• Il était un état en dehors du temps, un pays où se trouvait des montagnes hautes, extraordinairement hautes, à tel point que du sommet de la plus haute, on pouvait se croire dans le ciel tant on avait l'illusion d'en être prêt. Cet endroit particulier se nommait le Palais de Brocart ! Qu'avait-il de si étonnant ce palais pour que beaucoup de monde encore actuellement ne l'oublie pas ? C'était un édifice tout de blanc vêtu qui offrait ses nombreuses pièces et dépendances à deux charmantes personnes, deux petites chinoises :

     

    les Fées Célestes...

     

    Que faisaient-elles ainsi en ce lieu si peu fréquenté, en cet espace si froid enveloppé de neiges éternelles ? Elles appartenaient à une famille noble qui avait été obligé de les laisser à l'Empereur du Ciel afin de racheter leurs multiples fautes. Elles étaient arrivées un jour en cette forteresse du bout du monde et leur Maître leur avait adjoint un travail assez fatiguant en soi : celui de tisser à jamais les nuages qui parcourent à l'envi le ciel du monde. Pour accomplir cette tache, elles devaient se tenir au plus près de cette atmosphère ouateuse et attraper les fils pour en effectuer de beaux ouvrages cotonneux et doux.

     

    Mais ces deux petites poupées, ces filles du Soleil Levant sont-elles heureuses au moins en ce lieu assez sinistre ma foi ? Car outre la solitude, le froid et les vents étaient leur quotidien. Les hurlements des souffles divins se déchaînaient autour d'elles et ne leur donnaient pas de répit, un repos pourtant bien mérité. Tout au long des jours et des nuits, elles se recroquevillaient ensemble pour ne pas devenir folles des cris hululants dans tous les coins de la maison-forteresse. Elles étaient assises l'une contre l'autre et tissaient, entrecroisant sans cesse les fils ténus puis tendus pour pratiquer de la belle ouvrage.

     

    Seulement, un jour, lasses de toujours accomplir le même labeur (commande céleste de huit nuages, toujours identiques, l'un sous forme d'une enclume et d'un marteau et les autres bien moutonneux tout alentour), elles décidèrent de se sauver, de s'enfuir par-delà les vallons et ravins aux profondeurs insondables. Il faut bien croire que chaque jour faire les mêmes gestes, boire le même nectar, se retrouver avec les mêmes serviteurs, être dans la même grande solitude que le temps passant, cela puisse les agaçer prodigieusement. Elles possédaient pourtant tout ce qui leur était indispensable et même superflu : vêtements éclatants de belles couleurs vives et pastels, bonne nourriture diététique afin qu'elles gardent une ligne de sylfide pour se sentir mieux en leur tissage, musique sereine aux instruments 'fluidiques' offrant des sons harmonieux...

     

    Pour ce faire, il leur était facile de saisir le bon moment, l'instant propice pour fomenter leur révolte... Lors de l'anniversaire de leur Maître, l'illustrissime Empereur du Ciel, lui et tous ceux qui le servaient, envahissaient les salles impériales et buvaient tout à loisir : elles savaient que ce serait à cette occasion-là qu'elles partiraient, faisant ainsi faux bond à leur charmante compagnie. Ce jour fatidique arriva et tout se déroula au mieux pour nos deux petites demoiselles si laborieuses et bien malines. Elles eurent l'extrême patience d'attendre que tous soient dans un état second, tant ils avaient forcés sur la boisson et se faufilèrent vers la fameuse Porte du Sud, porte de leur délivrance gardée par des soudards bien emméchés, accès direct aux routes terrestres.

     

    Dès que nos deux petites Fées Célestes furent au-dehors, elles respirèrent enfin : le souffle de la liberté les environnait : le rouge se mit à leurs joues, le rire pour la première fois surgit de leurs lèvres, les surprenant toutes deux : elles revivaient enfn ! Pour leur donner plus de chance en leur fuite éperdue, elles décidèrent de se séparer. L'une irait vers le Sud et l'autre au Nord, se donnant comme ligne de conduite, celle d'assister les autres. Après s'être embrassées très fort, toutes deux bien fortement émues, elles prirent deux chemins, ceux de leur Destinée. Chemin faisant, elles rencontrèrent deux très vieilles femmes sur leur route, l'une du Sud et l'autre du Nord.

    Séparées mais toujours formidablement en contact émotionnel, elles aidèrent et assistèrent du mieux qu'elles pouvaient ces deux personnes. Ces dernières, très usées par leur vie et solitaires les remercièrent pour leur secours bienvenus. Le teint diaphane, presque transparent des deux petites fées disparut pour devenir 'vivant' rose comme la fleur de lotus au milieu des eaux. Sur la Terre, elles se plaisaient beaucoup car elles diversifiaient leur travail, mais le temps déroulait bien plus vite son tapis d'heures, de jours, de semaines, de mois, d'années que sous la voûte dite 'céleste' ! Cent ans sur Terre équivalait à sept jours au Ciel... Seulement voilà, les festivités finies au bout d'une bonne semaine, leur Maître, l'Empereur du Ciel, se rendit compte de leur départ et se mit à les chercher : elles étaient introuvables !

     

    Il eut beau tempêter, gronder, hurler : rien n'y fit ! Pourtant, il lui fallait d'urgence un nuage d'orage ! Cela faisait longtemps qu'il n'avait plu et il était dans l'obligation de tenir un certain équilibre terrestre. A force de chercher, des serviteurs un peu plus zélés que les autres revinrent lui dire qu'elles s'étaient sauvées par la Porte du Sud, rester grande ouverte. L'Empereur du Ciel quand il apprit la nouvelle entra dans une colère abominable, lui si calme d'habitude devint terrible et lâcha une phrase sèche et dure de ses lèvres au langage fleuri : 'si elles ne reviennent pas sous les deux prochains jours, la Terre entrera dans une sècheresse de presque cent années !'

     

    Du Ciel descendirent alors des messagers impériaux, sortes d'anges casqués et retrouvèrent en bien peu de temps les deux petites Fées Célestes vieillies. Malgré leurs refus premiers, elles furent contraintes à revenir auprès de cet Empereur si puissant ; têtes basses, elles reprirent la voie inverse, le coeur brisé de quitter cette Terre si belle. Avant de repasser la Porte du Sud qui pour elles incarnaient une porte de prison maintenant, elles demandèrent une dernière faveur, celle de regarder une ultime fois derrière elles ! Cela leur fut accordé et elles prirent dans leurs vastes manches leurs seuls objets de valeur : deux miroirs ! Elles les jettèrent, ces miroirs de bois face à elles dans le plus profond des ravins qui 'n'avait pas de fond'... De ce geste, elles voulaient sauvegarder une certaine image de ce territoire si naturellement beau et majestueux...

