Publié le 13 Septembre 2012

Que mon conte soit beau et qu'il se déroule comme un long fil !

Il y avait un roi et ce roi avait un fils tendrement aimé qui lui dit :

Roi mon père, laisse moi aller au marché et voir tes sujets.

Fais selon ton plaisir, lui répondit le roi.

Le prince s'en vint donc au marché et dit à tous les hommes :

Vous ne vendrez ni n'achèterez, vous n'achèterez ni ne vendrez que vous n'ayez compris ces devinettes.

La première :

Quel est l'être qui, le matin, marche sur quatre pattes, à midi sur deux et le soir sur trois ?

La seconde :

Quel est l'arbre qui a douze branches et dont chaque branche porte trente feuilles ? Aucun ne sut répondre. Tous les hommes restèrent muets. Le marché se dissout. Une semaine tourna. Le jour du marché ramena le fils du roi. Il demanda :

Avez-vous trouvé des réponses à mes devinettes ?

Une fois encore tous se turent et se dispersèrent. Qui devait acheter n'acheta pas. Et qui devait vendre ne vendit pas. Le marché se défit.

Or parmi ces hommes rassemblés se trouvait le surveillant du marché. Il était très pauvre et avait deux filles, l'une fort belle et l'autre, la plus jeune, chétive mais pleine d'esprit.

Le soir lorsque son père rentra, cette dernière lui dit :

Mon père, voici deux marchés que tu pars et que tu nous reviens les mains vides. Pourquoi ?

Ma fille, répondit le surveillant, le fils du roi est venu et nous a déclaré : " Vous ne vendrez ni n'achèterez, vous n'achèterez ni ne vendrez que vous n'ayez compris le sens de ce que je vais dire."

Et que vous a demandé de deviner le prince ? reprit la jeune fille.
Son père lui rapporta les paroles du prince.

La jeune fille réfléchit un peu avant de répondre :

c'est facile, mon père : l'être qui, le matin, marche sur quatre pattes, à midi sur deux et le soir sur trois, c'est l'homme.

Au matin de sa vie, il rampe sur les pieds et les mains, plus grand il avance sur ses deux pieds. Devenu vieux, il s'appuie sur un bâton. Quand à l'arbre, c'est l'année :
l'année a douze mois et chaque mois porte trente jours.

Une semaine passa. En ramenant le jour de marché, elle ramena le fils du roi. Il demanda :

Et aujourd’hui avez-vous deviné ?

Le surveillant parla. Il dit :

Oui, Seigneur. L'être qui le matin marche sur quatre pattes, à midi sur deux, le soir sur trois, c'est l'homme. Et quand à l'arbre, c'est l'année.

Ouvrez le marché ! ordonna le fils du roi.

Quand vint le soir, le prince s'approcha du surveillant et lui dit :

Je veux entrer dans ta maison.

Le surveillant répondit :

Bien seigneur.

Et ils partirent à pied. Le prince déclara :

Je me suis enfui du paradis de Dieu. J'ai refusé ce que voulait Dieu. Le chemin est long ; porte-moi ou je te porterai. Parle ou je parlerai.

Le surveillant garda le silence. Ils rencontrèrent une rivière : Le fils du roi dit :

Fais-moi traverser la rivière ou je te la ferais traverser.

Le surveillant qui ne comprenait rien ne répondit pas.

Ils arrivèrent en vue de la maison. La plus jeune fille du surveillant (celle qui était malingre mais pleine d'intuition) leur ouvrit. Elle leur dit :

Soyez les bienvenus : ma mère est allée voir un être qu'elle n'a jamais vu. Mes frères frappent l'eau avec l'eau. Ma sœur se trouve entre un mur et un autre.

Le fils du roi entra. Il dit en voyant la plus belle fille du surveillant :

Le plat est beau mais il a une fêlure.

La nuit trouva toute la famille réunie. L'on tua un poulet et l'on fit un couscous de fête. Lorsque le repas fût prêt, le prince dit :

C'est moi qui partagerai le poulet.

Il donna la tête au père ; les ailes aux jeunes filles ; les cuisses aux deux garçons ; la poitrine à la mère. Et il se réserva les pattes. Tous mangèrent et se disposèrent à veiller.

Le fils du roi se tourna alors vers la jeune fille pleine d'esprit et lui déclara :

Pour que tu m'aies dit : "Ma mère est allée voir un être qu'elle n'a jamais vu il faut qu'elle soit sage-femme". Pour que tu m'aies dit "Mes frères frappent l'eau avec l'eau" ils arrosaient des jardins. Et quant à ta sœur, "entre un mur et un autre", elle tissait la laine avec un mur derrière elle et un autre : le métier.

La jeune fille répondit :

Lorsque tu t'es mis en route, tu as déclaré à mon père : "Je me suis enfui du paradis de Dieu". C'est la pluie qui pour la terre est le paradis de Dieu : Tu craignais donc de te mouiller ? Et puis tu as dit : "J'ai refusé ce que voulait Dieu". C'est la mort que tu refusais ? Dieux veut nous mourions, mais nous, nous ne voulons pas.

Tu as dit enfin à mon père : "Le chemin est long, porte moi ou je te porterai ; parle ou je parlerai" pour que le chemin semble plus court.

Tout comme lui tu as dit, lorsque vous vous êtes trouvé devant la rivière : "Fais moi passer la rivière ou je te la ferais passer" : tu voulais dire : "indique-moi le gué ou je chercherai».

 

En entrant dans notre maison, tu as regardé ma sœur tu as dit "Le plat est beau, mais il a une fêlure". Ma sœur est belle en effet, elle est vertueuse, mais elle est fille d'un pauvre homme.

Et puis tu as partagé le poulet. A mon père tu as donné la tête : il est la tête de la maison.

A ma mère tu as donné la poitrine : elle est le cœur de la maison.

A nous les filles tu as donné les ailes : nous ne resterons pas ici.

A mes frères, tu as donné les cuisses : ils sont les soutiens, les piliers de la maison.

Et toi tu as pris les pattes parce que tu es l'invité : ce sont tes pieds qui t'on amené jusqu'ici, ce sont eux qui te remmèneront.

Dés le lendemain le prince alla trouver le roi son père et lui déclara :

Moi, je veux épouser la fille du surveillant du marché.......


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Rédigé par orange8454

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Publié le 13 Septembre 2012

... Le sultan et sa femme, qui avaient peur de mourir sans laisser d'enfant mâle, priaient jours et nuits, faisaient des aumônes, consultaient les plus illustres médecins, visitaient tous les marabouts du pays, mais en vain. Après bien des années, la sultane mit au monde un garçon. La veille de sa naissance, alors que la sultane faisait sa sieste, un vieillard à barbe blanche lui apparut en rêve et lui dit :

« Tu auras un fils, il aura toutes les qualités attendues chez un prince. Il sera beau, intelligent, courageux, téméraire, mais lorsqu'il atteindra l'âge adulte il tombera si gravement malade que sa vie sera en danger et qu'il ne il sera guéri que si vous consentiriez un gros sacrifice. » Et il disparut laissant la pauvre femme ébranlée.

« Comment faire ? » se lamentait-elle, elle dont la joie provoquée par la naissance du prince commençait à s'émousser. « Comment faire pour aider mon fils ? » Les années passèrent. Le garçon grandissait en beauté, courage et témérité, comme l'avait prédit le vieillard.

Lorsqu'il fut en âge de prendre femme, son père demanda et obtint pour lui la main de la fille du sultan voisin. Le mariage devant être célébré à la fin de l'été après les moissons, tout le pays s'activait en vue des noces qui devaient être inoubliables, car le jeune prince était aimé et estimé de tous autant pour sa bonté et sa générosité que pour sa bravoure et son intelligence. La sultane voyant son fils en bonne santé oublia le rêve et avec lui ses craintes jusqu'au jour ou le prince qui revenait à travers champs vit une jeune fille qui avançait en titubant une cruche sur la tête.

