Publié le 13 Septembre 2012

Deux voisines l’une pauvre Sarah, et la deuxième riche Léa, habitent un village au bord d’une rivière. Pessah étant proche, et la famille aisée n’a pas de problème pour faire les achats pour la fête. Les indigents eux n’ont pour ainsi dire aucun moyen de faire face aux dépenses nécessaires pour acheter un mouton, des galettes et d’autres aliments essentiels et des habits neufs pour leurs enfants.

Voulant faire bonne mine Sarah prend sa lessive au lavoir : si elle n’a pas de solution pour le renouvellement de la garde-robe de ses petits, au moins les vieux vêtements seront propres et y sera annulé tout soupçon de hamets.

Elle est au travail depuis un moment, quand un vieil homme s’approche d’elle et la questionne :

- Que fais-tu ma fille ?

- Je lave mon linge est sa réponse.

- Pourquoi ? Tu n’as pas de nouveau ?

- Oui, grâce au ciel, notre armoire est pleine.

- Tu as acheté un mouton ?

- Oui, grâce au ciel.

- Tu as tout le nécessaire pour fêter Paques ?

- Oui grâce au ciel, nous ne manquons de rien.

- Que la grâce du Seigneur soit faite, souhaite le vieillard et offre à la bonne dame une pièce d’or pour des futurs achats sollicités.

Sarah retourne chez elle, et sa surprise est grande de trouver sa cuisine pleine d’aliments, un mouton est attaché dans la cour et son armoire est toute pleine de costumes, tailleurs robes et linge neufs. Apres quelques achats, il lui reste encore beaucoup de monnaie. Sa voisine Léa curieuse, lui demande la provenance de tout ce bien. Sarah lui raconte sa rencontre avec le vieux monsieur de A jusqu’à Z, et tout le bien qui lui a été attribué.

Pleine de convoitise, Léa s’habille d’une robe élimée, et se rend au lavoir. Elle est au travail depuis un moment, quand un vieil homme s’approche d’elle et la questionne :

- Que fais-tu ma fille ?

- Je lave mon linge est sa réponse.

- Pourquoi ? Tu n’as pas de nouveau ?

- Non, malheureusement, notre armoire est vide.

- Tu as acheté un mouton ?

- Non, je n’ai pas eu le moyen de le faire.

- Tu as tout le nécessaire pour fêter Pâques ?

- Non, j’attends la grâce de D.

- Que la grâce du Seigneur soit faite, souhaite le vieillard.

Léa revient chez elle, et sa surprise est grande de trouver sa cuisine vide d’aliments, le mouton, tout a l’heure attaché dans la cour n’est plus, et en plus son armoire ne contient plus les vêtements qui l’ornaient. Et, misère son portefeuille est dépouillé. Le prophète Elie, car c’est lui, l’a punie pour sa cupidité.

La morale de cette histoire, est que si tel est heureux de son sort, le ciel l’aidera, et si untel est mécontent malgré sa richesse, il ne sera jamais satisfait.

Les voies du Tout Puissant sont impénétrables.

Raconté par Camus selon Dov Noye : soixante et onze contes et légendes provenant de Tunisie.



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Rédigé par orange8454

Publié dans #armoire, #ciel, #grace, #lea, #pleine

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Publié le 13 Septembre 2012

Armand a loué une nouvelle maison avec son épouse, sa fille et sa mère. Il venait de se lever du lit, et terminait sa toilette, quand on frappa à la porte d’entrée. Il courut ouvrir, les cheveux encore mouillés, et la serviette a la main. C’était le propriétaire venu lui souhaiter la bienvenue et lui présenter ses meilleurs vœux. Armand étant sourd, comme tous ses proches d’ailleurs, n’entendit pas la formule de politesse et répondit de mauvaise humeur :

- Je vous ai promis Ya Sidi, de vous payer aujourd’hui le loyer du premier trimestre... Avant midi vous serez réglé.

