonction bienfaisante en cette Terre-Entière, vous bâtissant vos temples, fournissant vos autels d’offrandes, approvisionnant vos tables à libations, augmentant vos biens de mainmorte. Lors ces dieux allèrent : les déesses se changèrent en musiciennes, et Khnoumou fut avec elles comme homme de peine. Elles arrivèrent à la maison de Râousir, et elles le trouvèrent qui se tenait là ; déployant le linge ; Elles passèrent devant lui avec leurs crotales et avec leurs sistres, mais il leur dit : Mesdames, voyez, il y a ici une femme qui souffre les douleurs de l’enfantement.

Elles dirent : Permets-nous de la voir, car, voici, nous sommes habiles aux accouchements. Il leur dit : Venez donc, et elles entrèrent devant Roudîtdidît, puis elles fermèrent la chambre sur elle et sur elles-mêmes. Alors, Isis se mit devant elle, Nephthys derrière elle, Niqaît facilita l’accouchement. Isis dit : Ô enfant, ne fais pas le fort en son ventre, en ton nom d’Ousirraf, celui dont la bouche est forte ! Alors cet enfant lui sortit sur les mains, un enfant d’une coudée de long, aux os vigoureux, aux membres cou-leur d’or, à la coiffure de lapis-lazuli vrai. Les déesses le lavèrent, elles lui coupèrent le cordon ombilical, elles le posèrent sur un lit de briques, puis Maskhonouît s’approcha de lui et elle lui dit : C’est un roi qui exercera la royauté en ce Pays Entier. Khnoumou lui mit la santé dans les membres.

Ensuite Isis se plaça devant Roudîtdidît, Nephthys derrière elle, Hiqaît facilita l’accouchement. Isis dit : Enfant, ne voyage pas plus longtemps dans son ventre, en ton nom de Sâhourîya, celui qui est Râ voyageant au ciel. Alors cet enfant lui sortit sur les mains, un enfant d’une coudée de long, aux os vigoureux, aux membres couleur d’or, à la coiffure de lapis-lazuli vrai. Les déesses le lavèrent, elles lui coupèrent le cordon, elles le portèrent sur un berceau de briques, puis Maskhonouît s’approcha de lui et elle dit : C’est un roi qui exercera la royauté en ce Pays Entier. Khnoumou lui mit la santé dans les membres. Ensuite, Isis se plaça devant Roudîtdidît, Nephthys se plaça derrière elle, Hiqaît facilita l’accouchement. Isis dit : Enfant, ne reste pas plus longtemps dans les ténèbres de son ventre, en ton nom de Kakaouî, le ténébreux. Alors cet enfant lui sortit sur les mains, un enfant d’une coudée de long, aux os vigoureux, aux membres d’or, à la coiffure de lapis-lazuli vrai. Les déesses le lavèrent, elles lui coupèrent le cordon, elles le posèrent sur un lit de briques, puis Maskhonouît s’approcha de lui et elle dit : C’est un roi qui exercera la royauté en ce Pays Entier. Khnoumou lui mit la santé dans les membres.

Quand ces dieux sortirent, après avoir délivré la Roudîtdidît de ses trois enfants, ils dirent : Réjouis-toi, Râousir, car, voici, trois enfants te sont nés. Il leur dit : Mesdames, que ferai-je pour vous ? Ah, donnez ce grain que voici à votre homme de peine, pour que vous l’emportiez en paiement aux silos ! Et Khnoumou chargea ce grain, puis ils repartirent pour l’endroit d’où ils étaient venus. Mais Isis dit à ces dieux : A quoi songeons-nous d’être venus à Râousir sans accomplir, pour ces enfants, un prodige par c lequel nous puissions faire savoir l’événement à leur père qui nous a envoyés.

Alors elles fabriquèrent trois diadèmes de maître souverain, et elles les placèrent dans le grain ; elles précipitèrent du haut du ciel l’orage et la pluie, elles revinrent à la maison, puis elles dirent : Déposez ce grain dans une chambre scellée, jusqu’à ce que nous revenions baller au nord. Et l’on déposa ce grain dans une chambre scellée. Roudîtdidît se purifia d’une purification de quatorze jours, puis elle dit à sa servante : La maison est-elle en bon ordre ? La servante lui dit : Elle est garnie de toutes les bonnes choses ; pourtant, les pots pour la bouza, on ne les a pas apportés.

Alors Roudîtdidît lui dit : Pourquoi n’a-t-on pas apporté les pots ? La servante dit : Il serait bon de brasser sans retard, si le grain de ces chanteuses n’était pas dans une chambre scellée de leur cachet. Alors Roudîtdidît lui dit : Descends, apporte-nous-en ; Râousir leur en donnera d’autre en place, lorsqu’elles reviendront. La servante alla et elle ouvrit la chambre ; elle entendit des voix, du chant, de la musique, des danses, du zaggarit, tout ce qu’on fait à un roi, dans la chambre.

