Publié le 13 Septembre 2012

C'est l'histoire d'un lion qui s'en vint trouver un chacal et lui dit : "Je voudrais que vous me procuriez de quoi manger : voilà huit jours que je reste sur ma faim ".

"Il y a ici, répondit le chacal, un mulet qui broute dans un pâturage : mais il faut que nous lui trouvions un motif ".

"Entendu, dit le lion, quoi que vous décidiez, je vous soutiendrai".


« Venez, reprit le chacal, rendons-nous ensemble chez lui. Dès que j'arriverai, je lui dirai que le roi nous a prescrit de produire chacun son arbre généalogique, à savoir ses racines, bref l'identité de son père. Voilà, continua-t-il, le langage que je lui tiendrai, c'est ça le meilleur prétexte. Le mulet, c'est connu, n'a pas d'origine avouable : ses parents sont la jument et le baudet, sauf votre respect. Alors, conclut le chacal, quand nous nous présenterons à vous, il faut que vous m'interrogiez en premier »

Ils arrivèrent donc auprès du mulet. Le chacal l'appela et lui dit :

« Venez voir ce que dit le lion ».

« Moi, dit le lion, je ne suis que l'envoyé du roi. Ne me prêtez aucune mauvaise intention »

« Je vous en prie messire », dit le mulet.

« Je viens, dit le lion, vous poser une question : il faudrait que vous me fassiez connaître vos origines »

« En ce qui me concerne, oncle lion, dit le chacal, je suis chacal, descendant de chacals, et ceci jusqu'au chacal que Noé a pris avec lui dans l'arche. »

« Et vous ? » demanda-t-il au mulet.

« Moi, monseigneur répondit le mulet,

je n'ai pas de tête. Il faut que j'aille demander à ma mère quelle est mon origine ».

« Entendu », dit le lion.

Or notre mulet était de solide carrure. Il s'arrêta auprès d'un forgeron, et quand il lui eut mis une ferrure neuve, il revint en se mettant à boiter d'un pied.

Les deux autres lui demandèrent :

« Qu'est-ce qui arrivé pour que vous boitiez ? »

« C'est, dit-il, une lettre que ma mère m'a fourrée dans le sabot. J'avais peur que si je la mettais dans la bouche elle se mouille ; alors je l'ai mise dans le sabot ».

Quand il fut près d'eux, il leur dit : « Désignez l'un de vous pour qu'il vienne la lire » Le lion dit au chacal :

« Allez la lire ».

« Monseigneur, prétexta le chacal, je n'y vois pas clair du tout ».

Le lion s'avança pour la lire. Alors, le visant bien entre les deux yeux, le mulet lui décocha une ruade qui lui fit voler le crâne en éclat.



Voir les commentaires

Rédigé par orange8454

Publié dans #autres, #chacal, #lion, #lire, #mulet

Repost0

Publié le 13 Septembre 2012

L'on raconte qu'aux temps anciens il était un pauvre vieux qui s'entêtait à vivre et à attendre la mort tout seul dans sa masure. Il habitait en dehors du village. Et jamais il n'entrait ni ne sortait, car il était paralyse. On lui avait traine son lit prés de la porte, et cette porte, il en tirait la targette a l'aide d'un fil. Or ce vieux avait une petite fille, a peine au sortir de d'enfance, qui lui apportait tous les jours son déjeuner et son diner. Aicha venait de l'autre bout du village, envoyée par ses parents qui ne pouvaient eux-mêmes prendre soin du vieillard.

La fillette, portant une galette et un plat de couscous, chantonnait à peine arrivée :

Ouvre moi la porte, o mon père Inoubba, o mon père Inoubba ! Et le grand-père répondait :

Fais sonner tes petits bracelets, o Aicha ma fille !

La fillette heurtait l'un contre l'autre ses bracelets et il tirait la targette. Aicha entrait, balayait la masure, serait le lit. Puis elle servait au vieillard son repas, lui versait a boire. Apres s'être longuement attardée prés de lui, elle s'en retournait, le laissant calme et sur le point de s'endormir. La petite fille racontait chaque jour à ses parents comment elle avait veille sur son grand-père et ce qu'elle lui avait dit pour le distraire. L'aïeul aimait beaucoup a la voir venir.

