Publié le 13 Septembre 2012
56 - Le pouvoir de divination de Djeha-Hodja Nasreddin
Un jour qu'il se rendait au palais de Tamerlan, Djeha-Hodja Nasreddin vit son garde-chiourme bastonner un innocent.
- Tu ne l'emporteras pas au paradis, lui dit Djeha-Hodja Nasreddin, d'autant plus qu'en consultant le marc de café à ton sujet, j'y ai vu ta mort
prochaine.
Il advint que, deux jours plus tard, le bourreau fut renversé par une calèche qui roulait à vive allure dans les rues du village. Il en mourut.
Mis au courant du présage de Djeha-Hodja Nasreddin, Tamerlan, affecté par cette mort, décida de le mettre à mort. Encadré par deux gardes tenant levé un grand sabre tranchant, il fut présenté au
souverain qui lui dit :
- Puisque tu as de grands pouvoirs de divination, tu as dû prévoir le jour de ta propre mort.
- Ce sera pour aujourd'hui, répondit Djeha-Hodja Nasreddin qui ajouta : j'ai aussi vu dans le marc que votre mort est prévue le lendemain de la
mienne.
Et c'est ainsi que, mécontent mais prudent, Tamerlan demanda aux gardes de baisser leur sabre et laissa la vie sauve à Djeha-Hodja Nasreddin.
57 - L'éléphante dévastatrice
Tamerlan amena un éléphant à Ak shehir et le lâcha dans le village, où il se mit
à saccager fermes, vignobles et vergers. Bien pire, il obligea la population à le nourrir. C'était devenu une véritable calamité. Les gens en eurent assez et ils appelèrent Djeha-Hodja Nasreddin
pour qu'il puisse intervenir auprès de Tamerlan, à propos de cet éléphant dévastateur.
- Demain, dit Djeha-Hodja Nasreddin, je veux dix à quinze personnes pour m'accompagner.
Le jour suivant, Djeha-Hodja Nasreddin se mit à la tête du groupe. Quand ils arrivèrent près de la tente de Tamerlan, il s'est retourné et a vu qu'il était seul. Tous les autres s'étaient enfuis,
effrayés à l'idée d'affronter Tamerlan.
- Je vous montrerai, se dit Djeha-Hodja Nasreddin, et il entra dans la tente pour parler à Tamerlan.
- Excellence, dit-il, nous les gens d'Ak Shehir, nous aimons l'éléphant que vous avez amené dans notre village, mais nous sommes tristes pour lui, car il est
seul. Au nom de la population, je suis venu vous demander de lui trouver une femelle pour lui tenir compagnie.
Tamerlan fut satisfait de ce qu'il venait d'entendre et dit :
- Tu salueras la population de ma part et tu leur diras que je répondrai à leurs désirs assez rapidement.
De retour au village, les gens lui demandèrent le résultat de l'entrevue avec Tamerlan.
- Soyez rassurés, leur dit-il, la femelle "dévastatrice" sera ici bientôt, elle aussi. Vous venez de récolter ce que vous avez
semé.
58 - Le supplice de l'éléphant
Devant tant d'insolence, Tamerlan se décida un jour de se débarrasser de Djeha-Hodja Nasreddin. Il le condamna à mort, plus précisément à être piétiné par son éléphant favori.
- Bonne idée, lui dit Hodja, mais c'est là un supplice dangereux !
- Imbécile ! C'est là mon but !
- C'est un supplice dangereux mais pour l'éléphant ! Avec le régime que tu imposes à tes serviteurs, je n'ai plus que la peau et les os et je crains qu'un bout d'os ne s'enfonce dans le pied de
l'éléphant. Pourquoi veux-tu le faire souffrir ! Par contre, tu pourais, sans danger, faire piétiner ton comptable qui est bien gras !
59 - Savoir ou ne pas savoir
Un jour, Djeha-Hodja Nasreddin décida de voyager pour parfaire son savoir. Quand un jeune homme lui demanda quels gens il allait chercher à rencontrer, il dit, se rappelant quelques sages paroles
entendues au marché :
- Celui qui ne sait pas et ne sait pas qu'il ne sait pas, il est stupide. Il faut l'éviter.
- Celui qui ne sait pas et sait qu'il ne sait pas, c'est un enfant. Il faut lui apprendre.
- Celui qui sait et ne sait pas qu'il sait, il est endormi. Il faut le réveiller.
- Celui qui sait et sait qu'il sait, c'est un sage. Il faut le suivre.
Djeha-Hodja Nasreddin a fait une pause et a continué :
- Mais, vous savez combien il est difficile, mon fils, d'être certain que celui qui sait et sait qu'il sait, sait vraiment.
60 - Les bons et les mauvais
Un jour, un élève de Djeha-Hodja Nasreddin lui dit :
- Djeha-Hodja Nasreddin, chacun s'accorde à dire que vous êtes bon. Cela veut-il dire que vous êtes réellement bon ?
Djeha-Hodja Nasreddin répondit qu'il n'en était pas nécessairement ainsi. Le garçon demanda alors si le fait que chacun dise que Djeha-Hodja Nasreddin était mauvais signifiait qu'il était
réellement mauvais. Djeha-Hodja Nasreddin répondit négativement. Le garçon demanda à Djeha-Hodja Nasreddin de s'expliquer.
- Si des gens bons disent que je suis bon, alors je le suis vraiment et si des gens mauvais disent que je suis mauvais, alors je suis bon
Il fit une pause, le temps de lisser sa barbe et continua :
- Mais vous
savez combien il est difficile de dire quels sont les gens qui sont bons et quels sont ceux qui sont mauvais.
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