Publié le 13 Septembre 2012

Il était un temps dans le temps, dans le petit Ksar Oulad Aïcha, sur la route menant de Merzouga à Taouz, un paysan, appelé Moussa, avait deux filles: Naseerah et Salamah.

 

La fille aînée, Naseerah, était égoïste, égocentrique, individualiste, ingrate, avare et imbue de sa personne, les mots pour la décrire, telle elle était, n'ayant aucun sens quant à sa personnalité, à son comportement et à ses attitudes insanes, absurdes et ineptes.

 

Salamah, sa cadette, par contre, était généreuse, bonne et tous les jours, sans se soucier des conditions climatiques qui pouvaient affecter la région, elle accompagnait son père au marché pour vendre les fruits cueillis dans ses champs.

 

Les temps ayant passé, le grand âge chantant ses louanges, vint un jour...

 

Moussa, usé par le travail, alité, pris par les fièvres, se décida a appeler, près de lui, dans sa chambre, ses deux filles. Avec des mots simples, des mots de paysan connaissant son avenir, il leur dit:

 

« Sous quelques jours j'aurais un âge mémorable et je suis aux portes de la mort. Comme vous le savez je n'ai pas une grande succession, à l'exception d'une petite palmeraie et de vergers, quelques centaines de plants, de mandariniers et d'orangers, à vous léguer. Donc j'ai décidé de diviser en deux parties égales mes misérables arpents de terre sur lesquels nous avons vécu depuis votre naissance: une pour Naseerah, l'autre, pour Salamah. J'ai le souhait que vous les conserviez et que vous les cultiviez parce que ces champs sont des biens immémoriaux acquis par nos ancêtres, au temps de Muhammad le prophète bien aimé, et notre seule et unique subsistance. Qu'Allah, notre Dieu créateur, omniscient, subsistant par lui-même et inébranlable, soit Tout-puissant et veuille que vous ne les vendiez pas. »

 

Ces paroles, à peine balbutiées, Moussa rendit son âme au Maître suprême et les deux sœurs, mortifiées, de longues journées interminables, pleurèrent de tristesse.

Les jours passaient et Salamah continuait à cultiver sa part de terre et allait tous les jours au marché comme son père le faisait de son vivant.

 

Au contraire, Naseerah, malgré ce que son père lui avait dit, avait vendu sa part d'héritage à Sidi Halabî qui était l'homme le plus riche du ksar.

 

Un soir, Salamah revenant à la maison après une dure journée de labeur, y avait retrouvé sa sœur assise devant un miroir. D'un ton de reproche, elle lui avait dit:

« - J'ai su que tu as vendu ta part de terre que père t'a laissée en héritage, à Sidi Halabî. Pourquoi as-tu trahi la parole, à lui, donnée le jour même de sa mort?

 

- C'est simple à comprendre ma chère sœur! », lui répond-dit Naseerah, « Sous quelques jours le maître du ksar choisira femme. Avec l'argent que m'a payé Sidi Halabî, pour les quelques arpents de mauvaise glèbe que je lui ai vendu, je m'achèterai robes et bijoux par dizaines, les uns plus beaux que les autres, et ainsi je serai la plus belle femme du ksour. Alors, il n'y aura pas de doute, le maître me choisira pour ma richesse et je convolerai, avec lui, en justes noces. Ainsi je deviendrai la femme la plus influente du ksar. Et même toi, ma sœur, tu me devras le respect. »

 

Les deux sœurs s'étripaient en paroles quand Salamah entendit un cri et le dit à sa sœur:

 

- « As-tu entendu crier?

 

- Non, Salamah , je n'ai rien entendu » lui avait répondu Naseerah.

 

« - Je crois que la voix venait de derrière cet arbre. Quelqu'un aurait besoin de notre aide. »

 

Les deux sœurs coururent vers l'endroit d'où provenaient les cris. Quand elles y parvinrent, elles découvrirent un lutin qui était tombé au fond d'un trou. Et le génie s'époumonait:

 

« - Au secours... ! Au secours... ! Je vous en supplie, sortez-moi d'ici !