Mais un jour, l'Ogre aperçut l'enfant. Il la suivit en cachette jusqu’à la masure et l'entendit chantonner :

Ouvre moi la porte, o mon père Inoubba, o mon père Inoubba ! Il entendit le vieillard répondre

Fais sonner tes petits bracelets, o Aicha ma fille !

L'Ogre se dit ; "J'ai compris. Demain je reviendrai, je répéterai les mots de la petite fille, il m'ouvrira et je le mangerai !"

Le lendemain, peu avant que n'arrive la fillette, L'Ogre se présenta devant la masure et dit de sa grosse voix"

Ouvre moi la porte, o mon père Inoubba, o mon père Inoubba !

Sauve-toi, maudit ! lui répondit le vieux. Crois-tu que je ne te reconnaisse pas ?

L'Ogre revint à plusieurs reprises mais le vieillard, chaque fois, devinait qui il était. L'Ogre s'en alla finalement trouver le sorcier.

Voici, lui dit-il, il y a un vieil impotent qui habite hors du village. Il ne veut pas m'ouvrir parce que ma grosse voix me trahit. Indique-moi le moyen d'avoir une voix aussi fine, aussi claire que celle de sa petite fille.

Le sorcier répondit :

Va, enduis-toi la gorge de miel et allonge-toi par terre au soleil, la bouche grande ouverte. Des fourmis y entreront et racleront ta gorge. Mais ce n'est pas en un jour que ta voix s'éclaircira et s'affinera !

L'Ogre fit ce que lui recommandait le sorcier ; il achetait du miel, s'en remplit la gorge et alla s'étendre au soleil, la bouche ouverte. Une armée de fourmis entra dans sa gorge.

Au bout de deux jours, l'Ogre se rendit a la masure et chanta

Ouvre moi la porte, o mon père Inoubba, o mon père Inoubba !

Mais le vieillard le reconnut encore.

Eloigne-toi, maudit ! lui cria-t-il. Je sais qui tu es.

L'Ogre s'en retourna chez lui.

Il mangea encore et encore du miel. Il s'entendit de longues heures au soleil. Il laissa des légions de fourmis aller et venir dans sa gorge. Le quatrième jour, sa voix fut aussi fine, aussi claire que celle de la fillette. L'Ogre se rendit alors chez le vieillard et chantonna devant sa masure :

Ouvre moi la porte, o mon père Inoubba, o mon père Inoubba !

Fais sonner tes petits bracelets, o Aicha ma fille ! répond l'aïeul.

L'Ogre s'était muni d'une chaine ; il la fit tinter. La porte s'ouvrit. L'Ogre entra et dévora le pauvre vieux. Et puis il revêtit ses habits, prit sa place et attendit la petite fille pour la dévorer aussi.

Elle vint, mais elle remarqua, des qu'elle fut devant la masure, que du sang coulait sous la porte. Elle se dit : "Qu'est-il arrive a mon grand-père ?"

Elle verrouilla la porte de l'extérieur et chantonna

Ouvre moi la porte, o mon père Inoubba, o mon père Inoubba !

L'Ogre répondit de sa voix fine et claire :

Fais sonner tes petits bracelets, o Aicha ma fille !

La fillette qui ne reconnut pas dans cette voix celle de son grand-père, posa sur le chemin la galette et le plat de couscous qu'elle tenait, et courut au village alerter ses parents.
L'Ogre a mangé mon grand-père, leur annonça-t-elle en pleurant. J'ai ferme sur lui la porte. Et maintenant qu'allons-nous faire ?

Le père fit crier la nouvelle sur la place publique. Alors, chaque famille offrit un fagot et des hommes accoururent de tous cotes pour porter ces fagots jusqu'a la masure et y mettre le feu. L'ogre essaya vainement de fuire. Il pesa de toute sa force sur la porte qui résista. C'est ainsi qu'il brula.

