Publié le 13 Septembre 2012

Avant, les animaux n’avaient pas de tête. Un jour, Dieu les convoqua pour leur donner une tête à chacun.

Le caméléon arriva parmi les derniers. Il ne trouva que des têtes déformées et horribles. Il en prit une au hasard et revint chez lui. En cours de route, il rencontra le scorpion qui s’attardait.

Le scorpion demanda au caméléon s’il restait encore des têtes. Le caméléon répondit qu’il n’en restait que des semblables à la sienne. Le scorpion lui répliqua :

– S’il n’en reste que comme la tienne, je préfère rester sans !


Voir les commentaires

Rédigé par orange8454

Publié dans #cameleon, #restait, #scorpion, #s’il, #tete

Repost0

Publié le 13 Septembre 2012

Il était une fois un pays qui s’ouvre sur deux cotes : mer méditerranée et océan atlantique. Ce pays s’appelle le Maroc.

Pays prospère, gouverné par un roi jeune dynamique et ambitieux qui est au service de toutes les tranches de son pays même les plus démunis. Les marocains sont tolérants et accueillants.

Le peuple marocain vivait en bonheur et en paix sans conflits, mais le soir du 16mai2003 c’est la venue du monstre : Oui, le 16mai2003 marque la naissance d’un monstre qui s’appelle le terrorisme que tous les marocains et les habitants du monde entier dénoncent.

Terroriste pourquoi choisir de venir dans un café, un restaurant ou un hôtel où de simples citoyens innocents sont entrains de dîner et s’autodétruire ? Pourquoi se cacher sous le signe de l’Islam ? L’islam est une religion de paix et non de guerre.

Dimanche soir, à 22heures les habitants du quartier Sidi Moumen à Casablanca ont entendu une explosion.

C’est le retour du monstre, deux jeunes entrent dans un cybercafé pour entrer en contact avec d’autres terroristes pour s’informer sur une opération terroriste, l’un d’eux entre en discussion avec le gérant du cyber vu son comportement anormal, discussion qui se transforme en dispute, puis Boom. Le kamikaze explose, il est déchiqueté en morceaux. Son complice laisse la ceinture d’explosifs et prend ses jambes à son cou, mais il est vite arrêté par la police. Heureusement que les dégâts n’ont pas été lourds comme ceux du 16mai : 1mort et 4blessés. Sinon ça aurait été plus pire.

Il faut que tout le monde petits et grands se mobilise pour chasser le monstre du terrorisme et redonner la paix et le calme au Maroc.



Voir les commentaires

Rédigé par orange8454

Publié dans #maroc, #marocain, #monstre, #pays, #terroriste

Repost0

Publié le 13 Septembre 2012

Il était une fois un jeune homme dont la femme, en mourant, laissa un fils encore jeune. Son père ne se remaria pas afin d'en prendre soin. Des années passèrent et l'heure de la mort survint ; il dit alors à son fils :

« Fils, tu n'as personne qui te soit proche, personne ! Ne te fie en rien à des amis. Fais comme moi, tu réussiras !

Bien, dit le fils. »

L'homme mourut, on l'enterra, et son fils resta seul. Un jour, des amis de son père vinrent l'appeler :

« Hé ! Un tel !

Oui ?

Ouvre-nous la porte, nous sommes des amis de ton père.

Mon père, répondit-il, n'a laissé aucun ami.

Allons, allons ! Reprends-toi ! Nous sommes de vieux amis de ton père : nous le connaissons… »

Il leur ouvrit finalement la porte :

« Soyez les bienvenus ! » Dit-il.

Il les introduisit dans la chambre d'invités, fit tuer un mouton, les reçut avec faste, à la semoule de blé. Pendant qu'on préparait le repas, l'un des invités dit :
« Jouons aux cartes en attendant le souper.

Volontiers », dirent-ils.

Ils jouèrent, jouèrent, lui prirent un de ses champs. Ils continuèrent, lui prirent un deuxième champ ; après, ils gagnèrent sa maison ; à la fin ils lui prirent sa femme.

Ils s'arrêtèrent de jouer et prirent le repas du soir. Puis ils s'en allèrent, emmenant la femme avec eux.

Le lendemain, le jeune homme, à peine levé, se rendit sur une colline sur laquelle se trouvait une grande roche ; il s'assit près d'elle et se mit à pleurer. Au bout d'un moment, apparut le Roi des Génies :

« Pauvre créature ! J’ai entendu tes pleurs. Me voici, que veux-tu ?

Bon seigneur, répondit-il, j'ai, hélas ! fait hier ce que personne ne fait : j'ai joué ma femme aux cartes !

Ta femme te reviendra, dit le Roi des Génies. Je vais te donner ce qu'il faut pour cela mais jure moi que tu reviendras me voir.

Il lui donna une carte :

Retourne, dit-il, jouer avec eux : tu retrouveras tous tes biens et même ta femme.

Bien ! » Dit-il.

Il alla appeler ceux qui lui avaient pris sa femme :

« Je veux jouer encore avec vous, dit-il. Venez finir la partie.

Que veux-tu que nous te prenions maintenant ? Tes champs, ta maison, tu les as perdus et tu as même perdu ta femme.

Eh bien ! Je deviendrai votre domestique, dit-il.

Alors allons-y » répondirent-ils.

Ils se mirent à jouer : au bout de quelques heures, il leur avait repris un champ, puis un deuxième champ, sa maison et enfin sa femme. Il ramena celle-ci chez lui. En arrivant à la maison, il dit :

« Par dieu, il faut que je retourne chez le Roi des Génies qui m'a donné cette carte pour te reprendre et récupérer tous mes biens.