Sur ces paroles, il retourna à ses préparatifs, fit une courte prière, sans oublier de demander la bénédiction divine à sa demeure actuelle. Ensuite il alla a la cuisine siroter un bon café, essaya de repousser ce petit nuage de colère et pour ce, se confia a sa femme en maugréant contre le manque de patience du propriétaire et ne manqua pas de faire des commentaires a ce sujet.

Sa femme, bien entendu n’a rien compris et pensa que Pâques approchait et que son mari voulait lui offrir une robe.

- Achètes le tissu qui te plaira et choisis la couleur, je ne suis pas difficile, tu le sais, répondit-elle. Sur ces mots, pleine de joie elle alla réveiller sa fille.

- Pressons nous de faire le ménage, recommanda-t-elle, ton père m’achète du tissu pour une robe. L’après midi sera employé a la couture. La fille en âge de se marier, mais aussi sourde que ses parents, pensa a un mariage proposées éventuellement, et toute rougissante répondit :

- Maman, l’homme que papa choisira sera mon mari. Tu sais que je suis obéissante. Et elle s’empressa d’aller annoncer la bonne nouvelle à sa grand-mère.

Ayant mangé trop de viande grasse dans la mloukhia d’hier, la grand-maman avait le ventre dérangé. Elle poussa un profond soupir, en pensant qu’on l’invitait a déjeuner dit :

- Comment vous avez cuisiné ? C’est bien ma chance ! Vous avez préparé l’assida justement quand je fais ma diète ?

Camus


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Rédigé par orange8454

Publié dans #fille, #mere, #pensa, #repondit, #sera

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Publié le 13 Septembre 2012

On raconte qu’un jeune prisonnier de l’Armée arabe, qu’elle avait adopté comme son fils, et dont elle était tombée follement amoureuse (son nom était Khalèd), la trahit, passa à l’ennemi et lui livra les plans secrets des batailles qu’elle s’apprêtait à livrer. L’Histoire orale raconte que ses servantes, qui dormaient à ses pieds, s’éveillaient à ses pleurs et à ses lamentations. Du plus profond de son rêve elle appelait son amant et gémissait, brûlante de désir, "Khalèd, mon amour". Son amour déçu lui fit perdre ses esprits. Depuis le départ de son amant, elle se conduisait comme si elle cherchait à se perdre. Le malheur qui l’avait frappée la poussa à une conduite suicidaire qui s’exprima par des orientations politiques et stratégiques dénuées de toute logique. Le mal d’amour qui la rongeait lui fit prendre des décisions irrationnelles, comme celle de la « Terre brûlée », politique étrangère à celle qu’elle avait suivie jusqu’alors, et qui détourna d’elle les villes riches de la côte. Les errements de son amour, la conduisirent à croire que devant ces ruines, l’ennemi, concluant qu’il ne pouvait jouir des richesses des villes, abandonnera la partie. Et alors, pensait-elle dans son égarement, son amant lui reviendra.

Tu vois, ajouta Nourit, en Histoire tout tourne autour de guerres de conquêtes et des guerres d’indépendance, de l’amour et de la trahison ! Et elle partit d’un grand rire face à l’étonnement qui se lisait sur mon visage. "Mais dis-moi, Nourit, comment se fait-il que les chefs des tribus l’aient choisie comme leur chef suprême, alors qu’il ne manquai pas, parmi eux, d’autres chefs valeureux - et qui avaient fait leurs preuves ? "

Elle n’eut pas le temps de me répondre ; les premiers du groupe venaient d’arriver sur la Metsada. David s’approcha de moi, me fit un clin d’œil qui voulait en dire long. Je repoussai avec humeur ses sous entendus, et me replongeai dans l’histoire que Nourit venait de me raconter. Elle avait réuni autour d’elle le groupe et s’appliquait à nous décrire le palais forteresse qu’avait construit Hérode et la tragédie qui s’y était déroulée.

