Publié le 13 Septembre 2012

Mieux vaut dormir la nuit en ayant des soucis qu'en ayant des remords
Balajoudh vivait dans les montagnes de Kabylie. Il n'était pas bien riche. Il avait en tout et pour tout 3 sous en poche. Un jour, il va au marché, et après avoir bien regardé, il s'achète une figue Elle n'était pas bien grosse, alors il l'a dégustée jusqu’à la dernière bouchée. A la fin il ne lui restait dans les mains qu'une petite queue.
Il est allé dans son jardin et il l'a semée en lui disant :
Toi demain, il faut que tu aies germé, sinon prends garde à toi.
Et le lendemain, la petite queue avait pris racine Alors il lui a dit :
Toi demain, il faut que tu aies poussé, sinon prends garde à toi !
Le lendemain, dans son jardin, une belle pousse sortait de terre avec des petites feuilles vertes. Balajoudh lui a dit.
Toi demain, il faut que tu sois devenue un figuier sinon prends garde à toi.
Et le lendemain, au beau milieu de son jardin se trouvait un magnifique figuier. Balajoudh lui a alors dit :
Toi demain, il faut que tu me donnes de belles figues bien mûres, sinon prends garde à toi.
Et le lendemain matin, les branches de son figuier croulaient sous le poids des figues elles étaient tellement grosses et appétissantes que d'en parler j'en ai l'eau à la bouche !
Alors Balajoudh est monté sur son figuier pour goûter à ses belles figues. Il en a mangé une, puis deux et quand il a été rassasié, il s'est mis à crier :
Qui veut des figues, de belles figues bien mûres !
Seulement, il était midi, l'heure la plus chaude de la journée. Il faisait une chaleur à tuer un âne et les gens étaient chez eux.
Les gens oui, mais pas l'ogresse TSERIEL qui rôdait dans les parages. Lorsqu'elle a entendu Balajoudh, elle s'est approchée et lui a dit :
Moi, mon fils, donne-moi de tes bonnes figues
Balajoudh a bien reconnu Tsériel (qui ne la connaît pas dans le pays ! Et il sait qu'il faut s'en méfier. Seulement, on lui a enseigné le respect qu'il doit aux anciens. Alors il lui dit :
Ces figues sont à toi, vieille mère, tu n'as qu'à te servir. Mais Tsériel lui répond.
Mon fils, tu sais bien que je suis vieille et à moitié aveugle. Allez, cueille-moi quelques figues.
Balajoudh a cueilli quelques figues qu'il a tendues à Tsériel. Aussitôt, elle l'a attrapé par le bras, l'a fourré dans un grand sac avec les figues, a mis le sac sur ses épaules et la voilà partie. Dans le sac, Balajoudh se disait.
Pauvre de moi qui vais mourir si jeune, moi qui aime tellement la vie.
Et voilà qu'il entend un clapotis.... Mais oui, c'est la rivière qui se trouve au pied de la colline. Alors, il demande à Tsériel.
Vieille mère, as-tu fait ta prière ? Tsériel s'arrête.
Non pour sûr je n'ai pas fait ma prière aujourd'hui ! Et la voila qui pose le sac, et qui se met à faire ses ablutions comme on doit faire avant la prière.
Pendant ce temps, Balajoudh s'empresse de sortir du sac et de le remplir de pierres. Puis, il prend ses jambes à son cou. Lorsque Tsériel a fini sa prière, elle remet le sac sur ses épaules et continue sa route. En chemin elle dit :
Eh mon fils, tu es bien plus lourd que tout à l'heure, tu as dû manger les figues. Mais, retire donc tes genoux et tes épaules, ils me font mal..
Une fois rendue chez elle, elle appelle sa fille Vetelis. Il faut que je vous dise que Vetelis est une beauté... Eh oui, elle n'a qu'un œil et pas n'importe quel œil : un œil blanc signe suprême de beauté chez les ogres. Tsériel dit à sa fille :
Fais chauffer la marmite, le repas est dans le sac. Lorsque l'eau fût bouillante, Tsériel a versé le contenu du sac qui l'a éclaboussée et a cassé la marmite :
Ah maudit Balajoudh, il m'a joué un méchant tour mais je me vengerais.
Le lendemain elle est retournée dans le jardin de Balajoudh. Il était perché sur son figuier et il criait à qui voulait l'entendre.
Qui veut des figues des belles figues bien mûres ?
Moi, mon fils s'écrie Tsériel. Baljoudh sait qu'il doit se méfier et il sait aussi le respect qu'il doit aux anciens.
Alors il lui dit :
Tu n'as qu'à te servir, vieille mère !
Mais mon fils, tu sais bien que je suis vieille et à moitié aveugle alors s'il te plaît... Balaloudh cueille quelques figues et quand il les tend à Tsériel, elle l'attrape par le bras, le fourre dans son sac et pose le sac sur ses épaules et la voilà partie.
"Pauvre de moi qui aime tant la vie et vais mourir si jeune" se lamentait Balajoudh. Et voilà qu'il entend le clapotis de la rivière. Il dit à Tsériel :
Vieille mère as-tu fait ta prière aujourd'hui ? Tsériel s'arrête et répond.
Demain mon fils, je la ferai demain. Et elle reprend sa route. Arrivée chez elle, elle appelle Vetelis.
Prépare la marmite, le repas est dans le sac...
Balajoudh tente le tout pour le tout et dit à Tsériel :
Regarde vieille mère comme je suis maigre Fais moi grossir et je serais bien meilleur à manger.
Tu as raison, mon fils, tu n'es pas bien gros.
Et à ces mots elle le plonge dans une grande jarre en terre remplie de dattes et elle lui dit :
Mange mon fils, autant que tu voudras. Dans une semaine je viendrais voir si tu as grossi.
La semaine passe, bien trop vite pour Balajoudh, et quand Tsériel lui demande de passer un doigt hors de la jarre. Balajoudh ne passe pas son doigt, non non il tend une épine qu'il avait dans sa poche et lorsque Tsériel la touche, elle lui dit :
Tu es encore trop maigre mon fils, reste encore une semaine et surtout n'oublie pas de bien manger !
Balajoudh mange et la semaine passe encore trop vite pour lui. La semaine passe, Tsériel s'approche de la jarre et lui demande de montrer un doigt. Balajoudh lui tend une brindille cette fois. Tsériel s'écrie :
Mais cela ne va pas du tout, mon fils, tu es encore trop maigre. Ecoute je te laisse encore une semaine dans la jarre et dans une semaine, que tu sois gros ou maigre je te mangerais.
Pauvre de moi, pensait Balaj oudh, pour qui le temps passait trop vite.
A la fin de la semaine, Tsériel dit à sa fille :
Prépare le couscous, tue balajoudh, coupe-le en petits morceaux et mets-le à mijoter dans une bonne sauce avec des épices. Moi je vais chercher le reste de la famille pour les inviter au festin.
Aussitôt Tsériel partie, Vetelis a sorti Balajoudh de la jarre. Elle tenait un couteau à la main. Balajoudh qui n'avait rien à perdre lui dit :
On parle de ta beauté jusque dans notre village et je sais comment te rendre encore plus belle.
L'œil blanc de Vetelis est devenu rouge de plaisir et elle lui a dit :
Dis-moi comment tu fais ?
Eh bien, je peux te faire des tatouages avec du henné. Mais il me faut un couteau.
Vetelis n'a pas réfléchi, elle a tendu son couteau à Balajoudh qui s'en est emparé et... l'a tuée. Puis il a enfilé sa robe et mis son foulard sur la tête. Et il s'est mis au travail. Il a coupé Vetelis en petits morceaux, Il l'a mise à cuire avec des épices, de temps en temps, il tournait bien pour que ça n'attache pas. La table était mise et le repas servi quand Tsériel est arrivée avec la famille. Ils étaient aussi nombreux que vous aujourd'hui.
Tout le monde s'est installé pour manger. A un moment, un petit cousin s'est écrié :
Oh, on dirait bien la main de la cousine Vetelis. Tout le monde a levé la tête et s'est arrêté de manger
Alors Tsériel a dit :
Mange donc et arrête de faire ton intéressant.
Plus tard, une petite cousine s'est écriée :- Oh mais c'est l'œil blanc de la cousine Vetelis et là, silence et l'on a fait passer l'œil blanc. Et oui, c'était bien l'œil de Vetelis. Mais alors, où était donc la cousine Vetelis ?
Eh bien, elle n'était plus là, parce que Balajoudh avait pris les jambes à son cou.
Et le conte dit que depuis ce jour Tsériel lui court après mais qu'elle ne l'a toujours pas rattrapé.



