• Une vieille dame chinoise possédait deux grands pots, chacun suspendu

    au bout d'une perche qu'elle transportait, appuyée derrière son cou.


    Un des pots était fêlé, alors que l'autre pot était en parfait état et

    rapportait toujours sa pleine ration d'eau. A la fin de la longue

    marche du ruisseau vers la maison, le pot fêlé, lui, n'était plus qu'à 

    moitié rempli d'eau.

     

    Tout ceci se déroula quotidiennement pendant deux années complètes,

    alors que la vieille dame ne rapportait chez elle qu'un pot et demi

    d'eau.

     

    Bien sûr, le pot intact était très fier de ses accomplissements. Mais

    le pauvre pot fêlé, lui, avait honte de ses propres imperfections, et

    se sentait triste, car il ne pouvait faire que la moitié du travail

    pour lequel il avait été créé.

     

    Après deux années de ce qu'il percevait comme un échec, il s'adressa

    un jour à la vieille dame, alors qu'ils étaient près du ruisseau :

    Ah ! J'ai honte de moi-même, parce que la félure sur mon côté laisse

    l'eau s'échapper tout le long du chemin lors du retour vers la maison.”


    La vieille dame sourit : “ As-tu remarqué qu'il y a des fleurs sur ton

    côté du chemin, et qu'il n'y en a pas de l'autre côté ? J'ai toujours

    su à propos de ta fêlure, donc j'ai semé des graines de fleurs de ton

    coté du chemin, et chaque jour, lors du retour à  la maison, tu les

    arrosais.

     

    Pendant deux ans, j'ai pu ainsi cueillir de superbes fleurs

    pour décorer la table. Sans toi, étant simplement tel que tu es, il

    n'aurait pu y avoir cette beauté pour agrémenter la nature et la

     maison. ”

     

    Chacun de nous, avons nos propres manques, nos propres félures. Mais

    ce sont chacune de ces craques et chacun de ces manques qui rendent nos

    vies ensemble si intéressantes et enrichissantes, il faut trouver ce

    qu'il y a de bon en elles.

     

    Donc, tous mes amis fêlés, passez une superbe journée et rappelez-vous

    de prendre le temps de sentir les fleurs qui poussent sur votre côté du

    chemin !

    Vivez, donnez, aimez et soyez reconnaissant !

     

     


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  • Tous ceux qui sont allés à Chengde ont été impressionnés par le temple du Nouveau Palais, dont le toit de tuiles dorées est orné de Dragons d'une agilité prodigieuse, également dorés. Mais si l'on y regarde de plus près, on remarque un défaut à cette merveille: il faudrait neuf Dragons, selon la formule "Neuf Dragons dansent sur le toit", mais il n'y en a cependant que huit. Où se trouve donc le neuvième?

    On raconte que sous le règne de l'Empereur Qianlong, le bouddha vivant du tibet, le Bainqen lama, vint présenter ses respects à l'Empereur à Chengde. Celui-ci choisit un endroit propice dans la vallée des Lions où il fit construire une réplique en miniature du Palais du Potala pour l'y recevoir. La salle principale du temple était d'une magnificence éclatante, son toit de tuiles dorées avait coûté à lui seul plus de 30 000 taëls d'or.

    La construction achevée, l'Empereur fut très content, mais il s'aperçut tout de suite qu'il manquait quelque chose au toit. Aussi dessina-t-il neuf Dragons et versa 10 000 nouveaux taëls d'or. Un décret impérial enjoignit aux artisans de couler un ensemble de statues sur le thème de "Neuf Dragons dansent sur le toit".

    Les artisans se mirent immédiatement à cette tâche qui était loin d'être facile: les Dragons étaient dessinés d'une façon biscornue, si bien que l'on voyait tantôt vraiment neuf Dragons chevauchant les nuages, tantôt neuf serpents glissant sur les faîtes du Palais. Par ailleurs, ils étaient tous dans des postures différentes: il y en avait huit petits et un grand, l'un courait droit devant lui, l'autre regardait en arrière, un autre encore levait la tête vers le ciel, et le quatrième la baissait...

    Les artisans eurent toutes les peines du monde à réaliser les matrices. Mais, chose bizarre, au moment où le cuivre fut fondu et qu'on le coula dans les moules, le résultat fut catastrophique et on n'obtint que des blocs de cuivre informes! La même chose se répéta. Un an passa ainsi sans résultat, et l'arrivée du Bouddha vivant était imminente.

    L'Empereur entra dans une colère violente et fixa un délai: si dans un mois ils n'avaient pas réussi, les artisans, au nombre de 300, seraient exécutés sans quartier. Ceux-ci tout attristés ne pouvaient rien faire d'autre qu'attendre le jour fatal.

