Mystra, Sparte
La Laconie, c’est le pays des Spartiates, prodigues en coups d’épée et avares en paroles – d’où notre mot « laconique ». Ici commence le Sud. Les cyprès se multiplient, les chèvres cherchent l’ombre, tandis que s’affirment les traits méditerranéens de la péninsule.
Mystra
Mystra dans l’histoire
L’histoire de Mystra débuta seulement en 1249, lorsque Guillaume de Villehardouin décida d’y bâtir un château fort qui contrôlerait l’ensemble de la Morée (nom médiéval du Péloponnèse). Le site, un contrefort du mont Taygète entouré de falaises inaccessibles et de pentes escarpées, s’avérait particulièrement facile à défendre.
Mystra demeura franque jusqu’en 1262, date où elle fut cédée aux byzantins en échange de la libération de Villehardouin, fait prisonnier par Michel VIII Paléologue. La ville devint alors le siège d’un gouverneur byzantin et son importance s’accrut peu à peu au début du XIVe s.
En 1349, l’empereur Jean VI Cantacuzène décida d’envoyer en Morée son fils Manuel, afin de lutter plus efficacement contre les incursions franques et vénitiennes dont souffrait toujours le Péloponnèse. Doté des pleins pouvoirs par son père, Manuel parvint rapidement à pacifier la région, et fit de Mystra la capitale de la Morée. Jusqu’à l’arrivée des Ottomans en 1461. La ville ne cessa de prospérer et devint un centre intellectuel, artistique et industriel (tissage de la soie) de tout premier plan.
Résidence d’un pacha, puis de seigneurs vénitiens de 1687 à 1715, la ville fut reprise par les turcs et finalement incendiée en 1770 par les albanais habitants des montagnes voisines. Au début du XIXe s. Chateaubriand remarquait déjà son abandon. La rénovation de Sparte en 1831 ne fit que précipiter les choses.
Au point le plus haut, le château franc qui n’a plus grand chose à voir avec la construction de Villehardouin du fait des ajouts successifs byzantins et turcs, il reste un bon exemple de l’architecture militaire de la fin du Moyen Age. Vue magnifique sur le site et ses environs.
La porte de Nauplie était la seconde entrée de la ville haute. Le chemin conduit ensuite à Sainte-Sophie.
Cette église servait en même temps de chapelle au palais des Despotes et de catholicon d’un monastère. Son plan est le même que celui de la Péribleptos, c’est-à-dire cruciforme, et elle semble avoir été construite au début du XIVe s.. Quelques rares fresques subsistent à l’intérieur.
Nous arrivons au palais des Despotes après être passé près d’une petite mosquée, l’un des rares souvenirs, avec les bains proches, de la domination turque sur Mystra.
Le palais en lui-même date des XIII-XVe s.. Ses ruines donnent encore une bonne idée du gigantisme d’un plan que ses propriétaires successifs, francs et byzantins, agrandirent constamment.
La porte de Monemvasie, du XIIIe s., donne accès à la seconde enceinte qui protégeait la ville haute.
En descendant le sentier qui longe la colline, nous arrivons ensuite au couvent de la Pantanassa. Encore habité par quelques religieuses, la Pantanassa (Reine du Monde) tranche avec l’aspect abandonné de Mystra. Construit en 1428, le couvent aux six coupoles fut plusieurs fois restauré et a reçu une décoration sculptée nettement plus sophistiquée que les autres églises, notamment à l’abside, dont l’allure d’ensemble est franchement occidentale.
Les fresques de l’intérieur (v. 1430) ont certainement subi l’influence de celles de la Péribleptos mais apparaissent pourtant moins spectaculaires.
Le monastère de la Péribleptos est accolé à la falaise dont il épouse la forme. C’est l’un des plus beaux monuments de Mystra. Sa fondation, mal connue, remonterait peut-être à la période franque, mais le monument que l’on voit aujourd’hui appartient vraisemblablement au XIVe s. Après avoir remarqué l’originalité du plan et les nombreuses réminiscences latines « chevet et tour crénelées », vous pénétrez dans l’édifice entièrement recouvert de fresques exécutées dans les années 1340-1380 dont la lecture est rendue délicate par l’imbrication de trois cycles iconographiques (Eucharistie, Passion du Christ et Vie de la Vierge).
Les scènes de la Nativité du Christ (bras sud), du Chemin de Croix (diakonicon) ou de la Dormition (côté nord), sont sans doute les plus belles réussites de cet art de rythme et de couleur qui a su ne pas rester insensible à l’Italie, notamment à travers ses recherches dans le rendu de la profondeur.
Dans la ville basse avec son petit cimetière, l’église de l’Evanghélistria (fin XIVe s.) est sans doute celle qui incite le plus à la mélancolie. Le temps a ici complètement effacé l’histoire de cet édifice.
Le monastère de Brontochion se trouve à l’extrémité est de la ville basse et regroupe deux églises, les Saints Théodore et l’Hodigitria. La première (XIIIe s.) adopte un plan octogonal que surmonte une grande coupole. On remarquera la belle abside dont l’ornementation affirme nettement les lignes horizontales. La seconde (début XIVe s.) faisait fonction d’église principale. Son plan, sans doute influencé par Constantinople, est beaucoup plus complexe (deux étages et cinq coupoles) et combine les formes basilicale et à croix inscrites, chose rare en dehors de Mystra. A l’intérieur, la décoration en marbre est complétée de fresques (XIVe s.) aujourd’hui un peu altérées par le temps mais encore significatives. Certaines font même penser au Trecento italien (les Miracles de Jésus dans le narthex). Vous arrivez enfin à la Métropole, la cathédrale dédiée à Saint Démètre (fin du XIIIe s. (à l’est) au début du XIVe s. (nef centrale et narthex)).
A côté de l’église, un musée abrite quelques icônes et fragments de fresques ainsi que des poteries et des bijoux byzantins.