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Rédigé par orange8454

Publié dans #balajoudh, #bien, #figue, #sac, #tseriel

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Publié le 13 Septembre 2012

C'est une longue aventure qui attend une jeune fille. Elle traverse de nombreuses épreuves, y compris quand elle est devenue femme. Nous vous laissons découvrir cette histoire pleine de rebondissements étranges, où l'on trouvera des bêtes fauves cruelles, un frère qui se laisse malheureusement influencer par sa femme, un fils exemplaire... et une mise en abîme du conte lui-même qui devient magique....

Il était une fois un homme qui aimait passionnément la chasse. Dès le point du jour il s'en allait dans la forêt à la poursuite du gibier et ne rentrait qu'à la tombée de la nuit. Il prit un jour un perdreau vivant, qu'il ramena à la maison et confia à sa femme en lui disant :

Prends bien soin de cet oiseau et surtout veille à ce qu'il ne s'envole pas. Au printemps, je m'en servirai d'appât pour attirer les perdrix.

L'homme et la femme n'avaient qu'une fille. Comme elle s'ennuyait d'être toujours seule à la maison, elle demanda à sa mère de lui donner le perdreau pour jouer avec lui. La mère d'abord refusa, puis devant les pleurs et les prières de sa fille, finit céder, mais avec force recommandations :
Attache-lui à la patte une longue ficelle, ferme toutes les issues pour que le perdreau ne puisse pas s'échapper, car, si tu le perds, ton père nous chassera de la maison toutes les deux.

La petite fille promit de veiller très soigneusement sur le perdreau. Chaque matin elle le sortait de sa cage, s'enfermait avec lui dans une pièce et jouait jusqu'à ce qu'elle fut fatiguée. Un soir qu'elle venait pendant toute la journée de le taire courir, danser, voleter au bout de sa ficelle, une soif ardente s'empara d'elle. Elle ouvrit la porte pour aller boire et frrr !... le perdreau s'engouffra dans l'issue qu'on lui avait ménagée et s'envola d'un trait, emportant la ficelle avec lui.

Le soir, quand le chasseur rentra, sa femme lui servit à dîner, et il s'apprêtait à aller dormir quand il s'avisa que le perdreau n'était plus à la place où il le trouvait ordinairement :
Vous avez changé l'oiseau de place ? demanda-t-il ?

Sa femme resta figée de peur.
Eh bien, dit-il, qu'est-ce que tu as fais du perdreau ? Je ne le vois pas.

Elle du lui avouer la vérité.
Quoi ? s'écria le chasseur, furieux, je t'avais bien recommandé…
Ta fille avait soif, elle n'a ouvert la porte qu'un tout petit instant…
Elle a ouvert la porte, mais c'est toi qui lui as donné le perdreau. Puisque c'est ainsi, vous allez partir les deux à sa recherche toutes les deux et vous ne rentrerez que quand vous l'aurez retrouvé.

La femme eut beau pleurer, prier, le mari ne voulut rien entendre.
Vous allez sortir tout de suite !
Dehors il fait nuit. Où irons-nous ? Nous ne connaissons pas le pays, ta fille ni moi. Demain dès le point du jour…
Non cria le chasseur, maintenant !

La femme réveilla sa fille ; elle enferma vite quelques maigres provisions dans un nouet et elles partirent dans la nuit. Elles marchèrent longtemps dans la forêt. Elles suivaient les chemins tracés, de peur le tomber sur des bêtes sauvages, mais elles ne virent de perdreau nulle part à cette heure de la nuit. À la fin elles entrèrent dans un maquis épais, où elles rencontrèrent une hase affairée.

Que faites-vous à cette heure dans la forêt ? S’étonna la hase.
Nous cherchons un perdreau que nous avons perdu, dit la mère.
Malheureuses ! Vous êtes ici dans la demeure des fauves. Ils sont tous à chasser dans la forêt. C'est aujourd'hui mon tour de garder leur repère. Mais c'est bientôt l'aube, ils vont rentrer et s'ils vous trouvent ici, ils vous mangeront.
Fuyons ! cria la fille.

II est trop tard, dit la hase. Où iriez-vous ? Les animaux sont déjà sur le chemin du retour et vous allez sûrement les rencontrer.
Quoi faire alors ? demanda la mère.
Vous voyez cet arbre ? dit la hase. Il est haut et touffu. Vous allez monter et vous cacher dans le feuillage le plus haut que vous pourrez. Vous y resterez tout le jour. A la nuit tombée les animaux vont sortir. Vous descendrez et vous fuirez d'ici.

La mère et la fille montèrent jusqu'au faîte de l'arbre. Elles s’y installèrent le plus commodément qu'elles purent, la fille au-dessus de sa mère. Bientôt des rugissements, des cris, des sifflements, des bruits de branches cassées annoncèrent le retour des fauves. À mesure qu'ils arrivaient, ils allaient s'installer chacun dans son coin pour le reste de la journée. Le lion rentra le dernier.
Hum ! dit-il, cela sent la chair fraîche.
Pendant que vous étiez absents, dit la hase, je me suis préparé un léger repas, je viens juste de finir.

Les fauves s'endormirent. Au haut de l'arbre, la femme était morte de peur. La petite fille n'arrêtait pas de pleurer, tant qu'à la fin une larme tomba sur la moustache du lion.
Enfants, rugit-il, il y a quelqu'un dans l'arbre. Je viens de recevoir une goutte sur la lèvre.
C'est la pluie, dit la hase.
Fourmi, dit le lion, monte voir dans l'arbre.