    Sur ces entrefaites, les soldats amenèrent un vieil orfèvre. Celui-ci examina le fourneau et déclara:

     

    - Pour réussir à couler une telle quantité d'or, il est nécessaire d'immoler deux enfants jumeaux, un garçon et une fille, en sacrifice au fourneau!

    Or, il se trouvait que personne d'autre que lui n'avait d'enfants jumeaux de sexes opposés. Le vieil artisan devait donc sacrifier ses propres enfants pour sauver la vie des autres! Tout le monde savait que ses enfants n'avaient que quatre ans et qu'ils étaient nés alors que leur père frisait la cinquantaine. L'orfèvre était plus attaché à eux qu'à la prunelle de ses yeux.

    Quand ils apprirent la décision du vieux père, les artisans se jetèrent à genoux devant lui, disant qu'ils préféraient mourir plutôt que de voir périr les deux petits. L'orfèvre répondit les larmes aux yeux:

    - Nous allons tenter un dernier essai, si on réussit ce coup-ci, les enfants seront sauvés!

    Tout le monde, avec confiance, se remit au travail. Lorsque le cuivre fut redevenu liquide, le vieil orfèvre sortit de l'atelier, prétextant un besoin naturel. Il revint un instant plus tard avec un ballot qu'il jeta dans le fourneau à l'insu de tous. Les flammes devinrent instantanément rouge doré, phénomène extraordinaire qui surprit beaucoup les artisans. Le vieil artisan déclara enfin:

    - Ça y est, on a la température demandée!

    C'est ainsi que furent fondus les neuf Dragons qui enrobés d'or par la suite, resplendissaient d'une beauté éblouissante!

    L'Empereur en fut si satisfait qu'il donna un festin pour arroser l'événement. A ce moment-là, agenouillé sur le sol, le vieil orfèvre prit une poignée de terre en guise d'encens pour commémorer la mort de ses chers enfants. Il versa tant de larmes que celles-ci formèrent une petite rigole sous ses pieds.

    Lorsque l'Empereur avec beaucoup de fierté leva sa coupe pour boire à la réussite de son oeuvre, quelques gouttes de pluie tombèrent sur son front. Etonné, il regarda le ciel bleu et le soleil rouge et se demanda d'où venaient ces gouttes. Sur ce, un eunuque s'écria:

    - Oh, voilà les Dragons du toit qui bougent!

    En effet, touchés par les pleurs du vieil orfèvre, les neuf Dragons se mirent à se tortiller sur le toit en répandant force larmes. L'Empereur tout pâle entendit quelqu'un pleurer également derrière le temple, il y envoya un guerrier qui revint avec le vieillard.

    L'Empereur courroucé ordonna qu'il fût décapité sur-le-champ. A ce moment précis, le plus gros des neuf Dragons s'envola dans les airs, descendit en piqué et, d'un coup de queue, renversa les soldats qui s'apprêtaient à exécuter l'ordre de l'Empereur, puis il rejoignit les cieux en emportant sur son dos le vieil orfèvre.

    C'est depuis lors qu'il manque un Dragon au toit du temple du Nouveau Palais.


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  • Sur la demande de l'Empereur Céleste, Yi abattit les neuf soleils, châtia le démon des eaux Hebo et tua nombre de monstres et d'animaux féroces. Le peuple l'aimait et le vénérait. Yi voyageait beaucoup, se liait d'amitié avec la population et menait une vie paisible.

    Un jour, alors qu'il chassait dans les bois, Yi traversa un ruisseau et aperçut sur l'autre rive une jeune fille puiser de l'eau avec un tube de bambou.

    Un jour, alors qu'il chassait dans les bois, Yi traversa un ruisseau et aperçut sur l'autre rive une jeune fille puiser de l'eau avec un tube de bambou. Sa longue course l'avait assoiffé. Il s'approcha de la jeune fille et lui demanda à boire. Devinant qu'il était le héros Yi, elle l'accueillit aimablement, lui offrit à boire et lui cueillit une belle fleur en témoignage de son respect. Yi choisit alors dans ses trophées une magnifique peau de renard et lui en fit cadeau.

    En bavardant avec elle, il apprit qu'elle s'appelait Chang E. Ses parents avaient été tués par des animaux sauvages. Depuis, elle vivait seule.

    Yi se prit de pitié pour elle et Chang E le respectait beaucoup. les deux jeunes gens tombèrent amoureux l'un de l'autre. Peu de temps après, Yi et Chang E se marièrent et devinrent inséparables.

