homme

Publié le 13 Septembre 2012

Un homme alla dans la forêt pour défricher un bout de terrain, brûler les broussailles et préparer un champ.


À peine commença-t-il à essarter la terre qu'il entendit une voix dans les buissons :


"Qui est là ?"

"C'est moi", répondit l'homme.

"Que fais-tu ?"

"Je débroussaille."


"Attends, je vais t'aider. Je suis le Roi des Échos, et je vais t'envoyer cent de mes sujets."


Sitôt dit, sitôt fait. Le Roi envoya à l'homme cent échos qui débroussaillèrent le terrain en un tournemain. L'homme se félicita de cette aubaine :


"Avec une aide pareille, tout va pour le mieux !"


Quelque temps après, les broussailles une fois sèches, l'homme se rendit dans la forêt pour les brûler et pour amender son champ avec les cendres. À peine eut-il le temps d'allumer le feu qu'une voix se fit entendre :


"Qui est là ?"

"C'est moi", répondit l'homme.

"Que fais-tu ?"

"Je brûle les broussailles pour amender mon champ avec les cendres."

"Attends, je vais t'aider !"


C'était encore le Roi des Échos. Il envoya à l'homme trois cents échos qui se mirent aussitôt à l'œuvre. En un tournemain, ils brûlèrent toutes les broussailles.


Sa terre amendée, l'homme s'en félicita :


"Avec une aide pareille, tout va pour le mieux !"


Les pluies commencèrent. L'homme saisit un pot rempli de millet et s'en alla au champ pour semer. À peine commença-t-il sa besogne que le Roi des Échos se fit entendre :


"Qui est là ?"

"C'est moi."

"Que fais-tu ?"

" Je sème le millet."

"Attends, je vais t'aider."


Et le Roi lui envoya en aide neuf cents échos. Les semailles furent terminées en un tournemain.


"Avec une aide pareille, tout va pour le mieux !" se félicita notre homme.


Lorsque le millet se mit à germer, l'homme se rendit au champ pour arracher les mauvaises herbes. Le Roi des Échos ne tarda pas à l'appeler :


"Qui est là ?"

"C'est moi."

"Et que fais-tu ?"

"J'arrache les mauvaises herbes."

"Attends, je vais t'aider."


Mille échos accoururent et arrachèrent toutes les mauvaises herbes en un tournemain.


Une fois de plus, l'homme se félicita :


"Avec une aide pareille, tout va pour le mieux !"


Lorsque le millet se mit à lever, l'homme alla au champ pour chasser les oiseaux qui venaient le manger. Dès son arrivée, le Roi des Échos cria :


"Qui est là ?"

"C'est moi."

"Que fais-tu ?"

"Je chasse les oiseaux pour qu'ils ne mangent pas mon millet."

"Attends, je vais t'aider !"


Dix mille échos accoururent et chassèrent jusqu'au dernier oiseau. L'homme s'en alla en se félicitant :


"Avec une telle aide, tout va pour le mieux !"


Des jours passèrent. L'homme arriva au champ. Il cueillit quelques épis et les goûta pour voir si son millet était mûr. Et le Roi des Échos appela :


"Qui est là ?"

"C'est moi."

"Que fais-tu ?"

"Je cueille quelques épis et je goûte mon millet pour voir s'il est mûr."

"Attends, je vais t'aider."


Aussitôt, cent mille échos accoururent, cueillirent tous les épis et les mangèrent.


L'homme s'en alla tristement, sans se féliciter. Cette fois-ci, il se garda bien de dire :


"Avec une aide pareille, tout va pour le mieux !"



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Rédigé par orange8454

Publié dans #aide, #echos, #homme, #mille, #roi

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Publié le 13 Septembre 2012

Il était une fois un homme très riche. Il était sans doute l'homme le plus riche de son village. Il était également l'homme le plus avare à telle enseigne qu'on le surnommait " 

" h'med seqram " signifiant " l'homme avare ".

Hmed était unique par son caractère avare, il n'avait ni femme ni employé, il exécutait lui-même tous les travaux domestiques et il était fier de ne rien dépenser.

Un jour, dans l'accomplissement de ses travaux, Hmed tomba dans un puits et poussa un cri d'appel au secours très violent :

- A l'aide, à l'aide ! ! ! hurlait-il.

Aussitôt, son voisin le plus proche accourut et lui tendit la main en s'exclamant :

" Hmed, donne-moi ta main que je te sorte du puits."

