Publié le 13 Septembre 2012
pere
Publié le 13 Septembre 2012
Le Père fouettard, compagnon de Saint-Nicolas bien connu en Lorraine et dans les pays rhénans, a un aspect repoussant analogue à celui des croquemitaines. Le soir du 5 décembre, il brandit ses verges pour menacer les enfants désobéissants, alors que le « bon saint mitré » distribue ses friandises. Suivant les régions, il se présente sous divers aspects sombres, hirsutes ou zoomorphes (bouc, âne…), démultiplié parfois même, et il connaît différentes appellations, comme celle de « Hans Trapp » en Alsace. Le Père Fouettard et Saint-Nicolas personnalisent à eux deux le côté ambivalent du distributeur de cadeaux, généreux mais justicier.
Le Père Fouettard appartient aux « masqués » de l’hiver d’origine indo-européenne. Il symbolise le monde de l’ombre et de la mort, en opposition avec celui des vivants. Toutefois, certains lui attribuent des origines historiques : un sévère maréchal alsacien du XVème siècle qui habitait au château de Berwarstein près de Wissenbourg, Hans Von Dratt ou Von Trotha, lui aurait laissé son aspect repoussant et son nom de Hans Trapp. Mais son nom semble plutôt avoir pour origine le verbe alsacien tàppe ou tràppe, « marcher pesamment ».
Pour les Lorrains, le Père Fouettard aurait été créé en 1552, pour se moquer de l’empereur Charles Quint qui voulait conquérir Metz. Enfin, selon Arnold Van Gennep, le Père
Fouettard aurait été institué par des pédagogues du XVIIIème siècle pour punir les mauvais élèves.
L'image se réoandit peu à peu dans le Nord et c'est ainsiq qu'il connaît de beaux jours en Allemagne, en Hollande, en Belgique terifiant les enfants et soulageant les problèmes éducatifs de
quelques parents...
Publié le 13 Septembre 2012
Une veille femme vivait seule avec son fils dans une petite maison. Celui-ci était paresseux, tellement paresseux qu'il ne faisait
jamais rien. C'est à peine s'il se levait pour se nourrir ou se laver. Chaque fois que sa mère lui demandait quelque chose, la réponse était toujours la même :
- Non mère, je ne peux faire cela, j'suis bien trop fainéant.
Un jour, apprenant que les enfants du voisin partaient le lendemain matin couper du bois dans la forêt, la veille femme leur demanda d'emmener son fils avec eux.
Mais le lendemain matin, quand les frères vinrent le chercher juste avant le lever du soleil, il leur dit :
- Laissez-moi dormir, j'suis bien trop fainéant pour aller couper du bois.
Mais cette fois, notre paresseux trouva une oreille bien moins attentive que sa mère. Les frères le sortirent du lit, l'habillèrent et le mirent sur un âne. Hélas, arrivé
dans la forêt, sa seule action fut de s'appuyer contre un arbre et de regarder les autres travailler. Il s'endormit même en se disant :
- J'suis bien trop fainéant pour les regarder travailler.
Vers midi ils le réveillent pour lui proposer à manger, mais :
- J'suis trop fainéant, mangez sans moi et laissez-moi dormir...
Ils ont donc mangé sans lui et se sont remis au travail. A la tombée de la nuit, les frères avaient coupé assez de bois pour remplir les deux charrettes. Ils lui
demandèrent bien de les aider à remplir sa propre charrette, mais comme toujours :
- Non, non, je ne peux pas remplir ma charrette, j'suis bien trop fainéant pour ça.
Et bien sûr ce sont les frères qui firent le travail. Quand les deux charrettes ont été prêtes, les frères ont réveillé une nouvelle fois notre paresseux en le frappant
:
- Allez debout, larve indigne du nom d'homme ! La nuit est déjà sur nous, il faut partir avant que les loups sortent...
