Publié le 13 Septembre 2012

C'est un trou de verdure où chante une rivière

 

Accrochant follement aux herbes des haillons

 

D'argent, où le soleil de la montagne fière

 

Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

 

 

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,

 

Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,

 

Dort; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,

 

Pâle dans son lit vert où la lumière pleut;

 

 

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme

 

Sourirait un enfant malade, il fait un somme.

 

Nature ! berce-le chaudement : il a froid.

 

 

Les parfums ne font pas frissonner sa narine.

 

Il dort dans le soleil, la main sur la poitrine,

 

Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

 

 

Arthur Rimbaud

Voir les commentaires

Rédigé par orange8454

Publié dans #dort, #enfant, #herbe, #lit, #souriant

Repost0

Publié le 13 Septembre 2012

Un escargot se croyant beau,
Se croyant gros, se moquait d'une coccinelle.
Elle était mince, elle était frêle !
Vraiment, avait-on jamais vu
un insecte aussi menu !
Vint à passer une hirondelle
Qui s'esbaudit du limaçon.
Quel brimborion,
s'écria-t-elle !
C'est le plus maigre du canton !
Vint à passer un caneton.
Cette hirondelle est minuscule,
Voyez sa taille ridicule !
Dit-il sur un ton méprisant.
Or, un faisan
aperçut le canard et secoua la tête :
Quelle est cette si minime bête
Au corps si drôlement bâti !
Un aigle qui planait leur jeta ces paroles :
Êtes-vous fous ? Êtes-vous folles ?
Qui se moque du précédent
sera moqué par le suivant.
Celui qui d'un autre se moque
A propos de son bec, à propos de sa coque,
De sa taille ou de son caquet,
Risque à son tour d'être moqué !

 

Pierre Gamarra

Voir les commentaires

Rédigé par orange8454

Publié dans #croyant, #moque, #passer, #taille, #vint

Repost0

Publié le 13 Septembre 2012

S'il était encore une fois

Nous partirions à l'aventure,

Moi, je serais Robin des Bois,

Et toi tu mettrais ton armure.

Nous irions sur nos alezans

Animaux de belle prestance,

Nous serions armés jusqu'aux dents

Parcourant les forêts immenses.

S'il était encore une fois

Vers le château des contes bleus

Je serais le beau-fils du roi,

Et toi tu cracherais le feu.

Nous irions trouver Blanche-Neige

Dormant dans son cercueil de verre,

Nous pourrions croiser le cortège

De Malbrough revenant de guerre.

S'il était encore une fois

Au balcon de Monsieur Perrault,

Nous irions voir Ma Mère l'Oye

Qui me prendrait pour un héros.

Et je dirais à ces gens-là :

Moi qui suis allé dans la lune,

Moi qui vois ce qu'on ne voit pas

Quand la télé le soir s'allume;

Je vous le dis, vos fées, vos bêtes,

Font encore rêver mes copains

Et mon grand-père le poète

Quand nous marchons main dans la main.

 

Georges Jean

Voir les commentaires

Rédigé par orange8454

Publié dans #irions, #main, #moi, #serais, #ton

Repost0

Publié le 13 Septembre 2012

"Un pain, du beurre, un camembert,

 

mais surtout n'oublie pas le sel.

 

Reviens pour mettre le couvert,

 

ne va pas traîner la semelle.

 

 

L'enfant s'en va le nez au vent.

 

Le vent le voit. Le vent le flaire.

 

L'enfant devient un vol-au-vent,

 

l'enfant devient un fils de l'air.

 

 

"Reviens, reviens, au nom de Dieu !

 

Tu fais le malheur de ton père.

 

Ma soupe est déjà sur le feu.

 

Tu devais mettre le couvert !"

 

 

Léger, bien plus léger que l'air,

 

l'enfant est sourd à cet appel.

 

Il est déjà à Saint-Nazaire.

 

Il oublie le pain et le sel...

 

 

Claude Roy

Voir les commentaires

Rédigé par orange8454

Publié dans #enfant, #leger, #mettre, #reviens, #vent

Repost0

Publié le 13 Septembre 2012

Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal,

 

Fatigués de porter leurs misères hautaines,

 

De Palos de Moguer, routiers et capitaines

 

Partaient, ivres d'un rêve héroïque et brutal.

 

 

Ils allaient conquérir le fabuleux métal

 

Que Cipango mûrit en ses mines lointaines,

 

Et les vents alizés inclinaient leurs antennes

 

Aux bords mystérieux du monde occidental.

 

 

Chaque soir, espérant des lendemains épiques,

 

L'azur phosphorescent de la mer des Tropiques

 

Enchantait leur sommeil d'un mirage doré ;

 

 

Ou penchés à l'avant des blanches caravelles,

 

Ils regardaient monter en un ciel ignoré

 

Du fond des océans des étoiles nouvelles.

 

 

José Maria de Hérédia

Voir les commentaires

Rédigé par orange8454

Publié dans #allaient, #brutal, #heroique, #ivres, #reve

Repost0