     

    Les miroirs descendirent alors en scintillant, émettant de petits cris stridents, telles des âmes tourmentées et mélancoliques, tournoyèrent un instant qui sembla durer une éternité pour finalement se transformer en deux immenses lacs de montagne, lacs enchantés qui offrent des eaux limpides et reflétantes... jusque tout en haut de ce palais blanc qui les garderait prisonnières. Elles eurent ainsi à jamais les reflets merveilleux de la terre, de ses montagnes, de ses forêts, de ses arbres, de cette vie si paisible et charmante qui leur manquait tant... Tels deux miroirs, elles eurent leurs peines infinies soulagées de moitié et se plurent à venir les contempler quand pour elles, le temps se montrait insupportablement long... en ce palais si lisse... trop calme... à leur goût !

     

    Depuis ce temps, elles regardent en bas ce monde, si entier, si complexe mais si magnifiquement à leur image ! Toutes en douceur, en une éternelle éternité, elles continuent d'aimer, d'apprécier cette terre d'en bas... tout en tissant jour après jour les nuages si molletonneux, courant dans le ciel d'azur ! A chaque fois que vous regardez un nuage, faites un voeu d'amour et d'amitié, cela les rendra heureuses de n'être point oubliées, elles qui aiment tant notre vie... recluses mais contentes de leur oeuvre qui n'a jamais été que de l'altruisme ! Les deux lacs sont visibles l'un en Chine (le grand lac occidental) et l'autre vers Hanoï... Leurs âmes immortelles parfois les hantent telles deux Fées Célestes résolument ... Terrestres ! Aimons-nous comme elles nous aiment... entièrement !

     


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  • Il était une fois, dans un village près de la ville de Kunming, un vieillard nommé Ma Yingsheng et sa femme.

    Trente ans s'étaient écoulés depuis leur mariage, et ils n'avaient toujours pas d'enfant. Pourtant le vieux couple ne désespérait pas.

    - De grâce, Allah charitable, priaient-ils chaque jour, donnez-nous un enfant!

    Vous pouvez imaginer leur bonheur lorsqu'un beau jour, la vieille femme se trouva finalement enceinte.

    Mais l'année se passa, sans qu'elle n'accouche, deux ans se passèrent, et toujours rien. Le vieillard disait:

    "Tu dois être malade; on n'a jamais vu une femme enceinte de quelques années!"

    Pourtant, au cours de la troisième année, la femme accoucha d'un garçon. Les vieux époux pleurèrent de joie, et puisque c'était une année de sécheresse, le père appela l'enfant sécheresse-rattrapée. Il faut dire que c'était un petit prodige: Il avait à peine deux mois , qu'il marchait déjà; à trois il parlait, et à six il partait avec sa mère dans la montagne pour y cueillir des champignons et ramasser du bois.

    Les temps étaient durs: deux années durant il ne plut pas, il fut impossible de semer. Les paysans n'avaient plus rien à manger; pour apaiser leur faim, ils mâchaient les écorces des arbres ou des racines. un jour, l'enfant demanda à sa mère:

    - Maman, pourquoi ne cultive-t-on pas du riz?

    - Mon enfant, si le Roi Dragon ne nous envoie pas la pluie, on ne peut pas semer.

    - Il faut aller le lui dire! Où est-il?

    - Il habite le Palais du Dragon; mais seul un très bon nageur pourrait le trouver.

    L'enfant décida d'apprendre à nager. Eté comme hiver, il s'entraîna tous les jours dans l'étang du Dragon noir.

    Enfin il commença ses recherches; et chaque jour il plongeait, défiant les eaux du lac, avec l'espoir de trouver le Palais du Dragon.

     

    Les jours puis les mois passèrent, sans résultat; voilà cent jours que Sécheresse-rattrapée fouillait le fond du lac sans trouver trace du Palais.

    Un jour qu'il était particulièrement fatigué Sécheresse-rattrapée s'endormit dans l'eau.

    L'enfant avait à peine fermé les yeux , qu'il se retrouva dans un Palais de cristal. une Princesse d'une grande beauté, vêtue de corail et chaussée d'agates et de perles vint vers lui. Son visage brillait d'éclats multicolores et ses yeux étaient aussi doux que le clair de lune en automne.

    Face aux yeux émerveillés du garçon, la Princesse prit la parole:
    - Sécheresse-rattrapée, dit-elle, si tu veux trouver le Palais du Dragon, il te faut chercher sa grotte où se cache l'entrée du Palais. Le Roi Dragon est en train de dormir, c'est là le bon moment, mais il faut faire vite!

    La voix de la Princesse tintait étrangement, comme des verres légers qui s'entrechoquent.

    La Princesse était en train de lui expliquer le chemin, lorsqu'une vague déferla sur elle et l'emporta, sans qu'elle puisse achever ses paroles. Le garçon se lança à sa poursuite.

    Il se réveilla flottant sur la surface de l'eau. Il aspira longuement et se mit immédiatement à la recherche de la grotte, suivant les explications que lui avait données la Princesse; finalement il s'engouffra dans une cavité assez large et profonde. Il y faisait très sombre et l'eau était glaciale.

    L'enfant prit son courage à deux mains et tâtonna dans l'obscurité. Partout, ses mains rencontrèrent des pierres pointues et aussi tranchantes qu'un couteau.

    Il avança ainsi avec beaucoup de peine jusqu'au fond de la grotte, où une porte à deux battants fermée à clé lui barra le passage. Il la poussa des mains et des pieds avec tout son corps meurtri par les rochers.

     

    Un jour et une nuit passèrent sans qu'il réussisse à ouvrir la porte. Le corps tuméfié, il était à bout de force lorsqu'une voix familière tinta à ses oreilles.

    - Sécheresse-rattrapée, disait la Princesse, si tu veux que la porte s'ouvre, il te faut apporter l'emblème du Dragon, dépêche-toi!

    Au sortir de l'eau, Sécheresse-rattrapée alla d'abord dans la montagne cueillir des plantes pour soigner ses blessures, puis il rentra chez lui. Sa mère était là qui l'attendait.

