femme

Publié le 13 Septembre 2012

11 - La chèvre de la fin du monde

Un jour, des enfants vinrent voir Nasreddin Hodja en lui disant que la fin du monde était pour le soir même, et ils lui proposèrent de tuer sa chèvre et de la manger pour en profiter avant qu'il soit trop tard. Nasreddin acquiesça, et leur proposa même d'aller se baigner pendant que lui préparerait la bête. Les enfants acceptèrent avec joie, mais quand ils ressortirent du lac, ils découvrirent que Nasreddin avait allumé le feu avec leurs vêtements !

- Pourquoi faites-vous ces têtes ? demanda Nasreddin. Si c'est vraiment la fin du monde, vous n'avez plus besoin de vos habits, pas vrai ?



12 - Nasreddin et la souris savante

Un matin, Khadija, la femme de Nasreddin Hodja, vint dire à son mari :

- le couscous qui nous reste suffit à peine pour 3 jours. Il faut que tu penses à chercher du travail.

- Ah non ! lui répondit-il. Par contre, prépare un bon repas avec tout ce couscous et attrape 2 souris qui se ressemblent.

Intriguée, la femme se hâta de capturer deux petites souris qui se ressemblaient comme deux gouttes d'eau et les donna à son mari. Celui ci planta un clou dans le mur et y attacha l'une des deux souris avec une ficelle; puis il mit la deuxième dans une cage et dit à sa femme :

- n'oublie pas de préparer le couscous, je reviens à midi avec mes amis.

Et il s'en alla avec la cage. Lorsqu’il arrive au café tout le monde se moqua de lui :
-tu es devenu fou pour promener uns souris. Un perroquet ou un rossignol, nous aurions compris, mais une souris !
- Bande d'ignorants, leur répondit il. Ce n'est point une souris ordinaire, mais une
souris savante !
- comment cela ?
-c'est très simple et vous pourrez le vérifier vous même. Désirez vous déjeuner
tous chez moi à midi ?
-bien sur, si tu nous y invites.

Nasreddin, s'adressa alors à la souris :
- toi la souris, ouvre bien tes oreilles : va à la maison et dis à ma femme de préparer un bon couscous, je viendrai le déguster avec mes amis à midi.

Il ouvrit la porte de la cage et la souris, toute contente, s'en fut en courant se réfugier dans le jardin voisin.

A midi, les hommes incrédules accompagnèrent le Hodja chez lui et trouvèrent le repas qui les attendait. Dans un coin, ils virent la souris attachée. Ils pensèrent immédiatement que c'était celle qui avait quitté la cage deux heures auparavant.

L'un des hommes, qui s'appelait Mustapha, prit la parole :
- j'achète cette souris pour cent dinars
- seulement cent dinars pour une souris savante ? lui répondit Nasreddin.
Tu n'es pas sérieux, mon ami.

Mustapha ajouta cent puis cent et encore cent.et Nasreddin finit par accepter de vendre sa souris pour cinq cent dinars.

Le nouveau propriétaire était fier de son acquisition. Le lendemain il arriva au café avec sa souris dans la cage

- aujourd'hui mes amis, nous mangerons chez moi.

Puis il s'adressa à la souris :
- toi la souris, ouvre bien tes oreilles, va à la maison dire à ma femme de préparer à manger, j'invite mes amis pour midi.

L’homme ouvrit la cage, et la souris s'en fut rejoindre sa cousine dans le jardin voisin.

A midi, Mustapha invita ses amis à l'accompagner. Nasreddin prétexta un mal au ventre soudain.

- Non lui dit l'homme, hier nous avons mangé chez toi. Tu es obligé de m'honorer à mon tour.

Nasreddin finit par céder et les hommes arrivèrent chez Mustapha, l'estomac en éveil.

Mais la femme n'avait rien préparé. Elle n'avait pas bu la souris savante.

Elle se moqua de son mari :
- comment peux tu croire une histoire pareille ? C’est évident : Nasreddin t'a trompé pour te voler.

Mustapha devint furieux. Il se tourna vers Nasreddin :

- rends moi mon argent tout de suite sinon je fais un malheur.

Nasreddin, fit mine de s'énerver à son tour :
- comment ? Tu as perdu une souris que j'avais éduquée pendant deux ans et tu veux en plus que je te rende ton argent ! Dis moi d'abord, as tu pensé à lui donner ton adresse avant de lui ouvrir la cage ?
- Non, dit Mustapha, remonté.
- alors comment veux tu qu'elle trouve la maison si elle ne connait pas l'adresse ?

Et Nasreddin garda l'argent pour lui.

 

13 - Le Lion, Le Loup et Le Renard

 

Un lion, un loup et un renard furent amis un certain temps. Pris de faim, ils s’en allèrent chasser. A la fin de la chasse, ils avaient tué un bœuf, un mouton et un lapin. Réunissant leurs proies, le lion dit en s’adressant au loup :

-Fais-donc le partage pour que nous ayons nos parts.

Le loup :
-Le bœuf vous appartient. Le mouton est à moi et le lapin au renard.
Le lion se mit en colère et, le griffant de sa patte, il l’envoya dans le précipice. Et se retournant vers le renard il dit :
-Fais-donc toi maintenant le partage
Le renard rusé ne tarda pas à répondre :
-Le bœuf est votre repas du soir, le mouton celui de midi, et le lapin votre petit déjeuner.
Le lion rit et demanda au renard où il avait pris cette idée.

Le renard :
De notre ami qui est tombé dans le précipice…

 


14 - Le
Sel Précieux

 

Il était une fois un padischah et ses trois filles. Un jour, le padischah réunit ses filles près de lui et leur demanda combien elles l’aimaient ? L’aînée lui dit « autant que la grandeur du monde », la moyenne : « autant que mes bras », et la cadette « autant que le sel. »

Le padischah se mit en colère suite à la réponse de sa fille cadette et lui dit : « Est-ce qu’un homme peut être aimé comme du sel ». Le padischah livra sa fille au bourreau. Celui-ci emmena la fille dans la montagne. La fille supplia le bourreau en lui disant que lui aussi était père.

Le bourreau ne put résister aux supplications de la jeune fille. Il tua à la place une bête et tachant la blouse de la jeune fille avec le sang de la bête, il l’apporta au Padischah.

La jeune fille se mit en route. Elle arriva dans un village. Elle devint l’esclave de l’un des hommes riches du village et devint une jolie fille en grandissant. Sa beauté se transmit de bouche en bouche et le destin fit qu’elle se maria avec le fils d’un autre Padischah.