 

- Tranquillisez-vous... », lui dit Salamah, « Nous vous sortirons de votre trou dès que nous le pourrons. »

 

Et la jeune fille courut jusqu'à la grange toute proche et revint, bien vite, avec une échelle qu'elle fit glisser lentement dans la cavité où gisait le lutin.

 

Naseerah dit, alors, à sa sœur :

 

« - Ce fou ne peut même pas monter tout seul? Et moi, je ne descendrai pas au fond de ce trou pour aller l'y chercher car ma robe se salirait. Descends-toi, si tu veux. »

 

Sans aucune hésitation, Salamah descendit dans les profondeurs de l'obscure cavité. Quelques instants après, le lutin accroché à son dos, elle en ressortait. Son visage était maculé de terre et sa robe toute crottée mais elle avait le sourire aux lèvres, heureuse d'avoir rendu service.

 

«- Merci », dit le lutin,« En vérité, toutes les deux, vous êtes de bonnes filles. Et pour cela, je veux vous en remercier et offrir, à chacune de vous, un cadeau. Mais j'ai un problème car un des cadeaux est mieux que l'autre », poursuivit le farfadet tandis qu'il montrait deux caissettes. « Dans la plus grande des caissettes, il y a cent monnaies d'or et dans la petite il y a cent épis. Et je ne peux pas choisir pour vous.

 

- Je le peux, moi... car la réponse est toute justifiée. », dit Naseerah, « Alors que ma sœur cadette était en train de me sermonner, sans aucune raison, j'ai entendu tes appels. Sans attendre, je suis sortie et, comme Salamah ne voulait pas me suivre, je l'en ai obligée. C'est grâce à moi que nous avons pu t'arracher du trou dans lequel tu étais tombé et te soustraire au grand danger que tu courrais. Pour cela, c'est moi qui choisirait, en premier, le cadeau. Et c'est justice qui me sera rendue.

 

- Alors, choisit une caissette », lui répondit le lutin.

 

Gorgée d'envie et de désir, Naseerah s'accapara la grande caissette, et, celle-ci à peine ouverte, elle lança un cri de joie en découvrant les cent pièces d'or.

 

« - Avec cet argent j'achèterai la robe la plus belle et la plus chère du ksour et quand le maître du ksar me verra si bien vêtue, me reconnaissant comme la plus belle des filles, il se mariera avec moi », s'exclama-t-elle

 

Alors le lutin offrit la petite caissette contenant les cent épis, à Salamah qui, radieuse du cadeau reçu, dit :

 

« - Je vais me dépêcher de préparer la terre et cet après-midi je les sèmerai. »

 

Et Salamah, s'équipant d'une bêche et d'un râteau, sa petite caissette sous le bras, se dirigea vers ses champs afin de retourner la terre et, ainsi, de l'ensemencer sans retard.

 

Par contre Naseerah, pressée d'acquérir la plus belle des robes Haute Couture, était déjà arrivée, sur la place du marché, au cœur du Ksar Oulad Aïcha. Elle s'extasiait, dans le magasin de vêtements, devant des voiles dorés et incrustés de pierres, et des caftans, une tenue idéale en toute circonstance, parés d'organdi, de soie, de dentelles, de broderies, de brand de bourg et de fil d’or, de véritables ravissements.

 

Après de longues heures d'hésitations et de multiples essayages, son choix définitif s'était porté sur deux takchitas, l'une en satin brodé argent, avec voile et hijab, et l'autre en tissus précieux, satin et brocards, fente sur le côté et fleur noire brodée sur le buste, les plus jolies, sans aucun doute, pour plaire au maître du ksar.

 

Le commerçant, les ayant soigneusement pliées, avait déjà emballé les précieux achats. Naseerah s'apprêtait à en régler, elle fille d'un paysan peu fortuné de son vivant, leur prix exorbitant.

 

Mais elle possédait une cassette contenant cent pièces de monnaie d'or, une véritable fortune qui lui aurait permis, s'il elle en avait eu le souhait, de remplir sa garde robe.