N'en fais rien », lui dit sa femme.

Il ne l'écouta pas : le lendemain, il retourna et s'assit. Bientôt les filles du Roi des Génies sortirent, sous l'apparence de colombes : elles allaient au bain. La plus jeune demanda :
« Qui es-tu, toi, là ?

J'attends le Roi des Génies pour lui parler.

Va-t-en l'ami : s'il sort, il te dévorera. Ce n'est pas la peine de rester ici.

J'ai juré de revenir.

Alors, dit-elle, prends-moi deux plumes et mets les sur ton cœur. Quand il viendra, il te dira : "procure-moi un œuf du septième ciel". Réponds-lui : "c'est entendu". Tu presseras mes plumes et tu auras tout ce que tu voudras. »
Le Roi des Génies arriva :

« Trouve-moi, commanda-t-il, un œuf du septième ciel.

Parfait », répondit le jeune homme.

Il pressa les plumes qui étaient sous son habit et un œuf se trouva devant lui.

« Tu vas, dit le Roi des Génies, épouser une de mes filles. Je vais les mettre dans un puits : tu étendras la main : celle qui te la prendra, tire-la. »

Il étendit le bras : ce fut la plus jeune qui lui prit la main. Il la tira au dehors. Mais le Roi des Génies se rétracta :

Le jeune homme étendit le bras une autre fois : la plus jeune saisit la main de nouveau.

« Cette fois, cela suffit ! dit le Roi des Génies : je te la donne. » Mais il dit à sa femme :

« Avoir donné ma fille à cet homme ne me plaît pas. Ce soir, prépare leur lit tout près du puits : place l'homme près de l'ouverture du puits et mets ta fille de l'autre côté. »

La femme prépara le lit. Quand la jeune fille arriva, elle dit à son mari :

« attends que je refasse ce lit. »

Elle retira la natte et les couvertures.

« Tu vois, dit-elle, la fourberie de mon père : il voulait te faire tomber dans le puits ! »

Elle refit le lit et ils dormirent jusqu'au matin.

Le jeune homme se rendit à l'assemblée des hommes. Le Roi des Génies y alla aussi et l'y trouva ; surpris de la chose, il revint dire à sa femme :

« Tu n'avais donc pas fait leur lit au bord du puits ?

Mais si, par Dieu ! C’est juste au bord du puits que je l'avais fait !

Recommence, aujourd'hui, je serai là.

C'est bon », dit-elle.

La femme fit le lit comme la première fois ; la place de l'homme était tout près de l'ouverture, celle de sa fille de l'autre côté. Quand les jeunes gens vinrent se coucher, la jeune femme dit à son mari :

« Homme, mon père veut ta mort. Viens ! Partons d'ici.

Nous ferons comme tu voudras », répondit-il.

Elle refit le lit. Elle alla chercher la bague magique de son père ; puis elle alla prendre la. Ils montèrent sur la jument et partirent. Quand le Roi des Génies s'éveilla, il constata leur disparition. Il envoya à leur poursuite ses serviteurs montés sur la jument aussi rapide que le vent.

Ils allèrent si vite qu'ils faillirent rattraper les fugitifs. Mais la jeune fille se transforma en mosquée, le jeune homme en taleb, la jument en natte. Les serviteurs arrivèrent et interrogèrent le jeune homme :

« Taleb ! N’as-tu pas vu passer un homme et une femme sur une jument ?

Oui, répondit l'autre : on a annoncé la prière du soir, mais celle de la nuit pas encore. »
Les serviteurs rentrèrent à la maison et dirent au Roi des Génies :

« Seigneur, nous avons cherché tant que nous avons pu : nous avons vu un Taleb dans une mosquée, il nous a dit : on a appelé à la prière du soir, mais à celle de la nuit, pas encore.

C'est eux, misère de vous autres ! dit le roi.

Allez ! Retournez et ramenez-les-moi. »

Ils repartirent et marchèrent longtemps. Les jeunes gens les virent arriver. La jeune fille se métamorphosa en vigne grimpante ; son mari en paysan ; la jument fut changée en chienne. Les serviteurs arrivèrent :

« Salut, dirent-ils au paysan : n'as-tu pas vu un homme et une femme montés sur une jument ?
Pour ce qui est des pastèques, répondit-il, elles sont mûres ; les melons pas encore. »

Ils rentrèrent faire leur rapport.

« Cette fois, dit le Roi des Génies, c'est moi qui irai ; vous n'êtes pas capables de les reconnaître. »

Sur-le-champ, ils partirent tous ensemble, ils marchèrent, marchèrent, et ils allaient rejoindre les fugitifs quand la jeune fille, ayant reconnu son père, entraîna son mari vers la mer.

La jeune fille fit tourner sa bague, en disant : je veux qu'un chemin s'ouvre ici pour nous.

« Ma fille, tu m'as trompé, lui cria son père.

Père, répondit-elle, je suis mariée : tu aurais dû t'attendre à ce qui est arrivé. »

Ils avancèrent dans la mer. Le Roi des Génies rentra chez lui. Ils arrivèrent dans un lieu désert. La jeune fille fit faire un tour à la bague magique, en disant : « Seigneur, je voudrais que cet endroit désert soit habité. »

Aussitôt, il y eut de nombreuses habitations. Ils devinrent Roi et Reine de ce pays.

Ils vécurent heureux, mais le jeune homme se souvint un jour de sa première épouse. Il dit alors à la fille du Roi des Génies :

« Femme, il y a une chose que je ne t'ai pas dite : j'ai une femme et un fils, je vais aller les voir.