Elle lut en français quelques extraits du livre de Flavius Josèphe "La guerre des Juifs contre les Romains", et se concentra sur le discours qu’ Eleazar Ben Yaïr adressa aux combattants Zélotes qui s’étaient réfugiés sur la Metsada assiégée par les Romains. Eleazar leur demanda de donner la mort à leur femme et à leurs enfants et de se tuer ensuite, afin que personne ne soit pris comme esclave à Rome. "Pendant que nous avons encore l’usage libre de nos bras et de nos épées, leur dit-il, qui nous empêche de nous affranchir de la servitude ? Mourons avec les personnes qui nous sont les plus chères plutôt que de vivre esclaves." Sara l’interrompit grossièrement et souligna que leur acte tenait de l’absurde, qu’il était inhumain et immoral. "Il s’agissait pour eux d’un choix moral, lui répondit Nourit. "Non, reprit Sara, il s’agit d’une malformation de l’esprit et d’une vision perverse, qui n’a rien à voir avec la morale". Quoique je fusse d’accord avec Sara, je la haïs de plus belle.

La conversation sur l’héroïsme des combattants de la Metsada se poursuivit, mais je n’y étais plus. J’étais avec Dahya El Kahina qui, petit à petit, dans mon imagination, prenait le visage de Nourit. Tu sais que notre imagination a plus d’un tour dans son sac. Elle ne déforme pas seulement le passé, elle ne transforme pas uniquement la réalité sous nos yeux, elle a le pouvoir de faire de nous des étrangers à nous-mêmes, ange ou démon. Souviens-toi de Don Quichotte et d’Othello. C’était comme si j’étais envoûté. Je ne pouvais penser à autre chose. Ce n’était pas Nourit décrivant à notre groupe d’étudiants les prouesses des combattants de la Metsada face aux soldats de Sylva, que je voyais. Je voyais, comme dans un rêve éveillé, Nourit-Dahya exposer son plan de bataille aux chefs des tribus berbères et les exhorter à combattre vaillamment, jusqu’au dernier des braves. Elle les enthousiasmait et ils poussaient des cris de guerre à faire trembler le plus téméraire de leurs ennemis. Une sorte de "Passionnara" antique. Je pouvais discerner dans leur regard l’admiration qu’ils lui portaient et je saisis, comme un éclair, qu’ils étaient prêts à mourir pour elle.

Une femme qui commande en temps de guerre - et au cœur de la bataille - à des hommes, à plus forte raison à des chefs de tribus du désert, n’est pas aujourd’hui chose commune, me dis-je. Cependant, je comprenais, qu’à cette époque et dans une société non encore islamisée, la chose pouvait être possible, si cette femme possédait des dons uniques. C’est sûrement la raison pour laquelle ils la reconnurent comme prêtresse, chef suprême et stratège, me dis-je."

Claude se tut, et son regard erra vers l’horizon des monts de Jordanie. Au bout de quelques instants, je lui demandais si son histoire se terminait ainsi. "Non, s’exclama-t-il, je t’ai bien dit que l’ascension de la Metsada et l’histoire de Dahya El Kahina furent l’évènement le plus important qui a changé ma vie !

Je suis tombé amoureux de Nourit, qui s’était transformée à mes yeux en Dahya El Kahina, et je sentis qu’elle n’était pas insensible à mes sentiments et à la cour que je lui faisais. Ce sentiment s’accentua encore à la fin de l’excursion. Le bus nous attendait au pied de la rampe, cette sorte de remblai de terre qu’avaient construit les romains sur l’autre flanc de la Metsada, afin de faciliter leur attaque. Il devait nous déposer à l’auberge de jeunesse de la ville d’Arad, où nous devions nous séparer de Nourit. Nous descendîmes la rampe les derniers. Je lui demandais alors qu’elle avait été la fin de la Kahina. "L’histoire raconte, me répondit Nourit, qu’après les nombreuses défaites qu’avait subies le chef de l’armée ennemi, Hassan Ben Nâamon, celui-ci réussit à mettre sur pied une armée de 120.000 hommes, auxquels s’étaient joints les combattants des tribus berbères qui s’étaient converties à l’Islam.

