homme

Publié le 13 Septembre 2012

Au temps du roi Zeser, de la troisième dynastie, la vice-roi de Nubie était un homme de noble naissance nommé Meter. Il résidait à Eléphantine et il était chargé d'administrer toutes les propriétés appartenant au dieu Khnoum. le dieu Khnoum était un dieu très puissant et très riche, le maître des sources du Nil, dont les prêtres seuls connaissaient le lieu. Ils disaient que le Nil sort d'un gouffre, creusé par les eaux tourbillonnantes entre deux immenses rochers pointus : Crophi et Morphi. Il y a là un abîme si profond que la sonde attachée à un câble long de plusieurs milliers de brasses n'en touche pas le fond.

Dans la dix-huitième année de son règne, le pharaon Zeser fit venir au vice-roi Meter une missive qui contenait ceci :

"Cette lettre est destinée à t'informer des calamités qui sont tombées sur moi depuis que je suis assis sur le trône de la Terre-Entière, et qui pèsent aussi sur tous mes amis et sur tous mes sujets. Mon cœur douloureux est grandement affligé, parce que depuis sept saisons les eaux du Nil n'ont pas monté à la hauteur accoutumée ; depuis sept ans, nous n'avons vu ni les eaux vertes ni les eaux rouges. La terre est restée sèche et stérile : une boue noire cuite au soleil, une croûte fendillée d'où ne sort aucune herbe verte ; les arbres sont couverts de poudre, leurs feuilles sont enduites d'une épaisse poussière collante. La récolte n'a donné que quelques pauvres grains, les jardins sont desséchés : ni herbes ni légumes. Tout ce qui sert à l'homme pour sa nourriture a disparu de la surface de la terre.

Le paysan affamé va voler chez son voisin. Tous les pauvres gens voudraient s'en aller ailleurs chercher leur vie, mais, comme ils sont épuisés, ils n'ont même plus la force de marcher. Les petits enfants gémissent et meurent ; mes jeunes gens trébuchent de faiblesse ; le cœur des vieux est brisé de douleur, leurs jambes flageolent, ils gisent à demi évanouis sur le sol, pressant de leurs mains leur estomac vide.

Les fonctionnaires sont impuissants et ne savent quel conseil donner. Quand on ouvre les greniers publics qui devraient contenir des réserves, on n'y trouve rien que des courants d'air !Tout est en ruine sur la Terre-Entière.

Je me remémore le temps du bonheur, le temps où j'étais bien conseillé. Alors, chaque année, le dieu envoyait ses eaux fécondantes ; je voyais les hommes et les enfants patauger dans la boue liquide, les bœufs s'abreuver, les insectes pulluler, les oiseaux picorer et boire et le poisson Fabreka, qui gît le ventre en l'air, engraisser les ventres affamés. Ah ! c'était le temps des dieux, de Thot, le dieu-ibis qui se pose sur les eaux, le temps du grand prêtre Imoithis, le fils de Ptah ; alors tout était prospère et mes sujets nageaient dans l'abondance et aussi mes amis qui vivent auprès de moi dans la Grande Maison.

Je te prie de m'envoyer des renseignements. Où est la source du Nil ? Quel dieu en est le maître ? Que sais tu sur ce dieu ? Car c'est de lui que notre vie dépend, c'est lui qui entasse le grain dans les greniers. S'il ne nous bénit plus, nous périrons tous.

Je désire aller consulter la grande prêtre de Thot à Hermopolis : sa bénédiction fortifie tous les hommes et les soutient dans leur désespoir. Je souhaite de pénétrer dans la bibliothèque de temple de Memphis "La Maison de Vie", je veux saisir de mes mains les rouleaux de papyrus couverts d'écriture afin de les déchiffrer. Je veux lire les livres sacrés, les méditer et découvrir la signification de toutes ces choses mystérieuses."

Lorsque le vice-roi Meter eut lu attentivement la royale missive, il s'empressa de se mettre en route pour rejoindre le Pharaon. Dès qu'il fut près de lui, il commença d'instruire le roi. Il répondit dans la mesure où il le pouvait aux questions posées par Sa Majesté, lui donna des informations sur la crue du Ni et il lui répéta tout ce que les hommes savants ont écrit sur ce sujet. et il prit les livres, et il lui lut les passages importants, et il l'aida à déchiffrer les passages difficiles, et il lui expliqua les passages obscurs. Car les ancêtres de Pharaon n'avaient consulté ces livres qu'à la hâte et, depuis le temps lointain où Râ avait régné en personne sur l'Egypte, jamais ces choses n'avaient été exposées ni expliquées à aucun des rois, car jamais encore le Nil n'avait connu la secheresse.

Le vice-roi Meter dit au Pharaon : "Il est une ville sur le fleuve d'où le Nil semble tirer son existence. C'est une très ancienne ville qui remonte à la naissance du monde : Abou. On l'appelle la cité du commencement, et c'est par là que se trouve, loin, loin, vers le sud, le pays qui est la terre créée avant toute autre. Il y a une longue suite de marches, un escalier ; c'est là que le Seigneur Râ s'est reposé quand il eut fait les premiers hommes. C'est par là que sont les deux cavernes d'où jaillissent les deux rivières qui sont les sources du Nil. De cet endroit provient toute chose bonne pour l'Egypte. La grande inondation qui noie la Terre-Entière vient de là : l'eau monte à une hauteur de vingt-huit coudées tandis qu'à Hermopolis les eaux dépassent rarement sept coudées.

Voila comment cela se passe : le dieu Nil se lève, rajeuni par un long repos dans les cavernes où il a retrouvé ses forces. Il piétine le sol de ses sandales, il tire les verrous, ouvre toutes grandes les deux portes par lesquelles l'eau s'échappe : elle coule, et bientôt la nappe verte couvre les champs et les jardins de la Terre-Entière et alors les hommes se réjouissent à l'idée des futures récoltes.

Le dieu Nil vit sous le nom de Shou il tient le compte de tout ce que produit l'Egypte afin de vérifier si chacun a la part qui lui revient. Il garde la corde pour mesurer les champs et le registre des propriétaires. il habite une maison de bois, tournée vers le sud-est, la porte est faîte de roseaux et le toit de branches d'arbres.