Mais Hmed détestait donner quoique ce soit et c'est avec retard qu'il finit par tendre sa main. Ce long temps de réaction lui fut fatal. Sans doute aurait-il survécu si son voisin lui avait dit " prend ma main ! ".

Les sages du village retenir que ce fut bien l'avarice qui finit par tuer le riche Hmed.



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Rédigé par orange8454

Publié dans #avare, #hmed, #homme, #main, #riche

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Publié le 13 Septembre 2012

Nasreddin hodja allait au marché de la ville voisine, menant son âne par le licou. Il marchait en fredonnant des chansons, sans beaucoup se soucier de l’animal qu’il tirait derrière lui. Deux coquins voient le profit à tirer de la situation et, suivant notre homme à pas feutrés, ils détachent habillement l’animal. L’un prend l’âne et l’emmène. L’autre s’attache le licol au cou et marche silencieusement derrière le bonhomme qui ne s’est aperçu de rien.

 

Pourtant un moment vient où le hodja jette un coup d’œil derrière lui. Le spectacle qui s’offre à ses yeux le laisse confondu. Il croit à un sortilège et invoque la miséricorde divine. Mais l’homme raconte son histoire.

 

- Hodja, j’étais jadis un homme mais j’ai commis une faute grave. Un jour je me suis parjuré. Dieu dans sa colère m’a transformé en âne. Mais aujourd’hui mon temps d’expiation est terminé. J’ai retrouvé ma forme première. Affranchis-moi. Rends-moi à la liberté.

 

Que faire d’autre d’ailleurs ? Bon gré mal gré le hodja y consent. C’est œuvre charitable et c’est, pense-t-il, un heureux présage. Et voilà, le bonhomme qui rentre à la maison, le licou dans la main. Des jours se passent. Un matin de bonne heure voilà encore notre homme parti pour le marché. Mais que rencontre-t-il au premier coin de route ? Son âne, son propre âne en chair et en os, qui portait de fagots. Il s’étonne d’abord puis s’approche, examine la bête et, se penchant à l’oreille, li dit :

 

- Allons, mon frère, c’était là ta destinée. Mais dis-moi, qu’as-tu encore fait ?

 

 

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Rédigé par orange8454

Publié dans #ane, #dernier, #hodja, #homme, #marche

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Publié le 13 Septembre 2012

Un vieux Turmène nommé Youssouf régissait les troupeaux du pacha de Bolou. C’étaient des chevaux magnifiques. Un jour un étalon blanc comme la neige sortit subitement des eaux et vint se mêler aux juments. Les poulains qui naquirent ne payaient pas de mine ; maigrelets et contrefaits, ils faisaient tache au milieu du troupeau.

 

Or le pacha était un homme cruel. Il ordonna de crever les yeux au malheureux gardien, puis le fit chasser ignominieusement en lui faisant cadeau par dérision du plus difforme des poulains.

 

Yousouf qui avait un fils du nom de Keuroglou jura de consacrer sa vie à la vengeance de son père et à la défense des opprimés.

 

Son père mourut, et Keuroglou éleva soigneusement le poulain né de l’étalon magique. Par un étonnant miracle, ce poulain devint bientôt un magnifique cheval gris qui n’avait pas son pareil dans tous les pays des alentours. Beau et docile, il faisait l’orgueil de son maître et l’envie de tous ceux qui voyaient le jeune homme sur sa magnifique monture.

 

Un jour le pacha rencontra le jeune homme monté sur son cheval. Il le réclama comme son bien et lui proposa d’entrer à son service.

 

Keuroglou éclatant d’indignation dévoila son désir de vengeance s’enfuit vers les montagnes.

 

Il vécut dans la montagne comme un hors-la-loi pourchassant les séides du pacha et protégeant les pauvres. Aussi était-il aimé de tous.

 

Un jour déguisé en berger il alla proposer ses moutons au Turkème qui était accompagné d’Ivaz son fils. Le marché fut conclu et pendant que le Turkème allait changer de l’argent, Keuroglou se saisit Ivaz, le couchant en travers de sa selle, il partit au grand galop

 

Le chef d’une troupe qu’on envoya contre lui, nommé Kenan fut tellement admiratif du courage de Keuroglou qu’il abandonna ses soldats et se rangea du côté de celui qu’il avait pour mission de poursuivre.

