salem

Publié le 13 Septembre 2012

Les éditions Cérès ont fait paraître, dans la collection «Cérès jeunesse» en 2007, cinq contes de Issam Marzouki, sous le titre Kabîr, l’éléphanteau de Carthage et autres contes.

«Kabîr» veut dire «grand» en arabe et l’éléphanteau a beau être grand, il demeure petit. Le jeu est permis, il est encore plus émouvant quand il dit les possibilités de la rencontre de deux langues.

 

Le premier conte donc, Kabîr ou l’éléphanteau de Carthage, met en scène un orphelin de père et mère qui grandit dans la cité sous le regard protecteur des adultes. Il est élevé par sa grand-mère et devient l’ami d’un éléphanteau «Kabîr».
Dans une fiction jalonnée de noms célèbres référant à l’histoire de Carthage et relatant ses batailles se brosse un univers dont le conteur se fait témoin : «Pendant une durée indéterminée qui me sembla infinie, le sort de la bataille fut comme suspendu». Cette voix rappelle celle des personnages de nouvelles qui entreprennent de relater un récit dont ils ont été témoins. Le conteur est cet être d’ici et d’ailleurs, investi du pouvoir de traverser le temps et l’espace. Son discours ancré dans le présent rassure et ses récits placés dans un ailleurs spatio-temporel fascinent.

 

L’éléphanteau, Kabîr, est engagé dans une bataille que les Carthaginois perdront. Mais il ne mourra pas car à l’abri des hommes et de leurs guerres, l’amour peut triompher et l’enfant et l’animal redonneront au rêve sa souveraineté dans un espace difficilement accessible : «Les bûcherons pauvres qui osent s’engager dans les profondes forêts (...) auraient vu un étrange jeune garçon aux cheveux noirs, la taille cernée de peau de bête, danser sur le dos d’un jeune  éléphant». Les motifs des contes merveilleux sont bien là et les valeurs séculaires qu’ils transmettent de génération en génération aussi. La paix et l’harmonie sont possibles dans un ailleurs accessible seulement à quelques initiés, ainsi le veut la loi du conte.

 

Le deuxième conte est inspiré du livre de Defoe, Robinson Crusoé. Il s’intitule d’ailleurs Le Robinson tunisien. Le personnage déclare à la fin du conte : «Au récit de mon aventure, le capitaine s’émerveilla et m’apprit qu’un écrivain anglais nommé Defoe avait raconté dans un de ses romans, Robinson Crusoé, une histoire pareille à la mienne».
Au début de l’histoire, le Robinson tunisien se présente et envahit l’espace immédiat de nos enfants par les sonorités de son prénom et son appartenance géographique : «Je m’appelle Salem et j’étais le seul Tunisien dans un équipage formé pour une large part de marins grecs et portugais». La proximité de l’Autre, l’étranger, «grecs et portugais», dessine encore mieux les contours de son identité.

 

L’histoire raconte que le bateau sur lequel Salem s’est engagé fit naufrage et qu’il échoua sur une île où il vit «une forêt épaisse qui partait à l’assaut d’une montagne escarpée». Le ton enjoué charme le lecteur qui lit les péripéties du Robinson tunisien pris entre la joie de vivre alors que ses compagnons ont péri et la tristesse de se retrouver loin des hommes : «Bey sans sujets, je présidais fièrement aux destinées de ce petit monde bêlant, gloussant, piaillant et aboyant, mais la compagnie de mes semblables me manquait terriblement».

 

Salem Robinson a pris le parti de prouver que le travail est ce qui fait la supériorité de l’homme sur les autres créatures : «C’est ainsi que je devins alternativement agriculteur, éleveur et potier». Pour se sentir moins seul, cet homme seul sur une île sauvage apprend quelques phrases à un perroquet qui, en répétant: «pauvre Salem !» et surtout «le couscous est prêt» et «ta chéchia est tombée», lui fait franchir des lieues pour le ramener parmi les siens grâce au langage articulé. Dans ce conte, la préférence à la ville de Nabeul comme lieu où Salem a appris la poterie permet au jeune lecteur de découvrir que le réel peut être  contaminé par le rêve. Enfin, quand le personnage conclut : «Mon travail de potier me permit de parachever mon œuvre et d’accéder à un degré supérieur de civilisation qui contribua à tunisifier ma vie primitive», on lit le néologisme «tunisifier» comme synonyme de «civiliser». Ce verbe replace le jeune lecteur tunisien dans son réel rassurant et confortable.

 

Les autres contes «Voyage sous la Médina», «Le dernier dinosaure» et «Les évadés du futur» procèdent de la même manière. Une voix enthousiaste, chaleureuse, convie les enfants à investir le rêve comme possibilité, comme espace auquel on peut accéder et dans lequel on peut basculer en se laissant seulement entraîner par la magie des mots.

 

 


 


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Rédigé par orange8454

Publié dans #conte, #l’elephanteau, #robinson, #salem, #tunisie

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