- Oula, laissez-moi là, j'suis vraiment trop fainéant pour rentrer ce soir à la maison. Les loups peuvent venir me manger, je m'en moque bien.
Les trois frères l'ont alors laissé là, l'insultant tandis qu'ils prenaient le chemin du retour. Lui, bien évidemment, s'est rendormi. Mais quelques minutes plus tard, un
sifflement l'a réveillé. Un serpent blanc s'approchait de lui pour le piquer.
- Salut le serpent, tu peux bien me piquer si ça te fait plaisir, je ne m'enfuirai pas, je suis bien trop fainéant pour cela.
Le serpent, au lieu de le piquer, fut pris d'un fou rire. Quand il eut retrouvé son calme, il lui dit :
Salut fils d'homme, tu m'as bien fait rire et pour t'en remercier je ne te piquerai pas. Je vais même faire plus pour toi. A partir de maintenant, chaque fois que tu
désireras quelque chose, il te suffira de dire "serpent blanc, serpent blanc, je veux ceci ou cela, je t'en prie donne le moi."
Et aussitôt après, le serpent disparut dans la forêt.
Le jeune homme se dit qu'il n'avait besoin de rien, et que de toute façon il était bien trop fatigué pour demander quoi que ce soit. Mais la nuit en cette fin d'automne
était bien fraîche et notre paresseux sans couverture, alors :
- Serpent blanc, serpent blanc, je veux une couverture pour ne pas avoir froid cette nuit, je t'en prie donne la moi.
Et bien entendu, notre paresseux se retrouva avec une couverture chaude et se rendormit. Vers midi, en se réveillant, il avait faim et bien sûr aucun courage pour se
trouver de la nourriture. Qu'importe :
- Serpent blanc, serpent blanc, je veux une soupe chaude et du pain pour combler ma faim, je t'en prie donne les moi.
Le voilà avec un grand bol de soupe de lentilles bien chaudes et de délicieux morceaux de pain. Un jour passa, puis un autre et un autre encore, et notre homme ne faisait
rien. Il mangeait juste quand il avait faim, grâce au serpent, et le reste du temps il dormait. Mais au bout de quelques jours il commença à s'ennuyer. Il s'ennuyait tellement qu'il demanda des
choses extravagantes au serpent, et surtout celle-ci :
- Serpent blanc, serpent blanc, je veux que la fille du sultan porte mon enfant, je t'en prie qu'elle le porte.
Et bien sûr...
Puis, s'ennuyant de plus en plus, il décida de rentrer chez lui. Mais pas par ses propres moyens, vous vous en doutez bien. En le voyant, sa mère entra dans une colère
noire :
- Maudit fils qui ne fait rien d'autre de sa vie que de dormir, pourquoi donc n'as-tu pas été dévoré par les loups ? Cette maison n'est plus et ne sera plus jamais la
tienne !
- Calme toi mère, calme toi et écoute moi.
Le paresseux lui raconta toute son histoire. Et pour prouver à sa mère qu'il ne mentait pas, il dit :
- Serpent blanc, serpent blanc, je veux un grand repas pour moi et ma mère, je t'en pris donne le-moi.
En voyant apparaître ce repas sur la table, la mère pardonna tout à son fils. Dans les jours qui suivirent, chaque matin, chaque midi et chaque soir, un festin attendait
notre paresseux et sa mère. Il vécut ainsi de long mois heureux sans rien faire.
Par contre, bien loin de là, dans le plus somptueux palais du royaume, la fille du sultan voyait son ventre s'arrondir de jour en jour sans comprendre ni pourquoi ni
comment cela avait pu se produire. Elle était dans cet état depuis six mois quand son père le découvrit. Il rentra dans une colère terrible, une de ces colères qui font trembler les murs des
palais et tomber des têtes. Il menaça encore et encore sa fille afin de savoir qui était le père, mais que voulez-vous qu'elle lui répondit d'autre que :
- Je ne sais pas, père.
