Le seigneur Râ habitait un magnifique palais, avec des hauts obélisques des sphinx à têtes de
béliers et de lions.
Râ, le soleil, lorsqu’il ouvre sa paupière le matin, c’est l’aube et le jour ; lorsqu’il la
ferme, ce sont les ténèbres et la nuit. C’est lui, l’épervier doré, qui place dans le ciel.
Chaque matin, il est reçu par les deux divinités de l’est. Lorsqu’il prend un bain c’est la fille
d’Anubis, la déesse « fraîcheur » qui arrive avec ses quatre cruches et Horus qui lui frotte les chairs et Thot qui essuie ses jambes.
Lorsqu’il veut sortir il prend la barque divine amarrée au bord du Nil avec les dieux qui
l’escortent. C’est une barque sans rames, ni voile, ni gouvernail ; elle glisse sur les eaux.
Il poursuit ainsi sa course autour du monde, dallant de l’orient jusqu’à l’extrémité sud de la
Terre ; à midi, une autre embarcation l’emporte vers l’Amanti (l’enfer chez les égyptiens).
Quittant la terre, il pénètre dans cette région nocturne par la porte des couloirs, étroite fente
qui coupe la montagne en deux : il est dans l’autre monde.
Il navigue toujours le long d’un grand fleuve, dont la vallée est divisée en douze zones par des
murs et des portes.
A chacune des douze heures de la nuit, la barque solaire passe d’une zone à l’autre.
A la sixième heure elle franchit la frontière nord du monde invisible et revient vers la porte
sacrée qui mène aux jardins d’Ialou où elle arrive à la septième heure.
Il flotte sans bruit sur le fleuve nocturne (c’est la durée de ce voyage que l’on appelle la
nuit).
Il franchit la porte d’Ialou avec le monde des vivants ; cette porte est splendide et d’une
couleur éclatante comme l’aurore.
Souvent le serpent gigantesque Api mangeur de berges à l’appétit féroce dont il faut apaiser sa
faim se dresse sur le chemin du Dieu Râ et lui barre le passage : et à ce moment les hommes voient le soleil s’obscurcir et disparaître.
Pour le faire retourner dans son abîme il faut faire du bruit, crier, jouer bruyamment de la
musique… Le soleil réapparaît et c’est chaque fois que cette scène se reproduit que l’on parle d’une éclipse du soleil.
Chaque jour Râ embarquait le matin pour sa course habituelle autour du monde et rentrait douze
heures plus tard. A chaque heure où il se trouvait, il réglait les problèmes des hommes.
Il ne conservait pour lui-même qu’un seul de ces talismans, le nom que son père et sa mère lui
avaient imposé à l’heure de sa naissance, mais il ne devait le révéler à personne.
La vieillesse eut prise sur lui, Isis qui était une simple servante du Pharaon, habile en paroles
conçut le projet de lui dérober son secret.
Elle imagina le plus ingénieux des stratagèmes. Lorsqu’un homme ou un Dieu était malade, la seule
chance de le guérir était de connaître son nom caché, son nom véritable et d’adjurer en ce nom l’être méchant qui le tourmentait et qui était la cause de sa maladie.
Isis
Elle ramassa de la boue imprégnée de la base divine, la pétrit de ses mains habiles et lui donna la
forme d’un serpent sacré, puis elle l’enfouit dans la poussière du chemin et l’anima en récitant sur lui la formule magique qui donne vie aux choses inanimées.
Un matin lors de sa tournée habituelle, Râ fut mordu au talon, il souffrait et eut des convulsions
il dit :
- J’ai é té piqué par quelque chose qui est entré en moi et que ma main n’a pas créé comme toutes
les autres créatures, elle ne ressemble à rien de ce que j’ai fabriqué.
Un à un les dieux essayèrent de le guérir, en vain.
Isis lui dit :
- Je sais ce qui t’arrive, tu as été piqué par un serpent, je peux tuer ton ennemi par des
incantations bienfaisantes et je le forcerai à battre en retraite à la vue de tes rayons.