L'année suivante, à l’ endroit même ou l'Ogre fut brule, un chêne s'élança. On l'appela le "Chêne de l'Ogre". Depuis, on le montre aux passants.

Mon conte est comme un ruisseau, je l'ai conté à des Seigneurs.


Voir les commentaires

Rédigé par orange8454

Publié dans #inoubba, #ogre, #pere, #petits, #porte

Repost0

Publié le 13 Septembre 2012

En 1490, dans une somptueuse demeure de la ville de Tanger vivait une très belle jeune fille qui s’appelait Zoraima. Son père Moulay Mohamed lui apprit que Boabdil, roi de grenade la demandait en mariage.


Malheureuse, elle alla voir une vieille femme qui avait le don de lire dans le livre du destin.

- Peux-tu me dire Aïcha si mon départ apportera dans ma vie bonheur ou infortune ?

- O toi, ma maîtresse, toi la fille de mon bienfaiteur, je puis lire quelle sera ta destinée, mais il m’est interdit de te révéler ce que le miséricorde cache à ses créatures.

Elle cueillit une rose, la plus rouge et la plus odorante du parterre, et la tendit à la princesse.

- Prends cette fleur, et conserve-la avec soin. Tant que le malheur ne t’atteindra pas, cette rose restera fleurie, mais le jour où le Destin te sera contraire, alors elle se fanera.

Zoraima se mit en route pour Grenade avec une escorte et sa précieuse rose, dans un coffret de santal.

Lorsqu’elle vit son futur époux Boabdil son cœur cessa de battre à la vue de ce frêle jeune homme au teint pâle, aux grands yeux de velours, dont les gestes harmonieux étaient aussi gracieux que ceux d’une femme.

Les jours se succédaient, le bonheur de la princesse était manifeste ; dans son coffret de bois de santal, la rose de Tanger s’épanouissait.

Un jour la ville fut attaquée par les chrétiens envahisseurs, les canons tonnaient, le peuple mourait, mais la rose de Tanger donnait son plus merveilleux parfum.

Entre les rois catholiques et le Sultan Boabdil un traité fut signé ; il remettait son royaume entre les mains des conquérants afin que le sang de ses sujets ne fût pas répandu plus encore.


Lorsque la ville apprît la signature du traité, elle se crût trahi.

Les gens criaient – A mort Boabdil – A mort le traître !

Boabdil n’emmenant avec lui sa femme et quelques serviteurs fidèles, quitta le palais par un passage secret, mais il tomba au milieu de guerriers chrétiens.

Ils furent emmenés jusqu’aux rois chrétiens qui les exila.

La rose de Tanger doucement s’épanouissait.

Il n’avait rien emporté de ses trésors, personne ne lui venait en aide et sa maison si pauvre qu’il ne possédait pas ni d’esclave pour le servir.

L’humiliation et le chagrin eurent raison de Boabdil. Un jour il se présenta devant Zoraima et il lui dit :

- Je ne puis plus vivre ici, je m’en vais vers les régions du soleil levant.

- Je t’accompagne dusses-tu aller au bout du monde.

- Non Zoraima, tu ne viendras pas avec moi. Tu retourneras dans la maison de ton père où tu vivras entourée de richesse et de respect.

- Pourquoi, mon seigneur ?

- Parce que je ne t’aime plus.

Après son départ, et avoir prononcé par trois fois la formule de répudiation, Zoraima se retira en pleure et selon son habitude ouvrit le coffret en bois de santal. La belle rose rouge n’était plus qu’une petite boule jaunâtre qui tombait en poussière.

La rose de Tanger venait seulement de se faner.




Voir les commentaires

Rédigé par orange8454

Publié dans #boabdil, #jour, #rose, #tanger, #zoraima

Repost0

Publié le 13 Septembre 2012

La cité de Chella qui fut fondée par des marchands de Carthage se trouve en haut de la ville de Rabat.


Jadis, au temps où Chella était une ville prospère et florissante, vint un homme qui s’appelait Mohammed-ben-Daoud. Nul se savait qui il était, il était arrivé vêtu de loques sales et trouées et vivait dans une modeste maison.

