lac

Publié le 13 Septembre 2012

Le lac de Longemer entouré d’une belle forêt de sapins verts est réputé pour son abondance en poissons. Se côtoient truites, brochets, perches et bien d’autres espèces.

Charlemagne de passage dans la région attiré par les eaux transparentes du lac décida de s’y arrêter et d’y pêcher.

Il fit une pêche fructueuse et soudain sa ligne fut tirée si brutalement qu’il faillit tomber dans l’eau.

Avec l’aide de deux valets il ramena un énorme brochet. Long de trois coudées et pesant comme un enfant de six ans ; personne n’avait vu un poisson de cette taille.

Le brochet faisait des bonds gigantesques.

De peur qu’il ne réussisse à retourner dans l’eau, les valets voulurent le tuer avec un épieu.

Charlemagne les arrêta et prit le collier de cuir ornée d’une clochette qui se trouvait au cou de son chien.

Il ordonna à quatre de ses valets de tenir l’animal et il attacha le collier sous ses ouïes avant de le rejeter dans l’eau.

La magnifique bête disparut dans les eaux profondes.

Charlemagne heureux de son geste ordonna à ses sujets d’arrêter la pêche.

Depuis ce jour, les voyageurs qui se promènent le long des berges du lac le soir, entendent parfois un léger carillon, venu des profondeurs.






Voir les commentaires

Rédigé par orange8454

Publié dans #brochet, #lac, #l’eau, #peche, #valets

Repost0

Publié le 13 Septembre 2012

Il y a bien longtemps, une sécheresse terrible sévissait à Hangzhou. Aux environs du Lac de l'Ouest, la terre se fendait en crevasses, les plantes commençaient à se flétrir faute d'eau.

Les paysans, fort inquiets pour leur subsistance, se virent obligés d'aller présenter une supplique aux autorités compétentes pour les conjurer de les laisser irriguer les champs avec l'eau du lac. Cependant, les dignitaires corrompus, qui ne savaient que s'adonner aux plaisirs, ne prêtaient aucune attention aux prières du peuple. 

Un jour, les villageois se rassemblèrent spontanément à la porte du bâtiment officiel pour supplier avec plus d'insistance :

- Ayez pitié de nous, magistrat! Permettez-nous d'irriguer les champs avec l'eau du lac! Nous allons périr si vous nous refusez de l'eau, de l'eau! criaient-ils sans cesse.

La tête fatiguée par leurs cris, le magistrat dut se présenter devant la foule, il gronda :

- Qui demande d'irriguer les champs avec l'eau du Lac de l'Ouest? Et où les poissons s'abriteraient-ils si le lac était desséché ? 

- Oh vénérable magistrat, voudriez-vous nous dire lequel est le plus urgent à sauver, du poisson ou de l'homme rétorquèrent les villageois en choeur.

Le magistrat ne trouva d'abord rien à répondre, mais il ne se tint pas pour battu, et avança un deuxième prétexte ridicule pour refuser: 

- Qui demande d'ouvrir les écluses du Lac de l'Ouest? Si le lac était desséché, les lotus et les châtaignes d'eau ne se flétriraient-ils pas ? 

- Mais lequel est indispensable à l'homme, le riz ou les lotus? lancèrent les villageois presque d'une seule voix. 

Le magistrat en eut la gorge nouée et ne put trouver un mot à répondre. 

Juste à ce moment-là, une voix se fit entendre dans la foule : 

- Voilà qui est bien dit et fort raisonnable ! 

En tournant la tête, les villageois virent un homme dans la cinquantaine, le menton orné d'une longue barbe, la tête couverte d'une coiffure carrée en étoffe, un manteau noir sur les épaules et un air amène sur le visage. 

A la vue de cet inconnu, le magistrat entra tout de suite en fureur, et l'apostropha d'une voix tonnante : 

- Quoi, qu'est-ce que tu as dit? J'ai tout compris maintenant, c'est toi qui a incité la foule à se rassembler ici ! 'homme l'interrompit :

- Non, vous faites erreur! Je viens d'arriver ici. Mais je me demande si toi, en tant que magistrat, tu n'aurais pas le devoir d'écouter la plainte du peuple ?
Haussant les sourcils, le magistrat, lui demanda brutalement :

- Qui es-tu ? 

- Je ne suis autre que Bai Juyi*.(*772-846, célèbre Poète de la Dynastie des Tang) 

A ce nom de Bai Juyi, le magistrat devint tout pâle, descendit en hâte de son perron, et alla saluer le voyageur, s'inclinant bien bas et implorant son pardon :

- Oh, mon dieu, excusez-moi, préfet Bai, je ne vous avais pas reconnu; si j'avais été averti de votre arrivée, j'aurais été à votre rencontre vous accueillir. Voulez-vous passer dans la salle de réception pour vous reposer un peu ? 