Cette armée formidable attaqua la Kahina sans répit, la poursuivit et la traqua jusque sur les montagnes les plus escarpées. Lorsqu’elle vit, dans sa dernière bataille, que l’ennemi la pressait de tout coté, elle se jeta, chevauchant sa monture, dans un puits profond afin de ne pas tomber vivante aux mains de son ennemi. Lorsqu’on annonça à Hassan Ben Naâmon, qu’elle s’était suicidée au fond d’un puits, il ordonna qu’on la retirât de ce gouffre, lui trancha la tête et l’envoya au Calife Abdel Malek. Cela s’est passé en l’année 703. Depuis et jusqu’à ce jour, ce puits se nomme "Bir el Kahina", "Le puits de la Kahina". Ce puits est devenu un lieu de pèlerinage pour les tribus berbères."

Nourit prononça ces dernières phrases comme dans un chuchotement. C’était comme si elle se parlait à elle-même. Elle respirait lourdement, laissa échapper un profond soupir, un long sanglot. Sa voix se transforma. Elle devint basse, rauque, méconnaissable. C’était comme une voix qui émanait d’un gouffre. Elle m’envoûtait, et je sombrais dans son rêve comme s’il était mien. Son regard devint incandescent. Le feu qui brûlait en elle me caressa, et j’en ressentis un bonheur indéfinissable. Je voyais se dérouler devant moi la scène de son suicide et je tendis la main, en vain, pour l’arrêter. Je me mis à trembler de tous mes membres, inondé d’une sueur froide qui trempait ma chemise. Perdue dans son rêve, Nourit trébucha sur une pierre. Je saisis sa main pour l’aider, et m’éveillai complètement. Elle revint à la surface et me la laissa.

"Il faut nous presser, me dit-elle, les autres sont déjà dans le bus". "J’ai encore une question à te poser au sujet de Dahya. Comment se fait-il que jusqu’à sa fin cruelle, certaines tribus continuèrent à la soutenir, alors qu’elles avaient certainement compris que la partie était perdue ? " Je vois deux raisons à cela me répondit Nourit, en retirant sa main.

La première se résume, à mon sens à leur amour de la liberté. Les hommes de ces tribus préféraient mourir plutôt que de perdre leur indépendance. La seconde est qu’ils croyaient foncièrement que Dahya parviendrait à renverser la situation. Les Berbères croyaient en la force de la magie, dont, selon la tradition orale, elle détenait les secrets. Les secrets de la magie, en ces temps là et au sein de ces cultures, étaient un don et un pouvoir, que détenaient les prêtres. A plus forte raison si ceux-ci étaient en sus des chefs qui avaient fait leurs preuves.

Dahya descendait d’une famille de prêtres qui dirigeaient la tribu juive des Géraouiya. Le nom de Géraouiya dérive de la déformation du terme Hébraïque "Guère", dont la signification est "converti au Judaïsme". On sait que de nombreuses tribus berbères animistes s’étaient converties au Judaïsme sous l’influence de Juifs exilés, qui s’étaient installés en Afrique du Nord, après la destruction de Jérusalem en 70 de notre ère, et la chute de la Metsada, trois ans plus tard. Certains historiens soutiennent même, que la conversion de certaines tribus remonte à plus tôt encore, à l’époque de la destruction du Premier Temple de Jérusalem et de la première grande vague d’exil des Juifs de leur pays, en 587 avant notre ère. Le père de Dahya régnait sur la ville de Biskra, capitale de l’Aurès à cette époque. Elle était sa fille unique. Il lui enseigna donc la Science des Prêtres afin qu’elle soit son héritière. Les arcanes de la magie, à cette époque, en faisaient partie. Ceux-ci comprenaient aussi les secrets de la thérapie - et même, disait-on ceux de la thaumaturgie - ceux du sens des rêves et des signes prédisant l’avenir. La renommée de Dahya dans ce domaine, était connue de toutes les tribus berbères de l’Aurès, qui soutenaient qu’elle ne s’était jamais trompée."