 

Le pacha possédait un magnifique palais entouré d’un parc enchanteur et de vergers splendides. Les amis de Keuroglou décidèrent de ramener à leur compagnon les fruits les plus succulents, mais ils furent surpris par une troupe nombreuse. Ivaz put s’échapper, mais Kenan restait captif et le pacha réclama en échange de sa liberté le cheval gris de Keuroglou. Celui-ci y consentit et le merveilleux coursier alla languir dans les écuries du pacha.

 

Le fier animal était saisi de rage dès qu’on l’approchait et le pacha cherchait en vain le moyen de calmer sa splendide monture. Keuroglou s’introduisit dans la ville déguisé en poète errant et il laissa entendre qu’il possédait des secrets magiques pour le dressage des animaux rebelles et on consentit à le mener aux écuries. La seule vue de son maître suffit à calmer le cheval. Il demanda qu’on le fît sortir dans la cour du palais qui était entourée de hautes murailles. Il enfourcha le cheval, lui murmura quelques paroles à l’oreille et le cheval gris s’envolant d’un seul coup sauta par-dessus la muraille, laissant stupéfait les serviteurs du pacha.

 

Le Sultan avait une fille du nom de Nigar que son père gardait jalousement.

 

Ayant entendu parlé d’elle par un caravanier, Keuroglou partit pour Istanboul dans le dessein de la conquérir. Il se déguisa comme à son habitude en poète, mais il fut démasqué par Bulbek khan, homme cupide et méchant, courtisan du pacha de Bolou qui le fit enchaîner et jeté dans une sordide prison. Il passait son temps à chanter à la fenêtre. La belle Nigar entendit parler de celui qui avait risqué sa vie pour elle, le vit à sa fenêtre et s’émut pour ce héros qui affrontait la mort de si belle humeur. Elle gagna le geôlier à prix d’or et vint de nuit ouvrir à Keuroglou les portes de la prison.

 

Bulbek se lança à sa poursuite à la tête d’une troupe de soldats. Mais vaincu il se retrouva ficelé sur sa selle et le fit écorcher vif, avant d’envoyer sa peau empaillée au padischah.

 

Ses noces avec la belle Nigar furent célébrées.

 

Sa renommée parvint jusqu’au schah de Perse Abdas, qui voulut le faire général en chef de ses troupes. Mais Keuroglou refusa cette offre et le schah se mit alors dans une terrible colère.

 

Lassé de ses travaux et de ses batailles, Keuroglou vieillit ainsi dans ses montagnes, mais il n’aspirait plus qu’à faire avant sa mort le pèlerinage de la Mecque. Il laissa à Ivaz le soin de défendre son peuple et parti avec le bâton et la besace du pèlerin.

 

Un jour il s’arrêta sur le bord de la route et demanda l’hospitalité à eux hommes qui le reconnurent, le tuèrent dans son sommeil et portèrent sa tête à Schah Abdas. Mais celui-ci pleura à cette vue et apprenant que c’était par traitrise que le héros avait trouvé la mort, il livra ses assassins à la fureur des amis de Keuroglou.

 

Ivaz poursuivit à Tchamlibel l’œuvre de son père adoptif. On y voit encore les ruines de la forteresse et Keuroglou, dit-on y revient parfois la nuit sur son cheval gris.

 

 


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Rédigé par orange8454

Publié dans #cheval, #homme, #keuroglou, #pacha, #pere

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Publié le 13 Septembre 2012

Il y avait, une fois, dit-on, un roi d'Égypte, pour lequel n'avait pas été mis au monde d'enfant mâle… Alors, il supplia les dieux, autour de lui, de lui donner un fils. Ceux-ci ordonnèrent de faire en sorte que l'on mît au monde pour lui. Cette nuit-là, tandis qu'il couchait avec son épouse, elle devint enceinte. Lorsqu'elle eut accompli le nombre de mois nécessaires pour la naissance, elle accoucha d'un garçon. Alors les sept Hathor s'en vinrent pour lui annoncer quel serait son destin ; elles dirent : " Sa mort viendra d'un crocodile, ou d'un serpent, ou encore d'un chien ". Les gens qui étaient aux côtés de l'enfant écoutèrent ces paroles et les rapportèrent à Sa Majesté - puisse-t-il être vivant, prospère et en bonne santé ! - Alors le cœur de Sa Majesté devint triste, au-delà de toute expression. Sa Majesté - puisse-t-il être vivant, prospère et en bonne santé ! - fit construire pour l'enfant une maison en pierre, dans le désert ; elle fut pourvue d'une domesticité et de toutes les belles et bonnes choses appartenant au palais royal - puisse-t-il être vivant, prospère et en bonne santé !... Mais l'enfant ne devait pas sortir de la maison.

