Publié le 13 Septembre 2012

Dans la ville de Metz vivait le Graoully.

C’était un monstre horrible et redoutable. Il avait l’allure générale d’un gigantesque crocodile. Son cou, allongé se terminait par une tête aplatie. Sa gueule énorme était armée de deux rangées de dents brillantes et acérées comme les dents d’une scie. Ses yeux ressemblaient à deux gros charbons ardents et sa langue pointue et triangulaire brillait comme la flamme d’une forge. Son haleine empestait l’atmosphère d’une odeur de souffre et de corne brûlée.

Le Graoully se déplaçait assez lentement sur des pattes plutôt courtes, munies de griffes tranchantes et effilées, et sa queue se traînait dans la poussière en formant de multiples ondulations. Des écailles rugueuses, recouvraient tout son corps.

Il avait deux immenses ailes qui étaient fixées sur son dos.

Malgré sa masse énorme, le Graoully se déplaçait dans le ciel de Metz en faisant de larges cercles inquiétants. Il n’avait qu’un seul point faible : il avait peur de l’eau et ne s’approchait jamais de la Moselle.

Le Graoully était la terreur de tous les habitants de Metz et des environs.

Sa nourriture préférée était la chair humaine.

Chaque jour il dévorait une proie vivante.

L’épouvantable bête hantait les abords de l’amphithéâtre romain, en compagnie d’un nombre incalculable d’autres reptiles, plus petits mais non moins effrayants.

Dans la campagne, les paysans ne s’y aventuraient plus, le bétail ne sortait plus des étables. En ville, plus personne ne se sentait en sécurité.

Quand il avait faim, le Graoully,  planait longuement en rasant les toits, à la recherche d’une victime à dévorer.

Les soldats ne pouvaient le tuer, car les flèches glissaient sur sa carapace et les javelots se brisaient contre ses écailles aussi dures que du fer.

A sa vue, les gens se terraient dans leurs maisons.

Depuis de nombreuses années, le Graoully exerçait dans la villeses ravages, quand un noble personnage du nom de Clément arriva à Metz vers la fin du deuxième siècle.

Il venait de Rome, avec la mission de prêcher l’évangile.

Clément, que le peuple ne tarda pas à appeler Saint Clément, prêchait sur les places publiques et les gens de Metz touchés par son éloquence, l’écoutaient avec une vive attention.

Un jour un vieux légionnaire lui demanda de débarrasser la ville du Graoully.

Saint Clément, mis au courant des innombrables méfaits de ce monstre, accepta cette requête.

Le lendemain matin, il se rendit du côté de l’amphithéâtre où le Graoully se tenait le plus souvent. Il partit seul, sans armes, refusant l’aide de quelques soldats qui lui avaient offert de l’accompagner.

Le peuple regardait la scène avec crainte.

Saint Clément s’avançait toujours, sans manifester la moindre appréhension. Son visage exprimait, au contraire une grande confiance.

Au détour d’une arche, le Graoully se dressa, formidable, prêt à bondir.

Saint Clément ne broncha pas, il fixa froidement le monstre dans les yeux et étendit la main.

Le Graoully, surpris, parut hésiter, figé sur place, incapable de mouvements.

Alors, Saint Clément, retira l’étole qu’il portait et la lança au cou du monstre.

Elle s’accrocha aux écailles et s’enroula autour de la gorge de la bête.

Saint Clément serra fortement le nœud ainsi formé et tint le monstre enchaîné.

Puis il le traîna jusqu’au bord de la Seille et le précipita dans l’eau profonde.

Dan un énorme bouillonnement, le Graoully disparut pour toujours.

En remerciement, chaque année les messins organisent une procession et promène à travers les rues l’image du Graoully dans la joie et la bonne humeur.

De passage à Metz en 1547, Rabelais décrit ainsi le Graoully : « Effigie ridicule et terrible aux petits enfants, ayant la tête plus grosse que le corps, avec larges, amples et horrifiques, mâchoires, bien endentées, tant en-dessus qu’au-dessous, lesquelles avec l’engin d’une petite corde, on faisait l’une contre l’autre, terrifiquement, cliqueter. » (Pantagurel, IV-59)

La dernière effigie du Graoully est toujours  conservée à la sacristie de la cathédrale de Metz.