Elle revint, elle rapporta tout ce qu’elle avait entendu à Roudîtdidît. Celle-ci parcourut la chambre et elle ne trouva point la place d’où le bruit venait. Elle appliqua sa tempe contre la huche et elle trouva que le bruit était à l’intérieur : elle mit donc la huche dans un coffre en bois, elle apposa un autre sceau, elle l’entoura de cuir, elle plaça le tout dans la chambre où étaient ses vases et elle ferma celle-ci de son sceau. Quand Râousir arriva de retour du jardin, Roudîtdidît lui répéta ces choses et il en fut content extrêmement, et ils s’assirent et ils passèrent un jour de bonheur.

Or, beaucoup de jours après cela, voici que Roudîtdidît se disputa avec la servante et qu’elle la fit fouetter. La servante dit aux gens qui étaient dans la maison : Est-ce ainsi qu’elle me traite, elle qui a enfanté trois rois ? J’irai et je le dirai à La Majesté du roi Khoufouî, à la voix juste. Elle alla donc et elle trouva son frère aîné de mère, qui liait le lin qu’on avait teillé sur l’aire. Il lui dit : Où vas-tu, ma petite damoiselle ? et elle lui raconta ces choses. Son frère lui dit : C’est bien faire ce qu’il y avait à faire que venir à moi ; je vais t’apprendre à te révolter. Voici qu’il prit une botte de lin contre elle et il lui administra une correction. La servante courut se puiser un peu d’eau, et le crocodile l’enleva. Quand son frère courut vers Roudîtdidît pour lui dire cela, il trouva Roudîtdidît assise, la tête aux genoux, le cœur triste plus que toute chose.

II lui dit : Madame, pourquoi ce cœur ? Elle dit : C’est à cause de cette petite qui était dans la maison ; voici qu’elle est partie disant : « J’irai et je dénoncerai ». II se prosterna la face contre terre, il lui dit : Ma dame, quand elle vint me conter ce qui est arrivé et qu’elle se plaignit à moi ; voici que je lui donnai de mauvais coups ; alors elle alla se puiser un peu d’eau, et le crocodile l’emporta...

La fin du roman pouvait contenir, entre autres épisodes, le voyage à Sakhîbou auquel Chéops fait allusion vers la fin de son entretien avec Didi. Le roi échouait dans ses entreprises contre les enfants divins ; ses successeurs, Chéphren et Mykérinos, n’étaient pas plus heureux que lui, et l’intrigue se dénouait par l’avènement d’Ousirkaf. Peut-être ces dernières pages renfermaient-elles des allusions à quelques-unes des traditions que les écrivains grecs avaient recueillies.

Chéops et Chéphren se vengeaient de l’inimitié que Ré leur témoignait en fermant son temple à Sakhîbou et dans d’autres villes : ils justifiaient ainsi une des histoires qui leur avaient valu leur renom d’impiété. De toute façon, le Papyrus Westcar est le premier qui nous arrive en rédaction originale des romans dont se composait le cycle de Chéops et des rois constructeurs de pyramides.

Maspero


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Rédigé par orange8454

Publié dans #didi, #majeste, #qu’on, #roi, #voix

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Publié le 13 Septembre 2012

Un pharaon du Nouvel Empire, qu'Hérodote appelle Rhampsinite, possédait un trésor considérable, si grand que, parmi ses successeurs, non seulement pas un ne l'a dépassé, mais aucun n'a pu accumuler, de bien loin, autant de richesses. Soucieux de mettre ce trésor à l'abri des voleurs et pour le tenir en sûreté, il fit bâtir un caveau en pierre de taille, situé sur le côté du palais et de telle façon qu'une des murailles se trouvait en bordure et accessible du dehors. Le maçon qui construisit le caveau s'arrangea pour placer dans ce mur une pierre bien taillée et bien ajustée, si adroitement que deux hommes ordinaires, ou même un seul d'une force au-dessus de la moyenne, pouvaient, sans trop d'effort, la saisir, la tirer et l'ôter de sa place.

Lorsque le caveau fut achevé, le roi y fit entasser toutes les richesses de son trésor, satisfait de le croire bien en sécurité. A quelque temps de là, le maçon, sentant approcher la fin de sa vie, fit appeler ses enfants, qui étaient deux fils, et leur révéla comment il avait pourvu à leur avenir en usant d'artifice, et comment le caveau du roi avait été construit de manière à leur permettre de vivre dans l'abondance. Et après leur avoir clairement expliqué le moyen d'ôter la pierre, et de la remettre ensuite en place, après leur avoir bien recommandé de prendre certaines précautions, qui feraient d'eux en secret les grands trésoriers du roi, il passa de sa vie à trépas.

Les enfants, bien entendu, ne tardèrent guère à se mettre en besogne. Ils allèrent de nuit rôder autour du palais du roi, reconnurent aisément la pierre, l'ôtèrent de sa place et emportèrent une bonne somme d'argent. Mais le sort voulut que le roi vint inspecter son caveau ; il fut tout étonné de constater que le niveau de l'or dans ses coffres avait fortement baissé. Il ne savait qui accuser ni qui soupçonner, le sceau apposé par lui-même sur la porte était intact et bien entier, le caveau exactement clos et fermé. Après y être retourné deux ou trois fois, il constata que le contenu des coffres ne cessait pas de diminuer. Alors, pour empêcher les larrons d'agir si librement et de retourner tranquillement chez eux ensuite, il fit fabriquer des pièges et les fit installer auprès des coffres qui contenaient son trésor.