Alentour sont les montagnes de roches et de pierres où les carriers s'en vont avec leurs outils chercher les pierres avec lesquelles les maçons construisent les temples des dieux, les palais des animaux sacrés, les statues et les pyramides des morts : c'est la pierre d'Abou qui ne se détruit jamais.

Dans le sanctuaire, les hommes pieux offrent aux dieux des sacrifices de toutes sortes et les dons parfumés qui embaument l'air sont présentés à la face de Khnoum et à Osiris et à Isis, et à Horus et à Nephtys. Dans les chambres secrètes et scellées s'entassent les trésors, les pierres précieuses : l'or et l'argent, le cuivre et le fer, la lapis-lazuli, l'émeraude, le cristal, le rubis et l'albâtre, et les graines de plantes qui produisent l'encens, et tout ce que les hommes reconnaissants offrent chaque automne au dieu qui les a comblés."

Ainsi le vice-roi enseignait à Pharaon les choses essentielles sur la vie de son royaume. Alors Pharaon voulut aller lui-même en pèlerinage au temple de Khnoum.

Là après avoir prié, il s'endormit et crut, dans son rêve, voir le dieu et s'entretenir avec lui.
"J'ai pénétré dans le temple : les gardiens des livres ont dénoué le cordon qui les attache et ils les ont déroulés, et ils me les ont montrés.

J'ai été purifié par l'aspersion des eaux bénites et j'ai aperçu le dieu Khnoum, debout, en face de moi, et j'ai essayé de l'apitoyer en lui faisant de grands présents : je l'ai prié, et je l'ai supplié.

Il a daigné entrouvrir les paupières et son cœur ù s'est penché vers moi, et du haut de sa grandeur majestueuse, il a laissé tomber ces paroles : "Je suis Khnoum, le dieu créateur. Mes deux mains ont ramassé de la terre, et ont façonné le corps de l'homme tel qu'il est, tel que tu es. Je t'ai fait des membres solides, et je t'ai donné ton cœur.

Mais l'homme est un ingrat. Elles gisent encore dans les carrières, dans les profondeurs de la terre, depuis des éternités, les pierres qui auraient dû être taillées pour me construire un temple. Rien n'a été fait pour réparer les demeures sacrées des dieux. Tu peux les voir : tombées en poussière et en ruines.

Il faut croire que les hommes et les rois ignorent que moi, le créateur, le tout-puissant, je suis le maître qui donne la santé. C'est moi le plus grand, le père de tous les dieux, le maître de la Terre-Entière. Les deux moitiés du ciel sont ma demeure ; c'est moi qui verse l'eau du Nil pour que le fleuve s'écoule, qu'il inonde les champs cultivés et que cette eau les fertilise, qu'elle donne la vie à tout ce qui respire partout où elle va et jusqu'où elle va.

Je ferai monter les eaux du Nil pour toi, et il n'y aura pas d'année stérile. Elles s'écouleront et couvriront les champs à la joie générale. Les plantes, les herbes foisonneront, l'épi fléchira sous le poids du grain, les arbres plieront sous la charge des fruits, le figuier, le grenadier, l'abricotier ; la pomme du lotus éclatera et on fera avec ses graines, pour toi, Pharaon, le si délectable pain de Lys.

La déesse des récoltes présidera et partout la récolte sera cent mille fois plus abondante parce que chaque année, les eaux monteront de plus en plus haut et iront de plus en plus loin.

Ton peuple sera comblée, chacun recevra bien au-delà de sn propre désir. La disette disparaîtra et on ne déplorera plus le vide des greniers. Toute l'Egypte sera en terres cultivées ; les régions seront jaunes à cause des blés mûrs et ces blés seront de bon grain. La fertilité de la Terre-Entière dépassera les souhaits du fellah et sera plus grande qu'on ne l'a jamais vue."

A la parole prometteuse de récolte abondante, le roi s'éveillera et dans son cœur le courage et l'espérance remplacèrent le découragement et le désespoir d'auparavant.

Pharaon quitta le sanctuaire du dieu et, tout de suite, publia une ordonnance : il faisait au temple une donation magnifique, des terres, des champs, des trésors. Ils établissaient des lois qui obligeaient chaque fellah à servir une redevance aux prêtres. Les pêcheurs et les chasseurs devaient leur porter du poisson et du gibier. Chaque jour, un veau sur dix devait être apporté au temple pour y être offert en sacrifice. Les autorités devaient laisser passer en franchise les dons destinés à Abou : or, ivoire, ébène, pierres précieuses, épices, bois rares. Et le roi ordonna que cet édit fût copié avec soin sur une stèle déposée dans le sanctuaire au pied d'une image de Khnoum.

Et à tout manant qui passait par là, Pharaon ordonna de saluer le dieu, de se prosterner et de s'abstenir de cracher, sous peine d'être bien rossé à coups de corde pour apprendre la politesse et le respect qu'on doit au dieu Khnoum, au Nil bienfaisant et nourricier.

Et depuis cette entente entre Khnoum et le Pharaon, pas une fois le Nil n'a cessé d'envoyer au printemps le flot des eaux vertes, puis le flot des eaux rouges ; trois mois durant, la terre s'imbibe d'humidité féconde, les prés rient, les rives fleurissent, les hommes sont dans la joie, car en prévision de la bonne récolte tout ventre se réjouit, toute dent broie sur la terre d'Egypte, don du Nil ; Nil, que les hommes révèrent et adorent comme le Seigneur des bonnes nourritures.

Marguerite Divin


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Rédigé par orange8454

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Publié le 13 Septembre 2012

L'original de ce conte paraît remonter au tout début de la XIIe dynastie et est connu par un manuscrit du Moyen Empire conservé au Musée égyptien de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg - Léningrad. On ignore comment il est arrivé en Russie. Il s'agit de la copie d'un manuscrit de quelques années plus ancien, œuvre du scribe Aménô, fils d'Amény qui, s'il n'en est pas l'auteur, pourrait être le premier à l'avoir fixé par écrit. Aucune autre copie ne nous est parvenue.