Mais un jour, il acheta une mule, il acquit des esclaves, se pavanait dans des djellabas de soie brodée d’or.


Il commença à faire des envieux, les gens interrogèrent ses esclaves sans grand résultat. Tout ce qu’ils pouvaient dire c’est qu’il s’enfermait une grande partie de la journée dans une chambre retirée de sa maison d’où sortait des bruits bizarres, comme le soufflet d’une forge, d’un marteau…


Son voisin qui s’appelait Cham-ed-Dohah était d’une nature curieuse. Un jour en plein après-midi, pendant que les esclaves dormaient, il se hissa sur la terrasse de Mohammed. Afin de l’épier.


En se faufilant il arriva à la petite chambre. Prévoyant il avait amené avec lui un instrument afin de pouvoir percer un trou dans la cloison. Il y appliqua son œil, il vit sur un fourneau un récipient bouillonnant qui dégageait une épaisse fumée. Mohammed actionnait du pied un soufflet et jetait de temps en temps dans le récipient une matière grisâtre avec d’autres articles tout en regardant souvent un sablier.


Il versa son contenu dans un moule de fer ; au bout d’un instant, une fois démoulé à grands coups de marteau, il le retourna et Cham vit un morceau de métal jaune brillant et reconnut que c’était un lingot d’or. Etait-il un sorcier ou un alchimiste ?


Il échafauda dans sa tête un plan.


Le lendemain, il se présenta chez Mohammed qui lui offrit l’hospitalité.


Cham lui expliqua que l’ange Gabriel lui était apparu en rêve et lui avait demandé de construire une tombe tapissée d’or pour un pauvre marabout vénérable décédé et pour se faire qu’il devait se faire aider par son voisin qui avait le pouvoir de fabriquer de l’or.


Impassible, Mohammed répondit : « je ne te donnerai rien, ni mon or, ni le secret de le fabriquer, si l’ange Gabriel a quelque chose à me dire, il n’a qu’à venir me trouver lui-même et nous en discuterons ».


Cham quitta la maison de Mohammed très en colère. Il chercha pendant plusieurs jours comment se venger. Il raconta toute l’histoire à son épouse qui lui conseilla d’aller trouver le Sultan et de lui révéler ce qu’il savait.


Une fois informé, le Sultan envoya chez Mohammed des mokhasnis qui le ramenèrent au palais enchaîné.


« Tu connais le secret de la fabrication de l’or, tu vas me le révéler sur le champ ou sinon je te ferai jeter en prison ».


« Seigneur, le secret je ne le connais pas ».


Il l’enferma dans un profond cachot, le temps passait lentement. Un jour on enferma avec lui un pauvre diable.


« J’ai été jeté en prison car je ne voulais pas donner au Sultan ma pauvre maison qu’il convoitait afin d’agrandir les jardins du palais, et toi lui demanda-t-il ».


« Moi j’ai été enfermé car je fabriquais de l’or et il a fait mon malheur ».


« Mais si tu fabriques de l’or tu peux acheter ton geôlier ».


« C’est peut-être vrai, mais je n’ai pas les ingrédients nécessaires ».


« Ecoute, lui dit le pauvre diable, je connais un peu notre gardien, en lui expliquant qu’en te rendant tes outils tu fabriqueras de l’or et que tu lui en donneras un peu, il peut se laisser convaincre ».


« Mes instruments se trouvent dans une chambre que t’indiqueront mes esclaves ; voici la liste de ce qui m’est indispensable ».


Mohammed lista se qu’il lui fallait sur un morceau arraché à sa chemise à l’aide d’un bout de charbon de bois.


Le soir venu, le geôlier amena le four, le soufflet, les vases, le moule, les matières demandées… Durant toute la nuit Mohammed travailla et au matin il y avait un tas de lingots dans la cellule. Il demanda à Cham de négocier leurs libérations auprès du geôlier.


