Publié le 13 Septembre 2012
chatte
Publié le 13 Septembre 2012
La fois là, au temps où la terre de Salm ne s'appelait pas encore la terre de Salm, les fées qui l'habitaient voulurent
rendre visite à leurs cousines du Ban de la Roche, qui ne s'appelait pas encore le Ban de la Roche.
Le problème, c'est qu'il y avait la Bruche à traverser, et que les fées ne savaient pas nager.
Elles parlèrent de leur problème aux Saintes Pierres, qui tinrent chapitre pour délibérer du sujet.
Toutes se tournèrent vers la Haute Pierre de Salm, qui était la plus concernée car elle habitait sur le bord même de la Bruche.
" Il me semble, dit la Haute Pierre de Salm, que cela ne me dérangerait guère, de supporter un léger pont invisible où les fées pourraient passer en toute sécurité. "
Les autres pierres en furent d'avis, et ainsi fut fait.
La Haute Pierre était assez plate. Les fées y adossèrent aisément leur pont, qui s'appela le Pont des Fées. Elles y circulèrent sans problème pendant de nombreux siècles, et c'était plaisir de
les voir se rendre visite d'une rive à l'autre de la Bruche, en personnes aimables, polies et bienveillantes. Certes, jamais celles du Ban de la Roche, qui ne s'appelait pas encore Le Ban de la
Roche, n'auraient traité leurs cousines d'en face de sales papistes, pas plus que celles de Salm n'auraient traités les autres de hapolottes !
Puis, vint l'époque des procès en sorcellerie.
Comme on le sait, les procès de sorcellerie étaient précédés par une phase de rumeurs couvant à bas bruit, de calomnies à demi-formulées contre lesquelles il est impossible de se défendre.
Celle contre les Hautes Pierres démarra secrètement, dans les papiers de l'autorité, documents comptables et autres, papiers que les Pierres ne risquaient pas de contredire puisqu'elles ne
savaient même pas ce que c'était. Insensiblement, pour les nommer, on passa de l'expression Hautes Pierres, ancienne, et respectueuse, à des expressions telles que Chaudes Roches, ce qui insinue
sans le dire qu'elles contiennent les feux de l'enfer, ou Chattes Pierres, ce qui laisse entendre qu'elles se transforment en chattes comme le font les genaxes..
Le sommet fut atteint quand la Haute Pierre de Salm fut appelée Roche de Chatte Pendue, ce qui, aux calomnies précédentes, ajoute l'idée que l'on vient s'y pendre.
L'affaire de la Chatte Pendue était grave. Pour étayer leurs calomnies, les accusateurs anonymes eurent un jour l'idée de sacrifier une pauvre bête, une chatte que l'on trouva effectivement
pendue un jour à la pierre. Plus grave encore : la chatte était affublée des guenilles d'une pauvre vieille que l'on ne revit plus. On alla raconter que la chatte était la vieille sous sa forme
de sorcière, qui se serait emmêlée dans la pierre, et pendue par accident, en se rendant au sabbat. C'est ce que l'on fit croire aux gendarmes du Comte de Salm pour expliquer sa disparition et,
pour faire bon poids, on affirma avoir trouvé un balai au pied de la pierre.
La Haute Pierre de Salm en fut très mécontente. Elle se dit en son for intérieur :
"Me voici malgré moi rendue complice d'un meurtre. Je ne saurais l'approuver. Si un chapitre est convoqué pour parler de la folie des hommes d'aujourd'hui, je ne manquerai pas de le dire."
Une autre qui n'était pas contente, c'était la Haute Pierre, la Roche à enfants de Moyenmoutier. Figurez vous qu'on l'accusait de fournir le lieu du sabbat !
Près du Donon, les pierres furent accusées d'avoir reçu la marque du diable : on se mit à appeler Pattes du Diables une vieille marque ayant vaguement l'aspect d'empreintes de pieds.
Les choses en arrivèrent au point où l'Aînée des Pierres envisagea de tenir un chapitre. Non pas qu'elle craignit vraiment qu'on mettre les pierres en prison et qu'on les brûle (comment les
hommes l'auraient-ils pu ?). Mais elle était compatissante et large d'esprit. Elle voyait plus loin que le Salm ; son regard portait jusqu'à la Perheux, et elle désapprouvait ces bûchers qui s'y
suivaient l'un l'autre comme s'il se fût agi de vider le pays. Elle voyait plus loin que les problèmes des Pierres. Elle se dit en elle même :
"C'est là un grand malheur qui s'abat sur les hommes, surtout sur les petites gens. Je serais bien d'avis de les aider, si seulement je savais comment faire."
Comme le rythme de vie des pierres n'est pas très rapide, elle en était toujours là de ses réflexions quand la guerre des Suédois vint résoudre le problème, ou pour mieux dire, vint le supprimer.
Car bientôt, il ne resta à peu près plus personne dans la région pour craindre la calomnie ou pour la répandre.
Publié le 13 Septembre 2012
C'était il y a très très longtemps, bien avant que l'arrière grand-mère du Kristkind soit allée chercher sa grand-mère au Rocher des Poupons de Bethléem.
