Publié le 13 Septembre 2012
Chez les peuples anciens, parmi les mythes, qui remplissaient les fonctions de la culture orale populaire – contes ou fables morales et religieuses, il existait des récits permettant d’organiser et d’interpréter les phénomènes et les mystères naturels, notamment celui des origines du monde. Les mythes grecs du commencement établissent la « théogonie », c’est-à-dire la généalogie et la hiérarchie des dieux, préalable nécessaire à tout discours mythologique.
Les récits des origines décrivent les étapes au cours desquelles un monde s’ordonne, les figures les plus primitives de la vie sortant progressivement de la confusion. A chaque apparition d’une divinité première, le monde s’élabore : il n’est donc pas livré « tel quel », brutalement. L’ordre et l’harmonie se créent par étapes, pour se perpétuer.
Océan, nuit ou amour : qu’y avait-il avant le monde ?
Si certains récits évoquent les puissances aquatiques, Océanos et Téthys, aux origines de toutes choses, le « commencement » peut être relié à d’autres forces, d’autres motifs : l’éternité tyrannique de Cronos (Saturne), la présence de la Nuit originelle (Nyx), la « béance » du Chaos, l’énergie transformatrice d’Eros (l’Amour) ou la générosité de Gaïa ( la Terre)…
De ces êtres dérivent, comme des émanations, d’autres entités ou puissances qui ne sont pas encore tout à fait des dieux aux traits humains. Ainsi apparaissent Ouranos (le Ciel), le Flot marin, ou les Ténèbres.
Ces dieux qui dévorent leurs enfants
Hésiode est l’auteur de la plus vénérable généalogie, celle qui fait sortir de l’abîme (c’est-à-dire du Chaos) l’Amour et la Nuit, et de Gaïa (la Terre) le Ciel et l’Océan. De l’union de Gaïa et du ciel, surgiront ensuite les douze Titans, dont le cadet s’appelle Cronos. Celui-ci va rendre possible le début de l’histoire, faite de luttes entre divinités rivales, en châtrant son père, jaloux de ses propres enfants.
Le thème du conflit entre le roi paternel et sa descendance est très présent dans la mythologique gréco-romaine. Au cours des premiers temps du monde, il se répète deux fois de suite. Après s’être révolté contre son père, Cronos, prendra soin d’avaler Zeus. Aidé de sa complice et maîtresse, Métis (la Ruse), le futur roi des dieux oblige son père à recracher ses frères et sœurs immortels.
Zeus cédera lui aussi à l’ivresse du pouvoir solitaire, mangeant à son tour la Titanide Métis, enceinte de lui, pour éviter qu’un futur descendant ne prenne à son tour sa place. Mais Athéna, la déesse de la Raison, fille de Métis et de Zeus, se développe à l’intérieur de son père, le faisant atrocement souffrir. Héphaïstos (Vulcain), dieu forgeron, lui fend alors le crâne, laissant sortir Athéna, brillante et toute armée.
Des Humains qui se veulent à l’image de leurs dieux
Après cette année de l’Intelligence sur la scène divine, le récit de la création mouvementée du monde peut s’ouvrir sur les rapports entre Humains et Immortels. Car la seule qualité commune entre les dieux et les hommes, c’est bien l’Intelligence.
D’ailleurs, nul ne peut évoquer la création du monde sans songer à celle de l’Homme. Né de la volonté des dieux de se divertir et de se faire servir, ou sorti de l’argile pétrie par le bienveillant Prométhée (qui osera voler le feu de l’Olympe, pour l’offrir à l’humanité), l’Homme ne peut s’imaginer que comme une copie imparfaite des dieux.
Des récits nombreux issus des expériences de l’homme
Comme alternative à la cosmogonie (récit de la formation du monde) d’Hésiode, qui retrace l’établissement d’un ordre politique hiérarchique, on peut citer les mythes « orphiques » des origines, qui contestent un ordre déchu et relatent la succession du Temps, ou Nuit.
De cette Nuit sort un œuf duquel est issu le « brillant » Eros. A partir de là, le récit décrit la dégradation progressive et fatale d’une perfection initiale affectée par la distinction des sexes : celle-ci entraîne la multiplication des dieux et leur lutte fratricide. Le monde est ainsi livré au malheur et à un morcellement indéfini. Cette déchéance atteint son point ultime avec l’apparition des humains.
Tous ces récits illustrent cette variabilité du mythe de création du monde, qui n’est pas seulement une collection de fables élégantes, mais qui traduit un réel effort d’organisation du monde par la raison. La mythologie emprunte ainsi à toutes les expériences de l’homme dans la nature et adopte différentes formes de discours, épiques, politiques, philosophiques ou théâtrales. Elle n’est pas uniquement religion, science ou folklore, mais tout ensemble : une œuvre mouvante de civilisation.
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