Les heures passèrent sans le retour de Cham ; soudain le geôlier réapparut accompagné des mokhasnis, ils se saisirent de Mohammed et il se retrouva de nouveau en face du Sultan.


Dans la pièce il reconnut Cham qui avait troqué ses vieux vêtements par de somptueux habits.


Le Sultan d’excellente humeur lui expliqua qu’il lui avait envoyé son grand vizir déguisé en meskine afin de connaître son secret.


Il lui dit : « … Tu resteras désormais enfermé dans ta prison ; je veux que tu éprouves les effets de ma bonté : dans ta prison on te laissera ce qu’il te faut pour fabriquer de l’or ; tu en fabriqueras tant que tu voudrais et jusqu’à ce que ton cœur soit rassasié… J’oubliais seulement de te dire qu’on ne te donnera rien à manger, mais l’or n’est-il pas le plus précieux des biens terrestres ? »


Tous se mirent à rire.


Dans sa cellule Mohammed pensa : « l’or a fait mon malheur, je ne veux pas être seul à en pâtir ».


Il déchira sa chemise en petits chiffons et inscrivit sur chaque morceau la recette de la transformation des métaux en or, puis il les envoya dehors par la seule ouverture de son cachot.


Le lendemain toute la ville savait comment changer le métal en or. Dans toutes les maisons les fours ronflaient, les lingots s’empilaient et tout le monde était riche.


Dans Chella il n’y avait plus de mendiants, ni de pauvres gens, les champs n’étaient plus cultivés, les bateaux pourrissaient dans le port… Les habitants se promenaient habillés comme des princes.


Bientôt les prix commencèrent à augmenter, ceux fut la disette, il n’y avait plus de pauvres. La fille du Sultan ayant voulu se procurer un bol de blé, offrit son propre poids en or, sans pouvoir obtenir le grain convoité. On en vint à essayer de se nourrir de rubis et de diamants pilés. Les habitants de la ville commencèrent à périr.


Un jour un vieillard porteur d’eau nommé Habib et qui venait de Fez croisa le chemin du Sultan ; il lui expliqua qu’il avait travaillé pour ses aïeuls.


Le Sultan lui proposa de l’aider, mais Habib lui expliqua qu’il n’avait pas besoin de ses bienfaits car il était très riche.


Il emmena le Sultan à Chella ; dans une grotte obscure il lui montra toutes ses richesses amassées.


« A qui son ces richesses » lui demanda le Sultan.


« A moi, lorsque je venais porter de l’eau aux habitants ils me rétribuaient avec des plats et objets en or ».


Le Sultan réfléchit un instant, puis tirant son sabre, il lui coupa la tête.


« Ces biens ne sauraient appartenir qu’à moi » dit le Sultan.


A la nuit tombée, il sortit de la grotte emportant dans une sacoche toutes les richesses qu’il put.


Il pensait à toutes les choses qu’il pourrait faire avec tout cet or ; mais au moment de traverser une rivière, son pied glissa ; sa sacoche lourdement chargée l’entraîna au fond et ce ne fut que longtemps après que son cadavre fut repêché.


Ainsi l’or de Chella fit-il le malheur de tous ceux qui l’avaient possédé.


Moralité : l’or fait le malheur des humains qui le convoitent.



Voir les commentaires

Rédigé par orange8454

Publié dans #cham, #l’or, #mohammed, #qu’il, #sultan

Repost0

Publié le 13 Septembre 2012

Les jeunes princes ne connaissaient rien à la vie, n'avaient jamais bravaient les dangers de ce vaste monde. Ces hommes qui n'avaient pas été forgés par l'expérience et les épreuves, pourraient-ils un jour le succéder sur le trône ? Telles étaient les pensées de ce sultan.