Elle fit encore quelques pas puis s'écroula. La cruche en tombant se cassa en plusieurs morceaux et l'eau se répandit sur le sol. Le prince se précipita et quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'il découvrit une éblouissante jeune fille aux longs cheveux d'un noir d'ébène éparpillés autour d'elle. Toute la beauté et toute la grâce étaient gravées sur ses traits et sa silhouette mais ses vêtements quoique propres étaient ceux d'une miséreuse. Le prince, émerveillé, la contempla longtemps puis se secoua comme s'il sortait d'un rêve. Il l'aida à se relever. En voyant sa cruche cassée elle éclata en sanglots.

« Oh, ma cruche, ma belle cruche que mon père m'a ramenée du souk. Que vais-je lui dire pour me justifier ? »

N'ayez crainte, lui dit le prince, des cruches semblables, il y en a plein le souk.

Hélas, mon bon seigneur, hélas nous sommes pauvres et mon père, pour m'acheter cette cruche, s'est privée durant une semaine d'un remède qu'il prend lorsqu'il fabrique le charbon. Mon père, seigneur, est charbonnier, et c'est lui qui alimente tout le palais en charbon.

N'ayez crainte vous dis-je, demain à l'aube une cruche aussi belle vous attendra devant chez vous.

Rassurée, elle partit. Le prince resta longtemps debout à l'endroit ou elle était tombée puis il partit à son tour. Il envoya sur le champ un domestique au souk, avec ordre d'acheter une cruche et de la déposer devant la maison du charbonnier.

Toute la journée, le prince fut obsédé par la vision de la jeune fille, et le soir il ne put fermer l'œil tant cette vision était vivace dans son esprit. Cet état de chose dura plusieurs jours, au point que le jeune homme en perdit le goût du sommeil et ne se restaurait que rarement. Sa situation était sans issue, car il ne voulait pas se marier avec la fille du sultan mais avec la fille du charbonnier. Au bout de quelques temps, le prince tomba gravement malade, ne trouvant aucune solution à son problème. Ses parents affolés firent venir tous les médecins du pays, mais aucun ne put déceler la nature de cette mystérieuse maladie. Il dépérissait à vue d'œil sous le regard impuissant de ceux-ci.

« De quoi souffres-tu mon cher petit ? » lui demandaient-ils. « Le mal dont j’atteins, nul ne peut le guérir à moins d'un sacrifice que je suis incapable de vous demander » répondit-il.

Ils eurent beau le questionner, il ne leur révéla absolument rien. La fille du charbonnier eut vent de cette maladie, car les serviteurs, étant très bavards, racontaient à qui voulait les entendre que le prince était possédé. Moyennant une pièce d'argent, elle pria une servante chargée de l'entretien de la chambre où il reposait de lui permettre de lui rendre visite au moment où il serait seul. Aussitôt qu'il la vit, il se sentit mieux et lui fit part de ses sentiments.

« Oubliez-moi sire, oubliez-moi, je ne suis pas digne d'être votre femme car je suis de condition très modeste. Je suis moi-même très perturbée depuis que je vous ai vu mais hélas je me fais une raison.

Rendez-moi au moins visite, la pria le prince, en l'absence de mes parents ; j'en donnerai moi-même l'ordre à la servante. » Elle le lui promit et partit. Un jour, alors que la sultane somnolait près de la couche de son fils, le vieillard réapparut et lui dit : « Votre fils peut guérir à condition que vous acceptiez de lui donner la fille du charbonnier pour épouse. En bon fils, il ne veut pas vous faire de la peine mais votre peine sera beaucoup plus grande si vous refusez et qu'il mourra ». La sultane se réveilla en sursaut en psalmodiant le nom de Dieu et maudissant Satan. « La fille du charbonnier ? Mais qui est donc cette fille qui a rendu mon fils si malade ? Mérite-elle au moins un pareil sacrifice ? Dès demain j'irai la voir ».

Le lendemain, très tôt et sans rien dire à personne, elle se déguisa et partit vers la maison du charbonnier qui se trouvait à l'entrée de la forêt. En voyant la maison si vétuste, elle frissonna, se cacha derrière un arbre et attendit. Un moment après, une jeune fille belle comme le jour apparut sur le seuil. « Ah ! Je comprends pourquoi mon fils est si malade, dit-elle. Mais une telle alliance est impossible. Il faut qu'elle et ses parents quittent le pays ; alors l'envoûtement quittera le corps de mon fils. ». Toujours déguisée, elle se présenta à eux et leur dit :

« La sultane, ma maîtresse m'envoie vous dire que son fils est tombé en léthargie depuis qu'il a vu votre fille. Vous comprenez aisément qu'il lui est impossible de vous demander sa main, alors elle vous demande de quitter le pays à moins que... à moins que votre fille ne tisse une étoffe de soie si légère et si belle qu'elle n'aura pas son pareil dans tout le royaume. Mais si l'étoffe n'est pas prête dans deux jours alors vous vous en irez ».Elle partit laissant la jeune fille et ses parents désemparés. Peu après, la jeune fille reçut la visite de la servante qui lui dit que son maître désirait la voir. Elle la suivit et raconta au prince tout ce qui venait d'arriver.

« Va, lui dit le prince, va dans la forêt et raconte tout au grand mûrier.

Mais comment un arbre pourra-t-il m'aider ? lui dit-elle.

Va, répond le prince et fais-moi confiance. »

Arrivée devant le mûrier, elle se mit à pleurer à chaudes larmes. « Mon Dieu, mon Dieu comment vais-je m'en sortir ? Comment vais-je faire pour éviter l'exil à mes parents ? ». Alors le mûrier eût pitié d'elle ; il secoua très fort ses branches afin de réveiller tous les vers à soie qui s'y trouvaient et leur tint ces propos : « Je veux que vous vous mettiez tous à l'ouvrage et que vous tissiez très vite la plus belle étoffe qu'il m'ait été donné de voir, sinon je dessécherai toutes mes feuilles et vous n'aurez plus rien à manger ». Les vers à soie, apeurés, commencèrent à tisser, à tisser la plus belle et la plus arachnéenne étoffe qui pût exister. Ils travaillèrent tant et si bien qu'au bout de deux jours, la toile fût finie. Lorsque la sultane, toujours déguisée, la vit, elle blêmit et dit : « Tout ceci est fort bien mais ma maîtresse désire cette fois que vous récupériez le collier de perles qu'elle portait et qui s'est cassé l'an dernier près du bassin derrière le palais ».

Cette fois-ci, la jeune fille dit au prince qu'il lui était impossible de surmonter cette nouvelle épreuve.

« La solution se trouve au seuil de ta maison, répondit-il ; va, que Dieu t'assiste et te vienne en aide. »

L'esprit ailleurs, elle marcha, marcha jusqu'à la maison de ses parents. Alors, du pied et sans le vouloir, elle foula une fourmilière. Sentant alors quelques fourmis sur sa jambe, elle s'agenouilla pour réparer les dégâts. Tout en s'excusant, elle leur fit part des raisons de son chagrin. La reine des fourmis ordonna alors à ses ouvrières de restituer les perles qui se trouvaient au fond de la fourmilière. Les perles retrouvées, la sultane n'ayant plus aucune excuse accepta que son fils épouse l'humble fille. Les noces prévues pour la fille du sultan furent célébrées en grandes pompes en l'honneur de la fille du charbonnier.

Et le prince, guéri et heureux, vécut très longtemps avec celle qui lui était destinée depuis sa naissance.



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Rédigé par orange8454

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Publié le 13 Septembre 2012

C'est l'histoire de la fille du sultan et n'est sultan que Dieu le tout puissant.

