• 66 - Arriver propre dans l'autre monde
    Un jour que Djeha-Hodja Nasreddin était au cimetière, il enleva ses habits et les secoua, pour les débarrasser de la poussière. Une rafale de vent emporta sa gandoura et, alors qu'il essayait de la rattraper, il tomba face à un groupe de cavaliers. Son apparition soudaine effraya les chevaux, qui sont devenus difficiles à contrôler et les cavaliers faillirent être jetés à terre. Ils dirent à Djeha-Hodja Nasreddin :
    - Que faites-vous ainsi dans un cimetière ? Êtes-vous un fantôme ou quoi ?
    - Mes amis
    ,    leur dit Djeha-Hodja Nasreddin, je viens de l'au-delà. Je suis sorti de ma tombe pour me soulager, ne voulant pas arriver sale dans l'autre monde. Aussitôt que je me serais soulagé, j'y retournerai.

     

    67 - Sauvetage à la corde
    Un homme grimpa à un arbre et n’arrivait pas à en descendre. Djeha-Hodja Nasreddin, qui passait par là, lui dit qu’il pouvait l’aider. Il prit une longue corde et en donna un bout à l’homme.
    - Attachez là autour de votre taille.
    - Que faites-vous, Hodja effendi ?
    Dirent les autres passants.  Vous ne pouvez pas sauver un homme perché sur un arbre de cette manière !
    - Faites-moi confiance, j’ai déjà essayé cette méthode et elle a été efficace.
    L’homme attacha la corde autour de sa taille et Hodja tira sur l’autre extrémité. L’homme tomba à terre et fut sérieusement blessé.
    - Regardes le résultat Hodja ! dit la foule
    - J’ai pourtant sauvé un homme comme ça, mais je ne me souviens pas si c’était d’un arbre ou d’un puits !

     

    68 - Faire de son mieux
    Djeha-Hodja Nasreddin avait un bSuf avec des cornes magistrales, en arc de cercle. Son désir le plus cher était de pouvoir prendre place entre les cornes pour conduire l'animal. Un jour que le bSuf somnolait, il s'en approcha à pas feutrés et tenta de s'asseoir entre les larges cornes. Réveillé, l'animal secoua sa tête et projeta Djeha-Hodja Nasreddin à terre. Il tomba sur la tête et s'évanouit. Le voyant ainsi, sa femme le crut mort et se mit à pleurer. Djeha-Hodja Nasreddin ouvrit les yeux et la consola :
    - Ne pleure pas, ma chère ! J'ai fait de mon mieux, j'ai été sérieusement blessé mais j'ai finalement réussi à faire ce dont j'ai toujours rêvé.

     

    69 - Le chant du rossignol
    Alors qu'il était enfant, Djeha-Hodja Nasreddin grimpa à un figuier et se mit à en manger les figues. Il fut aussitôt pris par le propriétaire du verger qui lui demanda :
    - Qui es-tu ? Que fais-tu sur mon arbre ?
    - Je suis un rossignol, lui dit Djeha-Hodja Nasreddin.
    - Si tu es vraiment un rossignol, répondit le propriétaire, alors fais-nous entendre ton chant.
    Djeha-Hodja Nasreddin émit des sons étranges, essayant d'imiter le rossignol.
    - Quel genre de rossignol es-tu ? Dit l'homme.  Un rossignol ne chante pas comme
    ça !

    - Effectivement, dit Djeha-Hodja Nasreddin,  ceci est la manière dont chante un jeune rossignol inexpérimenté.

     

    70 - Le dindon qui pense
    Au marché aux oiseaux un homme vendait un perroquet dont il vantait le plumage multicolore et ses dons exceptionnels d'imitateur :
    - Admirez ses couleurs rouge, vert, jaune, bleu, et de plus il parle, il répète fidèlement tout ce qu'on lui dit !
    Une foule de curieux l'entourait mais, vu son prix élevé, personne ne pouvait l'acheter. Le lendemain, Djeha-Hodja Nasreddin vient au marché pour vendre un dindon noir au bec rouge. Les gens s'étonnent du prix demandé par Djeha-Hodja Nasreddin, plus que celui du perroquet de la veille.
    - Djeha-Hodja Nasreddin, demanda un des badauds,  comptes-tu vraiment vendre ton dindon à ce prix, alors qu'on peut en acheter dix pour la même somme ?
    - Si, pour l'oiseau d'hier, on demandait cinq cents dinars, mon dindon en vaut bien mille !
    - Mais, Djeha-Hodja Nasreddin, l'oiseau exotique d'hier parlait.
    - Justement, mon dindon fait beaucoup mieux que lui !
    - Que fait-il donc de mieux ?
    - Il pense
         !

