fille

Publié le 13 Septembre 2012

Il était une fois un homme pauvre qui pour survenir vendait du bois et de la paille. Il parvenait ainsi à obtenir un peu de pain et de fromage pour lui et sa fille unique. Un jour, alors qu'il passait sur le port, il vit le roi qui, debout sur son bateau, tenait à la main une manne remplie de pièces d'or. Il proposait des énigmes à son peuple et promettait à celui qui pourrait les résoudre l'ensemble de ce trésor. Hélas ! les questions étaient telles que personne n'y parvint. Le pauvre homme essaya, réfléchit, tourna mille fois les questions dans sa tête mais ne trouva rien. Il rentra chez lui, tout en rêvant à la manne pleine d'or. A peine entré, sa fille remarqua qu'il se passait quelque chose. Elle lui demanda :

"Père, mon bon père, mais qu'as-tu donc? Ton regard est perdu dans des songes et tu rentres plus tard qu'à l'ordinaire. Que t'est-il arrivé?"

"Ah! ma fille, répondit l'homme, je reviens du port où le roi propose des énigmes au peuple et promet à qui pourra les résoudre une manne pleine d'or. Si je pouvais résoudre ces trois énigmes, nous serions riches."

"Dis-moi ces énigmes, mon bon père. Peut-être pourrai-je les résoudre et ramener un peu de lumière dans cette maison."

"Volontiers. Voici la première : Qui embrasse le monde entier et ne rencontre personne qui lui ressemble?"

"Mais c'est le soleil, dit la jeune fille. Il embrasse le monde entier et ne rencontre personne qui lui ressemble. Quelle est la deuxième?"

"Qui est celle qui nourrit ses petits enfants et dévore les grands?"

"Mais c'est la mer. Elle dévore les grands fleuves. Et quelle est la dernière?"

"Quel est l'arbre à demi noir et à demi blanc?"

"Mais c'est l'année, mon bon père, avec ses nuits et ses jours. Va, retourne sur le port et donne ces trois réponses au roi."

L'homme courut au port, il s'agitait, levait les bras et, une fois arrivé, cria:
"Je connais les réponses, noble sire!"

Le roi incrédule écouta le pauvre homme. Lorsqu'il entendit les réponses, il regarda l'homme et dit:

"Cela ne se peut. Ton cerveau vieux et fatigué ne pouvait trouver les solutions. Qui t'a donné les réponses?"

Le vieillard se laissa tomber à genoux sur le sol et dit:

"C'est ma fille, noble sire. Elle a résolu les énigmes."

"C'est bien, dit le roi. J'aimerais voir, à présent, si ta fille est vraiment aussi spirituelle. Amène-la moi afin qu'elle tue cette pierre devant tout le peuple. Je veux qu'elle la tue de manière à ce que le sang en coule."

Sur le port, les gens s'esclaffaient. Ils attendaient la fille du pauvre homme. Leur attente ne fut pas très longue. Déjà la fille s'avançait vers le roi, son couteau à la main.

"Voici mon couteau, noble sire, je vais tuer ta pierre mais avant cela, il faut que tu lui donnes une âme, car seul ce qui est vivant saigne. Si après cela, je ne la tue pas, fais-moi couper la tête."

Le roi rit à cette réponse et dit:

"Je crois que tu es la plus intelligente de mon royaume."

Et comme en plus d'être intelligente, la fille du pauvre homme était aussi très belle, le roi ajoute :

"J'aimerais faire de toi ma reine. D'ici trois jours, tu devras être dans mon château. J'y mets cependant trois conditions : Tu dois chevaucher et ne pas chevaucher, m'apporter un cadeau et ne pas l'apporter. Nous tous, petits et grands, nous sortirons pour t'accueillir, et il te faudra amener les gens à te recevoir et pourtant à ne pas te recevoir."

La jeune fille revint chez elle et demanda à son père de l'aider à attraper quatre lièvres et deux pigeons vivants. Au troisième jour, elle mit les lièvres dans un sac, les donna à porter à son père et dit:

"Quand je te dirai de les laisser partir, fais-le!" De son côté, elle les deux pigeons, s'assit à califourchon sur une chèvre et s'en alla vers le château du roi.

Entendant qu'elle approchait, le roi et toute sa maison sortirent de la ville à sa rencontre.
Lorsque la jeune fille ne fut plus très loin et qu'elle aperçut les ministres, les hauts dignitaires et les courtisans, le peuple rassemblé, elle dit à son père de laisser s'en aller les lièvres. Aussitôt, tous se mirent à les poursuivre, afin de les rapporter. La jeune fille, assise à califourchon sur la chèvre, tantôt marchait sur ses pieds, la chèvre entre les jambes, tantôt, levait les pieds et chevauchait sur le dos de la chèvre. Elle s'avança vers le roi en tirant les deux pigeons de sa poche et les lui tendit. Au moment où il voulut s'en saisir, la fille ouvrit la main et les pigeons s'envolèrent.

"Me voici, noble sire. Les gens m'ont reçu et pas reçu. Je t'ai apporté un cadeau et pas apporté. J'ai chevauché et pas chevauché."

Le roi la souleva de la selle et dit:

"Tu seras ma reine, car une femme intelligente m'est plus précieuse qu'une femme riche et de haute naissance. Je dois encore te faire promettre une chose: je voudrais qu'à aucun moment tu ne te mêles pas des affaires d'Etat, car je tiens à gouverner seul."

La jeune fille lui promit et il vécurent un grand bonheur.
Il arriva qu'un jour, alors que de pauvres paysans gardaient des chevaux dans la prairie, le roi vint à passer. Les paysans s'étaient endormis et un cheval s'élança sur le roi en tuant son cheval, une belle jument grise. Il entra dans une immense colère et ordonna qu'on jette les paysans en prison, en attendant de leur faire couper la tête.
Un grand désespoir saisit les femmes des paysans qui ne voyaient d'autre solution que de s'adresser à la femme du roi qu'on disait bonne et sage. Elles arrivèrent près de la reine, tombèrent à genoux et la prièrent, au nom de Dieu et de leurs enfants, de les aider.
"Que puis-je faire pour vous être utile ? Le roi m'a défendu de me mêler des affaires de l'Etat. Je ne peux que vous donner un conseil. Ce soir, placez-vous avec vos enfants sur la plage. Tenez-vous sous la fenêtre tournée du côté de la mer et pleurez, gémissez toute la nuit. Il ne recevra pas son soporifique et vous pourrez lui dire :

"Le monstre marin est venu pour nous dévorer. Sauve-nous, ô noble sire. Nous prierons pour qu'une longue vie te soit accordée!"