Elle expliqua un jour à son mari ce qui lui était arrivé et proposa d’inviter son père à manger. Son mari accepta. Les préparatifs furent faits et son père fut invité.

Le padischah arriva avec ses dignitaires et tous se mirent à table. Les mets se succédaient. La jeune femme avait prié le cuisinier de préparer les mets sans sel. Le padischah, qui essayait de goûter tous les plats, retirait à chaque fois tout de suite sa cuillère de la bouche. Il ne put manger aucun mets.

A ce moment, la jeune femme se leva soudainement de table et dit : « Mon Padischah, d’après ce que j’ai entendu, tu aurais fait tuer ta fille parce qu’elle ne t’aimait comme elle aimait le sel. Ne donnant même pas l’occasion au Padischah de s’expliquer, elle ajouta: « Cette petite fille, c’est moi. J’ai fait cuire tous les plats sans sel, pour que tu puisses comprendre ma valeur. »

Ayant honte de ce qu’il avait fait, le Padischah pris sa fille dans ses bras et comprit combien le sel était précieux. Des jours nouveaux commencèrent.

Tout est bien qui finit bien.

15 - Ecrire et Marcher

- Nasreddin, j'ai une lettre importante à envoyer à Istanbul.
- Tu sais bien que je n'ai pas été à l'école : veux-tu me l'écrire ?
- Excuse-moi, répond Nasreddin, j'ai mal aux pieds.
- Tu te sers de tes pieds pour écrire ?
- Non, avec les pieds, je marche, mais j'écris tellement mal qu'il faut que j'aille moi-même auprès du destinataire pour lui lire ma lettre.


16 - Grave question !

Les anciens du village essayèrent, un jour, de résoudre une question sérieuse : si le fleuve prenait feu, où donc les poissons pourraient-ils s'enfuir ?

Après de longues délibérations, n'ayant pas trouvé de solution, ils allèrent consulter Nasreddin. Celui-ci, après les avoir écoutés, s'écria :

- Pourquoi vous inquiétez-vous ? Si vraiment le fleuve prenait feu, les poissons pourraient grimper dans les arbres.


17 - Trop de monde !

Nasreddin Hodja s'était remarié avec une veuve. Dès le premier jour, celle-ci avait commencé à lui vanter les mérites de son premier mari et, jour et nuit, elle n'arrêtait pas de parler de lui. Alors, Nasreddin, agacé, se mit à vanter les mérites de sa première femme.

Une nuit, alors que sa femme parlait une fois de plus de son premier mari, Nasreddin la poussa hors du lit.

Fâchée, celle-ci lui dit :

- Pourquoi tu m'as fait tomber du lit ?

-Toi et ton mari, moi et ma femme, ça fait trop de monde dans un lit si petit !


18 - Au jardin potager

Un jour d'été, Nasreddin était étendu sous un gros noyer. Il regardait, à côté de son jardin, un champ de pastèques. Il pensa :

- Comme c'est curieux, ces énormes pastèques poussent dans l'herbe alors que mon gros noyer produit des fruits minuscules.

A ce moment-là, une noix se détacha de l'arbre et lui tomba sur la tête. Il leva les yeux au ciel et en se frottant le crâne, il dit :

- Pardonne-moi, Dieu, je ne me mêlerai plus de tes affaires. Heureusement que les pastèques ne poussent pas sur cet arbre !


19 - Sur l'âne

Un jour, des gens du village virent Nasreddin, assis sur son âne et qui portait lui-même sur son dos un gros sac très lourd.

- Pourquoi portes-tu le sac sur ton dos ? Pose-le donc sur l'âne, à côté de toi !

- Eh, que voulez-vous, mon pauvre âne est déjà obligé de supporter tout mon poids, je ne veux pas lui ajouter encore le poids de ce sac.


20 - Plaire à tout le monde

Un jour, Nasreddin Hodja marchait tranquillement avec, à côté de lui, son fils monté sur l'âne. Deux hommes passèrent à ce moment.

- Non mais regardez ça, dit l'un d'eux, voyez comment on éduque les enfants de nos jours : le jeune profite de l'âne alors que le vieil homme s'épuise à marcher !

Ayant entendu cela, Nasreddin et son fils échangèrent leurs places. Quelques minutes plus tard, ils croisèrent à nouveau deux passants.

- Quelle honte, dit l'un d'eux, ce père indigne est tranquillement sur son âne alors que son pauvre fils est obligé de marcher à grands pas pour rester à sa hauteur !

Nasreddin et son fils décidèrent alors de s'installer tous les deux sur l'âne. Un groupe de trois femmes ne tarda pas à croiser leur route.

- C'est terrible, dit l'une d'elles, cette bête va bientôt mourir sous le poids de ces deux fous !

Cette fois, Nasreddin et son fils se mirent à marcher tous les deux à côté de l'âne.

- Idiots ! s'exclama un autre passant. Pourquoi marchez-vous sous cette chaleur alors que vous avez votre âne pour vous porter ?

Ne sachant plus que faire, le père et le fils rentrèrent chez eux.

- Tu vois, dit Nasreddin à son fils, n'hésite pas à agir comme tu l'entends, puisque de toute façon tu ne réussiras jamais à plaire à tout le monde !



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Rédigé par orange8454

Publié dans #femme, #fille, #jour, #nasreddin, #souris

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Publié le 13 Septembre 2012

76 - Le burnous de Djeha-Hodja Nasreddin
Un matin, ses voisins interrogèrent Djeha-Hodja Nasreddin, lui demandant quel était ce tapage qui, la nuit dernière, venait de sa maison :
- Cela ressemblait à quelque chose qui dégringolait un escalier. Que s'est–il donc passé ?
- Ce n'est rien, dit Djeha-Hodja Nasreddin, juste mon burnous que ma femme avait jeté au bas de l'escalier.
- Mais un vêtement ne fait pas tant de bruit ! Rétorquèrent les voisins.
- C'est que moi, j'étais dedans, répondit Djeha-Hodja Nasreddin.

 

77 - Djeha-Hodja Nasreddin et le mendiant
Confortablement installé sur la terrasse de sa maison, Djeha-Hodja Nasreddin se prélassait, en goûtant la douceur d'un après-midi printanier, quand quelqu'un l'appela de la rue :
- Djeha-Hodja Nasreddin ! Djeha-Hodja Nasreddin ! Descends voir ! J'ai une question à te poser !
Il appela plusieurs fois et Djeha-Hodja Nasreddin finit par descendre, quoique à contrecSur. Il trouva un homme qui tendait la main.
- Djeha-Hodja Nasreddin, donne-moi une pièce, s'il te plaît. Dieu te la rendra au centuple.
- C'était donc cela ta question ! C'est pour ça que tu as troublé ma tranquillité ! Viens avec moi
!
Le mendiant grimpe péniblement avec Djeha-Hodja Nasreddin jusqu'à la terrasse.
- Maintenant, lui dit Djeha-Hodja Nasreddin, voici ma réponse : c'est non.


