Publié le 13 Septembre 2012
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Publié le 13 Septembre 2012
Même si le hameau de Salm n'a jamais été une métropole, il importe de lui accorder le respect qui lui est du. Il se compose
essentiellement des fermes du château et s'est développé autour de celui-ci. Certes, le château n'a jamais eu de rôle militaire majeur. Construit au Moyen-âge, il était déjà dépassé et ruiné à
l'époque de la guerre de Trente Ans. Mais c'est quand même le château. Il est l'éponyme du pays, ce qui n'est pas rien, et les fermes qui lui survivent sont des fermes seigneuriales, ce qui est,
pour une ferme, une sorte de titre de noblesse, et, pour le fermier, une source de dégrèvement fiscal. Alors, s'il te plait, cher lecteur, arrête d'insinuer que les maisons du village se comptent
sur les doigts des deux mains. Je sais bien que tu ne me l'as pas dit, mais je t'entends le penser très fort.
Et puis, il y a le grand chêne centenaire, qui déploie son houppier majestueux. C'est un chêne sacré. D'ailleurs, aujourd'hui, toute la population des villages alentour se rassemble à son pied.
C'est le dimanche qui suit celui de la Pentecôte, ou en d'autres termes le dimanche de la Trinité, et c'est dans des jours comme celui-ci qu'on se rend compte qu'il ne suffit pas à un bourg
d'être grand (relativement), comme la Broque, ou riche (relativement) comme Framont, pour être une terre sacrée.
Salm n'a peut être que quelques maisons, mais c'est de là, et de nulle part ailleurs, que part le pèlerinage à Notre Dame de la Maix.
Voici donc tout le pays qui se rassemble au pied du chêne : voici les mineurs de Framont, voici les notables de Senones, et là, plus loin, les forestiers de partout, de Chatas, du Saulcy, de
Luvigny, de Moussey, et j'en passe. Il y a même des gens extérieurs au pays, car le pèlerinage de la Maix, ce n'est pas chose banale.
Depuis Pâques déjà, nous sommes dans la moitié heureuse de l'année, celle des arbres verts, des fleurs, du soleil, des récoltes qui poussent.
Depuis le 23 avril fête de saint Georges, on sait qu'on est dans la moitié de l'année marquée par le travail, la production et la propriété privée. On a payé, à la Saint Georges, son bail au
propriétaire terrien. On respecte les limites des propriétés, on prend garde à ne pas piétiner les champs des voisins et l'on attend d'eux la réciproque.
Il y a peu de jours, aux Rogations, le curé a béni les champs, et, puisqu'on est dans la moitié de l'année où la propriété est privée, chacun a veillé à ce que son champ ne reçoive pas un coup de
goupillon de moins que le champ du voisin. La surveillance du curé aux Rogations est indispensable. Celui-ci, un moine, a ses pensées à Senones et ne s'intéresse à sa paroisse que d'assez loin.
Il n'en touche pas la dîme, qui va à l'abbé. Mal nourri à la portion congrue, il estime parfois devoir un service paroissial proportionnel à son "salaire". La plupart du temps, les paroissiens
s'en accommodent mais, le jour des Rogations, pas question de laisser Monsieur le Curé jouer les syndicalistes. C'est le seul jour de l'année où il fait un travail vraiment utile en guidant les
prières et processions de la communauté pour de bonnes récoltes. Alors, il a intérêt à bosser !
Donc, chacun ayant veillé à ce qu'il ne manque pas une bénédiction sur son champ, on compte sur une bonne récolte. Enfin, plutôt, comme on est réaliste et qu'on ne demande pas l'impossible à
Dieu, on compte surtout sur de bonnes prévisions météo : le temps qu'il fait à tel moment des Rogations est réputé annoncer celui qu'il fera pendant telle période de l'année.
Dans la moitié de l'année ouverte par Saint Georges, il n'est pas question de religion triste, de repentir, de cendres, de guenilles, de retour sur soi-même. C'est la fête. Il n'y a rien
d'extraordinairement mystique à en dire, sinon que tout est propre et gai. Les maisons ont été nettoyées en grand, et même les tas de fumiers jouent les invisibles, camouflés qu'ils sont sous des
branchages.
Feuilles et branches sont les vedettes du jour ; elles l'étaient déjà à la fête du Mai, et elles continueront de l'être pour la Fête Dieu (deuxième dimanche après Pentecôte). Les bouquets verts
sont de toutes tailles. Il y a les petits, portatifs, que chacun tient à la main. Et il y a ceux que l'on a arrangés au bord de la route, véritables petites chapelles temporaires, garnis de
rubans multicolores comme ceux qu'on porte aux mariages, et parfois même occupés par un bébé, ce qui fait de la fête une véritable Noël de printemps. Le cortège est joyeux, excité, criard pour
les plus jeunes ; on tire des pétards, et les adolescents ne se cachent guère pour s'intéresser au sexe opposé.