Lorsqu'il eut grandi, il monta, un jour, sur la terrasse et aperçut un chien qui suivait un homme, marchant sur le chemin. Il dit au serviteur qui se tenait près de lui : " Qu'est-ce donc qui marche derrière cet homme qui s'avance sur le chemin ? " Il lui répondit : " C'est un chien ". L'enfant lui dit alors : " Fais en sorte que l'on m'amène un chien semblable ". Le serviteur alla rapporter cela à Sa Majesté - puisse-t-il être vivant, prospère et en bonne santé ! - et Sa Majesté dit : " Qu'on lui apporte un jeune chien, qui saute, plein de vie, afin que son cœur ne soit plus chagrin ". Et le chien fut apporté au jeune prince.

Après que des jours furent écoulés, et que le corps de l'enfant se fut développé, il dépêcha un messager à son père afin de lui dire : " Qu'arrivera-t-il, si je demeure ainsi ? Vois, je suis assigné à mon destin. Permets donc que j'aie le loisir d'agir ainsi que mon cœur le souhaite. Et Dieu fera de ce qui est de sa volonté ". Alors, on équipa pour lui un char, muni de toutes sortes d'armes de combat ; on plaça un serviteur à sa suite, comme compagnon, et on le fit passer sur la rive est du fleuve. On lui dit : " Poursuis maintenant ton chemin à ta guise ". Son chien était avec lui. Il voyagea vers le Nord, dans le désert, suivant son désir ; il se nourrissait de tout le meilleur gibier du désert.

Un jour, il arriva auprès du prince du Naharina. Or ce prince n'avait pas eu d'enfant, à l'exception d'une fille ; pour celle-ci, on avait construit une maison, dont la fenêtre était éloignée du sol de soixante-dix coudées. Le prince du Naharina avait fait en sorte que soient amenés tous les fils de tous les chefs du pays de Syrie, et il leur avait dit : " Quiconque, parmi vous, atteindra, en sautant la fenêtre de ma fille, celui-là l'épousera ".

Après que de nombreux jours se furent écoulés, tandis que ceux-ci se livraient à leur exercice quotidien, le jeune prince vint à passer devant eux. Ils le conduisirent jusqu'à leur maison, le lavèrent, donnèrent de la nourriture à son attelage et l'oignirent, bandèrent ses pieds et donnèrent des aliments à son compagnon. Puis ils lui dirent en manière de conversation : " D'où viens-tu, bel adolescent ? " Il répondit : " Je suis le fils d'un officier du pays d'Égypte. Ma mère étant morte, mon père prit une autre femme, qui devint ma belle-mère. Celle-ci, peu à peu, me haït, et je partis pour la fuir ". Alors ils le prirent dans leurs bras et le baisèrent sur tout le corps.

Après d'autres jours nombreux, il dit aux jeunes gens : " Mais que faites-vous donc ? " Ils répondirent : " Cela fait trois mois que chaque jour nous sommes ici, passant notre temps à sauter ; car celui qui atteindra la fenêtre de la fille du prince du Naharina, celle-ci lui sera donnée comme épouse ". Il leur dit : " Ah ! si mes pieds n'étaient pas douloureux, j'irais moi aussi pour sauter avec vous ". Ils s'en allèrent alors pour sauter, selon leur habitude de chaque jour, tandis que le jeune prince se tenait debout, éloigné et les regardant. Alors le visage de la fille du prince de Naharina se tourna vers lui.