Les jeunes princes eurent un jour vent de ce qui le tracassait. Voulant lui faire plaisir, le plus âgé des garçons décida de partir en voyage. La nouvelle, comme on le pense, emplit de joie le sultan. Le prince sella le plus beau, le plus vigoureux cheval de l'écurie royale et partit à l'aventure. Son voyage dura deux longs mois au bout desquels il revint au palais. Le sultan, fort heureux, accueillit son fils à bras ouverts. Il attendait, avec impatience, le récit de ses pérégrinations :


« Jusqu'où t'a mené ton voyage, mon fils ? » lui demanda-t-il. Le prince nomma les lieux qu'il avait traversés. Le sultan se rembrunit ; c'est avec beaucoup d'amertume qu'il dit au jeune prince :


« Lorsque j'étais enfant, je pouvais atteindre cet endroit le temps d'un soupir. »


Les jours reprirent leur course, les épaules du sultan s'affaissaient sous le poids de moroses pensées. Ses sujets se désolaient de ne rien pouvoir faire pour le soulager.


Le deuxième prince décida alors de partir, se promettant d'aller plus loin que son aîné. Son absence dura quatre mois. Quand il revint et qu'il indiqua au sultan les lieux qu'il avait visités, il s'avéra que lui non plus n'était pas allé bien loin :


« Le temps de bien me mette en selle, j'arrivais à cet endroit » lui dit le sultan. Les autres princes tentèrent, par la suite, de faire mieux mais en vain.
Le tour du cadet arriva. Avant d'entreprendre son voyage, il alla rendre visite au sage à qui il fit part de son projet et à qui il demanda de l'aide. Le sage lui conseilla d'aller voir la sultane :


« Câline-la, embrasse-la et demande-lui de t'indiquer l'endroit où se trouve le cheval que ton père montait jadis. »


Le cadet suivit le conseil du sage. Il alla chez sa mère, la câlina tant et si bien qu'il finit par lui soutirer le renseignement qu'il désirait. Il retourna ensuite chez le sage, demander de nouvelles instructions.


Le sage lui donna différentes herbes, lui demanda de les faire bouillir et d'en enduire régulièrement le cheval. Il ne lui fallut pas moins de quatre mois pour apprivoiser la bête. Le prince se sentant prêt, alla avertir le sultan de son prochain départ. Il lui demanda de donner l'ordre de faire sortir tous les chevaux des différentes écuries royales. Il expliqua qu'il voulait en choisir un. Les chevaux furent amenés et le prince choisit le vieux cheval qui appartenait à son père. Il le reconnut facilement car il avait pris la précaution de lui mettre un clou sous un de ses sabots. Le sultan le fit remarquer que le cheval était vieux et qu'il boitait.


« Je le prendrai quand même, fut la réponse du prince.


Maintenant j'ai confiance en l'avenir ; je sais que tu iras loin, puisque ton choix s'est porté sur mon cheval, dit le sultan et il ajouta :


Prends ma boîte de tabac à priser. Elle est en argent sertie de pierres précieuses. Ton cheval t'emmènera chez une femme que j'ai connu jadis : remets-lui la boîte, mais auparavant donne-lui de mes nouvelles, dis-lui que je vais bien car dès que tu lui remettras la boite, elle mourra. »


Le jeune prince acquiesça et enfourcha le cheval. Ce dernier lui dit :


« Veux-tu que j'aille au pas ou au galop ?


Va au pas, que je puisse à mon retour conter au sultan ce que j'aurai vu en chemin », fut la réponse du prince.


Il leur fallut quinze jours pour arriver chez la femme dont avait parlé le sultan. Elle leur accorda l'hospitalité. Cette femme était un génie. Elle avait été la première épouse du sultan. Un pacte avait été conclu entre eux : si le sultan remettait à sa première femme sa boîte de tabac à priser, elle mourrait sur-le-champ. Si, au contraire, c'était elle qui remettait un chapelet, elle mourrait. Le prince et son cheval restèrent trois jours chez la femme. Elle voulait tout savoir sur son ancien époux. Le prince lui donna des nouvelles. Quand ils eurent fini, qu'ils n'eurent plus rien à se dire, il la quitta. La boîte de tabac à priser fut remise à l'hôtesse.


Sur le chemin du retour, le prince trouva une plume d'oiseau. Elle lui dit :


« Si tu me prends, tu ne le regretteras pas. Si tu me laisses, tu le regretteras. »


Le prince demanda au cheval de son père Merzoug ce qu'il fallait faire.