 

Alors, avec mille précautions, prenant des airs alambiqués, elle daigna ouvrir son précieux coffret. Quelle ne fut sa surprise et sa grande déception! Comme par magie, les cent monnaies d'or s'étaient transformées en cent rondelles de bois.

 

Prise de colère et couverte de déshonneur, les yeux exorbités et les lèvres écumantes, elle jeta, avec une violence inouïe, la caissette sur la tête du commerçant. Tout en insultant et en invectivant le pauvre homme qui n'était strictement pour rien dans la triste mésaventure, Naseerah sortit du magasin en claquant et faisant voler en éclat la malheureuse porte.

 

Elle vit le lutin, installé à la terrasse d'un café, buvant un thé à la menthe. Vraie mégère, elle courut vers lui et lui lança:

 

« - Tu es un exécrable lutin puisque tu n'as pas hésité, un seul instant, à me tromper.

 

- Moi, je ne t'ai pas trompée. », rectifia le lutin, « Je t'ai seulement laissée choisir ce que tu méritais. Tu m'as menti et tu le sais. En effet, tu n'as jamais entendu mes cris mais ta sœur, elle, les a entendus et elle est venue à mon secours. Ton avarice t'a laissée sans argent. Et s'il est une personne indélicate à qui t'en prendre, il n'en existe qu'une: Toi. »

 

Le lendemain matin, comme tous les jours que Dieu faisait, Salamah était partie pour ses champs. A sa grande surprise, les cent épis qu'elle avait mis en terre la veille, s'étaient transformés en cent arbres auxquels pendaient des myriades de fruits d'or. Et, ne pensant qu'au bonheur qu'elle pouvait offrir aux autres, plus pauvres qu'elle, elle s'interrogea sur la manière dont elle pourrait s'y prendre:

 

« - Qu'est-ce que je vais pouvoir faire avec tous ces fruits d'or? En ai-je, moi-même, besoin? Je ne le pense pas. C'est vrai, je vis chichement, mais je vis heureuse, avec le produit des ventes de mes récoltes sur le marché, tous les jours que Dieu fait. Alors, je les donnerai aux pauvres parce qu'ils ont besoin, plus que de moi, d'un petit pécule et d'une petite maisonnette pour faire vivre modestement leurs familles et, surtout, pour survivre. »

 

L'après-midi même, Salamah cueillit les fruits dorés et, se refusant d'en garder un seul pour elle, un panier sous le bras, elle courut les ksours, les distribuant aux pauvres qui, tous, la remerciaient pour sa bonté et sa générosité. Et chaque jour, la récolte s'avérant toujours plus important et plus précieuse, elle agissait de même.

 

La prospérité de l'oasis se propageant dans les campagnes environnantes, le maître du ksar, de la descendance en ligne directe des Alaouites qui régnèrent sur Sijilmassa et Talifalet dès l'an 140 de l'Hégire, s'enquit de savoir d'où celle-ci pouvait provenir Et bien vite on lui apprit qu'une jeune orpheline, répondant au doux nom de Salamah, fille d'un modeste paysan décédé, en était à l'origine.

 

« - Maître, Salamah habite au Ksar Oulad Aïcha. Elle n'est pas très riche mais elle possède quelques arpents de terre qu'elle cultive avec amour et passion. On dit qu'elle a sauvé un lutin qui était tombé dans une cavité profonde. Pour l'en remercier, le génie lui avait offert cent épis qu'elle avait vite mis en terre. Depuis, ces épis ont grandi et sont devenus des arbres qui produisent des fruits dorés que la jeune orpheline, généreuse, distribue aux pauvres, dans toute la contrée de l'oasis de Talifalet, de votre possession.

 

- Qu'on aille la faire chercher et qu'elle soit amenée, sans qu'aucun mal ne lui soit fait, dans ma kasbah. Une âme aussi bonne, brave, charitable, bienfaisante, bienveillante et altruiste mérite toute ma reconnaissance. Et je la veux pour femme.