    - Maman, je dois absolument trouver l'emblème du Dragon, sais-tu où il est? demanda-t-il.

    - Dans la mosquée, mon enfant, répondit sa mère.

    Sans perdre une minute, Sécheresse-rattrapée partit pour la mosquée.

    C'était un jour de culte; tous les fidèles étaient rassemblés pour invoquer la pluie. Quarante jours durant ils avaient discuté. Ils avaient décidé que l'un d'entre eux devait aller planter l'emblème du Dragon à la porte de son Palais. Mais qui aurait ce courage?

    C'est à ce moment qu'arriva Sécheresse-rattrapée qui alla tout droit trouver le Ahong; il salua le chef de culte et dit:

    -Je viens prendre l'emblème du Dragon.

    - Tu viens planter l'emblème du Dragon? dit le Ahong qui avait mal compris et regardait surpris l'enfant téméraire. Qui es-tu donc? et puis est-ce que tu sais nager au moins?

    - Je m'appelle Sécheresse-rattrapée, dit le petit garçon. Je suis un excellent nageur, capable même de dormir dans l'eau!

    - Musulmans, remercions notre Allah! Nous avons trouvé celui qui ira planter l'emblème! s'écria le Ahong à haute voix.

    Les fidèles levèrent les mains au ciel, en signe de remerciement, et l'enfant les imita.

     

    Enfin, le cortège se mit en route. Précédés du Ahong qui portait l'emblème des deux mains, les fidèles avançaient, la tête et les pieds nus, des bâtons d'encens à la main, récitant des prières.

    Ils arrivèrent bientôt sur les bords de l'étang du Dragon noir. L'enfant sentit son corps brûlé par le soleil se rafraîchir un peu.

    Le Ahong tendit l'emblème à Sécheresse-rattrapée. En un tour de main l'enfant fut dans l'eau tout habillé et disparut dans les profondeurs du lac. Il retrouva la grotte, de son emblème cogna à la porte, et vit les deux battants s'ouvrir devant lui.

    Il pénétra dans une salle étincelante de lumière où une musique mélodieuse emplissait l'air. Le Roi Dragon, tout de noir vêtu, dormait d'un sommeil profond sur son trône rouge, une précieuse perle couleur de sang dans la bouche.

    Suivant les recommandations de la Princesse, Sécheresse-rattrapée s'empara de la perle et l'avala d'un trait.

    Réveillé, le Roi Dragon se mit à tonner, rouge de colère, crachant du feu de partout.

    - Qui a osé voler ma perle? hurla-t-il.

    - Moi, répondit Sécheresse-rattrapée, et je l'ai déjà avalée!

    Fou de rage, le Roi Dragon bondit, l'épée à la main, s'écriant d'un air féroce:
    - Rends-la-moi vite, si tu ne veux pas que je te coupe en mille morceaux!

    - Comment le pourrais-je, grand sot, pense donc aux gens que tu as fait mourir de faim! Dans un an jour pour jour, ce sera l'anniversaire de ta mort! C'est moi qui vais te tuer!

    Ce disant, le garçon brandit haut l'emblème; et d'un coup, il renversa le Roi Dragon par terre; au deuxième coup, il lui arracha ses cornes; au troisième, il lui trancha net la tête.

    Sécheresse-rattrapée n'eut pas le temps de contempler le Roi Dragon gisant mort à ses pieds; transformé en Dragon, il s'envolait hors de la grotte, s'empressant d'aller répandre la pluie, qui se mit à tomber, rafraîchissante et drue...

    Fin de cette Histoire.

     

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  • Il était une fois, un dieu qui avait vu comment les gens s'étaient détournés de leurs mauvaises actions, il renonça à la calamité qu'il avait préparée et les préserva d'un inévitable désastre.

     

    Un homme parmi les citoyens de cette ancienne terre ne fut pas satisfait de cette tournure des événements. Parce qu'il se repentait de ses méfaits d'avant, il s'attendait à être puni et s'adressa avec colère à la divinité, lui disant qu'il était mécontent et préférerait mourir que continuer à vivre, en châtiment de ses transgressions d'alors. En même temps, cet homme reconnut que cette divinité était lente à rendre ses jugements, lente à assigner les châtiments et infiniment patiente et tolérante.

     

    La divinité lui dît gentiment , "As-tu le droit d'être en colère ?"

     

    L'homme s'éloigna de la divinité, alla dans la campagne, érigea un abri pour lui-même et attendit.

     

    La divinité se sentit désolée pour l'homme, parce qu'il faisait si chaud. Par compassion, il fit pousser un buisson à cet endroit, pour abriter l'homme et lui donner de l'ombre et atténuer son inconfort. L'homme apprécia le buisson, il s'étendit et s'endormit.

     

    A l'aube le jour suivant, la divinité créa un ver pour attaquer le buisson et il s'étiola. Lorsque le soleil se leva l'homme se réveilla et remarqua que le buisson mourrait. L'homme en colère reprocha au buisson de s'étioler et de mourir et brandit son poing vers le ciel. Le soleil cognait sur l'homme, lui causant un grand inconfort. Un vent suffoquant se leva, faisant tant souffrir l'homme qu'il demanda à la divinité de mourir ici et maintenant, plutôt que d'endurer la souffrance.

     

    La divinité lui dît gentiment,

    "Est-il juste de te mettre en colère contre le buisson ? Tu n'as rien fait en ton pouvoir pour faire pousser ce buisson, mais le buisson t'a soulagé. Il a grandi la nuit sans toi et est mort la nuit sans toi.

     

    Penses-tu qu'il soit juste pour une divinité de se préoccuper d'un seul homme en colère quant il y en a tant qui ont besoin d'elle, qui ne se mettent jamais en colère avec leur divinité, mais ne font que lui témoigner leur révérence, leur gratitudes et leurs louanges ?"

     

    La conscience de l'homme s'éveilla tout à coup, il eut honte, remercia la divinité pour la leçon et fit un vœu, à cette divinité et à lui-même, de devenir une bonne personne et de surveiller ses sentiments.

     

    Auteur inconnu

     

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  • Il était une fois un charpentier du nom de Yang qui se hâtait de regagner son village natal, car on était en pleine saison de la Grande Clarté, temps des semailles. Natif du village de l'Est, Maître Yang était un excellent charpentier capable de sulpter Dragon et phoenix, de construire de grands bâtiments et de hauts portiques.

