Publié le 13 Septembre 2012

Le cerf craint le loup, le loup craint le tigre, et le tigre craint le grand ours, le plus féroce des animaux. Le crâne revouvert de longs poils semblables à une tignasse, marchant debout sur ses pattes de derrière, il est extraordinairement fort et s'attaque même à l'homme.

Au sud de l'Etat de Chu vivait un chasseur qui, sur sa flûte de bambou, arrivait à imiter toutes sortes de cris d'animaux. Muni d'un arc et d'un petit pot de grès au fond duquel couvaient quelques braises, il se rendait dans la montagne et imitait l'appel du cerf. Croyant retrouver un de leurs frères, des cerfs arrivaient et le chasseur les tuait avec des flèches enflammées.

Un jour, en l'entendant imiter le cri du cerf, un loup accourut. Le chasseur pris de frayeur lança un rugissement de tigre. Le loup s'enfuit, mais un tigre parut. Terrifié, l'homme imita le grognement du grand ours. Le tigre s'en fut, mais croyant rencontrer un de ses semblables, un ours énorme se présenta. Ne trouvant qu'un homme, il se jeta sur lui, le mit en pièces et le mangea.

Aujourd'hui encore, ceux qui se servent d'artifices au lieu de compter sur leurs propres forces finissent toujours par s'attirer un destin semblable à celui du chasseur.

 


Voir les commentaires

Rédigé par orange8454

Publié dans #cerf, #chasseur, #loup, #ours, #tigre

Repost0

Publié le 13 Septembre 2012

Il y a bien longtemps, dit-on, le Dragon s'occupait spécialement du feu des fourneaux de la Reine Mère au Palais céleste. Quand on avait besoin de flammes pour de la cuisine, le Dragon soufflait sur les feux de toutes ses forces; et après, pour simplement entretenir le feu, il fermait d'un coup l'âtre à moitié. Chaque jour il devait accomplir ce travail simple et monotone.

Avec le temps, trouvant cela ennuyeux, il se mit à souffler sur le feu, et à fermer l'âtre avec moins d'intérêt et d'assiduité, si bien que parfois le feu s'éteignait ou que les plats n'étaient pas assez cuits. La Reine Mère s'en prit plusieurs fois à tort au cuisinier.

Un jour, la Reine Mère voulut manger de la viande de mouton rôtie. Comme les flammes n'étaient pas assez fortes, la viande, pas assez rôtie, avait une odeur désagréable. Son estomac étant fragile, la Reine Mère vomit longtemps. Très fâchée, elle jeta le morceau de viande, dont elle n'avait mangé qu'une bouchée, dans le fourneau si violemment que des étincelles jaillirent dans tous les sens.

Puis elle prit le tisonnier et abattit sur la tête du Dragon une série de coups, tout en criant:

- Le plus grand paresseux du monde! Tu ne peux même pas accomplir correctement cette petite tâche, que pourrais-tu faire d'autre? Il va falloir t'arracher ta peau de cinq couleurs et étirer tes muscles paresseux!

Sous la douleur causée par les coups, le Dragon fit le dos rond; longtemps après, il répliqua:

- Reine Mère, Reine Mère, je sais qu'un grand morceau de bois peut être utilisé comme poutre, mais on n'a jamais entendu dire qu'on pouvait s'en servir comme d'une canne! Moi qui ai de si grands talents, pourquoi m'occuper seulement au feu des fourneaux, au lieu d'accomplir quelqu'autre grande mission?

Bien qu'elle fronçât comme toujours les sourcils et poussât quelques "hum" avec son nez, la Reine Mère réfléchit un peu et trouva que les paroles du Dragon n'étaient pas dépourvues de bon sens, elle se contint et dit alors au Dragon:

- Bon, bon, puisque tu ne veux pas t'occuper de mes fourneaux, descends alors dans le monde, les champs y sont accidentés, et il s'y produit souvent des cataclysmes. Il faut faire quelque chose. Va t'en occuper. Cependant tu dois savoir qu'il n'y a là-bas que deux grandes affaires: L'eau et le sol, qui regardent la vie de tous les êtres du bas monde. Ne travaille pas négligemment!

- Je le sais, je le sais, acquiesça le Dragon avec des signes de tête. Soyez tranquille.

Enchanté de quitter si vite les fourneaux et d'aller accomplir une grande mission, il s'envola vers le monde.

Là-bas, il vit les cimes ondulées des montagnes, et à plusieurs endroits, de la fumée et de la poussière, il entendit de vagues bruits de tremblement de terre. Il allongea le nez, incommodé par ces grondements désagréables et ces odeurs de fumée et de poussière. Mais à l'idée du tisonnier cruel de la Reine Mère, il se contraignit à replacer avec sa queue les morceaux de terre et de roches écroulés, et à combler les fentes du sol.