Bai, récemment nommé préfet de Hangzhou, s'était rendu dans la ville pour y prendre ses fonctions et, pour se renseigner directement auprès des habitants, il n'avait pas revêtu les habits insignes de son grade. 

Dès qu'il fut entré en fonction le lendemain, il émit un décret ordonnant d'ouvrir les écluses du Lac de l'Ouest pour arroser les champs. En contemplant l'eau limpide qui coulait joyeusement dans les rizières, les villageois disaient avec reconnaissance : 

- C'est le préfet Bai qui nous a sauvés, nous autres, pauvres paysans ! 

Peu de temps après son arrivée, Bai Juyi commença à se rendre chez les paysans pour faire des enquêtes sur leurs conditions de vie. Enfin, pour répondre à la demande des habitants de Hangzhou, une digue et une écluse furent construites l'année suivante, de sorte que le Lac de l'Ouest pût avoir de l'eau en abondance en toute saison. 

En outre, de peur que ses successeurs ne comprennent pas l'importance de la digue pour les paysans, Bai Juyi composa un récit dans lequel il relatait en détail le rôle de la digue, les moyens de la protéger et la manoeuvre des vannes de l'écluse. Sur son ordre, ce récit fut gravé sur une stèle érigée sur les lieux. 

Quand les habitants y lisaient des indications sur le volume d'eau nécessaire pour irriguer une superficie donnée de champs, ils étaient tous profondément touchés. Beaucoup proposèrent donc d'écrire à l'Empereur pour lui demander de promouvoir Bai Juyi selon ses mérites.

Celui-ci connaissait bien les souffrances des pauvres pour lesquels il éprouvait une profonde sympathie, comme en témoignent les vers suivants : 

Les impôts écrasants engendrent la pauvreté;

Les champs assoiffés, la famine vient menacer.

Que ce lac plein d'eau que je vous ai laissé

                                                Puisse vous sauver les années de calamités !
Au cours des trois ans qu'il fut préfet de Hangzhou, Bai se montra très exigeant quant au contrôle du Lac de l'Ouest. Une fois, lors d'une promenade au bord du lac, il aperçut par hasard des gens en train de transporter de la terre dans le lac probablement pour y bâtir un pavillon et une villa. 

Il envoya donc ses serviteurs aux informations et, quand on lui apprit que c'était le beau-père du haut magistrat local qui se faisait construire un jardin, il le fit comparaître devant le tribunal. 

- le Lac de l'Ouest appartient à tous, comment pourrais-tu t'en approprier une partie? Je te condamne à défricher cent mous de terre inculte ! 

Le vieillard, comprenant que Bai n'avait qu'une parole, se vit obligé de recruter de la main-d'oeuvre pour s'acquitter de son amende.

Une autre fois, au retour d'une promenade sur le sentier de Lingyin, Bai, voyant un homme qui avait abattu deux arbres, vint à lui et l'interpella : 

- Si les arbres étaient tous coupés, la terre et le sable ne seraient-ils pas emportés par les torrents dans le lac? Comme punition, je te demande d'en planter dix. 

L'homme, n'ayant pas le choix, s'en fut, pour racheter sa faute, planter dix arbres.

Depuis lors, personne n'osa plus empiéter sur le lac pour construire une maison ou couper des arbres sur les collines. 

Si Bai Juyi aimait les habitants de Hangzhou, il adorait les paysages du Lac de l'Ouest. Chaque fois qu'il se trouvait libéré des affaires d'Etat, il était heureux de faire une promenade sur la digue Baisha (la Digue de Sable blanc) ou au pied de la colline Solitaire, pour se griser des beautés de la nature. 

A la vue des traînées de brume flottant sur le lac au doux clapotis et des saules au tendre feuillage agités par la brise, il se sentait aussitôt saisi par l'inspiration poétique. Au temps où il était préfet de Hangzhou, il a donc composé un grand nombre de poèmes où il évoque les paysages du Lac de l'Ouest auxquels sa plume donne encore plus de charme et de poésie.

Un jour qu'il chevauchait sur la digue Baisha en revenant du Temple de la colline Solitaire, Bai Juyi se sentit tout à coup emporté par l'inspiration et improvisa les vers suivants :

Au nord, le Temple de la colline Solitaire, à l'ouest le pavillon Jia;

La brume flotte sur la surface lisse du lac.

Au matin, les rossignols se disputent les arbres ensoleillés,

De quel toit viennent ces hirondelles qui picorent la boue printanière ?

Toutes sortes de fleurs s'ouvrent, éblouissant les yeux.

L'herbe nouvelle cache à peine les sabots des chevaux.