Le seul qui n'est pas très content, c'est le curé. Il trouve que les pèlerins manquent de piété, et il n'a pas forcément tort.
Voici la joyeuse bande qui arrive à l'ermitage. C'est un petit ensemble de trois bâtiments, dont la chapelle et l'habitation de frère Claude Florentin, l'ermite. C'est le plus gai de tous, car
aujourd'hui, il va augmenter ses maigres revenus. Heureux propriétaire de trente et une bouteilles de verre et de quarante six gobelets, l'homme de Dieu, aujourd'hui, est d'abord le tenancier de
la buvette. Arrivés à l'avance, musiciens et montreurs d'ours occupent déjà le terrain, et comme chaque année, ce n'est pas une mince affaire, pour le curé, que de faire entrer ses paroissiens
dans l'église. Bien sur, à l'époque, le paroissien de base est obéissant, mais il est clair que chacun anticipe de toute la force de son âme le Ite missa est qui le délivrera de la corvée du jour
et lui ouvrira les portes dorées de la fête.
Pour ce qui est du thème du sermon, on le connaît à l'avance.
Comme chaque année, le curé raconte comment, autrefois, il y avait un village à l'emplacement du lac. Un matin, le diable vint, déguisé en musicien. Chacun se mit à danser, sans prendre garde à
l'heure de la messe. En vain la cloche de l'église sonna-t-elle un coup, puis deux, puis trois : les villageois n'avaient d'oreilles que pour le musicien. Alors, Dieu se fâcha. Le sol se déroba
sous les pas des danseurs, engloutissant le village et ses habitants. Depuis, il y a un lac à la place. Au fond, les habitants sont condamnés à danser jusqu'au jour du jugement dernier, cependant
que la cloche de leur église, engloutie avec le reste du village, continue de sonner sans qu'ils l'entendent.
Ite missa est ! Enfin !
Ayant assisté à la messe, les pèlerins n'ont pas à craindre le sort des malheureux condamnés à danser là en dessous. Leur esprit n'en est que plus libre pour s'adonner à ce qui fait le fond de la
fête de la Trinité : bon repas, danse, pétards, drague, et toutes les attractions de ce qui est en fait une fête foraine. De temps en temps, les plus curieux se baissent pour coller leur oreille
au sol, et là les supputations vont bon train. Est-ce que l'on entend le violon du musicien diabolique ? Est-ce que l'on entend la cloche de l'Eglise ? Certains vous jurent que oui.
Même les Hapolahs, les austères protestants du Ban de la Roche voisin, s'amusent ce jour là. Bien sur, ils n'appellent pas cela la Trinité, ils appellent cela le retour de la Pentecôte. Car,
comme toutes les fêtes de la belle saison dans la région, la Pentecôte dure le Dimanche, le lundi et le Dimanche d'après, que l'on appelle le retour de la fête. Le programme est le même qu'en
terre catholique : après le culte, inévitable le Dimanche, place à la fête !
Le cœur de l'été sera occupé par le travail, et les fêtes s'y feront discrètes. D'une façon générale, le partage binaire de l'année, si caractéristique de la région, s'intéresse aux équinoxes
(printemps et automne) plus qu'aux solstices (hiver et été). Les fêtes de la saint Jean (solstice d'été) sont discrètes et même souvent inexistantes.
Puis, selon l'habituel rythme binaire qui tend à donner à chaque fête son pendant à l'autre bout de l'année, la fin des récoltes verra des réjouissances peu différentes de celles du
printemps.
Elles n'ont pas de nom général, ont dit : "la fête du village" ou "la fête patronale" (fête de Rothau au Ban de la Roche protestant ; dates diverses dans les villages catholiques). Elles
constituent une sorte de Pentecôte-Trinité d'automne. Même calendrier : Dimanche, lundi et Dimanche suivant. Même programme : messe ou culte (le Dimanche, on ne voit guère le moyen d'y échapper),
puis les choses sérieuses : repas et fête foraine.
La fête de la "Pentecôte d'automne" est, comme on l'a vu, variable à l'intérieur d'une plage de temps correspondant à l’après-récolte et à l'avant-frimas. On est autour de la saint Michel (29
septembre) qui ouvre la période d'automne et d'hiver. Comme son symétrique Saint Georges, Saint Michel est un saint guerrier, assez autoritaire, qui veille à ce qu'on n'empiète pas sur sa moitié
d'année. A la saint Michel (ou à la fête du village qui lui correspond approximativement) , on finit de payer le berger communal ; les bêtes sont à l'étable ; la récolte doit être rentrée ; la
propriété privée est abolie pour six mois, et chacun le fait savoir en poussant sa brouette de fumier selon le trajet le plus pratique, sans se soucier des limites des champs ; les récoltes sont
rentrées, alors, on est prié de ne pas jouer les mauvais coucheurs et de ne pas exiger, de ses voisins, des détours qui n'ont aucune raison d'être.