Les voleurs arrivèrent une belle nuit selon leur coutume et l'un deux se glissa dans le caveau ; mais soudain, comme il approchait d'un coffre, il se trouva pris au piège. Se rendant bien compte du danger où il était, il appela vite son frère, lui montra sa piteuse situation et lui conseilla d'entrer dans le caveau pour lui trancher la tête, afin qu'il devint impossible de le reconnaître et que son frère ne fût pas compromis et perdu avec lui. Le frère pensa que le conseil était sage, et il l'exécuta sur-le-champ. Puis il remit la pierre en place et en s'en retourna chez lui, en emportant la tête.

Quand le jour reparut, le roi entra dans son caveau. Le voilà fort effrayé de voir le corps du larron pris au piège et sans tête, sans qu'il y eût nulle part trace d'entrée ni de sortie.

Ne sachant comment se tirer de pareille aventure, le roi imagina de faire pendre le corps du mort sur la muraille de la ville, de la faire surveiller et de charger les gardes d'arrêter et de lui amener toute personne, homme ou femme, qu'ils verraient pleurer auprès du pendu ou s'apitoyer sur le sort du mort sans tête.

Lorsqu'elle vit le corps qui était ainsi troussé, haut et court, la mère, en proie à une grande douleur, ordonna à son fils, le survivant, d'avoir à lui apporter le corps de son frère. Elle le menaça, s'il se refusait à obéir, d'aller trouver le roi et de lui révéler qui pillait son trésor. Le fils, qui connaissait sa mère et qui savait qu'elle prenait les choses à cœur, et que rien ne la ferait changer, quelque remontrance qu'il lui fît, réfléchit et finit par inventer une ruse. Il fit mettre le bât (selle rudimentaire de bête de somme) sur certains ânes qu'il se procura, les chargea d'outres en peau de chèvre, pleines de vin, puis les chassa devant lui. Arrivé auprès des gardes, c'est-à-dire à l'endroit où était le pendu, il délia deux ou trois de ces outres en peau de chèvre, et devant le vin qui coulait à terre, se mit à pousser de grandes exclamations, à se donner de grands coups sur la tête, et à avoir l'air bien empêtré d'un homme qui ne sait par quel bout commencer pour réparer le désastre, ni vers lequel de ses ânes il doit se tourner en premier.

Les gardes, voyant se répandre à terre cette grande quantité de vin, coururent au secours, se disant que recueillir ce vin perdu serait pour eux autant de gagné. Le marchand, derrière les ânes, se mit à leur dire des injures et fit semblant d'être fort en colère. Les gardes furent donc bien polis avec lui, et complaisant ; peu à peu, il s'apaisa et modéra sa colère, et à la fin il détourna ses ânes du chemin pour rafistoler et recharger. La conversation continua de part et d'autre ; de petits propos en petits propos, un des gardes jeta au marchand une bonne plaisanterie dont celui-ci ne fit que rire et même, il finit par leur adjuger une outre de vin. Ils ne tardèrent pas à s'asseoir là et à se mettre à boire, et le marchand leur tint compagnie, et vu leur bonne volonté et leur soif, il leur donna encore le reste de son chargement, et ils burent le contenu de toutes les outres de peau de chèvre, pleines de vin. Quand ils eurent tout bu, ils étaient tous ivres-morts, le sommeil les prit et ils s'endormirent sur place, sans pouvoir bouger.

Le marchand attendit, jusque bien avant dans la nuit, puis alla dépendre le corps de son frère et, se moquant des gardes à son tour, il leur rasa à tous la barbe de la joue droite. puis, il chargea le corps de son frère sur les ânes, les poussa du côté du logis, et rentra, ayant obéi aux ordres de sa mère. Le lendemain, lorsque le roi fut averti de ce qui s'était passé et qu'il sut comment le corps du larron avait été habilement dérobé, il fut grandement vexé. Voulant à tout prix retrouver celui qui l'avait si finement joué, il chargea une des princesses, sa fille, réputée pour son esprit malin, de rechercher le coupable. Il fut entendu qu'elle attirerait les passants au palais pour bavarder avec eux et su'elle s'arrangerait pour leur faire dire, en les poussant à se vanter, ce que chacun d'eux avait fait en sa vie de plus prudent et de plus méchant ; et si l'un d'eux racontait le tour du larron, vite, elle devait le saisir et ne pas le laisser partir.