Je ne me lasse pas de me promener sur la rive de l'est,

Où les saules verts ombragent le digue de Sable blanc.

 

Juste à ce moment-là, de l'autre bout du sentier, s'avançait une vieille femme qui, elle aussi, se délassait à admirer le paysage. Bai alla immédiatement à sa rencontre : 
- Voudriez-vous écouter le poème que je viens de composer ? 

Puis, sans attendre la réponse de la vieille femme, il se mit à lire son poème à haute voix.

La lecture à peine terminée, la vieille femme s'exclama : 

- Oh, c'est un bon poème! Mais j'ai un conseil à vous donner, je vous propose de remplacer le mot "je" par un autre, pour que votre poème reflète les sentiments de tous les habitants de Hangzhou, car nous autres aussi nous aimons le Lac de l'Ouest! Vous n'êtes pas le seul à l'adorer ! 

Bai, enchanté, reconnut en riant :

- Vénérable dame, vous avez raison, vous me proposez une bonne correction pour mon poème, je dois vous en remercier ! 

Plus tard, lorsque la vieille femme apprit que l'auteur du poème n'était autre que Bai Juyi, elle ne put s'empêcher de raconter la chose à ses voisins : 

"J'ai apporté une correction à un poème de Bai Juyi, et il m'en a remerciée!"

Dès lors, cette petite histoire se répandit à Hangzhou et contribua à illustrer la personnalité de Bai Juyi. 

Tant qu'il eut la charge de l'administration de Hangzhou, Bai Juyi réalisa une foule de choses utiles pour le peuple. Par exemple, il organisa de grands travaux pour bâtir des barrages, reboiser les collines ainsi que pour améliorer le système de contrôle du Lac de l'Ouest, de sorte qu'une immense superficie de champs en tiraient profit. 

Ainsi, Hangzhou se transforma graduellement en un pays aux eaux limpides et aux montagnes verdoyantes, et connut une prospérité sans précédent dans son histoire. Mais les mérites de Bai Juyi étant parvenus aux oreilles de l'Empereur, celui-ci le rappela dans la capitale. 

A la nouvelle que Bai allait être transféré dans la capitale, les habitants de Hangzhou, apportant du vin et des gâteaux, se réunirent de bonne heure au bord du lac pour lui dire adieu. On attendit longtemps, très longtemps... 

Mais ni le son des gonds ni le brouhaha d'un cortège ne se faisait entendre. Enfin, Bai, monté sur un cheval blanc, arriva silencieusement, venant du mont Tianzhu, suivi de ses serviteurs qui ne portaient rien sauf deux morceaux de pierre sur une palanche.

Tout en poursuivant son chemin, Bai adressait sans cesse la parole à ses concitoyens qui, en étouffant leurs sanglots, s'attroupaient autour de lui. 

Emu par ce spectacle, Bai Juyi improvisa ce poème sans descendre de cheval :

  J'ai été préfet ici durant trois ans,

Vivant de mets simples et d'eau claire.

J'ai seulement demandé au mont Tianzhu

Ces deux morceaux de pierre

Qui me sont plus précieux que l'or.

Cela pourrait-il entamer mon intégrité ?

  La population, pleine de regrets, accompagna Bai Juyi jusqu'à l'embarcadère du Grand Canal...

Après avoir quitté Hangzhou, Bai, assis solitaire sur la proue du bateau, se sentait d'humeur chagrine et il garda toujours le silence durant tout le trajet. Un de ses serviteurs, voyant que son maître ne voulait ni boire ni se distraire en lisant des poèmes, hasarda cette remarque :

- Monsieur le préfet Bai, je sais bien que le poste de préfet de Hangzhou vous plaisait beaucoup. Mais, de toute façon, cela ne vaut pas un poste à la cour dans la capitale. Pourquoi faites-vous si sombre mine ? 

- Ne vois-tu pas, répondit Bai en soupirant, que je suis atteint d'une maladie ! 

- Quoi! vous êtes malade? Mais, on ne le dirait pas. Vous dormez bien, vous avez toujours bon appétit; qu'est-ce que vous avez donc ? 

- C'est la nostalgie qui s'empare de moi! Tu ne peux pas imaginer combien je me suis attaché aux paysages du Lac de l'Ouest! Rien qu'à la pensée de m'en séparer, je me sens triste, comme si je languissais d'amour ! 

Le serviteur alors éclata de rire en disant : 

- Oh, c'est une maladie bien curieuse !

Bai, qui se trouvait aussi un peu ridicule, ne put non plus s'empêcher de rire aux éclats, et se mit à déclamer cette improvisation :

  Il est possible d'avoir la manie d'aimer la nature,

Mais, il est incroyable d'en souffrir comme du mal d'amour!