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Rédigé par orange8454

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Publié le 13 Septembre 2012

L’aqueduc de Jouy-aux-Arches

 

A quelques lieues de Metz, on peut admirer à Jouy-aux-Arches, sur la rive droite de la Moselle, entre Ars et Ancy sur la rive gauche, les ruines imposantes d’un aqueduc romain. Cet édifice, construit vraisemblablement au deuxième siècle ou au troisième siècle de notre ère, était destiné à amener à Metz l’eau des sources de Gorze. A cet endroit, l’aqueduc enjambait le cours de la Moselle. Malheureusement, il n’en reste plus aujourd’hui que quelques arches délabrées de chaque côté de la rivière. Mais l’aspect de ces ruines majestueuses suffit à nous donner une idée de l’édifice complet. Celui-ci n’a pas pu résister aux coups répétés des invasions barbares.

Pourtant, l’histoire n’a pas retenu le nom du bâtisseur de cet aqueduc, l’époque exacte à laquelle celui-ci fut détruit nous est inconnue.

Voilà peut-être pourquoi l’imagination du peuple, vivement impressionnée par ces vieilles pierres, leur a prêté tout un passé de légendes et les a revêtues des draperies éclatantes de la fable. En voici deux :

 



Histoire du Légionnaire Mettius

En ce temps-là, Metz, qui s’appelait Divodurum, était la principale ville de l’importante peuplade gauloise des Médiomatriques. Puissante cité, après avoir combattu les Romains, elle était devenue leur alliée fidèle. Peu à peu, les habitants de la ville avaient imité les coutumes et les usages de leurs anciens adversaires. En quelques années, Metz, à l’instar de Rome, s’était couverte d’édifices remarquables, temples, portiques, thermes, écoles où l’on enseignait le latin, et même d’un amphithéâtre où l’on donnait des jeux de cirque.

Les légions romaines qui allaient monter la garde sur la frontière du Rhin passaient régulièrement par la ville. Beaucoup d’entre elles s’y arrêtaient et y prenaient leurs quartiers de repos.

Or, le jeune légionnaire Mettius avait fait la connaissance de la belle Nasidia, fille d’un riche propriétaire de la ville. Les jeunes gens s’étaient tout de suite aimés et ils se rencotnraient dans une villa, située en bordure de la Moselle, en face du village de Gaudiacum (nom que portait alors Jouy-aux-Arches). Au reste, les alentours de Metz étaient à cette époque égayés de nombreuses maisons de campagne, où les nobles de la ville aimaient à se reposer ou à se divertir.

Un soir, pour rejoindre sa belle, le légionnaire Mettius prit le chemin de Gaudiacum, où il espérait trouver une barque pour franchir la rivière.

Mais on était au début du printemps et la Moselle, fortement grossie par la fonte des neiges, débordait dans la plaine, où ses flots jaunes et tumultueux charriaient des débris de toutes sortes.

Aussi, en arrivant à Gaudiacum, Mettius ne parvint-il pas à découvrir, tout au long de la rive inondée, la plus petite embarcation qui lui eût permis d’aller retrouver sa fiancée. Les unes avaient été emportées par les eaux en furies ; les autres avaient té prudemment mises à sec et personne au village ne voulut lui prêter un bateau.

Remâchant sa déception, Mettius s’en allait tristement sur le bord de la rivière. De l’autre côté, Nasidia était là, qui lui faisait de longs signes d’amitié. Metius songea un instant à traverser la Moselle à la nage. Mais l’entreprise li parut vraiment téméraire, car le courant était trop violent, et agité de tourbillons auxquels le meilleur nageur n’aurait pu échapper.

Il en était là de ses réflexions amères et déjà il s’apprêtait à rentrer, quand un inconnu, d’aspect sympathique, l’accosta :

-Salut à toi, noble Mettius !

- Salut à toi étranger, répondit Mettius, un peu surpris.

- Que faut-il pour ton service

- Par Hercule et tous les dieux, aurais-tu une barque à me prêter ?

- Non. Je n’ai pas de barque, répondit l’inconnu, mais je puis faire beaucoup mieux pour toi. Je puis te construire, en une seule nuit, un vaste pont au-dessus de la Moselle.

Mettius le regarda ahuri, se demandant si l’étranger ne se moquait pas de lui.

- Qui es-tu donc, toi qui me tiens un tel langage ? lui demande-t-il.

- Je suis Satan, le maître des dieux.