C'est bien, dit-elle. Va la chercher ; elle vivra avec moi, mais tu ne la considéreras pas comme ta femme.

Bien », dit-il et il accepta.

Mais elle lui fit une recommandation :

« Prends garde, lui dit-elle, qu'on ne te donne pas un baiser au-dessus de l'œil droit quand vous vous direz bonjour tes proches et toi !

C'est entendu », dit-il. Il partit. Il arriva chez lui, trouva sa femme, son fils et sa sœur. Sa sœur lui sauta au cou et lui donna un baiser au-dessus de l'œil droit : à l'instant même il perdit le souvenir de la fille du Roi des Génies.

Un an passa avant que la mémoire ne lui revint :

« Allons, femme, dit-il, partons d'ici, car j'ai une autre femme dans un autre pays.

Bien ! », Dit-elle.

Ils partirent donc. Ils arrivèrent chez la fille du Roi des Génies qui fit bon accueil à la première femme et à son fils : elle les fit loger dans son château et leur fit servir une excellente nourriture. Quant à son mari, elle le fit mettre en prison et il y resta jusqu'à ce qu'il fût à la dernière extrémité.

Un jour, le gardien de la prison dit à la reine :

« Madame, votre mari est près de mourir, que devons-nous faire ?

Fais-le sortir, dit-elle. Qu'on me l'amène ! » Elle lui fit donner à manger et le soigna jusqu'à sa guérison.

« C'est moi, lui dit-elle, qui t'ai fait mettre en prison, parce que tu ne m'avais pas écoutée. Si je n'avais pas pitié de toi, je t'y laisserais mourir. Mais c'est assez : tu y as passé le temps prévu pour ta punition. Tu redeviens roi comme avant. »

Ils furent heureux tous deux, ainsi que la première femme qui avait un fils. Ils gouvernaient le pays dans la paix et la prospérité.

Voila mon histoire finie

Conduite le long de la rivière

Pour des gens de qualité !

A moi, que Dieu me pardonne

Et les chacals, qu'il leur en cuise !

Puissions-nous ne jamais manger sans sel

Ni marcher pied nu.



Voir les commentaires

Rédigé par orange8454

Publié dans #femme, #genies, #homme, #jeune, #roi

Repost0

Publié le 13 Septembre 2012

Qui ne connaît pas à Marrakech, la place Djem-el-Fna. Sa vie grouillante, ses échoppes, ses vendeurs en tout genre… et bien sûr ses conteurs.

 

En effet, accroupi à terre, un vieillard crasseux,  récite l’histoire de la boule d’or de la Koutoubia.

 

La Koutoubia est une tour carrée de sept étages qui mesure soixante-sept mètres cinquante de haut et douze mètres cinquante de côté. Trois minarets semblables existent de par le monde : ce sont, avec la Koutoubia, la Giralda de Séville et la tour Hassan de Rabat. Des trois minarets, c’est celui de Marrakech qui a conservé le plus fidèlement son aspect primitif.

 

El-Géber, l’architecte de la Giralda, avait été amené comme captif à Marrakech par le sultan Abou-Yousouf, connu dans l’histoire sous le nom de Yakob-el-Mansour.

 

Il avait apporté avec lui les plans de la mosquée sévillane et de sa tour imposante ; ceux-ci liu furent volés par un favori du Sultan qui s’adjugea l’idée et proposa à El-Mansour de lui construire une moquée digne de lui. Le souverain accepta avec enthousiasme, mais voici qu’El-Géber parvint à s’échapper de sa geôle, il dénonça l’imposteur. Le souverain, qui était juste, confondit son favori, rendit les plans à l’architecte et le chargea de bâtir l’édifice.

 

L’inauguration donna lieu à de grandes réjouissances. El-Geber fut définitivement libéré et, afin d’ajouter à l’éclat de la solennité, le favori voleur fut pendu tout en haut de la tour ; on prétend même que la potence que l’on voit à l’étage supérieur du minaret est celle qui servit à cette exécution. Chacun est libre de le croire ou de supposer plutôt que ce n’est qu’une hampe pour accrocher les étendards aux jours de fête.

 

Le minaret de la Koutoubia – la mosquée s’appelle ainsi parce qu’elle était entourée de boutiques de libraires, les kétébiin, qui l’enserraient de toutes parts – avait pour couronnement trois boules de cuivre doré percées d’une tige et dont le volume allait décroissant de bas en haut.

 

Ce sont ces boules brillantes dont le vieux conteur de la place Djéma-el-Fna débitait la légende devant un auditoire subjugué. Et voici à peu près ce qu’il disait :

 

 

A l’époque où Yakoub-el-Mansour, le puissant sultan , faisait édifier la Koutoubia et où cet édifice était presque terminé, il n’y avait plus qu’à placer sur le faîtage  les trois boules de cuivre, une jolie femme pleurait dans le harem du souverain. Cette jolie femme était la sultane Aïcha. Aïcha était belle au-delà de toute expression humaine. S’il avait été donné à un homme de contempler son visage dévoilé, il serait devenu fou d’admiration à la vue de tant de perfection. SA peau avait la blancheur du lait, ses yeux, la douceur caressante de ceux des gazelles, l’arc de ses deux sourcils était dessiné d’un même trait pur, les roses de ses joues faisaient honte à celle que l’on cultivait dans les jardins du sultan.