La fourmi monta. Au haut de l'arbre elle rencontra la jambe de la femme et la mordit. La mère l'écrasa, de peur que la fourmi n'aille piquer sa fille et ne lui arrache un cri de douleur.

La petite continuait de pleurer et de nouveau une larme tomba, cette fois sur le front du tigre, qui cria :
Enfants, cet arbre est habité. Une goutte vient de me tomber sur le front.
C'est le temps qui est couvert, dit la hase, il tombe quelques gouttes de pluie.
Chacal dit le lion, sors voir quel temps il fait.

Le chacal revint bientôt.
Alors ? demanda le lion.
Il fait un temps superbe, dit le chacal et la lune éclaire comme en plein jour.
Serpent, ordonna le lion, monte dans l'arbre.

Le serpent ondula le long du tronc, puis, de branche en branche, arrivai jusqu'au faîte. Il buta sur la jambe de la femme et la piqua. Un hurlement s'éleva aussitôt, puis le corps de la mère vint s'affaler lourdement par terre. Les fauves se précipitèrent, le déchiquetèrent en un rien de temps et se partagèrent les morceaux pour les dévorer. Dans le ventre de la femme ils trouvèrent un bébé, que la hase aussitôt revendiqua pour sa part :
Je n'ai plus de dents, dit-elle, je ne pourrais mâcher que la chair tendre du bébé.

Le lion le lui laissa et elle l'étendit dans un coin, sur un lit d'herbes, avec ce qui restait des os de la mère.
Je le mangerai cette nuit, dit-elle, quand vous serez partis. Le soir venu, les fauves commencèrent à se lever de leur sommeil et, les uns après les autres, à sortir de nouveau à la recherche de gibier dans la forêt. Avant de partir, il leur fallait établir le tour de garde de ce jour-là.
Aujourd'hui, dit la hase, je suis fatiguée, je veux bien vous garder la maison aujourd'hui encore : de toute façon, j'ai de quoi manger pour toute la journée.

Les animaux se dispersèrent. Quand le dernier eut disparu, la hase rassembla ce qui restait des os de la mère, en retira la moelle qu'elle mit dans des tubes de roseau. Puis elle se tourna vers la fille :
Descends, malheureuse, lui dit-elle

La fille descendit, les yeux exorbités par l'épouvante et tout rouge d'insomnies. La hase lui tendit le bébé.
Voici ton frère, lui dit-elle. Emporte-le, prends bien soin de lui, élève le jusqu'à ce qu'il devienne grand et puisse te venir en aide.
Comment le nourrirai-je ? demanda la fille.
Prends ces tubes. Dedans il y a la moelle de ta mère. Chaque fois que ton frère pleurera, trempe ton doigt dans la moelle et donne-le-lui à sucer. Quand il n'y aura plus de moelle, tu trouveras bien du lait. Et maintenant va, sauve-toi et ne reviens plus jamais dans ces parages.

La petite fille prit le bébé, les roseaux et, aussi vite que ses jambes pouvaient courir, s'enfuit. Quand son frère pleurait, elle trempait son doigt dans la moelle et le lui faisait téter. Elle se demanda quel nom elle allait lui donner et, se rappelant que l'antre des fauves où elle l'avait recueilli était au milieu d'un dense maquis d'aubépines, elle l'appela Aubépin.

Elle erra longtemps de pays en pays, puis un jour arriva dans un village où les habitants, touchés par son malheur, lui offrirent l'hospitalité. Ils lui accordèrent une petite chaumière avec un jardin qu'elle pouvait cultiver pour vivre. Elle était tout heureuse d'avoir enfin trouvé un foyer et de quoi subsister. Puis les années passèrent et elle devint une belle jeune fille. Beaucoup de jeunes gens vinrent la demander en mariage, mais elle ne vouait pas quitter Aubépin avant qu'il fut en âge de ne plus avoir besoin d'elle.

Un jour, qu'elle piochait dans son jardin, elle heurta de sa binette un objet dur qui faillit la lui casser. Elle creusa tout autour et, au bout d'un instant, déterra un petit pot, empli à ras bord de pièces d'or et d'argent. Elle en fut tout heureuse et le rapporta à la maison.

Le soir après qu’ils eurent dîner :
Mon frère, dit-elle, si on te donnait cent pièces d'or, qu'en ferais-tu ?
J'achèterais des billes, des toupies ; je me ferais des fusils de bambou…

Las ! pensa la fille, mon frère est encore bien jeune.

Elle attendit un an ou deux puis un jour posa à son frère la même question :
J'achèterais un beau cheval, dit Aubépin, et tout le jour je caracolerais.
Mon frère grandit, se dit la jeune fille.

Plusieurs mois après, elle demanda de nouveau :
Mon frère, si l'on te donnait cent pièces d'or...
J'achèterais une belle maison avec un beau jardin. Puis je me marierais et ma femme et toi travailleriez dans le jardin.
Dieu merci, s'écria-t-elle, maintenant, mon frère, tu es un homme !

Elle alla dans un coin de la maison et revint bientôt avec un petit pot, dont elle souleva le couvercle : les pièces parurent, blanches et jaunes, toutes luisantes au soleil ; il y en avait beaucoup plus de cent. Aubépin n'en croyait pas ses yeux. Sa sœur lui apprit comment elle avait trouvé le petit pot. Puis il se mit en quête d'une maison plus spacieuse et plus belle que la pauvre chaumière où ils habitaient tous les deux. Peu de temps après, il choisit une fiancée dans les environs et donna une fête splendide pour son mariage.

Ils vécurent tous les trois heureux dans leur nouvelle et grande maison. Mais la nouvelle mariée, voyant que sa belle-sœur était beaucoup plus belle qu'elle, et que, du reste, Aubépin continuait d'aimer tendrement sa sœur, en tomba follement jalouse. Elle chercha dès lors un moyen de la séparer de son frère, et si possible de la bannir à jamais.

Un jour qu'elles étaient allées couper du bois dans la forêt, la femme d'Aubépin trouva sept œufs de serpent, qui n'étaient pas encore éclos, et les ramena à la maison. Elle en fit une omelette, en prépara une autre de sept œufs de poule et invita sa belle-sœur à venir manger avec elle. Elle lui servit l'omelette aux œufs de serpent, mangea elle-même de l'autre et attendit. Au bout de quelque temps les œufs éclorent dans le ventre de la jeune fille. Les serpents grandirent et bientôt commencèrent à y mener un beau charivari. La jeune mariée n'attendait que cela.

Au comble de la joie, elle alla trouver son mari :
Ta sœur va avoir un enfant, lui dit-elle.
Impossible ! dit Aubépin.
Si tu ne me crois pas, dit la jeune femme, tu peux t'en assurer toi-même.
Comment cela ?
En mettant la tête sur les genoux de ta sœur et en écoutant.

Le lendemain, en rentrant de la forêt où il était allé chasser, Aubépin prétexta une grande fatigue. Il s'allongea pour se reposer et demanda à sa sœur de s'asseoir près de lui, pour qu'il pût mettre la tête sur ses genoux. La jeune fille, confiante, s'approcha. Aussitôt aux oreilles d'Aubépin parvinrent les bruits de la sarabande que les serpents menaient dans le ventre de sa sœur.