    Il marchait maintenant sur une route le long d'une rivière, à la hauteur d'une marmite de géants, portant sur le dos ses outils, sa literie et une casserole de cuivre rutilante, il tenait par la main son fils unique, Qijin.

    Il se trouve que dans cette marmite de géants habitait un Dragon Truie. Noir de corps et cruel de coeur. L'animal se lovait au fond de l'eau dans une caverne sinistre, sortant de temps en temps pour ravager la contrée.

    Tous les trois ans , au crépuscule du 24e jour de la sixième lune, il crachait des nuages noirs à obscurcir le ciel et le soleil, suscitant un ouragan mêlé de foufres et d'éclairs, suivi d'une inondation qui emportait sur son passage ponts, maisons et cultures.

    Le Dragon Truie nageait au gré des flots jusqu'au lac Erhai, soulevant des vagues hautes comme des montagnes, dévorant les poissons et les tortues, les barques et les voyageurs.

    Cette tempête dura un jour et une nuit pour se déchaîner de plus belle, et la même scène se répéta sur le chemin du retour du Dragon Truie, jusqu'à ce que le monstre ait regagné sa demeure.

    Cette calamité se renouvelait tous les trois ans, au point que les habitants se réfugiaient tous dans la montagne Cang, se nourrissant d'écorce et de racines, en attendant que s'apaise le Dragon Truie pour retourner au village.

    Ils reconstruisaient alors les maisons et les champs désolés. Ainsi de génération en génération, les villageois n'avaient jamais pu connaître la paix.

    Ce Dragon Truie détestait tout ce qui était en fer ou en cuivre. Si par méconnaissance du tabou, quelqu'un allait puiser de l'eau dans la rivière avec un seau en fer ou en cuivre, le Dragon truie le happait immanquablement dans ses griffes et le dévorait à belle dents. Aussi évitait-on de son mieux ce lieu redouté; avec le temps, des arbres poussaient dru autour de la marmite de géants.

    Vu de loin, c'était une forêt si dense que même le vent n'y pénétrait plus. On entendait en été que les cris des cigales et des grillons, qui se risquaient dans ces parages.

     

    Lorsque Maître Yang et son fils arrivèrent là, il faisait une chaleur torride. Père et fils avaient tous deux soif. Le jeune Qijin regarda les alentours, cherchant désespérément une source où se désaltérer. Avisant une touffe de verdure, il déposa vite sa charge, prit la cassrole de cuivre et courut vers la rivière. Réalisant ce que son fils allait faire, Maître Yang tenta de le rattraper. Mais en vain. Avant d'avoir dit:

    "J'ai soif, père", le garçon avait déjà disparu dans la forêt.

    A peine Qijin eut-il mis un genou à terre et tendu sa casserole dans l'eau, qu'un jet de vapeur noire jaillit, en même temps qu'une patte émergea de la surface d'eau, et l'enfant fut tiré dans le fond. Immédiatement, la foudre s'abattit avec une pluie de grêlons...

    Lorsque Maître Yang arriva au bord, il ne restait plus qu'une sandale qui traînait dans la boue.

    Il n'avait que ce fils. Partout où il allait, il prenait avec lui cet enfant de 13 ans et jamais il ne lui était arrivé le moindre incident. Il ne s'attendait pas à le perdre à trois jours de marche de son village natal. Dans sa colère il fut prêt à descendre dans l'eau pour combattre le monstre.

    Mais, réflexion faite, il trouva plus raisonnable de chercher une autre issue. Il resta là, les yeux fixés sur la sandale et se mit à pleurer. Il ne voulut quitter le lieu quand le soleil se coucha derrière la montagne de l'ouest.

    A ce moment-là, une vieille dame passa par là. Voyant les outils de charpentier et la palanche, elle alla quérir leur maître en bordure de la forêt, guidée par les pleurs. Elle trouva enfin Maître Yang et lui conseilla de venir d'abord au village voisin.

    Maître Yang la suivit jusqu'à un tertre de la montagne. Là, il vit des paysans vivant dans des cabanes construites à la hâte parce que les inondations venaient de tout ratisser. Malgré la dureté de la vie, tous éprouvaient une grande compassion pour le pauvre charpentier et essayaient de le soulager de leur mieux.

    Parmi eux se trouvaient deux enfants, le garçon s'appelait Abao, et la fillette, Afeng. Tous deux s'empressaient autour de Maître Yang, lui offrant du thé et à manger. La vue de ces deux enfants si sages lui évoquant le souvenir de son propre fils, Maître Yang s'attrista davantage. On lui proposa de se reposer quelques jours d'abord, puis on le raccompagnerait dans son pays natal.

     

    Maître Yang passa une nuit blanche sans manger ni boire. Il tenait dans ses mains la sandale de son fils et ne pouvait la quitter du regard. A la pointe du jour, il prit la résolution de combattre ce Dragon Truie, pour venger son petit et extirper ce fléau dans l'intérêt de la population locale.

    Charpentier hors pair, Maître Yang savait non seulement sculpter les Dragons et les phoenix, mais il connaissait encore "Le canon du bois" (Livre canonique compilé par Lu Ban, personnage légendaire considéré comme l'ancêtre des charpentiers et des menuisiers) et il pouvait réciter beaucoup d'incantations.

    Il jura de fabriquer un Dragon de bois et de le peindre comme un vrai Dragon, puis, après une cérémonie de "vernissage" accompagnée de paroles magiques, le Dragon deviendrait mobile et vivant. Il choisirait un jour propice et le jetterait dans la marmite de géants. Le Dragon de bois combattrait le Dragon Truie jusqu'à l'anéantissement du monstre.

    Sitôt décidé sitôt fait. Le charpentier refoula ses pleurs et confia son projet aux villageois. Poussés par la compassion et la confiance en son art, les villageois le soutenaient fermement, bien qu'un peu sceptiques quant à la fin de l'entreprise. Ils lui fournissaient la nourriture et l'aidèrent à trouver un gros arbre dans la montagne Cang, pour qu'il pût concentrer tout son effort dans la sculpture.

    Avec les villageois Maître Yang entra dans la montagne Cang et grimpa sur le sommet. Là il choisit un sapin dix fois millénaire, l'abattit et le fit transporter au village. On construisit un hangar pour y installer le tronc d'arbre.