La princesse obéit, mais le larron, entendant raconter tout ça, voulut encore jouer au plus fin avec le roi. Et qu'est-ce qu'il inventa? Il coupa le bras d'un mort récent, et le cachant sous sa robe, il s'achemina vers le palais. Il rendit visite à la princesse et les voilà en grande conversation. Bien entendu, elle lui posa la même question qu'aux autres : " Contez-moi donc ce que vous avez fait dans votre vie, de plus malin et de plus méchant?" Il lui conta donc comment son crime le plus énorme avait été de trancher la tête de son frère pris au piège dans le caveau du roi, et que son action la plus malicieuse avait été d'enivrer les gardes afin de pouvoir dépendre le corps de son frère. La princesse, dès qu'elle eut compris à qui elle avait affaire, tendit la main. Mais le larron lui laissa prendre le bras du mort qu'il avait tenu caché, et tandis qu'elle l'empoignait ferme, il fila. Elle se trouva trompée, car il eut le loisir de sortir et de s'enfuir bien vite.

Quand la chose fut rapportée au roi, il s'étonna, émerveillé de l'astuce et de la hardiesse de cet homme. Il ordonna qu'on fît publier par toutes les villes de son royaume qu'il pardonnait à ce personnage, et que s'il voulait venir se présenter à lui, il lui donnerait de grands biens. Le larron eut confiance en la publication faite au nom du roi et il s'en vint vers lui se déclarer.

Quand le roi le vit, il le jugea un oiseau rare, et il lui donna sa fille en mariage comme au plus malin des hommes. N'avait-il pas, en effet, donné la preuve de la malice des Egyptiens qui en remontrent à toutes les nations ?

Marguerite Divin



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Rédigé par orange8454

Publié dans #bien, #caveau, #eux, #fit, #roi

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Publié le 13 Septembre 2012

Sinouhît, l'ami de Pharaon, l'administrateur des domaines du souverain et son lieutenant chez les Bédouins, Sinouhît, l'homme du roi, raconte ainsi son histoire :

"Je suis dit-il, le serviteur dévoué qui suit son maître. Amenemhaît, mon souverain, celui qui est enterré dans la pyramide de Quanofir, m'a confié sa fille, la princesse héritière, et je veille sur elle dans le harem royal. Ma noble maîtresse s'appelle Nofrît; elle est l'épouse préférée du roi Sanou.

En l'an XXX, le troisième mois d'Iakhouît, à l'époque où le dieu Râ entre en son double horizon, le roi Amenemhaît, le père de ma princesse, mourut sur cette terre et son âme s'élança au ciel, s'unissant au disque solaire et s'absorbant en son créateur.

Or, le palais était silencieux en signe de deuil, la double grande porte avait été scellée, les courtisans restaient accroupis, la tête appuyée sur leurs genoux, le peuple se lamentait tout haut.

Sa majesté, le roi défunt, avait envoyé de son vivant une armée nombreuse faire la guerre au pays des Timihou, ces tribus berbères qui occupent le désert de Libye. Son fils aîné, le prince Sanou, commandait cette armée; il avait été chargé de frapper les pays étrangers et de réduire les Berbères à l'esclavage. Vainqueur, il avait déjà pris le chemin du retour, amenant avec lui des prisonniers vivants dont il s'était emparé chez les Berbères et des troupeaux si nombreux qu'il n'en savait pas le chiffre.

Dès la mort du Roi, les amis du Sérail, qui sont les amis du souverain choisis parmi les courtisans et les fonctionnaires, envoyèrent des gens du côté de l'ouest pour informer le fils du Roi des événements survenus au Palais. Les messagers le rejoignirent à la nuit : le prince fit diligence. Comme un faucon royal, il s'envola avec ses serviteurs pour rejoindre le Palais où l'on pleurait son père. Mais l'ordre fut donné aux princes de sang royal de garder le silence, de cacher à l'armée la mort du roi.

Or moi, j'étais là. j'entendis la voix du messager annonçant une si grave nouvelle. Il y allait de ma vie : la moindre indiscrétion me serait attribuée si quelqu'un apprenait quelque chose et je serais condamné pour avoir découvert ce qui doit rester secret et ce que je devais ignorer. Je m'éloignai bien vite, mon cœur se fendit, mes bras retombèrent, la peur s'abattit sur tous mes membres, je me désolai, faisant des tours et des détours pour chercher une place où me cacher; je me coulai entre deux buissons pour m'écarter de la route battue qui suivait le cortège royal. Je m'acheminai vers le sud, mais je ne voulais pas revenir au Palais royal car j'imaginais que la guerre y avait déjà éclaté, il est rare, en effet, qu'un héritier désigné par le Pharaon occupe le trône sans avoir à guerroyer contre ses frères moins favorisés et jaloux qui veulent lui arracher son héritage.

Chassé par la peur, je traversai le canal des deux Vérités au lieu qu'on appelle le Sycomore. J'arrivai à l'île Sanafrouî et j'y passai la journée, blotti dans un champ. A l'aube me voilà reparti et en voyage. Je marchai toute la journée et la nuit encore, et le lendemain de bonne heure j'atteignis Pouteni et je me reposai dans une île.