De fureur, il décida de lui couper la tête, mais son grand vizir réussit à le calmer et lui dit :
- Maître, si vous tuez votre fille, jamais nous ne saurons qui est le père. Enfermez la plutôt dans la plus haute des tours de votre palais, avec juste assez de nourriture
pour qu'elle donne naissance à un enfant vivant, et peut-être que nous pourrons reconnaître dans ses traits celui de son père.
Ainsi fut fait, et trois mois plus tard elle donna naissance à un beau garçon. Mais personne dans le palais ne ressemblait de près ou de loin au nouveau-né. Le sultan
demanda une fois encore à sa fille qui était le père, mais bien sûr une fois encore la seule réponse fut :
- Je ne sais pas, père.
Alors le sultan rentra de nouveau dans une grande colère, mais une fois encore son vizir réussit à le calmer :
- Maître, ne tuez pas votre fille, ni son bâtard de fils. Attendons que l'enfant ait sept ans, vous l'installerez sur la grande place et vous ferez défiler devant lui tous
les hommes du pays. Quand l'enfant sautera au cou de l'un d'eux en l'appelant papa, nous aurons trouvé le coupable. En attendant, enfermez votre fille et son bâtard dans la plus haute tour de
votre palais, avec juste ce qu'il faut de nourriture pour qu'ils survivent.
Ainsi fut fait, et sept ans passèrent. L'enfant fut installé sur la grande place devant le palais. Ordre fut donné à tous les hommes du royaume de venir défiler devant lui
sous peine de mort. Pendant des semaines et des semaines, tous les hommes du royaume défilèrent, mais l'enfant ne réagit devant aucun d'eux. Et pour cause : le paresseux fut le seul homme du
royaume à ne pas se déplacer, bien trop paresseux pour craindre la colère d'un sultan. Mais le vizir apprit qu'un homme vivant dans cette maison ne s'était pas déplacé. Il envoya des soldats le
chercher et le fit défiler devant l'enfant. Dés qu'il le vit, l'enfant lui sauta au cou et l'appela papa. Vous imaginez bien la fureur du sultan en voyant le père de son petit-fils ! Mais, une
fois encore le vizir le calma :
- Mon maître, ta fille ne mérite même pas ton courroux, marie la avec ce paresseux et renvoie la. Qu'elle aille vivre avec lui dans sa cabane miteuse avec le bâtard ! Sa
punition sera bien plus grande ainsi.
C'est ainsi que la princesse et son fils s'installèrent dans la maison du paresseux. Mais on ne reçoit pas une princesse comme une vulgaire mendiante. Alors il demanda au
serpent blanc un lit et un repas digne de la princesse. En voyant le lit et le repas somptueux apparaître, elle comprit comment elle était tombée enceinte et comprit comment utiliser le don de
son mari pour prouver son innocence à son père. Elle se mit alors harceler son mari pour qu'il lui construise le plus sublime des palais sur le bord de la mer, à un endroit devant lequel son père
aimait passer en bateau. Mais lui :
- Non femme, je suis bien trop fainéant pour te construire un palais.
Mais elle insista tant et si bien qu'un jour le fainéant dit :
- D'accord femme, tu auras ton château, je suis bien trop fainéant pour te dire une fois de plus non. Serpent blanc, serpent blanc, je veux un château digne du roi des rois
sur cette côte, et je veux que tu nous y emmènes, moi, ma mère, ma femme et mon fils, je t'en prie, fais le.
Et ainsi fut fait.
La vie s'écoula avec douceur dans le palais où rien ne manquait. Un jour, enfin, le sultan vit le château depuis son bateau. Un palais inconnu aussi magnifique sur ses
terres l'intrigua et il décida d'aller le voir de plus près. La fille, voyant le bateau de son père, se déguisa en homme et alla à sa rencontre.
- Salut à toi jeune homme, ce château est-il le tien ?
- Oui, mon maître, j'y vis avec les miens. Et ce soir, ce serait un grand honneur pour moi de vous y recevoir, vous et votre cour.