Puisque j'avoue être atteint d'une telle maladie,
Vous pouvez imaginer qu'elle splendeur le Lac de l'Ouest recèle !

  Le bateau allait arriver à l'extrémité de la province du Zhejiang, et là Bai devait changer de bateau et renvoyer celui qu'il avait pris en premier. Pour exprimer une dernière fois son attachement au Lac de l'Ouest, il prit son pinceau et écrivit un poème. Puis, il passa la feuille de papier au timonier en lui recommandant de l'accrocher au pavillon situé à l'extrémité est du Pont brisé sur le Lac de l'Ouest.

  Depuis que j'ai quitté les montagnes et les eaux Quiantang,

Je n'ai plus de goût à boire ni à rimer.

Que ce bac, au retour, transmette mes sentiments

Au vent et à la lune du Lac de l'Ouest.

  Bai Juyi s'était éloigné, mais les habitants de Hangzhou gardaient précieusement son souvenir, on le surnommait avec affection "Notre Bai" et certains gardaient son portrait dans leur maison ou suspendaient ses poèmes calligraphiés sur leurs murs.

  La digue, bâtie à l'époque de l'administration de Bai Juyi, n'existe plus maintenant à Hangzhou. Mais en souvenir de ce grand poète qui avait tant fait pour le bien être du peuple, les habitants du Hangzhou ont rebaptisé la digue Baisha (la Digue de Sable blanc), qui relie le Pont brisé et la colline Solitaire, en "Digue du Seigneur Bai" qui plus tard devint simplement "Digue Baidi" (la Digue blanche).



Voir les commentaires

Rédigé par orange8454

Publié dans #bai, #hanzhou, #juyi, #lac, #ouest

Repost0

Publié le 13 Septembre 2012

Le lettré Chen Bijiao, prénommé aussi Mingyun, était natif de Yan. De famille pauvre, il était secrétaire du commandant en second Jia Wan. Leur bateau était ancré au milieu du lac Dongting quand soudain un poisson Dragon émergea. Jia banda son arc et tira une flèche sur le dos de l'animal. Aussitôt un poisson saisit sa queue pour l'emmener, mais en vain; ils furent capturés ensemble et attachés près du mât où ils attendaient la mort.

Le poisson Dragon ouvrant et fermant à demi sa gueule semblait appeler au secours. Le lettré eut pitié d'eux et demanda à Jia de les relâcher. Comme il avait sur lui des onguents pour refermer les blessures, à titre d'essai il les appliqua sur sa plaie et rejeta les deux animaux à l'eau. Ils flottèrent un moment à la surface puis plongèrent dans les profondeurs.

Un an après, retournant vers le nord, comme il traversait à nouveau le lac Dongting, son bateau fit naufrage au cours d'une tempête. Chen flotta toute une nuit soutenu par un grand panier de bambou auquel il avait eu la chance de s'agripper. Il rencontra enfin un tronc d'arbre grâce auquel il put nager jusqu'au rivage.

Après bien des efforts, il réussit à se hisser sur la berge; il remarqua alors qu'un autre naufragé le suivait. C'était un de ses serviteurs. Il fit un effort pour le tirer de l'eau, mais il constata qu'il était sur le point d'expirer. Navré et ne sachant que faire, il ne put que s'allonger à côté de lui.

Il voyait des collines qui rivalisaient de verdure et des saules pleureurs qui se balançaient au vent. Mais pas un passant, personne à qui demander son chemin. De l'aube jusqu'au matin, il resta là à se tourmenter.

 

Tout à coup, il vit qu'un léger mouvement agitait les membres de son serviteur. Tout heureux il le remua et quand il lui eut fait vomir des boisseaux d'eau, celui-ci reprit bientôt connaissance. Ils mirent alors leurs vêtements à sécher au soleil sur les rochers. Vers midi, ils purent les renfiler.

Leurs ventres creux faisaient entendre des glouglous, et ils étaient torturés par la faim. Ils franchirent rapidement la colline dans l'espoir de trouver un village. A peine étaient-ils arrivés à mi-hauteur qu'ils entendirent des flèches siffler. Lorsqu'ils essayèrent de discerner d'où venaient les traits, ils virent passer deux jeunes filles chevauchant des coursiers qui galopaient aussi vite que des petits pois qui s'échappent de leur gousse.

Un carré de soie rouge en bandeau sur le front et une plume de faisan plantée là-dessus, deux amazones habillées d'une tunique violette aux manches étroites, serrée à la ceinture d'une bande de brocart vert, passèrent la crête de la colline, l'une bandant son arc, l'autre portant un faucon sur le bras. Elles étaient suivies de quelques dizaines d'autres belles amazones, toutes habillées de même et chassant à travers les brousailles.