- Je ne connais pas de dieu de ce nom-là, répliqua Mettius Ma mère m’a appris que Jupiter était le père des dieux. Je le crains et l’honore.

- Mon pouvoir est bien plus grand, poursuivit Satan. En veux-tu la preuve ?... Si tu le désires, je bâtis pour toi un pont sur cette rivière au cours de cette nuit. Pour prix, je te demande seulement ton âme.

Comme tous les Romains, Mettius était superstitieux. Cette rencontre avec un individu qui se prétendait un dieu l’impressionnait.

- Soit, dit-il, après un court moment d’hésitation. J’accepte.

La nuit était tombée sur la campagne. Mettius fit un dernier signe à sa fiancée, et, retirant son manteau, s’étendit sur le sol où il ne tarda guère à s’endormir. Mais son sommeil fut lourd, peuplé de cauchemars affreux.

Pendant ce temps, Satan avait rassemblé en ces lieux toute une armée de démons. Les uns apportaient d’énormes quartiers de rochers ; les autres maniaient la truelle avec une prodigieuse rapidité, cimentaient les matériaux et tout ce travail, qui eût demandé des années d’efforts, se faisait à une cadence extraordinaire.

Déjà, les hautes piles verticales s’élevaient au milieu de la rivière. Déjà, on voyait apparaître la voussure des arches. Et Satan, en personne, dirigeait cette multitude d’ouvrier, donnant des ordres brefs à celui-ci, réprimandant celui-là, passant de l’un à l’autre, partout présent, infatigable.

Mais tous ces diablotins au travail faisaient un tel vacarme que Mettius se réveilla. Il était environ trois heures du matin. Sa surprise fut immense quand il vit le chantier bourdonnant, les puissantes maçonneries s’élevant au-dessus des eaux. Il se frotta les yeux, se croyant encore la victime d’un rêve absurde.

Mais non, Mettius ne rêvait pas.

Le pont était bien là, aux trois quarts terminé. Des milliers d’ouvriers, comme d’infatigables fourmis, s’affairaient autour.

Alors, Mettius prit peur. Les termes de son marché lui revinrent à l’esprit. Il comprit toute la puissance de celui à qui il avait vendu son âme.

- Mettius allait donc être obligé d’abandonner son âme à un maître aussi puisant, aussi redoutable ?

Il se leva, torturé par une subite angoisse.

D’un pas nerveux, il se mit à arpenter la rive, ne sachant quel parti prendre.

Mais en marchant, il dérangea un cop qui dormait sur la branche d’un buisson. Surpris, l’oiseau se réveilla et croyant que c’était le matin, il lança un joyeux : cocorico !... Aussitôt, tous les coqs de Haudiacum et des environs, réveillés à leur tour, lui répondirent l’un après l’autre, devançant l’aurore d’une bonne heure au moins.

Alors Satan tendit l’oreille. Trompé par ce chant qui marquait la fin de son empire, il crut lui aussi que l’aube pointait à l’horizon. Il vit son ouvrage inachevé et entra dans une épouvantable fureur.

Ivre de rage, il bondit sur l’œuvre en construction donna dans les piles d’effroyables coups de pieds ; saisissant les arches à bras le corps, il les ébranla de toute sa force herculéenne.

Dans un fracas indescriptible, les solides maçonneries s’effondrèrent et tombèrent par pans entiers dans la rivière, dont les eaux, sous la masse formidable, giclèrent à des hauteurs impressionnantes et refluèrent en gros bouillons jusqu’à Metz.

Il ne resta du superbe ouvrage que quelques arches de part et d’autre de la Moselle, que, dans sa hâte de s’enfuir, le diable n’eut pas le temps de détruire.

Ce sont ces arches qui existent encore aujourd’hui.

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Rédigé par orange8454

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Publié le 13 Septembre 2012

Il y a avait déjà plusieurs années que les eaux du déluge s’étaient retirées de la surface dela terre. De l’arche accrochée aux flancs du mont Ararat Noé et toute sa famille étaient descendus joyeux de fouler enfin le sol ferme.

Sem, Cham et Japhet, les trois fils du patriarche, s’étaient immédiatement mis à cultiver la terre encore humide, et, lassés de leurs longues périgrinations, n’aspiraient qu’à une vie calme, au milieu de leurs champs et de leurs vignes.