Il y avait déjà des hautes pierres dans la région du Salm et du Ban de la Roche. Certaines étaient hautes au sens figuré, parce qu'elles étaient habitées par des dieux. Et d'autres étaient hautes au sens propre parce qu'elles avaient été dressées. En Bretagne, on les aurait appelées des menhirs, mais, dans les Vosges, on les appelait simplement des Hautes Pierres. Et là, les choses deviennent très mystérieuses, car qui dit pierre dressée dit des hommes pour la dresser. Ce qui veut dire qu'il y avait des hommes dans la région au temps des mégalithes. Ce qui est très surprenant, car à l'époque, la terre était bien moins peuplée que maintenant. Les hommes n'allaient pas s'installer dans les mauvaises terres, rien ne les y obligeait.
Alors, qu'est-ce qui a attiré les hommes dans la région à l'époque préhistorique ? Pas les possibilités agricoles à coup sur ! Etaient-ce déjà les richesses minières ?
Bon, je cesse de m'aventurer sur le terrain humain, car on ne peut faire, pour ces hautes époques, que des hypothèses. Mieux vaut nous borner aux faits bien solides, et nous contenter de parler des Dieux, et plus précisément du Dieu des Hautes Pierres.
Tout ce qui est bon dans la vallée de la Bruche vient des pierres. Ce serait trop long de toutes les citer. Il y a, bien sur, le Rocher des Poupons à Belmont. La Bonne Pierre, à Vaquenoux. La Haute Pierre au dessus de Moyenmoutier. La Roche Mère Henri au dessus de Senones. Plus celles dont on a cru devoir mutiler le nom, remplaçant le mot "Haute" par des bizarreries du genre "Chaude" ou Chatte" : les Chaudes Roches au dessus de Raon sur Plaine ; la Chatte Pendue au dessus de Salm ; les Pierres-Chattes au Ban de la Roche (on les connaît indirectement par l'esprit qui leur est associé, le Diadelé des Pierres-Chattes).
Cette déformation du mot "haute" est d'origine "savante" (si l'on peut dire), en tout cas écrite : les transformations du mot s'observent de manuscrit en manuscrit ; elles n'ont rien à voir avec du patois. Si "haute" se disait "chatte" en patois welsche, cela se saurait. J'estime, pour ma part, que cette déformation ridicule et sacrilège provient de l'époque où l'Eglise pourchassait les anciens dieux. Je continuerai donc de parler de Hautes Pierres et non de Pierres-Chattes, car je ne les ai jamais entendues miauler ; de même, je parlerai, bien respectueusement, comme il convient, du Dieu des Hautes Pierres et non du Diadelé des Pierres Chattes, car un Diadelé, c'est un Diable. Or, nul n'a réussi, pas même au temps des procès de sorcellerie, à trouver quelque élément que ce soit, même calomnieux, même déformé, pour imputer la moindre méchanceté à ce prétendu diable.
Publié le 13 Septembre 2012
Il était une fois, une femme qui possédait une chatte noire qu’elle appelait Souda.Chaque matin, cette femme trouvait une pièce d’or sous son oreiller et la dépensait sans chercher à en connaître la provenance.
Un jour, cependant, elle tourna la pièce entre ses doigts, réfléchit et se posa toutes les questions auxquelles elle n’avait jamais songé jusqu’alors.
Quand tomba la nuit, elle évita de se laisser aller au sommeil, et observa ce qui se passait dans sa chambre.
Au pied du lit, la chatte Souda qui faisait mine de dormir, se leva lentement, s’étira, puis bondit et disparut par la fenêtre entrouverte.
Aussitôt, la femme rejeta sa couverture et se précipita sur ses traces.
Arrivée au bord d’un buisson, elle vit la chatte noire se secouer et devenir une jeune fille d’une grande beauté.
Cette jeune fille alla ensuite s’asseoir un peu plus loin et tira de sa ceinture un miroir et du fard qu’elle appliqua sur ses yeux, ses joues et ses lèvres. Elle orna son front et ses épaules de bijoux et de voiles transparents aux vives couleurs, et bientôt son aspect fut celui d’une "chikha".
Après avoir fini de se parer, elle marcha jusqu’aux murs d’enceinte et franchit la porte de la ville, suivie de loin par sa maîtresse.
Elle continua ainsi jusqu’à un lieu désertique où l’attendaient d’autres "chikhates" vêtues de costumes éclatants. Ces filles de la nuit s’empressèrent autour d’elle et lui demandèrent la raison de son retard.
"Ma maîtresse ne pouvait pas trouver le sommeil !" expliqua-t-elle.
Souda ayant fini ses explications, accompagna les "chikhates". Elles s’en allèrent chanter et danser au son des tam-tams, devant un publique d’hommes drapés dans leurs burnous.
Au matin, elles se partagèrent ce qui leur avait été remis par les hommes et chacune rentra chez elle avec sa pièce d’or.
Sa curiosité satisfaite, la femme précéda Souda en courant le long du chemin.
Elle eut même le temps de se précipiter dans son lit et de rabattre la couverture avant que la chatte noire n’entre dans sa chambre en sautant par la fenêtre.
Mais tandis que la chatte Souda s’approchait doucement de l’oreiller, sa maîtresse s’empressa de lui dire : "Je sais maintenant que tu es une jennia et je connais la façon dont tu gagnes la pièce d’or que tu glisses chaque matin sous mon oreiller !"
Quelle imprudence fut la sienne ! Car, ce dont cette femme ne pouvait se douter, c’est qu’une fois reconnue, la jennia devenue chatte le resterait toute sa vie, et ne pourrait plus jamais lui procurer de pièce d’or !
Moralité : Trop de curiosité devient un défaut
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