Il en resta stupéfait et, au bout d'un instant, alla trouver sa femme
Je ne l'aurais jamais cru, dit-il.

Sa femme fit mine d'être très attristée : - Que deviendrons-nous quand les villageois s'en apercevront ? Tu ne pourras plus sortir sur la place.
Quoi faire ? demanda Aubépin.
Il faut se débarrasser d'elle.
Jamais ! s'écria-t-il. C'est elle qui m'a sauvé des bêtes féroces, elle qui m'a élevé, soigné, nourri jusqu'à ce que je devienne un homme. Sans elle je ne t'aurais jamais épousée.
Alors c'est nous qui devons partir.
Où irions-nous ?
Il y a pourtant un moyen très simple, dit-elle perfidement.
Lequel ?
Tu vas partir avec elle dans la forêt et l'y abandonner. Quelqu'un, c'est sûr, la recueillera.

Le lendemain, Aubépin réveilla sa femme et sa sœur de bonne heure et leur dit qu'ils allaient couper du bois dans la forêt, pour leur provision d'hiver, pendant toute la journée. Il prit les haches, les cordes, les cognées, un maillet, une calebasse et, suivi de sa chienne, qu'il tenait en laisse, se dirigea vers les bois. Dès qu'ils furent arrivés, il s'installa dans un endroit avec sa femme, en indiqua un autre à sa sœur un peu plus loin :
Tu vas couper dans ce fourré, lui dit-il. Dès que nous aurons fini de l'autre côté, je t'appellerai et nous remonterons au village. La jeune fille resta tout le jour à débiter du bois dans son coin. Au loin elle entendait les jappements de la chienne d'Aubépin et les coups de sa cognée contre les troncs d'arbres. Le soleil bientôt se coucha, mais Aubépin frappait toujours. « Mon frère et sa femme veulent faire en un jour la provision pour tout l'hiver », pensa la jeune fille. Puis la nuit commença à tomber et elle se mit à appeler : « Aubépin ! Aubépin ! », Mais le fourré était trop dense et Aubépin n'entendait pas.

Elle était en train d'appeler quand, de l'autre côté du fourré lui parvint un bruit de sabots sur le sol et un cavalier parut, monté sur un cheval noir :
Qui que tu sois, dit-il. Je te conjure, laisse-moi passer. Il se fait tard et mes enfants m'attendent.
Je suis une créature comme toi, dit la jeune fille.
En ce cas, dit le cavalier, que fais-tu seule à cette heure dans la forêt ? Dans un instant les animaux des bois vont sortir et ils te mangeront.
Mon frère et sa femme coupent du bois tout près d'ici. Tu as dû les rencontrer sur ton chemin.
Tout près d'ici, sur mon chemin, je n'ai rien rencontré... qu'une chienne qui jappe à rendre l'âme.
C'est celle de mon frère. Ces coups que tu entends sont ceux de sa hache. Va, cavalier, passe ton chemin et me laisse. Mon frère bientôt viendra me prendre et nous rentrerons au village.

Le cavalier s'éloigna. Peu de temps après en parut un autre, qui posa les mêmes questions à la jeune fille. Elle lui fit les mêmes réponses. La nuit maintenant était noire et il était temps de rentrer.

Quand le troisième passa, la sœur d'Aubépin sursauta : elle percevait à peine la silhouette dans l'obscurité.

Qui que tu sois, dit-il, dis-moi qui tu es.
Une créature comme toi.
Et. Que fais-tu si tard au milieu des bois ?
Tu le vois bien, je coupe du bois.
Seule ?
Je ne suis pas seule : mon frère et sa femme sont ici près de moi, qui coupent du bois eux aussi, pour notre provision d'hiver. Ne les entends-tu pas ?
Malheureuse ! Il n'y a personne près de toi, qu'une chienne qui jappe, attachée à un tronc d'arbre. Je suis le dernier homme qui passe aujourd'hui sur ce chemin.

La jeune fille cette fois eu peur. Elle appela encore une fois « Aubépin ! Aubépin ! » Mais seul l'écho de sa voix lui revient, mêlé aux aboiements affolés de la chienne et aux chocs sourds de la cognée d'Aubépin sur les souches.

Elle pria le cavalier de la suivre dans la clairière où son frère devait se trouver. Ils y allèrent, mais, à l'endroit où elle l'avait laissé, il n'y avait personne…que la chienne, qui tirait frénétiquement sur sa laisse, et, pendus aux branches d'un arbre, le maillet et la calebasse que le vent entrechoquait, et... elle comprit. Aubépin et sa femme l'avaient abandonnée dans les bois. Tout cela était un stratagème, qu'ils avaient imaginé pour se débarrasser d'elle. Ils avaient attaché la chienne au tronc de l'arbre exprès, exprès ils avaient pendu le maillet et la calebasse au vent de la forêt : ce qu'elle prenait pour des bruits de cognée était le choc des deux, quand la bise les agitait.
Je suis perdue, dit-elle
Si tu veux, dit le cavalier, tu passeras cette nuit dans ma maison. Demain, quand il fera jour, tu iras où bon te semblera.

La jeune fille pensa que, dans son malheur, c'était encore une chance pour elle que le cavalier voulût bien la recueillir pour la nuit, et elle monta en croupe derrière lui. Quand ils arrivèrent, elle descendit et l'homme vit que la femme qu'il venait de sauver des bois était d'une beauté merveilleuse. Il lui fit raconter son histoire. Elle redit tout, depuis le jour lointain où, jouant avec un perdreau, elle l'avait laissé s'envoler :
Les œufs de serpent, dit-elle, ont éclos dans mon ventre. Mon frère me croit enceinte et, pour cela, il m'a menée me perdre dans les bois. C'est là que vous m'avez trouvée.

Le cavalier était à la fois touché et intrigué. Comme il était peu probable que la femme voulût retourner en son pays, après ce qui venait de lui arriver, il aurait voulut l'épouser, mais il fallait d'abord la débarrasser des serpents qui vivaient dans son ventre et il ne savait comment s'y prendre. Aussi alla-t-il consulter le sage du village.

Eh bien, dit le vieillard, voilà comment tu vas procéder. Tu iras au marché acheter une grande quantité de viande et tu la saleras abondamment. Donne-la à manger à cette femme, jusqu'à ce qu'elle en soit rassasiée. Elle aura soif. Refuse-lui toute eau pendant trois jours. Le quatrième prends-la, pends-la par les pieds à la plus haute poutre du toit. Par terre, juste au-dessous d'elle, pose un grand plat de bois, empli d'eau. Puis tiens un couteau d'une main et une badine de l'autre. À l'aide de la badine agite l'eau, de façon qu'on l'entende glouglouter, puis tiens ton couteau ouvert et attends.