Comme on vient de le voir, le changement de régime, assez autoritaire, a lieu à une date qui varie selon les villages à l'intérieur d'une plage de temps assez large. C'est donc le moment
d'affirmer son identité en choisissant sa date dans les limites du possible. Les anabaptistes du Salm s'alignent sur la fête de Rothau et non sur celle des villages catholiques où ils habitent.
Ce n'est pas neutre.
Parmi les éléments traditionnels de la fête d'automne, il ne faut pas oublier les bagarres entre jeunes gens de différents villages, qui sont une partie obligée de la fête et revêtent quasiment
un caractère rituel.
Après la saint Michel, viennent les fêtes de l'hiver, plus graves et plus mystiques.
Publié le 13 Septembre 2012
21 - La lettre
Un habitant du village a reçu une lettre, mais comme il ne sait pas lire, il demande à Nasreddin Hodja de la lire à sa place. Nasreddin doit lui avouer qu'il ne sait pas lire non plus, mais l'homme ne veut pas croire que quelqu'un de si bien habillé, avec un si beau turban, ne sache pas lire. Nasreddin s'énerve, ôte son turban et le plante sur le crâne de l'homme en lui disant que si c'est l'habit qui fait tout, alors maintenant il peut lire sa lettre lui-même !
22 - Se lever tôt
Un jour, un ami de Nasreddin Hodja essaya de le persuader que le monde appartenait à ceux qui se levaient tôt. Et pour le convaincre, il lui raconta comment, le matin même, il avait trouvé une pièce d'or sur la route.
- Tu vois, lui dit-il, si je n'avais pas été celui qui s'était levé le plus tôt, c'est quelqu'un d'autre qui aurait profité de l'aubaine !
- Mais enfin, répondit Nasreddin, ne comprends-tu pas que cette pièce a été perdue par quelqu'un qui s'est levé encore plus tôt que toi ?
La menace
Un jour, l'âne de Nasreddin Hodja fut dérobé. On vit alors notre homme se planter au beau milieu de la place du village en déclarant que si on ne lui rendait pas la bête, il serait obligé de faire ce que son père avait fait dans la même situation !
Les villageois commencèrent à discuter entre eux, mais personne ne se souvenait de ce qu'avait fait le père de Nasreddin quand on lui avait volé son âne. Craignant le pire, ils se mirent tous à la recherche de l'âne, et trois jours plus tard on retrouva les voleurs et on put rendre son âne à Nasreddin. Il y eut quand même un homme, plus courageux ou plus curieux que les autres, pour lui demander quelle avait été la réaction de son père.
- Eh bien c'est pourtant simple, répondit Nasreddin. Il en avait simplement acheté un autre !
23 - Le bruit et l'odeur
Un jour, un pauvre qui n'avait qu'un morceau de pain à manger le passa au-dessus d'une viande en train de cuire pour en capter le fumet. Le marchand qui faisait cuire la viande réclama un dinar au mendiant comme prix de l'odeur, mais celui-ci refusa. Les deux hommes allèrent voir Nasreddin Hodja pour les départager.
Nasreddin écouta attentivement les arguments, puis il sortit une pièce de un dinar de sa poche et la laissa tomber.
- Marchand, dit-il, as-tu entendu le bruit de cette pièce tombant à terre ?
- Oui, bien sûr.
- Eh bien considère que ce bruit de cette pièce est le paiement de l'odeur de ta viande.
La parole donnée
Un jour, le voisin de Nasreddin Hodja lui demanda de lui prêter son âne. Nasreddin répondit que la bête n'était pas là parce qu'il l'avait déjà prêtée à quelqu'un d'autre, mais à cet instant précis on entendit l'âne braire dans l'écurie.
- Tu te moques de moi, dit le voisin, ton âne est là : je l'entends !
- Très cher voisin, tu me déçois... Tu crois donc la parole de mon âne plus que la mienne ?
24 - La chute
Un jour, le voisin de Nasreddin Hodja se précipita chez lui en demandant quel était ce terrible bruit qu'il venait d'entendre.
- Ce n'est pas grave, dit Nasreddin, c'est juste ma femme qui a jeté ma tunique dans l'escalier.
- Et ça a fait un bruit pareil ?
- Oui... J'étais dedans.
25 - Nourrir son manteau
Un jour, Nasreddin Hodja fut convié à une grande réception. Mais pendant la fête personne ne fit attention à lui, c'est à peine si on lui
adressa la parole. Vexé, Nasreddin rentra chez lui et revint à la fête vêtu de son plus beau manteau. Et là, comme par miracle, il devint une des attractions de la soirée.
Quand vint le moment de se mettre à table, les convives eurent la surprise de voir Nasreddin qui trempait la manche de son manteau dans la soupe.
- Mais pourquoi fais-tu cela ? lui demandèrent-ils ?
- C'est pourtant simple : puisque c'est mon manteau que vous avez si bien accueilli, il est normal que ce soit lui qui mange !