« Je suggère qu'on la prenne », fut la réponse du cheval. Ils prirent donc la plume.


La nuit venue, ils s'installèrent pour dormir. La plume enchantée se mit à émettre des sons mélodieux. Des soldats du royaume qu'ils traversaient, bavardaient non loin de là. Ils furent fascinés par ces sons harmonieux. Ils s'empressèrent d'aller en parler à leur sultan. Celui-ci leur intima l'ordre d'aller chercher le prince et son étrange instrument de musique. Ce qui fut fait sur-le-champ.


Le sultan s'appropria la plume magique. Elle faisait entendre une musique étrange qui égaya le palais royal.


Trois jours après, la plume se tut, laissant le sultan consterné. On demanda à la plume la raison de son brusque silence. Elle répondit qu'elle ne produirait à nouveau de la musique qui si on allait chercher l'oiseau auquel elle appartenait.


Le sultan fit appeler le jeune prince et lui intima l'ordre de retrouver l'oiseau. Le sultan ne voulut rien entendre. Le prince alla conter se mésaventure à son cheval et lui expliqua que s'ils ne voulaient pas que le courroux du sultan s'abatte sur eux, il fallait fuir.


Le cheval répondit : « Prince ! Ton père et moi ne nous sommes jamais devant le danger, nous avons toujours fait face. » Il réfléchit un moment puis dit :


« Demande au sultan de te faire une cage en or sertie de pierres précieuses. A l'intérieur on devra y mettre deux bols : l'un en argent et l'autre en or. Dans le premier, on mettra de l'eau de rose, dans le second, des grains de sésame. C'est seulement à cette condition que nous pourrons capturer l'oiseau. Le sultan te demandera certainement dans quels fonds il lui faudra puiser pour la fabrication de cette cage onéreuse. Dis-lui que c'est au vizir d'en assurer les frais. »


Le prince retourna chez le sultan et lui fit part de la proposition. Elle ne parut pas tout d'abord l'enchanter mais quand il sut qu'il n'aurait pas à débourser un sou, il accepta.


Jamais cage ne fut plus belle ni plus richement parée. Les pierres précieuses étincelaient de mille feux ; le prince l'attacha à un arbre que seul Hsan Baba Merzoug connaissait. Un oiseau s'approcha et se mit à voler autour de la cage. On eut dit qu'il était fasciné par tant de magnificence ; il finit par y entrer, la porte se referma derrière lui. La plume retrouva son entrain et pendant trois jours enchanta le sultan et ses sujets par une musique que nul ne pouvait reproduire.


Les trois jours passés, la plume se tut à nouveau. On la supplia de chanter, elle refusa. On lui demanda la cause de ce refus et elle répondit :


« Mon oiseau m'a ordonné de me taire. Sa maîtresse lui manque et il ne me laissera chanter à nouveau que si on la retrouve. »


La maîtresse de l'oiseau était la fille du sultan des génies ; craignant de s'attirer des ennuis, le sultan jugea bon de charger le prince de cette mission. Le vizir avait, en effet, dit :


« Celui qui a été capable de retrouver l'oiseau doit pouvoir réussir à retrouver la princesse et la ramener. »


Le prince alla se plaindre à son ami, le cheval. Celui-ci, toujours plein de ressources, lui dit :


« Demande au sultan de faire construire un bateau. Que ce bateau soit fait avec de l'or et des pierres précieuses. Le sol devra être recouvert de beaux tapis. Le sultan devra en outre choisir les dix plus belles femmes du royaume qui devront t'accompagner dans ton voyage. Les marins aussi devront être choisis parmi les plus beaux. Tout ceci, tu devras le spécifier au sultan, ne pourra être fait qu'avec l'argent du vizir. »


Nous ne pouvons vous décrire le bateau qui fut mis à leur disposition. Il fait encore plus beau que l'on pourrait imaginer. Ceux qui l'avaient construit avaient su allier la richesse au bon goût. Avant de partir au bord de ce magnifique bateau, Hsan Baba Merzoug fit acheter de l'éther.