L'homme fit comme le sage avait dit. Il acheta la viande, la sala, la grilla, puis la donna à la jeune fille, qui en mangea jusqu'à n'en pouvoir plus. Une soif intense s'empara d'elle, mais elle demanda en vain à boire pendant trois jours. Le quatrième le cavalier la pendit par les pieds, emplit d'eau un plat de bois, qu'il plaça juste au-dessous d'elle, puis à l'aide d'une badine se mit à donner de petits coups dans l'eau. Le bruit cristallin et frais se répandait dans toute la pièce. Les serpents, altérés, commencèrent à mener un grand vacarme ; ils cherchaient tous à se précipiter vers le bas, pour boire. À mesure qu'ils apparaissaient, un bref coup de couteau les tailladait ; les morceaux palpitants tombaient dans le plat avec un bruit flasque. Quand le dernier fut sorti, le cavalier détacha la jeune fille, qui n'en pouvait plus.

Pendant plusieurs jours encore il s'occupa de la soigner, car le long séjour des serpents dans son ventre l'avait vidée de toute force. Au bout de quelques jours, voyant qu'elle était remise, il lui demanda :
Maintenant que te voilà rétablie, que veux-tu faire ? Veux-tu retourner dans ton pays ou préfères-tu rester ici ?
Dans mon pays ? dit-elle. Je n'en ai plus : mon frère et sa femme m'ont abandonnée dans la forêt.
Dans ce cas, dit le cavalier, veux-tu m'épouser ?

La jeune fille, heureuse d'avoir été tout à la fois sauvée des bêtes et débarrassée des serpents qui vivaient dans son ventre, y consentit. Elle épousa le cavalier et ils vécurent heureux plusieurs mois. Puis elle mit au monde un garçon, qui lui ressemblait à s'y méprendre.

Quel nom lui donnerons-nous ? lui demanda son mari.
J'ai appelé mon frère Aubépin parce qu'il est né parmi les aubépines. Celui-ci, nous allons l'appeler « l'Argenté », parce qu'il naît dans la richesse

Les années passaient et, quoiqu'elle n'entendît plus parler d'Aubépin et de sa femme, par moments un violent désir de les revoir la prenait, son frère surtout, parce qu'elle avait passé toute sa vie avec lui et qu'elle n'était pas sûre qu'avec son épouse il fût entièrement heureux. Son enfant, entre-temps, avait grandi. Il sortait maintenant tous les jours sur la place pour jouer avec les camarades de son âge. Il était vigoureux et beau et il ne manquait de rien.

Un jour, pourtant, sa mère le vit revenir à la maison tout en larmes.
Pourquoi pleures-tu ? lui demanda-t-elle.
Les enfants se moquent de moi, dit-il. Ils parlent tous de leurs oncles maternels ; ils disent qu'ils vont leur rendre visite, et moi, tu ne m'y as jamais emmené. Le cœur de la jeune femme frissonna, car c'était ce qu'elle-même désirait depuis longtemps.
Ce soir, dit-elle, quand ton père rentrera, demande-lui de te laisser aller avec moi chez tes oncles. S'il refuse, insiste et pleure jusqu'à ce qu'il te l'accorde. Dès qu'ils furent assis à dîner, le soir :
Père, dit l'enfant, je voudrais aller chez mes oncles maternels.
Tes oncles maternels ? S’étonna le père, mais... tu n'en as jamais eu : j'ai rencontré ta mère dans les bois.

L'Argenté se mit à geindre :
Tous les enfants vont rendre visite à leurs oncles. Moi aussi, je veux y aller avec ma mère.
Très bien ! dit le père. Vous voulez y aller ? Eh bien, allez-y, mais je vous avertis : vous irez seuls ; moi, je ne viendrai pas chez tes oncles, parce que je sais que tes oncles, ce sont les bêtes des bois.

Néanmoins, le lendemain, la mère fit mettre à son fils ses plus beaux habits de fête, puis elle lui jeta des haillons par-dessus. L'Argenté allait protester.
Sois tranquille, lui dit-elle, dès que nous serons arrivés, je t'enlèverai ton manteau sale et tu paraîtras dans tes beaux habits devant ton oncle.

L'Argenté se calma d'autant plus vite qu'il vit sa mère se couvrir elle aussi de laides guenilles les robes magnifiques qu'elle avait d'abord revêtues. Le père les vit prendre le chemin de la forêt par où sa femme était jadis arrivée, et bientôt ils disparurent. Ils marchèrent longtemps. De temps en temps ils demandaient à d'autres voyageurs leur chemin. Vers le soir ils arrivèrent enfin dans un pays que la mère reconnaissait. Ils s'arrêtèrent.

Nous allons bientôt être chez tes oncles, dit la jeune femme à son fils. Alors écoute-moi bien. Il y a bien longtemps que je n'ai pas vu mon frère : je ne sais seulement pas s'il va me reconnaître. Quant à toi, il ne te connaît même pas. Alors, voilà ce que nous allons faire : nous allons nous présenter chez lui comme des mendiants. Si ton oncle me reconnaît et qu'il nous accueille, nous allons enlever ces vieilles loques et paraître avec nos beaux habits...
Et s'il t'a oubliée ?
C'est ici que tu dois faire attention. Je lui demanderai de nous laisser passer la nuit dans sa maison, comme des mendiants. Dès que nous serons installés, tu me demanderas de te dire un conte. Je ferai semblant de refuser. Insiste jusqu'à ce que j'accepte.

Elle tira de son ballot une vieille sébile de bois, coupa dans un arbre un gros bâton noueux et ils entrèrent au village. Ils allèrent ainsi de porte en porte. La jeune femme tournait aisément dans les venelles, comme si elle les avait quittées de la veille. Elle retrouvait presque toutes les femmes, à peine un peu vieillies, qui venaient lui porter du couscous, de la galette, de l'huile, mais sous ses vieilles guenilles de mendiante, aucune d'elles ne la reconnaissait. Quand elle arriva devant la demeure d'Aubépin, son cœur se mit à battre. L'aspect extérieur n'avait pas changé... c'était bien la grande maison qu'ils avaient achetée, avec l'argent qu'elle avait trouvé dans le jardin. De l'intérieur lui parvenaient des voix d'enfants qui jouaient.

Elle rassembla son courage :
Pour l'amour de Dieu ! cria-t-elle, aussi fort qu'elle put, pour couvrir la voix des enfants.
Attends un peu ! dit une femme de l'intérieur.

La mère reconnut la voix de sa belle-sœur. Peu après une petite fille sortit, avec une pleine assiettée de couscous.
Dieu vous le rende ! dit la mère.

La petite fille allait partir. - Vous habitez une grande maison, dit la mère. Demande à tes parents si nous pouvons passer la nuit mon fils et moi. Nous ne savons pas où aller
Va ton chemin, mendiante, dit la voix de la belle-sœur. Nous t'avons donné à manger, mais nous avons pas de place pour toi dans la maison.
Rien qu'une nuit, dit la mère... pour l'amour die Dieu ! Il fait sombre, mon fils est tout jeune, il a froid et nous ne connaissons personne. Faites-nous une toute petite place, même dans le hall, s'il vous plaît. Demain, avant même que vous soyez réveillés, nous serons partis.

La voix d'Aubépin enfin s'éleva :
Laisse la mendiante et son fils passer la nuit dans la maison. Ils ne nous gêneront pas.