Interdit, le lettré n'osait avancer. Un homme, un palefrenier probablement, arriva au pas de course. Le lettré s'informa auprès de lui de ce qui se passait.

- C'est la Dame du lac de l'Ouest, fit celui-ci, qui chasse dans la montagne.

Le lettré lui raconta alors son aventure et lui avoua qu'il avait grand faim. Le valet ouvrit sa sacoche pour lui donner la nourriture qu'il avait prise pour lui-même, tout en disant:
- Eloignez-vous vite; la moindre offense à son altesse vous conduirait à la mort. Pris de peur, le lettré descendit la pente en courant, et vit vaguement, à travers les arbres touffus, de grands bâtiments avec des pavillons qu'il prit pour un temple.

Ils s'en approchèrent et arrivèrent au pied d'une enceinte devant laquelle coulait une rivière; un pont de pierre menait à un grand portail de laque rouge entrouvert. Surplombant une petite porte, il vit des pavillons dont les toits touchaient presque les nuages. Il pensa qu'il s'agissait d'un parc ou d'un jardin d'un dignitaire. Il entra tout en écartant les lianes qui obstruaient le chemin.

Un parfum de fleurs lui arriva par bouffées. Un corridor en zigzag le conduisit dans une autre cour où des dizaines de saules pleureurs se balançaient jusqu'aux avancées des toits peintes en rouge. Des pétales de fleurs s'envolaient tandis que gazouillaient les oiseaux, des feuilles d'orme s'éparpillaient au gré du zéphyr comme une pluie de sapèques. C'était à la fois un charme pour les yeux et un enchantement pour le coeur. Le lettré se croyait hors de ce monde vulgaire.

Au-delà d'un petit kiosque, une balançoire avec laquelle on eût pu monter jusqu'aux nuages pendait immobile; il lui manquait la présence humaine. Pensant que l'endroit devait être proche de l'appartement des femmes, le lettré n'osa s'aventurer plus loin.

Tout à coup un bruit de course précipitée et de rires de jeunes filles se firent entendre près de la porte, et il s'enfuit dans les buissons de fleurs avec son serviteur. Puis la rumeur joyeuse se rapprocha de plus en plus et il put distinguer ces paroles:

- Pas de chance aujourd'hui, fit une des jeunes filles nous revenons quasi bredouilles!

- Heureusement, s'écria une autre, que notre Princesse a pu abattre une oie sauvage! Sinon c'eût été peine perdue pour nos serviteurs et nos chevaux !

Bientôt un essaim de belles filles s'avança, escortant une jeune personne vers le kiosque où on la fit asseoir. En costume de chasse avec ses manches serrées aux poignets, elle devait avoir de quatorze à quinze ans, et ses cheveux flottants tout comme sa taille flexible semblaient onduler dans le vent; même la fleur de Qiong (Fleur légendaire de la Chine antique) ne pouvait égaler sa beauté. les servantes lui servirent du thé et allumèrent de l'encens; c'était un tableau éblouissant comme un amas de brocart.

Peu après, lorsque la jeune fille se fut levée pour descendre les marches du kiosque, l'une des suivantes lui demanda:

 

- Après la fatigue de la chevauchée, pouvez-vous encore vous exercer à la balançoire?

Souriante, elle acquiesça. Aussitôt l'une la prit par l'épaule, une autre la soutint par le bras, tandis que d'autres encore relevaient le pan de sa jupe et lui soulevaient les pieds pour l'installer sur la balançoire. Elle empoigna les cordes, se lança de ses pieds effilés sur le trapèze volant telle une hirondelle dans les cieux, puis elle redescendit avec l'aide de ses servantes. D'une seule voix celles-ci s'exclamèrent:

- Vous avez vraiment l'air d'une fée, Princesse !

Et elles s'en furent dans un essaim de rires. Le lettré les suivait des yeux, son esprit planant comme dans un rêve. Puis, le silence rétabli, il s'avança jusqu'à la balançoire, perdu dans ses pensées.

Tout à coup, il découvrit un carré de soie rouge près d'une haie de bambous. Présumant que ce mouchoir avait été égaré par une des jolies filles, il s'empressa de l'enfouir dans sa manche. Puis, comme il y avait dans le kiosque un nécessaire pour exercer la calligraphie, il écrivit ce poème sur le mouchoir:

Pourrait-on dire que celle qui se livre à ce jeu charmant

Serait une fée, une immortelle ?

Il est sûr que c'est une beauté divine qui éparpille ses lotus d'or.

Voilà qui doit faire naître la jalousie des belles du Palais de la lune, froid et spacieux.

Ne dirait-on pas qu'elle semble marcher sur les flots en montant à la neuvième voûte des cieux ?

