Publié le 13 Septembre 2012
dieu
Publié le 13 Septembre 2012
CITATION DU JOUR
Publié le 13 Septembre 2012
Et tu veux que je te raconte encore quelque chose ? Une histoire pour François ? Eh bien, voilà une belle histoire.
Il y avait autrefois à Saint-Pierre un grand couvent de moines Augustins. Les seigneurs de Miolans leur avaient donné des prés, des vignes, des champs, et les bons Pères avaient des fermiers dans
tous les villages, et beaucoup de bêtes dans leurs écuries.
Tous vivaient bien tranquilles, chacun à son affaire; les vaches et les veaux pâturaient dans les prairies, les cultivateurs travaillaient dans les champs, les
Augustins chantaient la messe et les vêpres, et les autres offices, et tout le monde était bien content.
Mais, là-haut, de l'autre côté du Col du Frêne, il y avait les BAUJUS; et tu connais le proverbe ...
- Oui, oui, grand'mère, je le connais
Bauju
Traître et goulu,
Voleur, fripon
Voilà ton nom !
- Ah ! c'est bien. Mais il ne faut pas le leur dire ... et voilà donc qu'un hiver, à Sainte-Reine et à Ecole, ils avaient perdu beaucoup de leurs bestiaux d'une sorte de peste, qui avait sévi dans leur canton. Comme ils savaient que les Augustins avaient des vaches et des génisses, ils descendirent pour les voler. Et ils pillèrent tout le bétail, et même les récoltes, du blé, du vin, tout ce qu'ils purent trouver dans les granges des Pères, chez Garnier, à la Plantaz, à la Noiriat. Enfin quelqu'un courut au couvent donner l'alerte. Alors, l'Abbé appela un de ses moines et lui commanda de suivre ces pillards et de leur reprendre le butin, pour le ramener à l'abbaye.
Alors, le bon moine, sans manquer au devoir de l'obéissance, demande au Père Abbé comment il devra s'y prendre. Et l'Abbé lui répond : "Dieu vous conduise, mon
fils !"
Aussitôt, ce moine, parfaitement obéissant, demande la bénédiction de l'Abbé, retrousse sa tunique et se met vite en route par le chemin sur le Pont. IL rencontre les Baujus pillards au tournant
vers Jérusalem et les aborde poliment :
- Bonjour, Messieurs, quelle belle journée. Où allez-vous de ce pas ?
- Eh bien, Père, nous rentrons chez nous, en Bauges.
- Eh ! vous avez de belles vaches ! Il me semble que je les connais ! Ah ! mes enfants, qu'avez-vous fait ? Vous avez gravement offensé le Bon Dieu ! Il faut bien vite Lui demander pardon et
rendre toutes ces bêtes au monastère.
Et le bon père commence à leur faire un sermon sur le septième commandement, et avec des "vobiscum", et avec des "oremus" et des "pro nobis" ... Tant et si bien que les Baujus se mettent à crier
et à se moquer de lui. L'un le pousse, l'autre le repousse, celui-ci lui enlève son bonnet, celui-là son scapulaire; ils le jettent par terre, et lui arrachent ses souliers, ses bas, sa tunique.
Le pauvre moine supportait tout cela patiemment, priant Dieu pour ses ennemis.
Mais quand ils viennent à vouloir lui enlever sa chemise, alors l'homme de Dieu se sent frémir. Il se relève, il s'arrache de leurs mains, et, rempli de l'esprit divin, il se jette impétueusement
sur une génisse et lui détache une jambe avec l'épaule, puis, brandissant cette massue, se rue sur les voleurs, les renverse tous par terre, assommés sans qu'aucun n'y échappe.
Après quoi, ayant loué Dieu, il rendit à la génisse sa jambe avec son épaule, qui s'attacha au corprs sans qu'on y connût aucune marque; puis il rassembla tout
le troupeau et le conduisit au monastère avec le reste du butin.
- Oh ! grand'mère, ça, c'est une belle histoire, mais ce n'est pas une histoire vraie.
- Cependant, mon petit, ce moine si obéissant, qui s'appelait Walchaire, était tellement un saint homme qu'il devint lui-même Père Abbé du monastère.
Publié le 13 Septembre 2012
C'était il y a très très longtemps, bien avant que l'arrière grand-mère du Kristkind soit allée chercher sa grand-mère au Rocher des Poupons de Bethléem.
Il y avait déjà des hautes pierres dans la région du Salm et du Ban de la Roche. Certaines étaient hautes au sens figuré, parce qu'elles étaient habitées par des dieux. Et d'autres étaient hautes au sens propre parce qu'elles avaient été dressées. En Bretagne, on les aurait appelées des menhirs, mais, dans les Vosges, on les appelait simplement des Hautes Pierres. Et là, les choses deviennent très mystérieuses, car qui dit pierre dressée dit des hommes pour la dresser. Ce qui veut dire qu'il y avait des hommes dans la région au temps des mégalithes. Ce qui est très surprenant, car à l'époque, la terre était bien moins peuplée que maintenant. Les hommes n'allaient pas s'installer dans les mauvaises terres, rien ne les y obligeait.