    Très attachés l'un à l'autre, ils menaient une vie heureuse, et Yi oublia complètement de retourner au ciel.

    Trois années plus tard, l'Empereur Céleste ordonna à Yi de retourner au ciel.

    Lorsque l'Empereur Céleste apprit que Yi s'était marié sur Terre et ne voulait pas revenir au ciel, il se mit dans une grande colère. Dès lors, il fut interdit à Yi de remonter au ciel, mais il se consola en trouvant qu'il était plus heureux sur terre. Ainsi continua-t-il à vivre sur la Terre.

    Mais Yi savait que la vie des êtres humains a ses limites. Un jour, il dit à sa femme :

    - Quand j'étais au ciel, j'ai entendu dire que dans les monts Kunlun, à l'Ouest, habite la Reine-mère d'Occident. Elle possède une pilule d'immortalité. Je vais aller la chercher.

    Ils étaient très tristes de cette première séparation mais, pour vivre éternellement tous les deux, ils étaient prêts à affronter le danger et la mort. Yi prit son arc et ses flèches, enfourcha un bon cheval et se dirigea vers l'Ouest.

    Après avoir surmonté d'innombrables difficultés, Yi arriva enfin au pied des monts Kunlun. Yi arriva enfin au pied des monts Kunlun.

    La Reine savait que Yi était un héros céleste qui avait délivré le peuple de nombreux fléaux. Aussi l'accueillit-elle avec beaucoup de respect.

    Ayant appris le but de sa visite, la Reine ordonna à l'Oiseau à trois pattes, gardien des pêches d'immortalité, d'apporter une calebasse contenant une pilule d'immortalité fabriquée à partir d'un des fruits de l'arbre d'immortalité. Cet arbre ne donnait des fruits qu'une fois tous les trois mille ans ; c'est pourquoi ces pilules étaient très rares et extrêmement précieuses.

    - Emporte cette pilule, dit la Reine, c'est la seule qui me reste. Néanmoins, c'est largement suffisant pour ton épouse et toi : Prenez-en chacun la moitié, et vous deviendrez immortels. Mais attention, si l'un de vous deux l'avale entière, il s'envolera au ciel et ne pourra jamais plus redescendre sur Terre.

    - Je ne suis venu chercher la pilule d'immortalité que pour vivre éternellement avec Chang E, répondit l'Archer céleste. Puis il prit la calebasse, remercia la Reine et partit.

    Lorsque Yi retrouva Chang E, il lui raconta tout ce qui s'était passé et lui confia la pilule d'immortalité.

    Je suis passé par mille épreuves pour aller la chercher. Si nous la partageons, nous deviendrons immortels tous les deux. Mais si l'un de nous l'avale entière, il ira au ciel sans espoir de retour. Garde-la précieusement, nous la partagerons un jour faste prochain et nous vivrons ensemble éternellement heureux.

    Chang E mit la calebasse dans sa poche avec précaution

    Yi habitait sur la Terre depuis longtemps déjà et un grand nombre de jeunes gens venaient le voir pour apprendre le tir à l'arc. Yi leur enseignait consciencieusement son art. Lorsque le maître est compétent, ses disciples sont brillants, dit le proverbe. De fait, la plupart de ses élèves devinrent de célèbres archers.

    L'un d'entre eux s'appelait Feng Meng. C'était un bon archer, mais un homme ambitieux et jaloux. Il caressait l'espoir que son maître mourût avant lui, afin de devenir le meilleur archer du monde.

    Un jour que Yi était allé chasser, Feng Meng en profita pour pénétrer chez lui et menaça Chang E de son arc.

    - Donne-moi vite la pilule d'immortalité, lui ordonna-t-il, sinon je te tuerai.

    Surprise, Chang E lui demanda :

    - Feng Meng, tu es le disciple de Yi ; pourquoi... ?

    Je ne considère plus Yi comme mon maître. Devrais-je toujours rester un archer de second ordre toute ma vie ? Non, car il mourra avant moi ! rétorqua Feng Meng en riant sarcastiquement.

    Chang E était rouge d'émotion et de colère.

    - Allons, dépêche-toi de me donner cette pilule ! Cria Feng Meng en brandissant son arc d'un air menaçant.

    Chang E pensa à toutes les épreuves que son mari avait dû traverser pour aller chercher la pilule d'immortalité. Elle ne devait pas laisser Feng Meng s'en emparer. Alors Chang E sortit de sa poche la pilule et, au moment où Feng Meng tendait la main, la porta rapidement à la bouche. Elle l'avala et s'élança vers la porte.

