Publié le 13 Septembre 2012

Le lettré Chen Bijiao, prénommé aussi Mingyun, était natif de Yan. De famille pauvre, il était secrétaire du commandant en second Jia Wan. Leur bateau était ancré au milieu du lac Dongting quand soudain un poisson Dragon émergea. Jia banda son arc et tira une flèche sur le dos de l'animal. Aussitôt un poisson saisit sa queue pour l'emmener, mais en vain; ils furent capturés ensemble et attachés près du mât où ils attendaient la mort.

Le poisson Dragon ouvrant et fermant à demi sa gueule semblait appeler au secours. Le lettré eut pitié d'eux et demanda à Jia de les relâcher. Comme il avait sur lui des onguents pour refermer les blessures, à titre d'essai il les appliqua sur sa plaie et rejeta les deux animaux à l'eau. Ils flottèrent un moment à la surface puis plongèrent dans les profondeurs.

Un an après, retournant vers le nord, comme il traversait à nouveau le lac Dongting, son bateau fit naufrage au cours d'une tempête. Chen flotta toute une nuit soutenu par un grand panier de bambou auquel il avait eu la chance de s'agripper. Il rencontra enfin un tronc d'arbre grâce auquel il put nager jusqu'au rivage.

Après bien des efforts, il réussit à se hisser sur la berge; il remarqua alors qu'un autre naufragé le suivait. C'était un de ses serviteurs. Il fit un effort pour le tirer de l'eau, mais il constata qu'il était sur le point d'expirer. Navré et ne sachant que faire, il ne put que s'allonger à côté de lui.

Il voyait des collines qui rivalisaient de verdure et des saules pleureurs qui se balançaient au vent. Mais pas un passant, personne à qui demander son chemin. De l'aube jusqu'au matin, il resta là à se tourmenter.

 

Tout à coup, il vit qu'un léger mouvement agitait les membres de son serviteur. Tout heureux il le remua et quand il lui eut fait vomir des boisseaux d'eau, celui-ci reprit bientôt connaissance. Ils mirent alors leurs vêtements à sécher au soleil sur les rochers. Vers midi, ils purent les renfiler.

Leurs ventres creux faisaient entendre des glouglous, et ils étaient torturés par la faim. Ils franchirent rapidement la colline dans l'espoir de trouver un village. A peine étaient-ils arrivés à mi-hauteur qu'ils entendirent des flèches siffler. Lorsqu'ils essayèrent de discerner d'où venaient les traits, ils virent passer deux jeunes filles chevauchant des coursiers qui galopaient aussi vite que des petits pois qui s'échappent de leur gousse.

Un carré de soie rouge en bandeau sur le front et une plume de faisan plantée là-dessus, deux amazones habillées d'une tunique violette aux manches étroites, serrée à la ceinture d'une bande de brocart vert, passèrent la crête de la colline, l'une bandant son arc, l'autre portant un faucon sur le bras. Elles étaient suivies de quelques dizaines d'autres belles amazones, toutes habillées de même et chassant à travers les brousailles.

Interdit, le lettré n'osait avancer. Un homme, un palefrenier probablement, arriva au pas de course. Le lettré s'informa auprès de lui de ce qui se passait.

- C'est la Dame du lac de l'Ouest, fit celui-ci, qui chasse dans la montagne.

Le lettré lui raconta alors son aventure et lui avoua qu'il avait grand faim. Le valet ouvrit sa sacoche pour lui donner la nourriture qu'il avait prise pour lui-même, tout en disant:
- Eloignez-vous vite; la moindre offense à son altesse vous conduirait à la mort. Pris de peur, le lettré descendit la pente en courant, et vit vaguement, à travers les arbres touffus, de grands bâtiments avec des pavillons qu'il prit pour un temple.

Ils s'en approchèrent et arrivèrent au pied d'une enceinte devant laquelle coulait une rivière; un pont de pierre menait à un grand portail de laque rouge entrouvert. Surplombant une petite porte, il vit des pavillons dont les toits touchaient presque les nuages. Il pensa qu'il s'agissait d'un parc ou d'un jardin d'un dignitaire. Il entra tout en écartant les lianes qui obstruaient le chemin.

Un parfum de fleurs lui arriva par bouffées. Un corridor en zigzag le conduisit dans une autre cour où des dizaines de saules pleureurs se balançaient jusqu'aux avancées des toits peintes en rouge. Des pétales de fleurs s'envolaient tandis que gazouillaient les oiseaux, des feuilles d'orme s'éparpillaient au gré du zéphyr comme une pluie de sapèques. C'était à la fois un charme pour les yeux et un enchantement pour le coeur. Le lettré se croyait hors de ce monde vulgaire.

Au-delà d'un petit kiosque, une balançoire avec laquelle on eût pu monter jusqu'aux nuages pendait immobile; il lui manquait la présence humaine. Pensant que l'endroit devait être proche de l'appartement des femmes, le lettré n'osa s'aventurer plus loin.

Tout à coup un bruit de course précipitée et de rires de jeunes filles se firent entendre près de la porte, et il s'enfuit dans les buissons de fleurs avec son serviteur. Puis la rumeur joyeuse se rapprocha de plus en plus et il put distinguer ces paroles:

- Pas de chance aujourd'hui, fit une des jeunes filles nous revenons quasi bredouilles!