Il vous répondra:

"Malheureuses, bien que je sois le roi, il n'est pas en mon pouvoir d'empêcher le monstre marin de tuer."

Vous lui direz alors:

"Ô noble sire, tu ne peux nous sauver du monstre marin, bien que tu sois le roi. Et tu veux faire tuer nos maris qui n'ont pas pu empêcher un cheval d'en tuer un autre."

Et le roi vous dira:

"Prenez cette clef, allez à la prison et délivrez les."

Les femmes firent comme la reine le leur avait dit, et tout se passa exactement comme elle l'avait prédit. Le lendemain matin, en se réveillant, le roi dit à sa femme:

"Tu peux me donner mon soporifique, afin que je rattrape le sommeil perdu. Lorsque je me réveillerai, je ne veux plus te voir au château. Tu a le droit d'emporter en partant ce qui t'est le plus cher et le plus précieux dans cette maison."

"Bien volontiers, mon roi!"

Elle lui présenta son verre d'eau. Il le but et s'endormit. La reine enveloppa soigneusement le roi dans une couverture, en fit un paquet et dit à son serviteur:

"Emporte ce paquet dans la maison de mon père. Prends garde, il est rempli de porcelaine. Il faut le déposer doucement afin de ne rien casser."

Elle s'en alla vers la maison de son père, et y arriva peu avant le réveil du roi. Lorsque celui-ci se réveilla dans un lit inconnu, dans une maison étrangère, il dit:
"Où suis-je? Qui m'a apporté ici?"

La reine lui répondit:

"C'est moi, noble sire. Tu m'as permis d'emporter du château ce qui m'y était le plus cher et le plus précieux. Il n'y a pour moi rien de plus précieux que toi, mon roi."

"Rentrons au château, ma mie, s'écria le roi en se levant. Il n'existe nulle part sur terre une femme plus spirituelle que toi, et je t'appartiens comme tu m'appartiens."

Il l'emmena et rejoignit le château en sa compagnie. Ils y vécurent très heureux et qui sait s'ils ne vivent encore ?


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Rédigé par orange8454

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Publié le 13 Septembre 2012

Armand a loué une nouvelle maison avec son épouse, sa fille et sa mère. Il venait de se lever du lit, et terminait sa toilette, quand on frappa à la porte d’entrée. Il courut ouvrir, les cheveux encore mouillés, et la serviette a la main. C’était le propriétaire venu lui souhaiter la bienvenue et lui présenter ses meilleurs vœux. Armand étant sourd, comme tous ses proches d’ailleurs, n’entendit pas la formule de politesse et répondit de mauvaise humeur :

- Je vous ai promis Ya Sidi, de vous payer aujourd’hui le loyer du premier trimestre... Avant midi vous serez réglé.

Sur ces paroles, il retourna à ses préparatifs, fit une courte prière, sans oublier de demander la bénédiction divine à sa demeure actuelle. Ensuite il alla a la cuisine siroter un bon café, essaya de repousser ce petit nuage de colère et pour ce, se confia a sa femme en maugréant contre le manque de patience du propriétaire et ne manqua pas de faire des commentaires a ce sujet.

Sa femme, bien entendu n’a rien compris et pensa que Pâques approchait et que son mari voulait lui offrir une robe.

- Achètes le tissu qui te plaira et choisis la couleur, je ne suis pas difficile, tu le sais, répondit-elle. Sur ces mots, pleine de joie elle alla réveiller sa fille.

- Pressons nous de faire le ménage, recommanda-t-elle, ton père m’achète du tissu pour une robe. L’après midi sera employé a la couture. La fille en âge de se marier, mais aussi sourde que ses parents, pensa a un mariage proposées éventuellement, et toute rougissante répondit :

- Maman, l’homme que papa choisira sera mon mari. Tu sais que je suis obéissante. Et elle s’empressa d’aller annoncer la bonne nouvelle à sa grand-mère.

Ayant mangé trop de viande grasse dans la mloukhia d’hier, la grand-maman avait le ventre dérangé. Elle poussa un profond soupir, en pensant qu’on l’invitait a déjeuner dit :

- Comment vous avez cuisiné ? C’est bien ma chance ! Vous avez préparé l’assida justement quand je fais ma diète ?

Camus


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Rédigé par orange8454

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Publié le 13 Septembre 2012

Dans un petit village de Chine, pas très loin de la ville de Nankin, vivait un jeune homme du nom de Tao. Il était très pauvre mais malgré sa pauvreté, il était de nature généreuse et toujours prêt à aider son prochain. Personne ne s’adressait jamais à lui en vain.

Un jour, alors que le soleil brillait déjà très haut dans le ciel, Tao, qui dormait sur une paillasse à l’ombre d’un arbre, fut réveillé assez brutalement par un inconnu. Surpris, il ouvrit les yeux et vit devant lui un homme tout de gris vêtu.

 

"Réveille-toi, Tao", lui dit l’inconnu. "La reine t’attend ! "

 

"La reine ?", s’étonna Tao. "Mais je ne connais pas de reine !"

 

"Elle, en revanche, te connaît", poursuivit l’homme en gris, "Et elle m’a envoyé te chercher de toute urgence. Viens, suis-moi !"

 

"Mais qui êtes-vous donc ?", demanda Tao au messager. "Je ne vous ai jamais vu !"


L’inconnu haussa les épaules :

 

"A quoi cela pourrait-il t’avancer de m’avoir déjà vu et de savoir qui je suis ? La reine a besoin de ton aide. Tu es bien Tao, celui qui ne refuse jamais son aide à personne ?"