    Chang E avait déjà franchi le seuil lorsqu'elle se sentit toute légère et s'envola vers le ciel. En pensant à son mari resté sur terre, elle décida de se réfugier sur l'astre le plus proche, la Lune. Dès lors, le Palais lunaire, dans lequel vivait désormais Chang E, brilla d'un éclat nouveau.

    Lorsqu'à son retour de la chasse, Yi apprit ce qui s'était passé, une immense tristesse l'envahit. Il regarda la Lune et pensa à sa femme Chang E ; des larmes inondaient ses joues.

    Devant l'ingratitude que Feng Meng lui avait témoigné, Yi fut rempli de colère. Il prit son arc et ses flèches et sortit à la recherche de son disciple.

    Feng Meng s'était caché dans un bois derrière la maison de Yi. Lorsque celui-ci passa à la hâte devant lui sans le voir, il lui assena un violent coup de bâton sur la tête. Yi s'affaissa, mortellement blessé.

    Lorsque les disciples de Yi découvrirent le crime de Feng Meng, ils arrêtèrent ce dernier immédiatement, l'attachèrent à un grand arbre et le transpercèrent chacun d'une flèche. Son ambition démesurée l'avait mené à sa perte.


     

     

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  • Il était une fois un jeune berger Tajik très habile qui vivait dans une belle prairie du Pamir. Un jour qu'il menait paître un troupeau de moutons, notre berger vit un vautour féroce fondre sur l'agneau à grosse queue qu'il préférait.

    Au moment où le vautour allait saisir l'agneau, le berger, ayant la main leste et l'oeil prompt, sortit un poignard et le lança sur le vautour.

    Le poignard se planta au beau milieu de la poitrine du vautour. Celui-ci, blessé, laissa l'agneau, battit des ailes et s'enfuit en poussant des cris déchirants.

    Rassemblant toutes ses forces, le vautour rentra à son aire: Une grotte profonde sur une haute montagne escarpée. La grotte s'ouvrait sur des rochers glacés à pic qui surplombaient un gouffre si profond qu'on ne pouvait en voir le fond. Seul le ruissellement de l'eau rompait le silence.

    Le vautour blessé se reposa dans sa grotte, soigné par quatre aigles qu'il avait capturés dans des montagnes lointaines lorsqu'ils étaient tout jeunes. Ces aigles qui avaient grandi, étaient devenus aussi habiles les uns que les autres. Ils sortirent à tour de rôle chercher des plantes médicinales pour panser la blessure du vautour. Ils lui offrirent aussi à manger de la viande de tétras, dont le jabot est une véritable armoire à pharmacie.

    Grâce aux soins des quatre aigles, le vieux vautour fut bientôt guéri. Pourtant les aigles désiraient sa mort. C'était lui qui les avait éloignés de leur pays d'origine et séparés de leurs parents, lui encore qui les grondait et les battait tous les jours. Ils en souffraient beaucoup et voulaient se sauver, mais ils avaient peur d'être retrouvés par le vieux vautour. Ils ne pensaient qu'à se débarrasser du vautour et à recouvrer la liberté.

    Le vieux vautour se remit à voler. Il vouait une haine mortelle au jeune berger et voulait se venger. Un jour, alors qu'il survolait la prairie, il vit le jeune berger endormi sur l'herbe.

    Très content de cette occasion, il pensa que l'heure de la vengeance était venue. Il fondit sur sa proie et, tout d'un coup, saisit le berger dans ses puissantes serres, et l'emporta vers le ciel.

     

    Le jeune berger se réveilla et voulut réagir. Mais voyant qu'il était haut dans l'air et qu'il risquerait de se mettre en miettes en tombant si le vieux vautour lâchait ses serres, il se laissa emporter par le vautour.

    Au bout d'un certain temps, le vautour déposa le berger dans sa grotte, auprès des quatre aigles. Une fois dans la grotte, le jeune berger s'avança vers la sortie. mais sitôt qu'il regarda à l'extérieur, la tête lui tourna, la montagne était si haute, la falaise si escarpée et la gorge si profonde, qu'il ne pouvait absolument pas s'échapper.

    Le vieux vautour parut percer le désespoir du berger, éclata de rire, comme s'il se moquait de lui, et dit:

     

    - Tu veux encore retourner à la prairie? Ce n'est qu'un rêve.

    Sa voix ressemblait au hurlement du loup qui fait frémir les gens.

    Le jeune berger fut obligé de rester dans la grotte. Il mangeait la viande de mouton que le vautour n'avait pas pu finir et buvait l'eau froide qui coulait entre les pierres. Les jours s'écoulèrent ainsi, mais il n'arrivait pas à trouver un moyen de s'enfuir.