- Heureusement, s'écria une autre, que notre Princesse a pu abattre une oie sauvage! Sinon c'eût été peine perdue pour nos serviteurs et nos chevaux !

Bientôt un essaim de belles filles s'avança, escortant une jeune personne vers le kiosque où on la fit asseoir. En costume de chasse avec ses manches serrées aux poignets, elle devait avoir de quatorze à quinze ans, et ses cheveux flottants tout comme sa taille flexible semblaient onduler dans le vent; même la fleur de Qiong (Fleur légendaire de la Chine antique) ne pouvait égaler sa beauté. les servantes lui servirent du thé et allumèrent de l'encens; c'était un tableau éblouissant comme un amas de brocart.

Peu après, lorsque la jeune fille se fut levée pour descendre les marches du kiosque, l'une des suivantes lui demanda:

 

- Après la fatigue de la chevauchée, pouvez-vous encore vous exercer à la balançoire?

Souriante, elle acquiesça. Aussitôt l'une la prit par l'épaule, une autre la soutint par le bras, tandis que d'autres encore relevaient le pan de sa jupe et lui soulevaient les pieds pour l'installer sur la balançoire. Elle empoigna les cordes, se lança de ses pieds effilés sur le trapèze volant telle une hirondelle dans les cieux, puis elle redescendit avec l'aide de ses servantes. D'une seule voix celles-ci s'exclamèrent:

- Vous avez vraiment l'air d'une fée, Princesse !

Et elles s'en furent dans un essaim de rires. Le lettré les suivait des yeux, son esprit planant comme dans un rêve. Puis, le silence rétabli, il s'avança jusqu'à la balançoire, perdu dans ses pensées.

Tout à coup, il découvrit un carré de soie rouge près d'une haie de bambous. Présumant que ce mouchoir avait été égaré par une des jolies filles, il s'empressa de l'enfouir dans sa manche. Puis, comme il y avait dans le kiosque un nécessaire pour exercer la calligraphie, il écrivit ce poème sur le mouchoir:

Pourrait-on dire que celle qui se livre à ce jeu charmant

Serait une fée, une immortelle ?

Il est sûr que c'est une beauté divine qui éparpille ses lotus d'or.

Voilà qui doit faire naître la jalousie des belles du Palais de la lune, froid et spacieux.

Ne dirait-on pas qu'elle semble marcher sur les flots en montant à la neuvième voûte des cieux ?

 

Son quatrain calligraphié, il quitta le kiosque et, tout en récitant le poème, il rebroussa chemin. Mais les portes étaient déjà verrouillées. Très embarrassé, il parcourut en vain tous les pavillons et kiosques lorsque soudain une jeune fille apparut. Surprise, elle demanda:

 

- Comment avez-vous pu venir jusqu'ici ?

- Nous nous sommes perdus en chemin, dit le lettré, en la saluant, et nous serions heureux de bénéficier de votre secours.

- Avez-vous ramassé un carré de soie rouge ?

-Oui, mais je l'ai déjà barbouillé d'encre! Que faire! dit le lettré en sortant le mouchoir.

- Que votre cadavre reste sans sépulture, s'écria-t-elle terrifiée. C'est une chose dont la Princesse se sert tous les jours, et maintenant cette soie est toute barbouillée !

Chen blêmit et implora son aide.

- Chercher à regarder en cachette les bâtiments du Palais constitue déjà un crime impardonnable! dit-elle. Cependant vos qualités littéraires me poussaient à vous sauver. Mais devant ce nouveau crime commis délibérément, pourrais-je vous tirer d'affaire ?

Sur ce, elle prit le carré et partit. Au comble de l'anxiété, le lettré attendait la mort, le cou tendu, regrettantde ne pas posséder d'ailes pour s'envoler.

Un moment après la servante revint le féliciter tout bas:

 

- Vous aurez la vie sauve. La Princesse a examiné le carré trois ou quatre fois, visiblement sans colère. Vous serez probablement relâché. il vous faut attendre patiemment, mais surtout ne pas vous mettre à grimper sur un arbre ou à escalader un mur. On ne le vous pardonnerait pas.

A la nuit tombée, ne sachant encore quel sort lui était réservé, Chen sentit que la faim lui creusait terriblement l'estomac. Peu après, la servante revint, une lanterne à la main, suivie d'une autre fille apportant un pot de vin et un panier plein de mets à l'intention du lettré. Celui-ci s'informa de son sort.

- Profitant d'un moment propice, j'ai demandé à la Princesse d'avoir la bonté de relâcher le lettré du jardin qui risquait de mourir de faim. Après avoir mûrement réfléchi, elle m'a dit : "Où pourrait-il aller dans cette nuit profonde?" C'est alors qu'elle m'a envoyée vous offrir ces provisions. Ce n'est donc pas une mauvaise nouvelle !

Le lettré se tourmenta toute la nuit, sentant toujours une menace peser sur lui. Au début de la matinée, la servante revint lui apporter de quoi manger. Il la supplia de parler pour lui.

- Si la Princesse ne s'est prononcée ni pour la mort ni pour l'élargissement, que pourrions-nous dire, nous les servantes ?

Au coucher du soleil, alors qu'il attendait impatiemment la jeune fille, celle-ci entra en courant le souffle coupé et dit :

- C'en est fait; des bavardes ont raconté l'affaire à la favorite du roi, laquelle a jeté le carré par terre en se répandant en invectives et en vous traitant de grossier personnage; le malheur vous guette !