 

Tao n’osa plus poser de question. Il replia rapidement sa paillasse et suivit l’inconnu.Ils marchèrent un long moment et à l’instant où il croyait atteindre les dernières maisons du village, il découvrit devant lui une ville immense dont toutes les maisons, massées les unes contre les autres, présentaient une forme assez étrange, qui lui sembla vaguement familière.

 

L’inconnu pénétra dans l’une d’elles, plus vaste et somptueuse que les autres. Tao le suivit.

 

Ils arrivèrent dans une salle immense, où une femme de très belle était assise sur un trône majestueux. Elle portait dans les cheveux un diadème, qui scintillait de mille feux.

 

"Merci d’être venu" murmura-t-elle. "Mon royaume court un grand danger et tu es le seul à pouvoir le sauver."

 

Tao se courba dans un profond salut.

 

"Ce sera un honneur pour moi, Votre Majesté", balbutia-t-il.

 

"Je vais te présenter à ma fille" poursuivit la reine d’une voix douce. "Je considère tous mes sujets comme mes propres enfants, mais je tiens à ma fille bien plus qu’à moi-même."

 

Tao crut entendre des milliers de clochettes d’or, et une jeune fille, également très belle entra dans la pièce.

 

Son visage était pâle comme le lys et ses cheveux de jais coulaient en cascade le long de son dos. L’air infiniment triste, elle alla s’asseoir à côté de la reine, sur une chaise en or.

 

A peine venait-elle de s’installer qu’une dame de la cour entra, toute essoufflée en hurlant :

 

"Le Monstre ! Le Monstre !"

 

La reine se leva.

 

"Voilà le malheur dont je viens de te parler. je t’en supplie, Tao, aide ma fille. Elle a pour mission de reconstruire une capitale mais sans toi, jamais, elle n’y parviendra."

Tao, sans hésiter une seconde, prit la jeune fille par la main et, ensemble, ils quittèrent le palais discrètement.

 

Pendant des heures, ils coururent sans prendre le temps de retrouver leur souffle. Ils empruntèrent mille et une petites rues tortueuses et parvinrent finalement dans le village de Tao. Là, ils purent souffler un peu.

 

"Comme il fait calme, ici", soupira Fleur de Lotus, car c’est ainsi que la jeune princesse s’appelait.

 

"Nous sommes loin de tout une danger, à présent, dit Tao".

 

"Où allons-nous bâtir la nouvelle capitale, demanda la princesse ?"

 

"Une capitale ?", demanda Tao, qui n’avait pas très bien compris lorsque la reine lui parlait dans son palais. "Mais je ne pourrai jamais construire une capitale. C’est impossible ! Je ne suis qu’un pauvre paysan. Je n’ai ni pouvoir ni argent."

 

La princesse le regarda et de grosses larmes roulèrent sur ses joues.

 

"Mais tu es pourtant bien Tao, celui qui est toujours prêt à aider son prochain", gémit-elle. "Toi seul est capable de le faire..."

 

"Non, je... ", s’apprêtait-il à dire lorsqu’il s’éveilla.

 

Il avait dû dormir longtemps, car le soleil se trouvait maintenant fort bas sur l’horizon. Bien qu’éveillé, Tao entendait encore la voix suppliante de Fleur de Lotus qui semblait s’éloigner.

 

En vérité, c’était un essaim d’abeilles. Elles semblaient perdues et tournaient en tous sens autour des fleurs du jardin.

 

"Pauvres bêtes", pensa Tao. "Elles n’ont pas de ruche ! Je vais leur en faire fabriquer une."

 

Et il se rendit immédiatement chez un charpentier.

 

Je me demande d’où peuvent bien venir toutes ces abeilles ?, pensa-t-il, lorsqu’il vit que les insectes acceptaient avec empressement leur nouveau refuge.

 

Il partit se promener dans le village. Arrivé à hauteur de la dernière maison, il découvrit dans un jardin une ruche abandonnée.

 

"J’ai trouvé des abeilles chez moi", dit-il à l’homme qui vivait là. "Ne sont-elles pas à vous ?"

"C’est possible", répondit l’homme.

 

"Elles ont dû fuir", ajouta-t-il en ôtant le couvercle de la ruche.

 

Comme il se penchait, il y découvrit un serpent :

 

"Oh ! Le monstre de mon rêve ... !", se dit-il.

 

De retour chez lui, Tao installa dans son jardin toute une série de belles ruches semblables. De tous les côtés des abeilles arrivèrent. Elles se mirent à butiner ses fleurs et lui offrirent tellement de miel en échange de sa protection que Tao, le généreux, devint bientôt riche.

 

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Rédigé par orange8454

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Publié le 13 Septembre 2012

L'ombrelle de soie du Lac de l'Ouest s'ouvre comme un paon qui fait la roue. Elle devient une canne ronde qui se divise en trente-deux tiges mobiles lorsqu'elle se referme. Elle s'ouvre et se ferme très facilement. Le genre de bambou qui en forme l'armature est originaire du Jilongshan.

Le Jilongshan se trouve sur le cours inférieur du Fuchunjiang. Au milieu du fleuve, en face du Jilongshan, il y a une barre alluviale qui s'appelle Dongzhousha. Dans des temps très anciens, le Jilongshan n'existait pas et Dongzhousha était isolé au milieu du fleuve. Toutes sortes de fleurs éclatantes y poussaient en toutes saisons, sous la brise, les saules se balançaient sur l'onde calme, le tout formait un paysage vraiment magnifique.

Un jour, la jeune fille à la Poule d'Or, Princesse du pays des oiseaux, arriva dans Dongzhousha et y éleva un millier de poules d'or. Les poules d'or, au plumage resplendissant et multicolore conduites par leur Princesse, cherchaient chaque jour leur nourriture dans les fourrés et venaient s'ébattre sur la grève du fleuve.