    Maître Yang passa une journée d'abstinence et prit un bain avant de se livrer pour de bon à la sculpture. Abao et Afeng lui servaient d'assistants, ils puisaient de l'eau, se tenaient à ses côtés pour lui passer les outils. Ils faisaient tout cela avec autant d'assiduité et d'affections que s'ils avaient été ses propres enfants.

    Dans leurs loisirs, les villageois venaient souvent le voir pour savoir où il en était de son travail.

     

    Avec toutes ces aides et encouragements, Maître Yang travailla nuit et jour, sans répit. A tout moment il jetait un coup d'oeil à la sandale de son fils, ou comptait sur ses doigts, il était décidé à terminer son travail avant le 24e jour de la sixième lune de l'année à demi. Il comptait lâcher son Dragon de bois dans la rivière au crépuscule et entamer ainsi le combat.

    Quand le grand jour s'approcha, il travailla aussi la nuit et les paysans allumèrent des torches pour l'éclairer, il ne quittait plus le chantier.

    Un jour, un inconnu entra dans le hangar. C'était un type trapu à la peau noire, portant une cape de laine noire aussi. Il avait l'air d'un désoeuvré et restait accroupi près de l'âtre, les bras croisés et les mains enfouies dans ses manches. Il regardait froidement travailler Maître Yang, sans dire un mot.

    - Que désirez-vous, grand frère? lui demanda Maître Yang.

    L'inconnu demeura imperturbable. Il sortit de sa cape quelque chose qu'il montra à Maître Yang.

    - Mais c'est un poisson! s'écria celui-ci, sidéré.

    - Frère génie de la montagne (Appelation respectueuse destinée aux charpentiers qui maîtrisent le canon du bois et sont capables d'élaborer une construction.), dit soudain l'inconnu, on dit que vous êtes très habile, est-ce que vous êtes de force à ranimer ce poisson?

    Maître Yang le prit et réalisa qu'il s'agissait d'un poisson séché. Il le mit sur les copeaux et salua l'inconnu les mains jointes:

    - Oh non, grand frère, vous me demandez trop! Je ne suis pas aussi doué que ça!

    - Vraiment?... Vous ne connaissez même pas l'incantation pour ranimer un poisson séché, comment pourriez-vous donner vie à un Dragon de bois?

    L'inconnu bredouilla ces mots et déguerpit les mains cachées dans sa cape sans se donner la peine de dire au revoir au maître.

     

    Celui-ci n'avait pas fait attention à sa figure, mais il sentait sa malice. Il allait le suivre dehors quand il entendit un déclic derrière lui. Le poisson se mit à frétiller dans les copeaux qui semblaient eux aussi se tranformer en lentilles.

    Maître Yang comprit sur l'instant et prit sa hache essayant de couper le poisson qui disparut tout de suite dans le tas de copeaux. Abao et Afeng ainsi que les villageois vinrent l'aider à attraper le poisson. On s'affaira jusque tard dans la nuit sans rien trouver.

    Tout le monde avait compris qui était l'auteur de cette farce.

    Le charpentier savait à quoi s'en tenir. Il répandit du riz autour du hangar pour en faire "un rempart de riz" (Le riz était considéré comme le plus précieux des trésors, il est sensé être capable de chasser les mauvais esprits.) et on en confia la garde aux deux enfants. Depuis lors. Tout redevint normal.

    Enfin ce fut le 24e jour de la sixième lune. A midi Yang-le-Charpentier installa le Dragon de bois sur une grande aire. Pour faire la différence avec le Dragon Truie, il peignit en blanc argenté son Dragon de bois. Les paysans firent cercle autour de lui et le félicitèrent pour son chef-d'oeuvre.

    Puis commença le "vernissage": Les cornes du Dragon étaient décorées de rubans rouges qui contrastaient avec le blanc. Vers midi trois quarts, Maître Yang entailla son index et dessina avec son sang les prunelles du Dragon tout en murmurant des incantations. Il pria mentalement son maître ancestral Lu Ban, sollicita sa protection dans le combat pour vaincre l'ennemi.

    Le soleil se coucha et une myriade de torches furent allumées dans la campagne. La foule en chantant les airs de la nationalité hai, battait gongs et tambours en escortant le Dragon de bois dans sa descente de la montagne.

    La torche haut levée, et escorté des deux côtés par Abao et Afeng, Maître Yang marchait en tête du cortège. Arrivant au bord de la marmite de géants, le charpentier demanda que l'on piquât les torches autour de la pièce d'eau. Puis il serra le poing et de l'autre main traça quelques signes cabalistiques sur une feuille de papier jaune en murmurant des paroles magiques, tandis que l'on faisait descendre le Dragon dans l'eau.

     

    Les cérémonies terminées, le charpentier enfourcha vite un cheval et conduisit rapidement les gens vers la montagne parce que l'endroit allait se transformer en un champ de bataille.

    A peine fut-on arrivé à mi-pente de la montagne que la foudre éclata au-dessus de la rivière et que deux nuages floconneux, le premier blanc, et l'autre noir, s'élevèrent dans le ciel. Puis ce fut un ouragan et la rivière en crue lança des vagues gigantesques à l'assaut du ciel. Les deux Dragons commencèrent à se battre dans l'espace des cieux.

    Maître Yang et les villageois restaient en spectateurs sur le tertre. Le champ du combat était si vaste que tout le firmament en fut bouleversé. Le lac Erhai bouillonnant gronda. L'écho fut renvoyé par les montagnes. Le Dragon Blanc était plus léger et habile. Il volait en tout sens au milieu des nuages et eut bientôt le dessus, car le Dragon Noir était beaucoup plus lourd.

    Sous la pluie battante, les villageois et le charpentier poussaient des hourras pour encourager le Dragon Blanc.

    Les deux Dragon continuèrent leur lutte. Enfin, le Dragon Blanc, moins grand donc plus faible, battit en retraite. Le Dragon Noir cracha des fumées noires qui enveloppèrent son adversaire et tout le ciel s'obscurcit. On n'apercevait que de temps en temps une patte aux écailles blanches.

    Debout sur le tertre, Maître Yang, les cheveux épars, récitait des prières pour invoquer la protection de Lu Ban; les villageois battaient gongs et tambours pour encourager le Dragon Blanc.