78 - La véritable tornade
Djeha-Hodja Nasreddin et son ami sont allés à la chasse au loup. Espérant ramener un louveteau, son ami entra dans une tanière. Soudain, la louve apparut, et avant qu'elle ait pu y pénétrer, Djeha-Hodja Nasreddin la saisit par la queue. La louve s'est débattue, pour se libérer. Pendant ce temps, son ami qui n'avait aucune idée de ce qui se passait à l'extérieur de la tanière, dit :
- Hé, Djeha-Hodja Nasreddin ! Qu'es-tu en train de faire ? Tu envoies plein de poussière, on dirait une tornade.
- Tu ferais mieux de prier, lui répondit Djeha-Hodja Nasreddin, pour que la queue tienne bon. Si elle devait céder, tu verrais alors ce qu'est une véritable tornade.

 

79 - Le chat et le gigot
Djeha-Hodja Nasreddin va au marché et achète un gigot de trois livres. Il rentre chez lui et donne la viande à sa femme, en lui demandant :
- Voici la viande pour le déjeuner. Fais-la cuire à point, comme je l'aime !
Puis il sort.Sa femme fait cuire le gigot. Comme on frappe à la porte, elle ouvre : c'est son frère qui revient de voyage. Il a faim. Tous deux se mettent à table et finissent par manger tout le gigot.Djeha-Hodja Nasreddin rentre et dit :
- Ça sent bon ! Où est la viande que j'ai achetée ?
- Le chat a tout mangé pendant que j'étais occupée à faire le ménage, répond sa femme.
Djeha-Hodja Nasreddin court après le chat. Il l'attrape et le met sur le plateau de la balance : il constate alors qu'il pèse trois livres.
- Scélérate, crie-t-il à sa femme. Si les trois livres sont de la viande, où est le chat ? Et si c'est le poids du chat, où est la viande ?

 

80 - Le combat est fini, mais l'édredon est parti
Djeha-Hodja Nasreddin et sa femme ont été réveillés par des bruits venant de la rue. Regardant par la fenêtre, Djeha-Hodja Nasreddin vit deux hommes en train de se battre. Il a pris son édredon, l'a enveloppé autour de lui et a commencé à marcher vers la porte. Sa femme lui a dit de ne pas s'en mêler, mais il l'a ignorée.
- Voyons ce qui se passe, se dit-il et il est sorti.
Avant qu'il ait eu le temps de réaliser ce qui lui arrivait, un des hommes a tiré l'édredon de son dos et s'est enfui avec, disparaissant dans l'obscurité comme l'autre homme. Djeha-Hodja Nasreddin a essayé de les poursuivre  quelques instants et, sans édredon pour le protéger du froid, a vite abandonné, préférant l'intérieur douillet de sa maison. Sa femme lui a alors demandé :
- Comment s'est terminé le combat ?
- Je ne sais pas comment il s'est terminé, mais tout ce que je sais, c'est que le combat est fini et l'édredon est parti, a répondu Djeha-Hodja Nasreddin.

 



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Rédigé par orange8454

Publié dans #djeha, #edredon, #femme, #hodja, #nasreddin

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Publié le 13 Septembre 2012

Il était une fois, une femme qui possédait une chatte noire qu’elle appelait Souda.Chaque matin, cette femme trouvait une pièce d’or sous son oreiller et la dépensait sans chercher à en connaître la provenance.

Un jour, cependant, elle tourna la pièce entre ses doigts, réfléchit et se posa toutes les questions auxquelles elle n’avait jamais songé jusqu’alors.

Quand tomba la nuit, elle évita de se laisser aller au sommeil, et observa ce qui se passait dans sa chambre.

Au pied du lit, la chatte Souda qui faisait mine de dormir, se leva lentement, s’étira, puis bondit et disparut par la fenêtre entrouverte.

Aussitôt, la femme rejeta sa couverture et se précipita sur ses traces.

Arrivée au bord d’un buisson, elle vit la chatte noire se secouer et devenir une jeune fille d’une grande beauté.

Cette jeune fille alla ensuite s’asseoir un peu plus loin et tira de sa ceinture un miroir et du fard qu’elle appliqua sur ses yeux, ses joues et ses lèvres. Elle orna son front et ses épaules de bijoux et de voiles transparents aux vives couleurs, et bientôt son aspect fut celui d’une "chikha".

Après avoir fini de se parer, elle marcha jusqu’aux murs d’enceinte et franchit la porte de la ville, suivie de loin par sa maîtresse.

Elle continua ainsi jusqu’à un lieu désertique où l’attendaient d’autres "chikhates" vêtues de costumes éclatants. Ces filles de la nuit s’empressèrent autour d’elle et lui demandèrent la raison de son retard.

"Ma maîtresse ne pouvait pas trouver le sommeil !" expliqua-t-elle.

Souda ayant fini ses explications, accompagna les "chikhates". Elles s’en allèrent chanter et danser au son des tam-tams, devant un publique d’hommes drapés dans leurs burnous.

Au matin, elles se partagèrent ce qui leur avait été remis par les hommes et chacune rentra chez elle avec sa pièce d’or.

Sa curiosité satisfaite, la femme précéda Souda en courant le long du chemin.

Elle eut même le temps de se précipiter dans son lit et de rabattre la couverture avant que la chatte noire n’entre dans sa chambre en sautant par la fenêtre.

Mais tandis que la chatte Souda s’approchait doucement de l’oreiller, sa maîtresse s’empressa de lui dire : "Je sais maintenant que tu es une jennia et je connais la façon dont tu gagnes la pièce d’or que tu glisses chaque matin sous mon oreiller !"

Quelle imprudence fut la sienne ! Car, ce dont cette femme ne pouvait se douter, c’est qu’une fois reconnue, la jennia devenue chatte le resterait toute sa vie, et ne pourrait plus jamais lui procurer de pièce d’or !

Moralité : Trop de curiosité devient un défaut



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Rédigé par orange8454

Publié dans #chatte, #femme, #noire, #piece, #souda

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Publié le 13 Septembre 2012

Un certain jour, dans un village, une femme noire sortit pour ramasser du bois, elle avait finit de rassembler son fagot, lorsqu'elle aperçut, courant dans sa direction, trois tahenchit féroces et affamées. Lâchant son bois, invoquant Dieu, la femme grimpa dans l'arbre le plus proche.