 

- Bien maître, nous ferons selon vos désirs. »

 

Et depuis ce jour là, un jour béni de Dieu, le bonheur avait régné dans la vie de Salamah.

 

Proposé par Catalan

 


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Rédigé par orange8454

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Publié le 13 Septembre 2012

Un empereur, escorté par toute sa cour en parade, sortant de son palais afin de satisfaire à sa promenade matinale quotidienne, rencontre, sur son chemin, un mendiant.

 

Il lui demande:

 

« Toi qui est assis là, devant mon palais, une écuelle à tes pieds, que désires-tu? »

 

Le mendiant rit et lui répond:

 

« Tu m'interroges comme si tu pouvais satisfaire mon désir? »

 

L'Empereur rit de même et, hautain et fier, persiste dans son dire:

 

« Bien sûr que je peux satisfaire ton désir. Quelle est ton appétence? Simplement énonce-la-moi. »

 

Et le mendiant, humblement, allègue:

 

« - Pense-le deux fois avant de promettre. »

 

Le mendiant n'est pas un mendiant quelconque.

 

Dans une vie passée, il avait été le Maître de l'empereur. Et, dans l'une de ces vies antérieures, il lui avait promis: « Je reviendrai et, dans l'une de tes vies futures, je m'évertuerai à te réveiller car dans cette présente, tu es resté en sommeil. Sois dans la certitude, je reviendrai...»

 

Mais l'Empereur, sûr de sa dignité et de son importance, dans son dire, insiste:

 

« Je suis un empereur très puissant et, par ma puissance, je peux te donner toutes les faveurs que tu voudras me demander de t'accorder. Alors mendiant, dis-moi: Qu'est-ce que tu peux souhaiter que je ne puisse pas te donner? »

 

Alors, le mendiant, d'une voix calme, posée, et pleine de sagesse, lui dit :

 

« - C'est un désir très simple. Est-ce que tu vois cette écuelle? Est-ce que tu peux la remplir avec quoique ce soit que tu désires y verser dedans?

 

- Bien sûr », s'empresse de déclamer, avec emphase, suffisance, arrogance et fatuité, l'empereur.

 

Appelant l'un de ses domestiques, d'un ton péremptoire, il lui adjoint:

 

« Remplit d'argent l'écuelle de cet homme. »

 

Le domestique s'exécute... et, à peine les pièces déposées au fond de la sébile du mendiant, l'argent, comme par enchantement, disparait.

 

Le domestique déverse plus et plus de pièces, plus et plus de sacs de pièces d'argent, plus et plus de coffres de pièces d'or et dès que les pièves touchent le fond de l'écuelle, elles disparaissent.

 

Et la sébile du mendiant reste irrémédiablement vide. Nul ne peut comprendre, pas même l'empereur.

 

Tout le palais, autour du Maître incontestable et incontesté, afin de découvrir les raisons d'un mystère inexplicable, se réunit. Toutes les plus hautes autorités du Royaume se penchent sur l'affaire insoluble. Nul ne comprend cet acte magique.

 

La rumeur court par toute la ville: « Un habile prestidigitateur met en échec l'honorable Raïs! » et une grande multitude, se pressant, se regroupe autour de l'énigmatique mendiant.

 

Pour le palais impérial et pour le peuple aux aguets, le prestige du Maître Suprême est bafoué.

 

Le Souverain, dans un ultime sursaut d'orgueil et de suffisance, s'adresse à ses domestiques:

 

« Je suis disposé à perdre mon entier royaume car ce mendiant ne doit pas me vaincre. »

 

Diamants, perles, émeraudes... les salles du trésor continuent à se vider. L'écuelle ne semble n'avoir de fond. Tout ce qui s'y dépose disparait aussi vite.

 

Le jour tombe sur la ville et le peuple, en silence, s'est réuni autour de son monarque qui s'est jeté aux pieds du mendiant et qui, à contre cœur, admet son échec.