     



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  • 61 - La valeur d'un conseil
    Un jour ses amis ont demandé à Djeha-Hodja Nasreddin :
    - Tu es un homme sage, Nasreddin Effendi. Peux-tu nous dire ce que tu considères comme le plus précieux au monde ?
    - Je considère le conseil, comme étant sans prix,
    dit Djeha-Hodja Nasreddin.
    Ses amis lui ont ensuite demandé :
    - Et que considères-tu pour être sans valeur ?
    - Je dirai que le conseil est la chose qui a le moins de valeur au monde.
    - Eh bien, Nasreddin Effendi !
      Objecta son auditoire. Comment une chose peut-elle être à la fois sans valeur et la plus précieuse ? Tu dois faire une erreur !
    - Non, mes amis. Je sais de quoi je parle. Un conseil pris peut être précieux, mais il devient sans valeur quand il n'est pas le bienvenu !

     

    62 - Djeha-Hodja Nasreddin et le pommier
    Djeha-Hodja Nasreddin plantait un pommier dans son jardin quand le sultan vint à passer ; il s'arrêta et dit à Djeha-Hodja Nasreddin, d'un ton moqueur :
    - Voyons, Djeha-Hodja Nasreddin ! Pourquoi te donnes-tu tant de peine ? Tu ne mangeras jamais les fruits de ce pommier. Tu sais bien que tu mourras avant qu'il ne commence à produire des pommes.
    Ce à quoi Djeha-Hodja Nasreddin répondit :
    - Oh Sultan ! Nous mangeons les fruits des pommiers plantés par nos pères, et nos enfants mangeront les fruits des pommiers plantés par nous.
    Cette réponse pleine de sagesse plut au sultan qui, en récompense, donna une pièce d'or à Djeha-Hodja Nasreddin.
    - Oh Sultan ! , Dit Djeha-Hodja Nasreddin en empochant la pièce, voyez comme ce pommier a déjà donné des fruits.
    Cette remarque fit rire le sultan, qui lui donna une autre pièce d'or.
    - C'est de plus en plus extraordinaire, s'écria Djeha-Hodja Nasreddin. Voilà un pommier qui donne deux récoltes par an.
    Le sultan se mit à rire aux éclats et donna une troisième pièce d'or à Djeha-Hodja Nasreddin.

     

    63 - Les voleurs et la musique
    Djeha-Hodja Nasreddin rentrait chez lui, accompagné d'un de ses élèves quand il vit une bande de voleurs devant une maison, essayant de briser la serrure. Djeha-Hodja Nasreddin a pensé qu'il serait probablement blessé s'il intervenait, donc il a décidé de rester calme et d'ignorer la situation. Mais son élève, ne comprenant pas ce qui se passait, a demandé :
    - Que sont en train de faire ces hommes ?
    - Chut ! Répondit Djeha-Hodja Nasreddin.  Ils jouent de la musique !
    - Mais je ne peux rien entendre !
    - Bien ! Nous entendrons le bruit demain ! Rétorqua  Djeha-Hodja Nasreddin.


    64 - Qui est coupable, qui est innocent ?

    L'âne d'Djeha-Hodja Nasreddin a été volé. Ses amis, desquels il espérait entendre des paroles de réconfort dans cette situation difficile, s'exprimèrent ainsi :
    - Vous auriez du fermer la porte de l'écurie.
    - Comment se fait-il que vous n'ayez entendu aucun bruit, ne serait-ce
    qu'un petit craquement ?
    - Vous n'avez probablement pas bien attaché l'âne.

    Djeha-Hodja Nasreddin les écouta pendant des heures et leur dit finalement :
    - Assez, assez, vous semblez tous m'accuser en rejetant sur moi la responsabilité de ce vol. Soyez honnêtes ! Le voleur serait-il innocent ?

    65 - La honte d'être volé
    Un voleur s'est introduit chez Djeha-Hodja Nasreddin. Il fouilla partout sans rien trouver, jusqu'au moment où il ouvrit l'armoire de la chambre et y trouva Hodja.
    - Que fais-tu là, lui demanda  t-il, je te croyais au marché ! Tu vois, j'avais soif et je suis entré juste pour me désaltérer
    - Je sais que tu es un voleur, lui dit Hodja.
    Dès que je t'ai entendu, je me suis caché, tellement j'avais honte.
    - Honte de quoi ?
    - Honte … qu'il n'y ait rien à voler chez moi.