26 - Masmar Jha
Ayant des besoins d’argent, Djeha-Hodja Nasreddin se décida à vendre sa maison. Mais il passa un accord avec l’acheteur, à qui il dit :
- Je te vends tout, sauf ce clou.
L’acheteur accepta. Le lendemain de la vente, Djeha-Hodja Nasreddin revient dans son ancienne maison et dit à l’acheteur :
- Je dois accrocher quelque chose à mon clou, et il y accroche un sarouel sale. L’acheteur n’est pas content mais il ne dit rien. Le jour d’après, Djeha-Hodja Nasreddin vint déposer une carcasse
de mouton. Face aux protestations de l'acheteur, Djeha-Hodja Nasreddin répond :
- C’est mon clou. Je peux y mettre ce que je veux.
Et il en fut ainsi tous les jours. La maison était devenue une vraie puanteur. Excédé, l’acheteur dit à Djeha-Hodja Nasreddin :
- Il nous faut trouver une solution, je n’en peux plus.
Ce à quoi Djeha-Hodja Nasreddin répond :
- Si tu veux, je te rachète la maison à moitié prix.
Et c’est ainsi que Djeha-Hodja Nasreddin récupéra sa maison.
27 - La guerre
Un jour, on déclara la guerre. Tous les hommes furent mobilisés, même Nasreddin, le fou-sage. Tandis qu'ils marchaient vers la frontière, l'un
des soldats lui dit :
- Mais tu es complètement fou ! Comment peux-tu aller à la guerre avec un arc sans flèches ?
- C'est simple, répondit Nasreddin. Les ennemis vont tirer des flèches, moi je les ramasserais et je les tirerais sur les ennemis.
- Mais malheureux, si les ennemis ne tirent pas de flèches ?
- Ce sera encore plus simple, dit Nasreddin calmement : il n'y aura pas de guerre
28 - Le déménagement.
Nasreddin fut tiré de son sommeil, au milieu de la nuit, par un bruit étrange. Il ouvrit les yeux et vit un voleur en train de
remplir son sac avec tout ce qu'il trouvait. Lorsqu'il eut fini de vider entièrement la maison, le voleur chargea l'énorme sac sur son dos et partit, ne laissa à Nasreddin que le mince matelas
sur lequel il dormait.
Nasreddin se leva, plia son matelas, le mit sur son épaule et suivit le voleur.
Arrivé chez lui, ce dernier fut surpris de voir Nasreddin derrière son dos.
- Pourquoi me suis-tu ?
- J'ai cru que nous déménagions chez toi, lui répondit Nasreddin avant de récupérer le sac que le voleur avait laissé tomber d'étonnement.
29 - C'est jour de marché.
L'usurier est venu espérant bien que les villageois ne pourront pas lui rembourser leurs emprunts : il y aurait d'énormes agios d'ici peu et même saisie de leurs biens ....
Mais ce jour-là, beaucoup sont venus lui rembourser ce qu'ils lui avaient emprunté la semaine dernière, donc peu d'intérêts, adieu saisie !
L'usurier quitte le village en maugréant ; il est sur la petite route qui traverse les marais et il lance des coups de pied dans les cailloux.
Dans son élan, il glisse et se retrouve dans les marais. Il commence à s'enfoncer. Les passants qui étaient derrière lui tendent leur main :
- on va te sortir de là. Donne ta main !
- Non, dit il en croisant les bras sur sa poitrine.
- ne fais pas l'idiot, donne ta mais, regarde toi, tu t'enfonces !
- non, et il serre plus fort sas bras sur lui.
- Mais enfin, tu es enfoncé jusqu'à la taille, allez donne ta main !
- non, non et non.
Un des villageois dit : allons chercher Nasreddin, lui saura quoi faire.
Nasreddin s'approche, regarde l'homme qui s'enfonce tout doucement et dit :
- mes amis, il faut employer les mots en fonction de celui à qui ils sont destinés.
Puis, regardant l'usurier, il lui dit en avançant sa main : "prends ma main".
L'usurier regarda Nasreddin, soupira d'aise et ... lui prit la main.
30 - Sagesse et malices de Nasreddin Hodja
Un jour, un ami de Nasreddin Hodja essaya de le persuader que le monde appartenait à ceux qui se levaient tôt. Et pour le convaincre, il lui raconta comment, le
matin même, il avait trouvé une pièce d'or sur la route.
- Tu vois, lui dit-il, si je n'avais pas été celui qui s'était levé le plus tôt, c'est quelqu'un d'autre qui aurait profité de l'aubaine !
- Mais enfin, répondit Nasreddin, ne comprends-tu pas que cette pièce a été perdue par quelqu'un qui s'est levé encore plus tôt que toi ?
Publié le 13 Septembre 2012
11 - La chèvre de la fin du monde
Un jour, des enfants vinrent voir Nasreddin Hodja en lui disant que la fin du monde était pour le soir même, et ils lui
proposèrent de tuer sa chèvre et de la manger pour en profiter avant qu'il soit trop tard. Nasreddin acquiesça, et leur proposa même d'aller se baigner pendant que lui préparerait la bête. Les
enfants acceptèrent avec joie, mais quand ils ressortirent du lac, ils découvrirent que Nasreddin avait allumé le feu avec leurs vêtements !