 

« - Tu as gagné, je ne puis qu'en convenir, mais, avant que tu ne partes vers d'autres cieux, satisfait ma curiosité... Dans quel matériau magique ton écuelle est-elle donc fondue? »

 

Dans un éclat de rire sardonique, le mendiant dit:

 

« Elle est faite du même granulat que l'esprit humain. Il n'y a aucun secret ni aucune illusion... elle est simplement faite de désirs humains. »

 

Proposé par Catalan

 


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Rédigé par orange8454

Publié dans #ecuelle, #empereur, #mendiant, #palais, #satisfait

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Publié le 13 Septembre 2012

Le jardinier du Sultan vient de découvrir que l’un des pêchers de la plantation a donné naissance prématurément à un fruit particulièrement beau et quelque peu plus grand que nature ; le sultan, ayant été sollicité à venir admirer ce fruit, donna ses instructions à son jardinier de bien surveiller l’arbre et de lui présenter ce fruit une fois devenu mûr, et c’est ainsi que l’ouvrier veilla à cet arbre attentivement, jour et nuit, allant jusqu’à prendre ses repas sur place pour ne pas le perdre de vue.

Un jour il fut surpris par un aigle qui vint se percher sur l’arbre créant un grand fracas : la branche où pendait le fruit en fut cassée et la pêche tombée par terre !

 Tout attristé par cet incident, le jardinier s’empressa de rapporter au Sultan ce fâcheux évènement, mais, à sa grande surprise, le Roi ne se montra pas contrarié et lui répondit :" ne t’en fais pas, cet aigle en aura pour son acte."

Quelques mois plus tard, le jardinier surprit une grosse couleuvre sur le même arbre en train de dévorer l’aigle, qui, peu à peu, fut entièrement englouti ; il alla sur le champ en informer le Sultan qui lui répondit sur le même ton :" cette couleuvre en aura pour son acte !"

Au cours de la même année, alors que notre jardinier est en pleine besogne, il se rendit compte qu’il vient de couper la tête de la couleuvre par un coup de pelle, alors que ce gros reptile était enfoui dans le sable ! Croyant avoir remporté exploit, il alla raconter son aventure au Sultan ; celui-ci lui répondit sobrement :" tu en auras pour ton acte !"

Cet évènement fut à peine oublié que les Gardes du Sultan préviennent un jour tous les ouvriers travaillant dans la plantation de devoir quitter les lieux, car le harem viendra se baigner dans la piscine ; c’est ainsi que, sitôt dit, sitôt fait : tout le monde déserta les lieux sauf notre jardinier qui n’a pas eu écho de ces instructions.

Alors qu’il prenait une paisible sieste dans l’ombre d’un arbre situé près de la piscine, il vit un groupe de femmes venir dans sa direction ! Sentant le danger et craignant pour sa vie, il grimpa dans l’arbre et se cacha sous les branches ; dans cette position, il put admirer un beau spectacle de femmes nues se baigner et s’amuser dans la piscine, quand tout à coup, ayant découvert son existence, ces femmes s’affolèrent, sortirent de l’eau en remettant en hâte leurs voiles et en laissant échapper des cris stridents ! Les gardes accourent, emportent le jardinier et l’enferment. La reine avisa le Sultan qui prononça sur le champ l’arrêt de mort à l’encontre du pauvre jardinier.

Le lendemain matin, jour d’exécution de la sentence, le bourreau conduisit le condamné vers l’échafaud et entreprit les préparatifs nécessaires à l’accomplissement de son œuvre : s’adressant au condamné : "quel est ton dernier vœu," ? Lui demanda t-il. "si vous le permettez, j’aimerais bien être reçu par le Sultan, j’aurais à lui dire juste un petit mot, répondit le jardinier".

En présence du roi, le jardinier se permit : "Sire, je suis condamné à mort malgré mon innocence, j’implore votre indulgence". Le Sultan ne voulut rien entendre ; alors au jardinier d’ajouter : "Sire, c’est bien votre majesté qui, un jour m’avait dit que l’aigle, ayant cassé le pêcher, en aura pour son acte, et que la couleuvre qui a dévoré l’aigle en aura pour son acte, et que, moi, en aurai aussi pour mon acte, pour avoir tué la couleuvre. " Sire, vous venez de me condamner à mort injustement, vous en aurez également pour votre acte !"