 

Cette beauté ravit El-Mansour ; il avait aimé Aïcha jusqu’aux limites de la passion humaine. Il lui avait fait don de tout ce qui peut plaire à une femme, la parer et l’orner ; de lourds bracelets d’or encerclaient ses poignets et ses chevilles ; des bagues d’or scintillaient à ses doigts ; ses colliers en boules d’or descendaient en dix rangs sur sa poitrine ; d’or étaient les ceintures qui marquaient sa taille flexible ; d’or, les ornements qui rehaussaient sa chevelure d’ébène. Les pierres les plus rares, celles qui brillent comme des morceaux de feu durci, celles qui ont le doux éclat des lunes d’été, celles qui clignotent comme des étoiles, étaient enchâssées dans ses bijoux.

 

Aïcha était heureuse. Elle ne se réjouissait pas tant de la beauté de ces présents que de la pensée que chacun d’eux était un gage de l’amour de son maître et seigneur. Et puis, car le cœur des hommes est aussi changeant que le vent qui soulève les sables du désert, une autre femme enchaîna sa tendresse. Il se prit à aimer Djama, à la face de suie, aux yeux vairons, à la démarche bancale.

La pauvre Aïcha se sentit abandonnée.

Sa vieille nourrice lui vint dire :

- Maîtresse, les mauvais génies ont détourné vers l’indigne Djama les pensées du Seigneur ; il nourrit en son cœur le dessein de te répudier pour épouser cette fille de la nuit. Cette lune même verra se consommer ta disgrâce et son triomphe.

- Hélas ! sanglota la pauvre sultane, je suis résignée à mon triste sort ; lorsque mon maître bien-aimé le commandera, lorsque, par trois fois, ainsi que l’exige Le Livre, il m’aura répudiée, je retournerai confuse dans la maison de mon père.

- Ya Aïcha, continua la vieille, il ne suffit pas à cette mauvaise, à cette indigne, à cette fille de pourceaux de prendre ta place dans la demeure du Seigneur ; elle exige encore que le maître lui donne les merveilleux bijoux dont il t’avait fait présent et dont elle veut parer sa laideur.

A ces mots, la résignation d’Aïcha fit place à la colère ; elle fut révoltée à l’idée que ces souvenirs de jours de bonheur seraient remis à une autre et elle calcula comment, tandis qu’il en était temps encore, elle pourrait les soustraire à cette profanation.

Elle s’aperçut très vite combien il serait difficile d’empêcher le Sultan de réaliser ses projets. Aidée par sa nourrice, elle chercha en quelle cachette secrète elle pourrait les céler. Aucune ne lui parut suffisamment sûre. Les confier à quelqu’un ? Mais qui donc se chargerait d’un dépôt aussi compromettant ?

- Ma¨tresse, dit enfin la nourrice, il y a près de la nouvelle mosquée un homme plein de sagesse et qui certainement trouvera le moyen de te servir.

- L’âge te fait radoter, pauvre mère, dit tristement la sultane, en quel homme sur terre puis-je avoir confiance ? Il n’est pas un habitant de Marrakech qui ne sache que le fait de garder un pareil secret peut lui coûter la tête ; il s’empressa d’aller raconter à mon seigneur ce que je lui aurai révélé et ma vie ne tiendra plus qu’à un fil.

- Ya Aïcha, répliqua la nourrice, je sais ce que je dis, celui dont je te parle se nomme BouchaIb, on l’appelle El-Meskine, car c’est un pauvre et, pourtant, il manie tous les jours autant d’or qu’en compte pendant sa vie le marchand le plus favorisé des souks.

- Comment est-il si pauvre maniant tant d’or ? s’étonna la princesse.

- Je dois te dire, maîtresse, qu’il est fondeur d’or. On lui apporte ces métaux précieux afin qu’il les transforme dans es creusets et il ne lui reste que peu de chose de ces trésors après les doigts ; il n’affaire qu’aux gens opulents et chacun sait que plus un homme est fortuné moins il est généreux.

- Et pourquoi affirmes-tu que ce Bouchaïb me gardera le secret et que, étant pauvre, il n’ira pas le vendre pour quelques piécettes ?

- Parce qu’il est mon neveu, ya Aïcha, le fils de ma sœur, et qu’il ne voudra rien faire qui me puisse contrister. Je réponds de sa discrétion sur ma tête.

- Fais-le donc venir, mère, et je me confierai à lui.

- Il sera ici demain soir, dit la nourrice.

- Pourquoi pas ce soir même ?

- Ya Aïcha, gémit la vieille femme, toute jeune que tu es, c’est toi qui perds la raison et ta douleur t’égare ; crois-tu que je veuille introduire Bouchaïb secrètement dans la maison de ton maître, de telle sorte que les espions que le Sultan vénéré entretient autour de tes appartements aillent l’informer que tu reçois des visites clandestines ? Ce serait vouer à la mort toi-même et mon neveu, les deux seul s êtres que j’aime au monde.

- Ainsi que feras-tu ?

- J’irai, demain matin, porter ostensiblement chez Bouchaïb un de tes bracelets à réparer et le soir il rapportera son travail fait.

- Tu as raison, mère, c’est ainsi qu’il faut réagir ; mais penses-tu que ton neveu consentira à se charger d’un si dangereux dépôt ?

- Je sais qu’il est ingénieux et qu’il y a plus de ressource dans la dernière phalange du petit doigt de son pied gauche qu’il n’y en a dans toutes les cervelles des vizirs de ton seigneur réunis.

- Une question encore, mère, qu’est-ce qui le déterminera à me servir ?

- Son affection pour moi et puis…

- Quoi donc ?

- Je t’ai dit que c’est un pauvre, or, il meurt d’amour pour Rhana, la fille d’un tisserand du souk, et, faute de pouvoir donner une dot à son père, il ne peut l’épouser. Des années s’écouleront avant qu’il amasse par son travail de quoi obtenir celle qu’il aime et peut-être, alors, serait-elle mariée à un autre. Serait-il le plus obtus des hommes et le moins brave que l’amour lui donnerait courage et ingéniosité.