Alors, qu'est-ce qui a attiré les hommes dans la région à l'époque préhistorique ? Pas les possibilités agricoles à coup sur ! Etaient-ce déjà les richesses minières ?
Bon, je cesse de m'aventurer sur le terrain humain, car on ne peut faire, pour ces hautes époques, que des hypothèses. Mieux vaut nous borner aux faits bien solides, et nous contenter de parler des Dieux, et plus précisément du Dieu des Hautes Pierres.
Tout ce qui est bon dans la vallée de la Bruche vient des pierres. Ce serait trop long de toutes les citer. Il y a, bien sur, le Rocher des Poupons à Belmont. La Bonne Pierre, à Vaquenoux. La Haute Pierre au dessus de Moyenmoutier. La Roche Mère Henri au dessus de Senones. Plus celles dont on a cru devoir mutiler le nom, remplaçant le mot "Haute" par des bizarreries du genre "Chaude" ou Chatte" : les Chaudes Roches au dessus de Raon sur Plaine ; la Chatte Pendue au dessus de Salm ; les Pierres-Chattes au Ban de la Roche (on les connaît indirectement par l'esprit qui leur est associé, le Diadelé des Pierres-Chattes).
Cette déformation du mot "haute" est d'origine "savante" (si l'on peut dire), en tout cas écrite : les transformations du mot s'observent de manuscrit en manuscrit ; elles n'ont rien à voir avec du patois. Si "haute" se disait "chatte" en patois welsche, cela se saurait. J'estime, pour ma part, que cette déformation ridicule et sacrilège provient de l'époque où l'Eglise pourchassait les anciens dieux. Je continuerai donc de parler de Hautes Pierres et non de Pierres-Chattes, car je ne les ai jamais entendues miauler ; de même, je parlerai, bien respectueusement, comme il convient, du Dieu des Hautes Pierres et non du Diadelé des Pierres Chattes, car un Diadelé, c'est un Diable. Or, nul n'a réussi, pas même au temps des procès de sorcellerie, à trouver quelque élément que ce soit, même calomnieux, même déformé, pour imputer la moindre méchanceté à ce prétendu diable.
Publié le 13 Septembre 2012
Au temps du roi Zeser, de la troisième dynastie, la vice-roi de Nubie était un homme de noble naissance nommé Meter. Il résidait à Eléphantine et il était chargé d'administrer toutes les propriétés appartenant au dieu Khnoum. le dieu Khnoum était un dieu très puissant et très riche, le maître des sources du Nil, dont les prêtres seuls connaissaient le lieu. Ils disaient que le Nil sort d'un gouffre, creusé par les eaux tourbillonnantes entre deux immenses rochers pointus : Crophi et Morphi. Il y a là un abîme si profond que la sonde attachée à un câble long de plusieurs milliers de brasses n'en touche pas le fond.
Dans la dix-huitième année de son règne, le pharaon Zeser fit venir au vice-roi Meter une missive qui contenait ceci :
"Cette lettre est destinée à t'informer des calamités qui sont tombées sur moi depuis que je suis assis sur le trône de la Terre-Entière, et qui pèsent aussi sur tous mes amis et sur tous mes sujets. Mon cœur douloureux est grandement affligé, parce que depuis sept saisons les eaux du Nil n'ont pas monté à la hauteur accoutumée ; depuis sept ans, nous n'avons vu ni les eaux vertes ni les eaux rouges. La terre est restée sèche et stérile : une boue noire cuite au soleil, une croûte fendillée d'où ne sort aucune herbe verte ; les arbres sont couverts de poudre, leurs feuilles sont enduites d'une épaisse poussière collante. La récolte n'a donné que quelques pauvres grains, les jardins sont desséchés : ni herbes ni légumes. Tout ce qui sert à l'homme pour sa nourriture a disparu de la surface de la terre.
Le paysan affamé va voler chez son voisin. Tous les pauvres gens voudraient s'en aller ailleurs chercher leur vie, mais, comme ils sont épuisés, ils n'ont même plus la force de marcher. Les petits enfants gémissent et meurent ; mes jeunes gens trébuchent de faiblesse ; le cœur des vieux est brisé de douleur, leurs jambes flageolent, ils gisent à demi évanouis sur le sol, pressant de leurs mains leur estomac vide.