Effrayé à l'extrême, le visage terreux, le lettré se jeta à genoux pour lui demander conseil. Un vacarme se fit entendre. La servante se retira en agitant la main. Munis de cordes, plusieurs hommes entrèrent à grand fracas.

Une servante du groupe, fixant les prisonniers, s'exclama:

- Mais, c'est le jeune Chen ! Attendez ! Attendez! continua-t-elle tout en empêchant les hommes aux cordes d'agir, attendez que j'informe son Altesse!

Elle s'en fut en hâte et revint peu après annoncer:

- Son altesse appelle le jeune seigneur Chen.

Celui-ci, tout tremblant, obéit. Ayant franchi des dizaines de portes, on arriva à un Palais dont l'entrée était voilée d'un store orné de pièces de jade aux crochets d'argent. Une jolie femme leva le store et annonça :

 

- Le seigneur Chen!

Une belle dame somptueusement parée se tenait devant lui. Il se prosterna en disant :

- Votre humble sujet solitaire qui habite à dix mille lis d'ici vous supplie de lui faire grâce de la vie !

La dame s'approcha, le releva tout en lui expliquant :

- Sans votre aide je n'existerais plus aujourd'hui. Mes servantes sont si stupides qu'elles ont failli offenser mon noble visiteur! C'est impardonnable !

Elle offrit un grand festin en l'honneur du lettré. On buvait dans des coupes ciselées. Chen ne s'expliquait toujours pas la raison d'une telle réception.

- J'ai toujours regretté de ne pas avoir pu vous rendre grâce de m'avoir sauvé la vie, fit-elle. Ma fille est honorée de votre inscription sur son mouchoir en témoignage de votre admiration. C'est la destinée qui vous a réunis. Je l'enverrai auprès de vous ce soir.

Comblé par des circonstances aussi inespérées, le lettré restait abasourdi. Vers le soir une servante vint lui dire :

- La Princesse a fini de s'apprêter.

Elle le conduisit alors dans la chambre nuptiale. Toutes les marches étaient couvertes de riches tapis et les salles éclairées par des myriades de lumières jusqu'aux lieux d'ablutions. Tout à coup les instruments modulèrent des airs variés; entourée de quelques dizaines de belles femmes étrangement parées, la Princesse, soutenue par sa suivante, accomplit la cérémonie nuptiale avec le lettré. Le Palais était embaumé par l'odeur des orchidées et du musc.

Puis, se tenant par la main, les mariés entrèrent dans la chambre nuptiale. Leur amour les comblèrent de joie.

- Moi, un humble voyageur, dit-il, je ne vous ai jamais témoigné mon dévouement, et j'ai déjà eu la chance d'avoir échappé à la mort sur le billot pour avoir souillé votre mouchoir parfumé, mais en outre vous m'accordez votre alliance. C'est un bonheur totalement inespéré !

- Ma mère, la Dame du Lac, est la fille du roi de Yangjiang. L'an dernier, comme elle se rendait en visite chez ses parents, elle fut atteinte par une flèche dans sa traversée du lac. Grâce à vous et à vos soins, elle a pu éviter le pire. Notre famille n'avait pas oublié votre bonne action. Mon espèce est différente de la vôtre, mais j'espère bien que cela ne vous inspire pas trop de crainte. J'ai obtenu du Roi Dragon le secret de l'immortalité, je voudrais que vous en bénéficiez aussi.

Le lettré comprit alors qu'elle était une fée.

- Comment se fait-il que votre servante m'ait reconnu? demanda-t-il.

- Sur le lac Dongting n'y avait-il pas un petit poisson qui tenait la queue du Dragon blessé ? C'était cette servante.

- Puisque vous vouliez m'épargner, demanda encore le lettré, pourquoi retardiez-vous sans cesse ma libération ?

- J'ai beaucoup de sympathie pour votre talent littéraire, mais il ne m'appartenait pas de prendre une décision; qui pourrait savoir combien j'ai hésité toute une nuit ?

- Vous êtes mon Bao Shu! soupira le lettré. Et qui était donc la personne qui m'a apporté à manger ?

- A-Nian, une de mes confidentes aussi.

- Comment pourrais-je lui rendre grâce ?

- Elle sera à votre service; on envisagera cela pour plus tard.

- Où est donc le Grand Roi? questionna-t-il encore.

- Parti avec le dieu Guan pour soumettre Chiyou, il n'est pas encore rentré.

Après plusieurs jours passés auprès de la Princesse, craignant que sa famille, restée sans nouvelles, ne soit dévorée d'inquiétude, le lettré envoya d'abord son serviteur pour faire dire qu'il était sain et sauf.

Les siens avaient appris le naufrage sur le lac Dongting, et sa femme portait le deuil depuis un an. Au retour du serviteur, on sut seulement que le lettré n'avait point péri. Mais du fait des difficultés pour communiquer, on en vint à croire qu'il n'en finirait jamais avec sa vie errante.