Le sultan accepta, et le soir même il revint avec toute sa cour au château où un festin les attendait. C'est la jeune femme, toujours déguisée en homme, qui les reçut. Les
assiettes étaient dans la plus fine des porcelaines, les couverts et les plats étaient tous en or et les mets étaient les plus fins et les plus délicieux.
Au moment du dessert, elle ordonna à son mari de cacher un couvercle en or dans l'habit de son père sans que celui-ci ne s'en aperçoive. A la fin du repas, elle alla voir
son père et lui dit :
- Maître, je m'excuse de vous ennuyer avec cela, mais un couvercle en or de notre cuisine a disparu.
Afin de prouver son innocence et celle de sa cour, le sultan fit déshabiller tous ses soldats, mais bien sûr aucun n'avait le couvercle. Puis il fit déshabiller ses
ministres et son vizir, mais toujours rien. Finalement, il se déshabilla lui-même et le couvercle tomba. Imaginez la tête de ce grand roi !
- Je vous jure, jeune homme, que je n'ai pas mis ce couvercle dans mon habit, je ne sais pas comment il y est arrivé.
A cet instant, la jeune femme ôta son déguisement et il la reconnu.
- Oui père, je sais. Tout comme moi je ne savais pas comment j'avais pu porter mon fils.
Et la jeune femme de raconter à son père les dons de son mari. Comprenant enfin sa méprise, il lui demanda pardon et accepta son petit-fils comme sien. Une grande fête fut
donnée au palais du sultan, et la jeune femme et le paresseux eurent droit à un second mariage, le plus beau que l'on n'ait jamais vu en ce royaume.
Ils vécurent alors une vie des plus heureuses dans leur palais. Certains prétendent que le paresseux s'est même mis à travailler. Pour ma part, cela me semble bien peu
probable, même dans un conte...
Adapté par Dul d'après une lecture de Oguz Adamir.
Publié le 13 Septembre 2012
Il était une fois une femme mariée à un homme cruel. Dès qu'un bébé voyait le jour il l'égorgeait au grand désespoir de sa femme. Un jour, il partit pour un
long voyage. Durant son absence son épouse mit au monde un garçon. Elle l'éleva deux années durant avec amour.
Quand elle apprit le retour de son mari, elle confia son fils à la voisine en lui faisant promettre de garder le secret. Cette dernière accepta avec joie.
L'enfant grandissait et avait coutume de jouer devant chez lui. Dès qu'il voyait l'homme apparaître, il lui disait : « Que le salut soit sur toi, ô mon père ». Intrigué, l'homme regardait, puis passait son chemin. Il en fut ainsi tous les jours. À la fin, excédé par cet état de fait, l'homme en fit part à sa femme. Il la chargea de dire à la voisine que si le garçon persistait à lui souhaiter la bienvenue et à l'appeler « père », il le tuerait.
Malgré la mise en garde de sa mère adoptive, l'enfant récidiva. L'homme entra dans une violente colère.
Craignant alors que son mari ne mette la menace à exécution, la vraie mère prit son fils sur son dos et abandonna son domicile. Elle marcha longtemps...
La nuit la surprit au bord de la mer. Elle avisa au loin une belle maison, s'en approcha et y pénétra. Un vrai château : elle trouva là un vieil ogre qui agonisait ; il avait dévoré tous les habitants... Un instant après il rendit l'âme ; la mère le traîna jusqu'au bord de l'eau et le poussa dans les flots.
Elle prit alors possession des lieux, et vécut heureuse avec son fils. Les années passèrent...
Le garçon s'était métamorphosé en un beau jeune homme. Sans cesse, il demandait des nouvelles de son père ; sa mère lui répondait évasivement. Elle ne voulait pas qu'il sache la vérité. Néanmoins il insista tant et si bien que sa mère finit par satisfaire sa curiosité. Elle sortit de la maison et lui déclara :
« Vois-tu ces champs qui s'étendent à perte de vue, ces gens qui y travaillent, ces bêtes qui y paissent ? Eh bien, toute cette contrée appartient à ton père : bêtes et gens ».