Egratignée par les épines du tawat sauveur, elle regarda les trois fauves qui, gueule écumante, faisaient le siège de l'arbre.

La journée passa, vint la nuit. Les fauves semblaient dormir, la femme en avait bien envie aussi, mais chaque fois qu'elle s'assoupissait, elle frôlait de peu la chute. Ce qui devait arriver arriva.

Elle succomba de sommeil et tomba. En s'effondrant, elle poussa un hurlement, puis un autre strident encore lorsqu'elle toucha le sol au milieu des tahenchit " rendez chacun votre morceau" cria-t-elle, en cachant sa tête dans ses bras.

Mais les tahenchit, effrayées par les cris et les bruits de chute, s'étaient enfuies vers le désert. La femme en fit autant vers le village.



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Rédigé par orange8454

Publié dans #bois, #femme, #noire, #tahenchit, #trois

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Publié le 13 Septembre 2012

C'est une longue aventure qui attend une jeune fille. Elle traverse de nombreuses épreuves, y compris quand elle est devenue femme. Nous vous laissons découvrir cette histoire pleine de rebondissements étranges, où l'on trouvera des bêtes fauves cruelles, un frère qui se laisse malheureusement influencer par sa femme, un fils exemplaire... et une mise en abîme du conte lui-même qui devient magique....

Il était une fois un homme qui aimait passionnément la chasse. Dès le point du jour il s'en allait dans la forêt à la poursuite du gibier et ne rentrait qu'à la tombée de la nuit. Il prit un jour un perdreau vivant, qu'il ramena à la maison et confia à sa femme en lui disant :

Prends bien soin de cet oiseau et surtout veille à ce qu'il ne s'envole pas. Au printemps, je m'en servirai d'appât pour attirer les perdrix.

L'homme et la femme n'avaient qu'une fille. Comme elle s'ennuyait d'être toujours seule à la maison, elle demanda à sa mère de lui donner le perdreau pour jouer avec lui. La mère d'abord refusa, puis devant les pleurs et les prières de sa fille, finit céder, mais avec force recommandations :
Attache-lui à la patte une longue ficelle, ferme toutes les issues pour que le perdreau ne puisse pas s'échapper, car, si tu le perds, ton père nous chassera de la maison toutes les deux.

La petite fille promit de veiller très soigneusement sur le perdreau. Chaque matin elle le sortait de sa cage, s'enfermait avec lui dans une pièce et jouait jusqu'à ce qu'elle fut fatiguée. Un soir qu'elle venait pendant toute la journée de le taire courir, danser, voleter au bout de sa ficelle, une soif ardente s'empara d'elle. Elle ouvrit la porte pour aller boire et frrr !... le perdreau s'engouffra dans l'issue qu'on lui avait ménagée et s'envola d'un trait, emportant la ficelle avec lui.

Le soir, quand le chasseur rentra, sa femme lui servit à dîner, et il s'apprêtait à aller dormir quand il s'avisa que le perdreau n'était plus à la place où il le trouvait ordinairement :
Vous avez changé l'oiseau de place ? demanda-t-il ?

Sa femme resta figée de peur.
Eh bien, dit-il, qu'est-ce que tu as fais du perdreau ? Je ne le vois pas.

Elle du lui avouer la vérité.
Quoi ? s'écria le chasseur, furieux, je t'avais bien recommandé…
Ta fille avait soif, elle n'a ouvert la porte qu'un tout petit instant…
Elle a ouvert la porte, mais c'est toi qui lui as donné le perdreau. Puisque c'est ainsi, vous allez partir les deux à sa recherche toutes les deux et vous ne rentrerez que quand vous l'aurez retrouvé.

La femme eut beau pleurer, prier, le mari ne voulut rien entendre.
Vous allez sortir tout de suite !
Dehors il fait nuit. Où irons-nous ? Nous ne connaissons pas le pays, ta fille ni moi. Demain dès le point du jour…
Non cria le chasseur, maintenant !

La femme réveilla sa fille ; elle enferma vite quelques maigres provisions dans un nouet et elles partirent dans la nuit. Elles marchèrent longtemps dans la forêt. Elles suivaient les chemins tracés, de peur le tomber sur des bêtes sauvages, mais elles ne virent de perdreau nulle part à cette heure de la nuit. À la fin elles entrèrent dans un maquis épais, où elles rencontrèrent une hase affairée.

Que faites-vous à cette heure dans la forêt ? S’étonna la hase.
Nous cherchons un perdreau que nous avons perdu, dit la mère.
Malheureuses ! Vous êtes ici dans la demeure des fauves. Ils sont tous à chasser dans la forêt. C'est aujourd'hui mon tour de garder leur repère. Mais c'est bientôt l'aube, ils vont rentrer et s'ils vous trouvent ici, ils vous mangeront.
Fuyons ! cria la fille.

II est trop tard, dit la hase. Où iriez-vous ? Les animaux sont déjà sur le chemin du retour et vous allez sûrement les rencontrer.
Quoi faire alors ? demanda la mère.
Vous voyez cet arbre ? dit la hase. Il est haut et touffu. Vous allez monter et vous cacher dans le feuillage le plus haut que vous pourrez. Vous y resterez tout le jour. A la nuit tombée les animaux vont sortir. Vous descendrez et vous fuirez d'ici.

La mère et la fille montèrent jusqu'au faîte de l'arbre. Elles s’y installèrent le plus commodément qu'elles purent, la fille au-dessus de sa mère. Bientôt des rugissements, des cris, des sifflements, des bruits de branches cassées annoncèrent le retour des fauves. À mesure qu'ils arrivaient, ils allaient s'installer chacun dans son coin pour le reste de la journée. Le lion rentra le dernier.
Hum ! dit-il, cela sent la chair fraîche.
Pendant que vous étiez absents, dit la hase, je me suis préparé un léger repas, je viens juste de finir.

Les fauves s'endormirent. Au haut de l'arbre, la femme était morte de peur. La petite fille n'arrêtait pas de pleurer, tant qu'à la fin une larme tomba sur la moustache du lion.
Enfants, rugit-il, il y a quelqu'un dans l'arbre. Je viens de recevoir une goutte sur la lèvre.
C'est la pluie, dit la hase.
Fourmi, dit le lion, monte voir dans l'arbre.