 

Son quatrain calligraphié, il quitta le kiosque et, tout en récitant le poème, il rebroussa chemin. Mais les portes étaient déjà verrouillées. Très embarrassé, il parcourut en vain tous les pavillons et kiosques lorsque soudain une jeune fille apparut. Surprise, elle demanda:

 

- Comment avez-vous pu venir jusqu'ici ?

- Nous nous sommes perdus en chemin, dit le lettré, en la saluant, et nous serions heureux de bénéficier de votre secours.

- Avez-vous ramassé un carré de soie rouge ?

-Oui, mais je l'ai déjà barbouillé d'encre! Que faire! dit le lettré en sortant le mouchoir.

- Que votre cadavre reste sans sépulture, s'écria-t-elle terrifiée. C'est une chose dont la Princesse se sert tous les jours, et maintenant cette soie est toute barbouillée !

Chen blêmit et implora son aide.

- Chercher à regarder en cachette les bâtiments du Palais constitue déjà un crime impardonnable! dit-elle. Cependant vos qualités littéraires me poussaient à vous sauver. Mais devant ce nouveau crime commis délibérément, pourrais-je vous tirer d'affaire ?

Sur ce, elle prit le carré et partit. Au comble de l'anxiété, le lettré attendait la mort, le cou tendu, regrettantde ne pas posséder d'ailes pour s'envoler.

Un moment après la servante revint le féliciter tout bas:

 

- Vous aurez la vie sauve. La Princesse a examiné le carré trois ou quatre fois, visiblement sans colère. Vous serez probablement relâché. il vous faut attendre patiemment, mais surtout ne pas vous mettre à grimper sur un arbre ou à escalader un mur. On ne le vous pardonnerait pas.

A la nuit tombée, ne sachant encore quel sort lui était réservé, Chen sentit que la faim lui creusait terriblement l'estomac. Peu après, la servante revint, une lanterne à la main, suivie d'une autre fille apportant un pot de vin et un panier plein de mets à l'intention du lettré. Celui-ci s'informa de son sort.

- Profitant d'un moment propice, j'ai demandé à la Princesse d'avoir la bonté de relâcher le lettré du jardin qui risquait de mourir de faim. Après avoir mûrement réfléchi, elle m'a dit : "Où pourrait-il aller dans cette nuit profonde?" C'est alors qu'elle m'a envoyée vous offrir ces provisions. Ce n'est donc pas une mauvaise nouvelle !

Le lettré se tourmenta toute la nuit, sentant toujours une menace peser sur lui. Au début de la matinée, la servante revint lui apporter de quoi manger. Il la supplia de parler pour lui.

- Si la Princesse ne s'est prononcée ni pour la mort ni pour l'élargissement, que pourrions-nous dire, nous les servantes ?

Au coucher du soleil, alors qu'il attendait impatiemment la jeune fille, celle-ci entra en courant le souffle coupé et dit :

- C'en est fait; des bavardes ont raconté l'affaire à la favorite du roi, laquelle a jeté le carré par terre en se répandant en invectives et en vous traitant de grossier personnage; le malheur vous guette !

Effrayé à l'extrême, le visage terreux, le lettré se jeta à genoux pour lui demander conseil. Un vacarme se fit entendre. La servante se retira en agitant la main. Munis de cordes, plusieurs hommes entrèrent à grand fracas.

Une servante du groupe, fixant les prisonniers, s'exclama:

- Mais, c'est le jeune Chen ! Attendez ! Attendez! continua-t-elle tout en empêchant les hommes aux cordes d'agir, attendez que j'informe son Altesse!

Elle s'en fut en hâte et revint peu après annoncer:

- Son altesse appelle le jeune seigneur Chen.

Celui-ci, tout tremblant, obéit. Ayant franchi des dizaines de portes, on arriva à un Palais dont l'entrée était voilée d'un store orné de pièces de jade aux crochets d'argent. Une jolie femme leva le store et annonça :

 

- Le seigneur Chen!

Une belle dame somptueusement parée se tenait devant lui. Il se prosterna en disant :

- Votre humble sujet solitaire qui habite à dix mille lis d'ici vous supplie de lui faire grâce de la vie !

La dame s'approcha, le releva tout en lui expliquant :

- Sans votre aide je n'existerais plus aujourd'hui. Mes servantes sont si stupides qu'elles ont failli offenser mon noble visiteur! C'est impardonnable !

Elle offrit un grand festin en l'honneur du lettré. On buvait dans des coupes ciselées. Chen ne s'expliquait toujours pas la raison d'une telle réception.

- J'ai toujours regretté de ne pas avoir pu vous rendre grâce de m'avoir sauvé la vie, fit-elle. Ma fille est honorée de votre inscription sur son mouchoir en témoignage de votre admiration. C'est la destinée qui vous a réunis. Je l'enverrai auprès de vous ce soir.