Son père ne voulait pas la marier. Il voulait la garder auprès de lui. C'est ainsi qu'il pensa à un stratagème pour ne point accorder sa main. Le jour où un prétendant se présenta à lui, il lui dit : « Si tu veux que je te donne ma fille, il faut que tu m'apportes la pomme de Alia, la fille de Mansour, qui vit au- delà des sept bhours ». Le prétendant alla voir le debbar afin qu'il lui trouve une solution. Après un moment de réflexion, ce dernier lui dit :

« Ecoute-moi… Je te promets et je te le jure… Tu rapporteras la pomme de Alia la fille de Mansour, mais à condition que tu me donnes quelque chose à toi en échange ».

« Mais je te donnerai tout ce que tu voudras, trouve-moi seulement la solution » répondit le pauvre homme d'une voix implorante.

« Alors donne-moi une de tes oreilles et je te dirai ce qu'il faudra que tu fasses ».

Le prétendant accepta et donna son oreille au debbar qui lui dit :

« Va trouver sept beaux morceaux de viande et ensuite va voir l'aigle qui niche à tel endroit. Dis-lui de t'emmener au delà des sept mers et qu'en échange tu le nourriras durant tout le voyage, dis-lui bien que c'est pour rapporter la pomme de Alia la fille de Mansour, il acceptera. » Le prétendant courut vers l'aigle avec les sept morceaux de viande. Le marché fut conclu, l'aigle l'emmena et il revint très vite avec la pomme de Alia, la fille de Mansour qui vit au - delà des sept bhours. Il accourut chez le sultan, heureux, lorsque celui-ci lui dit :

"Ecoute mon fils. Il y a un autre prétendant à qui j'ai demandé l'impossible… Mais il faut quand même attendre… On ne sait jamais. " Au deuxième prétendant, il fut demandé de rapporter une stère de bois sur le dos du lion. Comme le premier, il alla demander au debbar de l'aider à réaliser cet exploit. Et comme le premier, le debbar lui demanda une oreille en échange de ses conseils. Il la lui donna et l'autre lui dit :

"Choisis le plus beau des moutons. Egorge-le, dépèce-le, et place-le devant la tanière du lion. Fais ceci durant sept jours et ensuite tu verras". Ce deuxième prétendant suivit à la lettre les paroles du debbar. Le septième jour, il entendit le berrah crier :

" Ô hommes ! Le roi de la forêt vous dit que celui qui l'honore chaque matin de ce festin si somptueux se fasse connaître ! Tous ses désirs seront exaucés." Le prétendant alla se présenter au lion et lui dit :

" Ô Roi de la forêt. Je veux épouser la fille sultan et celui-ci me demande l'impossible."

"Que veut-il ? Dis-le moi", lui répondit le lion.

"Pardonne-moi" Ô lion, mais il voudrait que je rapporte une stère de bois sur ton dos".
- "Hem ! dit le lion. J'ai promis que j'exaucerai les désirs de celui qui m'a bien si bien nourri pendant sept jours. Je n'ai qu'une parole, alors allons-y !".


Et il alla avec lui jusqu'au sultan, un stère de bois sur son dos… Mais le sultan lui apprit qu'il y avait un autre prétendant à qui il avait demandé l'impossible et qu'il fallait attendre. A ce troisième, il fut demandé de rapporter le lait de la lionne dans une outre faite avec la peau de son lionceau. Comme le premier et le deuxième prétendant, il courut vers le debbar et lui dit :

Ô ! Debbar, aide-moi, je te donnerai une oreille et même deux."

"Une seule suffira, lui répondit-il. Pendant sept jours, tu offriras un festin à la lionne qui est à tel endroit … Elle vient de mettre bas… Au septième jour, elle acceptera de te donner du lait, elle en aura plus qu'assez pour ses petits. Lorsqu'elle sera repue et qu'elle s'endormira profondément, tu iras lui dérober un des siens. Emmène-le chez toi, égorge-le, et travaille sa peau pour en faire une outre. Tu y mettras le lait." Ce troisième prétendant fit exactement ce que lui conseilla le debbar et sept jours plus tard il accourut chez le sultan tenant l'outre pleine de lait. Le sultan discutait avec un quatrième prétendant… Pendant ce temps, le debbar montait sur son âne, à l'envers, se promenant en ville et chantant :

"Han ! Han ! Han ! Han ! Je fais partie de la famille du sultan !" Le sultan ayant écho de ces dires, ordonna qu'on ramena ce fou jusqu'à lui, sur-le-champ, afin qu'il mette fin à sa vie. On le lui ramena… Tous les prétendants étaient là... Alors, le sultan s'adressant au debbar, lui dit :

"Toi qui prétends faire partie de ma famille, sais-tu que tu vas mourir aujourd'hui. Regarde ces hommes ! Ils ont tous accompli l'impossible et je n'ai accordé la main de ma fille à aucun d'eux. Et toi !… Toi qui ne t'es même pas présenté à moi, tu prétends faire partie de ma famille ! As-tu quelque chose à dire avant de mourir ?" C'est alors que le debbar lui répondit :

" Ô sultan ! Si ce n'était moi, jamais celui-là n'aurait rapporté la pomme d’Alia, la fille de Mansour qui vit au-delà des sept bhours. Et celui-ci, c'est moi qui lui ai expliqué ce qu'il fallait faire pour rapporter un stère de bois sur le dos roi de la forêt. Et cet autre-là, c'est encore moi qui lui ai montré ce qu'il fallait faire pour apporter le lait de la lionne dans une outre faite avec la peau de son lionceau !"

Les autres s'écrièrent :

" C'est faux… Ce n'est pas vrai… C'est un menteur et un vantard… Il faut le punir sur-le-champ ! »

« J'ai la preuve de ce que je viens de dire, dit le debbar. Ô mon sultan ! Si vous le voulez bien, vérifiez s'il ne manque rien à ces hommes. »

Le sultan s'empressa de le faire et découvrit qu'effectivement il manquait une oreille à chacun d'eux. Le debbar sortit les trois oreilles d'une petite boite expliquant qu'il en avait demandé une à chacun, en échange de ses conseils avisés pour accomplir chacun des exploits. Et il ajouta : - "Ne suis-je pas le plus méritant ? J'ai prouvé que je pouvais accomplir tous les exploits possibles sans même risquer ma vie. Je pourrais donc m'occuper de votre fille, exaucer tous ses désirs, et les vôtres aussi, toute votre vie durant. N'est-ce-pas suffisant pour que vous m'accordiez sa main ? Ô mon sultan !" Le sultan accepta et maria enfin sa fille en se disant qu'il ne trouverait jamais un homme aussi rusé et aussi intelligent que celui-ci.



 

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Rédigé par orange8454

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Publié le 13 Septembre 2012

Ce conte met en scène la terrible ogresse Tériel. Ce personnage monstrueux figure dans un grand nombre de contes kabyles. Ici elle vient tisser bénévolement des couvertures chez une pauvre veuve, mais, on se doute, la suite est funeste... Maléfices, épreuves et résolution des maléfices se succèdent.

Autrefois, dans une vieille maison en pierre, vivait une pauvre veuve, mère de sept enfants. La malheureuse se retrouva sans aucune ressource financière, lorsque son époux décéda d'une longue et terrible maladie. Elle dut affronter seule les difficultés de l'existence. Pour nourrir ses enfants, elle acceptait tous les travaux qu'on lui proposait et s'acquittait de ses tâches correctement afin de récolter quelque argent... Ses fils se chargeaient de l'aider à l'extérieur, tandis que ses filles s'occupaient du foyer. La vie était bien pénible pour cette famille nombreuse.

Quand l'hiver approchait, la veuve avait peur que ses enfants ne meurent de froid. Alors, à l'aide de bouts de laine recueillis ici et là, elle se mettait à tisser, tard dans la nuit, une large couverture de laine.

Par une nuit plus fraîche que de coutume, le vent soufflait à grandes rafales alors que la pauvre femme s'usait les yeux à tisser jusqu'à une heure avancée de la nuit. Ses enfants dormaient profondément, les uns accrochés aux autres, comme s'ils avaient peur de se séparer.