Aïcha batti des mains.

- Sois certains, ô mère, qu’il recevra un salaire plus que suffisant pour payer la dot de Rhana. J’ai confiance maintenant, car rien n’est impossible à l’amour.

Le jour suivant fut un jour de désolation pour l’infortunée Aïcha. Elle savait que l’on pressait les préparatifs de la fête qui devait marquer l’achèvement de la Koutoubia ; elle ne vit son mari qu’un instant, mais, à son regard, elle reconnut que sa résolution était prise et qu’il n’attendait qu’une occasion pour la répudier par trois fois et pour épouser l’affreuse Djama.

Vers le soir, parut la nourrice accompagnant un garçon et bien tourné mais dont la djellaba n’était qu’une loque qui criait sa misère. C’était Bouchaïb, le fondeur d’or.

Celui que l’on appelait El-Meskine, le pauvre, se prosterna devant la sultane sur le seuil de son appartement.

- Je te rapporte, dit-il bien haut, ô maîtresse, le travail que tu as daigné me confier ; j’espère qu’il sera selon ton cœur.

Il tira de sa manche un bracelet qu’il tendit à Aïcha, celle-ci le prit, feignit de le considérer attentivement et s’écria :

- Tu as merveilleusement accompli cet ouvrage. J’ai hier brisé un collier, je veux que tu le répares.Viens.

Ces paroles ayant été prononcées afin de détourner les soupçons des espions qui devaient être aux écoutes, Aïcha attira Bouchaïb dans sa chambre de telle façon qu’on ne pût entendre ce qu’ils disaient. La nourrice demeura sur le seuil pour éviter toute surprise.

En quelques mots, la sultane dit à Bouchaïb ce qu’elle avait à lui dire et elle conclut :

- Je voudrais que tu caches mes bijoux dans un endroit si inaccessible que jamais on ne puisse les retrouver. Pour prix du service que je te demande, je te donnerai un tel salaire qu’il te sera loisible, sur l’heure, de payer la dot de celle que tu aimes.

Une expression de ravissement passa sur les traits mélancoliques du pauvre fondeur, puis il s’abîma pendant quelques instants dans ses réflexions. Enfin, il parla :

- Maîtresse, il y a quatre éléments auxquels un trésor peut être confié, à savoir : la terre, l’eau, l’air et le feu. La première idée qui vienne à tout esprit est d’enfouir tes richesses dans le sein de la terre.

- Oui, en effet, dit Aïcha, tu as raison.

- C’est une idée insensée. Le Sultan Yakoub, sur lui la bénédiction ! possède assez d’esclaves, assez de soldats, assez de captifs pour faire retourner le sol entier de l’empire fortune du Magreb et le trésor sera retrouvé.

- Je n’y avais pas songé.

- Il y a l’eau. On peut jeter le trésor dans un de ces oueds qui, en plein été, ne s’assèchent pas ou dans un lac, même dans la mer.

- Ce serait préférable.

- Ce serait folie. Le Sultan Yakoub-el-Mansour, qu’Allah le conduise par la main ! peut ordonner à des plongeurs d’explorer les ouds, les lacs ou la mer. Ils retrouveront le trésor.

- Mais alors ?

- Il reste le feu et l’air, si tu m’en crois, c’est à eux que nous confierons tes richesses.

- Comment cela ?

- Par le feu, je fondrai tes bracelets, tes bagues, tes colliers, tes ceintures, tes diadèmes, j’en ferai une boule et, dans cette boule, j’enfermerai les gemmes et les pierres précieuses qui sont enchâssées dans tes bijoux. Cette boule, je la confierai à l’air.

- A l’air ?

- Oui. Trois boules de différentes grosseurs viennent d’être plantées sur le nouveau minaret que le Sultan, sur lui la miséricorde ! a fait édifier. Je façonnerai l’or de tes joyaux de façon a en faire une boule semblable à la plus petite de celles qui se dressent fièrement vers le ciel ; durant la cuit, je la substituerai à sa cœur de cuivre et personne, jamais, ne soupçonnera que l’air cache les biens de la sultane.

Cette proposition plut à Aïcha. Elle remit à Bouchaïb une cassette qui contenait tous les présents que lui avait offerts son seigneur et maître, et, en outre, elle lui donna un prodigieux salaire qui mit la joie dans son cœur. Lui, façonna les joyaux comme il avait dit et, secrètement, il substitua la boule d’or, farcie de pierre précieuses, à la boule de cuivre creuse, la plus petite des trois qui somment la Koutoubia.

Après les fêtes de l’inauguration de la mosquée, Yakoub-el-Mansour , ayant montré sa générosité à l’architecte El-Géber en le ;libérant et en faisant sa fortune, ayant montré sa justice à son favori en le faisant pendre, montra sa versatilité en épousant Djama, la alide, et en répudiant par trois fois la belle Aïcha.

Il voulut, que le rétributeur l’absolve de cette iniquité ! la dépouiller des cadeaux qu’il lui avait faits. Il ne put les trouver. On fouilla le palais, les maisons de la ville, celles des riches et celles des pauvres, on plongea dans les oueds, les lacs, la mer même. Ce fut en vain.

Pendant ces recherches, la triste Aïcha avait regagné la maison de son père. Bouchaïb, heureux, avait épousé Rhana, celle qu’il aimait.