Six mois plus tard, monté sur un coursier magnifique, revêtu de souples fourrures, Chen rentra inopinément chez lui, ramenant des sacs remplis d'objets précieux. Il devint fabuleusement riche , et le faste de sa maison dépassait de loin celui des grands seigneurs du lieu. En l'espace de sept à huit ans, il eut cinq enfants. Il offrait chaque jour des banquets à ses invités. Ses dépenses en matière de vins et de mets dénotaient un luxe inouï. Et comme certains l'interrogeaient sur les sources de sa richesse, il leur raconta son aventure sans rien cacher.

Liang Zijun, son ami d'enfance, avait assumé des fonctions officielles au Sud pendant une dizaine d'années. En traversant le lac Dongting pour rentrer chez lui, il rencontra une jonque décorée avec un grand art. Des fenêtres sculptées et peintes en laque rouge s'échappaient de ravissantes mélodies, accompagnées au son du sheng* (Petit orgue à bouche portatif) et qui se répandaient sur les ondes brumeuses. Parfois de jolies femmes ouvraient les fenêtres pour contempler le paysage.

Regardant attentivement à l'intérieur de la jonque, il vit au milieu un jeune homme, tête nue, assis les jambes croisées, et près de lui une jolie fille de seize ans environ qui lui faisait des massages.

C'est certainement, se dit-il, un grand dignitaire de la région, pourtant il n'a pas d'escorte. A regarder de plus près, il s'aperçut qu'il s'agissait de Chen Mingyun. Il ne put s'empêcher de crier son nom à tue-tête.

A sa voix, le lettré fit arrêter le bateau et vint sur la proue, invitant Liang à passer à son bord. Celui-ci constata que la table était jonchée de plats entamés, et le lourd fumet des vins flottait encore dans l'air.

Le lettré donna l'ordre d'enlever immédiatement tous ces restes. Un instant après, quelques jolies servantes venaient offrir du thé et du vin, puis des plats recherchés de fruits de mer ou de produit de montagne inconnus de l'invité.

- Depuis dix ans que je ne vous ai vu, dit Liang avec curiosité, comment avez-vous pu accumuler tant de richesses et de titres ?

- Est-ce mépris de votre part à l'égard du pauvre lettré que j'étais ? M'était-il interdit de prospérer! fit-il en riant.

- Quelle est cette personne qui buvait avec vous tout à l'heure ?

- C'est mon humble épouse.

- Où allez-vous conduire votre famille? demanda Liang , toujours plus surpris.

- Nous voguons vers l'Ouest.

Et comme Liang voulait continuer à le questionner, le lettré l'invita à boire en écoutant des chants. A peine eut-il donné cet ordre qu'éclata un concert assourdissant où les chants mêlés aux accents des instruments de musique faisaient un vacarme qui empêchait d'entendre quoi que ce fût.

Devant ces belles filles qui remplissaient la salle, Liang puisant l'audace dans son ivresse lança à Chen à forte voix :

- Seigneur Mingyun, pourriez-vous me faire goûter avec l'une d'elles à d'autres transports de joie ?

- Vous avez trop bu, mon ami! fit le lettré en riant, mais je peux vous faire un don qui vous permettra d'acquérir une belle concubine.

Il demanda à sa servante d'apporter à son ami une perle éblouissante.

- Avec ce joyau, il ne vous sera pas difficile d'acquérir une Lüzhu *(Nom d'une concubine célèbre). Ceci pour vous montrer que je ne suis pas avare.

Puis, en guise d'excuse, il ajouta :

- Quelques occupations pressées m'empêchent de vous tenir compagnie plus longtemps.

Sur ce, il conduisit Liang jusqu'à son bateau et fit détacher les amarres du sien pour partir.

Lorsque Liang fut de retour dans sa famille, il se rendit chez le lettré qu'il trouva en train de boire avec ses invités. Stupéfait, il lui demanda :

- Il y a peu, vous étiez encore sur le lac Dongting; comment avez-vous pu rentrer si vite ?

- Jamais de la vie! Je n'étais pas là-bas.

Liang raconta alors ce qu'il avait vu, à la grande stupeur de l'assistance.

- Vous vous êtes trompé, s'écria le lettré en riant; aurais-je donc le don d'ubiquité ?

Dans la confusion qui s'ensuivit, personne ne trouva d'explication à ce phénomène.

Le lettré mourut à l'âge de quatre-vingt-un ans. A son enterrement, on fut étonné d la légéreté de son cercueil. On l'ouvrit, il était vide.

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Le chroniqueur des Contes fantastiques dit : La corbeille flottant à la surface du lac pour soutenir le naufragé, le carré de soie rouge ramassé par hasard et illustré d'un poème, constituent autant de phénomènes étranges, mais tous reliés par le seul sentiment de la compassion.

Quant aux Palais, femmes, concubines et privilèges accordées aux deux vies d'un même homme, je ne sais comment les expliquer. Celui qui espère avoir à la fois une épouse charmante, des concubines ravissantes, des enfants et petits-enfants valeureux et une longévité perdurable n'est jamais satisfait qu'à moitié. Y a-t-il aussi chez les immortels des Princes de Fenyang et des Jilun*?