     

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  • 56 - Le pouvoir de divination de Djeha-Hodja Nasreddin
    Un jour qu'il se rendait au palais de Tamerlan, Djeha-Hodja Nasreddin vit son garde-chiourme bastonner un innocent.
    - Tu ne l'emporteras pas au paradis, lui dit Djeha-Hodja Nasreddin, d'autant plus qu'en consultant le marc de café à ton sujet, j'y ai vu ta mort prochaine.
    Il advint que, deux jours plus tard, le bourreau fut renversé par une calèche qui roulait à vive allure dans les rues du village. Il en mourut.
    Mis au courant du présage de Djeha-Hodja Nasreddin, Tamerlan, affecté par cette mort, décida de le mettre à mort. Encadré par deux gardes tenant levé un grand sabre tranchant, il fut présenté au souverain qui lui dit :
    - Puisque tu as de grands pouvoirs de divination, tu as dû prévoir le jour de ta propre mort.
    - Ce sera pour aujourd'hui, répondit Djeha-Hodja Nasreddin qui ajouta : j'ai aussi vu dans le marc que votre mort est prévue le lendemain de la mienne.
    Et c'est ainsi que, mécontent mais prudent, Tamerlan demanda aux gardes de baisser leur sabre et laissa la vie sauve à Djeha-Hodja Nasreddin.

     

    57 - L'éléphante dévastatrice
    Tamerlan amena un éléphant à Ak shehir et le lâcha dans le village, où il se mit à saccager fermes, vignobles et vergers. Bien pire, il obligea la population à le nourrir. C'était devenu une véritable calamité. Les gens en eurent assez et ils appelèrent Djeha-Hodja Nasreddin pour qu'il puisse intervenir auprès de Tamerlan, à propos de cet éléphant dévastateur.
    - Demain, dit Djeha-Hodja Nasreddin, je veux dix à quinze personnes pour m'accompagner.
    Le jour suivant, Djeha-Hodja Nasreddin se mit à la tête du groupe. Quand ils arrivèrent près de la tente de Tamerlan, il s'est retourné et a vu qu'il était seul. Tous les autres s'étaient enfuis, effrayés à l'idée d'affronter Tamerlan.
    - Je vous montrerai, se dit Djeha-Hodja Nasreddin, et il entra dans la tente pour parler à Tamerlan.
    - Excellence, dit-il, nous les gens d'Ak Shehir, nous aimons l'éléphant que vous avez amené dans notre village, mais nous sommes tristes pour lui, car il est seul. Au nom de la population, je suis venu vous demander de lui trouver une femelle pour lui tenir compagnie.
    Tamerlan fut satisfait de ce qu'il venait d'entendre et dit :
    - Tu salueras la population de ma part et tu leur diras que je répondrai à leurs désirs assez rapidement.
    De retour au village, les gens lui demandèrent le résultat de l'entrevue avec Tamerlan.
    - Soyez rassurés, leur dit-il, la femelle "dévastatrice" sera ici bientôt, elle aussi. Vous venez de récolter ce que vous avez semé.

     

    58 - Le supplice de l'éléphant
    Devant tant d'insolence, Tamerlan se décida un jour de se débarrasser de Djeha-Hodja Nasreddin. Il le condamna à mort, plus précisément à être piétiné par son éléphant favori.
    - Bonne idée, lui dit Hodja, mais c'est là un supplice dangereux !
    - Imbécile ! C'est là mon but !
    - C'est un supplice dangereux mais pour l'éléphant ! Avec le régime que tu imposes à tes serviteurs, je n'ai plus que la peau et les os et je crains qu'un bout d'os ne s'enfonce dans le pied de l'éléphant. Pourquoi veux-tu le faire souffrir ! Par contre, tu pourais, sans danger, faire piétiner ton comptable qui est bien gras !