L'île où une vague de la "Très Verte" a jeté le naufragé est appelée " l'Ile du Kâ ". Elle est située sur la côte occidentale de la Mer Rouge.

Ce conte trouve probablement son origine dans des récits de marins : leur navigation n'allait pas toujours sans accident car la côte était escarpée, hérissée de récifs et d'îlots. Ceux qui en revenaient ne devaient pas manquer d'ajouter à la réalité de leurs aventures quelques détails merveilleux susceptibles d'étonner leurs auditeurs. Ainsi dut naître Le Conte du Naufragé. Il se relie à d'autres contes fabuleux du monde oriental comme le récit du naufrage et de l'arrivée d'Ulysse chez les Phéaciens dans l'Odyssée ou les aventures de Sindbad le marin contées par Les Mille et une Nuits.

"En ce temps-là, un capitaine fit naufrage et perdit son bateau, corps et biens. Un matelot le recueillit et le ramena jusqu'à Eléphantine. Mais, tout le long du voyage, le pauvre naufragé se désola parce qu'il avait très peur que les juges d'Egypte ne l'accusent d'avoir perdu son navire par sa faute. Alors, pour le rassurer et le réconforter, le matelot se mit à lui raconter une aventure qui lui était arrivée. Il dit : "Que ton cœur soit content, mon capitaine, car nous voilà arrivés au pays. Les matelots ont pris le maillet et enfoncé le pieu à terre, puis ils ont passé l'amarre ; ils ont poussé des cris de joie, ils ont remercié et adoré le dieu protecteur du bateau et chacun, dans sa satisfaction d'être arrivé à bon port sain et sauf, a embrassé son camarade tandis que la foule nous écriait : "Soyez les bienvenus!" C'est une belle expédition. Il ne manque pas un homme, nous avons atteint les extrémités du pays d'Ouaouait (qui est la Nubie, plus loin que la seconde cataracte), nous avons passé devant Saumouît (qui est une île de Philae, près de la première cataracte) et maintenant nous voilà dans notre pays arrivés paisiblement.

 

Ecoute-moi, mon prince, je n'exagère jamais. Tu vas te laver, verser de l'eau sur tes doigts ; puis tu comparaîtras devant le Roi. Il faudra lui parler à cœur ouvert, répondre quand tu seras invité à parler, répondre sans perdre contenance et surveiller tes paroles, car si la bouche de l'homme est faite pour défendre, elle peut aussi le perdre et quelquefois, pour avoir eu la langue trop longue, un homme s'en va au supplice, le visage couvert su voile qu'on jette sur la figure des criminels après les avoir condamnés. Tâche de suivre les mouvements de ton cœur et de trouver des paroles qui apaisent la colère du Roi, afin qu'il te laisse partir, justifié et acquitté de tout blâme. Mais pour te donner du courage, je vais te raconter une aventure semblable qui m'est arrivée. C'est à l'époque où je suis allé aux mines qui appartiennent au Souverain. Je partis en mer sur un navire comme on n'en voit plus, bien plus grand que les navires d'à présent. Il avait au moins cent cinquante coudées de long sur quarante coudées de large ; toi qui connais les bateaux, tu te représentes son importance. Il y avait bien cinquante hommes d'équipage, tous des matelots d'élite, des hommes du pays d'Egypte qui avaient vu le ciel, qui avaient vu la terre et qui avaient le cœur plus hardi que celui du lion.

 

Ils croyaient que le vent ne s'élèverait pas, que nous échapperions au désastre, mais le vent éclata juste quand nous étions au large, et avant que nous ayons atteint la terre, la brise fraîchit et elle souleva une vague haute comme une maison. J'arrachai une planche et je m'y cramponnai. Quant au navire, il disparut et de tout l'équipage il ne resta pas un homme. Moi seul, grâce à ma planche qui flotta, et poussé par un courant, j'abordai à une île. Trois jours, je restai seul sans autre compagnon que mon cœur. La nuit je me couchais dans le creux d'un arbre, tapi dans l'ombre ; le jour, je marchais à la recherche de quelque chose à me mettre dans la bouche. Je trouvais des figues et du raisin, des poireaux magnifiques, des baies et des graines, des melons à volonté, des poissons, des oiseaux, il y avait de tout. Alors je me rassasiais, dédaignant le superflu et rejetant à terre les provisions inutiles dont mes mains s'étaient chargées. je fabriquai un allume-feu, j’allumai un feu et je fis un sacrifice aux dieux. Et soudain voici que j'entendis un bruit formidable, une voix tonnante, et je pensai : "C’est une vague de la mer!" Les arbres craquèrent, la terre trembla, je dévoilai ma face et j'aperçus un serpent qui s'avançait vers moi, long, long, au moins de trente coudées, et une queue de deux coudées au moins ; son corps était incrusté d'or, ses deux sourcils étaient de véritable lapis, et il était plus beau encore de profil que de face.

 

Il ouvrit sa bouche toute grande contre moi ; moi je restai aplati sur le ventre devant lui. Il me dit : "Qui t'a amené, qui t'a amené ici, misérable gueux, qui t'a amené? Si tu tardes à me dire qui t'a amené dans cette île, je te ferai connaître, en te réduisant en cendres, ce que c'est que de devenir invisible". "Tu me parles et je ne comprends pas ce que tu me dis, je suis devant toi comme un imbécile, sans connaissance", murmurais-je, éperdu. Alors il me prit dans sa bouche et il me transporta dans un antre où il me déposa sans me faire de mal. Je fus tout surpris de me retrouver sain et sauf, avec tous mes membres au complet, rien ne m'avait été enlevé. Après donc qu'il eut ouvert la bouche pour se débarrasser de moi et tandis que je restais sur le ventre, prosterné devant lui, voici qu'il me dit : "Qui t'a amené, qui t'a amené ici, misérable gueux, en cette île de la mer, dont les deux rives sont baignées par les flots ?" Et moi, comme un esclave devant son maître, les mains pendantes comme un suppliant, je lui racontai mon naufrage. "Est-ce ma faute, ô Seigneur, si le vent et les flots m'ont poussé jusqu'ici ?" Alors le serpent se radoucit et me dit : "N'aie pas peur, misérable gueux. Si Amon-Râ t'a fait aborder dans mon île, c'est qu'il permet que tu vives. Ecoute ma prédiction : tu passeras quatre mois dans mon royaume, puis un navire viendra du pays d'Egypte avec des matelots que tu connais ; alors tu retourneras avec eux dans ton pays et c'est dans ta ville que tu mourras.