Les fonctionnaires sont impuissants et ne savent quel conseil donner. Quand on ouvre les greniers publics qui devraient contenir des réserves, on n'y trouve rien que des courants d'air !Tout est en ruine sur la Terre-Entière.
Je me remémore le temps du bonheur, le temps où j'étais bien conseillé. Alors, chaque année, le dieu envoyait ses eaux fécondantes ; je voyais les hommes et les enfants patauger dans la boue liquide, les bœufs s'abreuver, les insectes pulluler, les oiseaux picorer et boire et le poisson Fabreka, qui gît le ventre en l'air, engraisser les ventres affamés. Ah ! c'était le temps des dieux, de Thot, le dieu-ibis qui se pose sur les eaux, le temps du grand prêtre Imoithis, le fils de Ptah ; alors tout était prospère et mes sujets nageaient dans l'abondance et aussi mes amis qui vivent auprès de moi dans la Grande Maison.
Je te prie de m'envoyer des renseignements. Où est la source du Nil ? Quel dieu en est le maître ? Que sais tu sur ce dieu ? Car c'est de lui que notre vie dépend, c'est lui qui entasse le grain dans les greniers. S'il ne nous bénit plus, nous périrons tous.
Je désire aller consulter la grande prêtre de Thot à Hermopolis : sa bénédiction fortifie tous les hommes et les soutient dans leur désespoir. Je souhaite de pénétrer dans la bibliothèque de temple de Memphis "La Maison de Vie", je veux saisir de mes mains les rouleaux de papyrus couverts d'écriture afin de les déchiffrer. Je veux lire les livres sacrés, les méditer et découvrir la signification de toutes ces choses mystérieuses."
Lorsque le vice-roi Meter eut lu attentivement la royale missive, il s'empressa de se mettre en route pour rejoindre le Pharaon. Dès qu'il fut près de lui, il commença d'instruire le roi. Il répondit dans la mesure où il le pouvait aux questions posées par Sa Majesté, lui donna des informations sur la crue du Ni et il lui répéta tout ce que les hommes savants ont écrit sur ce sujet. et il prit les livres, et il lui lut les passages importants, et il l'aida à déchiffrer les passages difficiles, et il lui expliqua les passages obscurs. Car les ancêtres de Pharaon n'avaient consulté ces livres qu'à la hâte et, depuis le temps lointain où Râ avait régné en personne sur l'Egypte, jamais ces choses n'avaient été exposées ni expliquées à aucun des rois, car jamais encore le Nil n'avait connu la secheresse.
Le vice-roi Meter dit au Pharaon : "Il est une ville sur le fleuve d'où le Nil semble tirer son existence. C'est une très ancienne ville qui remonte à la naissance du monde : Abou. On l'appelle la cité du commencement, et c'est par là que se trouve, loin, loin, vers le sud, le pays qui est la terre créée avant toute autre. Il y a une longue suite de marches, un escalier ; c'est là que le Seigneur Râ s'est reposé quand il eut fait les premiers hommes. C'est par là que sont les deux cavernes d'où jaillissent les deux rivières qui sont les sources du Nil. De cet endroit provient toute chose bonne pour l'Egypte. La grande inondation qui noie la Terre-Entière vient de là : l'eau monte à une hauteur de vingt-huit coudées tandis qu'à Hermopolis les eaux dépassent rarement sept coudées.
Voila comment cela se passe : le dieu Nil se lève, rajeuni par un long repos dans les cavernes où il a retrouvé ses forces. Il piétine le sol de ses sandales, il tire les verrous, ouvre toutes grandes les deux portes par lesquelles l'eau s'échappe : elle coule, et bientôt la nappe verte couvre les champs et les jardins de la Terre-Entière et alors les hommes se réjouissent à l'idée des futures récoltes.
Le dieu Nil vit sous le nom de Shou il tient le compte de tout ce que produit l'Egypte afin de vérifier si chacun a la part qui lui revient. Il garde la corde pour mesurer les champs et le registre des propriétaires. il habite une maison de bois, tournée vers le sud-est, la porte est faîte de roseaux et le toit de branches d'arbres.
Alentour sont les montagnes de roches et de pierres où les carriers s'en vont avec leurs outils chercher les pierres avec lesquelles les maçons construisent les temples des dieux, les palais des animaux sacrés, les statues et les pyramides des morts : c'est la pierre d'Abou qui ne se détruit jamais.
Dans le sanctuaire, les hommes pieux offrent aux dieux des sacrifices de toutes sortes et les dons parfumés qui embaument l'air sont présentés à la face de Khnoum et à Osiris et à Isis, et à Horus et à Nephtys. Dans les chambres secrètes et scellées s'entassent les trésors, les pierres précieuses : l'or et l'argent, le cuivre et le fer, la lapis-lazuli, l'émeraude, le cristal, le rubis et l'albâtre, et les graines de plantes qui produisent l'encens, et tout ce que les hommes reconnaissants offrent chaque automne au dieu qui les a comblés."