La fourmi monta. Au haut de l'arbre elle rencontra la jambe de la femme et la mordit. La mère l'écrasa, de peur que la fourmi n'aille piquer sa fille et ne lui arrache un cri de douleur.

La petite continuait de pleurer et de nouveau une larme tomba, cette fois sur le front du tigre, qui cria :
Enfants, cet arbre est habité. Une goutte vient de me tomber sur le front.
C'est le temps qui est couvert, dit la hase, il tombe quelques gouttes de pluie.
Chacal dit le lion, sors voir quel temps il fait.

Le chacal revint bientôt.
Alors ? demanda le lion.
Il fait un temps superbe, dit le chacal et la lune éclaire comme en plein jour.
Serpent, ordonna le lion, monte dans l'arbre.

Le serpent ondula le long du tronc, puis, de branche en branche, arrivai jusqu'au faîte. Il buta sur la jambe de la femme et la piqua. Un hurlement s'éleva aussitôt, puis le corps de la mère vint s'affaler lourdement par terre. Les fauves se précipitèrent, le déchiquetèrent en un rien de temps et se partagèrent les morceaux pour les dévorer. Dans le ventre de la femme ils trouvèrent un bébé, que la hase aussitôt revendiqua pour sa part :
Je n'ai plus de dents, dit-elle, je ne pourrais mâcher que la chair tendre du bébé.

Le lion le lui laissa et elle l'étendit dans un coin, sur un lit d'herbes, avec ce qui restait des os de la mère.
Je le mangerai cette nuit, dit-elle, quand vous serez partis. Le soir venu, les fauves commencèrent à se lever de leur sommeil et, les uns après les autres, à sortir de nouveau à la recherche de gibier dans la forêt. Avant de partir, il leur fallait établir le tour de garde de ce jour-là.
Aujourd'hui, dit la hase, je suis fatiguée, je veux bien vous garder la maison aujourd'hui encore : de toute façon, j'ai de quoi manger pour toute la journée.

Les animaux se dispersèrent. Quand le dernier eut disparu, la hase rassembla ce qui restait des os de la mère, en retira la moelle qu'elle mit dans des tubes de roseau. Puis elle se tourna vers la fille :
Descends, malheureuse, lui dit-elle

La fille descendit, les yeux exorbités par l'épouvante et tout rouge d'insomnies. La hase lui tendit le bébé.
Voici ton frère, lui dit-elle. Emporte-le, prends bien soin de lui, élève le jusqu'à ce qu'il devienne grand et puisse te venir en aide.
Comment le nourrirai-je ? demanda la fille.
Prends ces tubes. Dedans il y a la moelle de ta mère. Chaque fois que ton frère pleurera, trempe ton doigt dans la moelle et donne-le-lui à sucer. Quand il n'y aura plus de moelle, tu trouveras bien du lait. Et maintenant va, sauve-toi et ne reviens plus jamais dans ces parages.

La petite fille prit le bébé, les roseaux et, aussi vite que ses jambes pouvaient courir, s'enfuit. Quand son frère pleurait, elle trempait son doigt dans la moelle et le lui faisait téter. Elle se demanda quel nom elle allait lui donner et, se rappelant que l'antre des fauves où elle l'avait recueilli était au milieu d'un dense maquis d'aubépines, elle l'appela Aubépin.

Elle erra longtemps de pays en pays, puis un jour arriva dans un village où les habitants, touchés par son malheur, lui offrirent l'hospitalité. Ils lui accordèrent une petite chaumière avec un jardin qu'elle pouvait cultiver pour vivre. Elle était tout heureuse d'avoir enfin trouvé un foyer et de quoi subsister. Puis les années passèrent et elle devint une belle jeune fille. Beaucoup de jeunes gens vinrent la demander en mariage, mais elle ne vouait pas quitter Aubépin avant qu'il fut en âge de ne plus avoir besoin d'elle.

Un jour, qu'elle piochait dans son jardin, elle heurta de sa binette un objet dur qui faillit la lui casser. Elle creusa tout autour et, au bout d'un instant, déterra un petit pot, empli à ras bord de pièces d'or et d'argent. Elle en fut tout heureuse et le rapporta à la maison.

Le soir après qu’ils eurent dîner :
Mon frère, dit-elle, si on te donnait cent pièces d'or, qu'en ferais-tu ?
J'achèterais des billes, des toupies ; je me ferais des fusils de bambou…

Las ! pensa la fille, mon frère est encore bien jeune.

Elle attendit un an ou deux puis un jour posa à son frère la même question :
J'achèterais un beau cheval, dit Aubépin, et tout le jour je caracolerais.
Mon frère grandit, se dit la jeune fille.

Plusieurs mois après, elle demanda de nouveau :
Mon frère, si l'on te donnait cent pièces d'or...
J'achèterais une belle maison avec un beau jardin. Puis je me marierais et ma femme et toi travailleriez dans le jardin.
Dieu merci, s'écria-t-elle, maintenant, mon frère, tu es un homme !

Elle alla dans un coin de la maison et revint bientôt avec un petit pot, dont elle souleva le couvercle : les pièces parurent, blanches et jaunes, toutes luisantes au soleil ; il y en avait beaucoup plus de cent. Aubépin n'en croyait pas ses yeux. Sa sœur lui apprit comment elle avait trouvé le petit pot. Puis il se mit en quête d'une maison plus spacieuse et plus belle que la pauvre chaumière où ils habitaient tous les deux. Peu de temps après, il choisit une fiancée dans les environs et donna une fête splendide pour son mariage.

Ils vécurent tous les trois heureux dans leur nouvelle et grande maison. Mais la nouvelle mariée, voyant que sa belle-sœur était beaucoup plus belle qu'elle, et que, du reste, Aubépin continuait d'aimer tendrement sa sœur, en tomba follement jalouse. Elle chercha dès lors un moyen de la séparer de son frère, et si possible de la bannir à jamais.

Un jour qu'elles étaient allées couper du bois dans la forêt, la femme d'Aubépin trouva sept œufs de serpent, qui n'étaient pas encore éclos, et les ramena à la maison. Elle en fit une omelette, en prépara une autre de sept œufs de poule et invita sa belle-sœur à venir manger avec elle. Elle lui servit l'omelette aux œufs de serpent, mangea elle-même de l'autre et attendit. Au bout de quelque temps les œufs éclorent dans le ventre de la jeune fille. Les serpents grandirent et bientôt commencèrent à y mener un beau charivari. La jeune mariée n'attendait que cela.