 

Si tu es brave, si ton cœur est fort, je te le prompts, tu reverras ta maison, tu embrasseras ta femme et tes enfants et, ce qui vaut mieux que tout, tu vivras au milieu de tes frères". Alors, moi, je m'allongeai sur mon ventre, je touchai le sol devant lui et, prosterné, je m'écriai : "Tu es bon et tu es puissant, ô mon Seigneur! J'irai trouver Pharaon et je lui ferai connaître ta grandeur, et je te ferai porter de chez nous des présents : du fard, du parfum d'acclamation (une des sept huiles qu'on offre aux dieux pendant le sacrifice et c'est la meilleure des sept), de la pommade, de la casse, de l'encens des temples avec lequel on est sûr de gagner la faveur de tout dieu. Je conterai ensuite ce qui m'est arrivé et ce que j'ai vu, et on t'adorera dans ma ville en présence des hommes les plus sages de la Terre-Entière. J'égorgerai pour toi des taureaux pour les faire rôtir devant le feu, j'étranglerai pour toi des oiseaux. Je te ferai amener des navires chargés de toutes les richesses de l'Egypte, comme on fait pour un dieu, pour un ami des hommes dans un pays lointain que les hommes ne connaissent point". Il rit de moi, à cause de ce que je disais, et à cause de ses pensées. Il me dit : "Ne vois-tu pas ici beaucoup de myrrhe? Il y a aussi ici beaucoup d'encens. Car je suis, moi, le souverain du pays de Pount et je ne manque pas de myrrhe. Seul, le parfum d'acclamation, la meilleure des sept huiles qu'on offre aux Dieux que tu offres de m'envoyer, n'abonde pas dans cette île. Mais sais-tu ce qui arrivera? C'est qu'aussitôt que tu seras éloigné d'ici, cette île, tu ne la reverras plus jamais, car elle sera recouverte par les flots".

 

Et voici, continua le matelot, je vécus quatre mois dans cette île sous la protection du serpent. C'était une île enchantée, remplie de tous les trésors imaginables. il y avait là septante-cinq serpents qui étaient les frères et les enfants du grand serpent. Il y avait là aussi une jeune fille. Comme je m'étonnais de sa présence, le grand serpent me raconta qu'un jour une étoile était tombée sur l'île, toute enflammée, et qu'ils avaient vu sortir des flammes cette belle jeune fille qui était devenue leur compagne. Et moi, je rassasiais mon cœur de toutes ces histoires merveilleuses qu'il me contait. Le temps passa, les quatre mois s'écoulèrent et le navire parut, comme l'avait prédit le serpent. Tout joyeux je courus au bord de l'eau, je me penchai sur un arbre élevé et je reconnus ceux qui étaient à bord, c'étaient des marins de mon pays. J'allai bien vite communiquer cette nouvelle au Serpent mon ami, mais je m'aperçus qu'il était déjà renseigné, car il me dit : "Bonne chance, bonne chance, misérable gueux. Va vers ta demeure, va voir tes enfants et je te souhaite pour toi que ton nom soit honorablement connu dans ta ville. Voilà mes souhaits pour toi". Alors je m'allongeai sur le ventre, les mains pendantes devant lui, et lui, il me donna des cadeaux : de la myrrhe, des parfums dignes des dieux, de la pommade, de la casse, du poivre, des fards, de la poudre d'antimoine, des cyprès, une quantité d'encens, des queues d'hippopotames, des dents d'éléphants, des lévriers, des grands singes à la tête de chiens aussi grands que des hommes, des girafes, et toutes sortes de richesses excellentes.

 

Je chargeai le tout sur le navire, puis je m'étendis sur le ventre et, prosterné, j'adorai le Serpent. Il me dit : "Voici : dans deux mois tu arriveras dans ton pays, tu presseras tes enfants dans tes bras, et plus tard tu iras te rajeunir dans ton tombeau". Et alors je descendis sur le rivage à l'endroit où était amarré le navire et j'appelai les hommes qui étaient à bord. Du rivage, je rendis des actions de grâces au maître de cette île et les hommes de l'équipage m'imitèrent. Nous revînmes au nord, à la résidence du Souverain. Le deuxième mois nous arrivions au palais, comme le Serpent l'avait prédit. J'entrai dans le palais et, admis en présence du souverain, je lui racontai ce que j'avais vu et je lui offris les cadeaux que je rapportais de l'île du Serpent. Il en fut très content et il me complimenta en présence des sages qui l'entouraient. Puis il fit de moi un de ses serviteurs et me donna de beaux esclaves en échange des présents que je lui avais offerts. Or, vois, mon capitaine, ajouta le matelot tourné vers son hôte, je t'ai ramené sur la terre d'Egypte. Profite de mon exemple : va trouver Pharaon et conte lui ton histoire". Mais le capitaine naufragé répondit : "Ne fais pas le malin, mon ami. Tu prodigues en vain les consolations à un homme perdu. Qui donne de l'eau à une oie la veille du jour où on doit l'égorger?" Car il songeait avec tristesse qu'il n'avait pas rencontré le serpent magicien ni rapporté les trésors d'une île enchantée pour apaiser le cœur irrité de son Souverain. "

 


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Rédigé par orange8454

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Publié le 13 Septembre 2012

ll y avait, une fois, dit-on, un roi d'Égypte, pour lequel n'avait pas été mis au monde d'enfant mâle… Alors, il supplia les dieux, autour de lui, de lui donner un fils. Ceux-ci ordonnèrent de faire en sorte que l'on mît au monde pour lui. Cette nuit-là, tandis qu'il couchait avec son épouse, elle devint enceinte. Lorsqu'elle eut accompli le nombre de mois nécessaires pour la naissance, elle accoucha d'un garçon. Alors les sept Hathor s'en vinrent pour lui annoncer quel serait son destin ; elles dirent : " Sa mort viendra d'un crocodile, ou d'un serpent, ou encore d'un chien ". Les gens qui étaient aux côtés de l'enfant écoutèrent ces paroles et les rapportèrent à Sa Majesté - puisse-t-il être vivant, prospère et en bonne santé !