(*Deux personnages qui possédaient de fabuleuses richesses)


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Rédigé par orange8454

Publié dans #fille, #fit, #lac, #lettre, #servante

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Publié le 13 Septembre 2012

Li Ming habitait une petite province de Chine. Nous l'avons rencontrée lors d'un voyage organisé à Pékin. Elle était debout, vêtue du costume de Mao, ses cheveux tressés et ses yeux remplis de curiosité. Devant ce temple majestueux qui attirait tous les touristes, elle ne cessait de dévisager tous ces étrangers. Puis, l'on ne sait pourquoi, elle s'est approchée. Elle a prononcé quelques mots dans sa langue. Nous ne la comprenions pas. Le groupe s'est éloigné, désintéressé. Son regard était si implorant! Je suis restée. Je l'ai suivie. Elle marchait à grands pas, heureuse. Nous sommes arrivées dans une petite ruelle, grisâtre et fumante. Des marchands ambulants tentaient de vendre leurs plats odorants. Elle s'est arrêtée près d'une porte, l'endroit étati sombre. Nous sommes entrées. Le ciel s'est éclairci, la luminosité était étourdissante. Et devant nous se dressait l'ancienne Chine. Un véritable Empire comme je l'avais imaginé avant d'entreprendre mon voyage. Un palais majestueux, coloré, éblouissant. Et puis une place immense pour le moment inanimée.

Li Ming m'a demandée de traverser cette place et de m'asseoir sur les marches du palais; elle m'a fait comprendre qu'il fallait que j'attende et que je regarde. J'ai attendu et j'ai vu...

Mille personnages se sont activés et préparaient vraisemblablement une fête. Ils étaient tous vêtus de soie colorée et mon regard s'est posé. Il y avait là un palanquin dans lequel se trouvait une jeune femme visiblement heureuse. Elle ressemblait étrangement à la petite chinoise qui n'était d'ailleurs plus à mes côtés. Les mêmes yeux si expressifs et enjoués. Elle attendait.

Tambour battant un cortège est arrivé mené par deux hommes, suivi lui aussi, d'un palanquin contenant un jeune homme. Les palanquins sont maintenant côte à côte, aucun regard ne se croise. Les deux jeunes gens sont invités à se rendre au palais. J'assiste bien à un mariage. Spectatrice, je suis invisible à leurs yeux, Li Ming n'est toujours pas revenue. Les jeunes mariés montent les marches sur lesquelles je suis assise; le cortège les suit.

Et puis tout s'éteint. Le temps s'arrête quelques minutes. La place est à nouveau déserte et la petite chinoise a repris place à mes côtés. J'ai du mal à comprendre. Elle prend ma main, nous montons les marches du palais et découvrons son intérieur. Elle me montre deux portraits, un homme et une femme; le dernier Empereur de Chine et l'Impératrice. Ces portraits ont une centaine d'années et pourtant il s'agit bien là des jeunes mariés que j'ai vus il y a queques instants.

Puis Li Ming sort de sa poche une montre gousset et m'explique avec des gestes et quelques mots, que nous avons remonté le temps. C'est un pouvoir qu'elle possède dès qu'elle passe la porte de cette ruelle. Li Ming ne connait que son prénom. Sa famille ne vit pas à Pékin. Elle y vient lorsque ses parents agriculteurs décident d'aller y vendre des produits de leur culture. Elle aime découvrir et c'est en se promenant dans ce vieux quartier que tous ces évènements se sont produits. Elle voulait aujourd'hui que quelqu'un découvre un tout petit bout d'histoire de l'ancienne Chine avec elle. C'est pour celà qu'elle dévisageait tous ces touristes si intensément. Elle faisait un choix. Elle m'a choisie.....

Chaque mois, le sujet change...

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Rédigé par orange8454

Publié dans #chine, #cote, #jeune, #ming, #petit

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Publié le 13 Septembre 2012

Il y a fort longtemps vivaient en Chine deux frères.

Wang-l'aîné était le plus fort et brimait sans cesse son cadet. A la mort de leur père, les choses ne s'arrangèrent pas et la vie devint intenable pour Wang-cadet. Wang-l'aîné accapara tout l'héritage du père : la belle maison, le buffle, et tout le bien. Wang-cadet n'eut rien du tout et la misère s'installa bientôt dans sa maison.

Un jour, il ne lui resta même plus un seul grain de riz. Il ne pourrait pas manger, alors, il se résolut à aller chez son frère dut aller chez son frère aîné.

Arrivé sur place, il le salua et dit en ces termes :


-Frère aîné, prête-moi un peu de riz.



Mais son frère, qui était très avare, refusa tout net de l'aider et le cadet

reparti.

Ne sachant que faire, Wang-cadet s'en alla pêcher au bord de la mer Jaune. La chance n'était pas avec lui car il ne parvint même pas à attraper un seul poisson.


Il rentrait chez lui les mains vides, la tête basse, le cœur lourd quand soudain, il aperçut une meule au milieu de la route.


" Ça pourra toujours servir!", pensa-t-il en ramassant la meule, et il la rapporta à la maison.


Dès qu'elle l'aperçut, sa femme lui demanda :


-As-tu fait bonne pêche ? Rapportes-tu beaucoup de poisson ?


-Non, femme ! Il n'y a pas de poisson. Je t'ai apporté une meule.


-Ah, Wang-cadet, tu sais bien que nous n'avons rien à moudre: il ne reste pas un seul grain à la maison.


Wang-cadet posa la meule par terre et, de dépit, lui donna un coup de pied. La meule se mit à tourner, à tourner et à moudre. Et il en sortait du sel, des quantités de sel. Elle tournait de plus en plus vite et il en sortait de plus en plus de sel. Wang-cadet et sa femme étaient tout contents de cette aubaine mais la meule tournait, tournait et le tas de sel grandissait, grandissait.