Brusquement, la fragile porte d'entrée claqua. Apparut alors une énorme silhouette, si effrayante que la veuve recula jusqu'au mur. Horrible et repoussante, Tériel l'ogresse se tint sur le pas de la porte, fixant de son regard perçant la pauvre femme toute tremblante. Le monstre avança vers le métier à tisser et rassura la femme terrorisée : « Ne crains rien ! Laisse-moi t'aider ! » Stupéfaite et effarée, la veuve ne put prononcer un seul mot.

Avec un acharnement démentiel, l'ogresse se mit à tisser. La peur au ventre, la veuve pensa qu'une fois la couverture achevée le monstre la dévorerait, elle et ses malheureux enfants. Mais le monstre n'en fit rien. Au contraire, dès qu'il eut fini de tisser une couverture, il en entama une autre et ceci jusqu'à l'aube. A ce moment-là, le monstre s'arrêta et sortit en lançant à la femme : « Voilà tes enfants à l'abri du grand froid ! Rassure-toi, l'hiver prochain, je reviendrai te tisser d'autres couvertures ! »

Il en fut ainsi durant sept ans. Au début de chaque saison hivernale, l'ogresse faisait irruption chez la veuve et lui tissait sept couvertures de laine.

Au bout de la septième année, alors que l'aîné des enfants avait atteint dix-sept ans, Tériel réapparut un soir d'hiver, comme de coutume. Elle annonça à la veuve : « Voilà sept ans que je t'aide à protéger ta progéniture des morsures du froid. Aujourd'hui je suis revenue te demander de m'offrir ton fils aîné afin de t'acquitter de ta dette. Pour me témoigner ta gratitude, tu me le donneras, il me sera très utile. »

La veuve saisit enfin la fausse générosité qui avait motivé l'ogresse durant toutes ces longues années. Elle se souvint, qu'enfant, sa grand-mère lui contait d'innombrables histoires sur cet horrible monstre qui habitait on ne sait où, qui guettait des proies en difficulté et dévorait ses victimes toutes crues. Elle lui disait toujours que Tériel ne se montrait que pour annoncer un malheur. La pauvre femme réfléchit un peu et pensa que, si elle refusait à l'ogresse ce qu'elle exigeait d'elle, celle-ci se fâcherait et serait capable d'avaler toute la famille. Elle se résolut alors à sacrifier son fils aîné, qui était pourtant son préféré. Elle alla le voir et lui dit à voix basse : « Mon fils, toi la première perle de mon collier de vie, tu dois accompagner l'ogresse chez elle ! Je pense qu'elle projette de te dévorer, mais il existe un moyen pour la contrarier et la faire tomber dans l'interdit, expliqua la mère. Dès qu'elle s'apprêtera à t'emmener avec elle, empresse-toi de lui téter le sein, tu deviendras ainsi son fils et même une ogresse ne peut dévorer son enfant » Il suivit les recommandations de la veuve. Surprise et dépassé par l'événement, l'ogresse se mit en colère. Et s'adressa à lui : « Petit misérable ! Tu m'as eue ! Mais je te prendrai malgré tout avec moi. »

L'ogresse plongea le jeune homme dans son sac, le mis sur son dos et quitta la veuve bouleversée et déchirée par le départ de son fils aîné.

Le monstre marcha durant de longs jours sans s'arrêter. Le jeune homme, prisonnier au fond du sac, ne vit aucune lumière et ignora tout du voyage. Il arrivait à peine à respirer. De temps à autre, le monstre lui glissait un morceau de galette. Il avait soif, mais il résista du mieux qu'il le put.

Au terme d'un mois de voyage, Tériel l'ogresse, arriva enfin chez elle, dans un pays souterrain et obscur, où l'on n'entendait que les cris des hiboux, des chacals,

des ogres et autres animaux de mauvais augure. Des cris effrayants qui retentissaient comme des tonnerres stridents. L'ogresse poussa la porte de son infâme antre et jeta sur le sol le sac qui contenait le jeune homme. Celui-ci roula par terre, ouvrant les yeux sur le lieu sinistre où habitait le monstre. L'ogresse saisit violemment le jeune homme et l'enferma dans une cage.

Tous les matins, le monstre allait chasser et ne rentrait qu'à la tombée de la nuit, traînant derrière lui de multiples victimes parmi lesquelles se trouvaient quelquefois de petits enfants. Dès son arrivée, elle faisait du feu pour se réchauffer puis engloutissait d'énormes quantités de viande, sans même les cuire. A la fin de ses copieux et funestes repas, elle lançait vers la cage quelques restes pour nourrir le jeune homme encore prisonnier, tout en l'insultant et maudissant le jour où il était devenu son fils. « Ah ! Si seulement tu n'avais pas bu de mon lait ! J'aurais fait de toi un agréable dessert ! Aimait-elle à répéter. »

Des jours et des mois passèrent et le jeune homme survécut grâce à son endurance et à sa ruse. L'ogresse faillit le dévorer à plusieurs reprises, mais il sut à chaque fois lui rappeler que nulle mère, pas même une ogresse, ne pouvait dévorer son fils. Celle-ci se voyait alors contrainte d'y renoncer. Le jeune homme savait éviter les colères de la monstrueuse créature.

Un jour que l'ogresse était sortie, comme à son habitude pour chasser, une magnifique perdrix apparut dans la cours du taudis et se mit à picorer quelques petits grains de-ci de-là. Le jeune homme vit le bel oiseau et songea : « Si seulement cette perdrix pouvait deviner mon malheur et me venir en aide ! » Il crut rêver, mais non, la perdrix lui répondit d'une petite voix mélodieuse : « Comment pourrais-je t'aider, brave jeune homme ? » Abasourdi et émerveillé, le jeune homme demanda : « Comment se peut-il qu'une perdrix sache parler ?

Ne te fie pas à mon apparence ! répondit le gentil oiseau. En réalité, je suis la princesse Clair-de-Lune. Mon père règne sur le Pays des Sept Rivières. C'est ma marâtre qui m'a transformée en perdrix, car mon père a eu le malheur de faire l'éloge de ma beauté devant elle. Pour se débarrasser de moi, elle m'a condamnée à l'apparence que tu vois là.

Mais c'est incroyable ! S’étonna le jeune homme.

Oh, oui ! Voilà sept ans que j'arpente les forêts, je traverse contrée après contrée, goûtant à la vie libre et douce des perdrix. » Les yeux ébahis, le jeune homme écouta le récit surprenant de l'oiseau puis demanda : « Si tout ce que tu dis est vrai, peux-tu m'aider à enlever les grilles qui m'emprisonnent ? » Sans hésiter, la perdrix répondit : « Je le peux sûrement. Tiens ce bâton ! Ce soir, quand l'ogresse se jettera sur son repas avec son empressement coutumier, elle ne te verra pas le glisser dans le feu. Enfonce alors le bâton enflammé dans la tête du monstre, car c'est là que réside son âme. Il sera tué sur le coup. Quant à tes grilles, je n'ai pas la force de les ouvrir, hélas !

C'est déjà bien généreux de ta part de m'avoir donné cette idée. Le reste, je m'en charge ! » Interrompit le jeune homme, stimulé à l'idée de pouvoir enfin se libérer du joug infernal du monstre.

Vint la nuit. L'ogresse rentra, tenant dans ses bras poilus la carcasse d'un âne et le cadavre d'un tigre. Fidèle à son habitude, elle alluma le feu pour se réchauffer et s'installa pour dévorer goulûment sa prise. Le jeune homme profita de l'inattention du monstre pour enflammer le bâton que lui avait donné la perdrix et brusquement, de sa cage, il le lança en direction de la tête de l'ogresse qui mourut sur le coup.
Cependant, le jeune homme ne put s'échapper, car les clés étaient accrochées au cou de Tériel, et le cadavre de l'horrible monstre était tombé hors de sa portée. Il ne lui restait alors qu'un seul espoir : celui de voir la perdrix réapparaître et l'aider à sortir.