Claude s’enferma de nouveau dans un long silence, perdu dans son rêve. Le soleil était à son zénith, signe que l’équipe qui devait nous remplaçait allait bientôt arriver. J’étais impatient de connaître la suite de son histoire et le pressais de parler. "Et alors, lui dis-je, qu’est-il donc arrivé avec Nourit ? Ne me laisse pas sur ma soif, raconte moi la suite ! "Je suis retourné à mes études à Paris, me répondit Claude. Cependant mon esprit et mon cœur étaient avec La Kahina. J’étais arrivé à la conclusion bizarre que ce n’était pas de Nourit dont j’étais amoureux, mais de Dahya El Kahina. C’est elle qui nous lie l’un à l’autre, me dis-je. Comme son ombre avait envoûté Nourit, elle m’a envoûté aussi. J’en étais passionné et la recherchais comme pris de folie. Je la recherchais dans les romans que des passionnés comme moi avaient écrits sur elle, comme pour s’en libérer. Je la recherchais dans les livres d’histoire, dans les nombreux Mémoires et Etudes, écrits tout le long du 19ème siècle. Je la recherchais parmi les vieux documents, dans les cartons d’archives, chez les historiens, chez les bouquinistes, dans les librairies de livres anciens. Je m’adressais aux plus sérieux des historiens, comme Ibn Khaldun et Gibbon. Eux aussi se sont rendus, pieds et poings liés, à ses charmes.

Le fameux historien et sociologue de la fin du 14ème siècle, Ibn Khaldun, dont la statue trône symboliquement dans une des avenues principales de Tunis, face à la Cathédrale qui rappelle les grandes heures du pouvoir de la France en Tunisie, a longuement disserté sur "elle". Dans son fameux "Mouqdima", une introduction à son livre "Quiteb el Ibère" qui traite de l’Histoire des Berbères, il disserte sur la politique de la "Terre brûlée" qu’elle avait adoptée afin d’arrêter l’armée ennemie. C’est cette politique catastrophique qui, selon lui, l’a conduite à la défaite. C’est elle, à ses yeux, qui a réduit les villes riches de la plaine et de la côte au désastre. C’est elle qui a soulevé contre La Kahina leur population.

Gibbon, au chapitre 51 de son livre "Décadence et chute de l’Empire romain", reprend le narratif de Ibn Khaldun et son point de vue sur la cause de la défaite de La Kahina. Ces deux grands historiens soutiennent la même thèse. La politique de la « Terre brûlée », selon leur conception, exprimait une antinomie insurmontable, qui court tout le long de l’histoire des peuples de cette période entre les valeurs qui motivent les populations des villes et celles qui motivent les populations agricoles. Entre les Civilisations urbaines et les Civilisations agraires. Entre la ville et la campagne, le village agricole ou le douar pastoral. Selon Gibbon cet antagonisme s’exprime clairement dans le discours que La Kahina adressa aux chefs des tribus qui combattaient sous son commandement. "Nos villes, leur dit-elle, avec tout l’or et l’argent qu’elles cachent, attirent les armées arabes et les poussent à la guerre. Ces métaux précieux, pour lesquels nous n’avons aucune considération, n’ont jamais été pour nous les motifs de notre démarche. Nous nous suffisons du simple produit de la terre. Détruisons donc nos villes, enterrons sous leurs décombres ces trésors qui nous sont nuisibles".