Ainsi le vice-roi enseignait à Pharaon les choses essentielles sur la vie de son royaume. Alors Pharaon voulut aller lui-même en pèlerinage au temple de Khnoum.
Là après avoir prié, il s'endormit et crut, dans son rêve, voir le dieu et s'entretenir avec lui.
"J'ai pénétré dans le temple : les gardiens des livres ont dénoué le cordon qui les attache et ils les ont déroulés, et ils me les ont montrés.
J'ai été purifié par l'aspersion des eaux bénites et j'ai aperçu le dieu Khnoum, debout, en face de moi, et j'ai essayé de l'apitoyer en lui faisant de grands présents : je l'ai prié, et je l'ai supplié.
Il a daigné entrouvrir les paupières et son cœur ù s'est penché vers moi, et du haut de sa grandeur majestueuse, il a laissé tomber ces paroles : "Je suis Khnoum, le dieu créateur. Mes deux mains ont ramassé de la terre, et ont façonné le corps de l'homme tel qu'il est, tel que tu es. Je t'ai fait des membres solides, et je t'ai donné ton cœur.
Mais l'homme est un ingrat. Elles gisent encore dans les carrières, dans les profondeurs de la terre, depuis des éternités, les pierres qui auraient dû être taillées pour me construire un temple. Rien n'a été fait pour réparer les demeures sacrées des dieux. Tu peux les voir : tombées en poussière et en ruines.
Il faut croire que les hommes et les rois ignorent que moi, le créateur, le tout-puissant, je suis le maître qui donne la santé. C'est moi le plus grand, le père de tous les dieux, le maître de la Terre-Entière. Les deux moitiés du ciel sont ma demeure ; c'est moi qui verse l'eau du Nil pour que le fleuve s'écoule, qu'il inonde les champs cultivés et que cette eau les fertilise, qu'elle donne la vie à tout ce qui respire partout où elle va et jusqu'où elle va.
Je ferai monter les eaux du Nil pour toi, et il n'y aura pas d'année stérile. Elles s'écouleront et couvriront les champs à la joie générale. Les plantes, les herbes foisonneront, l'épi fléchira sous le poids du grain, les arbres plieront sous la charge des fruits, le figuier, le grenadier, l'abricotier ; la pomme du lotus éclatera et on fera avec ses graines, pour toi, Pharaon, le si délectable pain de Lys.
La déesse des récoltes présidera et partout la récolte sera cent mille fois plus abondante parce que chaque année, les eaux monteront de plus en plus haut et iront de plus en plus loin.
Ton peuple sera comblée, chacun recevra bien au-delà de sn propre désir. La disette disparaîtra et on ne déplorera plus le vide des greniers. Toute l'Egypte sera en terres cultivées ; les régions seront jaunes à cause des blés mûrs et ces blés seront de bon grain. La fertilité de la Terre-Entière dépassera les souhaits du fellah et sera plus grande qu'on ne l'a jamais vue."
A la parole prometteuse de récolte abondante, le roi s'éveillera et dans son cœur le courage et l'espérance remplacèrent le découragement et le désespoir d'auparavant.
Pharaon quitta le sanctuaire du dieu et, tout de suite, publia une ordonnance : il faisait au temple une donation magnifique, des terres, des champs, des trésors. Ils établissaient des lois qui obligeaient chaque fellah à servir une redevance aux prêtres. Les pêcheurs et les chasseurs devaient leur porter du poisson et du gibier. Chaque jour, un veau sur dix devait être apporté au temple pour y être offert en sacrifice. Les autorités devaient laisser passer en franchise les dons destinés à Abou : or, ivoire, ébène, pierres précieuses, épices, bois rares. Et le roi ordonna que cet édit fût copié avec soin sur une stèle déposée dans le sanctuaire au pied d'une image de Khnoum.
Et à tout manant qui passait par là, Pharaon ordonna de saluer le dieu, de se prosterner et de s'abstenir de cracher, sous peine d'être bien rossé à coups de corde pour apprendre la politesse et le respect qu'on doit au dieu Khnoum, au Nil bienfaisant et nourricier.
Et depuis cette entente entre Khnoum et le Pharaon, pas une fois le Nil n'a cessé d'envoyer au printemps le flot des eaux vertes, puis le flot des eaux rouges ; trois mois durant, la terre s'imbibe d'humidité féconde, les prés rient, les rives fleurissent, les hommes sont dans la joie, car en prévision de la bonne récolte tout ventre se réjouit, toute dent broie sur la terre d'Egypte, don du Nil ; Nil, que les hommes révèrent et adorent comme le Seigneur des bonnes nourritures.
Marguerite Divin
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