Emerveillé par cette nouvelle, le jeune homme interpelle les paysans occupés à ramasser du blé :
« Holà, braves gens qui travaillez chez mon père !... »
Les paysans levèrent la tête mais ne répondirent point. Le soir, quand ils virent leur maître, ils lui apprirent qu'un jeune homme les avait appelés. Qui
était-il ? Le maître se dit qu'il s'agissait certainement de son fils disparu avec sa mère quelques années plus tôt. Il dit aux paysans :
« Demain, s'il renouvelle son appel, répondez-lui. »
Le lendemain, quand le jeune homme les appela, ils levèrent la tête et répondirent en chœur :
« Nous t'écoutons !
Dites ceci à mon père : ma mère a abandonné avec moi le domicile conjugal, Dieu a veillé sur nous, elle m'a construit un château au bord de l'eau. »
Le soir donc, les paysans transmirent le message à leur maître. Ce dernier ne douta plus qu'il s'agissait en effet de son fils. Comment faire pour se débarrasser de ce garçon dont il ne voulait pas entendre parler ?
Après mûre réflexion, il se tourna vers les paysans et leur dit :
« Demain, quand mon fils vous appellera, vous lui répondrez ceci :
puisque ta mère a abandonné son domicile, et qu'elle t'a construit un château au bord de l'eau, puisque Dieu a veillé sur vous, il te faudra pour le château des portes en bois d'ébène que tu iras chercher dans la montagne lointaine. Fais-le et prouve-moi que tu es un homme ! »
Le lendemain, quand l'homme apprit que son père le soumettait à une dure épreuve, il eut beaucoup de chagrin, il se confia à sa mère qui lui dit :
« Mon cher fils, ton père es un monstre, il veut se débarrasser de toi. Tu sais bien que le bois d'ébène est difficile à acquérir, la montagne recèle beaucoup de dangers.
Qu'à cela ne tienne ! Par Dieu, je prouverai à mon père que je suis un homme, je m'en vais. »
Il sella son cheval et prit le départ pour la montagne. Deux jours plus tard, il revint à la maison triomphant. Il monta les portes et fenêtres en bois
d'ébène. Au matin suivant, il sortit et annonça aux paysans qu'il avait réussi dans son entreprise ; il les chargea d'avertir son père. Ce dernier, en apprenant la nouvelle, fut très étonné. «
Mon fils est brave » se dit-il.
Il déclara aux paysans :
« Demain, vous direz ceci à mon fils : puisque ta mère a abandonné le domicile conjugal et que Dieu a veillé sur vous, puisqu'elle t'a construit un château au bord de l'eau et que tu l'as doté des portes et fenêtres en bois d'ébène, il te faudra les peindre avec du lait de lionne. »
Le lendemain, quand le jeune homme apprit par les paysans que son père le soumettait à une seconde épreuve, il se mit à pleurer. Sa mère essaya de le consoler
:
« Je te l'avais bien dit, ton père veut ta mort, il use de stratagèmes pour se débarrasser de toi.
Où pourrais-je trouver du lait de lionne ?
Il te sera difficile d'en avoir mon fils : les fauves te dévoreront. »
Après réflexion, le jeune homme alla trouver le vieux sage. Il lui raconta son histoire et lui demanda conseil. « C'est une difficile entreprise pour toi jeune
homme. Il te sera difficile d'atteindre ton but. Néanmoins voilà ce que tu devras faire : achète une vache, égorge-la, puis coupe-la en morceaux de viande au pied d'un arbre. Cache-toi dans un
coin et attends. »
Le jeune homme suivit à la lettre les conseils du vieux sage. Tapi dans un coin il attendait... Peu après, les fauves, attirés par l'odeur de la chair fraîche, s'approchèrent de l'arbre et se
régalèrent. La lionne, repue, se détacha du groupe et dit à haute voix :
« Je jure par Dieu que je donnerai à l'auteur de cet acte généreux tout ce qu'il demandera, même si c'est du lait ».