    Il mangeait et couchait avec les quatre aigles et se familiarisa vite avec eux. Il fut irrité de voir que le vieux vautour les maltraitait, et eut pitié d'eux. De leur côté, les quatre aigles se souciaient aussi de celui qui avait un sort semblable au leur.

    De temps à autre, voyant son air affamé, ils saisissaient un lièvre et le lui offraient à manger à l'insu du vautour. Pour le distraire, ils chantaient et dansaient en tapotant le sol de leurs serres et battant des ailes. Le jeune berger les aimait également beaucoup; il leur peignait souvent les plumes que le vieux vautour avait ébouriffées.

    Le jeune berger pensait tous les jours à son pays, à ses parents et à son troupeau de moutons. Il eut plusieurs fois envie de se battre contre le vieux vautour et de le tuer. Mais il pensa que s'il le tuait, il ne pourrait jamais quitter cette grotte quasi céleste, et n'aurait plus de quoi manger, ce qui le força à prendre son mal en patience jusqu'à ce que l'occasion se présentât...

    Un jour, le vieux vautour, tout joyeux, ramena un agneau de six mois, en mangea toute la viande et ne laissa que la peau. Trouvant que les pierres dans la grotte étaient trop froides, le jeune berger s'assit sur la peau.

    Un soir, couché sur la peau de l'agneau, il n'arrivait pas à s'endormir. Soudain, il se souvint d'une histoire de tapis volant que sa mère lui avait racontée quand il était petit. Il s'exclama:
    - Si cette peau d'agneau pouvait voler et me ramener chez moi!

    Cependant, il retomba dans le désespoir en pensant qu'il n'y avait aucun immortel céleste pour faire voler la peau d'agneau; comment pourrait-elle voler toute seule? Pendant toute la nuit, le jeune berger se tournait et se retournait, et il n'avait toujours pas fermé l'oeil lorsque l'aube arriva.

    Il vit en se levant le vieux vautour obliger les quatre aigles à sortir pour chercher de la nourriture. Ayant peur de lui, les aigles sortirent de la grotte en volant. En les voyant l'un après l'autre déployer leurs ailes et s'élever dans les airs, il eut brusquement une inspiration dont il fut très content, et se demanda:

     

    - Pourrais-je demander de l'aide aux aigles?

    Le jeune berger avait enfin l'espoir de s'évader. Pendant l'absence du vautour, il entraînait les quatre aigles. Il étendait la peau de l'agneau par terre, l'attachait des quatre coins aux serres des aigles, et lorsque les aigles volaient, la peau de l'agneau se déployait comme un tapis volant.

    Au bout d'un mois d'entraînement en cachette, les ailes des aigles devinrent plus puissantes, tandis que le vieux vautour ne s'apercevait de rien.

    Le jeune berger prit une décision. Avant de quitter la grotte, il fallait tuer le vautour, parce que si jamais le rapace venait à découvrir leur fuite, il se mettrait à leur poursuite et donnerait des coups de bec et de serres aux aigles jusqu'à ce que mort s'ensuive.

     

    Cependant, tuer le vieux vautour n'était pas facile. Il fallait d'abord qu'il fût aveugle, afin que ses serres devinssent inutiles. Le jeune berger trouva alors un long morceau de pierre et il l'aiguisait à la dérobée à chaque absence du vautour. Au bout de sept jours, l'extrémité de la pierre était aussi tranchante qu'un poignard.

    Un soir, quand le vieux vautour commença à ronfler selon son habitude, le jeune berger prit le poignard en pierre à la main, s'approcha furtivement de son geôlier et lui creva d'un seul coup l'oeil gauche. Poussant un cri déchirant, le vautour n'eut même pas le temps de contre-attaquer que le berger avait déjà retiré son arme et donné un autre coup à l'oeil droit.

    Le sang giclait des yeux, le vautour ne voyait rien, battait des ailes et tendait les serres. Les quatre aigles furent à la fois contents et effrayés. Le berger les emmena dans un coin, laissant le vautour se débattre.

    Affolé, le vautour chercha à attraper quelque chose, mais il ne trouva rien. Le sang coulait de plus en plus, le vautour se débattit toute la nuit, à l'aube il était hors d'haleine, incapable de bouger, et s'allongea par terre. A ce moment-là, le jeune berger s'approcha et lui donna au cou quelques coups de poignard. Le vautour s'agita dans un ultime spasme, puis, tendit les deux serres: il était mort.

    Les quatre aigles dansaient de joie autour du berger, parce qu'ils étaient libres. Ils tapotèrent de leurs ailes l'épaule de leur jeune ami, comme pour le presser de quitter au plus vite la grotte. Le berger attacha solidement la peau de l'agneau aux pattes des aigles, s'assit dessus et frappa légèrement les ailes des aigles, ce qui était le signal pour les faire s'envoler.