Une année, à la fête de la mi-automne, la jeune fille à la Poule d'Or fut invitée à un banquet dans le Palais de Baoxiao. Après le banquet, comme la lune était déjà haute dans le ciel, chevauchant une poule d'or, elle s'envola avec ses oiseaux.


Arrivée au dessus du Fuchunjiang, en baissant la tête, elle regarda le paysage: Ah! Les lampes des deux rives se reflétaient dans le fleuve, et le Fuchunjiang offrait un tableau magnifique qui la ravissait.


Soudain, elle entendit de loin quelqu'un pleurer, alors elle ordonna à ses poules d'or de descendre rapidement du ciel, et elle s'avança elle-même sur les marches de pierre dans la direction du bruit.

Sous la lune embrumée, elle vit un homme assis au bord de l'eau, tête basse, et qui pleurait tristement. La Princesse s'approcha et l'appela doucement:


"Oncle, oncle!..." Mais l'homme se leva soudain et se jeta dans le fleuve.

Etonnée, la jeune fille à la Poule d'Or fit un signe de la manche pour demander à ses oiseaux de sauver l'homme immédiatement. A l'appel de leur maîtresse, les poules d'or déployèrent leurs ailes, firent trois tours sur la surface d'eau et plongèrent. Quelques instants après, l'homme était sauvé.

L'homme avait les mâchoires contractées et le teint livide, il semblait prêt à rendre le dernier soupir. En voyant cela, la jeune fille à la Poule d'Or fit apparaître un nuage léger; elle s'installa sur son extrémité et demanda à ses oiseaux d'emporter l'homme sur leur dos. Ensemble ils traversèrent le fleuve et retournèrent à Dongzhousha.

La Princesse fit étendre l'homme sur un tapis de plume, choisit trente-six poules d'or pour le réchauffer de leur corps et recueillit un bol de miel de fleur de pêcher pour le nourrir. Il revint enfin à lui le lendemain matin. Il se confondit en remerciements; il s'appelait Qiu Bao, sa famille habitait dans le Qiujiabu, sur la rive nord du fleuve. Il avait voulu mourir, parce que sa famille venait d'être ruinée par un incendie.


La jeune fille à la Poule d'Or l'écouta attentivement et crut tout ce qu'il disait. Compatissant de tout son coeur à son malheur, elle lui donna un oeuf d'or.


Qiu Bao prit l'oeuf et s'agenouilla pour la remercier. La jeune fille à la Poule d'Or le releva et demanda aux poules d'or de l'accompagner jusqu'à la rive nord.


Mais en réalité, tout ce que Qiu Bao avait dit n'était que mensonge. Il détestait le travail, aimait la vie facile et le jeu. En dette de jeu avec un neveu, son voisin, celui-ci le gourmandait et le frappait souvent parce qu'il était incapable de s'acquitter. La veille au soir, il avait fui devant les coups.


Ayant entendu quelqu'un appeler, il avait cru que c'était son neveu qui arrivait et, de frayeur, s'était jeté dans le fleuve. Il avait eu la chance d'être sauvé par la jeune fille à la Poule d'Or et encore de se faire donner un oeuf d'or.

De retour sur la rive nord, il songea que les poules d'or pondaient beaucoup d'oeufs, et il désira s'en faire donner d'autres. Le lendemain matin, il se frappa le visage de manière à se marquer la figure, puis il lacéra ses vêtements, se banda la jambe et chercha un petit bateau pour traverser.


Il arriva en boitant à Dongzhousha, s'agenouilla devant la Princesse en pleurant à chaudes larmes :


- Hier soir, j'ai rencontré des brigands, on m'a volé mon oeuf d'or et on m'a roué de coups, dit-il. Emue de le voir dans ce triste état, la jeune fille à la Poule d'Or lui donna un autre oeuf d'or, Qiu Bao le prit et partit en remerciant.

Alors Qui Bao alla à Dongzhousha tous les trois jours. Au début, il réussit à escroquer chaque fois un oeuf d'or, puis la Princesse finit par découvrir son manège. Elle ne lui donna plus rien et lui conseilla :

- Il faut travailler pour être un homme.

Désespéré, Qui Bao rentra les mains vides et rumina de perfides desseins :


"On dit souvent que l'homme doit avoir un coeur de fer! Si je me saisis de toutes les poules d'or de Dongzhousha, je serai l'homme le plus riche du monde."


Alors Qiu Bao ayant rassemblé de nombreux vanniers se cacha avec eux dans une haute montagne où ils consacrèrent six mois à la confection d'une cage pour les précieuses poules. Cette cage était grande et haute; elle pouvait s'ouvrir et se fermer par un déclic qui faisait tomber ou se relever un rideau de bambou.


Un jour, Qui Bao plaça la cage à poules grande ouverte sur la grève de la rive nord. elle était tendue d'étoffe rouge et verte. Il se rendit ensuite à Dongzhousha où il prétendit que pour remercier du secours apporté et des oeufs d'or, il avait construit un "Palais de la Poule d'Or" sur la rive nord. Aujourd'hui, il avait préparé de bons plats et des vins fins pour inviter la Princesse et toutes les poules d'or.


Touchée par l'amabilité de Qiu Bao, la jeune fille à la Poule d'Or ne voulut pas refuser, et se décida alors à aller voir le "Palais" avec ses oiseaux. Qiu Bao demanda à des amis de frapper sur les gongs et de battre du tambour; lui, il se prosternait tous les trois pas pour engager ses invitées à manger.


Soudain, avec un bruit sec, le rideau de bambou se ferema, Qiu Bao avait appuyé sur le déclic. La Princesse et les poules d'or étaient enfermées dans la cage.

La jeune fille demanda avec colère :

- Qu'est-ce que tu fais, Qiu Bao?

- Je vous le dis franchement: dès maintenant, vous me servirez toute votre vie, dit-il en ricanant.

La Princesse comprenait tout maintenant, cependant elle fit mine de ne pas se fâcher :


- Qiu Bao, je sais maintenant quel genre d'homme tu es. On est toujours puni quand on fait le mal. Je te conseille d'abandonner tes desseins immédiatement.