Mais Azita, la jeune fille de Noé, était d’humeur vagabonde. Au cours du séjour prolongé qu’elle avait fait dans l’arche, elle avait contracté le goût de l’aventure et des voyages. L’imprévu d’une nouvelle randonnée, pleine de hasards, à travers des terres toutes neuves, l’attirait irrésistiblement.

Azita qu’accompagnaient plusieurs de ses neveux et nièces, se remit en marche, et, parcourant les continents et les océans, elle erra pendant quelques années encore, infatigable, incapable de se fixer.

Mais un jour, elle arriva dans un endroit qui lui parut si agréable, si plaisant qu’elle comprit aussitôt que c’était là le lieu rêvé qu’elle cherchait depuis toujours. Elle décida de s’y établir.

C’était, en effet, un pays où tout promettait un délicieux séjour. Il y avait une vallée assez large, au confluent de deux rivières, dont l’une s’appelait ka Moselle et l’autre, la Seille. Des collines aux pentes mollement ondulées formaient un cirque amplement ouvert. Le climat paraissait d’une grande douceur. On y trouvait en abondance des prunes d’un jaune doré, tacheté de points rouges, si douces à la bouche qu’on croyait manger du miel : les fameuses mirabelles de Lorraine. Le sol était jonché d’autres fruits rouges, veloutés : les succulentes fraises, qui, bien plus tard, devaient faire la renommée de Woippy.

Azita s’était fixée au cœur du pays messin.

En quelques années, elle se trouva à la tête d’un peuple nombreux, qu’elle gouvernait avec sagesse et prudence. La région fournissait toute la nourriture nécessaire. Le blé et la vigne y croissaient facilement, dans la plaine et sur le flanc des coteaux. Les forêts environnantes regorgeaient de gibier, et le poisson abondait dans les eaux de la Moselle.

Ainsi, pendant longtemps, le règne d’Azita se poursuivit sans le moindre incident.

Mais une catastrophe imprévue s’abattit un jour sur ce peuple laborieux et paisible. Depuis plusieurs semaines, il pleuvait sans interruption sur toute la région. De gros nuages noirs déversaient sans cesse de véritables trombes d’eau, comme au temps le plus affreux du déluge. La Moselle, si sage à l’ordinaire, commençait à déborder dangereusement. Dans la vallée, l’eau montait d’heure en heure, et tous ceux qui avaient établi leur habitation à proximité de la rivière étaient obligés de fuir, abandonnant aux flots en furie leurs biens les plus précieux.

Azita crut que le déluge allait recommencer. Toutes les terreurs qu’avait engendrées l’affreux cataclysme, lui revinrent à l’esprit.

Le peuple fut encore plus prompt à s’affoler. De toutes parts, on accourait aux pieds de la reine, là suppliant de construire en hâte un nouveau vaisseau, une arche plus vaste encore que celle de Noé, afin que chacun pût y trouver un refuge.

Mais Azita réfléchit.

-        
Une arche, répondit-elle au peuple, ne pourra jamais vous contenir tous. Et puis, nous serons emportés loin de ces lieux que nous avons choisis et que nous aimons. Les retrouveront-nous à notre retour ? Ce qu’il nous faut pour échapper à l’inondation, c’est un pont haut et solide. Nous nous y réfugierons tous et quand les eaux se seront retirées, nous regagnerons facilement nos maisons.

Le peuple approuva d’une voix unanime la proposition d’Azita.

Et aussitôt, les travaux de construction commencèrent sur chaque rive de la Moselle. Dans une hâte fébrile, chacun apporta sa contribution à l’œuvre de salut. Pendant une semaine, on assembla des pieux, on éleva des murs, on construisit les arches du pont.

Mais un matin, la pluie cessa brusquement et le soleil reparut dans le ciel serein. Peu de temps après, la Moselle regagna son lit.

Le peuple, qui avait si courageusement entrepris ces immenses travaux, commença dès lors à les trouver bien pénibles. Les uns après les autres, les hommes inventèrent des prétextes pour se soustraire à la corvée. L’un affirmait qu’après l’inondation, son champ réclamait tous ses soins. L’autre prétendait que ses bêtes ne pouvaient plus rester enfermées à l’étable et qu’il devait les conduire au pâturage. Un autre se découvrait soudain une grave maladie, ou un parent souffrant qu’il était dans l’obligation de soigner.