    Les quatre aigles déployèrent aussitôt leurs ailes, sortirent de la grotte et s'élancèrent dans les airs. Le jeune berger s'assit confortablement sur la peau de l'agneau, les nuages colorés flottaient auprès de lui, comme s'ils le félicitaient; la montagne de glace brillait sous ses pieds, on aurait dit qu'elle l'appelait.

     

    Les quatre aigles volèrent à tire d'ailes et arrivèrent bientôt au-dessus de la prairie. le jeune berger regarda en bas, vit que les herbes étaient encore plus vertes, que les moutons s'y dispersaient tels des perles sur un tapis vert, que les rivières faisaient penser à des rubans de soie brillante, et les tentes à des fleurs en pleine floraison...

    Il ne put s'empêcher de s'exclamer:

     

    - Mon cher pays, me voilà enfin revenu!

    Les quatre aigles descendirent doucement et se posèrent devant la tente du berger. Ses parents et ses amis vinrent à sa rencontre. Voyant que les aigles étaient épuisés et ruissselants de sueur, le jeune berger les invita à se reposer chez lui et enleva le rideau de la porte.

    Mais les aigles ne voulurent pas entrer, glatirent comme s'ils voulaient dire:

     

    - Nous voudrions, nous aussi, rentrer chez nous et retrouver les nôtres.

    Ils tapotèrent légèrement de leurs becs les bottes du berger, puis son habit, et battirent des ailes pour faire leurs adieux. Les larmes aux yeux, le jeune berger embrassa les aigles, en disant avec affection:

     

    - Au revoir, mes amis!

    Les quatre aigles s'élevèrent dans les airs, tournèrent trois fois autour de la tente du berger et s'éloignèrent à regret. Le jeune berger agita la main vers eux. Quand il ne les vit plus, il hésitait toujours à entrer dans la tente et regardait vers le lointain...

    Plus tard, les quatres aigles vinrent souvent survoler la prairie, pour aider le berger à attraper des lièvres et des taupes qui endommageaient les herbes. Lorsqu'une horde de loups venaient pour s'emparer de moutons, les aigles avertissaient, comme des éclaireurs, le berger à temps.

     

    C'est depuis cette époque que les bergers et les aigles sont de bons amis, de génération en génération.




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  • A l'Ouest du village de Xibeima du bourg de Nanloudi dans le district d'Anguo dans le Hebei, il y a un chemin qui s'appelle le Chemin des Taureaux. A ce que l'on dit, lors de la Bataille des Taureaux, Yang Liulang fit passer ces derniers par ce chemin.

    Yang Liulang avait fait stationner des troupes dans le district de Renqiu. Ayant reçu l'ordre de ses chefs de secourir Baozhou (Baoding actuel dans le Hebei), il déplaça rapidement ses troupes à Baozhou pour combattre les ennemis. Attaqués par surprise par ces derniers, ils subirent un échec entraînant des pertes sévères, et furent obligés de se retirer dans le village de Xibeima du district d'Anguo pour y recruter des hommes afin d'aller affronter les ennemis.

    Malgré l'augmentation de ses effectifs, ses forces restaient encore insuffisantes. Les ennemis pouvaient les poursuivre dans leur retraite d'un jour à l'autre. Que faire? Yang Liulang se creusa la tête et trouva enfin une bonne idée. Il acheta plusieurs centaines de taureaux, les fit attacher dans un bois, sans leur donner du fourrage pendant quelques jours; puis il ordonna à ses subordonnés de mettre dans les champs plusieurs centaines d'épouvantails faits avec de la paille qui furent remplis de fourrage fin comme du haricot noir, du soja et du sorgho; en outre, on leur fit porter des vêtements et des chapeaux semblables à ceux de l'ennemi.

    Plusieurs dizaines de "mu" de terres étaient maintenant noires d'épouvantails qui ressemblaient vraiment à les voir de loin, à des ennemis en train d'approcher.

    Après avoir pris ces dispositions, on conduisit les taureaux déjà affamés dans les champs de mannequins.

     

    Une fois que les bêtes sentirent l'odeur du haricot noir, ils déchirèrent les vêtements des épouvantails et mangèrent ce qu'il y avait dedans sans rien laisser. Et il ne resta finalement par terre que des chapeaux et des vêtements en lambeaux.

    Cet exercice fut répété par deux fois, et c'est alors que Yang Liulang reçut tout à coup la nouvelle que les ennemis descendaient déja dans le sud, c'est à dire vers leur camp. Alors ils se hâtèrent d'enfermer les taureaux dans une enceinte à l'intérieur du bois sans leur donner de quoi manger, et ils attachèrent deux couteaux aux cornes de chaque animal. Tout était prêt pour attendre que l'ennemi vienne s'exposer à la mort.