- Alors le cœur de Sa Majesté devint triste, au-delà de toute expression. Sa Majesté - puisse-t-il être vivant, prospère et en bonne santé ! - fit construire pour l'enfant une maison en pierre, dans le désert ; elle fut pourvue d'une domesticité et de toutes les belles et bonnes choses appartenant au palais royal - puisse-t-il être vivant, prospère et en bonne santé !... Mais l'enfant ne devait pas sortir de la maison.

Lorsqu'il eut grandi, il monta, un jour, sur la terrasse et aperçut un chien qui suivait un homme, marchant sur le chemin. Il dit au serviteur qui se tenait près de lui : " Qu'est-ce donc qui marche derrière cet homme qui s'avance sur le chemin ?

" Il lui répondit : " C'est un chien ". L'enfant lui dit alors :

" Fais en sorte que l'on m'amène un chien semblable ".

Le serviteur alla rapporter cela à Sa Majesté - puisse-t-il être vivant, prospère et en bonne santé ! - et Sa Majesté dit :

" Qu'on lui apporte un jeune chien, qui saute, plein de vie, afin que son cœur ne soit plus chagrin ". Et le chien fut apporté au jeune prince.

Après que des jours furent écoulés, et que le corps de l'enfant se fut développé, il dépêcha un messager à son père afin de lui dire : " Qu'arrivera-t-il, si je demeure ainsi ? Vois, je suis assigné à mon destin. Permets donc que j'aie le loisir d'agir ainsi que mon cœur le souhaite. Et Dieu fera de ce qui est de sa volonté ".

Alors, on équipa pour lui un char, muni de toutes sortes d'armes de combat ; on plaça un serviteur à sa suite, comme compagnon,et on le fit passer sur la rive est du fleuve. On lui dit : " Poursuis maintenant ton chemin à ta guise ". Son chien était avec lui. Il voyagea vers le Nord, dans le désert, suivant son désir ; il se nourrissait de tout le meilleur gibier du désert.

Un jour, il arriva auprès du prince du Naharina. Or ce prince n'avait pas eu d'enfant, à l'exception d'une fille ; pour celle-ci, on avait construit une maison, dont la fenêtre était éloignée du sol de soixante-dix coudées. Le prince du Naharina avait fait en sorte que soient amenés tous les fils de tous les chefs du pays de Syrie, et il leur avait dit : " Quiconque, parmi vous, atteindra, en sautant la fenêtre de ma fille, celui-là l'épousera ".

Après que de nombreux jours se furent écoulés, tandis que ceux-ci se livraient à leur exercice quotidien, le jeune prince vint à passer devant eux. Ils le conduisirent jusqu'à leur maison, le lavèrent, donnèrent de la nourriture à son attelage et l'oignirent, bandèrent ses pieds et donnèrent des aliments à son compagnon. Puis ils lui dirent en manière de conversation : " D'où viens-tu, bel adolescent ? " Il répondit : " Je suis le fils d'un officier du pays d'Égypte. Ma mère étant morte, mon père prit une autre femme, qui devint ma belle-mère. Celle-ci, peu à peu, me haït, et je partis pour la fuir ". Alors ils le prirent dans leurs bras et le baisèrent sur tout le corps.

Après d'autres jours nombreux, il dit aux jeunes gens : " Mais que faites-vous donc ? " Ils répondirent :

" Cela fait trois mois que chaque jour nous sommes ici, passant notre temps à sauter ; car celui qui atteindra la fenêtre de la fille du prince du Naharina, celle-ci lui sera donnée comme épouse ". Il leur dit : " Ah ! si mes pieds n'étaient pas douloureux, j'irais moi aussi pour sauter avec vous ". Ils s'en allèrent alors pour sauter, selon leur habitude de chaque jour, tandis que le jeune prince se tenait debout, éloigné et les regardant. Alors le visage de la fille du prince de Naharina se tourna vers lui.

Après quelque temps, le jeune prince s'en vint afin de sauter avec les enfants princiers. Il sauta donc et il atteignit la fenêtre de la fille du prince de Naharina. Elle le baisa et l'embrassa sur tout son corps. Alors, on alla informer son père en lui disant :

" L'un des jeunes gens a atteint la fenêtre de ta fille ". Le prince questionna ainsi : " De quel chef est-il le fils ? " On lui répondit : " C'est le fils d'un officier qui est venu du pays d'Égypte,
fuyant devant sa belle-mère ". Le prince de Naharina fut alors extrêmement furieux, et dit : " Vais-je donner ma fille à ce fuyard égyptien ? Faites en sorte qu'il s'en retourne ".
On alla dire à celui-ci : " Repas donc vers le lieu d'où tu es venu ". Mais la jeune fille le saisit alors et elle fit un serment au nom de Dieu, disant : " Aussi vrai que dure Rê-Horalkhry, si on enlève loin de moi ce jeune homme, je ne mangerai plus, je ne boirai plus et je mourrai dans l'heure ". Le messager partit pour rapporter à son père toutes les paroles qu'elle avait prononcées. Celui-ci envoya des gens pour tuer l'adolescent à l'endroit où il se tenait. Mais la jeune fille dit : " Aussi vrai que dure Rê, si on le tue, quand se couchera la lumière divine, je mourrai. Je ne passerai pas une heure, pas une heure de plus que lui ". On alla de nouveau rapporter ces propos à son père. Alors celui-ci fit en sorte que l'on amenât l'adolescent en sa présence en même temps que sa fille…

La dignité du jeune homme fut sensible au prince ; celui-ci le prit dans ses bras, le baisa sur tout son corps et lui dit : " Parle-moi de ta condition, car, vois tu es désormais pour moi comme un fils ". L'adolescent lui répondit :

" Je suis le fils d'un officier du pays d'Égypte. Ma mère étant morte, mon père prit une autre femme, qui devint ma belle-mère. Celle-ci peu à peu me haït et je partis pour la fuir ". Alors le prince lui donna sa fille ; il lui donna une maison et des terres cultivables, en même temps que des troupeaux et toutes sortes de belles et bonnes choses.