Après un voyage qui dura plusieurs jours, ils arrivèrent au château du sultan des génies. Ce palais se trouvait en plein mer. De la fenêtre de ses appartements la princesse vit arriver le navire ; elle fut éblouie par tant de richesses. Elle invita les occupants du navire à venir chez elle ; ils ne se firent guère prier. Ils passèrent en sa présence une agréable soirée. On joua de la musique, on dansa. La nuit tombée, la jeune princesse fut invitée à visiter le bateau ; elle accepta avec plaisir. Le prince la fit boire puis l'endormit avec l'éther.


A son réveil, elle constata que le bateau était en pleine mer. Elle comprit alors qu'on s'était moqué d'elle. Elle enleva une jolie bague qu'elle portait au doigt et la jeta par-dessus bord.
Le voyage prit fin. La princesse fut conduite au palais royal. La plume se remit à émettre ces sons qui fascinaient tous ceux qui les entendaient.


Mais au bout de trois jours, elle se tut à nouveau. La princesse voulait qu'on retrouve la bague qu'elle avait, leur dit-elle, perdue en mer. Le sultan fit à nouveau appel au jeune prince et bien sûr, ce dernier alla demander conseil à Hsan Baba Merzoug. Le cheval trouva encore une solution à ce problème qui aurait paru insoluble au commun des mortels :


« Demande au sultan de mettre à ta disposition un quintal de haricots secs, un quintal de lentilles, un quintal de petits pois, un quintal de toutes les graines qui peuvent exister. Tu les jetteras en pleine mer. Le vizir payera les frais de cette opération. »


Le prince ne comprenait pas le but que poursuivait le cheval mais il lui faisait confiance. Ne l'avait-il pas tiré d'embarras à plusieurs reprises déjà ? il alla en mer et suivit les recommandations de son cheval. Le sultan des mers apparaît et dit :


« Vous nous avez offert un bon festin. Que peut-on faire pour vous en remercier ?


Nous avons perdu il y a quelques jours une bague et nous aimerions la retrouver mais nous ne savons comment », dit le jeune prince.


Un vieux poisson (aussi vieux que le conteur de cette histoire) dit :


« Il y a environ une semaine quelque chose de froid a pénétré dans mes bronches. Il est possible que ce soit ce que vous cherchez. »


Un petit poisson entra dans ses bronches et ressortit avec la bague. A partir de ce jour, la plume ne cessa plus de chanter de la manière la plus ensorceleuse qu'il soit.


Mais un autre problème surgit qui opposa le sultan, le vizir et le jeune prince. Tous voulaient prendre la princesse pour épouse. Le sultan dit qu'étant donné son rang, la princesse lui revenait de droit. Le vizir fit remarquer que sans son argent on n’aurait pas pu faire venir la princesse. Quant au jeune prince, il invoqua le fait que sans lui il n'y aurait eu ni plume, ni oiseau, ni princesse.


La princesse leur fit une étrange proposition :


« Je ne prendrai pour époux que celui qui ressortira vivant d'une bassine dans laquelle on aura fait bouillir du plomb. »


Le jeune prince, malheureux alla voir son cheval. Il lui raconta la proposition de la jeune fille. Hsan Baba Merzoug lui demanda de ne pas s'inquiéter. Il se mit à galoper comme un fou et transpira abondamment. Puis il donna l'ordre au jeune prince de s'enduire le corps de sa sueur. Pendant ce temps on a fait bouillir le plomb comme l'avait demandé la princesse. Le jeune prince plongea dans la bassine et en ressortit vivant. Du vizir et du sultan, il ne resta que les os !


Le prince emmena la princesse chez lui. Le sultan son père célébra avec beaucoup de faste le mariage de son fils. Il était fier de lui et ne se lassait pas de l'entendre conter ses aventures. Quelques jours après les noces, le jeune prince remit à son père le chapelet.



Voir les commentaires

Rédigé par orange8454

Publié dans #cheval, #demande, #jeune, #prince, #sultan

Repost0