Il attendit le charmant oiseau un jour, puis deux, puis trois, mais il ne réapparut qu'au bout d'une semaine. Le jeune homme, épuisé par la faim et la soif, commençait à désespérer quand, enfin, l'oiseau surgit dans la cour. Dès qu'il le vit, le jeune homme reprit courage et le supplia : « Généreuse perdrix, pourrais-tu me rendre un immense service : j'ai besoin d'ouvrir cette cage et les clés sont pendues au cou de l'ogresse. Veux-tu essayer de les décrocher pour moi ?

Bien sûr ! répondit l'oiseau, qui s'exécuta sur le champ. » Le jeune homme put enfin se libérer. Il se jeta sur la nourriture et l'eau, sautillant de joie en respirant l'air agréable de la liberté. Puis, il prit la perdrix entre ses mains et la remercia chaleureusement : « Je te dois la vie, noble petit oiseau ! Le ciel t'a envoyé à moi et tu as eu pitié de ma misérable condition. Je ne saurais jamais te montrer toute ma gratitude.

Ce n'est rien voyons ! remarqua l'oiseau, tu aurais agi de la sorte si tu avais été à ma place » Le jeune homme observa l'oiseau et se sentit soudain très proche de lui, comme s'il l'avait toujours connu, comme s'il avait grandi avec lui. Il lui demanda : « Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour toi ?

Hélas ! Tu ne peux rien pour moi, répondit l'oiseau d'une voix morne et languissante. Quatre-vingt-dix-neuf nobles princes et vaillants chevaliers ont essayé de briser le maléfice qui m'accable mais tous ont péri. Je me suis résignée à accepter mon sort et j'ai appris à me contenter de ma vie de perdrix. » Compatissant et. Très ému par ces révélations, le jeune homme eut grande envie de tenter l'impossible pour lui venir en aide, quitte, pour cela, à risquer sa vie. Jusqu'à présent, il n'avait douté ni du courage qui pouvait l'animer, ni du goût de l'aventure qui, pour la première fois, faisait battre son cœur.

Transporté par une vive émotion, il annonça à la perdrix : « Quoi qu'il puisse m'advenir, je veux tenter de briser ton maléfice ! » Naturellement, l'oiseau fut touché par le sentiment spontané et noble du jeune homme. Devant son enthousiasme, il ne put s'empêcher de lui expliquer ce à quoi il devait s'attendre. « Mon pays est parcouru par sept fleuves et dans chaque fleuve dort une gigantesque pieuvre. En m'infligeant ce sortilège, ma belle-mère a exigé de chacun de mes prétendants qu'il lui ramène les têtes des sept pieuvres qu'il aurait sectionnées de son propre sabre. Sache, mon tendre ami, ajouta la perdrix, que jusqu'à présent personne n'a été en mesure de réaliser le vœu de ma méchante belle-mère, car les pieuvres sont colossales et leur ruse est invincible !

Peu importe ! s'exclama le jeune homme, j'essayerai tout de même !

Et bien, encouragea l'oiseau, mon cœur est tout à toi et mon bonheur serait de te voir vaincre tous les obstacles. J'attendrais dans cette forêt et j'espérerai ton retour, priant le Ciel de guider tes pas et de te venir en aide dans ta généreuse mission ! »
L'oiseau s'envola et le jeune homme se mit à cheminer en direction de l'horizon. Il marcha ainsi durant des jours. Il apprit notamment à pêcher, chasser ; escalader des montagnes et affronter des eaux déferlantes. Après trois mois d'efforts, il atteignit une vieille maisonnette toute en bois qui semblait déserte et triste. Le jeune homme décida d'aller voir de près l'humble logis, espérant. Pouvoir s'y reposer de son long et éprouvant périple.

Il frappa donc trois coups à la porte. Il entendit une petite voix frêle, presque agonisante, demander : « Ô toi, le passant pressé ! Que veux-tu d'un vieillard que les affres de la vie ont épuisé ? » D'un ton poli et obligeant, le jeune expliqua : « Que la paix soit sur toi, vieil homme ! Peux-tu m'offrir l'asile juste pour un soir ? Je viens de loin et je suis fatigué. Je souhaiterais me reposer une nuit dans la chaleur de ton foyer. » De sa petite voix, le vieillard répondit : « Soit ! Pousse la porte et entre ! » Doucement, le jeune homme ouvrit la porte et découvrit un vieil homme tout ridé, étendu sur une couche sale et pitoyable. Visiblement, l'homme âgé n'était même pas capable d'allumer le feu de sa cheminée. Il grelottait de froid et avait l'air affaibli par la soif et la faim. Autour de lui, l'ameublement rudimentaire était poussiéreux et nauséabond. Le jeune homme eut pitié de lui. Il ressortit pour ramasser quelques branches afin de faire du feu. Puis il s'occupa de nettoyer le lit du vieillard. Il lava délicatement le pauvre homme et pansa ses blessures. Il se mit ensuite à préparer une soupe avec quelques légumes et herbes trouvées dans la prairie qui entourait la maisonnette. Il aida le vieillard à se nourrir et se servit également.

Le visage blême et flétri du vieil homme reprit vie et son regard terne s'éveilla. Il remercia chaleureusement son invité et lui fit une surprenante confidence : « On m'appelle Amghar Azemni. Je suis né il y a si longtemps que je ne saurais te dire quand exactement. Je suis condamné à vivre vieux éternellement. Hélas, il y a quelques jours, un serpent m'a mordu et son venin m'a immobilisé sur mon lit. Le poison ne me fera pas mourir, mais il infecte mon corps. » Le jeune homme se proposa d'aspirer le poison de la blessure. Le vieil homme lui désigna la cheville que le serpent avait mordue. Une fois le poison totalement aspiré, l'homme se sentit soulagé et remercia le Seigneur de lui avoir envoyé un invité si généreux et si délicat. « Mon garçon, je ne sais comment te remercier. Tu m'as été d'un grand secours. Que les portes du Ciel te soient toujours ouvertes ! Et que tes désirs se réalisent ! » Le jeune homme questionna son hôte : « On dit de toi que tu sais tout sur tout. Arrives-tu à deviner ce qui me fait voyager depuis des semaines, ô sage homme ? Oh ! Je sais déjà que l'amour fait battre ton cœur et qu'il t'a jeté sur les chemins imprévisibles de l'aventure ! » Le jeune homme livra alors à son ami toute son histoire. Il n'omit aucun détail. Son auditeur resta silencieux ; il hochait de temps à autre la tête. Quand il eut fini son récit, le jeune homme demanda au vieux sage : « J'ai besoin de savoir où se situe le Pays aux Sept Fleuves pour tuer les sept pieuvres qui les habitent. Si je parviens à ramener les têtes tranchées des pieuvres le maléfice se brisera et la perdrix redeviendra princesse comme avant.

Mon brave garçon, tout seul tu ne peux te mesurer aux sept pieuvres géantes. Mais, comme tu possèdes un cœur généreux et intrépide, je vais t'aider à réaliser ton vœu. Dans le coffre que tu trouveras sous mon lit, il y a un sabre qui date de mille ans. D'innombrables et vaillants héros me l'ont emprunté pour vaincre de redoutables ennemis. Ce sabre, expliqua le sage, a le pouvoir de trancher les têtes de tous les monstres possibles et imaginables vivant sur la terre ou sous la mer. Je veux bien te le prêter à condition que tu me le rapportes, lorsque tu te seras acquitté de ta mission héroïque !

Sans faute ! s'exclama le jeune homme, fou de joie à l'idée de pouvoir se battre et libérer sa bien-aimée, qui hantait déjà toutes ses pensées. » Il prit le sabre magique, complimenta son bienfaiteur et s'en alla, fièrement, défier son destin.

Le cœur empli d'ambition et d'enthousiasme, Ie jeune homme traversa plusieurs provinces et forêts. Il emprunta des chemins inconnus et rencontra de bien étranges et curieux personnages. Il apprivoisa les uns et se méfia des autres. Il suivit les indications du vieux sage et supporta fort bien le voyage qui dura, d'ailleurs, des semaines entières.