En quelques jours, le chantier bourdonnant, fiévreux d’une activité intense, devint désert, et les murailles restèrent abandonnées à leur sort.

Azita n’hésita pas. Car le beau temps, semblait revenu définitivement, et toute menace était écartée.

Les travaux demeurèrent donc inachevés. Et voilà pourquoi, on voit encore aujourd’hui les arches d’un pont gigantesque de chaque côté de la rivière.




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Rédigé par orange8454

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Publié le 13 Septembre 2012

Parmi tous les princes qui se sont succédé à la tête de l’ancien duché de Lorraine, c’est le duc Ferri III qui a laissé dans l’histoire, le souvenir le plus vivace. Ferri III régnait sur la Lorraine vers le milieu du XIIIè siècle.

C’était un homme réputé pour sa justice, sa bonté, son exquise charité. Le peuple le tenait en profonde affection, car il avait été le premier à octroyer en Lorraine des chartes de franchise aux petites cités, à rabaisser les privilèges des seigneurs, ses vassaux, sur lesquels sa puissance s’était fait particulièrement sentir. Ceux-ci le craignaient ; beaucoup le haïssaient secrètement, car les mesures qu’il avait prises en faveur du peuple réduisaient leurs pouvoir et étaient ressenties comme autant d’humiliations.

A deux lieues de Nancy, au château de Maxéville, vivait alors le comte Adrien des Armoises. Plus que tous les autres vassaux, celui-ci était animé contre son suzerain d’une haine irréductible. A plusieurs reprises, la justice de Ferri III avait dû sévir contre ses exactions et le voisinage avait achevé d’exaspérer les rapports des deux hommes.

Or, un jour, Ferri III, escorté d’un seul écuyer, chassait dans la profonde forêt de Haye. Comme le soir tombait, le duc reprit le chemin de son palais de Nancy. Sans méfiance, l’âme en paix, il chevauchait en devisant joyeusement avec son écuyer.

Soudain, son cheval trébucha dans une corde qui était été perfidement tendue en travers du sentier. Désarçonné, le duc perdit l’équilibre et s’abattit lourdement sur le sol.

Au même instant, dix hommes, le visage caché sous un masque, se précipitèrent sur lui, et, avant qu’il ait eu le temps d’esquisser un seul geste pour sa défense, il se trouva bâillonné, ligoté solidement, la tête enveloppée dans un épais voile noir. Son écuyer vola à son secours ; mais le malheureux périt, accablé sous les coups.

Puis, sans perdre une seconde, les mystérieux agresseurs emportèrent leur prisonnier, qui se débattait en vain sous ses liens, et le jetèrent brutalement dans un char posté à quelques pas du lieu de l’embuscade.

Et aussitôt, les chevaux démarrèrent dans un galop d’enfer.

Pendant des heures et des heures, le véhicule roula à vive allure. De temps en temps, il s’arrêtait ; mais c’était seulement parce qu’il fallait changer les chevaux, et, après ce court arrêt, la cadence effrénée reprenait de plus belle sans jamais se ralentir.

Enfermé dans la mystérieuse voiture, le duc tentait vainement de desserrer ses liens, d’enlever le voile qui lui couvrait les yeux. Ses efforts rageurs demeuraient hélas inutiles. Il était surtout angoissé à l’idée qu’il ignorait où ses ravisseurs le transportaient. Il était persuadé que c’était bien loin, certainement en dehors de ses états.

Car le mystérieux véhicule roulait toujours, au même galop qui ne faiblissait pas Pendant toute la nuit et tout le jour suivant, l’effroyable voyage se poursuivit, coupé seulement de très brèves haltes.

Enfin, vers le soir, l’attelage sembla soudain modérer son allure. Au bruit des roues sur des pavés, le duc comprit qu’on entrait dans une ville ou dans un château fort.

Peu d’instants après, en effet, le char s’immobilisa.

Alors, des bras invisibles tirèrent le duc de sa prison roulante. Il se sentit transporté à travers des couloirs, des salles, des escaliers dont la fraîcheur le fit frissonner ; des portes grincèrent sinistrement.

Enfin, on le déposa sur le sol ; on desserra légèrement ses liens et, sans avoir prononcé une seule parole, les ravisseurs s’enfuirent. Une lourde porte claqua sur ses gonds ; un verrou gémit ; des pas résonnèrent encore ; puis ce fut le silence.