On les fit entrer. La mère jeta un regard rapide sur Aubépin : il n'avait pas beaucoup changé. Lui-même la regarda à peine : elle dissimulait son visage le plus possible, afin de ne pas être tout de suite reconnue.

Ils mangèrent le couscous que la petite fille venait de leur apporter, puis :
Mère, dit l'Argenté, raconte-moi une histoire.
Une histoire ! cria la jeune femme, apparemment très irritée. Il ne nous manque plus que cela ! Les histoires, nous sommes dedans jusqu'au cou tous les deux... et tu veux encore que je te raconte celle des autres ?
Mais aujourd'hui, pleura l'Argenté, nous avons bien mangé, bien bu ; nous allons dormir dans une belle maison. Je veux une histoire.
Tu n'as pas honte de parler ainsi devant ces bonnes gens, qui ont bien voulu nous héberger cette nuit !

Les enfants d'Aubépin vinrent dans le hall en criant :
S'il te plaît, vieille mère, raconte-nous une histoire avant de dormir.
Mais peut-être que vos parents sont fatigués ?
Si tu connais des contes, dit Aubépin, dis les aux enfants, cela va leur faire plaisir.
J'en connais un, qui est un peu long, dit la mère.
Nous avons tout le temps, fit Aubépin.
Mettez-vous devant moi, dit aux enfants la mendiante, qui tournait le dos à la pièce où se tenaient leurs parents.

Et elle commença :
« Machaho ! »
« Tellem chaho ! »

Les enfants étaient agglutinés autour d'elle. Aubépin et sa femme, restés dans la pièce, faisaient semblant de ne pas écouter, mais ils entendaient tout. La mère s'adressait à son fils, parce que c'est lui qui avait demandé un conte :

« Argenté, Argenté, mon enfant,
Il était une fois un chasseur qui aimait passionnément la chasse et, un jour, rapporta un perdreau, qu'il confia à sa femme en lui recommandant de ne pas le laisser s'envoler. Mais leur fille, en jouant avec l'oiseau, le laissa s'échapper et le père les chassa toutes les deux de la maison. »

« Argenté, Argenté, mon enfant,
dans la forêt les animaux sauvages dépecèrent la femme, et la petite fille partit par les chemins, avec le bébé qu'on avait trouvé dans le ventre de sa mère. Quand son frère fut grand il se maria. »

Tout en contant, la mère jetait de temps à autre un coup d'œil dans la pièce et, à mesure qu'elle parlait, elle voyait son frère et sa belle-sœur s'enfoncer peu à peu dans la terre : jusqu'aux chevilles, aux mollets, aux genoux, aux cuisses. Ils étaient maintenant engloutis jusqu'à la taille.

« Argenté, Argenté, mon enfant
mais sa belle sœur, jalouse d'elle, lui donna à manger des œufs de serpent qui bientôt éclosent dans ventre et son frère la crut enceinte. »

La jeune femme regarda : la terre avait aspiré une partie du ventre.

« Argenté, Argenté, mon enfant,
ils allèrent dans les bois avec elle et l'y abandonnèrent au milieu des fauves, avec une chienne qui jappait, un maillet et une calebasse qui s'entrechoquaient, et la nuit. »

« Argenté, Argenté, mon enfant,
elle allait être dévorée si un cavalier qui passait ne l'avait recueillie et emmenée dans sa maison. Il réussit à faire sortir les serpents qu'elle portait dans son ventre et il l'épousa. »

La mère regarda à la dérobée derrière elle : d'Aubépin et de sa femme il ne restait que les têtes, qui émergeaient au-dessus du sol comme des courges rondes

« Argenté, Argenté, mon enfant,
ils eurent un garçon qui grandit et, un jour, revint de la place en pleurant, parce que ses camarades allaient rendre visite à leurs oncles maternels, et lui n'en avait même jamais entendu parler. »

A cet instant la mère vit que les deux têtes avaient disparu : à la place il y avait des touffes de cheveux, les uns longs, les autres à côté plus courts. Elle sentit son cœur tressaillir. Elle se leva, agrippa la tête d'Aubepin par les cheveux et, de toutes ses forces, tira. Le corps d'abord résista, mais la jeune femme, tremblant de tous ses membres, ne lâcha pas prise. Bientôt la masse commença à céder. Le haut du crâne d'Aubépin, puis la tête, les épaules, le buste, la taille, les jambes, les genoux, les pieds enfin furent déterrés.

Quand Aubépin, livide et tout endolori, se dressa enfin devant elle, elle se précipita pour l'embrasser, puis elle alla chercher un maillet et, frappant à toute volée sur ce qui restait du corps de sa belle-sœur, l'enfonça à tout jamais dans la terre.

Par la suite elle fit venir son mari. Aubepin se remaria et ils vécurent très heureux dans leur pays.

Machaho !


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Rédigé par orange8454

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Publié le 13 Septembre 2012

91 - Un régime efficace pour l'obèse
Quand Djeha-Hodja Nasreddin exerçait la médecine, un homme obèse vint le trouver.
- Vois-tu Hodja effendi, je ne peux plus respirer, je marche avec difficulté avec ce ventre énorme. Hodja effendi, il faut me trouver un remède.
- Hélas pour toi, je ne peux rein, ta maladie n'a pas de remède efficace. Dans un mois, tu seras mort.
Rentrant chez lui désespéré et ne songeant plus qu'au repos de son âme, l'homme s'est tellement plongé dans la prière qu'il en oublia de s'alimenter. Au bout d'un mois, comme il ne se passait rien et qu'il était toujours vivant, il retourna voir Djeha-Hodja Nasreddin, en colère cette fois-ci :
- Espèce de charlatan, à cause de toi, je viens de vivre un mois d'angoisse que je ne suis pas prêt d'oublier et cela pour rien !
- Comment pour rien, regarde ton ventre, il a disparu. Et surtout pense à me payer le prix de la consultation.

 

92 - Le commerçant polyvalent
Djeha-Hodja Nasreddin entre dans un bazar où l'on vend de tout et demande au commerçant :
- Vends-tu des planches ?
- Oui, j'en vends.
- Vends-tu des clous ?
- Oui, j'en vends aussi
- As-tu des scies ?
- Oui, j'en ai.

- As-tu des rabots ?
- Oui, j'en ai aussi.
- Alors,
demanda Hodja, comment se fait-il qu'avec tout ça tu ne sois pas menuisier !

 

93 - L'écrivain public
Un homme illettré vint trouver Djeha-Hodja Nasreddin pour lui écrire une lettre. Une fois la lettre terminée, Hodja se mit à la relire à haute voix :
- Ma chère épouse. Commença Hodja, vite interrompu par l'homme.
- Ce n'est pas ça du tout, je t'ai dit d'écrire "cher frère …"
- …. Cher frère,
continua Hodja, ma chèvre Halouma est morte ce matin…, de nouveau interrompu.
- Enfin, Hodja effendi, il s'agit pas de ma femme Halouma qui, elle, se porte bien Dieu merci, mais de ma chèvre tout simplement.
- Mais c'est tellement mal écrit,
dit Djeha-Hodja Nasreddin, que j'arrive difficilement à la lire !
- Mais, c'est toi qui viens de l'écrire !
- Cela suffit comme ça,
s'impatienta Hodja, cette lettre ne m'est pas destinée et il est indécent de ma part de lire ce qu'elle contient !