Quand enfin se dessina à l'horizon la frontière du pays recherché, le jeune homme découvrit une montagne si haute qu'elle se perdait dans le ciel. A ses pieds, prenaient naissance les sept fleuves maudits où sommeillaient les sept monstrueuses pieuvres. Il sentit son cœur battre fortement. Il rassembla son courage et s'attaqua promptement à sa tâche. Il suivit le premier fleuve jusqu'à sa source, puis provoqua la pieuvre en lui jetant le corps d'un bœuf comme appât. Celle-ci sortit des eaux, se prépara à avaler le jeune homme. Brutalement, celui-ci trancha sa tête, grâce au sabre magique. Il fit de même avec les six autres pieuvres. D'un pas alerte et fier de son exploit, le jeune homme n'hésita pas à se rendre au palais pour demander audience à la reine, traînant derrière lui les énormes têtes des pieuvres.
Extrêmement contrariée par l'arrivée triomphale du jeune homme, la méchante reine refusa d'admettre sa victoire. Elle le reçut. Alors froidement ; sèchement, elle décréta qu'il s'agissait d'un démon. Elle ordonna aux gardes de le brûler vif pour conjurer le mauvais sort. Le jeune homme se défendit. Il s'adressa au roi, enfermé dans un mutisme troublant. Il lui dit : « Ô noble roi ! Je ne suis qu'un humble voyageur. Je souhaite m'acquitter d'une grande dette envers ta fille, la princesse Clair-de-Lune. Elle m'a sauvé de la mort et je sais qu'elle a besoin de toi. Ta femme l'a injustement condamnée à prendre l'apparence d'une perdrix, et tu ne peux deviner ce que j'ai dû endurer pour parvenir jusqu'ici. Je t'en prie sire ! Fais quelque chose pour ta fille, cet être si fragile et si généreux, qui n'est autre que ta chair et ton sang ! » Le roi eut les larmes aux yeux. Il se leva et ordonna à son épouse de rompre le mauvais sort qui affligeait la vie de sa fille, puis de quitter le palais immédiatement. D'une voix amère et déchirée, il s'emporta : « Vieille sorcière ! Tu as réussi à me séparer de ma fille et à me la faire oublier. Qu'a-t-elle donc fait pour mériter ta sentence ? Ne t'avait-elle pas aimée comme elle aimait sa propre mère si seulement le destin ne nous avait pas privés d'elle si tôt ? Va ! Hors de ce royaume ! Que le Seigneur te maudisse jusqu'à la fin de tes jours ! »

Le monarque remercia le jeune homme pour sa bravoure et sa courtoisie. Il le pria de lui raconter ce qu'il avait vu et entendu à propos de la princesse. Le jeune homme s'exécuta et lui demanda de le suivre dans la forêt de l'ogresse, où la perdrix l'attendait impatiemment. Le souverain fit préparer une impressionnante escorte ; il prit des vivres et des coffres emplis de louis d'or, puis s'empressa de rejoindre sa fille. Le vide qu'avait laissé la princesse dans le cœur des deux hommes leur fit oublier la lenteur et la difficulté du voyage. Ils se promirent tous deux de ne s'arrêter qu'une fois qu'une fois à destination.

Ce fut un bonheur immense de les voir au chevet d'une jeune fille rayonnante de beauté et de grâce, qui dormait sereinement sous un olivier. La princesse se réveilla, se jeta dans les bras de son père puis embrassa son héros, le remerciant. De tout son cœur : « Je te serai éternellement reconnaissante », lui murmura-t-elle. Charmé par l'éclat de sa beauté, le jeune homme osa s'adresser au roi : « Je sais que mon rang ne me permet pas de prétendre à une alliance avec toi, ô noble roi ! Mais je serais infiniment heureux et honoré de te demander la main de la princesse. » Le souverain regarda le jeune homme tendrement et lui répondit : « Mon brave garçon ! Ce qui fait la noblesse d'un homme, c'est d'abord sa vertu ! Je crois que tu m'as apporté la preuve de ta hardiesse et de ta pureté. Ma fille sera en sécurité avec toi. Alors, je t'offre sa main avec une immense joie. »

La princesse Clair-de-Lune adressa à son bien-aimé un sourire consentant et complice, puis prit le chemin du retour, impatiente de retrouver les lieux magiques de son enfance.

De retour au palais, le roi annonça allègrement les épousailles de sa fille avec l'héroïque jeune homme.

Quelques jours plus tard, on célébra fastueusement les noces des jeunes amoureux et celles de cent autres jeunes gens issus de familles pauvres du royaume. Le roi souhaita ardemment que le Ciel bénisse le mariage de sa fille, et il fit preuve pour cela d'une grande générosité envers ses sujets Une ambiance de réjouissante de liesse régna au palais durant des jours et des jours. On en profita pour savourer avec délectation le goût de la paix et du bonheur.

Quelques mois s'écoulèrent. Le jeune homme appréciait pleinement la vie princière et son épouse, la princesse Clair-de-Lune, prit soin de son couple. Elle lui offrit toutes les conditions d'une vie épanouie et heureuse.

Un jour, elle surprit le sabre magique que son époux avait rangé dans son coffre. Elle le contempla et apprécia la finesse de sa décoration. Dès que son mari la rejoignit, elle l'interrogea : « D'où te vient ce magnifique sabre ? » Voilà que le jeune homme se rappela la promesse faite au vieux sage, le propriétaire du sabre magique. Il répondit à sa femme : « Heureusement que tu m'as parlé de lui, sinon je l'aurais complètement oublié. Ce sabre est la clé de notre salut, ma chérie. Il faut que je le rende à celui qui me l'a prêté. »

Dès le lendemain, le prince sella son cheval, prit quelques provisions et se dirigea vers la maisonnette du vieux sage. Quand celui-ci le vit arriver, il le prit dans ses bras et lui confia : « J'étais sûr que tu reviendrais, mon enfant ! Tu es un homme de qualité, ce sabre t'appartient, je te l'offre. Quelque chose, cependant, attriste mon cœur.

Qu'y a-t-il donc, père ?

II y a dans ce bas monde une mère qui pleure ton absence depuis des années. Elle te croit mort et s'en veut de n'avoir pu te sauver. Je l'entends se plaindre à tous les saints à l'approche de chaque hiver. N'est-il pas temps d'aller la consoler ? » Le jeune homme se souvint tout à coup du regard déchiré que lui avait lancé sa mère la nuit où l'ogresse l'avait arraché à elle. Il regretta profondément de l'avoir oubliée. Le vieux sage le consola : « Ce n'est rien mon brave garçon ! L'oubli est de nature humaine, va la rejoindre ! Elle sera certainement heureuse de te revoir. »

Le jeune homme retrouva le chemin de son pays natal et offrit à sa malheureuse mère le plus beau cadeau que l'on puisse offrir à une mère au premier jour du printemps. En effet, quand elle vit s'avancer vers elle un jeune homme élégant et distingué, elle lut dans son regard ces liens sacrés qui finissent. Toujours par réunir une mère et son enfant. Les retrouvailles furent empreintes d'une émouvante ferveur.

Le jeune homme raconta à sa mère. Tout ce qui lui était arrivé et la pria de l'accompagner au royaume de son épouse. La femme, d'une voix mélancolique, lui dit : « Le propre d'une mère est d'élever ses enfants pour les voir partir un jour. C'est la vie. Retourne à ton foyer et prend soin de ton épouse. Reviens me voir dès que je te manquerai, et fais-moi le bonheur d'amener un jour ta descendance. Je suis déjà comblée de te savoir vivant et heureux. Il est vrai que l'on dit toujours que se sont. Les épreuves qui cisèlent et forgent l'esprit d'un homme et toi, mon garçon, tu as su affronter ton destin dignement. Je suis très fière de toi. »

Le jeune homme demeura encore quelques jours auprès de sa mère, de ses frères et sœurs et savoura avec délices les doux moments partagés avec sa famille. Puis il s'en retourna auprès de sa dulcinée à qui il fit le récit de son odyssée.