Ayant entendu ce discours, le Sultan s’empressa alors de libérer le jardinier, dans un sentiment de colère mitigée.


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Rédigé par orange8454

Publié dans #condamne, #couleuvre, #jardinier, #jour, #sultan

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Publié le 13 Septembre 2012

Les éditions Cérès ont fait paraître, dans la collection «Cérès jeunesse» en 2007, cinq contes de Issam Marzouki, sous le titre Kabîr, l’éléphanteau de Carthage et autres contes.

«Kabîr» veut dire «grand» en arabe et l’éléphanteau a beau être grand, il demeure petit. Le jeu est permis, il est encore plus émouvant quand il dit les possibilités de la rencontre de deux langues.

 

Le premier conte donc, Kabîr ou l’éléphanteau de Carthage, met en scène un orphelin de père et mère qui grandit dans la cité sous le regard protecteur des adultes. Il est élevé par sa grand-mère et devient l’ami d’un éléphanteau «Kabîr».
Dans une fiction jalonnée de noms célèbres référant à l’histoire de Carthage et relatant ses batailles se brosse un univers dont le conteur se fait témoin : «Pendant une durée indéterminée qui me sembla infinie, le sort de la bataille fut comme suspendu». Cette voix rappelle celle des personnages de nouvelles qui entreprennent de relater un récit dont ils ont été témoins. Le conteur est cet être d’ici et d’ailleurs, investi du pouvoir de traverser le temps et l’espace. Son discours ancré dans le présent rassure et ses récits placés dans un ailleurs spatio-temporel fascinent.

 

L’éléphanteau, Kabîr, est engagé dans une bataille que les Carthaginois perdront. Mais il ne mourra pas car à l’abri des hommes et de leurs guerres, l’amour peut triompher et l’enfant et l’animal redonneront au rêve sa souveraineté dans un espace difficilement accessible : «Les bûcherons pauvres qui osent s’engager dans les profondes forêts (...) auraient vu un étrange jeune garçon aux cheveux noirs, la taille cernée de peau de bête, danser sur le dos d’un jeune  éléphant». Les motifs des contes merveilleux sont bien là et les valeurs séculaires qu’ils transmettent de génération en génération aussi. La paix et l’harmonie sont possibles dans un ailleurs accessible seulement à quelques initiés, ainsi le veut la loi du conte.

 

Le deuxième conte est inspiré du livre de Defoe, Robinson Crusoé. Il s’intitule d’ailleurs Le Robinson tunisien. Le personnage déclare à la fin du conte : «Au récit de mon aventure, le capitaine s’émerveilla et m’apprit qu’un écrivain anglais nommé Defoe avait raconté dans un de ses romans, Robinson Crusoé, une histoire pareille à la mienne».
Au début de l’histoire, le Robinson tunisien se présente et envahit l’espace immédiat de nos enfants par les sonorités de son prénom et son appartenance géographique : «Je m’appelle Salem et j’étais le seul Tunisien dans un équipage formé pour une large part de marins grecs et portugais». La proximité de l’Autre, l’étranger, «grecs et portugais», dessine encore mieux les contours de son identité.

 

L’histoire raconte que le bateau sur lequel Salem s’est engagé fit naufrage et qu’il échoua sur une île où il vit «une forêt épaisse qui partait à l’assaut d’une montagne escarpée». Le ton enjoué charme le lecteur qui lit les péripéties du Robinson tunisien pris entre la joie de vivre alors que ses compagnons ont péri et la tristesse de se retrouver loin des hommes : «Bey sans sujets, je présidais fièrement aux destinées de ce petit monde bêlant, gloussant, piaillant et aboyant, mais la compagnie de mes semblables me manquait terriblement».