    Deux jours après, plusieurs milliers d'ennemis arrivèrent prêts à les attaquer. Yang Liulang, sans s'affoler, les guettant de son poste de commandement jusqu'à ce qu'ils soient assez proche de son piège, transmit l'ordre à ses soldats de se tenir prêts à conduire les taureaux. Les soldats ennemis arrivèrent bientôt aux abords du village de Xibeima.

    Comme leur habillement était tout à fait semblable à celui des épouvantails, les taureaux excités commencèrent à creuser la terre avec leurs sabots, brûlant d'aller manger à satiété.

    Les Soldats de Yang Liulang les lâchèrent. Alors, tout le troupeau dont chaque bête avait ses deux couteaux fixés aux cornes, vola directement dans la foule de l'ennemi. ILs en attrapèrent un et le firent tomber. Une fois qu'ils sentirent que celui-ci n'était pas du fourrage, ils en attrapèrent un autre et le renversèrent encore. C'est ainsi que chaque taureau fit tomber et tua plusieurs soldats ennemis.

    En moins de temps qu'il n'en faut pour un repas, des ennemis éventrés étaient couchés pêle-mêle sur le sol sur une dizaine de "li".

    En ne voyant que des taureaux les combattre, les survivants furent tellement terrifiés qu'ils s'enfuirent dans toutes les directions.

    Dès lors, le nom de Chemin des Taureaux est demeuré jusqu'à nos jours.




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  • Su Dongpo venait d'être nommé magistrat à Hangzhou. Depuis que cette nouvelle s'était répandue, chaque jour, les gens s'attroupaient devant la porte du Yamen dans l'espoir de voir l'affiche rouge où serait inscrite la date de son arrivée, et d'entendre les trois coups de canon qui salueraient Su Dongpo au moment où il monterait sur l'estrade du tribunal...

    Mais, ils avaient attendu en vain plusieurs jours de suite.

    Un jour, deux homme se querellèrent puis se précipitèrent vers le Yamen, ils frappèrent avec force le tambour placé devant la porte, criant qu'ils voulaient porter plainte en justice, un huissier les apostropha:

     

    - Le Seigneur n'est pas encore arrivé, revenez dans deux jours!

    Fous de colère, les deux hommes persistaient à vouloir forcer l'entrée du Yamen, en repoussant le gardien.

    A ce moment-là, un homme barbu au visage basané, une coiffure de tissu sur la tête, portant une robe de taoïste, assis à califourchon sur un âne, apparut devant le mur-écran du Yamen. Il criait:

     

    - Laissez-moi passer, je suis en retard.

    Le petit âne traversait la foule, avançant tout droit vers la cour du Yamen, l'huissier n'eut pas le temps de le rattraper par la queue, et l'homme sur sa monture entra dans la cour.

    L'homme attacha l'âne sur un pilier de la galerie, monta dans la salle et, en quelques pas, alla se placer au milieu sur le fauteuil recouvert d'une peau de tigre.

    A cette vue, un garde du Yamen, le considérant comme un fou, courut vers lui en vociférant:

     

    - Ne sais-tu pas que c'est la place du Seigneur juge, on te tuera si tu oses t'asseoir sur ce siège.

     

    L'homme éclata de rire en l'écoutant parler ainsi.

     

    - Y aurait-il quelqu'un de si méchant!

    - Bien sûr, répondit le gardien, cette place est réservée à celui qui est digne d'avoir un sceau en or.

    - Un sceau en or, mais j'en ai un, et l'homme sortit de sa poche un sceau en or éblouissant et le mit sur la table.

    Frappé de stupeur, le garde resta bouche bée, puis il finit par réaliser qu'il avait devant lui Su Dongpo, le nouveau magistrat de Hangzhou.

    Su Dongpo n'avait plus le temps de suivre le cérémonial prescrit ni de faire tirer les trois coups de canon; dès qu'il fut entré dans la cour de justice, il se mit à tenir audience. Il demanda à l'huissier de laisser entrer les deux hommes qui se querellaient.

    Quand ils comparurent, Su Dongpo frappa la table avec son maillet de bois, il les interrogea:
    - Quels sont vos noms, qui est le plaignant?

    Ils s'agenouillèrent sous l'estrade, et cognèrent leur tête contre terre.

    - C'est moi le plaignant, dit l'un, je m'appelle Li Xiaoyi.

    - Je m'appelle Hong Amao, dit l'autre.