La princesse Clair-de-Lune et son époux vécurent heureux. Ils firent la joie de leurs parents quand ils leur annoncèrent la naissance de leur premier enfant, qu'ils prénommèrent bourgeon-de-Printemps.


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Rédigé par orange8454

Publié dans #homme, #jeune, #jour, #ogresse, #perdrix

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Publié le 13 Septembre 2012

Qui ne connaît pas à Marrakech, la place Djem-el-Fna. Sa vie grouillante, ses échoppes, ses vendeurs en tout genre… et bien sûr ses conteurs.

 

En effet, accroupi à terre, un vieillard crasseux,  récite l’histoire de la boule d’or de la Koutoubia.

 

La Koutoubia est une tour carrée de sept étages qui mesure soixante-sept mètres cinquante de haut et douze mètres cinquante de côté. Trois minarets semblables existent de par le monde : ce sont, avec la Koutoubia, la Giralda de Séville et la tour Hassan de Rabat. Des trois minarets, c’est celui de Marrakech qui a conservé le plus fidèlement son aspect primitif.

 

El-Géber, l’architecte de la Giralda, avait été amené comme captif à Marrakech par le sultan Abou-Yousouf, connu dans l’histoire sous le nom de Yakob-el-Mansour.

 

Il avait apporté avec lui les plans de la mosquée sévillane et de sa tour imposante ; ceux-ci liu furent volés par un favori du Sultan qui s’adjugea l’idée et proposa à El-Mansour de lui construire une moquée digne de lui. Le souverain accepta avec enthousiasme, mais voici qu’El-Géber parvint à s’échapper de sa geôle, il dénonça l’imposteur. Le souverain, qui était juste, confondit son favori, rendit les plans à l’architecte et le chargea de bâtir l’édifice.

 

L’inauguration donna lieu à de grandes réjouissances. El-Geber fut définitivement libéré et, afin d’ajouter à l’éclat de la solennité, le favori voleur fut pendu tout en haut de la tour ; on prétend même que la potence que l’on voit à l’étage supérieur du minaret est celle qui servit à cette exécution. Chacun est libre de le croire ou de supposer plutôt que ce n’est qu’une hampe pour accrocher les étendards aux jours de fête.

 

Le minaret de la Koutoubia – la mosquée s’appelle ainsi parce qu’elle était entourée de boutiques de libraires, les kétébiin, qui l’enserraient de toutes parts – avait pour couronnement trois boules de cuivre doré percées d’une tige et dont le volume allait décroissant de bas en haut.

 

Ce sont ces boules brillantes dont le vieux conteur de la place Djéma-el-Fna débitait la légende devant un auditoire subjugué. Et voici à peu près ce qu’il disait :

 

 

A l’époque où Yakoub-el-Mansour, le puissant sultan , faisait édifier la Koutoubia et où cet édifice était presque terminé, il n’y avait plus qu’à placer sur le faîtage  les trois boules de cuivre, une jolie femme pleurait dans le harem du souverain. Cette jolie femme était la sultane Aïcha. Aïcha était belle au-delà de toute expression humaine. S’il avait été donné à un homme de contempler son visage dévoilé, il serait devenu fou d’admiration à la vue de tant de perfection. SA peau avait la blancheur du lait, ses yeux, la douceur caressante de ceux des gazelles, l’arc de ses deux sourcils était dessiné d’un même trait pur, les roses de ses joues faisaient honte à celle que l’on cultivait dans les jardins du sultan.

 

Cette beauté ravit El-Mansour ; il avait aimé Aïcha jusqu’aux limites de la passion humaine. Il lui avait fait don de tout ce qui peut plaire à une femme, la parer et l’orner ; de lourds bracelets d’or encerclaient ses poignets et ses chevilles ; des bagues d’or scintillaient à ses doigts ; ses colliers en boules d’or descendaient en dix rangs sur sa poitrine ; d’or étaient les ceintures qui marquaient sa taille flexible ; d’or, les ornements qui rehaussaient sa chevelure d’ébène. Les pierres les plus rares, celles qui brillent comme des morceaux de feu durci, celles qui ont le doux éclat des lunes d’été, celles qui clignotent comme des étoiles, étaient enchâssées dans ses bijoux.

 

Aïcha était heureuse. Elle ne se réjouissait pas tant de la beauté de ces présents que de la pensée que chacun d’eux était un gage de l’amour de son maître et seigneur. Et puis, car le cœur des hommes est aussi changeant que le vent qui soulève les sables du désert, une autre femme enchaîna sa tendresse. Il se prit à aimer Djama, à la face de suie, aux yeux vairons, à la démarche bancale.

La pauvre Aïcha se sentit abandonnée.

Sa vieille nourrice lui vint dire :

- Maîtresse, les mauvais génies ont détourné vers l’indigne Djama les pensées du Seigneur ; il nourrit en son cœur le dessein de te répudier pour épouser cette fille de la nuit. Cette lune même verra se consommer ta disgrâce et son triomphe.

- Hélas ! sanglota la pauvre sultane, je suis résignée à mon triste sort ; lorsque mon maître bien-aimé le commandera, lorsque, par trois fois, ainsi que l’exige Le Livre, il m’aura répudiée, je retournerai confuse dans la maison de mon père.

- Ya Aïcha, continua la vieille, il ne suffit pas à cette mauvaise, à cette indigne, à cette fille de pourceaux de prendre ta place dans la demeure du Seigneur ; elle exige encore que le maître lui donne les merveilleux bijoux dont il t’avait fait présent et dont elle veut parer sa laideur.

A ces mots, la résignation d’Aïcha fit place à la colère ; elle fut révoltée à l’idée que ces souvenirs de jours de bonheur seraient remis à une autre et elle calcula comment, tandis qu’il en était temps encore, elle pourrait les soustraire à cette profanation.

Elle s’aperçut très vite combien il serait difficile d’empêcher le Sultan de réaliser ses projets. Aidée par sa nourrice, elle chercha en quelle cachette secrète elle pourrait les céler. Aucune ne lui parut suffisamment sûre. Les confier à quelqu’un ? Mais qui donc se chargerait d’un dépôt aussi compromettant ?

- Ma¨tresse, dit enfin la nourrice, il y a près de la nouvelle mosquée un homme plein de sagesse et qui certainement trouvera le moyen de te servir.

- L’âge te fait radoter, pauvre mère, dit tristement la sultane, en quel homme sur terre puis-je avoir confiance ? Il n’est pas un habitant de Marrakech qui ne sache que le fait de garder un pareil secret peut lui coûter la tête ; il s’empressa d’aller raconter à mon seigneur ce que je lui aurai révélé et ma vie ne tiendra plus qu’à un fil.

- Ya Aïcha, répliqua la nourrice, je sais ce que je dis, celui dont je te parle se nomme BouchaIb, on l’appelle El-Meskine, car c’est un pauvre et, pourtant, il manie tous les jours autant d’or qu’en compte pendant sa vie le marchand le plus favorisé des souks.

- Comment est-il si pauvre maniant tant d’or ? s’étonna la princesse.

- Je dois te dire, maîtresse, qu’il est fondeur d’or. On lui apporte ces métaux précieux afin qu’il les transforme dans es creusets et il ne lui reste que peu de chose de ces trésors après les doigts ; il n’affaire qu’aux gens opulents et chacun sait que plus un homme est fortuné moins il est généreux.

- Et pourquoi affirmes-tu que ce Bouchaïb me gardera le secret et que, étant pauvre, il n’ira pas le vendre pour quelques piécettes ?

- Parce qu’il est mon neveu, ya Aïcha, le fils de ma sœur, et qu’il ne voudra rien faire qui me puisse contrister. Je réponds de sa discrétion sur ma tête.