Au comble de la joie, elle alla trouver son mari :
Ta sœur va avoir un enfant, lui dit-elle.
Impossible ! dit Aubépin.
Si tu ne me crois pas, dit la jeune femme, tu peux t'en assurer toi-même.
Comment cela ?
En mettant la tête sur les genoux de ta sœur et en écoutant.

Le lendemain, en rentrant de la forêt où il était allé chasser, Aubépin prétexta une grande fatigue. Il s'allongea pour se reposer et demanda à sa sœur de s'asseoir près de lui, pour qu'il pût mettre la tête sur ses genoux. La jeune fille, confiante, s'approcha. Aussitôt aux oreilles d'Aubépin parvinrent les bruits de la sarabande que les serpents menaient dans le ventre de sa sœur.

Il en resta stupéfait et, au bout d'un instant, alla trouver sa femme
Je ne l'aurais jamais cru, dit-il.

Sa femme fit mine d'être très attristée : - Que deviendrons-nous quand les villageois s'en apercevront ? Tu ne pourras plus sortir sur la place.
Quoi faire ? demanda Aubépin.
Il faut se débarrasser d'elle.
Jamais ! s'écria-t-il. C'est elle qui m'a sauvé des bêtes féroces, elle qui m'a élevé, soigné, nourri jusqu'à ce que je devienne un homme. Sans elle je ne t'aurais jamais épousée.
Alors c'est nous qui devons partir.
Où irions-nous ?
Il y a pourtant un moyen très simple, dit-elle perfidement.
Lequel ?
Tu vas partir avec elle dans la forêt et l'y abandonner. Quelqu'un, c'est sûr, la recueillera.

Le lendemain, Aubépin réveilla sa femme et sa sœur de bonne heure et leur dit qu'ils allaient couper du bois dans la forêt, pour leur provision d'hiver, pendant toute la journée. Il prit les haches, les cordes, les cognées, un maillet, une calebasse et, suivi de sa chienne, qu'il tenait en laisse, se dirigea vers les bois. Dès qu'ils furent arrivés, il s'installa dans un endroit avec sa femme, en indiqua un autre à sa sœur un peu plus loin :
Tu vas couper dans ce fourré, lui dit-il. Dès que nous aurons fini de l'autre côté, je t'appellerai et nous remonterons au village. La jeune fille resta tout le jour à débiter du bois dans son coin. Au loin elle entendait les jappements de la chienne d'Aubépin et les coups de sa cognée contre les troncs d'arbres. Le soleil bientôt se coucha, mais Aubépin frappait toujours. « Mon frère et sa femme veulent faire en un jour la provision pour tout l'hiver », pensa la jeune fille. Puis la nuit commença à tomber et elle se mit à appeler : « Aubépin ! Aubépin ! », Mais le fourré était trop dense et Aubépin n'entendait pas.

Elle était en train d'appeler quand, de l'autre côté du fourré lui parvint un bruit de sabots sur le sol et un cavalier parut, monté sur un cheval noir :
Qui que tu sois, dit-il. Je te conjure, laisse-moi passer. Il se fait tard et mes enfants m'attendent.
Je suis une créature comme toi, dit la jeune fille.
En ce cas, dit le cavalier, que fais-tu seule à cette heure dans la forêt ? Dans un instant les animaux des bois vont sortir et ils te mangeront.
Mon frère et sa femme coupent du bois tout près d'ici. Tu as dû les rencontrer sur ton chemin.
Tout près d'ici, sur mon chemin, je n'ai rien rencontré... qu'une chienne qui jappe à rendre l'âme.
C'est celle de mon frère. Ces coups que tu entends sont ceux de sa hache. Va, cavalier, passe ton chemin et me laisse. Mon frère bientôt viendra me prendre et nous rentrerons au village.

Le cavalier s'éloigna. Peu de temps après en parut un autre, qui posa les mêmes questions à la jeune fille. Elle lui fit les mêmes réponses. La nuit maintenant était noire et il était temps de rentrer.

Quand le troisième passa, la sœur d'Aubépin sursauta : elle percevait à peine la silhouette dans l'obscurité.

Qui que tu sois, dit-il, dis-moi qui tu es.
Une créature comme toi.
Et. Que fais-tu si tard au milieu des bois ?
Tu le vois bien, je coupe du bois.
Seule ?
Je ne suis pas seule : mon frère et sa femme sont ici près de moi, qui coupent du bois eux aussi, pour notre provision d'hiver. Ne les entends-tu pas ?
Malheureuse ! Il n'y a personne près de toi, qu'une chienne qui jappe, attachée à un tronc d'arbre. Je suis le dernier homme qui passe aujourd'hui sur ce chemin.

La jeune fille cette fois eu peur. Elle appela encore une fois « Aubépin ! Aubépin ! » Mais seul l'écho de sa voix lui revient, mêlé aux aboiements affolés de la chienne et aux chocs sourds de la cognée d'Aubépin sur les souches.

Elle pria le cavalier de la suivre dans la clairière où son frère devait se trouver. Ils y allèrent, mais, à l'endroit où elle l'avait laissé, il n'y avait personne…que la chienne, qui tirait frénétiquement sur sa laisse, et, pendus aux branches d'un arbre, le maillet et la calebasse que le vent entrechoquait, et... elle comprit. Aubépin et sa femme l'avaient abandonnée dans les bois. Tout cela était un stratagème, qu'ils avaient imaginé pour se débarrasser d'elle. Ils avaient attaché la chienne au tronc de l'arbre exprès, exprès ils avaient pendu le maillet et la calebasse au vent de la forêt : ce qu'elle prenait pour des bruits de cognée était le choc des deux, quand la bise les agitait.
Je suis perdue, dit-elle
Si tu veux, dit le cavalier, tu passeras cette nuit dans ma maison. Demain, quand il fera jour, tu iras où bon te semblera.

La jeune fille pensa que, dans son malheur, c'était encore une chance pour elle que le cavalier voulût bien la recueillir pour la nuit, et elle monta en croupe derrière lui. Quand ils arrivèrent, elle descendit et l'homme vit que la femme qu'il venait de sauver des bois était d'une beauté merveilleuse. Il lui fit raconter son histoire. Elle redit tout, depuis le jour lointain où, jouant avec un perdreau, elle l'avait laissé s'envoler :
Les œufs de serpent, dit-elle, ont éclos dans mon ventre. Mon frère me croit enceinte et, pour cela, il m'a menée me perdre dans les bois. C'est là que vous m'avez trouvée.