Quelque temps après cela, le jeune homme dit à son épouse :

" Je suis promis à trois destins : le crocodile, le serpent, le chien ". Elle lui dit aussitôt : " Fais donc tuer le chien qui te suit ".

Mais il répondit : " Ce serait une folie. Je ne permettrai pas que l'on tue mon chien, que j'ai élevé depuis qu'il était petit ". 

Alors, elle devint vigilante pour son époux, extrêmement. Elle ne lui permettait pas de sortir seule et de s'éloigner.

Or, le jour où l'adolescent s'en était venu du pays d'Égypte, dans son errance, le crocodile que lui avait assigné le destin … l'avait suivi ; il se trouva juste avant lui, dans la ville où résidait le jeune homme … et se tint dans l'Eau. Or il y avait dans cette Eau un Esprit divin et puissant ; il ne permettait pas au crocodile d'aller au-dehors, et le crocodile ne permettait pas que l'Esprit divin et puissant sorte pour se promener. Quand à l'aube brillait la lumière divine, les deux adversaires se dressaient pour combattre, et cela chaque jour, depuis une durée de trois mois.

Quelque temps encore après cela, un jour, le jeune homme s'assit pour passer, dans sa maison, une heureuse journée. Après que fut venue la douce brise de la nuit, il s'allongea sur son lit et le sommeil s'empara de son corps. Son épouse emplit un bol avec du vin, un autre avec de la bière. Un serpent sortit alors de son trou dans l'intention de mordre le jeune homme ; son épouse était assise à son côté, mais elle ne dormait point.

Les bols attirèrent le serpent, qui but et devint ivre ; puis il s'allongea, ventre en l'air. Alors l'épouse le fit mettre en pièces au moyen de sa hache. On réveilla son mari… Elle lui dit :

" Vois, ton dieu a placé un de tes destins dans ta main ; il veillera encore sur toi… " Il fit désormais des offrandes à Rê, l'adorant et exaltant sa gloire, pendant le cours de chaque jour.

De nombreux jours encore après cela, le jeune homme sortit pour se promener, se divertissant dans son domaine. Son épouse ne sortit pas avec lui, mais son chien l'accompagnait. Celui-ci, alors, se mit à parler et dit : " Je suis ton destin ". Alors l'homme courut devant lui, il atteignit l'eau et s'y jeta… Le crocodile le saisit et l'emporta jusqu'à l'endroit où se tenait habituellement l'Esprit divin et puissant ;
mais celui-ci n'était pas là. Le crocodile dit alors au jeune homme : " Je suis ton destin, qui t'ai suivi jusqu'ici. Durant les trois mois écoulés jusqu'à ce jour, j'ai combattu avec l'Esprit divin et puissant.

Or, vois, je suis prêt à te libérer. Mais si cet Esprit vient pour combattre, tu me prêteras assistance et tu le tueras… ". Lorsque la terre s'éclaira, un second jour étant venu, l'Esprit divin et puissant s'en revint… (Là s'arrête le manuscrit.)

Source : Textes sacrés et textes profanes de l'Ancienne Égypte II ,Mythes, contes et poésie de Claire Lalouette, 



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Rédigé par orange8454

Publié dans #chien, #homme, #jeune, #jour, #prince

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Publié le 13 Septembre 2012

Il était une fois un homme pauvre qui pour survenir vendait du bois et de la paille. Il parvenait ainsi à obtenir un peu de pain et de fromage pour lui et sa fille unique. Un jour, alors qu'il passait sur le port, il vit le roi qui, debout sur son bateau, tenait à la main une manne remplie de pièces d'or. Il proposait des énigmes à son peuple et promettait à celui qui pourrait les résoudre l'ensemble de ce trésor. Hélas ! les questions étaient telles que personne n'y parvint. Le pauvre homme essaya, réfléchit, tourna mille fois les questions dans sa tête mais ne trouva rien. Il rentra chez lui, tout en rêvant à la manne pleine d'or. A peine entré, sa fille remarqua qu'il se passait quelque chose. Elle lui demanda :

"Père, mon bon père, mais qu'as-tu donc? Ton regard est perdu dans des songes et tu rentres plus tard qu'à l'ordinaire. Que t'est-il arrivé?"

"Ah! ma fille, répondit l'homme, je reviens du port où le roi propose des énigmes au peuple et promet à qui pourra les résoudre une manne pleine d'or. Si je pouvais résoudre ces trois énigmes, nous serions riches."

"Dis-moi ces énigmes, mon bon père. Peut-être pourrai-je les résoudre et ramener un peu de lumière dans cette maison."

"Volontiers. Voici la première : Qui embrasse le monde entier et ne rencontre personne qui lui ressemble?"

"Mais c'est le soleil, dit la jeune fille. Il embrasse le monde entier et ne rencontre personne qui lui ressemble. Quelle est la deuxième?"

"Qui est celle qui nourrit ses petits enfants et dévore les grands?"

"Mais c'est la mer. Elle dévore les grands fleuves. Et quelle est la dernière?"

"Quel est l'arbre à demi noir et à demi blanc?"

"Mais c'est l'année, mon bon père, avec ses nuits et ses jours. Va, retourne sur le port et donne ces trois réponses au roi."

L'homme courut au port, il s'agitait, levait les bras et, une fois arrivé, cria:
"Je connais les réponses, noble sire!"