- Fais-le donc venir, mère, et je me confierai à lui.

- Il sera ici demain soir, dit la nourrice.

- Pourquoi pas ce soir même ?

- Ya Aïcha, gémit la vieille femme, toute jeune que tu es, c’est toi qui perds la raison et ta douleur t’égare ; crois-tu que je veuille introduire Bouchaïb secrètement dans la maison de ton maître, de telle sorte que les espions que le Sultan vénéré entretient autour de tes appartements aillent l’informer que tu reçois des visites clandestines ? Ce serait vouer à la mort toi-même et mon neveu, les deux seul s êtres que j’aime au monde.

- Ainsi que feras-tu ?

- J’irai, demain matin, porter ostensiblement chez Bouchaïb un de tes bracelets à réparer et le soir il rapportera son travail fait.

- Tu as raison, mère, c’est ainsi qu’il faut réagir ; mais penses-tu que ton neveu consentira à se charger d’un si dangereux dépôt ?

- Je sais qu’il est ingénieux et qu’il y a plus de ressource dans la dernière phalange du petit doigt de son pied gauche qu’il n’y en a dans toutes les cervelles des vizirs de ton seigneur réunis.

- Une question encore, mère, qu’est-ce qui le déterminera à me servir ?

- Son affection pour moi et puis…

- Quoi donc ?

- Je t’ai dit que c’est un pauvre, or, il meurt d’amour pour Rhana, la fille d’un tisserand du souk, et, faute de pouvoir donner une dot à son père, il ne peut l’épouser. Des années s’écouleront avant qu’il amasse par son travail de quoi obtenir celle qu’il aime et peut-être, alors, serait-elle mariée à un autre. Serait-il le plus obtus des hommes et le moins brave que l’amour lui donnerait courage et ingéniosité.

Aïcha batti des mains.

- Sois certains, ô mère, qu’il recevra un salaire plus que suffisant pour payer la dot de Rhana. J’ai confiance maintenant, car rien n’est impossible à l’amour.

Le jour suivant fut un jour de désolation pour l’infortunée Aïcha. Elle savait que l’on pressait les préparatifs de la fête qui devait marquer l’achèvement de la Koutoubia ; elle ne vit son mari qu’un instant, mais, à son regard, elle reconnut que sa résolution était prise et qu’il n’attendait qu’une occasion pour la répudier par trois fois et pour épouser l’affreuse Djama.

Vers le soir, parut la nourrice accompagnant un garçon et bien tourné mais dont la djellaba n’était qu’une loque qui criait sa misère. C’était Bouchaïb, le fondeur d’or.

Celui que l’on appelait El-Meskine, le pauvre, se prosterna devant la sultane sur le seuil de son appartement.

- Je te rapporte, dit-il bien haut, ô maîtresse, le travail que tu as daigné me confier ; j’espère qu’il sera selon ton cœur.

Il tira de sa manche un bracelet qu’il tendit à Aïcha, celle-ci le prit, feignit de le considérer attentivement et s’écria :

- Tu as merveilleusement accompli cet ouvrage. J’ai hier brisé un collier, je veux que tu le répares.Viens.

Ces paroles ayant été prononcées afin de détourner les soupçons des espions qui devaient être aux écoutes, Aïcha attira Bouchaïb dans sa chambre de telle façon qu’on ne pût entendre ce qu’ils disaient. La nourrice demeura sur le seuil pour éviter toute surprise.

En quelques mots, la sultane dit à Bouchaïb ce qu’elle avait à lui dire et elle conclut :

- Je voudrais que tu caches mes bijoux dans un endroit si inaccessible que jamais on ne puisse les retrouver. Pour prix du service que je te demande, je te donnerai un tel salaire qu’il te sera loisible, sur l’heure, de payer la dot de celle que tu aimes.

Une expression de ravissement passa sur les traits mélancoliques du pauvre fondeur, puis il s’abîma pendant quelques instants dans ses réflexions. Enfin, il parla :

- Maîtresse, il y a quatre éléments auxquels un trésor peut être confié, à savoir : la terre, l’eau, l’air et le feu. La première idée qui vienne à tout esprit est d’enfouir tes richesses dans le sein de la terre.

- Oui, en effet, dit Aïcha, tu as raison.

- C’est une idée insensée. Le Sultan Yakoub, sur lui la bénédiction ! possède assez d’esclaves, assez de soldats, assez de captifs pour faire retourner le sol entier de l’empire fortune du Magreb et le trésor sera retrouvé.

- Je n’y avais pas songé.

- Il y a l’eau. On peut jeter le trésor dans un de ces oueds qui, en plein été, ne s’assèchent pas ou dans un lac, même dans la mer.

- Ce serait préférable.

- Ce serait folie. Le Sultan Yakoub-el-Mansour, qu’Allah le conduise par la main ! peut ordonner à des plongeurs d’explorer les ouds, les lacs ou la mer. Ils retrouveront le trésor.

- Mais alors ?

- Il reste le feu et l’air, si tu m’en crois, c’est à eux que nous confierons tes richesses.

- Comment cela ?

- Par le feu, je fondrai tes bracelets, tes bagues, tes colliers, tes ceintures, tes diadèmes, j’en ferai une boule et, dans cette boule, j’enfermerai les gemmes et les pierres précieuses qui sont enchâssées dans tes bijoux. Cette boule, je la confierai à l’air.

- A l’air ?

- Oui. Trois boules de différentes grosseurs viennent d’être plantées sur le nouveau minaret que le Sultan, sur lui la miséricorde ! a fait édifier. Je façonnerai l’or de tes joyaux de façon a en faire une boule semblable à la plus petite de celles qui se dressent fièrement vers le ciel ; durant la cuit, je la substituerai à sa cœur de cuivre et personne, jamais, ne soupçonnera que l’air cache les biens de la sultane.

Cette proposition plut à Aïcha. Elle remit à Bouchaïb une cassette qui contenait tous les présents que lui avait offerts son seigneur et maître, et, en outre, elle lui donna un prodigieux salaire qui mit la joie dans son cœur. Lui, façonna les joyaux comme il avait dit et, secrètement, il substitua la boule d’or, farcie de pierre précieuses, à la boule de cuivre creuse, la plus petite des trois qui somment la Koutoubia.

Après les fêtes de l’inauguration de la mosquée, Yakoub-el-Mansour , ayant montré sa générosité à l’architecte El-Géber en le ;libérant et en faisant sa fortune, ayant montré sa justice à son favori en le faisant pendre, montra sa versatilité en épousant Djama, la alide, et en répudiant par trois fois la belle Aïcha.

Il voulut, que le rétributeur l’absolve de cette iniquité ! la dépouiller des cadeaux qu’il lui avait faits. Il ne put les trouver. On fouilla le palais, les maisons de la ville, celles des riches et celles des pauvres, on plongea dans les oueds, les lacs, la mer même. Ce fut en vain.

Pendant ces recherches, la triste Aïcha avait regagné la maison de son père. Bouchaïb, heureux, avait épousé Rhana, celle qu’il aimait.

Nous ne dirons pas ce qu’il advint de l’un et de l’autre, car il ne leur arriva que ce qui, de toute éternité, était écrit. Dans la demeure de son enfance la sultane goûta le repos de l’âme que le miséricordieux accorde à ceux qui ont le cœur pur et, sur son trône, le Sultan éprouva les ennuis d’un homme marié avec une calamiteuse. Et voilà pour eux.

Le trésor de l’infortunée sultane est, depuis des siècles, resté dans l’air à l’endroit le plus en vue de Marrakech, la cité rouge.

Des ouvriers, qui ont réparé le toit de la haute tour, affirment que la troisième boule ne rend pas le même son creux que les deux autres. Disent-ils vrai ou connaissent-ils la légende d’Aïcha, l’épouse malheureuse de Yakoub-el-Mansour ? Seul le sait celui a qui rien n’est dissimulé.

 

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Rédigé par orange8454

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