Le cavalier était à la fois touché et intrigué. Comme il était peu probable que la femme voulût retourner en son pays, après ce qui venait de lui arriver, il aurait voulut l'épouser, mais il fallait d'abord la débarrasser des serpents qui vivaient dans son ventre et il ne savait comment s'y prendre. Aussi alla-t-il consulter le sage du village.

Eh bien, dit le vieillard, voilà comment tu vas procéder. Tu iras au marché acheter une grande quantité de viande et tu la saleras abondamment. Donne-la à manger à cette femme, jusqu'à ce qu'elle en soit rassasiée. Elle aura soif. Refuse-lui toute eau pendant trois jours. Le quatrième prends-la, pends-la par les pieds à la plus haute poutre du toit. Par terre, juste au-dessous d'elle, pose un grand plat de bois, empli d'eau. Puis tiens un couteau d'une main et une badine de l'autre. À l'aide de la badine agite l'eau, de façon qu'on l'entende glouglouter, puis tiens ton couteau ouvert et attends.

L'homme fit comme le sage avait dit. Il acheta la viande, la sala, la grilla, puis la donna à la jeune fille, qui en mangea jusqu'à n'en pouvoir plus. Une soif intense s'empara d'elle, mais elle demanda en vain à boire pendant trois jours. Le quatrième le cavalier la pendit par les pieds, emplit d'eau un plat de bois, qu'il plaça juste au-dessous d'elle, puis à l'aide d'une badine se mit à donner de petits coups dans l'eau. Le bruit cristallin et frais se répandait dans toute la pièce. Les serpents, altérés, commencèrent à mener un grand vacarme ; ils cherchaient tous à se précipiter vers le bas, pour boire. À mesure qu'ils apparaissaient, un bref coup de couteau les tailladait ; les morceaux palpitants tombaient dans le plat avec un bruit flasque. Quand le dernier fut sorti, le cavalier détacha la jeune fille, qui n'en pouvait plus.

Pendant plusieurs jours encore il s'occupa de la soigner, car le long séjour des serpents dans son ventre l'avait vidée de toute force. Au bout de quelques jours, voyant qu'elle était remise, il lui demanda :
Maintenant que te voilà rétablie, que veux-tu faire ? Veux-tu retourner dans ton pays ou préfères-tu rester ici ?
Dans mon pays ? dit-elle. Je n'en ai plus : mon frère et sa femme m'ont abandonnée dans la forêt.
Dans ce cas, dit le cavalier, veux-tu m'épouser ?

La jeune fille, heureuse d'avoir été tout à la fois sauvée des bêtes et débarrassée des serpents qui vivaient dans son ventre, y consentit. Elle épousa le cavalier et ils vécurent heureux plusieurs mois. Puis elle mit au monde un garçon, qui lui ressemblait à s'y méprendre.

Quel nom lui donnerons-nous ? lui demanda son mari.
J'ai appelé mon frère Aubépin parce qu'il est né parmi les aubépines. Celui-ci, nous allons l'appeler « l'Argenté », parce qu'il naît dans la richesse

Les années passaient et, quoiqu'elle n'entendît plus parler d'Aubépin et de sa femme, par moments un violent désir de les revoir la prenait, son frère surtout, parce qu'elle avait passé toute sa vie avec lui et qu'elle n'était pas sûre qu'avec son épouse il fût entièrement heureux. Son enfant, entre-temps, avait grandi. Il sortait maintenant tous les jours sur la place pour jouer avec les camarades de son âge. Il était vigoureux et beau et il ne manquait de rien.

Un jour, pourtant, sa mère le vit revenir à la maison tout en larmes.
Pourquoi pleures-tu ? lui demanda-t-elle.
Les enfants se moquent de moi, dit-il. Ils parlent tous de leurs oncles maternels ; ils disent qu'ils vont leur rendre visite, et moi, tu ne m'y as jamais emmené. Le cœur de la jeune femme frissonna, car c'était ce qu'elle-même désirait depuis longtemps.
Ce soir, dit-elle, quand ton père rentrera, demande-lui de te laisser aller avec moi chez tes oncles. S'il refuse, insiste et pleure jusqu'à ce qu'il te l'accorde. Dès qu'ils furent assis à dîner, le soir :
Père, dit l'enfant, je voudrais aller chez mes oncles maternels.
Tes oncles maternels ? S’étonna le père, mais... tu n'en as jamais eu : j'ai rencontré ta mère dans les bois.

L'Argenté se mit à geindre :
Tous les enfants vont rendre visite à leurs oncles. Moi aussi, je veux y aller avec ma mère.
Très bien ! dit le père. Vous voulez y aller ? Eh bien, allez-y, mais je vous avertis : vous irez seuls ; moi, je ne viendrai pas chez tes oncles, parce que je sais que tes oncles, ce sont les bêtes des bois.

Néanmoins, le lendemain, la mère fit mettre à son fils ses plus beaux habits de fête, puis elle lui jeta des haillons par-dessus. L'Argenté allait protester.
Sois tranquille, lui dit-elle, dès que nous serons arrivés, je t'enlèverai ton manteau sale et tu paraîtras dans tes beaux habits devant ton oncle.

L'Argenté se calma d'autant plus vite qu'il vit sa mère se couvrir elle aussi de laides guenilles les robes magnifiques qu'elle avait d'abord revêtues. Le père les vit prendre le chemin de la forêt par où sa femme était jadis arrivée, et bientôt ils disparurent. Ils marchèrent longtemps. De temps en temps ils demandaient à d'autres voyageurs leur chemin. Vers le soir ils arrivèrent enfin dans un pays que la mère reconnaissait. Ils s'arrêtèrent.

Nous allons bientôt être chez tes oncles, dit la jeune femme à son fils. Alors écoute-moi bien. Il y a bien longtemps que je n'ai pas vu mon frère : je ne sais seulement pas s'il va me reconnaître. Quant à toi, il ne te connaît même pas. Alors, voilà ce que nous allons faire : nous allons nous présenter chez lui comme des mendiants. Si ton oncle me reconnaît et qu'il nous accueille, nous allons enlever ces vieilles loques et paraître avec nos beaux habits...
Et s'il t'a oubliée ?
C'est ici que tu dois faire attention. Je lui demanderai de nous laisser passer la nuit dans sa maison, comme des mendiants. Dès que nous serons installés, tu me demanderas de te dire un conte. Je ferai semblant de refuser. Insiste jusqu'à ce que j'accepte.