Au bout d'une seule journée, il était fatigué et à bout de souffle. Il maugréa dans son coeur:

"Peuh! Reine Mère, que vos deux yeux s'aveuglent! Quelle grande mission? Vous me changez seulement de fourneau. Avec mes talents, ne puis-je pas m'occuper d'autre chose que de ce feu de fourneau, de ces fumées et de cette poussière, de ces morceaux de terre et de roches?"

Irrité de la méchanceté de la Reine Mère, il s'endormit, cela dura on ne sait combien de temps.

Un jour, un grand accident arriva: Une grande partie du mont Taishan, qui soutient le coin nord-est du ciel s'écroula, le ciel en fut tout agité et la terre bouleversée, même le Palais céleste de la Reine Mère trembla, si fort qu'elle tomba de son lit de jade. Elle frotta un peu ses yeux ensommeillés, et sans avoir besoin de rien demander, elle devina à peu près ce qui s'était passé. Elle envoya immédiatement l'immortel Erlang chercher le Dragon sur la terre. A sa vue, elle gronda en pointant le bout de son nez:

- Quelle bêtise, quelle bêtise! Comment, as-tu autant dormi? Tu as bel et bien remué le ciel et la terre!

La tête rentrée de peur, le Dragon expliqua en grimaçant un sourire:

- Reine Mère, je vous prie d'apaiser votre colère, puisque dans votre sagesse vous savez reconnaître les grands talents, vous devriez également très bien savoir les évaluer et les utiliser. Par exemple moi, avec mes grands talents, au lieu de la terre, il me convient d'administrer les eaux. Si vous m'envoyez m'occuper de la mer immense et surveiller les inondations, peut-être pourrais-je vite réussir dans ces tâches.

Ne sachant trop que penser, la Reine Mère hésita un instant, puis elle dit:

- Eh bien, eh bien, va alors administrer les eaux!

Le Dragon arriva en volant à l'immense mer tumultueuse. Il fut très content de trouver enfin un endroit où il pourrait faire preuve de ses capacités.

Comme une flèche, il se tournait et se retournait avec enthousiasme sur les vagues pour les apaiser. Ah! Quelle mission grandiose! Pourtant son ardeur ne dura pas et au bout d'une quinzaine de jours, il commença à s'ennuyer. Il pensait:

"La mer n'est qu'un grand fourneau, et les vagues, les flammes. Ce que je fais, c'est toujours de souffler sur le feu et de fermer l'âtre. Pourquoi n'ai-je pas d'autre grande mission à accomplir?"

Plus il réfléchissait, plus il était dégoûté. D'un coup, il plongea au fond de la mer. Il y vit de belles choses multicolores, tous les poissons vinrent se mettre à son service. Il pouvait se nourrir à son aise.

Plus tard, il se nomma Roi Dragon des eaux et ordonna aux poissons de construire pour lui un Palais magnifique. Depuis lors, il y habita, toujours ivre, sans se soucier ni de la faim, ni du froid, et sans distinguer non plus les nuits des jours.

Pendant ce temps sur la terre, des inondations se produisaient chaque année, l'eau de mer montait sans cesse, inondant les plaines, les montagnes, et pour finir parvint à la Porte sud du Palais céleste. La Reine Mère, qui était en train d'admirer le paysage, fut frappée par de hautes vagues, et ses précieuses chaussures brodées de fleurs furent mouillées. Ne pouvant retenir sa colère, elle murmura:

- Pendard! Il a laissé les vagues agitées monter jusqu'à la Porte sud du Palais!

L'immortel Erlang fut envoyé dans le monde. Peu de temps après, il rentra et rapporta:

- Reine Mère, catastrophe! L'eau de la mer s'est mélangée avec le ciel! Et ce Dragon des eaux est allongé dans son Palais jouant avec ses beautés.

La Reine Mère fut tellement indignée qu'elle en oublia de faire minutieusement ses chignons en forme de nuages. Elle ordonna immédiatement à l'armée céleste d'aller arrêter le Dragon des eaux. Ligoté comme un ballot, celui-ci fut apporté chez la Reine Mère; à peine eut-il présenté ses excuses que la Reine Mère le réprimanda d'un signe de la main:

- Hum, hum! Tais-toi! Tais-toi! Je vais te mettre d'abord dans le fourneau trois jours et trois nuits, puis dans la glacière trois jours et trois nuits, pour t'éclaircir un peu les idées...