A ces mots, le jeune homme sortit de sa cachette, il s'avança vers la lionne en disant :
« Justement c'est ce qui m'amène.
Hum ! Si je n'avais pas prêté serment, je t'aurais dévoré ».
Elle se tourna, présenta ses mamelles au jeune homme. Il remplit alors une outre de lait et s'en retourna chez lui content. Sa mère fut heureuse de le revoir.
Le lendemain, dès que le soleil se leva, il sortit et annonça la nouvelle aux paysans. Ces derniers en avisèrent leur maître dès leur retour des champs.
A l'annonce de la nouvelle, le père resta muet de surprise. Néanmoins, il ne désarma pas ; il avait à proposer à son fils une épreuve plus ardue. Il déclara
donc à ses ouvriers :
« Demain vous direz ceci à mon fils : Puisque ta mère a abandonné son domicile, et qu'elle t'a construit un château au bord de l'eau, puisque Dieu a veillé sur vous et que tu as doté le château
des portes et fenêtres en bois d'ébène, puisque tu les as peintes avec du lait de lionne, il te faudra maintenant ramener chez toi la fille de l'empereur des ogres. »
Le lendemain, quand le message lui fut transmis, le jeune homme devint anxieux. Sa mère le dissuada d'entreprendre un long voyage pour satisfaire la volonté d'un père cruel. Sourd aux supplications de sa mère, le jeune homme sella son cheval et s'éloigna de chez lui au triple galop. Il voyagea trois jours durant... Il arriva enfin dans un pays étranger et se renseigna auprès des habitants. L'un d'eux lui dit :
« Je sais où habite la fille de l'Empereur des Ogres mais je te déconseille d'y aller.
Pourquoi donc ?
La fille en question habite au septième étage d'un palais, elle est sous la garde de quatre-vingt-dix-neuf ogres. Ce sont ses frères et quiconque s'approche du
palais met sa vie en danger.
Qu'à cela ne tienne, j'irai la retrouver ! »
Il acheta alors une vache, l'égorgea, puis la coupa en quatre-vingt-dix-neuf morceaux qu'il mit dans un sac, et il prit la direction du château. Il arriva à la
nuit tombante. Il descendit de cheval et déposa les morceaux de viande devant la porte. Les ogres, attirés par l'odeur de la chair fraîche, sortirent du château et se régalèrent. Repus, ils
déclarèrent tous en chœur :
« Nous jurons par Dieu d'épargner la personne qui nous a permis de bien manger. En outre nous lui promettons tout ce qu'elle nous demandera même si c'est notre sœur. »
À ces mots, le jeune homme sortit de sa cachette et leur dit :
« Justement, c'est pour cela que je suis venu.
Hum, si nous n'avions pas prêté serment, nous t'aurions dévoré. Notre sœur nous est aussi chère que la prunelle de nos yeux. Prends-la mais avant de partir, prends ceci. »
Ils découpèrent chacun à leur tour un morceau de leur peau et ils mirent tout cela dans un sac qu'ils tendirent au jeune homme en lui disant :
« Aussitôt que tu te sentiras en danger, tu jetteras les morceaux de peau dans le feu. »
Le jeune homme acquiesça, aida la jeune fille à monter en selle et disparut dans la nuit...
Après avoir longtemps galopé en compagnie de la fille de l'Empereur des Ogres, il arriva en vue de son château. Sa mère angoissée, l'attendait au seuil de la maison. Dès qu'elle le vit, elle se jeta dans ses bras en sanglotant. Le lendemain au lever du jour, le jeune homme annonça aux paysans qu'il avait réussis dans son entreprise et les pria d'aviser son père.