- Pourquoi faites-vous ces têtes ? demanda Nasreddin. Si c'est vraiment la fin du monde, vous n'avez plus besoin de vos habits, pas vrai ?
12 - Nasreddin et la souris savante
Un matin, Khadija, la femme de Nasreddin Hodja, vint dire à son mari :
- le couscous qui nous reste suffit à peine pour 3 jours. Il faut que tu penses à chercher du travail.
- Ah non ! lui répondit-il. Par contre, prépare un bon repas avec tout ce couscous et attrape 2 souris qui se ressemblent.
Intriguée, la femme se hâta de capturer deux petites souris qui se ressemblaient comme deux gouttes d'eau et les donna à son mari. Celui ci planta un clou dans le mur et y attacha l'une des deux
souris avec une ficelle; puis il mit la deuxième dans une cage et dit à sa femme :
- n'oublie pas de préparer le couscous, je reviens à midi avec mes amis.
Et il s'en alla avec la cage. Lorsqu’il arrive au café tout le monde se moqua de lui :
-tu es devenu fou pour promener uns souris. Un perroquet ou un rossignol, nous aurions compris, mais une souris !
- Bande d'ignorants, leur répondit il. Ce n'est point une souris ordinaire, mais une
souris savante !
- comment cela ?
-c'est très simple et vous pourrez le vérifier vous même. Désirez vous déjeuner
tous chez moi à midi ?
-bien sur, si tu nous y invites.
Nasreddin, s'adressa alors à la souris :
- toi la souris, ouvre bien tes oreilles : va à la maison et dis à ma femme de préparer un bon couscous, je viendrai le déguster avec mes amis à midi.
Il ouvrit la porte de la cage et la souris, toute contente, s'en fut en courant se réfugier dans le jardin voisin.
A midi, les hommes incrédules accompagnèrent le Hodja chez lui et trouvèrent le repas qui les attendait. Dans un coin, ils virent la souris attachée. Ils pensèrent immédiatement que c'était celle
qui avait quitté la cage deux heures auparavant.
L'un des hommes, qui s'appelait Mustapha, prit la parole :
- j'achète cette souris pour cent dinars
- seulement cent dinars pour une souris savante ? lui répondit Nasreddin.
Tu n'es pas sérieux, mon ami.
Mustapha ajouta cent puis cent et encore cent.et Nasreddin finit par accepter de vendre sa souris pour cinq cent dinars.
Le nouveau propriétaire était fier de son acquisition. Le lendemain il arriva au café avec sa souris dans la cage
- aujourd'hui mes amis, nous mangerons chez moi.
Puis il s'adressa à la souris :
- toi la souris, ouvre bien tes oreilles, va à la maison dire à ma femme de préparer à manger, j'invite mes amis pour midi.
L’homme ouvrit la cage, et la souris s'en fut rejoindre sa cousine dans le jardin voisin.
A midi, Mustapha invita ses amis à l'accompagner. Nasreddin prétexta un mal au ventre soudain.
- Non lui dit l'homme, hier nous avons mangé chez toi. Tu es obligé de m'honorer à mon tour.
Nasreddin finit par céder et les hommes arrivèrent chez Mustapha, l'estomac en éveil.
Mais la femme n'avait rien préparé. Elle n'avait pas bu la souris savante.
Elle se moqua de son mari :
- comment peux tu croire une histoire pareille ? C’est évident : Nasreddin t'a trompé pour te voler.
Mustapha devint furieux. Il se tourna vers Nasreddin :
- rends moi mon argent tout de suite sinon je fais un malheur.
Nasreddin, fit mine de s'énerver à son tour :
- comment ? Tu as perdu une souris que j'avais éduquée pendant deux ans et tu veux en plus que je te rende ton argent ! Dis moi d'abord, as tu pensé à lui donner ton adresse avant de lui ouvrir
la cage ?
- Non, dit Mustapha, remonté.
- alors comment veux tu qu'elle trouve la maison si elle ne connait pas l'adresse ?
Et Nasreddin garda l'argent pour lui.
13 - Le Lion, Le Loup et Le Renard
Un lion, un loup et un renard furent amis un certain temps. Pris de faim, ils s’en allèrent chasser. A la fin de la chasse, ils avaient tué un bœuf, un mouton et un lapin. Réunissant leurs proies, le lion dit en s’adressant au loup :
-Fais-donc le partage pour que nous ayons nos parts.
Le loup :
-Le bœuf vous appartient. Le mouton est à moi et le lapin au renard.
Le lion se mit en colère et, le griffant de sa patte, il l’envoya dans le précipice. Et se retournant vers le renard il dit :
-Fais-donc toi maintenant le partage
Le renard rusé ne tarda pas à répondre :
-Le bœuf est votre repas du soir, le mouton celui de midi, et le lapin votre petit déjeuner.