Wang-cadet commençait à avoir peur et se demandait comment il pourrait bien arrêter la meule. Il pensait, réfléchissait, calculait, il ne trouvait aucun moyen.


Soudain, il eut enfin l'idée de la retourner, et elle s'arrêta.


A partir de ce jour, chaque fois qu'il manquait quelque chose dans la maison, Wang-cadet poussait la meule du pied et obtenait du sel qu'il échangeait avec ses voisins contre ce qui lui était nécessaire. Ils vécurent ainsi à l'abri du besoin, lui et sa femme.


Mais le frère aîné apprit bien vite comment son cadet avait trouvé le bonheur et il fut assailli par l'envie. Il vint voir son frère et dit :


-Frère-cadet, prête-moi donc ta meule.


Le frère cadet aurait préféré garder sa trouvaille pour lui, mais il avait un profond respect pour son frère aîné et il n'osa pas refuser.

Wang-l'aîné était tellement pressé d'emporter la meule que Wang-cadet n'eut pas le temps de lui expliquer comment il fallait faire pour l'arrêter. Lorsqu'il voulut lui parler, ce dernier était déjà loin, emportant l'objet de sa convoitise


Il était très heureux, le frère aîné. Il rapporta la meule chez lui et la poussa du pied. La meule se mit à tourner et à moudre du sel. Elle moulut sans relâche, de plus en plus vite. Le tas de sel grandissait, grandissait sans cesse. Il atteignit bien vite le toit de la maison. Les murs craquèrent. La maison allait s'écrouler.


Wang-l'aîné prit peur. Il ne savait pas comment arrêter la meule. Il eut l'idée de la faire rouler hors de la maison, qui était sur une colline. La meule dévala la pente, roula jusque dans la mer et disparut dans les flots.

Depuis ce temps-là, elle continue à tourner au fond de la mer et à moudre du sel. Personne n'est allé la retourner.


Et voilà pourquoi l'eau de la mer est salée.



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Rédigé par orange8454

Publié dans #aine, #cadet, #frere, #meule, #wang

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Publié le 13 Septembre 2012

Il y a fort longtemps vivait à Jizhou, dans la Chine septentrionale, un vieillard appelé Yu Gong des montagnes du Nord. Yu Gong signifie "vieux sot".

Notre vieillard était-il maladroit ? Non pas. Yu Gong savait cultiver la terre, chasser le gibier, construire une maison tailler les pierres, bref, il pouvait faire n'importe quoi.

Etait-il stupide ? Pas plus. C'était un homme réfléchi, malgré sa nature simple et franche. Quoi qu'il entreprît, il ne spéculait jamais sur les circonstances, ne craignait aucune difficulté et finissait sa tâche jusqu'au bout. Ceux qui se croyaient intelligents et qui n'étaient qu'opportunistes le trouvaient sot. Aussi l'avait-on surnommé le vieux sot.

Yu Gong était alors âgé de 90 ans environ. Il avait des enfants et des petits enfants. Mais, contrairement aux vieillards de son âge, il continuait à travailler avec eux aux champs tous les jours du matin au soir. Un jour, quelqu'un lui conseilla :

- Grand père, vous êtes âgé et vous avez beaucoup d'enfants, laissez-les donc travailler! N'est-il pas temps pour vous de jouir du bonheur de votre vieillesse ?

- Pourquoi ? Je suis en bonne santé, et tant que je vivrai, il y aura toujours du travail pour moi, répondit Yu Gong en souriant. Je ne peux manger sans rien faire ! De toutes façons, rester à la maison toute la journée ce n'est pas drôle !

Et le vieillard continua à travailler.

 

Les membres de sa famille, de plus en plus nombreux, défrichaient la terre et cultivaient les champs chaque année. La culture en montagne n'est pas une mince affaire; il faut se frayer un chemin à travers les ronces, tailler le roc, transporter et creuser des canaux d'irrigation.

Le vieillard dirigeait le travail de sa famille du matin jusqu'au soir, quel que soit le temps. Il enseignait à ses enfants :

"Quoi que nous fassions, il faut le faire bien et bien le finir; les paresseux n'obtiennent jamais aucun succès."

Dans les terres qu'il avait défrichées, il ne restait pas une pierre; quelles que fussent la grosseur et la dureté de la roche, elles avaient été taillées au burin ou déplacées. La terre de ses champs était fertile, mais cela avait été au prix d'innombrables aller et retour de plusieurs dizaines de kilomètres pour transporter de la bonne terre des plaines. Bref, on pouvait dire que Yu Gong avait un caractère obstiné. Cependant, aux yeux des gens, il passait pour un sot.

La maison de Yu Gong donnait au sud sur deux grandes montagnes, le Taihang et le Wangwu. Ces deux montagnes s'étendaient sur 700 "li" et s'élevaient sur des milliers de mètres. Elles rendaient très difficile l'accès à la maison de Yu Gong.

Un jour, Yu Gong réunit toute sa famille et dit :

- Ces deux montagnes sont vraiment gênantes, elles nous barrent la route et nous obligent à faire un grand détour pour aller et venir. je propose que nous les enlevions. Je suis vieux, mais encore en bonne santé. Pour vous et pour vos descendants, je veux construire une route du sud du Henan jusqu'au bord de la rivière Han. Etes-vous d'accord ?