94 - Djeha-Hodja Nasreddin et le savant
Djeha-Hodja Nasreddin avait un bac qu'il utilisait pour faire traverser la rivière aux gens. Un jour son passager était un savant décidé à tester le savoir de Djeha-Hodja Nasreddin et à lui donner une leçon.
- Dites-moi, Djeha-Hodja Nasreddin, comment orthographiez-vous le mot"magnificence" ?
- Je ne sais pas, dit Djeha-Hodja Nasreddin en continuant de ramer.
- Combien font deux tiers de neuf ?
- Aucune idée.
- comment calcule t-on la surface d'un triangle ?
- Pas la moindre idée.
- Vous n'avez donc pas appris tout cela à l'école ?
- Non !
- Dans ce cas, la moitié de votre vie est perdue.
À ce moment même, une terrible tempête est survenue et la barque a commencé à couler. Les deux hommes se retrouvèrent à l'eau, assez loin l'un de l'autre.
- Dites-moi, Monsieur le savant, dit Djeha-Hodja Nasreddin. Avez-vous appris à nager ?
- Non, jamais ! Dit lesavant qui se débattait pour ne pas se noyer.
- Dans ce cas, lui cria Djeha-Hodja Nasreddin, ce n'est pas la moitié, mais c'est votre vie entière qui est perdue

 

95 – La direction

On demanda à Djeha-Hodja Nasreddin pourquoi il y avait gens qui marchaient dans une direction et d'autres qui marchaient dans une autre.
- C'est simple, répondit Djeha-Hodja Nasreddin, si tout le monde marchait dans la même direction, la terre perdrait son équilibre et basculerait.


96- La chaussure

Pour sa prière, Djeha-Hodja Nasreddin faisait ses ablutions dans un petit torrent. Pendant le cérémonial, le courant emporta une de ses chaussures posées sur la rive, près de l eau. Fâché de cette perte, Djeha lâcha un vent sur l'eau et dit :
- Ruisseau, je te retourne tes ablutions, maintenant rends-moi ma chaussure !

 

97 – La lune
Quelqu'un, qui était curieux, demanda à Djeha-Hodja Nasreddin :
- Nasreddin effendi! Qu'advient-il de la pleine lune quand elle disparaît et est remplacée par la nouvelle lune ?
- Dieu la coupe en petits morceaux qu'il disperse dans le ciel. C'est ainsi que naissent les étoiles !

98 – L’oie

Un homme dit à Djeha-Hodja Nasreddin avoir vu un autre homme portant une oie rôtie.
- Cela ne me regarde pas, dit Djeha.
- Mais il allait chez toi, dit l'homme.
- Alors cela ne te regarde pas, répondit Djeha.

99 – Mal de tête

Un homme s'est plaint à Djeha-Hodja Nasreddin d'avoir d'atroces céphalées et lui demanda ce qu'il devait faire.
- Quelques jours auparavant, répondit Djeha-Hodja Nasreddin, j'ai eu un terrible mal de tête, je l'ai extirpé et maintenant je me sens bien.

Un invité de Djeha-Hodja Nasreddin venait de lâcher un «vent», mais il en cacha le bruit en frottant, en même temps, sa chaussure sur le plancher.
- Vous avez réussi à dissimuler le bruit en faisant grincer votre chaussure, dit Nasreddin. Malheureusement vous n'avez pas pu cacher.

 

100 - le plus précieux au monde
Un jour ses amis ont demandé à Nasreddin :
- Tu es un homme sage, Nasreddin Effendi. Peux-tu nous dire ce que tu considères comme le plus précieux au monde ?
- Je considère le conseil, comme
étant sans prix, dit Nasreddin.
Ses amis lui ont ensuite demandé :
- Et que considères-tu pour être sans valeur ?
- Je dirai que le conseil est la chose qui a le moins de valeur au monde.
- Eh bien, Nasreddin Effendi ! Objecta son auditoire. Comment une chose peut-elle être à la fois sans valeur et la plus précieuse ? Tu dois faire une erreur !
- Non, mes amis. Je sais de quoi je parle. Un conseil pris peut être précieux, mais il devient sans valeur quand il n'est pas le bienvenu !
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Rédigé par orange8454

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Publié le 13 Septembre 2012

86 - Que croire et qui croire ?

Djeha-Hodja Nasreddin travaillait au bazar comme porteur occasionnel. Un jour, un marchand l'appela et lui demanda de l'accompagner chez lui pour porter une lourde caisse contenant un lot d'assiettes en porcelaine. Comme Djeha-Hodja Nasreddin demandait quel serait son salaire, le marchand lui dit :
- Écoute, j'ai tout dépensé et il ne me reste plus d'argent. Je te paierai à la fin de la semaine, quand j'aurai vendu ma récolte de dattes. En attendant, pour t'encourager, je te livrerai trois secrets, en cours de route.
Après un certain temps, Djeha-Hodja Nasreddin s'arrêta car il ressentait la fatigue. Il demanda alors à l'homme de lui dévoiler le premier secret.
- D'accord, dit ce dernier. Si quelqu'un te dit que cinq et cinq font neuf, surtout ne le crois pas.
Reposé, Djeha-Hodja Nasreddin reprit son chemin, mais il s'arrêta de nouveau et dit au marchand :
- Je ne ferai pas un pas de plus si tu ne me dis pas le deuxième secret.
- D'accord, dit l'homme, si quelqu'un te dit que le sable est un aliment très nourrissant, ne le crois pas.
Reprenant son chemin, il arriva exténué à destination, suivi par le marchand, qui lui dit :
- Voici le troisième secret : si quelqu'un te dit que je tiens toujours mes promesses, surtout ne le crois pas.
A ce moment, Djeha-Hodja Nasreddin lâcha la caisse, qui tomba avec un bruit retentissant. Il dit au marchand :
- En échange de tes trois secrets, je vais, à mon tour, t'en révéler un : si quelqu'un te dit que tes assiettes sont toutes cassées, surtout crois-le.

 

87 - Une question de lumière 
Un jour, un homme trouve Djeha-Hodja Nasreddin en pleine nuit, à quatre pattes, cherchant quelque chose dans le halo de lumière d'un lampadaire.
- As-tu égaré quelque chose ? Lui demande-t-il.
- Oui, j'ai perdu mes clés, répond Djeha-Hodja Nasreddin.
- Et où les as-tu laissées tomber ?
- Là-bas, dit Djeha-Hodja Nasreddin, en désignant un porche obscur.
- Mais alors pourquoi les cherches-tu ici, alors que tu les as perdues ailleurs ? C'est stupide !
- Pas tant que ça ! Répond Djeha-Hodja Nasreddin, je préfère les chercher là où il y a de la lumière !