Cependant, les explications de ces historiens ne me satisfirent pas. Mon cœur se portait naturellement vers l’explication, plus simple et plus solide, de Nourit. Elle représentait à mes yeux une interprétation plus plausible de la conduite de Dahya. Je l’adoptais donc et me plongeais avec une passion effrénée, dans les écrits que j’avais rassemblés, à la recherche des preuves qui allaient dans le sens de l’explication qui soutenait que c’était son amour déçu qui avait poussé Dahya à adopter cette politique de la "Terre brûlée" - et aucune autre raison, morale ou stratégique ! Plus j’approfondissais mon empathie avec elle, m’identifiait à ses sentiments, et plus je ressentais que je détenais le véritable motif de sa conduite. Trahissant ma foi dans le rationalisme, j’allais vers la mystique. Je me pris à croire en ses vertus, à croire qu’elle me rapprocherait de Dahya, qu’elle m’aiderait à approfondir mes contacts spirituels avec elle. Dans ma volonté de faire quelques pas de plus, je me suis tourné vers sa langue. Je pris contact avec des membres actifs du Mouvement pour la Défense de la Culture Berbère, avec ceux du Comité Amazigh Mondial. Je fis la connaissance de son président, qui souligna à plusieurs reprises dans la longue conversation que nous avons eue, que "Amazigh" (Imazighen au pluriel) signifiait dans leur langue "Homme libre", qui est le synonyme de Berbère. Je me suis donc mis à l’étude du Tamazigh’t, la langue de Dahya, la langue courante des Juifs berbères qui l’utilisaient parallèlement à l’Hébreu dans leur bénédictions et leur rituel. C’est la langue que l’on parle encore aujourd’hui dans cet espace géographique de l’Afrique du Nord, que l’on nomme Tamzgh’a.

Je ne pourrais pas définir le malaise étrange qui me hantait au fur et à mesure où je m’immergeais dans ce que je supposais être le climat culturel qui avait vu Dahya s’épanouir et se perdre : plus j’avançais vers elle, plus elle s’éloignait de moi. Quoique je fusse avec elle le jour et la nuit, j’avais l’impression que son personnage réel s’éloignait de moi. Je sentais que tout ce que je faisais pour m’agripper à lui était vain. Plus je m’efforçais de m’en rapprocher, plus il me fuyait. Et pourtant, je sentais que la Dahya, que j’avais su si bien imaginer sur la Metsada, m’appelait, qu’elle me demandait de ne pas la quitter, de ne pas l’ignorer, de ne pas l’oublier. "Etais-ce moi qui la recherche ou bien est-ce elle qui me poursuit et me fuit à la fois", me demandais, complètement perturbé.

Perdu, je m’abandonnais à une sorte de nostalgie qui me fit sombrer dans une mélancolie noire. Je perdis le goût des choses de la vie. Cependant, et cette réaction est bien connue des psychologues, au moment où j’atteignis le fond du gouffre, comme par miracle, je me redressai et revins à moi. Un beau jour, je décidai de tout abandonner, ma maison, mes amis, mon travail à l’Université de Nanterre, je quittais tout et fis mon Alya."

Claude se tut à nouveau. Au pied du tel où se trouvait notre poste d’observation, l’équipe qui devait nous remplacer nous fit signe qu’elle arrivait. "Et alors, lui ais-je demandé, impatient, que s’est-il passé ensuite ? As-tu revu Nourit ? "Mais bien entendu, me répondit Claude avec un grand sourire ! Je l’ai revue, nous nous sommes mariés, nous avons deux enfants, nous sommes heureux ! J’ai compris que cette course folle, cette poursuite vaine d’une ombre du passé - et du passé en général - est chose absurde qui détruit notre âme et déforme notre jugement. Cela tient du pathologique.

Nous avons donc décidé d’un commun accord, Nourit et moi, d’aimer le présent, de goûter avec amour à ce qui existe concrètement, là, devant nous, et de ne plus jamais penser à Dahya El Kahina. Nous avons juré de ne plus la rappeler, ou même de prononcer son nom. Cependant, la nuit, il arrive parfois, au plus profond de nos effusions intimes, que Nourit gémisse à mon oreille, comme dans un rêve, "Khalèd, mon amour".

nouvelle de Reuven (Roger) Cohen


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Rédigé par orange8454

Publié dans #dahya, #kahina, #nourit, #qu’elle, #tribu

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Publié le 13 Septembre 2012

Dans un petit village de Chine, pas très loin de la ville de Nankin, vivait un jeune homme du nom de Tao. Il était très pauvre mais malgré sa pauvreté, il était de nature généreuse et toujours prêt à aider son prochain. Personne ne s’adressait jamais à lui en vain.

