Un chrétien, un croyant et un juif étaient en voyage, ils n’avaient pour se rassasier qu’un plat de couscous pour une personne.
- Il faudrait dit le chrétien, jouer aux dés et le gagnant mangera le couscous.
- Non répondit le croyant, il est écrit : « les jeux de hasard sont une abomination inventée par Satan » ; pourquoi
ne lutterions-nous pas entre nous et le vainqueur mangerait le couscous ?
- Non, protesta le juif, la force brutale n’est pas un argument, je propose ceci : « nous dormirons tous les trois et au
réveil, celui qui aura fait le plus beau rêve mangera le couscous.
Il n’y avait rien à dire contre cette sage proposition. Ils s’endormirent tous les trois. Lorsqu’ils se réveillèrent chacun d’eux
raconta son rêve.
Le chrétien dit : moi, j’ai rêvé que je rencontrais Saint Pierre. Il me disait « tu as toujours été un bon chrétien, fidèle à
la loi de Dieu, je vais te faire visiter son paradis ». Alors Saint Pierre, me prenant par la main m’a promené au pays des bienheureux, des anges chantaient sur la harpe les louanges du
très-haut ; cette musique m’a réveillé.
Le croyant dit : moi, la jument Bourak m’en emporté au ciel, j’y ai trouvé le Prophète, sur lui le salut ! Il m’a adressé la
parole en ces termes : « mon fils tu as toujours suivi es préceptes du Livre, je veux te faire connaître le Jardin destiné aux croyants ». Me prenant par la main, il m’a emmené à
travers ce Jardin. Il y avait partout des fleurs, des bassins, des fontaines… L’éblouissement m’a réveillé.
Le juif paraissait un peu embarrassé.
- Raconte-nous donc ton rêve, dirent les deux autres.
- Oh ! répliqua le fils d’Israël, le mien est bien simple comparé aux vôtres, cependant il n’est pas sans mérite. Moi, j’ai rêvé
que je rencontrais un homme ; ce n’était ni Saint Pierre, ni le Prophète, ce n’était qu’un homme, mais il était armé d’une trique ; il ne m’a pas proposé de me faire visiter le Paradis
ou le Jardin des Bienheureux, il ne m’a pas fait de compliments, mais il m’a menacé de me casser la tête si je ne mangeais pas à l’instant. Alors, je vous ais appelés, seulement, comme l’un de
vous était au Paradis et l’autre au Jardin, vous ne m’avez pas entendu… et j’ai mangé le couscous…