Le roi incrédule écouta le pauvre homme. Lorsqu'il entendit les réponses, il regarda l'homme et dit:

"Cela ne se peut. Ton cerveau vieux et fatigué ne pouvait trouver les solutions. Qui t'a donné les réponses?"

Le vieillard se laissa tomber à genoux sur le sol et dit:

"C'est ma fille, noble sire. Elle a résolu les énigmes."

"C'est bien, dit le roi. J'aimerais voir, à présent, si ta fille est vraiment aussi spirituelle. Amène-la moi afin qu'elle tue cette pierre devant tout le peuple. Je veux qu'elle la tue de manière à ce que le sang en coule."

Sur le port, les gens s'esclaffaient. Ils attendaient la fille du pauvre homme. Leur attente ne fut pas très longue. Déjà la fille s'avançait vers le roi, son couteau à la main.

"Voici mon couteau, noble sire, je vais tuer ta pierre mais avant cela, il faut que tu lui donnes une âme, car seul ce qui est vivant saigne. Si après cela, je ne la tue pas, fais-moi couper la tête."

Le roi rit à cette réponse et dit:

"Je crois que tu es la plus intelligente de mon royaume."

Et comme en plus d'être intelligente, la fille du pauvre homme était aussi très belle, le roi ajoute :

"J'aimerais faire de toi ma reine. D'ici trois jours, tu devras être dans mon château. J'y mets cependant trois conditions : Tu dois chevaucher et ne pas chevaucher, m'apporter un cadeau et ne pas l'apporter. Nous tous, petits et grands, nous sortirons pour t'accueillir, et il te faudra amener les gens à te recevoir et pourtant à ne pas te recevoir."

La jeune fille revint chez elle et demanda à son père de l'aider à attraper quatre lièvres et deux pigeons vivants. Au troisième jour, elle mit les lièvres dans un sac, les donna à porter à son père et dit:

"Quand je te dirai de les laisser partir, fais-le!" De son côté, elle les deux pigeons, s'assit à califourchon sur une chèvre et s'en alla vers le château du roi.

Entendant qu'elle approchait, le roi et toute sa maison sortirent de la ville à sa rencontre.
Lorsque la jeune fille ne fut plus très loin et qu'elle aperçut les ministres, les hauts dignitaires et les courtisans, le peuple rassemblé, elle dit à son père de laisser s'en aller les lièvres. Aussitôt, tous se mirent à les poursuivre, afin de les rapporter. La jeune fille, assise à califourchon sur la chèvre, tantôt marchait sur ses pieds, la chèvre entre les jambes, tantôt, levait les pieds et chevauchait sur le dos de la chèvre. Elle s'avança vers le roi en tirant les deux pigeons de sa poche et les lui tendit. Au moment où il voulut s'en saisir, la fille ouvrit la main et les pigeons s'envolèrent.

"Me voici, noble sire. Les gens m'ont reçu et pas reçu. Je t'ai apporté un cadeau et pas apporté. J'ai chevauché et pas chevauché."

Le roi la souleva de la selle et dit:

"Tu seras ma reine, car une femme intelligente m'est plus précieuse qu'une femme riche et de haute naissance. Je dois encore te faire promettre une chose: je voudrais qu'à aucun moment tu ne te mêles pas des affaires d'Etat, car je tiens à gouverner seul."

La jeune fille lui promit et il vécurent un grand bonheur.
Il arriva qu'un jour, alors que de pauvres paysans gardaient des chevaux dans la prairie, le roi vint à passer. Les paysans s'étaient endormis et un cheval s'élança sur le roi en tuant son cheval, une belle jument grise. Il entra dans une immense colère et ordonna qu'on jette les paysans en prison, en attendant de leur faire couper la tête.
Un grand désespoir saisit les femmes des paysans qui ne voyaient d'autre solution que de s'adresser à la femme du roi qu'on disait bonne et sage. Elles arrivèrent près de la reine, tombèrent à genoux et la prièrent, au nom de Dieu et de leurs enfants, de les aider.
"Que puis-je faire pour vous être utile ? Le roi m'a défendu de me mêler des affaires de l'Etat. Je ne peux que vous donner un conseil. Ce soir, placez-vous avec vos enfants sur la plage. Tenez-vous sous la fenêtre tournée du côté de la mer et pleurez, gémissez toute la nuit. Il ne recevra pas son soporifique et vous pourrez lui dire :

"Le monstre marin est venu pour nous dévorer. Sauve-nous, ô noble sire. Nous prierons pour qu'une longue vie te soit accordée!"

Il vous répondra:

"Malheureuses, bien que je sois le roi, il n'est pas en mon pouvoir d'empêcher le monstre marin de tuer."

Vous lui direz alors:

"Ô noble sire, tu ne peux nous sauver du monstre marin, bien que tu sois le roi. Et tu veux faire tuer nos maris qui n'ont pas pu empêcher un cheval d'en tuer un autre."

Et le roi vous dira:

"Prenez cette clef, allez à la prison et délivrez les."

Les femmes firent comme la reine le leur avait dit, et tout se passa exactement comme elle l'avait prédit. Le lendemain matin, en se réveillant, le roi dit à sa femme:

"Tu peux me donner mon soporifique, afin que je rattrape le sommeil perdu. Lorsque je me réveillerai, je ne veux plus te voir au château. Tu a le droit d'emporter en partant ce qui t'est le plus cher et le plus précieux dans cette maison."

"Bien volontiers, mon roi!"

Elle lui présenta son verre d'eau. Il le but et s'endormit. La reine enveloppa soigneusement le roi dans une couverture, en fit un paquet et dit à son serviteur:

"Emporte ce paquet dans la maison de mon père. Prends garde, il est rempli de porcelaine. Il faut le déposer doucement afin de ne rien casser."

Elle s'en alla vers la maison de son père, et y arriva peu avant le réveil du roi. Lorsque celui-ci se réveilla dans un lit inconnu, dans une maison étrangère, il dit:
"Où suis-je? Qui m'a apporté ici?"

La reine lui répondit:

"C'est moi, noble sire. Tu m'as permis d'emporter du château ce qui m'y était le plus cher et le plus précieux. Il n'y a pour moi rien de plus précieux que toi, mon roi."