 

Salem Robinson a pris le parti de prouver que le travail est ce qui fait la supériorité de l’homme sur les autres créatures : «C’est ainsi que je devins alternativement agriculteur, éleveur et potier». Pour se sentir moins seul, cet homme seul sur une île sauvage apprend quelques phrases à un perroquet qui, en répétant: «pauvre Salem !» et surtout «le couscous est prêt» et «ta chéchia est tombée», lui fait franchir des lieues pour le ramener parmi les siens grâce au langage articulé. Dans ce conte, la préférence à la ville de Nabeul comme lieu où Salem a appris la poterie permet au jeune lecteur de découvrir que le réel peut être  contaminé par le rêve. Enfin, quand le personnage conclut : «Mon travail de potier me permit de parachever mon œuvre et d’accéder à un degré supérieur de civilisation qui contribua à tunisifier ma vie primitive», on lit le néologisme «tunisifier» comme synonyme de «civiliser». Ce verbe replace le jeune lecteur tunisien dans son réel rassurant et confortable.

 

Les autres contes «Voyage sous la Médina», «Le dernier dinosaure» et «Les évadés du futur» procèdent de la même manière. Une voix enthousiaste, chaleureuse, convie les enfants à investir le rêve comme possibilité, comme espace auquel on peut accéder et dans lequel on peut basculer en se laissant seulement entraîner par la magie des mots.

 

 


 


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Rédigé par orange8454

Publié dans #conte, #l’elephanteau, #robinson, #salem, #tunisie

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Publié le 13 Septembre 2012

Qui n’a pas entendu ce conte de la bouche de sa maman ? Une chèvre avait trois chevreaux : Hemhem, Zemzem et la Chatte Cendrée, ainsi surnommée, a cause de la couleur de son poil, rappelant la cendre.

Tous les matins, en sortant de la maison, la chèvre recommandait à ses petits, de fermer le verrou et de n’ouvrir a personne. Tous les soirs elle revenait et demandait en chantant, à ses biquets :

Ouvrez, ouvrez moi mes petits,

Nous allons dîner de bon appétit.

Et elle frappait sur la porte, en fredonnant :

J’apporte dans mes mamelles du lait,

Des sacs d’herbe sur mon dos sont attachés,

Et dans mes cornes de l’eau de la source puisée.

Alors, les cabris tiraient les verrous, couraient à leur maman, plein de joie.

Or une ghoula (a) habitant le quartier, remarqua les habitudes de la chèvre, espionna son manège, et apprit par cœur les paroles chantées par la chèvre mère, et marqua son horaire d’arrivée.

Un soir la ghoula imitant la maman appela les chevreaux en chantant :

Ouvrez, ouvrez moi mes petits,

Nous allons dîner de bon appétit.

Et elle frappa sur la porte, en fredonnant :

J’apporte dans mes mamelles du lait,

Des sacs d’herbe sur mon dos sont attachés,

Et dans mes cornes de l’eau, de la source puisée.

Hemhem et Zemzem voulurent ouvrir en courant, mais la toute petite, ne reconnaissant pas la voix essaya de les retenir. Ils ne l’écoutèrent point, la traitant de petite chevrette effrayée, ils tirèrent le verrou.

La Chatte Cendrée, apeurée sauta sur une haute étagère, tandis que la ghoula entrait dans la maison et elle avala d’un coup les deux malheureux cabris. La ghoula se posta devant la petit chèvre, mais craignant ses cornes prêtes a cogner, elle s’assit a table et pas encore rassasiée elle mangea encore un grand plat d’assida (b), bien assaisonnée d’ail et de piments, avec une belle sauce épaisse garnie de hareng fumé.

Ensuite elle sortit du logis. Peu de temps après, la chèvre revenant a sa demeure, demanda joyeusement de lui ouvrir, en chantant :

Ouvrez, ouvrez moi mes petits,

Nous allons dîner de bon appétit.

Et elle frappa sur la porte, en fredonnant :

J’apporte dans mes mamelles du lait,

Des sacs d’herbe sur mon dos sont attachés,

Et dans mes cornes de l’eau, de la source puisée.