Un jour, alors que le soleil brillait déjà très haut dans le ciel, Tao, qui dormait sur une paillasse à l’ombre d’un arbre, fut réveillé assez brutalement par un inconnu. Surpris, il ouvrit les yeux et vit devant lui un homme tout de gris vêtu.

 

"Réveille-toi, Tao", lui dit l’inconnu. "La reine t’attend ! "

 

"La reine ?", s’étonna Tao. "Mais je ne connais pas de reine !"

 

"Elle, en revanche, te connaît", poursuivit l’homme en gris, "Et elle m’a envoyé te chercher de toute urgence. Viens, suis-moi !"

 

"Mais qui êtes-vous donc ?", demanda Tao au messager. "Je ne vous ai jamais vu !"


L’inconnu haussa les épaules :

 

"A quoi cela pourrait-il t’avancer de m’avoir déjà vu et de savoir qui je suis ? La reine a besoin de ton aide. Tu es bien Tao, celui qui ne refuse jamais son aide à personne ?"

 

Tao n’osa plus poser de question. Il replia rapidement sa paillasse et suivit l’inconnu.Ils marchèrent un long moment et à l’instant où il croyait atteindre les dernières maisons du village, il découvrit devant lui une ville immense dont toutes les maisons, massées les unes contre les autres, présentaient une forme assez étrange, qui lui sembla vaguement familière.

 

L’inconnu pénétra dans l’une d’elles, plus vaste et somptueuse que les autres. Tao le suivit.

 

Ils arrivèrent dans une salle immense, où une femme de très belle était assise sur un trône majestueux. Elle portait dans les cheveux un diadème, qui scintillait de mille feux.

 

"Merci d’être venu" murmura-t-elle. "Mon royaume court un grand danger et tu es le seul à pouvoir le sauver."

 

Tao se courba dans un profond salut.

 

"Ce sera un honneur pour moi, Votre Majesté", balbutia-t-il.

 

"Je vais te présenter à ma fille" poursuivit la reine d’une voix douce. "Je considère tous mes sujets comme mes propres enfants, mais je tiens à ma fille bien plus qu’à moi-même."

 

Tao crut entendre des milliers de clochettes d’or, et une jeune fille, également très belle entra dans la pièce.

 

Son visage était pâle comme le lys et ses cheveux de jais coulaient en cascade le long de son dos. L’air infiniment triste, elle alla s’asseoir à côté de la reine, sur une chaise en or.

 

A peine venait-elle de s’installer qu’une dame de la cour entra, toute essoufflée en hurlant :

 

"Le Monstre ! Le Monstre !"

 

La reine se leva.

 

"Voilà le malheur dont je viens de te parler. je t’en supplie, Tao, aide ma fille. Elle a pour mission de reconstruire une capitale mais sans toi, jamais, elle n’y parviendra."

Tao, sans hésiter une seconde, prit la jeune fille par la main et, ensemble, ils quittèrent le palais discrètement.

 

Pendant des heures, ils coururent sans prendre le temps de retrouver leur souffle. Ils empruntèrent mille et une petites rues tortueuses et parvinrent finalement dans le village de Tao. Là, ils purent souffler un peu.

 

"Comme il fait calme, ici", soupira Fleur de Lotus, car c’est ainsi que la jeune princesse s’appelait.

 

"Nous sommes loin de tout une danger, à présent, dit Tao".

 

"Où allons-nous bâtir la nouvelle capitale, demanda la princesse ?"

 

"Une capitale ?", demanda Tao, qui n’avait pas très bien compris lorsque la reine lui parlait dans son palais. "Mais je ne pourrai jamais construire une capitale. C’est impossible ! Je ne suis qu’un pauvre paysan. Je n’ai ni pouvoir ni argent."

 

La princesse le regarda et de grosses larmes roulèrent sur ses joues.

 

"Mais tu es pourtant bien Tao, celui qui est toujours prêt à aider son prochain", gémit-elle. "Toi seul est capable de le faire..."

 

"Non, je... ", s’apprêtait-il à dire lorsqu’il s’éveilla.