Nous ne dirons pas ce qu’il advint de l’un et de l’autre, car il ne leur arriva que ce qui, de toute éternité, était écrit. Dans la demeure de son enfance la sultane goûta le repos de l’âme que le miséricordieux accorde à ceux qui ont le cœur pur et, sur son trône, le Sultan éprouva les ennuis d’un homme marié avec une calamiteuse. Et voilà pour eux.

Le trésor de l’infortunée sultane est, depuis des siècles, resté dans l’air à l’endroit le plus en vue de Marrakech, la cité rouge.

Des ouvriers, qui ont réparé le toit de la haute tour, affirment que la troisième boule ne rend pas le même son creux que les deux autres. Disent-ils vrai ou connaissent-ils la légende d’Aïcha, l’épouse malheureuse de Yakoub-el-Mansour ? Seul le sait celui a qui rien n’est dissimulé.

 

Voir les commentaires

Rédigé par orange8454

Publié dans #aicha, #boule, #celle, #qu’il, #sultan

Repost0

Publié le 13 Septembre 2012

Il y avait dans un pays deux frères : l'un était riche et l'autre n'avait pas devant lui le repas d'un soir. Un jour, les hommes sages allèrent trouver le riche et lui demandèrent : "Pourquoi n'aides-tu pas ton frère ? Il n'a rien alors que tu possèdes de grandes richesses."Le temps passa et vint l'Aïd. Le riche dit à sa servante :

 

"Voilà un mouton, un sac de semoule et un pot de beurre. Va les porter à la tombe oubliée."

 

La servante mit la semoule et le beurre sur l'âne, s'installa sur le bât après avoir passé une corde au cou du mouton. Elle se mit en route en se demandant comment elle reconnaîtrait la tombe oubliée.

 

Elle se rendit dans un cimetière, avisa une tombe délabrée, y attacha le mouton, y déposa le sac et le pot et revint à la maison de son maître. Celui-ci lui demanda :

 

"As-tu fait la commission dont je t'avais chargée ?

 

Oui, Sidi." Le temps passa. Les gens du village allèrent voir le pauvre et le questionnèrent :

 

"Ton frère a-t-il été généreux avec toi ?

 

Non", répondit-il. Ils retournèrent auprès du riche et lui reprochèrent son avarice. Il s'étonna :

 

"Mais, je lui ai envoyé des vivres pour l'Aïd. Ce doit être un coup de la servante. Appelle-moi cette fille de chien." Vint la servante :

 

"Où as-tu mis les provisions que je t'avais confiées ?

 

Tu m'as ordonné de les porter à la tombe oubliée. Je les ai déposées sur la tombe la plus désolée du cimetière." Le pauvre avait tout entendu. Il se leva et fit ce serment :

 

"Par Dieu, le pays où j'ai été surnommé la tombe oubliée, je n'y resterai plus. J'y reviendrai quand la fortune m'aura souri." Il se rendit chez lui et dit à sa femme :

 

"Prépare-moi quelque chose pour la route. Demain, je partirai. Si j'arrive à survivre, c'est tant mieux ; si je meurs, tel aura été mon destin.

 

Il se leva tôt le matin et se mit en route. Il marchait depuis longtemps et le soleil commençait à décliner vers le couchant, lorsqu'il aperçut une fumée devant lui.

 

Je vais me rendre dans cette maison là-bas. Si elle est habitée par des ogres, je serai dévoré. Si ce sont des humains qui s'y trouvent, j'aurai à manger et un abri pour la nuit.

 

Lorsqu'il fut près de la demeure, il croisa un corbeau qui lui demanda où il allait. Le pauvre désigna de la main la maison.

 

Malheureux, c'est là habitent quarante ogres. Mais je vais t'indiquer comment te tirer d'affaire. Pour pénétrer à l'intérieur de la maison, tu n'auras qu'à dire : "Porte, ouvre-toi par la grâce de Dieu." Lorsque tu sortiras, tu prononceras l'autre formule : "Porte, ferme-toi par la grâce de Dieu."

 

Le pauvre arriva devant la maison et prononça la formule d'ouverture. La porte s'ouvrit et il pénétra dans une vaste pièce. Il vit quarante plats de couscous, accompagnés d'autant de morceaux de viande et de cruches d'eau. Il mangea une cuillerée dans chaque plat, prit une bouchée de viande de chaque part et but une gorgée de chaque cruche. Il s'essuya la bouche et aperçut un énorme tas de pièces d'or, qui occupait tout un coin de la pièce. Il mit quelques poignées de louis dans son capuchon, redit la formule d'ouverture. La porte s'ouvrit, il sortit, prononça la formule de fermeture et le lourd battant retomba.

 

Il revint chez lui et demanda à sa femme le grand plat en bois. Il y vida les pièces d'or. Ses enfants se mirent à pousser des ris de joie et lui demandèrent d'où venait cette richesse.
"C'est Allah qui nous a pris en pitié."

 

Le pauvre envoya sa fille emprunter le boisseau à son frère. Le riche et sa femme s'interrogèrent : que pouvait bien avoir à mesurer un homme aussi misérable ? Ils collèrent un peu de résine (loubène, pate végétal à mastiquer) au fond du boisseau.

 

Lorsque le pauvre mesura l'or, un Louis resta collé au fond du récipient. Le riche découvrit la pièce et dit :

 

Ce fils de chien possède une grande richesse et je n'en savais rien. Nous verrons cela demain. Le lendemain, il alla trouver son frère et lui déclara : Mon frère, fils de ma mère, la barbe te mange le visage. Pourquoi donnes-tu une telle image de misère ? Viens avec moi, je vais te raser.

 

Celui qui fait du bien ne demande pas conseil. Allons-y.