Alors la soif s'abattit sur moi. Je râlais. Mon gosier se contractait: je défaillis, et je me disais déjà : "C'est le goût de la mort!"Quand mon cœur reprit courage, je rassemblai mes membres pour me relever; j'entendais mugir un troupeau. C'étaient des Bédouins, ils m'aperçurent et un de leurs cheiks qui avait séjourné dans mon pays d'Egypte, me reconnut. il me donna de l'eau et me fit cuire du lait; puis j'allai avec lui dans sa tribu et ils me rendirent le service de me faire passer de pays en pays. Je gagnai ainsi une contrée de la Syrie, et j'y restai un an et demi.

Or, le prince du pays de Syrie, Ammoui, me fit venir auprès de lui et me dit; "Tu te trouves bien chez moi car tu y entends le parler de l'Egypte". Il disait cela parce qu'il savait qui j'étais. Des Egyptiens, réfugiés dans le pays, lui avaient parlé de moi.

Il se mit à m'interroger: "Pour quelle raison es-tu venu ici? Qui t'a poussé à quitter ton pays? Qu'est-il arrivé dans le palais d'Amenemhaît, le souverain des Deux-Egyptes? Révèle-nous ce que nous ignorons".

Comprenant qu'il supposait que j'avais été mêlé à quelque complot contre le roi, je lui répondis avec astuce : "Oui, certes, il est arrivé quelque chose. Quand je revenais de l'expédition au pays des Berbères, j'ai entendu quelque chose qui ne me regardait pas. Mon cœur se déroba, la peur m'a fait fuir dans le désert. Je n'avais pas été blâmé pourtant, personne ne m'avait craché à la figure, on ne m'avait pas donné de vilains noms. Je ne sais pas ce qui m'amena en ce pays, plutôt qu'en un autre, ce doit être la volonté sacrée d'Amon-Râ".

Mais Ammoui poursuivit: "Qu'arrivera-t'il à l'Egypte maintenant qu'elle est privée de son protecteur? Amenemhaît était redouté des nations étrangères à l'égal de la déesse Sokhît qui peut envoyer la peste sur la terre, comme il lui plaît".

Je lui laissai voir ma pensée et je lui dis : "Amon-Râ a eu pitié de nous! Le fils d'Amenemhaît est entré au palais et il est en possession de l'héritage. Certes c'est un maître de sagesse, prudent en ses desseins, bienfaisant en ses décisions, qui sait donner des ordres.

Déjà du vivant de son père il domptait les nations étrangères tandis que son frère restait à l'intérieur de son palais. C'est un vaillant qu'il faut voir entrer dans la mêlée et s'élancer sur les barbares. Il court si vite que le fuyard qui lui a montré son dos ne trouve plus d'asile. Il ne se lasse jamais ; s'il voit de la résistance, il saisit son bouclier, il culbute l'adversaire, il tue du premier coup ; personne n'a jamais pu détourner sa lance, personne ne peut tendre son arc. La cité l'aime et l'appelle le bien-aimé, le très charmant homme et les femmes s'en vont chantant sa louange. Il est roi, c'est Amon-Râ qui nous l'a donné et cette terre se réjouit d'être sienne et de vivre sous son gouvernement. Il veut faire la conquête des pays du midi et il ne craint pas ceux du nord". Souhaite que ton nom lui soit connu comme celui d'un homme de bien car s'il prend fantaisie d'envoyer une expédition ici il saura te traiter comme tu le mérites : il ne cesse jamais de faire le bien et de rendre justice à la contrée qui lui est soumise".

Le chef du pays de Syrie me répondit : "Certes l'Egypte est heureuse puisqu'elle connaît la valeur de son prince. Quant à toi, puisque tu es ici, reste avec moi et je te ferai du bien !".

Il me traita mieux que ses propres enfants, il me maria avec sa fille aînée et il voulut que je choisisse pour moi un domaine parmi les meilleurs de ses possessions sur la frontière. C'est une terre excellente, qui s'appelle Aîa. Il y mûrit des figues et des raisins ; le vin y est plus abondant que l'eau, il y a plein de miel et d'huile d'olive et des arbres qui donnent toutes sortes de fruits. L'orge et le froment y poussent en abondance. On y a la farine sans limite et il y a aussi toute espèce de bestiaux. Et je reçus de grands privilèges quand le prince vint m'installer comme le seigneur d'une tribu. J'eus chaque jour une ration de pain et de vin, de la viande bouillie et des volailles rôties et encore du gibier qu'on chassait pour me l'offrir, bien que j'eusse moi-même une meute de chiens de chasse. On faisait pour moi beaucoup de gâteaux et du lait cuit de toutes les manières.

Je passai là de nombreuses années, mes fils devinrent des hommes vaillants, chacun maître de sa tribu. Moi, j'accueillais avec bonté ceux qui passaient sur ma terre et, me souvenant d'avoir été fugitif, je donnais de l'eau à celui qui avait soif, je remettais le voyageur égaré sur la bonne route, j'accueillais et je réconfortais celui qui a été pillé par les voleurs, et mon hospitalité était si connue que les messagers volontiers s'arrêtaient chez moi.