- Ha! Ha! Tu es ma servante, mon esclave; si tu veux rester en vie, tu dois demander tout d'abord à toutes les poules de pondre pour moi, dit Qiu Bao en roulant des yeux féroces.


- Je serai franche également, dorénavant, tu n'obtiendras plus un seul oeuf, dit la jeune fille.

Qiu Bao menaça :


- Je vais tuer les poules pour prendre leurs oeufs d'or.


- Essaie un peu! dit la Princesse avec mépris.


Qiu Bao était déconcerté: Si j'ouvrais la cage, se dit-il, la jeune fille et les poules s'enfuiraient certainement. Alors je vais tout d'abord tuer la fille.


Il prit son arc et ses flèches, encocha une flèche et visa.


Une, deux, trois... Il décocha une trentaine de flèches de suite, mais la jeune fille les arrêta dans sa main. Qiu Bao fouilla dans son carquois, il était vide.


Elle dit alors :


- En as-tu encore ?


Qiu Bao commença à se troubler. En voyant les flèches dans la main de la Princesse, il eut un frisson de peur.


A ce moment même, la jeune fille agita légèrement la manche de son vêtement, un éclair d'or passa, et la cage s'évanouit en fumée noire. Qiu Bao maintenant songeait à fuir. La jeune fille fit un cordon de ses tresses en souriant, attacha ensemble les pointes des trente-deux flèches et les lança vers le ciel.


Les empennes s'ouvrirent et formèrent une sorte de couvercle conique qui descendit rapidement en vrille et fint par recouvrir Qiu Bao.

Qiu Bao se cogna un moment contre les parois, puis se prosternant :
- Jeune fille à la Poule d'Or, aie pitié de moi, grâce!

- Je peux porter secours aux gens, mais je ne fais pas grâce de la vie; tu comprendras plus tard, dit la jeune fille.


Ensuite, la Princesse demanda à toutes les poules d'or de voler vers la haute montagne et le fleuve pour prendre dans leur bec des grains de sable et elles les jetèrent sur la tête de Qiu Bao.


Jour après jour, mois après mois... Une petite montagne finit par s'élever sur les lieux. Elle était en forme de cage pour les poules précieuses parce que les trente-deux flèches y étaient enterrées. C'est pourquoi on l'appela le Jilongshan.


Depuis lors, la jeune fille à la Poule d'Or quitta définitivement Dongzhousha avec ses oiseaux et ne revint jamais.


Un an après, un jeune bambou avait poussé sur le Jilongshan; c'était la pousse des flèches. Les bambous se multiplièrent d'année en année. Quelques années plus tard, le mont était couvert d'une forêt de bambous.


Avec les années, les bambous du Jilongshan poussèrent de plus en plus serrés; ils étaient hauts et droits. Chose extraordinaire, quand on coupa pour la première fois les bambous, si on jetait avec force les tronçons par terre, ils se fendaient aisément en trente-deux parties égales.


Avec le temps, la forêt s'éclaircit quelque peu à force de couper les bambous, et leur propriété de se scinder en trente-deux parties disparut peu à peu. Mais ils gardèrent cependant le caractère de se fendre facilement.


Avec cette matière, on fabrique encore aujourd'hui l'armature des ombrelles de soie du Lac de l'Ouest.


 

 

 

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Rédigé par orange8454

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Publié le 13 Septembre 2012

Le lettré Chen Bijiao, prénommé aussi Mingyun, était natif de Yan. De famille pauvre, il était secrétaire du commandant en second Jia Wan. Leur bateau était ancré au milieu du lac Dongting quand soudain un poisson Dragon émergea. Jia banda son arc et tira une flèche sur le dos de l'animal. Aussitôt un poisson saisit sa queue pour l'emmener, mais en vain; ils furent capturés ensemble et attachés près du mât où ils attendaient la mort.

Le poisson Dragon ouvrant et fermant à demi sa gueule semblait appeler au secours. Le lettré eut pitié d'eux et demanda à Jia de les relâcher. Comme il avait sur lui des onguents pour refermer les blessures, à titre d'essai il les appliqua sur sa plaie et rejeta les deux animaux à l'eau. Ils flottèrent un moment à la surface puis plongèrent dans les profondeurs.

Un an après, retournant vers le nord, comme il traversait à nouveau le lac Dongting, son bateau fit naufrage au cours d'une tempête. Chen flotta toute une nuit soutenu par un grand panier de bambou auquel il avait eu la chance de s'agripper. Il rencontra enfin un tronc d'arbre grâce auquel il put nager jusqu'au rivage.

Après bien des efforts, il réussit à se hisser sur la berge; il remarqua alors qu'un autre naufragé le suivait. C'était un de ses serviteurs. Il fit un effort pour le tirer de l'eau, mais il constata qu'il était sur le point d'expirer. Navré et ne sachant que faire, il ne put que s'allonger à côté de lui.

Il voyait des collines qui rivalisaient de verdure et des saules pleureurs qui se balançaient au vent. Mais pas un passant, personne à qui demander son chemin. De l'aube jusqu'au matin, il resta là à se tourmenter.

 

Tout à coup, il vit qu'un léger mouvement agitait les membres de son serviteur. Tout heureux il le remua et quand il lui eut fait vomir des boisseaux d'eau, celui-ci reprit bientôt connaissance. Ils mirent alors leurs vêtements à sécher au soleil sur les rochers. Vers midi, ils purent les renfiler.

Leurs ventres creux faisaient entendre des glouglous, et ils étaient torturés par la faim. Ils franchirent rapidement la colline dans l'espoir de trouver un village. A peine étaient-ils arrivés à mi-hauteur qu'ils entendirent des flèches siffler. Lorsqu'ils essayèrent de discerner d'où venaient les traits, ils virent passer deux jeunes filles chevauchant des coursiers qui galopaient aussi vite que des petits pois qui s'échappent de leur gousse.