    - Li Xiaoyi, demanda le juge, pour quelle raison portes-tu plainte contre Hong Amao.

    - Je suis un homme de peine, dit Li Xiaoyi, j'avais fait de petites économies, dix taëls d'argent; il y a deux mois, je les ai prêtés à Hong Amao. Nous étions de bons voisins, j'étais d'accord pour ne pas exiger d'intérêts, à condition qu'il me les rende dès que j'en aurais besoin. Maintenant, j'ai trouvé une jeune fille qui me convient, j'ai besoin de l'argent pour me marier, et non seulement il ne veut pas me rendre mon argent, mais il m'a frappé.

     

    Su Dongpo se tourna vers Hong Amao et lui demanda:

     

    - Pourquoi ne lui rembourses-tu pas ta dette, et le bats-tu par-dessus le marché?

    Hong Amao s'empressa de se cogner la tête contre terre et murmura:

     

    - Mon Seigneur, je suis un petit marchand, j'ai acheté des éventails à l'approche de l'été, j'étais loin de penser qu'il ferait encore frais après la fête de la mi-Mai; on porte encore des robes doublées, qui donc voudrait acheter mes éventails! En outre, ces jours-ci, il a plu et, les éventails ont moisi. Je suis vraiment incapable de lui rembourser l'argent. Comme il m'a insulté, et m'a saisi par ma veste, cela m'a mis en rage, et je lui ai donné un coup de poing sur la tête; je ne l'ai pas fait exprès.

    En entendant cela, Su Dongpo fronça les sourcils et dit:

     

    - Li Xiaoyi a besoin de l'argent pour se marier, Hong Amao doit lui payer sa dette.

    A l'entendre, Hong Amao se lamenta:

     

    - Ah! mon Seigneur, je suis vraiment à court d'argent.

    Su Dongpo tout en caressant sa barbe reprit:

     

    - Hong Amao a subi une perte d'argent, il est dans l'embarras. Li Xiaoyi doit chercher un autre moyen pour résoudre le problème de l'argent pour son mariage.

    En entendant cela, Li Xiaoyi se plaignit aussi:

     

    - Mon grand Seigneur, ce n'est pas facile pour moi d'économiser dix taëls d'argent!

    Su Dongpo éclata de rire et dit:

     

    - Soyez patients. Hong Amao rentre maintenant chez toi et rapporte-moi vingt éventails moisis; la cause est entendue.

    Fou de joie, Hong Amao s'empressa de s'agenouiller et de se cogner la tête contre terre pour saluer le juge. Puis il se leva et courut à la maison; il en ramena vingt éventails qu'il donna à Su Dongpo.

     

    Su Dongpo étala les éventails un à un sur le bureau, écrasa de l'encre, puis y trempa le pinceau et se mit à tracer, en utilisant les taches de moisi les plus grandes, des paysages en miniature évoquant des sites de montagnes, et avec les taches moins grandes, des fleurs de Mei en compagnie du sapin et du bambou, ce qu'on appelle "les trois amis de l'hiver".

    Su Dongpo eut vite terminé; il donna alors dix éventails à Li Xiaoyi en lui recommandant:
    - Tu peux compter régler les frais de ton mariage avec ces dix éventails; tu les emporteras dans la rue et tu crieras:

     

    "éventails peints par Su Dongpo, un taël d'argent chacun", tu les vendras sur le champ.

    Su Dongpo donna les dix autres à Hong Amao en lui disant:

     

    - Tu iras les vendre dans la rue, et tu en tireras dix taëls d'argent comme capital, tu entreprendras alors un autre genre de commerce.

    Tous les deux le saluèrent bien bas et sans grande confiance, ils prirent chacun leurs éventails. Mais, à peine eurent-ils crié deux fois à l'improviste leur marchandise à vendre que les vingt éventails furent enlevés rapidement. Tout heureux, ils rentrèrent chacun chez eux avec leur argent.

    Depuis lors l'histoire du litige jugé par Su Dongpo s'est répandue parmi la population.

    Autrefois, on ne confectionnait que deux sortes d'éventails à Hangzhou, des noirs et des blancs; après que Su Dongpo eut exécuté des dessins sur les éventails, les artisans l'imitèrent.

    Les uns dessinaient des fleurs, des oiseaux, des personnages et des paysages, les autres calligraphiaient des poésies. Tout cela embellissait les éventails.

    Ces éventails dessinés ont un double usage, ils permettent de s'éventer, mais aussi d'admirer la peinture, aussi sont-ils bien accueillis par les clients. C'est pourquoi, l'usage s'en est conservé de la Dynastie des Song du Nord jusqu'à aujourd'hui.




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