Tous ses enfants adhérèrent à son projet. Mais sa vieille compagne Xian Yi s'inquiéta :
- Mon vieux, c'est très bien de vouloir enlever ces deux montagnes, je suis tout à fait d'accord, mais tu n'es plus tout jeune, et tu ne peux pas soulever des montagnes comme le géant Kui Fu. De plus, où mettrons-nous la terre et les pierres ?

Yu Gong n'avait pas encore répondu que ses enfants répliquèrent tous en même temps :
- Grand-père est âgé, mais nous, nous sommes jeunes ! Quant aux remblais, il suffit de les transporter au bord de la mer, ce n'est pas difficile !

Le projet accepté, les travaux commencèrent tout de suite. Conduits par Yu Gong, les uns creusaient la terre, les autres taillaient le roc, d'autres encore transportaient les remblais avec des charettes ou à la palanche jusqu'à la mer Bohai.

Emportés par la volonté inébranlable de Yu Gong, ses voisins vinrent l'aider les uns après les autres. Même des foyers manquant de main d'oeuvre, comme celui de la veuve de Jingcheng avec son enfant, qui savait à peine marcher, vinrent creuser la terre ou porter le repas au chantier. Tout le monde travaillait avec ardeur.

Les travaux étaient très pénibles, il y avait une grande distance des deux montagnes à la mer Bohai. Il fallait plusieurs mois pour faire un aller et retour. Malgré tout, Yu Gong et ses enfants ne s'arrêtèrent jamais de piocher, jour après jour.

Un jour, un vieillard nommé Zhi Sou, ce qui signifie "vieux sage", les voyant à l'oeuvre, se moqua de lui :

- Quelle sottise faites-vous là ! A votre âge, vous n'avez plus beaucoup de temps à vivre ! Vous n'arriverez jamais à seulement aplanir un sommet; alors ces deux grandes montagnes, vous pensez ! Vous feriez mieux d'abandonner !

- On vous dit vieux et sage, rétorqua Yu Gong, mais vous êtes encore moins sensé qu'une veuve ou un enfant ! Sachez que lorsque je mourrai, il y aura mes fils; quand ils mourront à leur tour, il y aura mes petits-fils, ainsi les générations se succéderont sans fin. Si hautes que soient ces montagnes, elles ne pourront plus grandir; à chaque coup de pioche, de génération en génération, elles diminueront d'autant; pourquoi donc ne parviendrions-nous pas à les aplanir ?

Cette réponse cloua le bec à Zhi Sou qui partit sans rien dire. Yu Gong et ses enfants, inébranlables, continuèrent de piocher, jour après jour, année après année.

Cependant, le génie qui régnait sur ces deux montagnes commença à s'inquiéter. Si Yu Gong continue à piocher ainsi, pensa-t-il, mon royaume finira par disparaître complètement. Il en informa l'Empereur Céleste qui, ému de la volonté inébranlable du vieillard, envoya sur terre deux génies célestes qui emportèrent les deux montagnes sur leur dos.

L'une fut déposée à Shuodong, l'autre à Yongnan. Depuis, de Jizhou à la rivière Han, aucune montagne ne barre plus la route.



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Rédigé par orange8454

Publié dans #deux, #enfant, #gong, #montagne, #terre

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Publié le 13 Septembre 2012

Sur la demande de l'Empereur Céleste, Yi abattit les neuf soleils, châtia le démon des eaux Hebo et tua nombre de monstres et d'animaux féroces. Le peuple l'aimait et le vénérait. Yi voyageait beaucoup, se liait d'amitié avec la population et menait une vie paisible.

Un jour, alors qu'il chassait dans les bois, Yi traversa un ruisseau et aperçut sur l'autre rive une jeune fille puiser de l'eau avec un tube de bambou.

Un jour, alors qu'il chassait dans les bois, Yi traversa un ruisseau et aperçut sur l'autre rive une jeune fille puiser de l'eau avec un tube de bambou. Sa longue course l'avait assoiffé. Il s'approcha de la jeune fille et lui demanda à boire. Devinant qu'il était le héros Yi, elle l'accueillit aimablement, lui offrit à boire et lui cueillit une belle fleur en témoignage de son respect. Yi choisit alors dans ses trophées une magnifique peau de renard et lui en fit cadeau.

En bavardant avec elle, il apprit qu'elle s'appelait Chang E. Ses parents avaient été tués par des animaux sauvages. Depuis, elle vivait seule.

Yi se prit de pitié pour elle et Chang E le respectait beaucoup. les deux jeunes gens tombèrent amoureux l'un de l'autre. Peu de temps après, Yi et Chang E se marièrent et devinrent inséparables.

Très attachés l'un à l'autre, ils menaient une vie heureuse, et Yi oublia complètement de retourner au ciel.

Trois années plus tard, l'Empereur Céleste ordonna à Yi de retourner au ciel.

Lorsque l'Empereur Céleste apprit que Yi s'était marié sur Terre et ne voulait pas revenir au ciel, il se mit dans une grande colère. Dès lors, il fut interdit à Yi de remonter au ciel, mais il se consola en trouvant qu'il était plus heureux sur terre. Ainsi continua-t-il à vivre sur la Terre.