Un carré de soie rouge en bandeau sur le front et une plume de faisan plantée là-dessus, deux amazones habillées d'une tunique violette aux manches étroites, serrée à la ceinture d'une bande de brocart vert, passèrent la crête de la colline, l'une bandant son arc, l'autre portant un faucon sur le bras. Elles étaient suivies de quelques dizaines d'autres belles amazones, toutes habillées de même et chassant à travers les brousailles.

Interdit, le lettré n'osait avancer. Un homme, un palefrenier probablement, arriva au pas de course. Le lettré s'informa auprès de lui de ce qui se passait.

- C'est la Dame du lac de l'Ouest, fit celui-ci, qui chasse dans la montagne.

Le lettré lui raconta alors son aventure et lui avoua qu'il avait grand faim. Le valet ouvrit sa sacoche pour lui donner la nourriture qu'il avait prise pour lui-même, tout en disant:
- Eloignez-vous vite; la moindre offense à son altesse vous conduirait à la mort. Pris de peur, le lettré descendit la pente en courant, et vit vaguement, à travers les arbres touffus, de grands bâtiments avec des pavillons qu'il prit pour un temple.

Ils s'en approchèrent et arrivèrent au pied d'une enceinte devant laquelle coulait une rivière; un pont de pierre menait à un grand portail de laque rouge entrouvert. Surplombant une petite porte, il vit des pavillons dont les toits touchaient presque les nuages. Il pensa qu'il s'agissait d'un parc ou d'un jardin d'un dignitaire. Il entra tout en écartant les lianes qui obstruaient le chemin.

Un parfum de fleurs lui arriva par bouffées. Un corridor en zigzag le conduisit dans une autre cour où des dizaines de saules pleureurs se balançaient jusqu'aux avancées des toits peintes en rouge. Des pétales de fleurs s'envolaient tandis que gazouillaient les oiseaux, des feuilles d'orme s'éparpillaient au gré du zéphyr comme une pluie de sapèques. C'était à la fois un charme pour les yeux et un enchantement pour le coeur. Le lettré se croyait hors de ce monde vulgaire.

Au-delà d'un petit kiosque, une balançoire avec laquelle on eût pu monter jusqu'aux nuages pendait immobile; il lui manquait la présence humaine. Pensant que l'endroit devait être proche de l'appartement des femmes, le lettré n'osa s'aventurer plus loin.

Tout à coup un bruit de course précipitée et de rires de jeunes filles se firent entendre près de la porte, et il s'enfuit dans les buissons de fleurs avec son serviteur. Puis la rumeur joyeuse se rapprocha de plus en plus et il put distinguer ces paroles:

- Pas de chance aujourd'hui, fit une des jeunes filles nous revenons quasi bredouilles!

- Heureusement, s'écria une autre, que notre Princesse a pu abattre une oie sauvage! Sinon c'eût été peine perdue pour nos serviteurs et nos chevaux !

Bientôt un essaim de belles filles s'avança, escortant une jeune personne vers le kiosque où on la fit asseoir. En costume de chasse avec ses manches serrées aux poignets, elle devait avoir de quatorze à quinze ans, et ses cheveux flottants tout comme sa taille flexible semblaient onduler dans le vent; même la fleur de Qiong (Fleur légendaire de la Chine antique) ne pouvait égaler sa beauté. les servantes lui servirent du thé et allumèrent de l'encens; c'était un tableau éblouissant comme un amas de brocart.

Peu après, lorsque la jeune fille se fut levée pour descendre les marches du kiosque, l'une des suivantes lui demanda:

 

- Après la fatigue de la chevauchée, pouvez-vous encore vous exercer à la balançoire?

Souriante, elle acquiesça. Aussitôt l'une la prit par l'épaule, une autre la soutint par le bras, tandis que d'autres encore relevaient le pan de sa jupe et lui soulevaient les pieds pour l'installer sur la balançoire. Elle empoigna les cordes, se lança de ses pieds effilés sur le trapèze volant telle une hirondelle dans les cieux, puis elle redescendit avec l'aide de ses servantes. D'une seule voix celles-ci s'exclamèrent:

- Vous avez vraiment l'air d'une fée, Princesse !

Et elles s'en furent dans un essaim de rires. Le lettré les suivait des yeux, son esprit planant comme dans un rêve. Puis, le silence rétabli, il s'avança jusqu'à la balançoire, perdu dans ses pensées.

Tout à coup, il découvrit un carré de soie rouge près d'une haie de bambous. Présumant que ce mouchoir avait été égaré par une des jolies filles, il s'empressa de l'enfouir dans sa manche. Puis, comme il y avait dans le kiosque un nécessaire pour exercer la calligraphie, il écrivit ce poème sur le mouchoir:

Pourrait-on dire que celle qui se livre à ce jeu charmant

Serait une fée, une immortelle ?

Il est sûr que c'est une beauté divine qui éparpille ses lotus d'or.

Voilà qui doit faire naître la jalousie des belles du Palais de la lune, froid et spacieux.

Ne dirait-on pas qu'elle semble marcher sur les flots en montant à la neuvième voûte des cieux ?

 

Son quatrain calligraphié, il quitta le kiosque et, tout en récitant le poème, il rebroussa chemin. Mais les portes étaient déjà verrouillées. Très embarrassé, il parcourut en vain tous les pavillons et kiosques lorsque soudain une jeune fille apparut. Surprise, elle demanda:

 

- Comment avez-vous pu venir jusqu'ici ?

- Nous nous sommes perdus en chemin, dit le lettré, en la saluant, et nous serions heureux de bénéficier de votre secours.

- Avez-vous ramassé un carré de soie rouge ?

-Oui, mais je l'ai déjà barbouillé d'encre! Que faire! dit le lettré en sortant le mouchoir.

- Que votre cadavre reste sans sépulture, s'écria-t-elle terrifiée. C'est une chose dont la Princesse se sert tous les jours, et maintenant cette soie est toute barbouillée !

Chen blêmit et implora son aide.

- Chercher à regarder en cachette les bâtiments du Palais constitue déjà un crime impardonnable! dit-elle. Cependant vos qualités littéraires me poussaient à vous sauver. Mais devant ce nouveau crime commis délibérément, pourrais-je vous tirer d'affaire ?