    Finalement, le Dragon Blanc fit demi-tour et se réfugia vers la montagne Cang, ses écailles tombèrent en voltigeant comme des flocons de neige sur le tertre. Le Dragon Truie se lança à sa poursuite et le cassa en plusieurs morceaux. La montagne fut blanche d'écailles, le ciel noir de nuages sombres, et la terre inondée.

     défaite n'avait pas ébranlé la confiance des habitants, ils croyaient toujours aux pouvoirs du Maître charpentier pour vaincre le Dragon Truie. Avec sa hache Maître Yang traça une ligne au nord, il jura de ne jamais franchir cette ligne pour rentrer au pays natal avant d'avoir battu le Dragon Noir.

    Il s'apprêta à partir tout seul pour couper des arbres dans la montagne Cang, et sculpter encore un Dragon pour livrer un ultime combat contre le Dragon Noir.

    Les villageois ne le laissèrent pas aller seul, lui disant qu'ils partageraient avec lui la joie et la peine, même la mort! On allait abattre les arbres avec lui, et lui fournir la nourriture s'il persistait dans la sculpture du Dragon. Ensemble on attendait le 24e jour de la sixième lune de l'année suivante pour le combat décisif.

    Entre-temps, la vie du peuple devenait encore plus pénible. La tornade avait emporté les cabanes construites sur le tertre; les cultures avaient été ravagées par les inondations qui s'étendaient jusqu'au lac Erhai.

    On ne voyait que des cimes d'arbres à la surface de l'eau. Les paysans armés d'une juste colère partirent le jour même dans la montagne pour bûcheronner, laissant seuls Abao et Afeng sur place.

    Maître Yang portait toujours sur lui la sandale de paille de son fils défunt. Il y jetait de temps en temps un coup d'oeil en chemin, ce qui l'affermissait dans sa résolution de venger son fils et d'extirper ce fléau qui sévissait dans la contrée.

    A la pointe du jour, le maître charpentier rencontra sur la route un forgeron Maître Zhao, avec qui il avait été lié d'amitié dans sa vie errante. Il lui raconta sa mésaventure et celui-ci lui proposa son aide.

    D'après le forgeron, la défaite du Dragon Blanc était due au fait qu'on ne l'avait pas pourvu de griffes, de crocs ni d'armure de fer. Il lui prêterait main forte en fabriquant un Dragon armé et cuirassé.

     

    L'aide du forgeron venait à point nommé. Maître Yang en fut tout joyeux. Seulement il lui était difficile de trouver la quantité de fer nécessaire. Par ailleurs, on manquait de bras.- Ne t'en fais pas, le rassura Maître Zhao. Il y a du fer et des mineurs dans les montagnes de la Plume de Phoenix et on peut toujours en ramener au village. Il y a des forgerons à Hequin, ils accepteront bien de venir en aide aux frères de nationalité Hai éprouvés par le malheur; il y a des charpentiers sur les deux rives de la rivère de l'Epée qui se feront un plaisir d'aider à sculpter le Dragon. Je vais de ce pas les faire venir tous!

    Mais le maître charpentier déclina la dernière offre, préférant accomplir la sculpture tout seul.- Sois tranquille, grand frère, lui dit le forgeron en guise d'adieu. Et il fit demi-tour et se dirigea vers le nord, tandis que le charpentier et les villageois reprirent leur route vers la montagne.

    Lorsqu'il faisait beau, Abao et Afeng ramassaient des planches de bois pour reconstruire les cabanes détruites. Ils étaient aussi occupés le jour que la nuit et se nourrissaient de poissons et d'écrevisses qu'ils allaient prendre sur les deux rives, maintenant que les eaux s'étaient retirées. Ils labouraient la terre et semaient les grains de sarrasin, en attendant le retour des villageois.

    Un jour, arriva une vieille dame qui parlait avec un accent du nord. Les deux enfants la croyaient en route pour la foire, mais elle s'informa auprès d'eux de l'état de Maître Yang en se prétendant être sa belle-soeur venue spécialement pour l'aider à travailler sur le Dragon, avec des provisions et une hache ancestrale.

    - Puisque mon beau-frère n'est pas là, dit-elle, je peux laisser la hache et les provisions et je le rejoindrai à mon retour de la foire.

    Ce disant, elle offrit aux deux enfants deux poires succulentes.

    Les deux enfants cachèrent le sac de provisions et la hache sous du foin dans la cabane, et ils enfouirent les poires dans la cendre. Ils préféraient attendre leur maître pour y toucher.

     

    Deux jours plus tard, les gens rentrèrent au village, transportant un pin antique qu'ils avaient abattu, en même temps que des grumes destinées à la reconstruction. Après un mois de dur labeur, tout le monde gardait bon moral.

    En voyant leur maître, les deux enfants lui remirent le sac de provisions et la hache ainsi que les deux poires en lui expliquant ce qui leur était arrivé.- Mais je n'ai pas de belle-soeur, dit Maître Yang un peu confus.

    Les deux enfants lui décrivèrent alors la physionomie de la vieille dame, sa tenue ainsi que son accent, sans oublier la hotte de bambou qu'elle portait sur le dos.

    Le charpentier en proie à des soupçons ne cessait de secouer la tête. Il examina la hache et trouva la lame tranchante et le dos bien épais. Soudain la hache se mit à remuer dans sa main et le manche se mua en un serpent se tortillant sur son bras tandis que le fer de hache en tête de serpent s'élançait sur sa poitrine gueule ouverte et crocs menaçants.

    Les deux enfants poussèrent un cri de stupéfaction. Maître Yang eut le sang-froid de serrer la gorge du serpent qui se trouva neutralisé sur le coup. Il défit vite le corps du serpent de son bras, le prit par la queue, et l'agita de toutes ses forces au point de lui désarticuler l'échine. Après quoi, il jeta le reptile dans le brasero où il brûla vif.

    Les deux jeunes gens revinrent enfin de leur première surprise et se dirigèrent vers le sac de provisions. Avant que Maître Yang ait eu le temps de les en empêcher, ils l'avaient ouvert. Il n'y avait dedans que les restes de la carcasse du Dragon Blanc...

    Les deux poires recouvrèrent aussi leur état initial, c'était deux fruits empoisonnés. Il s'agissait sans aucun doute d'une ruse du Dragon Truie.

     

    Un mois plus tard, on avait terminé la reconstruction des cabanes au toit de chaume, le labourage, ainsi que les semailles. Tout était prêt pour prévenir la famine. Maître Yang se remit à sa sculpture quand le forgeron revint avec ses amis. Chacun s'adonna avec ferveur à son travail.