Quand ce dernier apprit la nouvelle, il entra dans une violente colère ; puisque son fils avait échappé à tous les dangers, il le tuerait lui-même : il chargea les paysans d'annoncer à son fils qu'il lui déclarait la guerre. Quand le jeune homme apprit la nouvelle, il fut consterné. À la joie de la veille, succéda la tristesse : la mère et son fils pleurèrent à chaudes larmes.
Le père regroupa tous les hommes valides des trois tribus de la région et leur distribua des armes. Ils encerclèrent le château et se préparèrent à l'attaque.
Stoïques, la mère et son fils s'en remirent à Dieu. La fille de l'Empereur des Ogres apparut alors, tenant entre ses mains le sac que lui avaient remis ses frères. Elle le jeta dans le feu et, un moment après, les ogres apparurent dans un nuage de fumée et de poussière. À la vue des ogres, les soldats prirent peur ; Le père du jeune homme était parmi eux, et pensa : « Mon fils est un homme véritable ! »
« Mère, dit le jeune homme, mon père t'a fait du mal, il faudrait qu'il soit châtié. Comment le reconnaître ?
C'est celui qui porte un burnous blanc et une calotte rouge » répondit la mère. Le jeune homme donna aux ogres l'ordre d'exterminer tous les soldats et de
n'épargner que son père. Ce qui fut fait sur le champ.
Peu après, il invita son père à rentrer au château et demanda à sa mère de chauffer une grande bassine d'eau. Il lui présenta un beau costume en lui disant :
« Je veux que tu prennes un bain dans cette eau de jouvence, mais avant cela tu prononceras ces paroles : « O Dieu tout puissant, débarrasse-moi de mes rides et cheveux blancs et redonne-moi l'ardeur de mes vingt ans. »
Lorsque l'eau devint bouillante, le père plongea dans la bassine tout en prononçant la formule magique. Le miracle ne se produisit pas. Le père mourut, brûlé vif, à la satisfaction du jeune homme et de sa mère qui furent ainsi vengés...
Voilà, mon histoire a suivi le lit de l'oued
Je l'ai racontée à des fils de seigneurs
A moi, que Dieu pardonne
quant aux chacals, qu'il leur en cuise.Publié le 13 Septembre 2012
L'on raconte qu'aux temps anciens il était un pauvre vieux qui s'entêtait à vivre et à attendre la mort tout seul dans sa masure. Il habitait en dehors du village. Et jamais il n'entrait ni ne sortait, car il était paralyse. On lui avait traine son lit prés de la porte, et cette porte, il en tirait la targette a l'aide d'un fil. Or ce vieux avait une petite fille, a peine au sortir de d'enfance, qui lui apportait tous les jours son déjeuner et son diner. Aicha venait de l'autre bout du village, envoyée par ses parents qui ne pouvaient eux-mêmes prendre soin du vieillard.
La fillette, portant une galette et un plat de couscous, chantonnait à peine arrivée :
Ouvre moi la porte, o mon père Inoubba, o mon père Inoubba ! Et le grand-père répondait :
Fais sonner tes petits bracelets, o Aicha ma fille !
La fillette heurtait l'un contre l'autre ses bracelets et il tirait la targette. Aicha entrait, balayait la masure, serait le lit. Puis elle servait au vieillard son repas, lui versait a boire. Apres s'être longuement attardée prés de lui, elle s'en retournait, le laissant calme et sur le point de s'endormir. La petite fille racontait chaque jour à ses parents comment elle avait veille sur son grand-père et ce qu'elle lui avait dit pour le distraire. L'aïeul aimait beaucoup a la voir venir.
Mais un jour, l'Ogre aperçut l'enfant. Il la suivit en cachette jusqu’à la masure et l'entendit chantonner :
Ouvre moi la porte, o mon père Inoubba, o mon père Inoubba ! Il entendit le vieillard répondre
Fais sonner tes petits bracelets, o Aicha ma fille !