Sur ce, elle prit le carré et partit. Au comble de l'anxiété, le lettré attendait la mort, le cou tendu, regrettantde ne pas posséder d'ailes pour s'envoler.

Un moment après la servante revint le féliciter tout bas:

 

- Vous aurez la vie sauve. La Princesse a examiné le carré trois ou quatre fois, visiblement sans colère. Vous serez probablement relâché. il vous faut attendre patiemment, mais surtout ne pas vous mettre à grimper sur un arbre ou à escalader un mur. On ne le vous pardonnerait pas.

A la nuit tombée, ne sachant encore quel sort lui était réservé, Chen sentit que la faim lui creusait terriblement l'estomac. Peu après, la servante revint, une lanterne à la main, suivie d'une autre fille apportant un pot de vin et un panier plein de mets à l'intention du lettré. Celui-ci s'informa de son sort.

- Profitant d'un moment propice, j'ai demandé à la Princesse d'avoir la bonté de relâcher le lettré du jardin qui risquait de mourir de faim. Après avoir mûrement réfléchi, elle m'a dit : "Où pourrait-il aller dans cette nuit profonde?" C'est alors qu'elle m'a envoyée vous offrir ces provisions. Ce n'est donc pas une mauvaise nouvelle !

Le lettré se tourmenta toute la nuit, sentant toujours une menace peser sur lui. Au début de la matinée, la servante revint lui apporter de quoi manger. Il la supplia de parler pour lui.

- Si la Princesse ne s'est prononcée ni pour la mort ni pour l'élargissement, que pourrions-nous dire, nous les servantes ?

Au coucher du soleil, alors qu'il attendait impatiemment la jeune fille, celle-ci entra en courant le souffle coupé et dit :

- C'en est fait; des bavardes ont raconté l'affaire à la favorite du roi, laquelle a jeté le carré par terre en se répandant en invectives et en vous traitant de grossier personnage; le malheur vous guette !

Effrayé à l'extrême, le visage terreux, le lettré se jeta à genoux pour lui demander conseil. Un vacarme se fit entendre. La servante se retira en agitant la main. Munis de cordes, plusieurs hommes entrèrent à grand fracas.

Une servante du groupe, fixant les prisonniers, s'exclama:

- Mais, c'est le jeune Chen ! Attendez ! Attendez! continua-t-elle tout en empêchant les hommes aux cordes d'agir, attendez que j'informe son Altesse!

Elle s'en fut en hâte et revint peu après annoncer:

- Son altesse appelle le jeune seigneur Chen.

Celui-ci, tout tremblant, obéit. Ayant franchi des dizaines de portes, on arriva à un Palais dont l'entrée était voilée d'un store orné de pièces de jade aux crochets d'argent. Une jolie femme leva le store et annonça :

 

- Le seigneur Chen!

Une belle dame somptueusement parée se tenait devant lui. Il se prosterna en disant :

- Votre humble sujet solitaire qui habite à dix mille lis d'ici vous supplie de lui faire grâce de la vie !

La dame s'approcha, le releva tout en lui expliquant :

- Sans votre aide je n'existerais plus aujourd'hui. Mes servantes sont si stupides qu'elles ont failli offenser mon noble visiteur! C'est impardonnable !

Elle offrit un grand festin en l'honneur du lettré. On buvait dans des coupes ciselées. Chen ne s'expliquait toujours pas la raison d'une telle réception.

- J'ai toujours regretté de ne pas avoir pu vous rendre grâce de m'avoir sauvé la vie, fit-elle. Ma fille est honorée de votre inscription sur son mouchoir en témoignage de votre admiration. C'est la destinée qui vous a réunis. Je l'enverrai auprès de vous ce soir.

Comblé par des circonstances aussi inespérées, le lettré restait abasourdi. Vers le soir une servante vint lui dire :

- La Princesse a fini de s'apprêter.

Elle le conduisit alors dans la chambre nuptiale. Toutes les marches étaient couvertes de riches tapis et les salles éclairées par des myriades de lumières jusqu'aux lieux d'ablutions. Tout à coup les instruments modulèrent des airs variés; entourée de quelques dizaines de belles femmes étrangement parées, la Princesse, soutenue par sa suivante, accomplit la cérémonie nuptiale avec le lettré. Le Palais était embaumé par l'odeur des orchidées et du musc.

Puis, se tenant par la main, les mariés entrèrent dans la chambre nuptiale. Leur amour les comblèrent de joie.

- Moi, un humble voyageur, dit-il, je ne vous ai jamais témoigné mon dévouement, et j'ai déjà eu la chance d'avoir échappé à la mort sur le billot pour avoir souillé votre mouchoir parfumé, mais en outre vous m'accordez votre alliance. C'est un bonheur totalement inespéré !

- Ma mère, la Dame du Lac, est la fille du roi de Yangjiang. L'an dernier, comme elle se rendait en visite chez ses parents, elle fut atteinte par une flèche dans sa traversée du lac. Grâce à vous et à vos soins, elle a pu éviter le pire. Notre famille n'avait pas oublié votre bonne action. Mon espèce est différente de la vôtre, mais j'espère bien que cela ne vous inspire pas trop de crainte. J'ai obtenu du Roi Dragon le secret de l'immortalité, je voudrais que vous en bénéficiez aussi.

Le lettré comprit alors qu'elle était une fée.

- Comment se fait-il que votre servante m'ait reconnu? demanda-t-il.

- Sur le lac Dongting n'y avait-il pas un petit poisson qui tenait la queue du Dragon blessé ? C'était cette servante.

- Puisque vous vouliez m'épargner, demanda encore le lettré, pourquoi retardiez-vous sans cesse ma libération ?

- J'ai beaucoup de sympathie pour votre talent littéraire, mais il ne m'appartenait pas de prendre une décision; qui pourrait savoir combien j'ai hésité toute une nuit ?

- Vous êtes mon Bao Shu! soupira le lettré. Et qui était donc la personne qui m'a apporté à manger ?

- A-Nian, une de mes confidentes aussi.