     

    59 - Savoir ou ne pas savoir
    Un jour, Djeha-Hodja Nasreddin décida de voyager pour parfaire son savoir. Quand un jeune homme lui demanda quels gens il allait chercher à rencontrer, il dit, se rappelant quelques sages paroles entendues au marché :
    - Celui qui ne sait pas et ne sait pas qu'il ne sait pas, il est stupide. Il faut l'éviter.
    - Celui qui ne sait pas et sait qu'il ne sait pas, c'est un enfant. Il faut lui apprendre.
    - Celui qui sait et ne sait pas qu'il sait, il est endormi. Il faut le réveiller.
    - Celui qui sait et sait qu'il sait, c'est un sage. Il faut le suivre.

    Djeha-Hodja Nasreddin a fait une pause et a continué :
    - Mais, vous savez combien il est difficile, mon fils, d'être certain que celui qui sait et sait qu'il sait, sait vraiment.

     

    60 - Les bons et les mauvais
    Un jour, un élève de Djeha-Hodja Nasreddin lui dit :
    - Djeha-Hodja Nasreddin, chacun s'accorde à dire que vous êtes bon. Cela veut-il dire que vous êtes réellement bon ?
    Djeha-Hodja Nasreddin répondit qu'il n'en était pas nécessairement ainsi. Le garçon demanda alors si le fait que chacun dise que Djeha-Hodja Nasreddin était mauvais signifiait qu'il était réellement mauvais. Djeha-Hodja Nasreddin répondit négativement. Le garçon demanda à Djeha-Hodja Nasreddin de s'expliquer.
    - Si des gens bons disent que je suis bon, alors je le suis vraiment et si des gens mauvais disent que je suis mauvais, alors je suis bon
    Il fit une pause, le temps de lisser sa barbe et continua :
    - Mais vous savez combien il est difficile de dire quels sont les gens qui sont bons et quels sont ceux qui sont mauvais.


     

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  • 51 - Djeha-Hodja Nasreddin et le chinois
    Djeha-Hodja Nasreddin prétend qu'il a fait jadis un voyage en Chine et que, là-bas, il a appris le chinois. Quelqu'un, qui doit s'y rendre prochainement pour affaires, lui demanda de lui enseigner quelques mots courants.
    - Par exemple, dit-il, comment dit-on "éléphant" ?
    - Pourquoi choisir un mot qui ne te servira à rien ? Ils n'ont pas d'éléphants.
    - Alors, comment dire "moustique" ?
    - "éléphant", "moustique", tu as le sens de la démesure ! L'animal que tu choisis est soit trop grand, soit trop petit. Là-bas, on n'aime pas beaucoup les gens qui n'ont pas le sens de la mesure. Tu ne pourrais pas choisir un animal de taille
    raisonnable ?
    - Alors, si je veux acheter un veau, comment dire ?

    - Quand j'ai quitté la Chine, les veaux venaient juste de naître. Ils n'ont pas eu le temps de leur donner un nom

     

    52 - Le voyageur rusé et le mur
    Un voyageur, de passage au village,  demanda à un homme, adossé à un mur, s'il connaissait bien Djeha-Hodja Nasreddin ?
    - Je voudrais le rencontrer, dit-il, car on prétend qu'il est rusé. Étant donné que je prétends être plus rusé, je voudrais me mesurer à lui.
    L'homme lui répond :
    - Peux-tu maintenir ce mur avec ton dos ? Ici, les  hommes du village se relaient  pour éviter qu'il ne tombe. Pendant ce temps, je vais aller chercher Djeha-Hodja Nasreddin et je reviens prendre ma place.
    L'homme s'exécuta aussitôt. Au bout de quelques heures, des hommes du village qui se demandaient ce qu'il faisait, l'abordent. Il leur expliqua ce qui s'est passé. Ils lui répondirent :
    - Pauvre idiot, tu as eu affaire à Djeha-Hodja Nasreddin lui-même ! ! !

     

    53 - Simple idiot et Super idiot
    Un jour, Djeha-Hodja Nasreddin alla au moulin pour faire moudre son blé. En attendant son tour, il s'est mis à prendre des poignées de grains d'autres sacs pour les mettre dans le sien. Le meunier remarqua le manège et se mit à crier après Djeha-Hodja Nasreddin :
    - Qu'est-ce que vous êtes en train de faire ?
    - Je suis un idiot et je fais ce qui me vient à l'esprit, répondit Djeha-Hodja Nasreddin.
    - Vraiment, rétorqua le meunier. Alors   pourquoi ne prenez-vous pas du blé de votre propre sac pour le mettre dans les autres.
    - Voyez-vous, dit Djeha-Hodja Nasreddin calmement, je ne suis qu'un simple idiot. Si je faisais cela, je serais un super idiot