 

88 - La vérité ou la mort
Un jour le roi décida de forcer tous ses sujets à dire la vérité. Un gibet fut érigé devant les portes de la ville. Un héraut annonça que quiconque entrerait dans la ville devait d'abord répondre à une question qui lui sera soumise. Djeha-Hodja Nasreddin était le premier de la listes. Le capitaine de la garde lui a demandé
- Où allez-vous ? Dites-nous la vérité – sinon ce sera la mort par pendaison.
- Je vais à ce gibet,
dit Nasreddin, pour y être pendu.
- Je ne vous crois pas.
- Très bien, si j'ai dit un mensonge qu’on me pende de suite!
- Mais ce pourrait être la vérité,
dit le capitaine !
- Exactement, dit Nasreddin, votre vérité.

 

89 - La dette de cinq piastres
Djeha-Hodja Nasreddin flânait dans le marché quand un commerçant l'accosta, lui reprochant de ne pas payer sa dette.
- Cher ami, lui demanda Djeha, combien vous dois-je au juste ?
- Soixante-quinze piastres,
cria le commerçant, en colère.
- D’accord, d’accord, répondit Djeha. Vous savez bien que j'ai l'intention de vous payer trente-cinq piastres demain et trente-cinq autres le mois prochain. Cela signifie que je ne vous dois plus que cinq piastres. N'avez-vous pas honte de m'accoster ainsi en public pour une dette de seulement cinq piastres ?

 

90 - De l'or ou des cailloux ?
Dans un village où Djeha-Hodja Nasreddin était imam, les gens avaient l’habitude de collectionner des pièces d’or, de les mette dans une jarre et de l’enterrer dans leur jardin. Une fois par an, ils déterraient la jarre, admiraient les pièces puis l’enterrait de nouveau. Djeha prit des cailloux, les mit dans une jarre et l’enterra.
- Effendi, ça ne va pas ainsi, tu dois remplir ta jarre d’or, lui dirent les gens.
- Braves gens,
dit Hodja,
considérant que vous ne dépensez pas votre argent, qu’importe que ce soit de l’or ou des cailloux ?


 

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Rédigé par orange8454

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Publié le 13 Septembre 2012

Il advint une année de famine pour les bêtes sauvage habitant le maquis. Tout ce qui avait petites oreilles dressées et pattes trottinant mourait de faim, tous ceux qui disent ; nous voulons dormir.

S’étant donné le mot, ils rassemblèrent sur une croupe buissonneuse, se mettant à l'abri de bouquet de cactus, pour n'être pas vus de ceux qui possèdent les énormes molaires, les défenses et les griffes. Il y avait là chacal et Hérisson, chacun de son côté. Ils surveillaient, se souvenant des méchancetés qu'ils s'étaient faits.

Tous ceux qui faisaient cercle étaient bien maigres, sauf Hérisson, chasseur de vermine, qui n'avait pas souffert ; il avait pris du ventre.
Chacal se sentait des démangeaisons au menton, il avait envie de manger Hérisson. Sa bouche s'humectait et laissait déborder sa salive. Il se disait :
Ô Morceau de poitrine,

le manque de force me prive de toi.

Les autres bêtes ne savaient que dire. Ils se demandaient d'ou leur viendraient les vivres. Tout à coup, le chat, fils de lion, parla ; il leur rappela le repas que le lion leur avait offert quand il avait eu la fièvre :

Quelle galopade ce jour-là ! Nous nous sommes mis en route tout tremblants ; nous craignons que le roi des animaux ne nous dévore ; c'est lui qui nous a fait manger. Il y avait de tout et du meilleur. Que de lait nous avons bu ! Que de viandes nous avons mangées ! Combien d'œufs avaient été cuits !

Et encore, Chacal, ave ses petits yeux malins, en rajoutait :
Malgré les pièges que je lui avais tendus les mangeailles qui avaient été servies. Avec des cris, ils dirent ce que chacun préférait.

Le chat venta le lait :

Jamais ne reviendra un jour pareil ; j'ai lapé tant de lait que ma bedaine en était toute gonflée.

Chacal, mangeur d'agneaux, dit :

Tu t'y connais, muet mangeur de rats ? Y a-t-il meilleur qu'un morceau de plat de côtes ? Même pour un malade, il en faut très peu.

Le serpent dit :

Plaisanteries que tout cela. Pour moi, rien ne vaut les œufs. Ce jour-là, Dieu m'a comblé ; j'en ai gobé un tas énorme. Si cela ne dépendait que de, je ne dépenserais pas mon argent pour des broutilles et ne chercherais que les œufs qu'on n'a pas besoin de mâcher.

Ils faisaient de plus de vacarmes en raison de l'appétit et la gourmandise qui les possédaient. Hérisson, qui avait l'estomac bien garni, avait la tête cassées de tous ces discours et n'y trouvait aucun sens : autant semer dans la rocaille. De sa petite voix, il dit :
Laissez-moi tranquille, imbéciles qui cherchez l'impossible. On dit : Les At-Ghorbri, quand ils rêvent de figues, ils en parlent. Dans la disette où nous sommes, une figue tombée avant maturité, nous ne trouvons pas à nous la mettre sous la dent et vous demandez des denrées hors de prix ; de la viande, des œufs, du lait. La viande est appréciée ; la bonne viande nous l'aimons tous mais elle vient de la montagne infertile. Pauvres de nous, sur qui règne la faim, puissions-nous parvenir à avoir des œufs et du lait ; eux aussi nourrissent la viande ; l'œuf, c'est la chair qui le produit et il engendre la viande emplumée. Le lait vient de la viande et fait grossir nos enfants. Pour la santé, manger un œuf, qui boit du lait mange de la viande.

Chacal, tout ce qui disait Hérisson sur la viande, il n'essayait pas de le comprendre ; il n'entendait. Il ne détournait pas ses yeux de la bedaine d'Inisi.

Celui-ci s'en rendait compte. Il voyait chacal se gratter le menton, se demandait par où il allait le prendre. Il lui dit :

Ta barbe te démange. Ben Yakoub ; puisses-tu faire bientôt un bon repas de viande ; pour toi elle ne manque pas donc d'abord un fruit, pour t'ouvrir l'appétit, supprimer tes tiraillements d'estomac.

Il prit une figue de barbarie, avec toutes ses épines et dit à Chacal :

Ouvre la bouche et ferme les yeux.

Chacal brûlait d'impatience ; il ouvrit la bouche, en fermant les yeux. Hérisson, sans barguigner lâcha la figue qui alla se coincer dans le fond du gosier. Chacal, la gorge pleine d'épines ne pouvait plus respirer : la figue était si bien bloquée dans son gosier qu'il ne pouvait ni parler ni crier.

Toutes les bêtes présentes défaillaient de rire. Le crapaud avait un ventre si gonflé qu'il risque d'en éclater. La cigale crissait à en perdre le souffle. Hérisson, déclara :
De ce peu d'épines d'une figue de Barbarie, tu ne peux venir à bout ; que serait-ce de moi ? Au revoir ; fasse Dieu que ne tu ne puisses ni l'avaler ni la rejeter.

Il battit le sol de ses petites pattes et, en trottinant, il s'en alla.



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Rédigé par orange8454

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