Comblé par des circonstances aussi inespérées, le lettré restait abasourdi. Vers le soir une servante vint lui dire :

- La Princesse a fini de s'apprêter.

Elle le conduisit alors dans la chambre nuptiale. Toutes les marches étaient couvertes de riches tapis et les salles éclairées par des myriades de lumières jusqu'aux lieux d'ablutions. Tout à coup les instruments modulèrent des airs variés; entourée de quelques dizaines de belles femmes étrangement parées, la Princesse, soutenue par sa suivante, accomplit la cérémonie nuptiale avec le lettré. Le Palais était embaumé par l'odeur des orchidées et du musc.

Puis, se tenant par la main, les mariés entrèrent dans la chambre nuptiale. Leur amour les comblèrent de joie.

- Moi, un humble voyageur, dit-il, je ne vous ai jamais témoigné mon dévouement, et j'ai déjà eu la chance d'avoir échappé à la mort sur le billot pour avoir souillé votre mouchoir parfumé, mais en outre vous m'accordez votre alliance. C'est un bonheur totalement inespéré !

- Ma mère, la Dame du Lac, est la fille du roi de Yangjiang. L'an dernier, comme elle se rendait en visite chez ses parents, elle fut atteinte par une flèche dans sa traversée du lac. Grâce à vous et à vos soins, elle a pu éviter le pire. Notre famille n'avait pas oublié votre bonne action. Mon espèce est différente de la vôtre, mais j'espère bien que cela ne vous inspire pas trop de crainte. J'ai obtenu du Roi Dragon le secret de l'immortalité, je voudrais que vous en bénéficiez aussi.

Le lettré comprit alors qu'elle était une fée.

- Comment se fait-il que votre servante m'ait reconnu? demanda-t-il.

- Sur le lac Dongting n'y avait-il pas un petit poisson qui tenait la queue du Dragon blessé ? C'était cette servante.

- Puisque vous vouliez m'épargner, demanda encore le lettré, pourquoi retardiez-vous sans cesse ma libération ?

- J'ai beaucoup de sympathie pour votre talent littéraire, mais il ne m'appartenait pas de prendre une décision; qui pourrait savoir combien j'ai hésité toute une nuit ?

- Vous êtes mon Bao Shu! soupira le lettré. Et qui était donc la personne qui m'a apporté à manger ?

- A-Nian, une de mes confidentes aussi.

- Comment pourrais-je lui rendre grâce ?

- Elle sera à votre service; on envisagera cela pour plus tard.

- Où est donc le Grand Roi? questionna-t-il encore.

- Parti avec le dieu Guan pour soumettre Chiyou, il n'est pas encore rentré.

Après plusieurs jours passés auprès de la Princesse, craignant que sa famille, restée sans nouvelles, ne soit dévorée d'inquiétude, le lettré envoya d'abord son serviteur pour faire dire qu'il était sain et sauf.

Les siens avaient appris le naufrage sur le lac Dongting, et sa femme portait le deuil depuis un an. Au retour du serviteur, on sut seulement que le lettré n'avait point péri. Mais du fait des difficultés pour communiquer, on en vint à croire qu'il n'en finirait jamais avec sa vie errante.

Six mois plus tard, monté sur un coursier magnifique, revêtu de souples fourrures, Chen rentra inopinément chez lui, ramenant des sacs remplis d'objets précieux. Il devint fabuleusement riche , et le faste de sa maison dépassait de loin celui des grands seigneurs du lieu. En l'espace de sept à huit ans, il eut cinq enfants. Il offrait chaque jour des banquets à ses invités. Ses dépenses en matière de vins et de mets dénotaient un luxe inouï. Et comme certains l'interrogeaient sur les sources de sa richesse, il leur raconta son aventure sans rien cacher.

Liang Zijun, son ami d'enfance, avait assumé des fonctions officielles au Sud pendant une dizaine d'années. En traversant le lac Dongting pour rentrer chez lui, il rencontra une jonque décorée avec un grand art. Des fenêtres sculptées et peintes en laque rouge s'échappaient de ravissantes mélodies, accompagnées au son du sheng* (Petit orgue à bouche portatif) et qui se répandaient sur les ondes brumeuses. Parfois de jolies femmes ouvraient les fenêtres pour contempler le paysage.

Regardant attentivement à l'intérieur de la jonque, il vit au milieu un jeune homme, tête nue, assis les jambes croisées, et près de lui une jolie fille de seize ans environ qui lui faisait des massages.

C'est certainement, se dit-il, un grand dignitaire de la région, pourtant il n'a pas d'escorte. A regarder de plus près, il s'aperçut qu'il s'agissait de Chen Mingyun. Il ne put s'empêcher de crier son nom à tue-tête.