"Rentrons au château, ma mie, s'écria le roi en se levant. Il n'existe nulle part sur terre une femme plus spirituelle que toi, et je t'appartiens comme tu m'appartiens."

Il l'emmena et rejoignit le château en sa compagnie. Ils y vécurent très heureux et qui sait s'ils ne vivent encore ?


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Rédigé par orange8454

Publié dans #fille, #homme, #noble, #pere, #roi

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Publié le 13 Septembre 2012

Autrefois, les hommes vivaient sans Feu. Le Feu était contrôlé par le Dieu de la Foudre, génie à tête humaine et au corps de Dragon. Ce Dieu aimait voyager de par le monde au printemps et en été. Lorsque sa queue heurtait quelque bois sec, il en sortait des étincelles et cela allumait de grands incendies qui éclairaient le ciel. Le Feu dévorait les forêts et brûlait les animaux sauvages qui n'avaient pas eu le temps de fuir.

Ce Feu était très utile. On pouvait s'en servir pour griller la viande crue, s'éclairer la nuit, se réchauffer les jours de froid. Mais, lorsqu'il n'était pas envoyé par le Dieu de la Foudre, où pouvait-on le trouver?

Le Feu existait, il se trouvait dans les lointaines contrées désertiques de l'ouest, là où les rayons du Soleil et de la Lune n'arrivaient même pas, là où il n'y avait pas d'hiver mais un éternel printemps sans nuit et avec une constante lumière. En effet, à cet endroit se trouvait là un grand arbre, si grand que cent personnes se tenant par la main ne seraient pas arrivées à en faire le tour. Son feuillage touffu couvrait des milliers et des milliers de kilomètres. Son tronc et ses branches donnaient la lumière et répandaient la chaleur : On l'appelait l'"Arbre de Feu".

Personne ne l'avait jamais vu, car il se trouvait à mille lieues de toute habitation. Il fallait pour s'y rendre escalader mille montagnes, traverser mille rivières, marcher des jours et des jours et surmonter en route toutes sortes de difficultés et de dangers inattendus.

Plusieurs personnes déjà étaient parties à sa recherche, mais aucune n'avait réussi. Les uns s'étaient tués dans l'ascension des montagnes, les autres s'étaient noyés dans la traversée des rivières; certains avaient été dévorés par des animaux sauvages, d'autres étaient morts de chaleur ou de froid, d'autres encore avaient reculé devant les dangers et les difficultés et avaient rebroussé chemin. Bref, si tout le monde désirait la lumière et la chaleur, personne jusque là n'avait été capable d'en découvrir le secret.

A cette époque vivait dans une tribu un jeune homme intelligent, courageux et fort. Il avait l'esprit vif et était adroit de ses mains. C'était un excellent tireur à l'arc, un bon grimpeur et un nageur hors pair. Ayant entendu parler lui aussi de l'"Arbre de Feu", et désirant apporter lumière et chaleur à son peuple, il projeta de se rendre dans les contrées occidentales. L'échec de ses prédécesseurs ne le découragea pas.

Un jour, il dit adieu à son village et partit vers l'ouest armé de son arc et de ses flèches.Il subit en route toutes sortes de souffrances, de privations et il risqua maintes fois sa vie. De hautes montagnes et de larges fleuves lui barraient la route, mais il s'aida de lianes pour escalader les sommets les plus élevés et construisit des radeaux pour traverser les rivières les plus profondes. Des tigres féroces et des serpents venimeux sortirent parfois de leur repaire pour se jeter sur lui, mais il les terrassa à chaque fois. Le Soleil lui brûlait la peau, le froid lui gelait les mains et les pieds, mais il n'en continua pas moins à marcher des jours et des jours durant. Malgré la fatigue, il ne perdit jamais courage. Rien ne semblait pouvoir l'empêcher d'avancer.

Il marcha ainsi jour et nuit pendant des années parcourant on ne sait combien de milliers de kilomètres. Il ne se souvenait plus depuis combien de lunes il était parti. Devant lui, tout n'était qu'obscurité. Mais résolu à découvrir le secret du Feu et d'en faire don à l'Humanité, il continuait à avancer courageusement.

Un jour, alors qu'il avait avancé toute la journée et que maintenant il marchait péniblement dans la nuit, il aperçut soudain un rai de lumière dans le lointain. Plus il avançait, plus la lumière grandissait. Il comprit alors qu'il était arrivé au pays de l'Arbre de Feu et courut joyeusement vers la lumière.

L'Arbre de Feu occupait à lui seul une superficie de plusieurs milliers de kilomètres carrés. Ses feuilles brillaient comme perles et pierres précieuses éclairant les quatre coins de l'horizon.

L'homme avait enfin atteint l'Arbre de Feu!

En s'approchant de l'Arbre, il vit une nuée d'oiseaux becqueter le tronc et les branches sans arrêt. Chaque coup de bec produisait une étincelle. Le jeune homme comprit alors immédiatement le procédé de fabrication du feu. Il grimpa sur l'arbre, coupa des branches et les frotta l'une contre l'autre. Des étincelles jaillirent. Puis il tenta l'expérience avec d'autres arbres et, après de longs efforts, obtint le même résultat.

Tout heureux, il rejoignit sans tarder son pays natal. Là, il apprit aux hommes le secret du feu. Quelques temps après, chacun avait bien assimilé la méthode de fabrication du feu. Depuis lors, quand on a besoin de feu, il suffit de l'allumer soi-même, sans attendre les caprices du Dieu de la Foudre.

Grâce au Feu, on put désormais cuire les aliments, se réchauffer les jours de grand froid, s'éclairer la nuit, se protéger des bêtes sauvages et fondre des armes et des outils.

La fabrication du Feu par frottement est certes une méthode très primitive. mais l'homme ne la trouva qu'après bien des difficultés et elle eut une influence décisive sur son évolution.

L'histoire a retenu l'inventeur du Feu sous le nom de Suiren Shi.

 


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Rédigé par orange8454

Publié dans #arbre, #feu, #homme, #jours, #lumiere

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