Six jours plus tard, les écailles du Dragon étaient brûlées par les flammes et son menton s'allongea à cause du froid. Il supplia en tremblant:

- Reine Mère, excusez-moi, je vous prie de me faire grâce, je veux racheter mon crime par des services méritoires.

- Eh bien, je te fais grâce de la vie, dit la Reine Mère. Mais cette fois, je vais te mettre entre le ciel et la terre, pour que tu t'occupes des nuages et des pluies; plus concrètement, tu administreras spécialement les beaux jours et la tombée des pluies.

Quand les beaux jours auront duré assez longtemps, tu devras faire tomber la pluie, et après une longue pluie, tu devras donner à nouveau les beaux jours. C'est une tâche importante et minutieuse, mais si tu t'y montres encore paresseux, la loi céleste ne te pardonnera plus!

- Je sais, je sais, répéta le Dragon.

Comme elle ne faisait pas grande confiance au Dragon, la Reine Mère envoya cette fois le dieu du Tonnerre, au caractère irascible, le surveiller. Quand il y avait des nuages noirs, le dieu du Tonnerre battait le tambour avec des bâtons pour presser le Dragon de faire tomber la pluie, et lorsque la pluie tombait depuis longtemps, il battait le tambour pour lui rappeler d'arrêter la pluie.

On dit que depuis lors, le tonnerre gronde habituellement quand il pleut. Et le Dragon s'est habitué à rassembler les nuages et à faire tomber les pluies sous la surveillance et la menace des bâtons du dieu du Tonnerre.



Voir les commentaires

Rédigé par orange8454

Publié dans #dragon, #grand, #mer, #reine, #terre

Repost0

Publié le 13 Septembre 2012

L'artisan Kong Shu était en train de sculpter un phénix. Il avait à peine ébauché l'aigrette et les pattes et n'avait pas encore ciselé le plumage. Quelqu'un dit en regardant le travail : "Cela ressemble à un hibou." Et un autre: "Ca rappelle plutôt un pélican."

Chacun de rire et on s'accorda pour trouver cette sculpture affreuse et l'auteur sans talent.

Lorsqu'il fut terminé, le phénix avait une surperbe aigrette émeraude qui se dressait, vaporeuse, au-dessus de sa tête. Ses pattes vermillons avaient des reflets éblouissants, ses plumes chatoyantes semblaient faites du brocart que tissent les nuages au coucher du soleil et sa gorge était couleur de feu. Un coup de pouce sur un ressort caché fit s'envoler avec un battement d'ailes l'oiseau mécanique, et trois jours durant, on le vit monter et descendre à travers les nuages.

Tous ceux qui avaient critiqué Kong Shu ne tarissaient plus d'éloges sur son oeuvre merveilleuse et son talent prodigieux.

 


Voir les commentaires

Rédigé par orange8454

Publié dans #fut, #nuages, #phenix, #sculpte, #talent

Repost0

Publié le 13 Septembre 2012

Longjing était autrefois un petit village perdu, avec une dizaine de foyers dispersés dans le vallon. On plantait des arbres et des bambous dans les collines plus éloignées, dans celles avoisinant les villages, on cultivait des céréales. Toute l'année on s'éreintait dans les champs, sans pouvoir pourtant manger à sa faim.

Aux abords du village, il y avait une chaumière délabrée où pénétraient la pluie et le vent; là habitait une vieille femme solitaire, sans enfant. Trop âgée pour grimper les collines ou aller aux champs, elle ne pouvait pour tout travail, que s'occuper de 18 arbres à thé derrière sa maison.

Ces arbustes avaient été plantés des dizaines d'années auparavant, du vivant de son mari. Faute de soins et de fumier, les théiers n'étaient guère feuillus, et chaque année ils ne produisaient que quelques kilos de thé de mauvaise qualité.

Bien qu'elle menât une vie dure, la vieille dame était très affable: elle mettait deux bancs dans son appentis et préparait tous les jours du thé sur sa réserve annuelle pour désaltérer les passants.

Une veille du Nouvel An, tandis que la neige tombait dru, les voisins achetèrent peu ou prou de denrées alimentaires pour passer la fête. La vieille dame était si pauvre que même le riz allait lui faire défaut; elle n'avait rien d'autre que quelques poignées de thé dans le pot.

Mais elle se leva cependant de bonne heure comme d'habitude et, après avoir mis une poignée de thé dans la marmite, elle alluma le feu et fit bouillir l'eau. Soudain un grincement se fit entendre, la porte s'ouvrit. Un vieillard couvert de neige entra. En le voyant, elle alla à sa rencontre:
- Il neige au dehors, lui dit-elle, entrez donc vous réchauffer un peu !