Le lion rit et demanda au renard où il avait pris cette idée.
Le renard :
De notre ami qui est tombé dans le précipice…
14 - Le Sel Précieux
Il était une fois un padischah et ses trois filles. Un jour, le padischah réunit ses filles près de lui et leur demanda combien elles l’aimaient ? L’aînée lui dit « autant que la grandeur du monde », la moyenne : « autant que mes bras », et la cadette « autant que le sel. »
Le padischah se mit en colère suite à la réponse de sa fille cadette et lui dit : « Est-ce qu’un homme peut être aimé comme du sel ». Le padischah livra sa fille au bourreau. Celui-ci emmena la fille dans la montagne. La fille supplia le bourreau en lui disant que lui aussi était père.
Le bourreau ne put résister aux supplications de la jeune fille. Il tua à la place une bête et tachant la blouse de la jeune fille avec le sang de la bête, il l’apporta au Padischah.
La jeune fille se mit en route. Elle arriva dans un village. Elle devint l’esclave de l’un des hommes riches du village et devint une jolie fille en grandissant. Sa beauté se transmit de bouche en bouche et le destin fit qu’elle se maria avec le fils d’un autre Padischah.
Elle expliqua un jour à son mari ce qui lui était arrivé et proposa d’inviter son père à manger. Son mari accepta. Les préparatifs furent faits et son père fut invité.
Le padischah arriva avec ses dignitaires et tous se mirent à table. Les mets se succédaient. La jeune femme avait prié le cuisinier de préparer les mets sans sel. Le padischah, qui essayait de goûter tous les plats, retirait à chaque fois tout de suite sa cuillère de la bouche. Il ne put manger aucun mets.
A ce moment, la jeune femme se leva soudainement de table et dit : « Mon Padischah, d’après ce que j’ai entendu, tu aurais fait tuer ta fille parce qu’elle ne t’aimait comme elle aimait le sel. Ne donnant même pas l’occasion au Padischah de s’expliquer, elle ajouta: « Cette petite fille, c’est moi. J’ai fait cuire tous les plats sans sel, pour que tu puisses comprendre ma valeur. »
Ayant honte de ce qu’il avait fait, le Padischah pris sa fille dans ses bras et comprit combien le sel était précieux. Des jours nouveaux commencèrent.
Tout est bien qui finit bien.
15 - Ecrire et Marcher
- Nasreddin, j'ai une lettre importante à envoyer à Istanbul.
- Tu sais bien que je n'ai pas été à l'école : veux-tu me l'écrire ?
- Excuse-moi, répond Nasreddin, j'ai mal aux pieds.
- Tu te sers de tes pieds pour écrire ?
- Non, avec les pieds, je marche, mais j'écris tellement mal qu'il faut que j'aille moi-même auprès du destinataire pour lui lire ma lettre.
16 - Grave question !
Les anciens du village essayèrent, un jour, de résoudre une question sérieuse : si le fleuve prenait feu, où donc les poissons pourraient-ils s'enfuir ?
Après de longues délibérations, n'ayant pas trouvé de solution, ils allèrent consulter Nasreddin. Celui-ci, après les avoir écoutés, s'écria :
- Pourquoi vous inquiétez-vous ? Si vraiment le fleuve prenait feu, les poissons pourraient grimper dans les arbres.
17 - Trop de monde !
Nasreddin Hodja s'était remarié avec une veuve. Dès le premier jour, celle-ci avait commencé à lui vanter les mérites de son premier mari et, jour et nuit, elle n'arrêtait pas de parler de lui. Alors, Nasreddin, agacé, se mit à vanter les mérites de sa première femme.
Une nuit, alors que sa femme parlait une fois de plus de son premier mari, Nasreddin la poussa hors du lit.
Fâchée, celle-ci lui dit :
- Pourquoi tu m'as fait tomber du lit ?
-Toi et ton mari, moi et ma femme, ça fait trop de monde dans un lit si petit !
18 - Au jardin potager
Un jour d'été, Nasreddin était étendu sous un gros noyer. Il regardait, à côté de son jardin, un champ de pastèques. Il pensa :
- Comme c'est curieux, ces énormes pastèques poussent dans l'herbe alors que mon gros noyer produit des fruits minuscules.
A ce moment-là, une noix se détacha de l'arbre et lui tomba sur la tête. Il leva les yeux au ciel et en se frottant le crâne, il dit :
- Pardonne-moi, Dieu, je ne me mêlerai plus de tes affaires. Heureusement que les pastèques ne poussent pas sur cet arbre !
19 - Sur l'âne
Un jour, des gens du village virent Nasreddin, assis sur son âne et qui portait lui-même sur son dos un gros sac très lourd.
- Pourquoi portes-tu le sac sur ton dos ? Pose-le donc sur l'âne, à côté de toi !