Pendant de longues années je fus chargé de commander les soldats pour défendre le prince de Syrie contre les Bédouins qui s'enhardissaient jusqu'à nous attaquer. Et lorsque je marchais précipitamment contre un pays avec mes soldats, on tremblait au fond des puits dans les pâturages. Je prenais les bestiaux, j'emmenais les vassaux et j'enlevais leurs esclaves, je tuais les hommes d'armes.

Par mon glaive, par mon arc, par mes marches, par mes plans bien conçus, je gagnai le cœur de mon prince et il m'aima quand il connut ma vaillance ; il mit ses enfants sous mes ordres quand il vit la vigueur de mon bras.

Une fois, arriva un Syrien, fort entre les forts. Il vint me défier dans ma tente. C'était un héros que personne n'accompagnait, car il avait vaincu tous les hommes forts du pays.

Il disait qu'il lutterait avec moi ; il se promettait de me dépouiller ; il annonçait bien haut qu'il prendrait mes troupeaux pour les emmener dans son domaine et les distribuer à ceux de sa tribu.

 Le prince délibéra avec moi et je dis : "Je ne connais point cet homme. Je ne suis jamais allé sous sa tente puisque je ne suis pas son allié ; est-ce que j'ai jamais ouvert sa porte ou enfoncé ses clôtures ? Il me poursuit par pure jalousie parce qu'il voit que je suis à ton service. Qu'Amon-Râ nous sauve. Je suis comme vieux taureau au milieu de son troupeau de vaches, lorsque fond sur lui un jeune taureau qui veut les lui prendre. J'étais un mendiant, je suis passé chef. J'étais un nomade qui a pris place parmi les paysans : il est naturel que je leur déplaise. Alors s'il a le cœur à combattre, qu'il dise son intention et qu'Amon-Râ décide entre nous".

Je passai la nuit à bander mon arc, à dégager mes flèches, à donner du jeu à mon poignard, à fourbir mes armes.

A l'aube tout le pays accourut. Le prince de Syrie, qui avait prévu le combat, avait réuni ses tribus et convoqué tous les voisins.

Quand l'homme fort arriva, je me dressai en face de lui : tous les cœurs brûlaient pour moi, hommes et femmes, anxieux à mon sujet, poussaient des cris; on disait : "Y a t'il véritablement un autre champion assez fort pour lutter contre cet homme si fort?"

Et voici qu'il prit son bouclier, sa lance, sa brassée de javelines. Je réussis à écarter de moi ses traits qui tombèrent à terre, je l'obligeai à épuiser ses armes sans résultat, alors il fondit sur moi. A ce moment, je déchargeai mon arc contre lui, mon trait s'enfonça dans son cou, il cria et il s'abattit sur le nez. Je l'achevai avec sa propre hache et, le pied sur son dos, je poussai mon cri de victoire.

Tous les Asiatiques crièrent de joie ; je rendis des actions de grâces à Moutou, le dieu de la guerre que nous adorons à Thèbes tandis que ses gens se lamentaient sur lui. le prince de Syrie me serra dans ses bras. J'emportai tous les biens du vaincu, je pris ses bestiaux et voilà que ce qu'il avait voulu me faire, c'était moi qui le lui faisais. Je pris tout ce qui était dans sa tente. Je pillai son douar (village en Afrique du Nord) et je m'enrichis, mon trésor s'arrondit et mon troupeau s'accrut.

Ainsi donc, le dieu s'est montré gracieux pour celui à qui on reprochait d'avoir fui en terre étrangère, si bien qu'aujourd'hui mon cœur est joyeux. J'ai été un fugitif, un traînard mourant de faim, un pauvre hère sorti tout nu de son pays et maintenant j'ai une bonne réputation à la cour de Syrie, je donne du pain au pauvre, je suis éclatant dans mes habits de fin lin, je possède beaucoup de serfs. Ma maison est belle, mon domaine est vaste.

Pourtant, mon cœur n'est point satisfait. Maintenant que la vieillesse vient, que la faiblesse m'a envahi, que mes deux yeux sont lourds, que mes jambes refusent le service et que le trépas s'approche de moi, je voudrais revoir l'Egypte. O Dieux qui m'avez poussé à fuir, accordez-moi de revoir le pays où je suis né et où je voudrais mourir.

J'envoyai au Pharaon un message pour que sa bonté me soit favorable, et Sa Majesté daigna m'envoyer des présents aussi beaux que ceux qu'on donne aux princes des pays étrangers et m'écrire la lettre que voici :

" L'Horus, le maître des diadèmes du Nord, et du Sud, le roi de la Haute et de la Basse-Egypte, Sanou, fils du Soleil, vivant à toujours et à jamais. Ordre du roi pour le serviteur Sinouhît. Voici, cet ordre du roi t'est apporté pour t'instruire de sa volonté. Tu as parcouru les pays étrangers, sortant de Kadimâ vers la Syrie et tu es passé d'un pays à l'autre, sur le conseil de ton propre cœur. Il s'ensuit que tu ne peux plus parler dans le conseil des notables, que tes paroles, ni tes malédictions ne comptent plus. Et ceci n'est pas dû à une mauvaise volonté de ma part contre toi. Car cette reine, ta maîtresse qui est dans le Palais, elle est florissante encore aujourd'hui, sa tête est exaltée parmi les royautés de la terre et ses enfants vivent dans la partie réservée du palais. Tu jouiras des richesses qu'ils te donneront et tu vivras de leurs largesses.