A sa voix, le lettré fit arrêter le bateau et vint sur la proue, invitant Liang à passer à son bord. Celui-ci constata que la table était jonchée de plats entamés, et le lourd fumet des vins flottait encore dans l'air.

Le lettré donna l'ordre d'enlever immédiatement tous ces restes. Un instant après, quelques jolies servantes venaient offrir du thé et du vin, puis des plats recherchés de fruits de mer ou de produit de montagne inconnus de l'invité.

- Depuis dix ans que je ne vous ai vu, dit Liang avec curiosité, comment avez-vous pu accumuler tant de richesses et de titres ?

- Est-ce mépris de votre part à l'égard du pauvre lettré que j'étais ? M'était-il interdit de prospérer! fit-il en riant.

- Quelle est cette personne qui buvait avec vous tout à l'heure ?

- C'est mon humble épouse.

- Où allez-vous conduire votre famille? demanda Liang , toujours plus surpris.

- Nous voguons vers l'Ouest.

Et comme Liang voulait continuer à le questionner, le lettré l'invita à boire en écoutant des chants. A peine eut-il donné cet ordre qu'éclata un concert assourdissant où les chants mêlés aux accents des instruments de musique faisaient un vacarme qui empêchait d'entendre quoi que ce fût.

Devant ces belles filles qui remplissaient la salle, Liang puisant l'audace dans son ivresse lança à Chen à forte voix :

- Seigneur Mingyun, pourriez-vous me faire goûter avec l'une d'elles à d'autres transports de joie ?

- Vous avez trop bu, mon ami! fit le lettré en riant, mais je peux vous faire un don qui vous permettra d'acquérir une belle concubine.

Il demanda à sa servante d'apporter à son ami une perle éblouissante.

- Avec ce joyau, il ne vous sera pas difficile d'acquérir une Lüzhu *(Nom d'une concubine célèbre). Ceci pour vous montrer que je ne suis pas avare.

Puis, en guise d'excuse, il ajouta :

- Quelques occupations pressées m'empêchent de vous tenir compagnie plus longtemps.

Sur ce, il conduisit Liang jusqu'à son bateau et fit détacher les amarres du sien pour partir.

Lorsque Liang fut de retour dans sa famille, il se rendit chez le lettré qu'il trouva en train de boire avec ses invités. Stupéfait, il lui demanda :

- Il y a peu, vous étiez encore sur le lac Dongting; comment avez-vous pu rentrer si vite ?

- Jamais de la vie! Je n'étais pas là-bas.

Liang raconta alors ce qu'il avait vu, à la grande stupeur de l'assistance.

- Vous vous êtes trompé, s'écria le lettré en riant; aurais-je donc le don d'ubiquité ?

Dans la confusion qui s'ensuivit, personne ne trouva d'explication à ce phénomène.

Le lettré mourut à l'âge de quatre-vingt-un ans. A son enterrement, on fut étonné d la légéreté de son cercueil. On l'ouvrit, il était vide.

------

 

Le chroniqueur des Contes fantastiques dit : La corbeille flottant à la surface du lac pour soutenir le naufragé, le carré de soie rouge ramassé par hasard et illustré d'un poème, constituent autant de phénomènes étranges, mais tous reliés par le seul sentiment de la compassion.

Quant aux Palais, femmes, concubines et privilèges accordées aux deux vies d'un même homme, je ne sais comment les expliquer. Celui qui espère avoir à la fois une épouse charmante, des concubines ravissantes, des enfants et petits-enfants valeureux et une longévité perdurable n'est jamais satisfait qu'à moitié. Y a-t-il aussi chez les immortels des Princes de Fenyang et des Jilun*?

(*Deux personnages qui possédaient de fabuleuses richesses)


Voir les commentaires

Rédigé par orange8454

Publié dans #fille, #fit, #lac, #lettre, #servante

Repost0

Publié le 13 Septembre 2012

Arrêt en fin d'après-midi au lac Payao qui est une  réserve d’eau douce pour tout le Nord de la Thaïlande. 

P1030287.JPG

fleur116.gif

Voir les commentaires

Rédigé par orange8454

Publié dans #arret, #fin, #lac, #midi, #payao

Repost0

Publié le 13 Septembre 2012

Chebika est une oasis naturelle du sud de la Tunisie. Elle se situe près de Tozeur, à l'ouest du lac salé du Chott El-Jerid, au milieu des montagnes et du désert.

En 1969, le village de Chebika fut détruit suite aux inondations violentes qui touchèrent le pays en raison du sol sec des montagnes qui ne pouvait pas absorber les quantités d'eau de pluie.


Voir les commentaires

Rédigé par orange8454

Publié dans #chebika, #lac, #montagnes, #ouest, #site

Repost0