 

Nous serons mieux dans ce champ, là-bas, au soleil. Lorsqu’ils furent à l'écart le riche dit à son frère :

 

Mets ta tête sur mes genoux. Puis subitement, il ajouta :

 

Si tu ne me révèles pas d'où vient l'or que tu as, je t'égorgerai.

 

Mon frère, fils de ma mère ne fais pas de mes enfants des orphelins ; ne me tue pas et je te raconterai tout. Il lui fit le récit de son aventure et ajouta :

 

Si tu y vas, ne mange qu'un peu de chaque plat ne bois qu'une gorgée de chaque cruche d'eau. Prends dans le tas de louis ce que Dieu t'auras permis et sors en redisant la formule de fermeture.

 

Le riche dit à sa femme :

 

Prépare-moi des vivres pour la route. Je partirai demain.

 

Il suivit les instructions de son frère. Mais une fois dans la demeure des ogres, il vida tout un plat de couscous, dévora un morceau entier de viande et vida un pot d'eau. Il remplit ensuite un grand sac de pièces d'or qu'il traîna péniblement vers la porte. Il prononça la formule d'ouverture. Mais la porte resta fermée. Il eut beau répéter : "Porte, ouvre-toi par la grâce de Dieu", le lourd battant de bois resta sourd à ses supplications. Ce fut bientôt la nuit. Il entendit le mugissement des quarante ogres qui revenaient. Il chercha où se cacher. Il aperçut les peaux des ânes qu'avaient dévorés les ogres, en endossa une, s'accroupit et entassa les autres dépouilles autour de lui. Les ogres entrèrent en grognant et, ne trouvant pas le repas de l'un d'entre eux, se mirent à se quereller. Puis ils se mirent à renifler et à grommeler.
"L'odeur des Humains est dans nos murs. L'odeur des soldats et des armes. L'odeur des Humains est dans nos murs."

 

Ils cherchèrent partout mais en vain. Ils chauffèrent alors les tisonniers et en piquèrent les peaux d'ânes. Ils finirent par toucher le malheureux qui hurla. Les ogres se jetèrent sur lui et le dévorèrent ne laissant que la tête.

 

Le lendemain, en partant, ils suspendirent devant leur porte la tête et le burnous de leur victime.

 

Le second frère, celui qui était pauvre, après avoir vainement attendu le retour du riche, décida d'aller à sa recherche. Arrivé près de la maison des ogres, il découvrit la tête dégoulinante de sang et le burnous de son frère : "J'ai toujours su que tu ne t'en tirerais pas et qu'ils te mangeraient", soupira-t-il.

 

Il décrocha ce qui restait de son malheureux frère et reprit le chemin du retour. Pendant qu'il cheminait, le sang tombait goutte à goutte de la tête. Derrière lui l'alouette recouvrait de poussière la trace sanglante. Lorsqu'il fut près de la maison l'oiseau passa entre ses pieds. Il le chassa : "

 

Va-t-en ! Puisse-t-il ce qui m'est arrivé !

 

C'est ainsi que tu me remercies du bien que je cherche à te faire ? " Et l'alouette reprit le chemin inverse en découvrant toutes les gouttes de sang.

 

Lorsque les ogres revinrent chez eux le soir ils ne trouvèrent plus la tête et le burnous. Ils se transformèrent qui en chevaux, qui en marchands qui en outres d'huiles. Ils leur suffisaient de suivre les traces laissées par le frère pour arriver à sa maison. Il faisait nuit noire lorsqu'ils frappèrent à la porte.

 

Qui va là ? Interrogea le frère.

 

Des invités de Dieu, qui demandent l'hospitalité pour une nuit." Le maître de maison les fit entrer. Il attacha les chevaux dans un coin de la cour, déroula des tapis pour les hommes dans un autre, et entreposa les outres près du réduit où dormait la servante.

 

Avant la fin de la nuit, la servante se leva pour se mettre à moudre le grain de la journée. Comme elle n'avait plus d'huile dans sa lampe elle voulut en prendre un peu dans les outres. Mais voilà que chaque fois qu'elle s'approchait d'une outre celle-ci sautillait et s'éloignait. Elle se mit à chanter tout en faisant tourner sa meule :

 

Lala et Sidi se sont endormis

Que Dieu endorme leur voix !

L'outre saute et se déplace. Elle chanta tant et si bien qu'elle réveilla sa maîtresse qui secoua son mari. Celui-ci alla voir la servante :

 

Fille de chien, qu'as-tu à chanter ainsi de si bon matin ? Elle lui raconta ce qu'elle avait vu.

 

Ce sont des Ghouls (des monstres, des ogres), dit-il. Il réveilla son fils aîné alluma un grand feu et y jeta les hommes encore endormis, dans les outres. Il s'apprêtait à y participer les chevaux entravés quand le fils supplia :

 

Père regarde combien cette jument est belle ! Laisse-la-moi ! Le père eut beau lui dire que c'était une ogresse, le jeune homme ne voulut rien entendre. Le père finit par céder.

 

Le temps passa. Les gens du pays décidèrent se rendre au Sahara pour acheter de la laine. Le fils demanda la permission de les accompagner. Le père donna son accord mais lui déconseilla d'y aller monté sur la jument : "Elle te dévorera, car elle est de la race des ogres."

 

Le jeune homme s'obstina dans son désir de parader sur la magnifique bête. Avant le départ, sa mère lui remit un fuseau et une quenouille et lui dit :

 

Mon fils, si la jument veut te manger plante le fuseau et la quenouille en terre et dit : "Monte arbre de ma mère et de mon père." Un arbre s'élèvera très haut dans le ciel et tu seras sauvé.