Au prix de cruels efforts, le duc Ferri III réussit enfin à se défaire complètement des cordes qui meurtrissaient sa chair. Il retira le voile qui l’aveuglait.

Alors, sa dramatique situation se révéla à lui dan toute son horreur Le duc de Lorraine se vit au fond d’une tour carrée, haute de quinze coudées au moins, éclairées par une unique fenêtre, étroite, placée très haut, près de la toiture. Dans un coin avaient été placés à son intention un misérable grabat, une cruche d’eau et une miche de pain.

Le bon duc s’abîma dans un profond désespoir. Mais ce qui exaspérait sa douleur, c’était qu’il ne savait absolument pas en quel lieu il se trouvait et aux mains de quels ennemis il était tombé.

Inutile de décrire sa misérable existence au fond de ce sinistre cachot.

Il ne voyait jamais personne, pas même la main du geôlier qui lui apportait chaque jour sa nourriture à travers un double guichet.

Les jours, les semaines, les mois et même les années s’écoulèrent.

Le duc, dans son chagrin, crut qu’il allait sombrer dans la folie.

Rares étaient les bruits qui lui parvenaient du dehors. Parfois, il entendait des cloches qui lui semblaient être celles de sa bonne ville de Nancy. Mais comme il se croyait enfermé à cent lieues de sa capitale, il était persuadé qu’il s’agissait d’hallucinations auxquelles il eût été dangereux de s’abandonner.

Pendant ce temps, que devenaient son épouse, la duchesse Marguerite, et ses enfants, privés de soutien et de défense ? Qu’était-il arrivé à son palais, sans doute pillé, à sa ville de Nancy, peut-être brûlée, à son bon peuple, réduit en esclavage ? Le duc Ferri III n’osait agiter ces torturantes questions.

Or, un matin, comme il était plongé dans un sommeil proche de l’agonie, il entendit soudain au-dessus de lui un grand bruit Contre la toiture de son cachot étaient frappés des coups violents, que l’écho amplifiait étrangement. Parfois, un chant s’élevait nettement perceptible entre les coups, bizarre et mélancolique.

Le duc sursauta Ses dernières forces, usées par ses longs malheurs, se réveillèrent Le cœur palpitant, il tendit l’oreille. N’étai-ce pas une hallucination ? En effet, il semblait au duc de Lorraine que son propre nom était mêlé aux paroles de la chanson.

Mais un rayon de lumière jaillit dans la tour obscure, puis s’agrandit, s’élargit. Enfin, un homme apparut, juché sur une poutre maîtresse de la toiture.

Leduc Ferri III se dressa, évitant les tuiles et les gravats, qui tombaient et se brisaient sur le sol, haletant, bouleversé par l’émotion.

En haut, l’homme l’aperçut :

-        
Ah ! par exemple, grommela-t-il, on ne m’avait pas dit qu’il y avait quelqu’un là-dedans !

Il arrêta son travail.

-        
Eh ! là-bas, qu’est-ce que tu fais là ? cria-t-il.

-         Et toi ? articula le prisonnier, qui retrouvait enfin l’usage de la parole.

-        
Moi ?... Je suis Jean, le couvreur. Je répare des toitures. Et dieu merci, l’ouvrage ne manque pas. Mais, toi ?...

-        
Moi ?... Mais les mots s’étranglèrent dans sa gorge.

-         Te voilà dans un piètre état ! Qu’est-ce donc que tu as fait pour être ici ?

-        
Moi… Je suis Ferri, duc de Loraine, troisième de ce nom. Où suis-je ?

-        
Ah ! non, répliqua le couvreur, il ne faut pas me conter d’histoire. D’ailleurs, sais-tu bien ce que je chantais tantôt ?... Eh bien ! je chantais la complainte du duc Ferri, parti de son duché pour suivre une belle dame qu’il aimait.

-        
Par Saint Nicolas, supplia le prisonnier, ne plaisante pas ! Dis-mois donc, je te prie, où je suis.

-         Puisque tu insistes, je peux te le dire : tu es à Maxéville, chez le sire des Armoises.

A ce nom, le duc frémit de colère. En un éclair, il mesura toute la ruse dont il avait été victime. Pour lui donner le change, la voiture qui l’emportait avait tourné en rond dans la forêt de Haye pendant une nuit et un jour.