L'Ogre se dit ; "J'ai compris. Demain je reviendrai, je répéterai les mots de la petite fille, il m'ouvrira et je le mangerai !"
Le lendemain, peu avant que n'arrive la fillette, L'Ogre se présenta devant la masure et dit de sa grosse voix"
Ouvre moi la porte, o mon père Inoubba, o mon père Inoubba !
Sauve-toi, maudit ! lui répondit le vieux. Crois-tu que je ne te reconnaisse pas ?
L'Ogre revint à plusieurs reprises mais le vieillard, chaque fois, devinait qui il était. L'Ogre s'en alla finalement trouver le sorcier.
Voici, lui dit-il, il y a un vieil impotent qui habite hors du village. Il ne veut pas m'ouvrir parce que ma grosse voix me trahit. Indique-moi le moyen d'avoir une voix aussi fine, aussi claire que celle de sa petite fille.
Le sorcier répondit :
Va, enduis-toi la gorge de miel et allonge-toi par terre au soleil, la bouche grande ouverte. Des fourmis y entreront et racleront ta gorge. Mais ce n'est pas en un jour que ta voix s'éclaircira et s'affinera !
L'Ogre fit ce que lui recommandait le sorcier ; il achetait du miel, s'en remplit la gorge et alla s'étendre au soleil, la bouche ouverte. Une armée de fourmis entra dans sa gorge.
Au bout de deux jours, l'Ogre se rendit a la masure et chanta
Ouvre moi la porte, o mon père Inoubba, o mon père Inoubba !
Mais le vieillard le reconnut encore.
Eloigne-toi, maudit ! lui cria-t-il. Je sais qui tu es.
L'Ogre s'en retourna chez lui.
Il mangea encore et encore du miel. Il s'entendit de longues heures au soleil. Il laissa des légions de fourmis aller et venir dans sa gorge. Le quatrième jour, sa voix fut aussi fine, aussi claire que celle de la fillette. L'Ogre se rendit alors chez le vieillard et chantonna devant sa masure :
Ouvre moi la porte, o mon père Inoubba, o mon père Inoubba !
Fais sonner tes petits bracelets, o Aicha ma fille ! répond l'aïeul.
L'Ogre s'était muni d'une chaine ; il la fit tinter. La porte s'ouvrit. L'Ogre entra et dévora le pauvre vieux. Et puis il revêtit ses habits, prit sa place et attendit la petite fille pour la dévorer aussi.
Elle vint, mais elle remarqua, des qu'elle fut devant la masure, que du sang coulait sous la porte. Elle se dit : "Qu'est-il arrive a mon grand-père ?"
Elle verrouilla la porte de l'extérieur et chantonna
Ouvre moi la porte, o mon père Inoubba, o mon père Inoubba !
L'Ogre répondit de sa voix fine et claire :
Fais sonner tes petits bracelets, o Aicha ma fille !
La fillette qui ne reconnut pas dans cette voix celle de son grand-père, posa sur le chemin la galette et le plat de couscous qu'elle tenait,
et courut au village alerter ses parents.
L'Ogre a mangé mon grand-père, leur annonça-t-elle en pleurant. J'ai ferme sur lui la porte. Et maintenant qu'allons-nous faire ?
Le père fit crier la nouvelle sur la place publique. Alors, chaque famille offrit un fagot et des hommes accoururent de tous cotes pour porter ces fagots jusqu'a la masure et y mettre le feu. L'ogre essaya vainement de fuire. Il pesa de toute sa force sur la porte qui résista. C'est ainsi qu'il brula.
L'année suivante, à l’ endroit même ou l'Ogre fut brule, un chêne s'élança. On l'appela le "Chêne de l'Ogre". Depuis, on le montre aux passants.
Mon conte est comme un ruisseau, je l'ai conté à des Seigneurs./image%2F0650892%2F20250129%2Fob_756ff6_ezgif-36d06c8720607.gif)