- Eh, que voulez-vous, mon pauvre âne est déjà obligé de supporter tout mon poids, je ne veux pas lui ajouter encore le poids de ce sac.
20 - Plaire à tout le monde
- Non mais regardez ça, dit l'un d'eux, voyez comment on éduque les enfants de nos jours : le jeune profite de l'âne alors que le vieil homme s'épuise à marcher !
Ayant entendu cela, Nasreddin et son fils échangèrent leurs places. Quelques minutes plus tard, ils croisèrent à nouveau deux passants.
- Quelle honte, dit l'un d'eux, ce père indigne est tranquillement sur son âne alors que son pauvre fils est obligé de marcher à grands pas pour rester à sa hauteur !
Nasreddin et son fils décidèrent alors de s'installer tous les deux sur l'âne. Un groupe de trois femmes ne tarda pas à croiser leur route.
- C'est terrible, dit l'une d'elles, cette bête va bientôt mourir sous le poids de ces deux fous !
Cette fois, Nasreddin et son fils se mirent à marcher tous les deux à côté de l'âne.
- Idiots ! s'exclama un autre passant. Pourquoi marchez-vous sous cette chaleur alors que vous avez votre âne pour vous porter ?
Ne sachant plus que faire, le père et le fils rentrèrent chez eux.
- Tu vois, dit Nasreddin à son fils, n'hésite pas à agir comme tu l'entends, puisque de toute façon tu ne réussiras jamais à plaire à tout le monde !
Publié le 13 Septembre 2012
Nasreddin, est un idiot éclairé, un clown magnifique, raconté à travers d'innombrables histoires courtes et incisives qui circulent oralement à travers tout le monde arabo-musulman.
Toujours monté sur son âne, coiffé d’un grand turban et arborant une belle barbe blanche, Nasreddin Hoca est un personnage incontournable de la culture populaire turque.
Né en 1208 dans un petit bourg d'Anatolie, Nasreddin Hoca a pu bénéficier d’une éducation religieuse grâce à son père, il devint
d’ailleurs Imam dans un village turc. Nasreddin Hoca prêche la bonne parole, la bonne conduite à travers la franchise et la sagesse. Des
centaines de livres et BD relatent ses aventures, ses remarques, ses drôleries qui traitent pourtant de sujets parfois sérieux voir graves : Le vol, l’alcool, le
travail, les femmes...
A la fois social, malin, généreux et au cœur pur, Nasreddin Hoca est un comique qui, avec des mots simples, a su rendre ses réflexions imperméables au temps. Ainsi, chacun est amené à méditer sur les aléas de la vie, avec
humour et justesse d’esprit.
Espiègle et rusé roulant son monde avec une candeur et un humour confondants, c'est cette personnalité ambivalente, insaisissable, fondamentalement humaine qui confère à Nasreddin son universalité et sa popularité.
1 - Le barbu
Un homme demande au barbu :
- Nasreddin, j'ai une lettre importante à envoyer à Istanbul. Tu sais bien que je n'ai pas été à l'école : Veux-tu me l'écrire ?
- Excuse-moi, répond Nasreddin, j'ai mal aux pieds.
- Tu te sers de tes pieds pour écrire ?
- Non, avec les pieds je marche, mais j'écris tellement mal qu'il faut que j'aille moi-même auprès du dest inataire pour lui lire ma lettre.
2 - La raison du plus fort
Un jour, Nasreddin Hodja eut besoin de traverser la Mer de Marmara. Il prit donc le bateau, mais juste au milieu de la traversée, une grande tempête se leva et le bateau commença à couler. Tous
les passagers et les membres d'équipage se mirent à écoper pour essayer de maintenir le bateau à flots. Cependant, parmi la foule, il se trouva un homme qui, à la consternation générale, prenait
l'eau dans la mer pour la jeter dans le bateau : l'inévitable Nasreddin Hodja. Le capitaine se précipita vers lui en l'injuriant, en l'accusant de vouloir tous les tuer, mais Nasreddin ne se
départit pas de son calme. Il expliqua au capitaine qu'il se contentait de suivre le conseil que sa mère lui répétait tout le temps : toujours se mettre du côté du plus fort...
3 - La fin du monde
Un jour, quelqu'un vint voir le très sage Nasreddin Hodja pour lui demander s'il connaissait la date de la fin du monde.
- De quelle fin du monde parles-tu ? répondit-il à l'homme. La grande ou la petite ? Si c'est de la petite dont tu parles, c'est quand ma femme mourra. Si tu parles de la
grande, elle se produira quand c'est moi qui rendrait l'âme.
4 - Les perles bleues
Un jour, Nasreddin Hodja acheta deux perles bleues à un marchand. Le soir, il en donna une à sa première épouse en lui conseillant de ne
surtout pas parler de ce cadeau à sa deuxième femme. Et le lendemain, il donna la perle restante à cette deuxième épouse en lui recommandant de ne rien en dire à la première. Quelques jours plus
tard, après une dispute qui avait éclaté entre les deux femmes, elles vinrent voir leur époux et lui demandèrent laquelle il préférait. Avec un large sourire, il répondit que sa préférée était
celle qui possédait la perle bleue...