    Abao devint l'apprenti de Maître Zhao dont il apprit le métier de forgeron; Afeng, celui de Maître Yang pour apprendre à sculpter. La dernière sculpta un petit Dragon de bois, et le premier monta l'armure, les griffes et crocs de fer. Ainsi armé, le petit Dragon avait belle allure. Tout le monde en fut très content.

    On installa le Dragon dans un hangar au toit de chaume et là, les deux maîtres tinrent une cérémonie pour accepter les deux enfants comme leurs apprentis. Les villageois vinrent tous les féliciter avec légumes, poissons, vin de blé fermenté, jouant de la guitare et chantant des airs de la nationalité hai.

    Sur ces entrefaites vint un vieux moine. Il portait une chape de laine qui cachait mal ses cheveux blancs, tenant d'une main un moulin à prière et de l'autre un chien en laisse.

    Par dévotion bouddhique, le peuple hai se montrait généreux quand il s'agissait d'un moine mendiant. Les villageois le firent entrer et lui offrirent vin et mets. Comme il se faisait tard et qu'il tombait une pluie fine, Maître Yang déjà à demi ivre, le garda pour passer la nuit.

    A minuit, le moine se leva quand tout le monde dormait. Il cassa le petit Dragon de bois en plusieurs morceaux et jeta les copeaux dans le brasero. La chaumière fut tout de suite en feu. Le chien noir se jeta sur le charpentier et essaya de le mordre à la gorge. Heureusement Abao fut réveillé à temps et frappa la tête du chien noir à coups de marteau. De son côté Afeng prit une hache et l'agita vers le moine qui se sauva en coup de vent en laissant un doigt coupé.

    Quand les villageois accoururent au hangar, plus l'ombre du moine, ni de son chien; il n'en restait plus au sol qu'un tas de grêlons, le Dragon en débris et une patte coupée du Dragon Truie.

    Redoublant depuis de vigilance, on patrouilla nuit et jour. Le Dragon Noir n'osa plus revenir; probablement, se soignait-il chez lui.

     

    Le 24e jour de la sixième lune, avant midi, un autre Dragon de bois fut prêt. Il était cuirassé et brillait d'un éclat argenté. On le posa sur la place, garni de huit autres petits Dragons, fruit du travail des deux enfants qui maîtrisaient bien leur métier. Une foule de gens étaient venus assister au "vernissage".

    Des torches furent allumées vers le crépuscule. Chantant et battant gongs et tambours, on porta les neufs Dragons sur l'épaule et descendit la montagne. Maître Yang et son ami forgeron, Abao et Afeng marchaient tête.

    Arrivant au bord de la marmite de géants, on piqua les torches autour, Yang-le-Charpentier se mit à réciter des incantations et les neuf Dragons furent acheminés jusque dans l'eau.

    Après la cérémonie, Maître Yang enfourcha son cheval et en compagnie des villageois regagna rapidement la montagne, sachant que le lieu allait devenir une fois de plus un champ de bataille.

    A peine furent-ils arrivés à mi-pente de la montagne que la foudre s'abattit. Au même moment, un nuage sombre et floconneux s'éleva dans l'espace. Un déluge fit remonter subitement les eaux de la rivière qui submergea toutes les terres jusqu'au lac Erhai. On ne distingua plus le ciel de la terre, ni la rivière du lac. Neuf Dragons argentés, un grand et huit petits, s'acharnèrent contre le Dragon Truie, ainsi fut engagée la bataille.

    Le combat se déroula dans les cieux, allant de la montagne Cang, à l'ouest, jusqu'au lac Erhai, à l'est. Les montagnes renvoyaient l'écho de leurs cris de guerre, les eaux du lac Erhai devinrent houleuses. les neuf Dragons argentés faisaient des navettes dans les nuages à une vitesse inouïe.

    Le charpentier et le forgeron ainsi que les villageois se tenaient sur le tertre, où ils battaient tambours et cymbales, poussaient des hourras malgré la pluie battante. Par intermittence, les éclairs illuminèrent leur corps dont on aurait dit des statues de dieu.

    La bataille se déroula sur un espace de 120 lis du nord au sud, la voûte céleste fut sillonnée de blanc et de noir.

    Malgré son envergure, le Dragon Noir s'affaiblissait petit à petit, assailli de toutes parts par les neufs Dragons Blancs. Ses écailles grosses comme des vans tombaient une à une lourdement dans le lac Erhai. Il continuait à riposter, essayant d'abattre d'un coup de sa queue grosse comme le col d'un seau, le Dragon Blanc dans l'eau.

     

    Voyant que les Dragons Blancs prenaient le dessus, Maître Yang et Maître Zhao ainsi que les villageois brandissaient et agitaient hache, scie, marteau, houe et faucille en poussant des hourras d'encouragement, de concert avec la pluie, les flots et la montagne qui semblaient aussi crier des chants guerriers.

    Les neuf Dragons dans leur poursuite volèrent à tire-d'aile vers le sud, le Dragon Noir perdit de la hauteur. Le ciel fut couvert d'un tapis de nuage blanc et le lac voilé d'une couche noire. Un moment plus tard, les nuages noirs tombèrent lentement dans le lac.

    La pluie cessa. Les nuages blancs s'étendaient maintenant sur toute la terre tandis qu'une pleine lune s'élevait dans le firmament étoilé et que le lac devenait uni comme un miroir.

    On voyait s'approcher Qijin, le fils de Maître Yang, à califourchon sur le dos du grand Dragon Blanc suivi de huit petits Dragons. Maître Yang et les villageois voulurent l'appeler, mais l'enfant et les Dragons volaient en direction de la marmite des géants.

    Soudain éclatèrent neuf coups de tonnerre, la forêt dense s'ouvrit en deux, et les neuf Dragons s'enfoncèrent dans l'eau.

    Depuis lors, la rivière du Dragon Truie fut rebaptisée la rivière des Dragons Blancs, les rayons de soleil éclairaient à travers la forêt fendue l'eau lipide de la marmite de géants qui avait perdu de son aspect sinistre d'antan.

    Pour commémorer le souvenir de maîre Yang et des Dragons Blancs, le peuple Hai construisit un temple des Dragons Blancs. Sur l'autel se tenait la statue de Maître Yang, flanqué de Abao et Afeng. Au-dessus planait le grand Dragon Blanc avec ses huit petits enlaçant huit colonnes.

    Quand venait la saison de repiquage des jeunes plants de riz, on voyait souvent les neufs Dragons tout humides, c'est qu'ils étaient partis la nuit pour faire tomber la pluie.