Quand tu seras revenu en Egypte et que tu verras la résidence où tu vivais, prosterne-toi face contre terre devant la Sublime Porte et joins-toi aux Amis royaux comme autrefois. Car aujourd'hui voici que tu vieillis et que tu songes au jour de l'ensevelissement, au passage à la Béatitude éternelle. Bientôt tu passeras tes nuits parmi les huiles destinées à embaumer ton corps et au milieu des bandelettes sacrées. On fera ton convoi le jour de l'enterrement, on t'emportera dans une gaine doré, ta tête peinte en bleu, un baldaquin au-dessus de toi ; des bœufs tireront ton corbillard, des chanteurs te précéderont et des baladins danseront pour toi les formules des offrandes, on tuera pour toi des victimes auprès de ta stèle funéraire et ta pyramide sera bâtie en pierre blanche dans le cercle des princes royaux.

Il ne faut pas que tu meures sur la terre étrangère, ni que des Asiatiques te conduisent au tombeau enseveli dans une peau de mouton. Quand tu seras revenu ici, tu oublieras les malheurs que tu as subis. "

Quand cet ordre m'arriva, je me tenais au milieu de ma tribu. Dès qu'il me fut lu, je me prosternai à terre comme devant le Pharaon, à plat ventre, je me traînai dans la poussière et je flairai la terre ; je répandis cette poussière sur mes cheveux, je fis le tour de mon campement, tout réjoui et disant : "Comment se fait-il que pareille indulgence me soit accordée, à moi que mon cœur a conduit aux pays étrangers et barbares? Certes, combien c'est chose belle cette compassion qui me délivre de la mort. Car le Seigneur va permettre que j'achève mon existence à la cour". Et voici la lettre que j'écrivis pour répondre à cet ordre :

"Le serviteur du harem, Sinouhît, dit : Que la paix soit par-dessus toute chose. Cette fuite de ton serviteur dans son inconscience, Très haut, tu la connais. Maître des Deux-Egyptes, ami de Râ, favori de Montou le seigneur de Thèbes, puissent Amon, le seigneur de Karnak, Râ, Horus, Hâthor, Toumou et les neuf dieux qui l'accompagnent, puisse la royale Ureus qui ceint ta tête, puisse Nouît, puissent tous les dieux de l'Egypte et des îles de la Très-Verte, donner la vie et la force à tes narines. Qu'ils te prodiguent leurs largesses, qu'ils te donnent le temps sans limites, l'éternité sans mesures ; que tu inspires la crainte dans tous les pays de plaine et de montagne, que tu domptes et possèdes tout ce que le disque du soleil éclaire dans sa course. C'est la prière que le serviteur fait pour son maître qui le délivre du tombeau. Cette fuite de ton serviteur n'était pas dans mes intentions, je ne l'avais pas préméditée, je ne sais ce qui m'arracha du lieu où j'étais. Ce fut comme un rêve, je n'avais rien à redouter, nul ne me poursuivait, nul ne m'injuriait, et pourtant mes membres tressaillirent, mes jambes s'élancèrent, mon cœur me guida, le dieu qui voulait ma fuite me tira.

Puisque tu ordonnes, moi, ton serviteur, j'abandonnerai les fonctions que j'ai eues en ce pays-ci. Que ta Majesté fasse comme il lui plaît, car c'est toi qui donnes la vie et c'est la volonté des dieux que tu vives éternellement. "

Quand on vint me chercher, moi, le serviteur, je célébrai une fête dans mon domaine pour remettre en cérémonie mes biens à mes enfants. Mon fils aîné devint le chef de la tribu, il devint le maître de tous mes biens, mes serfs, tous mes bateaux, toutes mes plantations, tous mes dattiers.

Et alors je m'acheminai vers le sud et quand j'arrivai non loin du delta au poste frontière, le général égyptien qui commande la garde de la frontière envoya un message au palais pour m'annoncer. Sa Majesté dépêcha un directeur de la maison du roi et des navires chargés de cadeaux envoyés par le Roi aux Bédouins qui m'avaient escorté jusque-là. Je leur dis alors adieu, appelant chacun par son nom. Puis-je montai dans un bateau qui démarra et mit toutes ses voiles. Et chaque jour à bord on prépara pour moi de la bière fraîche jusqu'à mon arrivée devant la ville royale de Taîtou, la très ancienne ville royale.

Quand la terre s'éclaira, le matin suivant, on vint m'appeler. Dix hommes vinrent me chercher et m'escorter jusqu'au palais. Les enfants royaux qui attendaient dans le corps de garde vinrent à ma rencontre. Les Amis du Roi me conduisirent au logis du Pharaon et jusqu'à la grande salle à colonnes. Je trouvai Sa Majesté sur la grande estrade sous la porte dorée et je me jetai à terre sur le ventre et je perdis connaissance devant lui.