Elle tira de son ballot une vieille sébile de bois, coupa dans un arbre un gros bâton noueux et ils entrèrent au village. Ils allèrent ainsi de porte en porte. La jeune femme tournait aisément dans les venelles, comme si elle les avait quittées de la veille. Elle retrouvait presque toutes les femmes, à peine un peu vieillies, qui venaient lui porter du couscous, de la galette, de l'huile, mais sous ses vieilles guenilles de mendiante, aucune d'elles ne la reconnaissait. Quand elle arriva devant la demeure d'Aubépin, son cœur se mit à battre. L'aspect extérieur n'avait pas changé... c'était bien la grande maison qu'ils avaient achetée, avec l'argent qu'elle avait trouvé dans le jardin. De l'intérieur lui parvenaient des voix d'enfants qui jouaient.

Elle rassembla son courage :
Pour l'amour de Dieu ! cria-t-elle, aussi fort qu'elle put, pour couvrir la voix des enfants.
Attends un peu ! dit une femme de l'intérieur.

La mère reconnut la voix de sa belle-sœur. Peu après une petite fille sortit, avec une pleine assiettée de couscous.
Dieu vous le rende ! dit la mère.

La petite fille allait partir. - Vous habitez une grande maison, dit la mère. Demande à tes parents si nous pouvons passer la nuit mon fils et moi. Nous ne savons pas où aller
Va ton chemin, mendiante, dit la voix de la belle-sœur. Nous t'avons donné à manger, mais nous avons pas de place pour toi dans la maison.
Rien qu'une nuit, dit la mère... pour l'amour die Dieu ! Il fait sombre, mon fils est tout jeune, il a froid et nous ne connaissons personne. Faites-nous une toute petite place, même dans le hall, s'il vous plaît. Demain, avant même que vous soyez réveillés, nous serons partis.

La voix d'Aubépin enfin s'éleva :
Laisse la mendiante et son fils passer la nuit dans la maison. Ils ne nous gêneront pas.

On les fit entrer. La mère jeta un regard rapide sur Aubépin : il n'avait pas beaucoup changé. Lui-même la regarda à peine : elle dissimulait son visage le plus possible, afin de ne pas être tout de suite reconnue.

Ils mangèrent le couscous que la petite fille venait de leur apporter, puis :
Mère, dit l'Argenté, raconte-moi une histoire.
Une histoire ! cria la jeune femme, apparemment très irritée. Il ne nous manque plus que cela ! Les histoires, nous sommes dedans jusqu'au cou tous les deux... et tu veux encore que je te raconte celle des autres ?
Mais aujourd'hui, pleura l'Argenté, nous avons bien mangé, bien bu ; nous allons dormir dans une belle maison. Je veux une histoire.
Tu n'as pas honte de parler ainsi devant ces bonnes gens, qui ont bien voulu nous héberger cette nuit !

Les enfants d'Aubépin vinrent dans le hall en criant :
S'il te plaît, vieille mère, raconte-nous une histoire avant de dormir.
Mais peut-être que vos parents sont fatigués ?
Si tu connais des contes, dit Aubépin, dis les aux enfants, cela va leur faire plaisir.
J'en connais un, qui est un peu long, dit la mère.
Nous avons tout le temps, fit Aubépin.
Mettez-vous devant moi, dit aux enfants la mendiante, qui tournait le dos à la pièce où se tenaient leurs parents.

Et elle commença :
« Machaho ! »
« Tellem chaho ! »

Les enfants étaient agglutinés autour d'elle. Aubépin et sa femme, restés dans la pièce, faisaient semblant de ne pas écouter, mais ils entendaient tout. La mère s'adressait à son fils, parce que c'est lui qui avait demandé un conte :

« Argenté, Argenté, mon enfant,
Il était une fois un chasseur qui aimait passionnément la chasse et, un jour, rapporta un perdreau, qu'il confia à sa femme en lui recommandant de ne pas le laisser s'envoler. Mais leur fille, en jouant avec l'oiseau, le laissa s'échapper et le père les chassa toutes les deux de la maison. »

« Argenté, Argenté, mon enfant,
dans la forêt les animaux sauvages dépecèrent la femme, et la petite fille partit par les chemins, avec le bébé qu'on avait trouvé dans le ventre de sa mère. Quand son frère fut grand il se maria. »

Tout en contant, la mère jetait de temps à autre un coup d'œil dans la pièce et, à mesure qu'elle parlait, elle voyait son frère et sa belle-sœur s'enfoncer peu à peu dans la terre : jusqu'aux chevilles, aux mollets, aux genoux, aux cuisses. Ils étaient maintenant engloutis jusqu'à la taille.

« Argenté, Argenté, mon enfant
mais sa belle sœur, jalouse d'elle, lui donna à manger des œufs de serpent qui bientôt éclosent dans ventre et son frère la crut enceinte. »

La jeune femme regarda : la terre avait aspiré une partie du ventre.

« Argenté, Argenté, mon enfant,
ils allèrent dans les bois avec elle et l'y abandonnèrent au milieu des fauves, avec une chienne qui jappait, un maillet et une calebasse qui s'entrechoquaient, et la nuit. »

« Argenté, Argenté, mon enfant,
elle allait être dévorée si un cavalier qui passait ne l'avait recueillie et emmenée dans sa maison. Il réussit à faire sortir les serpents qu'elle portait dans son ventre et il l'épousa. »

La mère regarda à la dérobée derrière elle : d'Aubépin et de sa femme il ne restait que les têtes, qui émergeaient au-dessus du sol comme des courges rondes

« Argenté, Argenté, mon enfant,
ils eurent un garçon qui grandit et, un jour, revint de la place en pleurant, parce que ses camarades allaient rendre visite à leurs oncles maternels, et lui n'en avait même jamais entendu parler. »

A cet instant la mère vit que les deux têtes avaient disparu : à la place il y avait des touffes de cheveux, les uns longs, les autres à côté plus courts. Elle sentit son cœur tressaillir. Elle se leva, agrippa la tête d'Aubepin par les cheveux et, de toutes ses forces, tira. Le corps d'abord résista, mais la jeune femme, tremblant de tous ses membres, ne lâcha pas prise. Bientôt la masse commença à céder. Le haut du crâne d'Aubépin, puis la tête, les épaules, le buste, la taille, les jambes, les genoux, les pieds enfin furent déterrés.

Quand Aubépin, livide et tout endolori, se dressa enfin devant elle, elle se précipita pour l'embrasser, puis elle alla chercher un maillet et, frappant à toute volée sur ce qui restait du corps de sa belle-sœur, l'enfonça à tout jamais dans la terre.

Par la suite elle fit venir son mari. Aubepin se remaria et ils vécurent très heureux dans leur pays.

Machaho !


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Rédigé par orange8454

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