     

    54 - Avare ou généreux
    Une riche personnalité du village donnait un grand banquet et Djeha-Hodja Nasreddin n'y avait pas été invité. Il se présenta néanmoins au dîner, alla trouver l'hôte et lui dit :
    - Je suis juste venu te dire que certains, au village, racontent qu'il n'y a pas plus avare que toi.
    - Moi avare ! Si je l'étais, est-ce que je donnerais ce banquet ?
    - Me voilà rassuré, dit Djeha-Hodja Nasreddin, les gens qui parlent ainsi ne sont que des mauvaises langues, jaloux de ta prospérité. Quant à moi, je n'ai jamais douté de ta générosité.

    Et il alla tranquillement s'asseoir à une des tables.

     

    55 - Le chameau fabuleux
    Un jour Tamerlan, en bavardant avec Djeha-Hodja Nasreddin, parlait de façon étrange, exagérant tellement que, dans ses propos, une puce est devenue un chameau. Djeha-Hodja Nasreddin était très ennuyé. Finalement, il a exagéré plus que lui, qu'il a fait d'un chameau un animal énorme et fabuleux :
    - En vérité, j'ai eu beaucoup de chameaux auparavant. Mais je n'avais jamais vu un chameau tel que celui j'ai actuellement. Si je lui dis "marche", il le fait. Si je lui dis "vole", il le fait. Malheureusement, il ne peut ni lire ni écrire, comme mon fils !
    Tamerlan était ébahi. Il lui dit :
    - Djeha-Hodja Nasreddin, s'il te plaît, laisse-moi voir cette étrange créature !
    Djeha-Hodja Nasreddin demeura imperturbable et répondit :
    - Majesté, ces jours-ci, je lui enseigne les premiers rudiments de la prière. Si Dieu le veut, quand je reviendrai l'an prochain, il se mettra à genoux devant vous !
    Tamerlan attendit le jour convenu avec impatience. Comme ce jour est arrivé, Djeha-Hodja Nasreddin dit :
    -Seigneur, que vous dire ! Une fois qu'il a commencé à lire le Coran, cela lui tellement plu qu'il à insisté pour le mémoriser dans sa totalité. L'année prochaine, s'il plaît à Dieu, quand il saura le Coran par cœur, vous apprécierez sa voix mélodieuse !
    Tandis que Tamerlan attendait avec anxiété l'année suivante, la femme de Djeha-Hodja Nasreddin et ses amis s'inquiétèrent pour sa vie
    - Djeha-Hodja Nasreddin, tu es en train de jouer un jeu dangereux. Tamerlan, ne croira pas éternellement à ton mensonge. Il est temps d'arrêter !
    Ce à quoi Djeha-Hodja Nasreddin répondit :
    - Attendons, pourquoi paniquer ainsi ! Il reste encore beaucoup de temps jusqu'à l'année prochaine. Le chameau peut mourir ou Tamerlan peut mourir ou moi je peux mourir.

     

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  • 46 - Djeha-Hodja Nasreddin a perdu son âne
    Djeha-Hodja Nasreddin a perdu son âne, mais au lieu de le chercher, il parcourt les rues de la ville en criant :
    - Louange à Dieu le Clément ! Louange à Dieu le Miséricordieux !
    Connaissant l'attachement de Djeha-Hodja Nasreddin pour son âne, les voisins sont surpris et demandent à Djeha-Hodja Nasreddin :
    - Pourquoi ces louanges à Dieu ? Tu ne devrais pas plutôt demander Son aide pour retrouver ton âne ?
    - Vous n'avez rien compris, déclare Djeha-Hodja Nasreddin. Je remercie Dieu de ne pas m'être trouvé sur son dos quand il a disparu. Sinon, c'est moi qui aurai été perdu.

     

    47 - Vache contre vache
    Djeha-Hodja Nasreddin exerçait, un certain temps, les fonctions de juge suppléant. Un paysan vint le trouver.
    - Grand juge! Je viens te consulter. Supposons qu'une vache attachée à un piquet encorne une vache errante. Est-ce que le propriétaire de la première doit indemniser celui de la seconde ?
    - Certainement pas
    , répondit Djeha. Une vache doit être tenue dans son enclos. Tant pis pour son maître s'il la laisse vagabonder.
    - Je suis vraiment soulagé, Djeha, car c'est ainsi que ma vache a blessé la tienne tout à l'heure.
    - Par Allah ! Pourquoi ne m'as-tu pas donné dès le début une narration complète des faits. Le cas est beaucoup plus compliqué que tu ne me l'as dit. Il faut que je consulte la jurisprudence. Qu'on m'apporte le gros livre noir qui se trouve en haut sur l'étagère!