Mais Yi savait que la vie des êtres humains a ses limites. Un jour, il dit à sa femme :

- Quand j'étais au ciel, j'ai entendu dire que dans les monts Kunlun, à l'Ouest, habite la Reine-mère d'Occident. Elle possède une pilule d'immortalité. Je vais aller la chercher.

Ils étaient très tristes de cette première séparation mais, pour vivre éternellement tous les deux, ils étaient prêts à affronter le danger et la mort. Yi prit son arc et ses flèches, enfourcha un bon cheval et se dirigea vers l'Ouest.

Après avoir surmonté d'innombrables difficultés, Yi arriva enfin au pied des monts Kunlun. Yi arriva enfin au pied des monts Kunlun.

La Reine savait que Yi était un héros céleste qui avait délivré le peuple de nombreux fléaux. Aussi l'accueillit-elle avec beaucoup de respect.

Ayant appris le but de sa visite, la Reine ordonna à l'Oiseau à trois pattes, gardien des pêches d'immortalité, d'apporter une calebasse contenant une pilule d'immortalité fabriquée à partir d'un des fruits de l'arbre d'immortalité. Cet arbre ne donnait des fruits qu'une fois tous les trois mille ans ; c'est pourquoi ces pilules étaient très rares et extrêmement précieuses.

- Emporte cette pilule, dit la Reine, c'est la seule qui me reste. Néanmoins, c'est largement suffisant pour ton épouse et toi : Prenez-en chacun la moitié, et vous deviendrez immortels. Mais attention, si l'un de vous deux l'avale entière, il s'envolera au ciel et ne pourra jamais plus redescendre sur Terre.

- Je ne suis venu chercher la pilule d'immortalité que pour vivre éternellement avec Chang E, répondit l'Archer céleste. Puis il prit la calebasse, remercia la Reine et partit.

Lorsque Yi retrouva Chang E, il lui raconta tout ce qui s'était passé et lui confia la pilule d'immortalité.

Je suis passé par mille épreuves pour aller la chercher. Si nous la partageons, nous deviendrons immortels tous les deux. Mais si l'un de nous l'avale entière, il ira au ciel sans espoir de retour. Garde-la précieusement, nous la partagerons un jour faste prochain et nous vivrons ensemble éternellement heureux.

Chang E mit la calebasse dans sa poche avec précaution

Yi habitait sur la Terre depuis longtemps déjà et un grand nombre de jeunes gens venaient le voir pour apprendre le tir à l'arc. Yi leur enseignait consciencieusement son art. Lorsque le maître est compétent, ses disciples sont brillants, dit le proverbe. De fait, la plupart de ses élèves devinrent de célèbres archers.

L'un d'entre eux s'appelait Feng Meng. C'était un bon archer, mais un homme ambitieux et jaloux. Il caressait l'espoir que son maître mourût avant lui, afin de devenir le meilleur archer du monde.

Un jour que Yi était allé chasser, Feng Meng en profita pour pénétrer chez lui et menaça Chang E de son arc.

- Donne-moi vite la pilule d'immortalité, lui ordonna-t-il, sinon je te tuerai.

Surprise, Chang E lui demanda :

- Feng Meng, tu es le disciple de Yi ; pourquoi... ?

Je ne considère plus Yi comme mon maître. Devrais-je toujours rester un archer de second ordre toute ma vie ? Non, car il mourra avant moi ! rétorqua Feng Meng en riant sarcastiquement.

Chang E était rouge d'émotion et de colère.

- Allons, dépêche-toi de me donner cette pilule ! Cria Feng Meng en brandissant son arc d'un air menaçant.

Chang E pensa à toutes les épreuves que son mari avait dû traverser pour aller chercher la pilule d'immortalité. Elle ne devait pas laisser Feng Meng s'en emparer. Alors Chang E sortit de sa poche la pilule et, au moment où Feng Meng tendait la main, la porta rapidement à la bouche. Elle l'avala et s'élança vers la porte.

Chang E avait déjà franchi le seuil lorsqu'elle se sentit toute légère et s'envola vers le ciel. En pensant à son mari resté sur terre, elle décida de se réfugier sur l'astre le plus proche, la Lune. Dès lors, le Palais lunaire, dans lequel vivait désormais Chang E, brilla d'un éclat nouveau.

Lorsqu'à son retour de la chasse, Yi apprit ce qui s'était passé, une immense tristesse l'envahit. Il regarda la Lune et pensa à sa femme Chang E ; des larmes inondaient ses joues.

Devant l'ingratitude que Feng Meng lui avait témoigné, Yi fut rempli de colère. Il prit son arc et ses flèches et sortit à la recherche de son disciple.

Feng Meng s'était caché dans un bois derrière la maison de Yi. Lorsque celui-ci passa à la hâte devant lui sans le voir, il lui assena un violent coup de bâton sur la tête. Yi s'affaissa, mortellement blessé.

Lorsque les disciples de Yi découvrirent le crime de Feng Meng, ils arrêtèrent ce dernier immédiatement, l'attachèrent à un grand arbre et le transpercèrent chacun d'une flèche. Son ambition démesurée l'avait mené à sa perte.



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Rédigé par orange8454

Publié dans #chang, #feng, #immortalite, #meng, #pilule

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