Pris de pitié, Jean, le couvreur, devint soudain très grave.

-      
Si tu es vraiment le duc de Loraine, dit-il, peux-tu me le prouver ?

- Tiens voici mon sceau. Tu verras bien si je mens.

De plus en plus intrigué, le couvreur déroula un fil auquel le duc attacha sa précieuse bague. Alors, quand l’ouvrier, après avoir retiré le fil tint le sceau de Loraine entre ses doigts, tremblant, il s’écria :

-        
Par Saint Gabriel, c’était donc vrai !... Monseigneur, mes humbles excuses de ne vous avoir pas cru sur parole.

-        
Ecoute, dit le duc, dis-moi maintenant ce qu’est devenue la duchesse, mon épouse.

-        
Monseigneur, reprit avec respect le couvreur, la duchesse Marquetiez est toujours à Nancy. Grâce au Sire de Tillon, elle a réussi à tenir tête à une révolte de vos vassaux Elle n’a pas cessé de pleurer votre disparition.

-        
Je vois que ton cœur est resté fidèle à la maison de Lorraine. Va porter cet anneau à la duchesse Marguerite. Dis-lui où je me trouve enfermé. Elle agira en femme avisée pour le tirer de là. Et tu sais aussi que le duc de Lorraine n’est pas un ingrat.

-        
Oui sire. J’y cours. Au diable, la toiture des Armoises !

Quelques jours plus tard, une puissante armée lorraine se présenta devant le château de Maxéville. A sa tête, brandissant bien haut l’étendard rouge et or, chevauchait le sire de Tillon. Il se dirigea droit vers le pont-levis et demanda à parler immédiatement au seigneur des Armoises.

Plein d’appréhension, le félon apparut bientôt sur le chemin de ronde.

Alors, tandis que l’armée ducale cernait complètement le château, le sire de Tillon lui adresse cette proclamation :

-        
Au nom de la très haute et très nombre dame de Lorraine, Marguerite, moi, Nicolas de Tillon, je t’ordonne de remettre sur le champ en liberté le puissant duc Ferri, troisième de son nom, qui est mon maître et le tien, et que tu retiens prisonnier par trahison et félonie. Et si, pour ton malheur, tu tardais à exécuter cet ordre, ton château serait immédiatement rasé, toi et tes gens passés au fil de l’épée.

Une immense clameur salua la fin de ce discours. Toute l’armée lorraine poussait son cri de guerre,

Le sire des Armoises comprit, la rage au cœur, que la partie était trop forte pour lui. Jamais, il ne pourrait résister aux puissantes machines de guerre que es soldats manœuvraient sous les murs de son château.

Il fit donc baisser le pont-levis.

Les soldats du sire de Tillon se précipitèrent aussitôt et ils eurent vite fait de tirer le malheureux duc de son cachot.

Celui-ci, pleurant de joie, retrouva sa courageuse épouse, qui avait tenu à venir personnellement avec l’armée, et, sous les acclamations enthousiastes de tous ses soldats, il l’embrassa longuement.*Puis, ce fut le retour triomphal jusqu’à Nancy.

Mais une fois les premiers moments d’effusion passés, Ferri III dit aux gens de sa suite :

-        
Où est donc <Jean, le couvreur, celui qui a porté la bonne nouvelle ? Qu’on aille me le chercher bien vite.

Peu de temps après, l’ouvrier arriva au palais rouge de confusion mais aussi de fierté.

-        
Ah ! voici notre ami Jean, le couvreur, dit le duc en l’apercevant Viens ici mon ami.

Puis, se tournant vers l’assistance, il ajouta d’un ton solennel :

-        
Messieurs, voici l’artisan de ma libération. Il a nom Jean, le couvreur Désormais, il s’appellera Jean de Hautoy, puisque c’est du haut du toit qu’il m’a apporté la liberté. Messire Jean du Hautoy, embrassez le duc. Et je vous donne en fief la moitié des biens du sire des Armoises.


Tous les gentilshommes présents approuvèrent chaleureusement cette juste récompense, puis, pendant une semaine, Nancy et tout le duché de Lorraine furent en liesse pour fêter le retour de leur duc bien-aimé.





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Publié le 13 Septembre 2012

De toutes les fées qui vivaient dans la région de Gérardmer, Polybotte était la plus puissante et la plus redoutée.