    Le peuple n'avait pasoublié Maître Zhao et sa statue se trouvait dans une salle latérale, marteau à la main.

    Le Dragon Truie qui avait tant sévi dans la contrée fut condamné à rester éternellement dans le fond du lac Erhai.

    Tous les ans au soir du 24e jour de la sixième lune, il veut se révolter encore. C'est pourquoi nous devons allumer des torches et en piquer partout à travers la montagne, cette vue lui fait penser que le peuple "Hai" est toujours occupé à sculpter des Dragons Blancs, et il n'ose plus sortir.

     

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  • Il était une fois, une île où tous les différents sentiments vivaient : le Bonheur, la Tristesse, le Savoir, ainsi que tous les autres, l’ Amour y compris.

    Un jour on annonça aux sentiments que l’ île allait couler. Ils préparèrent donc tous leurs bateaux et partirent. Seul l’Amour resta. L’Amour voulait rester jusqu’au dernier moment. Quand l’île fut sur le point de sombrer, l’Amour décida d’appeler à l’aide.

         La Richesse passait à côté de l’Amour dans un luxueux bateau. L’Amour lui dit , « Richesse, peux-tu m’emmener ? », «  Non, car il y a beaucoup d’argent et d’or sur mon bateau. Je n’ai pas de place pour toi. »

         L’Amour décida alors de demander à l’Orgueil, qui passait aussi dans un magnifique vaisseau, «  Orgueil, aide-moi je t’en prie !  ». « Non, je ne peux t’aider, Amour. Tu es tout mouillé et tu pourrais endommager mon bateau.  »

         La Tristesse étant à côté, l’Amour lui demanda, « Tristesse, laisse moi venir avec toi ? ». « Non, Oooh..Amour, je suis tellement triste que j’ai besoin d’être seule ! ».

         Le Bonheur passa aussi à côté de l’Amour, mais il était si heureux qu’il n’entendit pas l’Amour l’appeler !.

         Soudain, une voix dit, « Viens Amour, je te prends avec moi ? »

    C’était un vieillard qui avait parlé. L’Amour se sentit si reconnaissant et plein de joie qu’il en oublia de demander son nom au vieillard. Lorsqu’ils arrivèrent sur la terre ferme, le vieillard s’en alla. L’Amour réalisa combien il lui devait et demanda au Savoir « Qui m’a aidé ? ».

         « C’était le temps » , répondit le Savoir.

    « Le temps ? » s’interrogea l’Amour. « Mais pourquoi le Temps m’a-t-il aidé ? ».

    Le savoir sourit plein de sagesse et répondit :


     «  C’est parce que seul le Temps est capable de comprendre combien l’Amour est important dans la Vie. »


    Extrait d'un livre chinois ISBN 978-7-80218-324-7

    L'auteur de ce blog s'engage à modifier ou retirer tout ou partie sur demande des ayants droits de ce livre.
    Publié dans le blog de dany


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  • Li Ming habitait une petite province de Chine. Nous l'avons rencontrée lors d'un voyage organisé à Pékin. Elle était debout, vêtue du costume de Mao, ses cheveux tressés et ses yeux remplis de curiosité. Devant ce temple majestueux qui attirait tous les touristes, elle ne cessait de dévisager tous ces étrangers. Puis, l'on ne sait pourquoi, elle s'est approchée. Elle a prononcé quelques mots dans sa langue. Nous ne la comprenions pas. Le groupe s'est éloigné, désintéressé. Son regard était si implorant! Je suis restée. Je l'ai suivie. Elle marchait à grands pas, heureuse. Nous sommes arrivées dans une petite ruelle, grisâtre et fumante. Des marchands ambulants tentaient de vendre leurs plats odorants. Elle s'est arrêtée près d'une porte, l'endroit étati sombre. Nous sommes entrées. Le ciel s'est éclairci, la luminosité était étourdissante. Et devant nous se dressait l'ancienne Chine. Un véritable Empire comme je l'avais imaginé avant d'entreprendre mon voyage. Un palais majestueux, coloré, éblouissant. Et puis une place immense pour le moment inanimée.

     

    Li Ming m'a demandée de traverser cette place et de m'asseoir sur les marches du palais; elle m'a fait comprendre qu'il fallait que j'attende et que je regarde. J'ai attendu et j'ai vu...
    Mille personnages se sont activés et préparaient vraisemblablement une fête. Ils étais tous vêtus de soie colorée et mon regard s'est posé. Il y avait là un palanquin dans lequel se trouvait une jeune femme visiblement heureuse. Elle ressemblait étrangement à la petite chinoise qui n'était d'ailleurs plus à mes côtés. Les mêmes yeux si expressifs et enjoués. Elle attendait.

     

    Tambour battant un cortège est arrivé mené par deux hommes, suivi lui aussi, d'un palanquin contenant un jeune homme. Les palanquins sont maintenant côte à côte, aucun regard ne se croise. Les deux jeunes gens sont invités à se rendre au palais. J'assiste bien à un mariage. Spectatrice, je suis invisible à leurs yeux, Li Ming n'est toujours pas revenue. Les jeunes mariés montent les marches sur lesquelles je suis assise; le cortège les suit.

     

    Et puis tout s'éteint. Le temps s'arrête quelques minutes. La place est à nouveau déserte et la petite chinoise a repris place à mes côtés. J'ai du mal à comprendre. Elle prend ma main, nous montons les marches du palais et découvrons son intérieur. Elle me montre deux portraits, un homme et une femme; le dernier Empereur de Chine et l'Impératrice. Ces portraits ont une centaine d'années et pourtant il s'agit bien là des jeunes mariés que j'ai vus il y a queques instants.

     

    Puis Li Ming sort de sa poche une montre gousset et m'explique avec des gestes et quelques mots, que nous avons remonté le temps. C'est un pouvoir qu'elle possède dès qu'elle passe la porte de cette ruelle. Li Ming ne connait que son prénom. Sa famille ne vit pas à Pékin. Elle y vient lorsque ses parents agriculteurs décident d'aller y vendre des produits de leur culture. Elle aime découvrir et c'est en se promenant dans ce vieux quartier que tous ces évènements se sont produits. Elle voulait aujourd'hui que quelqu'un découvre un tout petit bout d'histoire de l'ancienne Chine avec elle. C'est pour celà qu'elle dévisageait tous ces touristes si intensément. Elle faisait un choix. Elle m'a choisie.....

     

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