La Chatte Cendrée, reconnaissant le timbre de la voix de sa maman, tira le verrou et ouvrit les portes. Elle raconta à sa mère, ce qui s’est passée auparavant. La chèvre ne perdant pas de temps, aiguisa ses cornes et sautant sur la terrasse voisine tapa de ses pattes sur le toit. On lui demanda :

Qui est sur ma chambre et réveille ma colère ?

Trouble mon repos et celui de ma belle mère ?

Et dans mon dîner, fait tomber de la poussière ?

La chèvre répondit :

Celui qui a mangé mes petits,

Je le combattrais sans répit.

En duel, je le convoque,

Je le tues, pas d’équivoque !

On lui répliqua :

Je ne suis que Cot-Cot la poulette,

Je me nourris de graines et de miettes.

Je ne mange pas la viande de chevrettes.

La chèvre, s’en alla et sur autre toit de ses pieds frappa. On lui demanda :

Qui est sur ma chambre et réveille ma colère ?

Trouble mon repos et celui de ma belle mère ?

Et dans mon dîner, fait tomber de la poussière ?

La chèvre répondit :

Celui qui a mangé mes petits,

Je le combattrais sans répit.

En duel, je le convoque,

Je le tues, pas d’équivoque !

On lui répliqua :

Je suis le Bébé, la jeune brebis,

D’herbe et de feuilles me nourris.

Je ne mange pas de viande, mon amie.

La chèvre alla de toit en toit et se trouva au dessus de la maisonnette de l’ânesse, de la vache et de la jument, aucune d’elles n’étant carnivore, elles étaient en dehors de tout soupçon.

Enfin elle se trouva sur le toit de la ghoula. Elle tapa de ses pattes. On lui demanda :

Qui est sur ma chambre et réveille ma colère ?

Trouble mon repos et celui de ma belle mère ?

Et dans mon dîner, fait tomber de la poussière ?

La chèvre répondit :

Celui qui a mangé mes petits,

Je le combattrais sans répit.

En duel, je le convoque,

Je le tues, pas d’équivoque !

On lui répliqua :

Je suis la ghoula, que tout le monde redoute.

J’ai mangé Hemhem et Zemzem, pas de doute !

Si tu veux rencontrer tes petits, tout de suite,

Descends que je t’écorche et te mange vite.

La chèvre sauta dans la cour de la ghoula, la douleur et le malheur décuplant ses forces, elle attaqua la ghoula alourdie par son riche festin. De sa corne aiguisée, elle lui ouvrit le ventre, de bas en haut. Hemhem et Zemzem en sortirent et sautant a terre, ils dansèrent et chantèrent :

Nous avons mangé l’assida bien piquante

Dans une grande quaça’a (c), si abondante,

Dans le ventre de la ghoula qui est agonisante.

Leur maman leur fit des remontrances :

- Ouvrirez-vous les portes sans prendre des précautions ? Puis elle les emmena à la maison.

Glossaire : (a) La ghoula, au masculin ghoul, et au pluriel ghoual. Les ghoual sont des démons qui prennent des apparences humaines. Ils errent dans les campagnes et se nourrissent de chair humaine ou animale. Ils sont capables de jeûner longtemps, jusqu’à trouver une nourriture disponible. Quand la faim les tenaille, ils se contentent de manger des cadavres d’animaux et même, humains qu’ils cherchent dans les cimetières. (Vous n’êtes pas obligés de croire, mais les enfants en Tunisie y croyaient, jusqu’à l’âge de 11 ans.)

(b) L’assida. Bouillie dense de semoule de blé, servie arrosée d’une sauce piquante, salée ou sucrée, selon les besoins.

(c) La quaça’a. Grande cuvette de bois, ou l’on prépare le couscous et qui sert aussi à servir la nourriture a la famille qui mange autour.

Ecrit par Camus Igal Bouhnik, d’après : Contes et légendes de Ghzala.

 


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Rédigé par orange8454

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