Après avoir épousseté la neige sur ses habits, le vieillard s'installa près du feu et se mit à bavarder avec la vieille dame.

- Qu'est-ce que vous cuisez dans la marmite?

- C'est tout bonnement du thé que je prépare.

Le vieillard s'étonna:

- Aujourd'hui c'est la veille du Nouvel An, demain ce sera la fête. Chaque famille s'affaire à préparer le sacrifice en cuisant des viandes, pourquoi faites-vous seulement du thé?

Elle avoua en soupirant:

- Hélas, je suis seule et pauvre! Je n'ai pas de quoi pour offrir un sacrifice: tout ce que je peux faire, c'est de préparer du thé pour désaltérer les passants.

A ces mots, l'homme éclata de rire:

- Mais non, vous n'êtes point pauvre, devant votre porte, il y a un objet précieux.

Ces paroles excitant sa curiosité, la vieille dame passa la tête au dehors pour regarder. Tout était comme d'habitude: l'appentis de bois de pin, deux vieux bancs, et dans un coin un mortier usé plein d'ordures entassées depuis des années.

En désignant du doigt le mortier, le vieillard dit:

- Voilà l'objet précieux!

Croyant à une plaisanterie, la vieille dame lui proposa en souriant:

- Si vous considérez ce mortier usé comme un objet précieux, il est à vous emportez-le!

- Mais, comment pourrais-je prendre gratis votre trésor! Vendez-le-moi, je vais faire venir mes gens pour l'emporter. Ceci dit, bravant la grande neige, il partit tout joyeux.

Regardant le mortier usé, la vieille dame pensa:

"Comme il est sale, comment pourrait-on l'emporter dans cet état!"

Alors, elle enleva les ordures avec une pelle et les enterra près des racines des 18 théiers. Puis elle alla puiser un seau d'eau dans le puits pour laver le mortier; avec les eaux souillées, elle arrosa les théiers.

Aussitôt après le nettoyage du mortier, le vieux monsieur vint avec ses gens. Lorsqu'il arriva devant la porte, il ne put s'empêcher de se lamenter:

- Hélas, où est le trésor? Où est le trésor maintenant?

La vieille dame, stupéfaite, désigna le mortier:

- Le voilà, il est toujours là!

Tapant du pied, il lui demanda:

- Où avez-vous mis les choses qui étaient dedans?

- Je les ai répandues sur les racines des arbres à thé derrière la maison.

Quand il eut constaté de ses yeux que la vieille dame avait dit vrai, il poussa de soupirs de regret:

- C'est bien dommage, c'est bien dommage! Les ordures entassées depuis des années dans le mortier usé étaient vraiment des trésors, mais puisque vous les avez mises sur les racines des théiers, ça fera du bien à vos arbustes.

Ceci dit, il partit tout désappointé avec ses gens.

Après le Nouvel An, ce fut bientôt le printemps. Cette année-là, chose étrange, les 18 arbres à thé de la vieille dame portaient beaucoup de feuilles. En outre, après la cueillette, les feuilles de thé s'avérèrent d'un goût savoureux accompagné d'un parfum délicat.

Voyant que les arbres à thé de la vieille dame poussaient à merveille, on sema leurs graines sur les flans des collines proches et lointaines après avoir abattu les bambous et les arbres et récolté les céréales.

Les théiers se multiplièrent et s'accrurent d'année en année, et finirent par couvrir toutes les montagnes et les champs environnant Longjing.

Depuis, le thé vert Longjing est devenu célèbre tant pour son goût savoureux que pour son parfum.

Aujourd'hui encore, les cultivateurs de thé disent souvent que les 18 théiers de la vieille dame sont les ancêtres du thé vert Longjing.



Voir les commentaires

Rédigé par orange8454

Publié dans #annee, #dame, #mortier, #theier, #vieille

Repost0

Publié le 13 Septembre 2012

Un jour, Kong Mingyi, le célèbre musicien, joua un morceau de musique classique devant une vache; celle-ci continua de brouter comme si de rien n'était. "Ce n'est pas qu'elle n'entend pas, c'est que ma musique ne l'intéresse pas" se dit le musicien. Il se mit alors à imiter sur son Sheng le vrombissement des mouches et le meuglement des petits veaux. Aussitôt la vache dressa l'oreille, balança sa queue et s'appprocha du musicien pour écouter jusqu'au bout cette musique qui, cette fois, lui disait quelque chose.

 



Voir les commentaires

Rédigé par orange8454

Publié dans #classique, #jour, #musicien, #musique, #vache

Repost0