Isis lui offrit ses soins et lui proposa de réciter l’incantation, mais qu’il fallait introduire
dans la formule ce nom mystérieux qu’il ne voulait pas dire : « dis-moi ton nom, ô Père divin, car tu sas que les charmes n’opèrent que si j’invoque ton nom secret ».
Râ soupçonna vaguement un pièce, il énuméra complaisamment tous ses titres, tous les noms qu’on lui
donne : Hhepri le matin, Râ à mide, Toumou le soir ou encore Atoumi.
- J’ai beaucoup de noms, car je suis celui qui a créé le ciel et la terre. Je suis celui qui en
ouvrant les yeux produit la lumière.
Isis continua à insister.
- Mon nom secret, mon père et ma mère me l’ont donné, il est caché dans mon corps depuis ma
naissance afin que nul ne s’en serve contre moi.
Et pour continuer à tromper Isis il énuméra encore d’autres noms.
Isis ne fut pas dupe, elle essaya les noms que Râ lui avait donné, mais en vain, le venin de la
base sacrée continuait à envahir Râ ; la souffrance augmentait sans cesse.
- Aucun nom que tu m’as donné ne te guéri, le charme ne peut agir que si on appelle le malade de
son seul, de son vrai nom, dit-elle.
Râ vaincu par la douleur lui dit :
- Mon nom passera de mon corps dans son corps, je consens à ce que tu fouilles en moi, ô mère Isis,
que mon nom passe de mon sein dans ton sein.
Elle lui ouvrit la poitrine et son cœur lui livra son secret. Isis connut son nom. Elle prononça la
formule correctement en y introduisant le nom véritable de Râ et le venin fut conjuré.
Mais Isis maintenant connaissait le secret de son pouvoir et elle se fit déesse sans tarder.
Râ vieillissait de plus en plus, il décida de convoquer tous les Dieux Shou, Tafnout, Sibou… Ils se
rangèrent en cercle autour du trône…
Râ était décidé à abandonner ce royaume. Il dit :
-Mes membres sont décrépits, je connais la faiblesse, je veux cacher l’humiliation de ma
vieillesse, mais je veux aller dans un endroit où nul ne pourra m’atteindre.
Il fallait donc trouver pour lui donner asile une retraite inaccessible, difficile à découvrir dans
un univers encore mal organisé et imparfait. Nout pensa que le fils de Râ, Shou, pourrait occuper le trône de son père et gouverner les hommes avec l’énergie d’un jeune dieu. Elle
dit :
- Fils Shou, agis pour ton père Râ : il faut accomplir sa volonté. Et toi, Nouît, ma fille,
place ton père Râ sur ton dos et tiens-le suspendu au-dessus de la terre.
Nouît docilement obéit et se transforma en vache et plaça la majesté de Râ sur son dos. De son côté
Noît se leva, s’arc-bouta sur ses quatre jambes comme une voûte, mais elle plia sous le faix. Elle demanda à être soutenue, sentant ses forces la quitter et ses jambes faiblir.
Alors Râ dit :
- Mon fils Shou, place-toi sous ma fille Nouît pour la soutenir afin qu’elle puisse me porter.
Soutiens-là avec ces piliers qui vivent dans le crépuscule, maintiens-la au-dessus de ta tête et sois son pasteur !
Shou obéit et Nouît fut rassurée. Son ventre, allongé en plafond, fut bien appuyé et soutenu par
quatre piliers que surveillent Horus, l’épervier, au midi, Sat au nord, Thot à l’ouest et Sapdi à l’est. La voute céleste et l’univers fut muni enfin du ciel où Râ suspendit les étoiles pour
éclairer la nuit.
Alors Ra, le dieu tout-puissant s’occupa d’organiser le monde nouveau qu’il
découvrait sur le dos de la vache démesurément agrandi. Il y établit sa résidence en deux endroits, dans le Champ des herbes et dans le Champ du repos. Il y vit là, loin de la terre et des
hommes, au ciel…