 

La caravane partit. La jument commença par devancer tout le monde puis s'arrêta. Les compagnons du jeune homme le rejoignirent et, comme la jument se roulait par terre et refusait de se relever, continuèrent leur route. Le jeune homme vit que la jument devenue ogresse allait le dévorer. Il ficha en terre le fuseau et la quenouille et dit :

 

Monte, arbre de ma mère et de mon père. Un arbre monta, monta... Le fils grimpa le long du tronc qui s'élevait très haut. La jument-ogresse s'absentait dans la journée et ne revenait que le soir. Elle passait la nuit à ronger le tronc de l'arbre jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'un doigt pour qu'il se rompe. Et l'arbre retrouvait son aspect initial au matin. Il en alla ainsi pendant des jours et des jours.

 

La caravane était maintenant de retour. Elle passa sous l'arbre. On interrogea le jeune homme :

 

Que t'est-il arrivé ?

 

Ma jument m'a trahi. Elle s'est révélée ogresse. Dites à mon père mon histoire. Si vous oubliez votre bouillon sera de sang et votre couscous de charbon.

 

La caravane repartit et arriva au village. Les hommes du voyage avaient oublié la commission dont les avait chargés le jeune homme.

 

Le soir, on leur servit le souper. Le bouillon devint sang et le couscous charbon. Ils se souvinrent alors et allèrent avertir le père de leur infortuné compagnon. Le père leur dit : "Préparez-vous. Nous partirons demain."

 

Ils prirent un burnous, une botte de paille et se mirent en route.

 

Ils arrivèrent au pied de l'arbre descendirent le jeune homme de son perchoir et attachèrent à sa place le burnous enroulé autour de la paille. Ils revinrent au village.

 

Comme tous les soirs l'ogresse vint ronger le tronc. Vers minuit, le vent se leva et emporta le burnous. Elle se précipita et planta ses dents, si fort qu'elles restèrent fichées en terre.
"Tu m'as trompé fils de chien mais je te poursuivrai, où que tu ailles !"

 

Elle se rendit au village et prit l'apparence d'une jeune femme d'une grande beauté. Elle se dirigea vers un groupe de jeunes gens parmi lesquels se trouvait son ancien maître et déclara :

Hommes ! Vous allez vous battre contre moi. Comme tous refusaient de s'en prendre à une femme, elle ajouta :

 

Celui qui me dominera sera mon époux. Elle défit successivement tous ceux qui se mesuraient à elle. Il ne restait plus que le jeune homme qu'elle avait été sur le point de dévorer :
- Et celui-là ? Pourquoi ne se bat-il pas ?


Celui-là vient juste d'échapper à l'ogresse et il est encore trop faible.

 

Il a peut-être la baraka et pourra me vaincre. On essaya de la dissuader, mais elle insista et le jeune homme dut l'affronter. Dès qu'il la toucha, elle tomba et il l'épousa.

 

Le jeune couple s'installa dans la maison familiale. Le père possédait maintenant des troupeaux. Chaque nuit, l'ogresse se levait, choisissait la plus belle bête et la dévorait. Le cheptel diminuait au lieu d'augmenter. Le père s'inquiétait. Le berger lui dit :

 

Maître, je compte les bêtes en les faisant entrer dans la cour ; et je les comptes en les emmenant au pâturage. Sois là demain matin et tu pourras constater que le troupeau diminue la nuit, dans ta cour.

 

Le père constata qu'au matin un mouton manquait. Il se cacha au milieu du troupeau pour voir ce qui se passait. Au milieu de la nuit sa bru vint dans la cour choisit un beau bélier et le dévora. Il en fut ainsi pendant trois nuits. La troisième fois le père saisit la jeune femme par ses cheveux :

 

Que fais-tu ici et à cette heure, fille de chienne ?

 

Sidi je suis venue prendre un peu de laine pour ma quenouille.

 

Le père emmena toute sa famille et quitta le pays. Il demanda aux autres habitants de partir aussi. Ne restèrent que le fils et l'ogresse. Elle obligeait son mari à mener le troupeau près de l'oued et le menaçait :

 

Si une bête du troupeau ou quelque autre animal que ce soit met le museau dans l'eau, ton sang en une gorgée et ta chair en une bouchée.

 

Le jeune homme passait ses journées à surveiller toutes les bêtes et à les empêcher de boire. Un jour de canicule, le serpent demanda à boire. Cela lui fut refusé. Vint ensuite le mouton puis la chèvre, le chien... Tous les animaux firent la même demande et tous reçurent la même réponse.

Enfin une jument lui dit :

 

"Laisse-moi boire et je te sauverai."

 

Il la laissa boire. Elle ajouta :

 

"Monte sur mon dos et ne crains rien."

 

Tous les autres animaux purent se désaltérer. L'ogresse se mit à la poursuite du jeune homme. Elle était sur le point de le rejoindre lorsque la jument lui donna une ruade qui l'envoya rouler loin. Elle se releva et se remit à courir. La jument lui décocha une seconde ruade, si bien ajustée qu'elle la tua net. Les habitants du village revinrent chez eux. Le fils se remettait lentement de la grande peur de l'ogresse.

 

Un jour, il voulut revoir l'endroit où elle reposait. Il avait oublié qu'elle lui avait dit avant d'expirer : "Tu ne m'échapperas pas. Je te briserai un bras ou t'éborgnerai."

 

Il mit le pied sur un de ses os qui vola en l'air et lui creva un œil.




Voir les commentaires

Rédigé par orange8454

Publié dans #frere, #homme, #jeune, #jument, #pere

Repost0