Sa Majesté divine daigna m'adresser des paroles aimables, mais je fus soudain enveloppé de ténèbres, mon âme défaillit, mes membres se dérobèrent, mon cœur ne fut plus dans ma poitrine et je connus la différence qu'il y a entre la vie et la mort.

Sa Majesté dit à l'un de ses Amis : "Relève-le, et qu'il me parle !".

Sa Majesté poursuivit : "Te voilà donc qui reviens, après que tu as couru les pays étrangers, après que tu as pris fuite. Te voilà vieux, tu as de la chance de pouvoir désormais être enseveli ; ce n'est pas une petite affaire que d'échapper à un enterrement chez les barbares. Tâche de répondre quand on t'interpelle".

J'eus peur, peur d'un châtiment et je répondis effaré : "Que m'a dit mon maître? Je ne suis pas fautif, ce fut la main d'Amon-Râ. La peur qui me tient en ce moment est pareille à celle qui m'a poussé à cette fuite fatale. Me voici devant toi : tu es la vie, que ta Majesté agisse à son plaisir !".

On fit défiler les enfants royaux et Sa Majesté dit à la Reine :

"Voilà Sinouhît qui revient, avec des manières de rustre, semblable à un Asiatique, il est devenu tout pareil à un Bédouin !"

Elle poussa un très grand éclat de rire et les enfants royaux s'esclaffèrent tous à la fois. Toutefois, ils eurent pitié de moi et dirent à Sa Majesté : "Non, en vérité, Souverain, mon maître, il n'est pas pareil à un Bédouin!"

Sa Majesté dit : "En vérité, il l'est, il a l'air d'un Bédouin, tout à fait".

Alors, les enfants royaux saisirent leurs instruments de musique et, défilant devant le roi, chantèrent un hymne à sa louange, disant :

"Tes deux mains soient pour le bien, ô Roi, toi sur qui reposent le diadème du Sud et le diadème du Nord, et l'ureus est à ton front. Tu as écarté tes sujets du mal; car Tâ t'est favorable, ô maître des Deux Pays".

Et ils ajoutèrent des paroles en ma faveur :

"Accorde-nous cette faveur insigne que nous te demandons, pour ce cheik Sinouhît, le Bédouin qui est né sur la terre des canaux, dans le delta. S'il a fui, c'est par la crainte que tu lui as inspirée ; car celui qui voit ta face devient blême et l'œil qui te contemple a peur".

La colère de Sa Majesté fut apaisée par ce chat. Et Sa Majesté daigna dire aux enfants royaux : "Qu'il ne craigne plus! Allez avec lui au Logis Royal et désignez-lui la place qu'il occupera. Qu'on le mette parmi les gens du Cercle royal. Qu'il soit, comme par le passé, un Sage parmi les sages qui m'entourent".

Lorsque je sortis du Logis Royal, les enfants royaux me donnèrent la main et nous nous rendîmes à la double grande porte pour que j'y reçoive ma donation. On m'assigna la maison d'un Fils Royal, avec ses richesses, avec sa salle de bain, ses décorations célestes, son ameublement venu du palais, les étoffes de la garde-robe royale et des parfums de choix.Trois ou quatre fois par jour on m'apportait du Palais des friandises, de la viande, de la bière et du pain.

Me sentant tout rajeuni, je me rasai, je peignai mes cheveux que j'avais laissé pousser selon la coutume des Egyptiens quand ils sont à l'étranger ; je me débarrassai de la crasse étrangère et des vêtements étrangers ; puis je m'habillai de fin lin, je me parfumai d'essences de choix, je me couchai dans un lit. Il n'y avait plus qu'à oublier les pays des sables et d'huile d'olive.

Et ensuite il fallut penser à ma future demeure, le tombeau où je devais habiter pour l'éternité. On fit pour moi une pyramide en pierre au milieu des pyramides funéraires. Le chef des carriers de Sa Majesté choisit le terrain, le chef des peintre dessina la décoration, le chef des sculpteurs la sculpta, le chef des travaux de la nécropole parcourut toute la terre d'Egypte pour fournir le sarcophage, les tables d'offrandes, les coffrets, les statues du double en pierre et en métal, et toute sorte de mobilier. Enfin on désigna les prêtres du Double, ceux qui devaient tenir le tombeau en ordre et faire toutes les cérémonies nécessaires.

Pour moi, j'ajoutai encore au mobilier et fis mes arrangements dans l'intérieur de la pyramide, et puis je donnai des terres aux environs de la ville pour constituer un domaine funéraire dont les revenus seraient consacrés à l'entretien de mon tombeau et à la nourriture de mon double pour qu'il vive heureux dans l'éternité.

Tout fut achevé magnifiquement. Sa Majesté elle-même se chargea de faire faire ma statue. Elle fut lamée d'or et on la revêtit d'une jupe de vermeil, comme il convient à un ami de Pharaon. Je fus dans la faveur du Roi jusqu'au jour de mon trépas.

Cette histoire nous l’avons contée comme elle fut écrite dans le livre de Sinouhît et déposée dans son tombeau.



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Rédigé par orange8454

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