 

Il avait dû dormir longtemps, car le soleil se trouvait maintenant fort bas sur l’horizon. Bien qu’éveillé, Tao entendait encore la voix suppliante de Fleur de Lotus qui semblait s’éloigner.

 

En vérité, c’était un essaim d’abeilles. Elles semblaient perdues et tournaient en tous sens autour des fleurs du jardin.

 

"Pauvres bêtes", pensa Tao. "Elles n’ont pas de ruche ! Je vais leur en faire fabriquer une."

 

Et il se rendit immédiatement chez un charpentier.

 

Je me demande d’où peuvent bien venir toutes ces abeilles ?, pensa-t-il, lorsqu’il vit que les insectes acceptaient avec empressement leur nouveau refuge.

 

Il partit se promener dans le village. Arrivé à hauteur de la dernière maison, il découvrit dans un jardin une ruche abandonnée.

 

"J’ai trouvé des abeilles chez moi", dit-il à l’homme qui vivait là. "Ne sont-elles pas à vous ?"

"C’est possible", répondit l’homme.

 

"Elles ont dû fuir", ajouta-t-il en ôtant le couvercle de la ruche.

 

Comme il se penchait, il y découvrit un serpent :

 

"Oh ! Le monstre de mon rêve ... !", se dit-il.

 

De retour chez lui, Tao installa dans son jardin toute une série de belles ruches semblables. De tous les côtés des abeilles arrivèrent. Elles se mirent à butiner ses fleurs et lui offrirent tellement de miel en échange de sa protection que Tao, le généreux, devint bientôt riche.

 

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Rédigé par orange8454

Publié dans #aide, #bien, #fille, #reine, #tao

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Publié le 13 Septembre 2012

Il y a des années et des années, au pied de la colline Baoshi se trouvait un village situé sur la rive du Lac de l'Ouest où habitait un beau couple, le mari s'appelait Liu Chun, et sa femme Hui Niang; l'homme travaillait aux champs et la femme restait à la maison où elle filait la soie.

 

Comme ils étaient laborieux et économes, la famille avait une vie aisée. Hui Niang se trouva enceinte après cinq ans de mariage, ce qui la remplit de joie. Leurs voisins faisaient leur éloge donnant en exemple leur couple harmonieux.

 

Un matin, quand l'aube eut apparu à l'orient, un soleil brillant se leva, alors Liu Chun, la houe sur l'épaule, s'en alla travailler aux champs. Sa femme ayant bien préparé tous les accessoires, s'assit devant son métier à tisser pour se mettre à filer la soie. Tout à coup, un vent furieux se déchaîna; des nuages d'un noir d'encre s'amoncelèrent. Le soleil disparut en un clin d'œil.

La tempête calmée, le soleil ne revint pas. Le monde était enveloppé de froides ténèbres, les feuilles tombaient; les fleurs se fanaient; légumes et céréales ne poussaient plus; les démons firent leur apparition, jetant le trouble dans le pays. L'angoisse étreignait les cœurs, et on n'avait plus de quoi vivre!

 

Où était donc passé le soleil? Un seul homme pouvait le savoir, c'était un vieillard de cent quatre-vingt ans qui vivait au pied de la colline Baoshi.

 

Il dit:

 

- Au fond de la mer de l'Est habite un Roi des Démons, qui a un grand nombre de petits diables à son service. Comme ils commettent leurs forfaits dans l'obscurité, ils ont grand peur du soleil et ont conçu une haine mortelle à son égard; certainement, le soleil a été enlevé par le Roi des Démons.

 

Liu Chun, comme tout le monde, souffrait de vivre dans les ténèbres. Il se rendit chez ses voisins à tâtons. On l'accueillit en lui disant:

 

- Liu Chun, sans soleil, nous allons mourir de froid!

 

Et un autre se plaignit:

 

- Liu Chun, sans soleil, nous allons mourir de faim!

 

Ces paroles et le souvenir des souffrances qu'il avait lui-même connues lui serrèrent le cœur.



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Rédigé par orange8454

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