     

    48 - Se mordre l'oreille
    Deux hommes sont venus consulter Djeha-Hodja Nasreddin quand il était magistrat. Le premier homme dit,
    - Cet homme a mordu mon oreille - J'exige un dédommagement.
    - Il s’est mordu lui-même,
    dit le second. Nasreddin s'est retiré et a passé une heure à essayer de se mordre l’oreille. En vain, il n’a réussi qu’à se faire une bosse au front en tombant. ! De retour dans la salle du tribunal, Nasreddin prononça la sentence:
    - Examinez l'homme dont l'oreille a été mordue. S’il a une bosse au front, il l'a fait lui-même et la plainte est écartée. Si son front n'est pas contusionné, c’est l'autre homme qui l'a fait et il doit payer une amende.

     

    49 - Des coups pour manger
    Djeha-Hodja Nasreddin alla à la ville voisine pour affaires, mais il n'avait pas d'argent. Comme il passait près d'une boutique où l'on vendait du halva, il entra, saisit un gros morceau et commença à le manger. Le vendeur vint vers lui et se mit à crier : .
    - Comment osez-vous vous servir, sans demander ou sans avoir payé ?
    Djeha-Hodja Nasreddin l'ignora et continua à manger. Furieux, le vendeur entreprit de le bastonner. Djeha-Hodja Nasreddin continuait toujours à manger et, s'adressant aux clients qui étaient là et avaient vu toute la scène, il leur dit :
    - Les habitants de cette ville sont tellement généreux qu'ils vous battent pour vous forcer à manger quelques-unes de leurs délicieuses confiseries.

     

    50 - Djeha-Hodja Nasreddin commerçant ambulant
    Djeha-Hodja Nasreddin fit l'acquisition d'un étal de marchand ambulant et se mit à parcourir les rues du village, en criant :
    - Qui veut mes belles tomates rouges ! Qui veut mes belles salades ! Qui veut mon persil frais !
    Le premier client qui se présente découvre que, dans le panier de Djeha-Hodja Nasreddin, il n'y avait aucun légume mais de la viande de chèvre, uniquement de la viande.
    - Que se passe t-il, Djeha-Hodja Nasreddin. Tu ne vendras rien si tu ne dis pas réellement ce que tu vends.
    - Je sais ! Je sais ! Rétorqua Djeha-Hodja Nasreddin.
    Mais si je crie "qui veut ma belle viande de chèvre", j'aurai tous les chats et tous les chiens errants du village à mes trousses.



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  • 41 - Comment lisent les ânes
    Dans une conversation avec Tamerlan, Djeha-Hodja Nasreddin commença à vanter les mérites de son âne :
    - Il est tellement intelligent que je peux tout lui apprendre, même à lire.
    - Va et apprend lui à lire, dit Tamerlan. Je te donne trois mois pour cela.
    De retour chez lui, il commença l'apprentissage avec son âne. Il mit sa nourriture habituelle entre les pages d'un gros livre et lui apprit à tourner les pages avec sa langue pour trouver la nourriture. Il cessa de le nourrir trois jours avant le terme de trois mois fixé par Tamerlan. Emmenant l'animal à Tamerlan, il lui demanda un gros livre et le posa devant l'âne affamé. Ce dernier entreprit de tourner les pages avec sa langue et, ne trouvant rien, se mit à braire.
    - C'est sûrement une étrange manière de lire, dit Tamerlan.
    - Oui, rétorqua Djeha-Hodja Nasreddin, c'est ainsi que lisent les ânes.

     

    42 - Des ânes à bon marché
    Djeha-Hodja Nasreddin est allé au marché pour y vendre des ânes. Les prix qu'il proposait étaient si peu élevés qu'aucun des autres marchands d'ânes ne pouvait le concurrencer.
    Un jour, l'un d'eux vint le voir :
    - Djeha-Hodja Nasreddin, comment fais-tu pour proposer des prix imbattables, pour des ânes magnifiques et bien entretenus ? Moi, je vole le fourrage, je paie mal mes garçons d'écurie et pourtant je n'arrive pas à vendre moins cher que toi ! Quel est ton secret ?
    - Mon secret, lui confia Djeha-Hodja Nasreddin, je vais te le dire, tout à fait entre nous : les ânes, je les vole.