- Comment pourrais-je lui rendre grâce ?

- Elle sera à votre service; on envisagera cela pour plus tard.

- Où est donc le Grand Roi? questionna-t-il encore.

- Parti avec le dieu Guan pour soumettre Chiyou, il n'est pas encore rentré.

Après plusieurs jours passés auprès de la Princesse, craignant que sa famille, restée sans nouvelles, ne soit dévorée d'inquiétude, le lettré envoya d'abord son serviteur pour faire dire qu'il était sain et sauf.

Les siens avaient appris le naufrage sur le lac Dongting, et sa femme portait le deuil depuis un an. Au retour du serviteur, on sut seulement que le lettré n'avait point péri. Mais du fait des difficultés pour communiquer, on en vint à croire qu'il n'en finirait jamais avec sa vie errante.

Six mois plus tard, monté sur un coursier magnifique, revêtu de souples fourrures, Chen rentra inopinément chez lui, ramenant des sacs remplis d'objets précieux. Il devint fabuleusement riche , et le faste de sa maison dépassait de loin celui des grands seigneurs du lieu. En l'espace de sept à huit ans, il eut cinq enfants. Il offrait chaque jour des banquets à ses invités. Ses dépenses en matière de vins et de mets dénotaient un luxe inouï. Et comme certains l'interrogeaient sur les sources de sa richesse, il leur raconta son aventure sans rien cacher.

Liang Zijun, son ami d'enfance, avait assumé des fonctions officielles au Sud pendant une dizaine d'années. En traversant le lac Dongting pour rentrer chez lui, il rencontra une jonque décorée avec un grand art. Des fenêtres sculptées et peintes en laque rouge s'échappaient de ravissantes mélodies, accompagnées au son du sheng* (Petit orgue à bouche portatif) et qui se répandaient sur les ondes brumeuses. Parfois de jolies femmes ouvraient les fenêtres pour contempler le paysage.

Regardant attentivement à l'intérieur de la jonque, il vit au milieu un jeune homme, tête nue, assis les jambes croisées, et près de lui une jolie fille de seize ans environ qui lui faisait des massages.

C'est certainement, se dit-il, un grand dignitaire de la région, pourtant il n'a pas d'escorte. A regarder de plus près, il s'aperçut qu'il s'agissait de Chen Mingyun. Il ne put s'empêcher de crier son nom à tue-tête.

A sa voix, le lettré fit arrêter le bateau et vint sur la proue, invitant Liang à passer à son bord. Celui-ci constata que la table était jonchée de plats entamés, et le lourd fumet des vins flottait encore dans l'air.

Le lettré donna l'ordre d'enlever immédiatement tous ces restes. Un instant après, quelques jolies servantes venaient offrir du thé et du vin, puis des plats recherchés de fruits de mer ou de produit de montagne inconnus de l'invité.

- Depuis dix ans que je ne vous ai vu, dit Liang avec curiosité, comment avez-vous pu accumuler tant de richesses et de titres ?

- Est-ce mépris de votre part à l'égard du pauvre lettré que j'étais ? M'était-il interdit de prospérer! fit-il en riant.

- Quelle est cette personne qui buvait avec vous tout à l'heure ?

- C'est mon humble épouse.

- Où allez-vous conduire votre famille? demanda Liang , toujours plus surpris.

- Nous voguons vers l'Ouest.

Et comme Liang voulait continuer à le questionner, le lettré l'invita à boire en écoutant des chants. A peine eut-il donné cet ordre qu'éclata un concert assourdissant où les chants mêlés aux accents des instruments de musique faisaient un vacarme qui empêchait d'entendre quoi que ce fût.

Devant ces belles filles qui remplissaient la salle, Liang puisant l'audace dans son ivresse lança à Chen à forte voix :

- Seigneur Mingyun, pourriez-vous me faire goûter avec l'une d'elles à d'autres transports de joie ?

- Vous avez trop bu, mon ami! fit le lettré en riant, mais je peux vous faire un don qui vous permettra d'acquérir une belle concubine.

Il demanda à sa servante d'apporter à son ami une perle éblouissante.

- Avec ce joyau, il ne vous sera pas difficile d'acquérir une Lüzhu *(Nom d'une concubine célèbre). Ceci pour vous montrer que je ne suis pas avare.

Puis, en guise d'excuse, il ajouta :

- Quelques occupations pressées m'empêchent de vous tenir compagnie plus longtemps.

Sur ce, il conduisit Liang jusqu'à son bateau et fit détacher les amarres du sien pour partir.

Lorsque Liang fut de retour dans sa famille, il se rendit chez le lettré qu'il trouva en train de boire avec ses invités. Stupéfait, il lui demanda :

- Il y a peu, vous étiez encore sur le lac Dongting; comment avez-vous pu rentrer si vite ?

- Jamais de la vie! Je n'étais pas là-bas.

Liang raconta alors ce qu'il avait vu, à la grande stupeur de l'assistance.

- Vous vous êtes trompé, s'écria le lettré en riant; aurais-je donc le don d'ubiquité ?

Dans la confusion qui s'ensuivit, personne ne trouva d'explication à ce phénomène.

Le lettré mourut à l'âge de quatre-vingt-un ans. A son enterrement, on fut étonné d la légéreté de son cercueil. On l'ouvrit, il était vide.

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Le chroniqueur des Contes fantastiques dit : La corbeille flottant à la surface du lac pour soutenir le naufragé, le carré de soie rouge ramassé par hasard et illustré d'un poème, constituent autant de phénomènes étranges, mais tous reliés par le seul sentiment de la compassion.

Quant aux Palais, femmes, concubines et privilèges accordées aux deux vies d'un même homme, je ne sais comment les expliquer. Celui qui espère avoir à la fois une épouse charmante, des concubines ravissantes, des enfants et petits-enfants valeureux et une longévité perdurable n'est jamais satisfait qu'à moitié. Y a-t-il aussi chez les immortels des Princes de Fenyang et des Jilun*?

(*Deux personnages qui possédaient de fabuleuses richesses)


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Rédigé par orange8454

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