5 - L'accouchement à la chandelle
Une nuit, la femme de Nasreddin Hodja a accouché dans son lit, à la lueur de la chandelle. L'enfant tant attendu est sorti du ventre de
sa mère, mais il a bientôt été suivi par un second, puis un troisième s'est présenté à son tour. Voyant cela, Nasreddin s'est précipité pour souffler la chandelle.
- Pourquoi fais-tu cela ? demanda sa femme.
- C'est pourtant évident, répondit Nasreddin, il faut croire que la lumière attire les enfants : si je n'éteins pas la chandelle, combien en aurons-nous ?
6 - Le don de la nature
Un jour de pluie, Nasreddin Hodja vit par sa fenêtre un homme qui courait pour rentrer chez lui avant d'être trempé.
- Pourquoi cours-tu ainsi ? lui demanda Nasreddin. Tu n'as pas honte de fuir ainsi ce merveilleux don de la nature ?
Tout penaud, l'homme s'arrêta de courir et rentra chez lui trempé jusqu'aux os. Mais le lendemain, alors qu'il continuait à pleuvoir, c'est ce même homme qui vit de sa
fenêtre le fameux Nasreddin Hodja courir pour échapper à l'averse.
- Nasreddin, n'as-tu pas honte de fuir ainsi ce merveilleux don de la nature ?
- Mais pas du tout, répondit Nasreddin sans s'arrêter. Si je cours, c'est au contraire pour éviter de le piétiner.
7 - Le pourboire
Un jour, en sortant des bains, Nasreddin Hodja distribua un pourboire royal alors qu'il avait été traité comme un moins que rien : serviette sale, petit bout de savon, pas
de massage et même pas de thé. Le lendemain, quand il revint, ceux qui avaient profité de ses largesses de la veille le traitèrent comme s'il était le sultan en personne. Mais cette fois, en
sortant, il ne donna à ces employés que quelques piécettes.
Voyant leurs mines déconfites, Nasreddin leur expliqua que le pourboire d'aujourd'hui correspondait à leur travail de la veille, et le pourboire de la veille à leur travail
d'aujourd'hui...
8 - Nourrir son manteau
Un jour, Nasreddin Hodja fit convié à une grande réception. Mais pendant la fête personne ne fit attention à lui, c'est à peine si on
lui adressa la parole. Vexé, Nasreddin rentra chez lui et revint à la fête vêtu de son plus beau manteau. Et là, comme par miracle, il devint une des attractions de la soirée.
Quand vint le moment de se mettre à table, les convives eurent la surprise de voir Nasreddin qui trempait la manche de son manteau dans la soupe.
- Mais pourquoi fais-tu cela ? lui demandèrent-ils ?
- C'est pourtant simple : puisque c'est mon manteau que vous avez si bien accueilli, il est normal que ce soit lui qui mange !
9 - Le problème de la Création
Un jour, Nasreddin Hodja se demandait si la Création avait été vraiment bien faite... Il faut dire que devant lui, il voyait cet immense
chêne qui portait de si petits fruits, alors que le petit plant de courge, à ses pieds, en supportait de si gros. Il s'assit sous le chêne pur réfléchir à cette inquiétante question, mais quand
un gland lui tomba sur la tête, il comprit que la Création avait été vraiment bien faite...
10 - La marmite
Un jour, Nasreddin Hodja demanda à son voisin de lui prêter une marmite. Bien qu'un peu méfiant, le voisin accéda à sa demande. Et à sa
grande surprise, Nasreddin lui rendit sa marmite dès le lendemain, avec en plus une autre petite marmite posée à l'intérieur de la première.
- Mais quelle est donc cette seconde marmite ? demanda le voisin.
- Eh bien durant la nuit, il se trouve que ta marmite a accouché ! Comme il me semble logique que son enfant t'appartienne aussi, je te l'amène.
L'homme, se disant que pour une fois la folie de Nasreddin tournait en sa faveur, ne répondit rien et prit les deux marmites. Et lorsque, quelques jours plus tard,
Nasreddin revint frapper à sa porte pour lui demander le même service, il s'empressa de lui fournir sa plus belle marmite en espérant avoir encore une bonne surprise. Mais là, au contraire, il
attendit des jours et des jours sans voir revenir son fameux voisin. N'y tenant plus, il se rendit chez Nasreddin pour réclamer des explications.
- Ah c'est terrible, dit Nasreddin d'un air contrit, il faut que je te l'avoue : ta marmite est morte.
- Mais que me dis-tu ? Une marmite ne peut pas mourir !
- Enfin voyons, tu étais prêt à croire qu'une marmite pouvait accoucher, aujourd'hui tu devrais bien croire qu'elle peut mourir.
Le voisin ne trouva rien à répondre, rentra chez lui, et Nasreddin garda la belle marmite.
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