     

    43 - Qui est le vendeur ?
    Djeha-Hodja Nasreddin décida un jour de devenir vendeur de pois chiches grillés. Il acheta, à un ancien marchand de pois chiches, un âne et les outils nécessaires à ce commerce. Comme l'âne était habitué à ce négoce, chaque fois qu'il passait devant une maison de clients potentiels, il se mettait à braire. Djeha-Hodja Nasreddin ne pouvait ouvrir la bouche pour crier "marchand de pois chiiiiiiiches", sans que l'âne ne se mette à braire. Arrivé à la place du marché, prêt à crier "marchand de pois chiiiiiiiches..", il fut devancé par l'âne qui a commencé à braire. Il se tourna vers lui et lui dit :
    - Qui est en train de vendre les pois chiches ? Toi ou moi ?

     

    44 - Djeha-Hoja, son fils et l’âne
    Djeha-Hoja dit un jour à son fils, alors qu’il atteignait sa douzième année :
    - Demain, tu viendras avec moi au marché.
    Tôt le matin, ils quittèrent la maison. Djeha-Hoja s’installa sur le dos de l’âne, son fils marchant à côté de lui. A l’entrée de la place du marché, Djeha-Hoja et de son fils furent l’objet de railleries acerbes :
    - Regardez-moi cet homme, il n’a aucune pitié ! Il est confortablement assis sur le dos de son âne et il laisse son jeune fils marcher à pied.
    Djeha-Hoja dit à son fils :
    - As-tu bien entendu ? Demain tu viendras encore avec moi au marché !
    Le deuxième jour, Djeha-Hoja et son fils firent le contraire de la veille : le fils monta sur le dos de l’âne et Djeha-Hoja marcha à côté de lui. A l’entrée de la place, les mêmes hommes étaient là, qui s’écrièrent
    - Regardez cet enfant, il n’a aucune éducation, aucun respect envers ses parents. Il est assis tranquillement sur le dos de l’âne, alors que son père, le pauvre vieux, est obligé de marcher à pied !
    Djeha-Hoja dit à son fils :
    - As-tu bien entendu ? Demain tu viendras de nouveau avec moi au marché !
    Le troisième jour, Djeha-Hoja et son fils sortirent de la maison à pied en tirant l’âne derrière eux, et c’est ainsi qu’ils arrivèrent sur la place. Les hommes se moquèrent d’eux :
    - Regardez ces deux idiots, ils ont un âne et ils n’en profitent même pas. Ils marchent à pied sans savoir que l’âne est fait pour porter des hommes.
    Djeha-Hoja dit à son fils :
    - As-tu bien entendu ? Demain tu viendras avec moi au marché !
    Le quatrième jour, lorsque Djeha-Hoja et son fils quittèrent la maison, ils étaient tous les deux juchés sur le dos de l’âne. A l’entrée de la place, les hommes laissèrent éclater leur indignation :
    - Regardez ces deux-là, ils n’ont aucune pitié pour cette pauvre bête !
    Djeha-Hoja dit à son fils :
    - As-tu bien entendu ? Demain tu viendras avec moi au marché !
    Le cinquième jour, Djeha-Hoja et son fils arrivèrent au marché portant l’âne sur leurs épaules. Les hommes éclatèrent de rire :
    - Regardez ces deux fous, il faut les enfermer. Ce sont eux qui portent l’âne au lieu de monter sur son dos.
    Et Djeha-Hoja dit à son fils ;
    - As-tu bien entendu ? Quoi que tu fasses dans ta vie, les gens trouveront toujours à redire et à critiquer.

     

    45 - Combien de pattes pour un âne ?
    - Combien de pattes possède un âne ? Demanda un passant à Djeha-Hodja Nasreddin.
    Ce dernier descendit de son âne et compta, un par un, les membres de l'animal :
    - Quatre, dit-il.
    - Quoi ? Dit le passant. Tu ne sais même pas le nombre de pattes de ton âne, au point de devoir les
    compter
    ?
    - Bien sûr que je le sais ! Répondit Djeha-Hodja Nasreddin. Mais, la dernière fois que je les ai comptées, c'était cette nuit et il y en avait quatre. Je voulais juste m'assurer que rien n'avait changé.

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