Après quelque temps, le jeune prince s'en vint afin de sauter avec les enfants princiers. Il sauta donc et il atteignit la fenêtre de la fille du prince de Naharina. Elle le baisa et l'embrassa sur tout son corps. Alors, on alla informer son père en lui disant : " L'un des jeunes gens a atteint la fenêtre de ta fille ". Le prince questionna ainsi : " De quel chef est-il le fils ? " On lui répondit : " C'est le fils d'un officier qui est venu du pays d'Égypte, fuyant devant sa belle-mère ". Le prince de Naharina fut alors extrêmement furieux, et dit : " Vais-je donner ma fille à ce fuyard égyptien ? Faites en sorte qu'il s'en retourne ". On alla dire à celui-ci : " Repas donc vers le lieu d'où tu es venu ". Mais la jeune fille le saisit alors et elle fit un serment au nom de Dieu, disant : " Aussi vrai que dure Rê-Horalkhry, si on enlève loin de moi ce jeune homme, je ne mangerai plus, je ne boirai plus et je mourrai dans l'heure ". Le messager partit pour rapporter à son père toutes les paroles qu'elle avait prononcées. Celui-ci envoya des gens pour tuer l'adolescent à l'endroit où il se tenait. Mais la jeune fille dit : " Aussi vrai que dure Rê, si on le tue, quand se couchera la lumière divine, je mourrai. Je ne passerai pas une heure, pas une heure de plus que lui ". On alla de nouveau rapporter ces propos à son père. Alors celui-ci fit en sorte que l'on amenât l'adolescent en sa présence en même temps que sa fille… La dignité du jeune homme fut sensible au prince ; celui-ci le prit dans ses bras, le baisa sur tout son corps et lui dit : " Parle-moi de ta condition, car, vois tu es désormais pour moi comme un fils ". L'adolescent lui répondit : " Je suis le fils d'un officier du pays d'Égypte. Ma mère étant morte, mon père prit une autre femme, qui devint ma belle-mère. Celle-ci peu à peu me haït et je partis pour la fuir ". Alors le prince lui donna sa fille ; il lui donna une maison et des terres cultivables, en même temps que des troupeaux et toutes sortes de belles et bonnes choses.

Quelque temps après cela, le jeune homme dit à son épouse : " Je suis promis à trois destins : le crocodile, le serpent, le chien ". Elle lui dit aussitôt : " Fais donc tuer le chien qui te suit ". Mais il répondit : " Ce serait une folie. Je ne permettrai pas que l'on tue mon chien, que j'ai élevé depuis qu'il était petit ". Alors, elle devint vigilante pour son époux, extrêmement. Elle ne lui permettait pas de sortir seule et de s'éloigner.

Or, le jour où l'adolescent s'en était venu du pays d'Égypte, dans son errance, le crocodile que lui avait assigné le destin … l'avait suivi ; il se trouva juste avant lui, dans la ville où résidait le jeune homme … et se tint dans l'Eau. Or il y avait dans cette Eau un Esprit divin et puissant ; il ne permettait pas au crocodile d'aller au-dehors, et le crocodile ne permettait pas que l'Esprit divin et puissant sorte pour se promener. Quand à l'aube brillait la lumière divine, les deux adversaires se dressaient pour combattre, et cela chaque jour, depuis une durée de trois mois.

Quelque temps encore après cela, un jour, le jeune homme s'assit pour passer, dans sa maison, une heureuse journée. Après que fut venue la douce brise de la nuit, il s'allongea sur son lit et le sommeil s'empara de son corps. Son épouse emplit un bol avec du vin, un autre avec de la bière. Un serpent sortit alors de son trou dans l'intention de mordre le jeune homme ; son épouse était assise à son côté, mais elle ne dormait point. Les bols attirèrent le serpent, qui but et devint ivre ; puis il s'allongea, ventre en l'air. Alors l'épouse le fit mettre en pièces au moyen de sa hache. On réveilla son mari… Elle lui dit : " Vois, ton dieu a placé un de tes destins dans ta main ; il veillera encore sur toi… " Il fit désormais des offrandes à Rê, l'adorant et exaltant sa gloire, pendant le cours de chaque jour.

De nombreux jours encore après cela, le jeune homme sortit pour se promener, se divertissant dans son domaine. Son épouse ne sortit pas avec lui, mais son chien l'accompagnait. Celui-ci, alors, se mit à parler et dit : " Je suis ton destin ". Alors l'homme courut devant lui, il atteignit l'eau et s'y jeta… Le crocodile le saisit et l'emporta jusqu'à l'endroit où se tenait habituellement l'Esprit divin et puissant ; mais celui-ci n'était pas là. Le crocodile dit alors au jeune homme : " Je suis ton destin, qui t'ai suivi jusqu'ici. Durant les trois mois écoulés jusqu'à ce jour, j'ai combattu avec l'Esprit divin et puissant. Or, vois, je suis prêt à te libérer. Mais si cet Esprit vient pour combattre, tu me prêteras assistance et tu le tueras… ". Lorsque la terre s'éclaira, un second jour étant venu, l'Esprit divin et puissant s'en revint…

(Là s'arrête le manuscrit.) (Textes sacrés et textes profanes de l'Ancienne Égypte II ,Mythes, contes et poésie, Traductions et commentaires de Claire Lalouette, préface de Pierre Grimal, Connaissance de l'Orient, Gallimard, P. 181-185)


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Rédigé par orange8454

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