Elle habitait la montagne de Naymont dans une grotte au cœur de la forêt de Martimpré.

Elle avait mauvaise réputation, car sa méchanceté s’était exercée à plusieurs reprises aux dépens des paisibles Gérômois. Sa laideur physique était proverbiale. Aussi était il rare qu’un habitant, à la recherche de bois mort, osât se hasarder dans les parages de la grotte qui était , affirmait on, le vestibule de son palais.

 

Or, un jour, un noble chevalier qui accompagnait le Duc de Lorraine à une chasse à l’ours dans les environs de Gérardmer, s’égara dans l’immense forêt.

A la nuit tombante, fatigué, son cheval fourbu, il avisa une anfractuosité de roc qui lui sembla un abri suffisant pour passer la nuit. Il décida donc de s’y reposer, avant de rejoindre ses compagnons le lendemain. Mais c’était la grotte de la redoutable fée Polybotte.

 

A peine le chevalier avait il franchi le seuil, qu’il se vit soudain enveloppé d’une éblouissante clarté. Dans le fond de la grotte, les rochers semblaient s’entrouvrir sur une salle immense, aux resplendissants murs de cristal. Le sol était recouvert d’un gazon coupé ras, où l’on apercevait des fleurs splendides qui embaumaient l’air d’un parfum capiteux et ensorcellent. Une musique vaporeuse, irréelle, paraissait jaillir des profondeurs de l’antre, sans que l’on pu distinguer les musiciens.

 

Surpris, le chevalier s’arrêta et, se passant la main sur les yeux :

- Par le Diable et par l’Enfer, je ne rêve pas! Mais où suis je donc ?

Mais il était très brave et résolument, il avança.

Alors il vit venir à lui une vieille dame très grande qui portait sur le front un diadème orné de pierres, plus précieuses les une que les autres. Elle était entourée de nains, d’elfes et de sotrés qui formait un cortège enchanteur.

De sa voix douce et légere, elle invita le chevalier à devenir son hôte pour la nuit.

Cette dame, c’était Polybotte …

Le chevalier accepta son hospitalité, conscient qu’il allait certainement vivre une expérience hors du commun.

Polybotte lui indiqua une couche de fleurs fraîches sur laquelle il s’allongea. Puis les elfes et les nains, dansant et chantant, lui servirent comme ils l’auraient fait à un Dieu, des mets succulents et des boissons merveilleuses.

Mais le temps défilait et le chevalier commençait à penser qu’il devrait rentrer bientôt.

Face à lui, Polybotte le regardait étrangement, ses yeux brillaient. Elle déployait tous les stratagèmes imaginables pour ranimer la conversation. Et faire naître l’amour car elle avait trouvé sa moitié , elle en était sûre.

Le chevalier compris et se sentit soudain mal à l’aise. La fée, aux premiers abords était attiante par sa gentillesse et sa richesse. Mais son charme était inexistant, elle était laide et son visage était couvert de rides aussi profondes que le sont les vallées de la montagne.

- Noble chevalier, l’aube va bientôt poindre derrière les grands sapins. Votre départ me rend triste car, malgré ma puissance, je m’ennuie et j’aurais besoin de votre amour si vous consentez à m’en donner.

- Noble Dame, vous êtes merveilleuse et c’était un cadeau inespéré que de vous rencontrer. Mais ma femme et tous mes compagnons m’attendent dans mon château. Je ne puis les abandonner…

- Comment cette vie aussi misérable que celle que tu menes peut t’attirer ? Je t’aurais pourtant offert bien du bonheur…

Mais si tel est ton désir, alors va, mais prends garde à toi car le bise du matin est glaciale en cette saison…

Sa voix était menaçante et son visage s’était fait plus rude. Le pauvre chevalier en frissonna d’horreur.

 

Déterminé à quitter les lieux sans plus tarder, il se leva et s’approcha de l’entrée de la grotte.

Brusquement, un énorme bloc de glace se détacha de la paroi rocheuse et l’emprisonna tout entier et à jamais…

 

Aujourd’hui encore, lorsque l’on s’aventure dans les bois près de Gérardmer, on peut voir, dans la fente de Kertoff, de la glace à n’importe quels moments de l’année. Alors, si vous passez par là, ne vous laissez pas prendre au piège ...



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Rédigé par orange8454

Publié dans #car, #chevalier, #fee, #grotte, #polybotte

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